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Full text of "Institutions liturgiques"

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LIBRARY 
Brigham  Young  University 


DANIEL    C.    JACKLING    LIBRARY 

IN    THE 

FIELD   OF    RELIGION 


Digitized  by  the  Internet  Archive 
in  2011  with  funding  from 
Brigham  Young  University 


http://www.archive.org/details/institutions011878gu 


INSTITUTIONS 


LITURGIQUES 


■^^wiip''' 


INSTITUTIONS 


LITURGIQUES 


PAR 


LE  R.  P.  DOM  PROSPER  GUERANGER 

ABBÉ  DE  SOLESMES 


Sanas  Pontifîcii  Juris  et  sacrae  Liturgia 
traditiones  iabescentes  confovere. 


DEUXIEME  EDITION 

TOME    PREMIER 


SOCIÉTÉ  GÉNÉRALE  DE  LIBRAIRIE  CATHOLIQUE 

Victor  PALMÉ,  Éditeur  des  Bollandistes,  Directeur  général 


PARIS 

25,  rue  de  Grenelle-St-Germain,  2  5 


BRUXELLES 

5,   place   de  Louvain,    5 


1878 


k 


BREFS 

DE  NOTRE-SAINT-PÈRE  LE  PAPE  PIE  IX 


POUR   HONORER  LA  MEMOIRE 


DU  TRES-REVEREND  PERE 

DOM   PROSPER  GUÉRANGER 


ABBE  DE  SOLESMES 


VIII 


Plus    PP.    ÏX 

AD  FUTURAM  REI   MEMORIAM 

Ecclesiasticis  viris,  quos  nostra  hœc  tiilit  œtas,  reli- 
gione,  doctrina^  et  Catholicœ  rei propehendœ  studio  atque 
industria  maxime  insignes,  optimo  quidem  jure  adscri- 
bendus  est  dilectus  Jilius  Prosper  Gueranger,  Abbas  ad 
S.  Pétri  Solesmensis^  ac  summus  in  Gallia  Magister 
Congregationis  Benedictinœ. 

Hic,  cum  abundaret  ingenio,  excellentisque  eruditionis, 
atque  in  canonicis  disciplinis  scientiœ  laude,  ad  id,  per 
longœ  suœ  vitœ  cursum,  semper  intendit  animum,  ut  gra- 
vissimis  editis  scriptis,pro  Catholicœ  Ecclesiœ  doctrina, 
et  Romani  Pontijicis  prœrogativis  strenuissime  propu- 
gnaret,  adversariorum  frangeret  conatus,  erroresque 
refutaret.  Neqiie  vero,  qiium  Nos,  plaudente  Christiano 
Populo,  Sanctœ  Dei  Genitrici  cœleste  Immaculatœ  Con- 
ceptionis  prœconiiim  solemni  Decreto  conjirmavimus  ; 
neque  novissime,  quum  Romani  Pontijicis  ex  Cathedra 
docentis  Infallibilitatem,  frequentissimo  universi  Catho- 
lici  Orbis  Antistitum  Consessu  approbante,  sanximus, 
idem  dilectus  Jilius  Prosper  catholici  scriptoris  officio 
defuit  ;  imo  vulgatis  operibus  jîdei,  sacrœque  scientiœ 
plenissimis,  novum  dédit prœstantis  ingenii  siii,  ijnmo- 
tœque  erga  Beatissimi  Pétri  Cathedram  observantiœ 
testimoniwn.  Sed  in  quo  ipse  curas  omn^s  cogitationesque 
collocavit,  potissimum  illud  fuit,  ut    Romana  Liturgia 


THE  LIBRAVY 

BRIGHAM  YGUNG  UNÎVERSITY 

BBOVO»  UTAH 


IX 


PIE   IX,    PAPE 

POUR  PERPÉTUELLE  MÉMOIRE 

Parmi  les  hommes  d'Eglise  qui,  de  notre  temps ^  se 
sont  le  plus  distingués  par  leur  religion,  leur  ^èle,  leur 
science,  et  leur  habileté  à  faire  progresser  les  intérêts 
catholiques,  on  doit  inscrire  à  juste  titre  Notre  cher  fils 
Prosper  Guéranger,  abbé  de  Saint-Pierre  de  Solesmes  et 
supérieur  général  des  Bénédictins  de  la  congrégatio?i  de 
France.  Doué  d'un  puissant  génie,  possédant  une  merveil- 
leuse érudition  et  ime  science  approfondie  des  régies 
canoniques,  il  s'est  appliqué,  pendant  tout  le  cours  de  sa 
longue  vie,  à  défendre  courageusement,  dans  des  écrits  de 
la  plus  haute  valeur,  la  doctrine  de  V Eglise  catholique 
et  les  prérogatives  du  Pontife  romain,  brisant  les  efforts 
et  réfutant  les  erreurs  de  ceux  qui  les  combattaient.  Et 
lorsque,  aux  applaudissements  du  peuple  chrétien,  Nous 
avons  par  un  décret  solennel  confirmé  le  céleste  privilège 
de  la  Conception  Immaculée  de  la  sainte  Mère  de  Dieu  ;  et 
tout  récemment,  lorsque  Nous  avons  défini^  avec  l'appro- 
bation du  très-nombreux  concile  qui  réunissait  les  évêques 
de  tous  les  points  de  Vunivers  catholique,  V  infaillibilité  du 
Pontife  romain  enseignant  ex  cathedra;  Notre  cher  fils 
Prosper  n'a  pas  manqué  au  devoir  de  V  écrivain  catholique  ; 
il  publia  des  ouvrages  pleins  de  foi  et  de  science  sacrée,  qui 
furent  une  preuve  nouvelle  de  son  esprit  supérieur  et  de 
son  dévouement  inébranlable  à  la  chaire  de  Saint-Pierre. 


in  Galliam^  veluti postiiminio,  remearet.  Quant  quîdem 
in  re  ita  se  gessit,  ni  ejus  scriptis,  nec  non  constantiœ, 
atqiie  indîistriœ  singiilari  prœ  cœteris  acceptnm  i^eferri 
debeat,  si  antequam  ipse  ex  hac  vita  migravit,  cunctœ 
Galliœ  Diœceses  Romance  Ecclesiœ  ritus  amplexce 
sunt. 

Hœc  in  Catholici  nominis  procurando  hono    tota  fere 
vita  transacta,    vehiii  in    novum  splendorem  redundat, 
Congregationis  Benediciinœ  in  Gallia  consistentis^  satis 
qnidem  aliis  nominibus  clarœ,  ita  novum  a  Nobis  quO'^ 
dammodo  postulat  propensœ  animi  voluntatis  documen- 
tum,  Cum  igitur  a  Romanis  Pontificibus  Prœdecessori^ 
bus  Nostris  quam  plurima  prodieriîit  exempta   Nobis  ad 
imitandum  relicta^  quibus  illi  certos  honores  ac  munera 
nonnullorum   Religiosorum  cœtum  Alumnis  ita  semper 
addixerunty  ut   illi  majores  inde  spiritus  sumerent  ad 
Religionem  colendam,  sapientiœ  laudem  pot iundam, Chris- 
tianasque  virtutes  exercendas,  hinc   est  quod  Nos,   sin- 
gulos  ac  universos  quibus  Nostrœ  hœ  litterœ  favent^  ab 
quibusvis  excommunicationis  et  interdicti,  aliisque  eccle- 
siasticis  sententiis,  censuris  et  pœnis  quovis  modo  vel 
quavis  de  causa    latis,  si  quas  forte  incurrerint,   hujus 
tantum  rei  gratia  absolventes  ac  absolut  os  fore  censentes, 
Motu  proprio^  certa  scientia,   et  matura   deliberatione, 
deque  Apostolicœ  potestatis  Nostrœ  plenitudine,  volumus 
ac  decernimus  ut  deinceps^perpetuisfuturis  temporibus, 
Abbasad  S.  Pétri  Solesmensispro  tempore  existens  Cappœ 
Magnœ^  servatis  servandis,  usu  fruatur  ;  utque   locus 
inter  Consultores  Congregationis  Venerabilium  Fratrum 
Nostrorum  S.  R.  E.  Cardinalium  Sacris  Ritibus  prœ- 


XI 


Mais  r objet  principal  de  ses" travaux  et  de  ses  pensées  a 
été  de  rétablir  en  France  la  liturgie  romaine  dans  ses 
anciens  droits.  Il  a  si  bien  conduit  cette  entreprise,  que 
cest  à  ses  écrits,  et  en  même  temps  à  sa  constance  et  à 
son  habileté  singulière,  plus  qu''à  toute  autre  influence, 
qu'on  doit  d'avoir  vu,  avant  sa  mort,  tous  les  diocèses 
de  France  embrasser  les  rites  de  V Eglise  romaine. 

Cette  vie^  employée,  on  peut  dire,  tout  entière  aux 
intérêts  de  la  cause  catholique^  ajoute  l'éclat  d'une  spleu' 
deur  nouvelle  à  la  congrégation  bénédictine  de  France, 
déjà  illustre  à  tant  d'autres  titres,  et  semble  exiger  de 
Nous  un  nouveau  témoignage  de  notre  bienveillante  affec- 
tion. Les  Pontifes  romains  Nos  prédécesseurs  Nous  ont 
d'ailleurs  laissé  de  nombreux  exemples  à  suivre,  par  l'at- 
tention constante  qu'ils  ont  eue  d'octroyer  aux  membres 
des  diverses  familles  religieuses  des  homieurs  et  des 
emplois  propres  à  leur  inspirer  une  plus  grande  ardeur 
dans  le  service  de  la  religion,  daîis  la  poursuite  glorieuse 
de  la  science  et  dans  l'exercice  des  vertus  chrétiennes. 

En  conséquence,  pourvoyant  d'abord  à  ce  que  tous  et 
chacun  de  ceux  qui  bénéficient  de  ces  lettres  soient,  à  cet 
effet  seulement  et  si  toutefois  il  y  a  lieu,  absous  et  consi- 
dérés comme  absous  de  toute  espèce  de  sentence  ecclésias- 
tique, censure  et  peine  portée  de  quelque  manière  ou  pour 
quelque  cause  que  ce  soit  ;  de  Notre  propre  mouvement  et 
science  certaine,  après  mûre  délibération,  de  la  plénitude 
de  Notre  pouvoir  apostolique.  Nous  voulons  et  décrétons 
que  désormais  et  pour  toujours,  dans  la  suite  des  temps, 
l'abbé  de  Saint-Pierre  de  Solesmes,  alors  en  charge, 
jouisse  de  l'usage  de  la  cappa  magna,    selon    les   règles 


XII 

positœ,  sîiccedente  illius  pro  tempore  vacatiojie,  uni  ex 
Monachis  Ordinis  S.  Benedicti  Congregationis  Cassi- 
nensis  concedï  atque  adsignari  debeat,  vel  si  alias  ab  hac 
S.  Sede  Apostolica  concessus  adsignatusque  fuerit,  coU'- 
^rmetîir. 

Hœc  volumus,  mandamus,  edicimus,  decernentes  prœ- 
sentes  Nostras  Litteras  semperjîrmas,  validas,  et  efficaces 
exisiere  et  fore,  siiosque  plenarios  et  integros  effectus  sor- 
tiri atque obtinere  illisque,ad  quos  spectat^ac pro  tempore 
qiiandocumqiie  spectaverit^  plenissime  suffragari^  sicque 
in  prcemissis  per  quoscwnque  Judices  ordinarios  et  dele- 
gatos  etiam  caiisarum  Palatii  Apostolici  Audit  ores  jiidi- 
cari  et  dejiniri  debere,  ac  irritum  et  inane,  si  secus  super 
his  a  quoquam  quavis  auctoritate  scienter  vel  ignor^anter 
contigerit  attentari. ,  Non  obstantibus  Constitutionibus  et 
Sanctionibus  Apostolicis,et  quatenus  opus  sit.dictœ  Con- 
gregationis  etiam  juramento,  conjirmatione  Apostolica, 
vel  quavis  Jîrmitate  alia  roboratis  Statutis  et  consuetudi- 
ni  bus,  cœterisque  contrariis  quibuscumque. 

Datîim  Romœ,  apiid  S.  Petrum,  siib  annulo  Pisca- 
toris,  die  XIX  Martii  MDCCCLXXV,  Poniijîcatus 
Nostri  anno  XXIX. 

F.  Gard.  ASQUINIUS. 


nu 

ordinaires.  De  plus,,  parmi  les  considteurs  de  la  congré- 
gation de  Nos  vénérables  frères  les  cardinaux  de  la  sainte 
Église  romaine  préposée  aux  rites  sacrés,  une  place  sera 
concédée  et  assignée  à  un  des  moines  de  V ordre  de  Saint- 
Benoît  de  la  famille  du  Mont-Cassin,  chaque  fois  qu'elle 
deviendra  vacante  ;  et  si  cette  faveur  avait  déjà  été  con- 
cédée et  assignée  par  ce  saint  Siège  apostolique,  Nous 
voulons  qu'elle  soit  confirmée  par  Notre  présent  décret. 

Telles  sont  Nos  volontés,  Nos  ordres  et  Nos  décisions; 
et  Nous  décrétons  que  les  présentes  lettres  soient  mainte- 
nant et  toujours  invariables,  valides  et  efficaces  ;  qu  elles 
obtiennent  et  produisent  leurs  effets  pleins  et  entiers, 
qu'elles  soient  complètement  profitables  à  ceux  qu'acnés 
regardent  et  qu'elles  regarderont  plus  tard  en  quelque 
temps  que  ce  soit  ;  et  que  tous  les  juges  quels  qu'ils  soient, 
ordinaires  et  délégués^  même  les  auditeurs  des  causes  du 
palais  apostolique,,  devront  juger  et  définir  d'après  ce  qui 
est  statué  ci-dessus  ;  et  tout  ce  qui  pourra  être  tenté  dans 
un  autre  sens  à  ce  sujet  par  qui  que  ce  soit  et  quelque 
autorité  que  ce  soit,  avec  ou  sans  connaissance,  sera  nul 
et  de  nul  effet.  Il  en  sera  ainsi,,  nonobstant  les  constitu- 
tions et  les  décisions  apostoliques,  et  autant  que  de  besoin 
nonobstant  les  statuts  et  les  coutumes  de  ladite  congréga- 
tion, même  corroborés  par  le  serment,  ou  confirmés  par 
l'autorité  apostolique  ou  quelque  autre  sanction  que  ce 
soit,  et  malgré  toutes  choses  contraires. 

Donné  à  Rome,,  à  Saint-Pierre,  sous  l'anneau  du 
Pêcheur,  le  XIX  mars  MDCCCLXXV,  la  XXIX' année 
de  Notre  pontificat. 

F.  Gard.  ASQUINI. 


XïV 


II 

VENERABILI  FRATRI  NOSTRO  LUDOVICO  EDUARDO, 
EPISCOPO  PICTAVIENSI 

Plus  pp.  IX 

Venerabilis  Frater^  Salutem  et  Apostolicam  ^enedic- 
tionem.  Decebat  profectojunebria  laudis  officia  claris- 
simo  Familiœ  Sancti  Benedicti  ornamento  Prospéra 
Gîieranger  a  Viro  persolvi^  qui  optimus  virtiitum  et 
scientiœjudex,  illique  familiarissimus,  gesta  simul  et 
mentent  defuncti  valeret  exponere  ac  rêve  lare. 

Gaudemus  autem,  Venerabilis  Frater,  te  sic  istud 
obiisse  munus  amicitiœ,  ut  in  tota  ejus  vita  demonstra* 
péris  aptissimum  instrumentum  a  divina  providentia 
paratum  Galliœ,  cum  ad  restitiiendos  Regulares  Ordines 
deletos,  tum  ad  amplissimam  eorum  utilitatem  oculis 
subjiciendam.  Luculenter  enim  ostendisti,  ipsiim  assecu* 
tum  utrumque  fuisse,  sive  excitando  rursum  et  propa- 
gando  in  Gallia  monasticum  institutum  et  disciplinam  ; 
sive  suadendo  rituum  uniformitatem,  vitio  temporum 
distractam,  cum  Romana  Ecclesia  ;  sive  propugnando  et 
illustrando  Sedis  hujus  Apostolicœ  jura  et  privilégia  ; 
sive  demum  conjigendo  errores  omnes,  ac  prœsertim 
jactatasuti  nostrorum  temporum  ornamentum  opiniones  : 
ita  ut  illa  sententiarum  inter  sinceros  catholicos  concor- 
dia,et  communis  illa  observantia  et  dilectio  vere  Jîlialis, 
qua  Gallia  Nobis  conjungitur,  ejus  operositati,  gratiœ, 
scientiœ  magna  ex  parte  non  immerito  tribuenda 
videatur. 


XV 


II 

A  NOTRE  VÉNÉRABLE  FRÈRE  LOUIS-EDOUARD, 
ÉVÉQUE    DE    POITIERS 

PIE  IX,  PAPE 

Vénérable  Frère^  salut  et  bénédiction  apostolique. 

Il  convenait  assurément  que  les   honneurs    de   l'éloge 
funèbre  fussent  rendus  à   cette  très-brillante  gloire  de 
r Ordre  de   Saint-Benoit ^    Prosper  Guéranger,  par  un 
homme  qui,  excellent  juge  des  pertus  et  de  la  science,    et 
intimement  lié  avec  le  pieux   défunt,  Jût  en    mesure  de 
raconter  ses  actions  et  de  dévoiler  son  âme.  Nous  sommes 
heureux,  vénérable  Frère,  qu'en  remplissant  le  devoir  de 
l'amitié,  vous  aye^  montré  dans  la  personne  et  dans  toute 
la  vie  de  ce  religieux  un  instrument  providentiellement 
préparé  à  la  France  pour  rétablir  les  Ordres  religieux 
détruits,  et  pour  faire  éclater  à  tous  les  jeux  leur  très^ 
grande  utilité.   Vous  ave^  prouvé  avec  évidence  quil  a 
rempli  cette  double  mission,  soit  en  relevant  et  en  propa* 
géant  dans  la  France  l'institut  et  la  disciplifte  monas- 
tique, soit    en    persuadant    de   rétablir  avec    l'Église 
romaine  l'uniformité  des  rites  détruits  par    le  vice  des 
temps^  soit  en  défendant  et  en  mettant  dans  un  plus  grand 
jour  les  droits  et  les  privilèges  de  ce  Siège   apostolique, 
soit  en  réfutant  toutes  les  erreurs  et  surtout  ces  opinions 
vantées  comme  la  gloire  de  notre  époque.  Ses  efforts  ont 
eu  un  tel  succès,  que  cet  accord  de  sentiments  entre    les 
véritables  catholiques,  ce  dévouement  universel,  cet  amour 
vraiment  filial  par  lequel  la  France  Nous  est  unie,   doi- 


XVI 

Hœc  porro  cum  mirijîce  consensiim  foverint  aut  confir- 
lîtaverint  animoriim,  qui  necessarïo  vertitur  in  summum 
quoque  civilis  consortii  heneficium,  defuncto  elogium 
asserunt  veri  Benedicti  discipidi,  qui  dum  se  totum  Deo 
et  Ecdesiœ  devovit,  tanto  se  Jiliosque  suos  emolumento 
prœbuit  civili  societati. 

Copiosam  operum  suorum  mercedem  ipsi  jam  a  Deo 
collatam  esse  speramus  ;  tibi  vero  sterilem  non  futurum 
confidimus  laborem  tuum  :  tum  quodpiorum  gesta  vulgari 
inaliorum  incitamentum  expédiât ,  tum  etiam  quodpro- 
meritœ  a  defuncto  laudes  ob  indictum  recentibus  errori- 
bus  bellum,  novam  quamdam  vim  adjiciant  oppugnationi 
illi  st7^enuœ,  quam  eximiœ  tiiœ  litterœ  pastorales  iisdem 
passim  objiciunt. 

Excipe,  Venerabilis  Frater,  Apostolicam  Benedictio- 
nem,  quam  divini  favoris  auspicem,  et  prœcipuœ  Nostrœ 
benevolentiœ  testent  tibi  tuœque  Diœcesi  universce  pera- 
manter  impertimus. 

Datum  Romœ,  apud  S.  Petrum,  die  ig  Martii,  anno 
iSjS^  Pontijîcatus  Nostri  anno  vicesimo  nono. 

Plus  PP.  IX. 


XVII 

vent  être^  à  bon  droit,  attribués  en  grande  partie  à  son 
activité  laborieuse,  à  sa  grâce  et  à  sa  science. 

Ainsi  a  été  produit  et  cimenté  un  merveilleux  accord 
des  esprits,  qui  tourne  nécessairement  au  très-grand  bien 
de  la  société  elle-même  ;  et  par  là  le  défunt  a  glorieuse'- 
ment  justifié  son  titre  de  disciple  de  saint  Benoit,  puis- 
qiien  se  dévouant  tout  entier  à  Dieu  et  à  VEglise,  il  a 
procuré,  par  lui-même  et  par  ses  fils,  d^  vrais  avantages 
à  la  société  humaine.  Dieu,  Nous  l'espérons,  lui  a  déjà 
donné  V ample  récompense  de  ses  œuvres  ;  et,  quant  à  vous, 
Nous  avons  la  confiance  que  votre  travail  ne  sera  pas 
inutile  ;  d'abord  parce  que  l'éloge  des  bons  est  un  encou-' 
ragement  pour  les  autres  ;  puis,  en  payant  au  défunt  les 
louanges  qu'il  a  méritées  pour  avoir  fait  bonne  guerre 
aux  erreurs  modernes,  vous  ave:{  ajouté  un  nouveau  coup 
vigoureux  à  la  vaillante  attaque  et  résistance  que  leur 
opposent  sans  cesse  vos  remarquables  lettres  pastorales, 
Receve:{,  vénérable  Frère,  la  bénédiction  apostolique  que 
Nous  accordons  avec  tendresse  à  vous  et  à  tout  votre  dio- 
cèse comme  un  gage  de  la  faveur  divine  et  un  témoignage 
de  Notre  bienveillance  toute  particulière. 

Donné  à  Rome,  à  Saint-Pierre,  le  2g  mars  de  Vannée 
18  j5,  la  vingt-neuvième  de  Notre  pontificat, 

PIE  IX,  PAPE.  i 


T.  I  h 


%vm 


III 

VgNERABIU  FRATRI  CAROLO-^MILIO  EPISGOPO  ANDEGAVENSI 

Plus    pp.    IX 

Venerabilis  Frater,  Salutem  et  Apostolicam  Benediç- 
tionem.  Illa  Apostoli  sententïa,  Venerabilis  Frater^ 
pietas  ad  omnia  utilis  est;  promissionem  habens  vitas,qu« 
nunc  est  et  futurse^  necfacundius  fartasse,  nec  luculentius 
comment arium  desiderare  potuisset  sermone  illo  tiio  de 
Ordine  monastico.  Nam  si  monachiis  est  homo  dei  uti 
perspicue  ostendisti,  ac  idcirco  homo  ecglesi^  illiusque 
prœsertim  cathedr^e  a  Deo  positœ  ad  ipsam  regendam, 
ac  ut  sit  omnibus  veritatis  magistra  et  centrum  unitatis; 
profecto  sequitur,  monachum  in  se  prœferre  virum  Deo 
proximisque  plane  dévot um,  ipsisque  potius  quam  sibi 
viventem,  Quid  vero  expectandum  sit  ab  hominum  hujus" 
modi  consociatione  ratio  facile  assequitur,  et  constans 
sçeculorum  historia,  voce  argumentis  omnibus  potiore, 
doçet,quomodo  per  ipsos  diffusa  fuerit  christiana  religio, 
et  ejus  ope  barbarœ  gentes  ad  civilem  ordinem  compositœ^ 
cicurati  mores,  leges  latœ,  propagatœ  litterœ  ac  scientiœ, 
artes  excultœ,  agricultura  provecta,  mutuœ  populorum 
amicitiœ  et  commercia  cojiciliata,  ac  innumera  parta 
hominibîis  bénéficia,  Pronam  quidem  tibi  de  hisce  disse-- 
rendi  occasionem  suppeditavit  recurrens  anniversaria 
dies  obi  tus  piissimi  et  clarissimi  Abbatis  Prosperi 
Guéranger,  qui  virtute,  pietate,  :{elo,  scientia,  operositate 
verum  se  Benedicti  discipulum  seu  monachum  eximium 
exhibuerat;  sed  nihil  contingere  poterat  opportunius  et 
accommodatius  prœsentibus  quoque  rerum  adjunctis,  in 


XIX 


III 

A  NOTRE  VÉNÉRABLE    FRÈRE    CHARLES-ÉMILE, 
ÉVÊQUE  D'ANGERS 

PIE    IX,    PAPE 

Vénérable  Frère,  salut  et  bénédiction  apostolique. 
Cette  parole  de  V apôtre,  Vénérable  Frère  :  la  piété  est 
utile  à  tout  :  elle  possède  les  promesses  de  la  vie  présente 
et  de  la  vie  future,  n^ aurait  certainement  pu  recevoir  un 
commentaire  plus  éloquent,  une  démonstration  plus  lumi' 
neuse  que  votre  discours  sur  V Ordre  monastique.  Car  si, 
comme  vous  Vavei  fait  voir  clairement,  le  Moine  est 
Vhomme  de  Dieu,  et  par  conséquent  l'homme  aussi  de 
de  l'Église,  l'homme  surtout  de  cette  Chaire  qui  a  été 
établie  de  Dieu  pour  gouverner  V  Eglise  et  pour  être  la 
maîtresse  universelle  de  la  vérité,  et  le  centre  de  l'unité,  il 
faut  évidemment  conclure  que  le  Moine  présente  en  sa 
personne  le  type  par  excellence  de  Vhomme  dévoué  à  Dieu 
et  au  prochain,  vivant  plus  pour  Dieu  et  le  prochain  que 
pour  lui-même. 

Ce  que  Von  peut  attendre  d'une  réunion  d'hommes 
animés  de  pareils  sentiments,  la  raison  le  conçoit  sans 
peine,  et  l'histoire  de  tous  les  siècles  est  là  de  son  côté 
pour  nous  apprendre ,  d'une  voix  plus  puissante  que  tous 
les  argumente,  comment,  en  effet,  c'est  par  ces  hommes 
que  la  religion  chrétienne  s'est  étendue,  par  leur  influence 
que  l'on  a  vu  les  natio?îs  barbares  se  civiliser,  les 
mœurs  s'adoucir,  la  législation  se  former,  les  lettres 
et  les  sciences  se  propager,  les  arts  se  perfectionner, 
l'agriculture  se  développer  et   les    relations   mutuelles 


XX 


quibus  pietas  non  solum  irridetur,  sed  odio  habetur  et 
proscinditur;  monachi  vero  passim,  uti  scientiœ,  artibus, 
civili  consortio  infensi,  aiit  saltem  inutiles,  infestantur, 
divexantur,  disjiciiintur.  Equidem  lux  ipsa  solis frustra 
mis  objicitur,  qui  clausos  ipsi  oculos  obfrmant  ;  verum  et 
honesti  non  désuni  qui,  perversis  decepti  doctrinis,  ode- 
runt  non  quod  non  norunt,  et  blasphémant  quod  ignora^it, 
Istis  saltem  proficuam  adprecamur  egregiam  orationem 
tuam,  ac  intérim  dipini  favoris  auspicem  et  prœcipuœ 
Nostrce  benevolentiœ  testem  tibi,  Venerabilis  Frater, 
totique  diœcesi  tuœ  Benedictionem  apostolicam  pera- 
manter  impertimus. 

Datuni    Romœ,    apud  S.     Petrum,   die    lo    aprilis, 
anno'iSjâ,  Pontificatus  Nostri  anno  tricesimo. 

Plus  PP.  IX. 


XXI 

d^amitié  et  de  commerce  se  nouer  entre  les  peuples;  par 
eux  enfin  que  des  bienfaits  sans  nombre  ont  été  répandus 
sur  rhumanitê. 

L'occasion  favorable  d'exposer  ces  vérités  [s'offrait 
7iaturellement  à  vous,  Vénérable  Frère,  à  l'anniversaire 
de  la  mort  du  très-pieux  et  très-illustre  abbé  Dom  Prosper 
Guéranger,  lui  qui  par  sa  vertu^  sa  piété^  son  ^èle,  sa 
science  et  les  travaux  de  toute  sa  vie,  s'est  montré  le  vrai 
disciple  de  saint  Benoit,  le  Moine  parfait. 

Mais  en  même  temps  vous  ne  pouviez  rien  dire  de  plus 
opportun^  rien  de  mieux  adapté  aux  circonstances  pré- 
sentes,  aujourd'hui  que  la  piété  est  non-seulement  bafouée, 
mais  encore  en  butte  à  tous  les  traits  de  la  haine,  et  que, 
pour  les  Moines,  on  se  plaît  partout  à  les  représenter 
comme  les  ennemis  de  la  science,^ des  arts,  de  la  civilisation, 
ou  tout  au  moins  comme  des  gens  inutiles,  afin  de  pou- 
voir ensuite  les  inquiéter,  les  persécuter,  les  disperser. 
C'est  en  vain,  il  est  vrai,  que  la  lumière  du  soleil  vient 
frapper  la  face  de  ceux  quiYobstineîit  à  tenir  les  yeux 
fermés;  mais  il  ne  manque  pas  7ion  plus  de  gens  honnêtes, 
qui,  trompés  par  des  doctrines  perverses,  haïssent  ce 
qu'ils  ne  co7maissent  pas  et  blasphèment  ce  qu'ils  ignorent. 
A  ceux-là,  du  moins,  nous  souhaitons  que  votre  excellent 
discours  puisse  profiter;  en  attendant,  comme  gage  de  la 
faveur  divine,  et  en  témoignage  de  Notre  bienveillance 
toute  particulière.  Nous  vous  accordons.^  à  vous.  Véné- 
rable Frère,  et  à  tout  votre  diocèse,  du  fond  de  Notre 
cœur,  la  bénédiction  apostolique. 

Donné  à  Rome,  près  Saint-Pierre,  le  lo  avril  iSjô^ 
la  trentième  année  de  Notre  pontificat. 

PIE  IX,  PAPE. 


INSTITUTIONS   LITURGIQ.UES 


PRÉFACES 


PRÉFACE 

DE   CETTE  NOUVELLE    ÉDITION 


Depuis  la  mort  du  vénérable  Père  Dom  Guéranger,  Nécessité  d'une 

édition  nouvelle 

abbé  de  Solesmes,  des  sollicitations  pressantes  et  multi-     ^^s  oeuvres 

pliées  n^ont  pas  cessé  de  se  faire  entendre  pour  demander     Gueranger, 

une  édition  nouvelle  et  complète  de  ses  œuvres.  Les  éloges 

que  N.T.  S.  Père  le  Pape  Pie  IX  a  décernés  au  valeureux 

champion   de  l'infaillibilité  pontificale   et  de  la   liturgie 

romaine,  lui  ont  fait  une  place  à  part  entre  les  écrivains 

ecclésiastiques  de  notre  temps.  En  exaltant  «  son  puissant 

«  génie,  sa  merveilleuse  érudition,  son  dévouement  iné- 

«  branlable  à  la  chaire  de  Pierre,  »  en  énumérant  avec  la 

clairvoyance  d'un  juge  souverain  les  immenses  résultats 

obtenus  «  par  ses  écrits    pleins    de  foi,  d'autorité  et  de 

«  science,))  Pie  IX  a  déclaré, on  peutle  dire, que  Foeuvre  du 

savant  Abbé  fait  partie  désormais  du  patrimoine  commun 

de  la  famille  catholique.  La  piété  filiale   n'est   donc   plus 

seule  à  imposer  comme  un  devoir  aux  moines  de  Solesmes 

une  publication  nouvelle  et  intégrale  des  oeuvres  de  leur 

père;  c'est  une  dette   que  l'Église  leur    réclame  et  qu'ils 

ont  à  cœur  de  payer  le  plus  promptement  possible. 

U Année  liturgique  et  la  Vie  de  sainte  Cécile^  les  deux        Écrits 
œuvres  de  prédilection  du  vénérable  Abbé,  ont  été  éditées      ces  quatre 

j,.^       .      .  ,,_,        .  volumes. 

déjà,  ainsi  que   l  Essai   sur  la  médaille  de  saint  Benoit  ; 


XXVI  INSTITUTIONS    LITURGIQUES 

aujourd'hui, nous  annonçonsquatrevolumescomprenantles 
Institutions  liturgiques^  la  Lettre  sur  le  droit  de  la  Litur^ 
gie^  les  deux  Défenses  des  Institutions  liturgiques^  l'en- 
semble en  un  mot  des  écrits  polémiques  deDom  Guéranger 
sur  la  Liturgie.  Nous  n'avons  plus  besoin  d'en  expliquer 
l'importance,  depuis  que  le  Souverain  Pontife  a  daigné 
dire  de  notre  père  :  «  L'objet  principal  de  ses  travaux  et  de 
«  ses  pensées  a  été  de  rétablir  la  Liturgie  romaine  dans  ses 
«  anciens  droits.  Il  a  si  bien  conduit  cette  entreprise,  que 
f(  c'est  à  ses  écrits,  et^en  même  temps  à  sa  constance  et  à 
'(  son  habileté  singulière,  plus  qu'à  toute  autre  influence, 
'(  qu'on  doit  d'avoir  vu,  avant  sa  mort,  tous  les  diocèses  de 
«  France  embrasser  les  rites  de  l'Eglise  romaine  (i).» 
Après  ces  paroles  apostoliques,  tout  éloge  des  ouvrages  que 
nous  offrons  de  nouveau  au  public  est  assurément  super- 
flu ;  mais  sans  anticiper  sur  une  biographie,  dont  la  rédac- 
tion est  déjà  commencée,  il  est  nécessaire  de  rappeler  briè- 
vement au  lecteur  les  principales  circonstances  qui  ont 
marqué  l'apparition  de  ces  écrits.  Cette  courte  exposition 
est  indispensable  pour  en  donner  la  pleine  intelligence. 
Anarchie  En  possession  depuis   des    années    déjà    longues   du 

liturgique 

à  laquelle  la    bienfait  de  l'unité  romaine,  la  jeune  génération  cléricale 

rrance  '  '-' 

^a^vamifom^  ne  peut  elle-même  se  faire  l'idée  de  l'anarchie  liturgique 
Guéranger.  a^  laquelle  Dom  Guérauger  a  arraché  notre  pays.  Vingt 
bréviaires  et  vingt  missels  différents  étaient  en  usage 
dans  nos  églises,  se  partageant  la  France  de  la  manière  la 
plus  capricieuse  ;  deux  diocèses  limitrophes  avaient  rare- 
ment la  même  liturgie;  souvent  on  en   trouvait  deux  et 

(i)  Bref  Ecclesiasticis  viris,  ci-dessus. 


PRÉFACE  DE  CETTE    NOUVELLE  EDITION  XXVIl 

trois,  quelquefois  même  jusqu'à  cinq  dans  le  même  dio- 
cèse (i).  Ignorant  d'ordinaire  l'origine  suspecte  du  plus 
grand  nombre  de  ces  bréviaires  et  de  ces  missels,  le  clergé 
les  regardait  volontiers  comme  des  monuments  vénérables 
de  l'antiquité,  dès  qu'il  ne  les  avait  pas  vu  fabriquer  sous 
ses  yeux.  Dans  chaque  diocèse  on  professait,  pour  la  liturgie 
locale,  une  admiration  naïve,  égalée  seulement  par  le 
suprême  dédain  avec  lequel  on  traitait  le  bréviaire  et  le 
missel  romain.  Par  une  étrange  contradiction,  ces  œuvres 
tant  vantées  étaient  remaniées  sans[cesse  pour  arriver  à  une 
perfection  plus  grande,  dont  le  type  même  variait  selon  le 
goût  des  compositeurs  à  la  mode  dans  chaque  pays.  Au 
xvin^  siècle,  les  rédacteurs  des  nouveaux  bréviaires,  trop 
souvent  suspects  dans  la  doctrine,  étaient  au  moins  des 
hommes  versés  dans  la  science  des  Écritures  et  de  la 
tradition  ;  on  ne  pouvait  plus  en  dire  autant  des  faiseurs 
du  XIX®  siècle  ;  et  des  élèves  de  rhétorique  suppléaient 
comme  hymnographes  Santeuil  et  Goffin.  Cette  anar- 
chie et  ces  variations  perpétuelles  avaient  fait  perdre 
au  clergé  le  sens  traditionnel  et  aux  fidèles  Tamour  et 
rintelligence  des  offices  de  l'Église.  Les  sacrements  et 
toutes  les  choses  saintes  étaient  exposés  à  mille  profana- 
tions, par  Fabsence  de  règles  fixes  et  suffisamment  auto- 
risées. Le  devoir  de  la  prière  publique  était  négligé  ;  et  la 
foi  elle-même  souffrait  de  ces  désordres  sans  remède. 

Choisi  par  la  divine  Providence  pour  arrêter  le  cours  Dom  Guéranger 

né  liturgiste, 

(i)  Tel  était  en  particulier  le  cas  du  diocèse  de  Carcassonne,  qui  à  son 
ancien  territoire  avait  ajouté  tout  ou  partie  de  ceux  de  Narbonne,  Saint- 
Papoul,  Alet  et  Mirepoix.  Ces  cinq  diocèses  avaient  chacun  leur  Liturgie 
avant  la  Révolution;  elles  furent  toutes  conservées  jusqu'en  1842. 


XXVIII  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

{ 

de  ces  abus  lamentables,  Dom  Guéranger  naquit  litur- 
giste.  Dès  sa  plus  petite  enfance,  il  aima  avec  passion 
les  offices  de  TÉglise  ;  il  les  suivait  avec  une  attention 
peu  ordinaire  à  son  âge,  et  de  retour  à  la  maison  pater- 
nelle, son  plus  grand  plaisir  était  d'imiter  les  cérémonies 
qui  s'étaient  déroulées  sous  ses  yeux.  Ce  goût  inné  ou, 
pour  mieux  dire,  cette  grâce  reçue  au  saint  baptême  se 
développa  graduellement'avec  l'intelligence  et  Pinstruction 
de  Prosper  Guéranger.  Écolier,  il  savait  par  cœur  tous 
les  chants  qu'on  exécutait  dans  sa  paroisse  de  Sablé  et 
sentait  déjà  cette  poésie  divine  de  la  Liturgie,  dont  il 
devait  révéler  à  notre  siècle  le  secret  presque  ignoré. 
Élève  des  classes  supérieures  au  collège  royal  d'Angers^ 
il  conservait  les  goûts  et  les  préoccupations  de  son 
enfance  au  milieu  du  scepticisme  et  de  la  corruption 
précoces  d'un  trop  grand  nombre  de  ses  contemporains, 
et  fortifiait  par  des  études  de  plus  en  plus  sérieuses  le 
don  mystérieux  que  le  ciel  lui  avait  départi. 
Dom  Guéranger  ^^^  sortir  de  sa  rhétorique,  quand  il  entra  au  sémi- 
des  Liturgies  naire  du  Mans,  le  jeune  Guéranger  était  un  clerc  tout 
durant  sa      formé,   qui,  à  une  érudition   ecclésiastique  déjà  surpre- 

jeunesse 

cléricale.  nante,  joignait  le  goût  d'une  piété  virile,  nourrie  de 
l'Écriture  Sainte  et  puisée  dans  les  offices  de  rÉgHse. 
A  cette  époque,  cependant,  le  jeune  élève  du  sanctuaire 
partageait  tous  les  préjugés  de  ses  contemporains  ;  il 
admirait  sincèrement  les  liturgies  qui  régnaient  en 
France,  et  méprisait,  sur  la  foi  d'autrui,  celle  de  Rome, 
qu'il  ne  connaissait  pas.  Sa  joie  fut  grande  quand  il  se  vit 
appelé  par  le  sous-diaconat  à  payer  chaque  jour  au  nom  de 
l'Eglise  le  tribut  de  l'office  canonial  à  la  Majesté  divine,  et 


PRÉFACE   DE   CETTE  NOUVELLE    EDITION  XXIX 

il  récita  avec  une  foi  vive  son  Bréviaire  manceau  de  M^^'  de 
Froullay  et  du  docteur  Robinet,  sans  se  défier  le  moins 
du  monde  qu'il  dénoncerait  un  jour  ce  livre  et  ses  pareils 
comme  radicalement  impuissants  à  remplir  leur  but. 
L'abbé  Guéranger  était  déjà  prêtre^  quand  la  Providence 
mit  entre  ses  mains  le  Missel  romain,  pour  la  célébration  du 
saint  Sacrifice.  Uétude  de  l'histoire  ecclésiastique  et  des 
Pères  lui  avait  donné  le  goût  de  Tantiquité  et  le  sens'  du 
langage  de  TEglise  primitive.  Quelle  ne  fut  pas  sa  sur- 
prise d'entendre  dans  le  Missel  romain,  les  mêmes  accents 
qui  charmaient  ses  oreilles  dans  les  monuments  des  pre- 
miers âges  du  christianisme! 

Il  goûta  immédiatement  «Ponction  ravissante, Pineffable       Dans  la 

première  année 

'^  «  mélancolie,  la  tendresse  incommunicable  de  ces  formules,        de  son 

%  '  sacerdoce, 

«  les  unes  si  simples,  les  autres  si  solennelles,  dans  les-     il  apprend  à 

connaître 

«  quelles  apparaît    tantôt   la  douce   et   tendre  confiance     ^^  Liturgie 

^  ^^  romaine  et  en 

«  d^une  royale  épouse  envers  le  monarque  qui  l'a  choisie  ^^^P^^  l'usage. 
«  et  couronnée,  tantôt  la  sollicitude  empressée  d'un  cœur 
«  de  mère  qui  s'alarme  pour  des  enfants  bien-aimés  ;  mais 
«  toujours  cette  science  des  choses  d^une  autre  vie,  si 
«  profonde  et  si  distincte,  soit  qu^elle  confesse  la  vérité,  soit 
«  qu'elle  désire  en  goûter  les  fruits,  que  nul  sentiment  ne 
«  saurait  être  comparé  au  sien,  nul  langage  rapproché  de 
«  son  langage (i).  »  Le  jeune  prêtre  avait  entendu  la  véri- 
table prière  de  l'Eglise,  qu'il  ne  connaissait  pas  encore.  A 
mesure  que  cette  perception  devenait  plus  distincte  et  plus 
parfaite, il  saisissait  en  même  temps  «le  goût  de  terroir  et 
«  l'odeur  de  nouveauté  »  de  ces  liturgies  gallicanes,  qu'il 
avait  jusqu'alors  admirées  sans  réserve.  Elles  ne  lui  don- 

(i)  Institutions  liturgiques,  c.  i,  p.  3. 


XXX  INSTITUTIONS    LITURGIQUES 

naicnt  que  la  pensée  et  la  prière  d'hommes  privés, 
dépourvus  de  mission  pour  parler  et  intercéder  au  nom  de 
l'Église.  Avec  la  netteté  d'esprit  et  la  franchise  de  détermi- 
nation qui  devaient  l'accompagner  dans  toute  sa  carrière, 
l'abbé  Guéranger  se  résolut  aussitôt  à  adopter  pour 
son  usage  personnel  la  Liturgie  romaine.  Il  ne  voulut  pas 
cependant  exécuter  ce  grave  dessein,  sans  le  consentement 
de  W  de  la  Myre,évêque  du  Mans,  à  la  personne  duquel 
il  était  attaché  en  qualité  de  secrétaire  particulier.  Le 
vénérable  prélat  avait  visité  autrefois  Rome,  l'Italie  et 
l'Allemagne  ;  et  quoique  imbu  des  doctrines  de  l'ancienne 
Sorbonne,  il  avait  vu  trop  de  choses  et  il  était  trop  grand 
seigneur  pour  partager  les  étroits  préjugés  des  gallicans 
de  la  dernière  heure.  Il  ne  fit  aucune  difficuhé  d'accorder 
à  Tabbé  l'autorisation  qu'il  lui  demandait,  et,  privé  par 
ses  infirmités  de  l'honneur  de  monter  à  Fautel,  le  vieil 
évêque  assistait  chaque  matin  à  la  messe  que  son  secré- 
taire célébrait  dans  sa  chapelle  selon  le  rite  romain. 
On  était  alors  en  1828. 
Considérations       Deux   ans    après,    Tabbé   Guéranger    commençait    sa 

sur  la  Liturgie 

publiées       carrière   d'écrivain    dans    le  Mémorial  catholique^  revue 

dans  le 

Mémorial      ^^^^^  Tinspirateur  était  M.  de  Lamennais,  les  principaux 
catholique.  ^ 

rédacteurs  MM.  de  Salinis  et  Gerbet,  et  dont  l'influence 
fut  considérable  pour  le  retour  de  la  France  aux  doctrines 
romaines.  Le  nouveau  collaborateur  donna  à  ce  recueil 
quatre  articles  intitulés  Considérations  sur  la  Liturgie. 
Il  essayait  d'y  rendre  ce  qu'il  éprouvait  de  respect  et 
d'aiïection  pour  la  Liturgie  i^omaine,  et  il  établissait  la 
nécessité  pour  la  Liturgie  d'être  antique,  universelle, 
autorisée  et  pieuse.  Gesjprincipes  allaient  droit  au  renver- 


PRÉFACE  DE   CETTE   NOUVELLE    EDITION  XXXI 

sèment  des  bréviaires  et  des  missels  français  ;  mais  l'au- 
teur n'en  tirait  pas  les  conclusions  et  ne  s'attaquait  pas 
directement  à  un  abus,  qu'il  croyait  trop  enraciné  pour 
être  détruit.  Son  but  était  surtout  de  compromettre  une 
fois  de  plus  Técole  gallicane,  en  montrant  que  ses  fausses 
doctrines  et  ses  hardiesses  à  l'égard  de  Pautorité  aposto- 
lique l'avaient  condiiite,  sur  ce  terrain  comme  sur  tant 
d'autres,  à  deux  pas  de  l'hérésie  et  Tavaient  aveuglée,  au 
point  qu'elle  s^était  fermé  la  source  principale  de  la  tra- 
dition et  ôté  des  mains  les  armes  les  plus  sûres  de  l'ortho- 
doxie et  les  plus  puissants  moyens  d'action  sur  les  âmes. 

Cette  première   attaque   n'était   qu^une   escarmouche.    Première  lutte 

entre 

mais  elle  suffit  pour  donner  l'éveil  à  Tennemi.  L'organe  Dom  Guéranger 

^  ^  ♦  ^  et  M.  Picot 

officiel  du  gallicanisme  était  alors  VAmi  de  la  Religion  :  à  propos  de  ces 

articles» 

son  rédacteur  en  chef,  Picot,  prit  l'alarme  et  essaya  de 
réfuter  l'abbé  Guéranger.  Celui-ci  riposta  avec  la  verve 
un  peu  audacieuse  de  la  jeunesse,  et,  sentant  l'insuffi- 
sance de  son  esprit  et  de  son  érudition.  Picot  battit  en 
retraite  devant  celui  qu'il  appelait  déjà  «  un  rude  jouteur  » 
Quels  cris  de  désespoir  n'eût  pas  poussés  le  journaliste 
gallican,  s'il  avait  pu  prévoir  que  ce  jeune  débutant  devait 
porter  le  coup  de  mort,  non-seulement  aux  liturgies,  mais 
aux  doctrines  françaises  du  xviii''  siècle,  objet  de  sa  sénile 
admiration  !  Cette  querelle  passa  inaperçue  au  milieu  des 
ardentes  controverses  du  moment.  Les  ultramontains^ 
absorbés  par  les  questions  philosophiques  et  sociales  agi- 
tées  par  M.  de  Lamennais,  les  directeurs  eux-mêmes  du 
Mémorial  catholique  toujours  armés  pour  défendre  contre 
les  gallicans  les  bases  mêmes  de  la  constitution  de  TÉglise, 
avaient  peine  à  comprendre  la  portée   d'une  question  si 


en  i833. 


XXXII  INSTITUTIONS    LITURGIQUES 

secondaire  en  apparence  ;  et  les  articles  de  l'abbé  Gué- 
ranger  étaient  pour  eux  une  fantaisie  de  spécialiste,  qu'on 
pardonnait  à  sa  jeunesse  dans  l'espoir  de  meilleurs  ser- 
vices pour  l'avenir.  L'heure  de  la  lutte  décisive  n'était 
pas  venue  et,  à  vrai  dire,  le  champion  de  la  Liturgie 
romaine  n'était  pas  encore  prêt. 
Dom  Guéranger      Onze  années  s'écoulèrent   avant  que  l'abbé  Guéranger 

commence  ^  '         ji'.    j  j  -^  j 

la  restauration  reprit  sa    thcsc,  onze  années   d  études,    de    prières,    de 

de  l'ordre  de 

saint  Benoît  et  rudes    souffrances,    et  par   là   même   de   préparation    à 

rétablit  i  r  x       x 

la  Liturgie     l'œuvre  que  Dieu  lui  réservait.  En   1 833,  le  jeune  prêtre 

romame  dans  ^  '         /  x 

de^Soieïmes  ^^  retirait  à  l'ancien  prieuré  de  Solesmes  ;  et  là,  avec  le 
concours  de  quelques  hommes  de  foi,  il  entreprenait  de 
rendre  à  la  France  Tordre  bénédictin,  détruit  chez  nous 
par  la  Révolution.  Cette  généreuse  résolution  le  vouait 
pour  toujours  au  service  liturgique,  œuvre  principale  et 
centre  de  la  vie  du  moine  bénédictin.  Mais  jusque  dans 
l'ordre  de  Saint-Benoît,  les  traditions  avaient  été  foulées 
aux  pieds.  La  congrégation  de  Saint-Maur,  rejetant  les 
livres  romains  que  son  saint  patron  avait  le  premier 
apportés  en  France,  s'était  donnée,  au  xviii®  siècle,  une 
Liturgie  dans  le  goût  du  temps,  que  l'on  avait  proclamée 
un  chef-d'œuvre  ;  la  réputation  de  cette  compilation 
s'était  étendue  au-delà  de  la  France;  on  la  vantait  en 
Italie,  et  au  moment  où  le  prieuré  de  Solesmes  se  repeu- 
plait, les  bénédictins  de  Hongrie  faisaient  réimprimer  le 
Bréviaire  de  Saint-Maur  et  le  substituaient  dans  leurs 
monastères  au  Bréviaire  romano-monastique.  Réagissant 
contre  ces  pernicieux  exemples,  Dom  Guéranger  établit 
à  Solesmes  la  Liturgie  romaine  le  ii  juillet  i833,  jour 
de  rinstallation  canonique  de  sa  petite  communauté.   Il 


PREFACE   DE   CETTE   NOUVELLE   EDITION  XXXIII 

rentrait  ainsi  de  plein  droit  dans  la  portion  la  plus  sacrée 
du  patrimoine  bénédictin.  De  saint  Grégoire  le  Grand  à 
saint  Grégoire  VII  et  au  delà,  les  pontifes  qui  ont 
façonné  la  Liturgie  romaine  ont  été  presque  tous  des  fils 
de  saint  Benoît,  et  si  le  patriarche  du  Cassin  a  prescrit 
dans  sa  Règle  une  forme  particulière  de  l'office  divin,  les 
seules  différences  essentielles  entre  les  usages  monastiques 
et  les  romains  sont  la*  distribution  du  Psautier  et  le 
nombre  des  leçons  ;  et  les  moines  bénédictins  n'ont  jamais 
eu  d'autres  responsoriaux  ni  d'autres  antiphonaires  que 
ceux  de  PÉglise  romaine,  accrus  de  nombreuses  pièces  de 
leur  composition. 

Rempli,  dès  le  premier  jour,  avec  surabondance  de  ^^tudel^Â^^ 
Tesprit  de  son  état,  le  jeune  prieur  de  Solesmes  ne  se  ^uM^Liturâe^ 
contentait  pas  d'apporter  à  l'office  divin  une  attention 
toujours  éveillée  et  un  saint  enthousiasme  ;  mais,  grâce  à 
cette  puissance  de  synthèse  qui  était  un  des  caractères 
principaux  de  son  génie,  il  savait  ramener  à  la  Liturgie 
comme  à  un  point  central  les  études  qu'il  poussait  avec  une 
infatigable  ardeur  dans  toutes  les  directions  de  la  science 
ecclésiastique.  La  théologie  dogmatique  et  mystique,  le 
droit  canonique,  Phistoire  et  la  littérature,  Pesthétique 
l'aidaient  tour  à  tour  à  découvrir  les  mystères  des  rites 
sacrés,  à  saisir  jusque  dans  les  moindres  détails  le  sens 
des  formules,  que  le  missel  et  le  bréviaire  faisaient  passer 
sous  ses  yeux.  Depuis  les  plus  minutieuses  questions  de 
rubriques  jusqu'aux  arcanes  de  la  théologie  et  de  la  sym- 
bolique du  sacrifice  de  TAgneau  immaculé,  la  science  litur- 
gique dans  son  ensemble  lui  devint  promptement  fami- 
lière, et  nous  osons  dire  qu'aucun  moderne  ne  l'a  possédée 

T.    1  C 


XXXIV  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

au  même  degré.  D'autres  ont  eu  peut-être  autant  et  plus 
d'érudition  sur   des  points  de   détail,  mais  personne  n'a 
compris    et   expliqué   comme    lui   le   mystère    toujours 
vivant,  toujours  opérant  de  la  Liturgie. 
Idée  ciue  La  Liturgie,  en  effet,  n'était  pas  pour  Dom  Guéranger  le 

Dom  Guéranger  i  .        i, 

se  formait      but  de  curieuses  recherches,  l'objet  d  une  science  plus  ou 

de  la  Liturgie. 

moins  aride  et  humaine  :  c'était  l'instrument  de  la  prière 
incessante,  de  la  profession  de  foi  et  de  la  louange  de 
l'Église,  l'organe  principal  de  sa  vie,  la  voie  mystérieuse 
de  communication  entre  le  ciel  et  la  terre,  le  moyen  prin- 
cipal de  la  sanctification  des  âmes.  L'année  ecclésiastique 
se  présentait  à  lui  comme  la  manifestation  de  Jésus-Christ 
et  le  renouvellement  périodique  de  ses  mystères  dans 
l'Église.  Le  rôle  du  liturgiste  tel  qu'il  le  comprenait,  était 
de  suivre  avec  attention  ce  mouvement  sans  cesse  renais- 
sant, d'en  saisir  toutes  les  formes  extérieures,  de  les  expli- 
quer soigneusement  afin  d'aider  les  âmes  à  en  recueillir 
la  grâce.  Les  sacrements  et  les  sacramentaux  lui  apparais- 
saient de  même  comme  les  canaux  mystérieux  par  lesquels 
la  vie  divine  arrivait  du  ciel  sur  la  terre  ;  et  le  moindre 
détail  de  leur  histoire  ou  de  leur  célébration  prenait  à  ses 
yeux  l'importance  d'un  fait  surnaturel.  Ainsi  envisagées, 
les  études  liturgiques  étaient  avant  tout,  pour  Dom  Gué- 
ranger, une  préparation  à  la  prière  et  aux  fonctions  sacer- 
dotales ;  l'amour  de  Dieu  et  de  l'Église,  le  zèle  pour  sa 
propre  sanctification  et  le  salut  des  âmes,  devenaient  les 
mobiles  qui  soutenaient  son  ardeur  dans  ses  recherches 
incessantes  et  pénibles.  Tel  était  l'esprit  qu'il  s'efforçait 
d'inspirer  à  ses  disciples,  leur  répétant  sans  cesse  que  le 
service  liturgique  étant  leur  première  obligation,  ils  ne 


PREFACE   DE   CETTE   NOUVELLE   EDITION  XXXV 

pouvaient  être  de  véritables  enfants  de  saint  Benoît  qu'à 
condition  de  le  célébrer  non-seulement  avec  ferveur^  mais 
avec  une  pleine  intelligence  de  ses  mystères.  Il  voulait 
qu'ils  eussent  comme  lui  une  piété  à  l'antique,  avide  des 
aliments  qu'ojBPre  directement  la  main  de  l'Église  et 
n'acceptant  les  autres  qu'avec  réserve  et  par  surcroît* 
Cette  direction  donna  dès  le  premier  jour  à  l'humble 
communauté  qui  se  formait  à  Solesmes,  au  milieu  de 
difficultés  incessantes,  un  caractère  à  part,  et  fut  le  prin- 
cipe de  cohésion  et  de  vie  auquel  elle  dut  de  subsister  et 
de  grandir  malgré  de  rudes  épreuves. 

La  conséquence  nécessaire  d'un  pareil  enseignement  était  La  congrégation 

^  i  o  bénédictine 

de  placer  les  études  liturgiques  au  premier  rang  parmi  les  j^  S ^o^re^xvr 
travaux  des  moines  de  Solesmes.  Cette  direction,  donnée  à  ^^fo  ^Vi^l^,i^^' 

'  la.  misaioii 

la  naissante  famille  bénédictine  par  son'chef, reçut  la  sanc-      les^saines^ 

^  11,  •/  T  iirr  traditions  de 

tion  suprême  de  1  autorité  apostolique  par  le  bret  nimi-  la  Liturgie. 
meras  inter  de  Grégoire  XVI,  qui  établit  canoniquement 
la  Congrégation  de  France,  érigea  Solesmes  en  abbaye  et 
conféra  la  dignité  abbatiale  à  Dom  Guéranger,  le  i^^  sep- 
tembre iSSy.  Dans  cet  acte  solennel,  le  Souverain  Pontife, 
après  avoir  déclaré  que  la  nouvelle  Congrégation  avait 
pour  objet  de  restaurer  la  pratique  de  la  Règle  de  Sainte 
Benoît  en  France  et  de  secourir  les  âmes  désireuses  de  la 
vie  monastique,  ajoutait  qu'après  ce  but  suprême,  elle 
devait  travailler  à  ranimer,  dans  la  mesure  de  ses  forces, 
la  science  de  l'antiquité  ecclésiastique  et  spécialement  les 
saines  traditions  de  la  Liturgie  près  de  s'éteindre, 
Sanas  sacrœ  Litiirgiœ  traditiones  labescentes  confo- 
vere. 

Dom  Guéranger  inscrivit  ces  paroles  comme  épigraphe    Portée  de  cet 

acte  apoetoiique 


XXXVI  INSTITUTIONS  LITURGIQUES 

en  tête  de  ses  Institutions  liturgiques^  et  les  rappela  sou- 
vent, à  bon  droit,  dans  le  cours  de  sa  polémique,  quand 
on  lui  reprocha  de  soulever  sans  mission  des  controverses 
inopportunes.  Par  Pacte  apostolique  du  i^'  septembre 
1837, Grégoire  XVI  n'avait  certainement  pas  eu  le  dessein 
de  provoquer  en  France  une  révolution  liturgique,  que 
personne  à  Rome  n'osait  espérer  ;  mais  il  donnait  réelle- 
ment à  la  Congrégation  bénédictine  de  France  et  à  son 
chef  le  mandat  de  travailler  à  la  propagation  et  à  la  défense 
des  vrais  principes  de  la  science  liturgique,  et  il  accordait 
d'avance  à  leurs  efforts  cette  bénédiction  de  saint  Pierre 
dont  l'efficacité  dépasse  toute  prévision  humaine,  parce 
qu'elle  est  la  bénédiction  même  de  Jésus-Christ.  Dom 
Guéranger,  de  son  côté,  était  un  de  ces  serviteurs  que 
Dieu  aime  à  employer  pour  ses  grands  desseins.  «  C'était, 
«  pouvons-nous  dire  avec  l'évêque  de  Poitiers,  l'homme 
«  de  la  perfection  évangélique, vivant  de  la  vie  de  l'Eglise 
«  et  tenant  toutes  les  avenues  de  son  âme  ouvertes  aux 
«  vouloirs  divins.  Dégagé  des  souillures  du  siècle,  il  était 
«  ce  vase  sanctifié  et  consacré  dont  le  Seigneur  use  selon 
«  l'utilité  et  qui  est  prêt  à  toute  bonne  œuvre  :  erit  vas 
«  sanctijîcatum^  et  utile  Domino^  ad  omne  opiis  bonum 
«  paratiim  (i).»  C'est  là,  c'est-à-dire  dans  l'ordre  mysté- 
rieux de  la  grâce  et  de  la  toute-puissance  divine,  et  non  pas 
dans  des  vouloirs  humains,  qu'il  faut  chercher  le  principe 
de  l'heureuse  révolution,  qui  a  renouvelé  la  face  de  nos 
églises  de  France. 
^ToiPçoitTe^'"     P^^^  répondre   à   l'invitation   du    Souverain  Pontife, 

projet  d'une 
somme 
liturgique,  sous      (0  H  Tim.  11,  21.  —  Oraison  funèbre  du  T,  R.  P.  Dom  Guéranger  par 

d'Ji^tituUons.    ^^"^''^^'ëneur  Pie,  évêque  de  Poitiers,  p.  9. 


PREFACE   DE   CETTE  NOUVELLE   EDITION  XXXVII 

Dom  Guéranger  conçut  le  plan  d'une  somme  liturgique, 
dans  laquelle  il  se  proposait  de  condenser  toute  la  science 
des  rites  sacrés.  Durand  de  Mende  et  d'autres  écrivains 
du  moyen  âge  ont  eu  le  même  dessein  ;  mais  leurs 
ouvrages  ne  sont  plus  que  des  ébauches  imparfaites.  Les 
travaux  de  l'érudition  aux  xvi®,  xvii®  et  xviii®  siècles  ont 
tiré  de  l'obscurité  et  quelquefois  mis  en  œuvre  pour  des 
points  particuliers  les  matériaux  de  la  science  liturgique  ; 
les  découvertes  de  l'archéologie  chrétienne  ajoutent  sous 
nos  yeux  de  nouvelles  richesses  à  ces  trésors  lentement 
accumulés  ;  aucune  main  n'a  su  encore  bâtir  l'édifice. 
Dom  Guéranger  avait  l'ambition  de  le  construire  et  il  en 
était  capable.  Dans  la  préface  du  premier  volume  des 
Institutions^  il  trace  son  plan  d'une  main  hardie  et  sûre. 
L'histoire  étant  le  fondement  et  le  cadre  de  tout  enseigne- 
ment ecclésiastique,  il  voulait  d'abord  exposer  les  vicissi- 
tudes de  la  Liturgie  dans  l'Église  en  indiquant,  à  mesure 
qu'il  les  rencontrerait  sur  son  chemin, les  sources  auxquelles 
on  pouvait  en  puiser  la  science.  Après  cette  introduction 
historique  et  bibliographique,  l'auteur  se  proposait  de  don- 
ner les  notions  nécessaires  sur  les  livres  de  la  Liturgie,  sur 
le  calendrier  et  les  mystérieuses  divisions  de  Tannée  ecclé- 
siastique. L'étude  complète  du  sacrifice  chrétien,  des  sacre- 
ments et  des  sacramentaux  devait  former  comme  le  corps 
de  l'ouvrage;  des  commentaires  du  bréviaire  et  du  missel, 
une  série  de  traités  spéciaux  sur  les  règles  de  la  symbo- 
lique, sur  la  langue  et  le  style,  le  droit  et  l'autorité  de 
la  Liturgie  comme  moyen  d'enseignement  dans  l'Église, et 
enfin  une  théologie  liturgique  étaient  destinés  à  couronner 
ce  vaste  ensemble,  que  l'auteur  espérait  renfermer  dans 


XXXVIÏI  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

cinq  volumes,  et  qui,  dans  la  réalité,  aurait  pu  en  réclamer 
quinze  ou  vingt. 
Publication  du      Le  premier  parut  en  1840.  Après  quelques  notions  préli- 

preniier  volume  ^ 

des  Institutions  minaires  sur  la  Liturgie  et  Pimportance  de  son  étude, Dom 

liturgiques  " 

en  1840.  Guéranger  en  retraçait  l'histoire  depuis  les  temps  apos- 
toliques jusqu'à  la  réforme  commencée  par  saint  Pie  V  et 
achevée  par  Urbain  VIII,  à  laquelle  la  Liturgie  romaine 
doit  sa  rédaction  définitive.  Par  la  simple  exposition  des 
faits,  l'Abbé  de  Solesmes  démontrait  que  si  une  certaine 
variété  avait  existé  à  l'origine  dans  les  usages  liturgiques 
des  diverses  églises,  les  Pontifes  romains  avaient  travaillé 
au  plus  tard  dès  le  v^  siècle  à  établir  l'unité  dans  tout  leur 
patriarcat  d'Occident,  et  que  depuis  le  xi^  siècle,  les  livres 
et  les  rites  de  l'Eglise  romaine  étaient,  sauf  quelques 
variations  de  détail,  les  seuls  usités  dans  la  chrétienté 
latine,  à  l'exception  de  Milan  et  de  son  territoire.  La 
France  en  particulier  n'en  connaissait  pas  d'autres  depuis 
Gharlemagne  ;  et  bien  loin  de  contester  l'autorité  souve- 
raine des  papes  en  matière  de  Liturgie,  elle  avait  accueilli 
avec  la  plus  filiale  obéissance  les  bulles  de  saint  Pie  V 
pour  la  réforme  liturgique  et  s'y  était  pleinement  con- 
formée, en  conservant  seulement  quelques  usages  parti- 
culiers, dont  le  Siège  apostolique  reconnaissait  lui-même 
la  légitimité  (i). 
Applaudisse-        La  conséquence  de  ces  principes  était  immédiate  et  écra- 

ments 

unanimes  qui   saute  pour  les  liturgies  gallicanes  im.ais.comme  l'auteur  ne 

raccueillent.  ^  c       o  ->  j 

la  tirait  pas  encore,  beaucoup  de  lecteurs  ne  l'aperçurent 

(i)  Le  premier  volume  des  Institutions  liturgiques  s'arrêtait  à  la  fin  du 
chapitre  XV  ;  des  nécessités  typographiques  nous  ont  contraint  à  y  ajouter 
dans  cette  édition,  le  chapitre  xvi,;qui  commence  l'histoire  de  la  Liturgie 
au  xvu6  siècle. 


PREFACE  DE   CETTE   NOUVELLE    EDITION  XXXIX 

pas  et  les  applaudissements  furent  unanimes.  Personne 
ne  sentit  et  n'exprima  mieux  la  portée  et  le  mérite  de 
l'ouvrage  qu'une  femme,  dont  nous  pouvons  citer  ici  les 
paroles,  à  cause  des  liens  particuliers  qui  l'unirent  à 
Dom  Guéranger  et  surtout  du  respect  que  sa  foi  géné- 
reuse, son  zèle  pour  les  intérêts  catholiques,  son  heu- 
reuse influence  sur  la  haute  société  parisienne  ont  acquis 
à  sa  mémoire  :  «  Il  suffirait  de   ce  livre,  écrivait  la  com-    Jugement  de 

M^e  Swetchine 

«  tesse  Swetchine  à  Tabbé  de  Solesmes,  pour  conduire  à  sur  cet  ouvrage. 

«  la  vérité  intégrale  un  esprit  droit,  et,  quand  vous  ne 

«  traitez  que  de  la  Liturgie,  c'est  toute  la  vérité  catholique 

a  qui  apparaît.  Quelle  modération  puissante  et  profonde 

«  dont   TEglise  seule    vous  donnait   le  modèle  !    quelle 

«  courageuse  liberté,  quelle  indépendance  de  vous-même! 

«  car  je  n'y  vois  pas  un  trait  que  puisse   revendiquer  la 

«  nature.  La  vérité   est  toujours  forte  sous  votre  plume 

«  sans  le  secours  d'aucune  exagération;  les  propositions 

«  les  plus  neuves  et  par  là  même  les  plus  hardies,  y  sont 

«  démontrées  avec  tant  de  raison,  de  clarté  et  de  précision, 

«  qu'on  est  amené  tout  naturellement   au  point  oià  vous 

«  voulez  conduire,  comme  par  une  rampe  que  l'on  gravit 

c(  sans  s'en  apercevoir  ;  c'est  vraiment  lumineux  et  jamais 

«  l'érudition  ne  s'est  montrée   moins  sèche.    Les  détails 

«  les  plus  insignifiants  en  apparence  sont  imprégnés  d'un 

«  accent  de  foi  et  de  piété  ;    dès   la    troisième   page,  je 

«  priais   avec    vous  (i).  «    Trente-sept  ans  sont  écoulés 

depuis  que  M""*^  Swetchine  écrivait  ces  lignes  ;  les  passions 

que  Dom  Guéranger  combattait  sont  éteintes,  les  préjugés 

(i)  Lettres  inédites  de  M^^  Swetchine,  p.  4I3.  Lettre  à  Dom  Guéranger, 
du  9  septembre  1840. 


xviiie  siècle. 


XL  INSTITUTIONS    LITURGIQUES 

vaincus;  les  principes  qu'il  exposait  avec  tant  de  lucidité, 
acceptés  de  tous  sans  contestation,  n'ont  plus  besoin  d'être 
démontrés;  mais  si  les  temps  sont  changés,  la  valeur  du 
livre  ne  l'est  pas,  et  nous  croyons  que  le  lecteur  ne  pourra 
parcourir  ce  premier  volume,  sans  ressentir  les  impres- 
sions que  la  noble  et  pieuse  amie  de  Dom  Guérange^ 
savait  rendre  avec  tant  de  précision  et  de  finesse. 
Le  second  Le  second  volume  des  Institutions  liturgiques   parut 

volume  publié  ^  ^    ,  ., 

en  1841,  raconte  un   an  à  peine  ^apres  son   aine,  et  reçut  un  accueil  tout 

l'histoire  des 

liturgies       différent.  Les  applaudissements  redoublèrent,  il  est  vrai, 

gallicanes,  ^^ 

fabriquées ^u  j^^jg  jjg  cessèrent  d'être  unanimes,  et  une  opposition 
formidable  et  bruyante  s'organisa  contre  le  livre  et  son 
auteur.  Dès  les  premières  pages,  Dom  Guéranger  était 
entré  dans  le  vif  de  la  question.  Il  montrait  une  coalition 
naissant  au  sein  des  parlements  et  du  clergé  pour  com- 
battre  l'influence  de  Rome  et  asservir  TEglise  à  PEtat, 
sous  prétexte  des  libertés  gallicanes.  La  magistrature 
française  commençait  par  porter  la  main  sur  la  Liturgie, 
au  nom  d'un  droit  prétendu  de  la  couronne  ;  bientôt  les 
évêques  eux-mêmes,  outre-passant  les  limites  de  leur 
autorité,  se  laissaient  entraîner  par  les  préjugés  d'une 
critique  orgueilleuse  et  ennemie  des  plus  saintes  traditions, 
altéraient  les  livres  liturgiques  de  leurs  églises,  suppri- 
maient des  formules  et  des  usages  vénérables,  pour  y 
substituer  des  nouveautés  sans  autorité  et  sans  caractère. 
La  secte  janséniste  apparaissait  ensuite,  et  prenait  sur  le 
clergé  de  France  une  influence  dont  nous  sentons  encore 
les  pernicieux  effets.  Pour  tarir  la  source  principale  de 
la  vie  catholique,  elle  s'attaqua  avec  un  art  diabolique  à 
la    Liturgie  romaine.  Profitant   des  préjugés  nationaux 


PREFACE   DE   CETTE   NOUVELLE   EDITION  XL! 

des  gallicans,  des  prétentions  hautaines  des  hypercritiques, 
elle  réussit  à  jeter  le  discrédit  et  le  ridicule  sur  les  livres 
vénérables,  qui  étaient  depuis  tant  de  siècles  les  instru- 
ments de  la  prière  pour  toute  la  chrétienté  latine.  Quand 
l'antique  édifice  élevé  par  les  papes  et  les  saints  eut  été 
ébranlé,  la  secte  odieuse  fournit  encore  des  ouvriers,  tout 
prêts  à  refaire,  au  goût  du  temps  et  en  un  jour,  toute  la 
Liturgie.  Avec  Paccent  de  la  foi  et  d'une  juste  indignation, 
Dom  Guéranger  montrait  le  crime  de  ces  attentats  et  le 
tort  irréparable  qu'ils  avaient  fait  à  la  religion  en 
France,  Il  peignait,  avec  une  vivacité  de  couleurs  et  une 
verve  entraînante,  le  progrès  rapide  de  cette  coalition  du 
gallicanisme,  du  jansénisme  et  d'une  critique  à  demi 
rationaliste,  qui  gagnait  peu  à  peu  toutes  les  églises  de 
France  et  entraînait  même  quelques-uns  des  prélats  les 
plus  catholiques  du   xviii^    siècle. 


Dans  la  franchise  de  son  langage  monastique,  l'auteur     Modération 

t  convenant 

du  langage 

de  Fauteur, 


,.      .         1    «^       .  ^  ,         «^  j  •         1         ^t  convenance 

ne   dissmiulait   rien    et   ne    craignait    pas    de    signaler     du  langage 


les  faiblesses  des  hommes  les  plus  illustres  ;  mais,  alors 
même  que  Tamour  de  l'Eglise  et  des  âmes  lui  dictait  les 
pages  les  plus  émues,  il  savait  garder  le  respect  dû  à 
des  prélats  morts  dans  la  communion  du  siège  apos- 
tolique. Attentif  à  relever  tout  ce  qui  pouvait  être  à 
l'honneur  de  l'ancienne  Eglise  de  France,  il  s'attachait 
à  recueillir  soigneusement  les  protestations  que  ces  nou- 
veautés liturgiques  arrachèrent  à  des  évêques  et  des 
prêtres,  qui  avaient  conservé  dans  sa  plénitude  l'esprit 
de  la  tradition  catholique.  En  traçant  enfin  l'histoire 
liturgique  de  la  France  au  xix^  siècle,  il  voilait  sous  des 
formes  délicates  le  blâme  qui  ressortait  de  l'exposé  néces- 


XLII  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

saire  de  certains  faits  contemporains  et  louait  au  contraire 
avec  une  effusion,  qu'on  trouvera  aujourd'hui  exagérée, 
les  moindres  actes  dans  lesquels  il  pouvait  saisir  un  indice 
de  retour  aux  saines  traditions.  Un  argument  irrésistible 
en  faveur  de  la  Liturgie  romaine  résultait  de  l'ensemble 
de  ce  récit.  Quiconque  n'était  pas  aveuglé  par  des  préjugés 
d'éducation  ou  de  secte,  se  disait  en  fermant  le  livre  :  «  Il 
«  faut  revenir  à  la  Liturgie  romaine  ;  c'est  le  plus  puis- 
«  sant  moyen  de  raviver  la  foi  en  France  et  de  rendre 
«  indissolubles  les  liens  trop  affaiblis,  hélas  !  qui  nous 
«  rattachent  au  Saint-Siège.  » 
Dom  Gu€ranger     Dom  Guéranger  n'avait  ni  le  dessein  ni  Tespérance  de 

n'avait  pas 

le  dessein  de  provoquer  une  semblable  révolution  en  quelques  années. 

provoquer       *■ 

en  France  une  L'accueil   fait  à  son  premier    volume  lui    permettait  de 

révolution  ^  ^ 

liturgique,  penser  que  le  second  porterait  coup  et  arrêterait  peut- 
être  le  progrès  du  mal  qu'il  dénonçait  avec  tant  de  vérité 
et  d'énergie  ;  mais,  à  vrai  dire,  le  vaillant  écrivain  ne 
s'arrêta  pas  à  calculer  Teffet  de  sa  parole.  Il  allait  où  Dieu 
le  portait  ;  il  avait  senti  qu'il  avait  une  vérité  à  faire  en- 
tendre, et  il  l'annonçait  avec  simplicité.  Credidi^  pou- 
vait-il dire,  pr^opter  guod  lociitus  siim  (i).  «  Je  crois,  et  à 
cause  de  cela,  je  parle  ;  c'est  à  Dieu  de  faire  ce  qu'il 
voudra  de  ma  parole.  » 
Déchaînement       L'effet  de  Cette  publication  fut  immense,  et  les  vétérans 

des  gallicans      j        ,         /   r 

contre  le  livre  du  clerge  français  se   rappelleront  longtemps  les    contro- 

et  son  auteur.  ^ 

verses  passionnées  qu'elle  excita  dans  son  sein.  Tous  les 
hommes  qui  par  leur  âge  et  leur  éducation  tenaient  aux 
traditions  gallicanes,  se  déclarèrent  violemment  contre  les 
Institutions   liturgiques.  Il  n'y  eut  qu'un  cri  dans   leur 

(i^Ps.  CXV,  I. 


PREFACE   DE  CETTE   NOUVELLE  EDITION  XLIÏÏ 

camp  pour  dénoncer  la  conspiration  qui  s'ourdissait  à 
Solesmes  contre  l'autorité  des  évêques,  contre  les  doc- 
trines de  l'Église  de  France,  contre  ses  gloires  les  plus 
pures.  Vainement  Dom  Guéranger  avait  pris  soin  de 
réserver  formellement  la  question  du  droit  liturgique,  et 
avait  blâmé  toute  démonstration  imprudente  et  téméraire 
du  clergé  du  second  ordre  contre  les  Liturgies  diocésaines; 
vainement  il  répétait  que  le  retour  à  l'unité  ne  pouvait 
être  accompli  que  par  l'autorité  des  évêques  :  on  ne  lui 
tint  aucun  compte  de  ces  ménagements.  Son  nom  devint 
dans  certaines  bouches  le  synonyme  de  fauteur  de  rébel- 
lion, d'écrivain  exagéré  et  paradoxal.  Heureux  encore 
quand  on  ne  lui  accolait  pas  des  qualifications  théolo- 
giques plus  sévères  ! 

Tout  autre    était  le  jugement  d'une  fraction  de  Tépis-      La  cause 

de  la  Liturgie 

copat   et  du  clergé    français,    moins    nombreuse    peut-  romaine  gagnée 

'  ^  par  ce  volume 

être  que  la  première,  mais  plus  indépendante  des  pré-      ^^^^  ^9^^^ , 

^  ^  ^  ^  iT  r         une  jfraction  du 

jugés  en  vogue  et  plus  solidement  instruite.  C'était  <^iergé  français, 
celle  qui,  ralliée  aux  véritables  doctrines  catholiques, 
appelées  alors  ultramontaines,  travaillait  à  arracher  la 
France  au  joug  funeste  du  gallicanisme.  Pour  celle-là,  le 
second  volume  des  Institutions  liturgiques  donnait  une 
base  inébranlable  aux  convictions  que  le  premier  avait  fait 
naître  ;  et  le  rétablissement  de  la  Liturgie  romaine  dans 
les  diocèses  de  France,  apparaissait  comme  la  première  et 
la  plus  importante  étape  de  ce  retour  vers  Rome,  objet 
de  tant  de  vœux  et  de  persévérants  efforts. 
Malgré  les  récriminations  dont  son  livre  était   l'objet,     on  cesse  de 

T^         n     '  '^  ^'  '  T  fabriquer 

Dom  Lrueranger  avait  remporte  un  premier  avantage.   Le    de  nouveaux 
coup  de  mort  n'était  pas  porté  aux  liturgies   gallicanes 


roma 


XLIV  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

déjà  subsistantes  ;  mais,  à  partir  de  la  publication  du 
second  volume  des  Institutions  liturgiques^  on  n'osa 
plus  en  fabriquer  de  nouvelles.  Le  bréviaire,  dont  M.  le 
chanoine  Quilien  avait  doté  l'Église  de  Quimper  en 
1840,  fut  le  dernier;  le  missel,  déjà  préparé  pour  lui 
servir  de  complément,  resta  dans  les  cartons  de  Fauteur, 
et  la  Liturgie  romaine  demeura  en  vigueur  dans  toutes  ou 
La  Liturgie    presque  toutes  les  paroisses  du  diocèse.  Il  en  fut  de  même 

maine  sauvée  a         n 

dans  les  lieux   ^^^^  les  autres  édises,  OÙ  elle  s'était  encore  maintenue. 

ou  elle  ^  ' 

^  encore!^  Nous  sommes  heureux  d'inscrire  ici  les  noms  de  deux  pré- 
lats, honorés  aujourd'hui  de  la  pourpre  romaine,  qui,  les 
premiers,  se  prononcèrent  en  faveur  du  rite  romain.  Son 
Éminence  le  cardinal  Donnet,  archevêque  de  Bordeaux, 
rassura  les  fidèles,  qui  l'avaient  toujours  possédé  et  qui 
le  savaient  menacé  d'une  destruction  prochaine  ;  Son 
Éminence  le  cardinal  Saint-Marc,  archevêque  de  Rennes, 
en  attendant  l'heure  de  le  rendre  à  tout  son  peuple, 
déclara  son  intention  formelle  d'en  conserver  les  débris, 
qui  subsistaient  dans  un  certain  nombre  de  paroisses  de 
son  diocèse. 
Bref  du  pape       Sur  ces  entrefaites,  un  prélat  qui,  avec   M^'' Parisis, 

Grégoire  XVI  a  '  1  i      ^  7 

^!1kI°^^^^^^'    ^vait  pris  la  tête  du  mouvement  ultramontain  en  France, 

archevêque  ^  ' 

"^îa^ue^don'  M^^  Gousset,  archevêque  de  Reims,  consulta  le  Saint- 
1  urgique.  giége  sur  la  situation  de  nos  Églises,  au  point  de  vue 
liturgique,  et  sur  la  ligne  de  conduite  que  devaient  tenir 
les  évêques.  Le  pape  Grégoire  XVI  répondit  par  un  bref 
du  6  août  1842,  dans  lequel,  en  déplorant  comme  un 
malheur  la  variété  des  livres  liturgiques  et  en  rappelant 
les;  bulles  de  saint  Pie  V,  il  déclarait  cependant  que,  par 
crainte  de  graves  dissensions,  il  s'abstiendrait  non-seule- 


PREFACE   DE  CETTE   NOUVELLE   EDITION  XLV 

ment  d'en  presser  Texécution,   mais  même   de   répondre 
aux  questions  qui  lui  seraient   adressées  à   ce  sujet  (i). 

Ne  pouvant  obtenir  de  Rome  une  solution   officielle  à    L'archevêque 

de  Reims 

ses    difficultés,     l'archevêque    de  Reims    consulta  alors  ^  ppse  à  Dom 

^  ^  Gueranger  trois 

Tabbé  de  Solesmes  et  lui  posa  ces  trois  questions  :  ^^lïdroit 

1°   Quelle   est    l'autorité    d'un  évêque   particulier  en     liturgique. 
matière   de   Liturgie,    dans   un  diocèse   où    la   Liturgie 
romaine  se  trouve  être  actuellement  en  usage  ? 

2°  Quelle  est  l'autorité  d'un  évêque  particulier  en  ma- 
tière de  Liturgie,  dans  un  diocèse  où  la  Liturgie  romaine 
n^est  pas  actuellement  en  usage  ? 

3°  Quelle  conduite  doit  garder  un  évêque  dans  un 
diocèse  où  la  Liturgie  romaine  a  été  abolie  depuis  la 
réception  de  la  bulle  de  saint  Pie^  V  dans  le  même 
diocèse  ? 

Dom  Gueranger  répondit  à  ces  trois  questions  par  un        L'abbé 

de  Solesmes 

traité  canonique  intitulé^  Lettre  à  Monseigneur  V Arche-  y  répond  par  sa 

Lettre  sur  le 

vêque  de  Reims,  sur  le  droit  de  la  Litiirsrie.   Nous  le       droit  de 

^  ^  la  Liturgie, 

publions  à  la  suite  des  Institutions  liturgiques.  Si  l'on  publiée>n  1843. 
veut  se  reporter,  en  lisant  cet  écrit,  aux  circonstances  dans 
lesquelles  il  fut  composé,  à  la  tempête  déjà  déchaînée  contre 
Fauteur,  aux  dangers  qui  empêchaient  le  Souverain 
Pontife  de  réclamer  l'observation  du  droit  liturgique  en 
France,  on  trouvera,  croyons-nous,  que  Dom  Gueranger  a 
déployé  dans  cet  ouvrage,  plus  qu^en  aucun  autre,  «  la 
constance  et  Fhabileté  singulière  «  que  N.  S.  P.  le  Pape 
Pie  IX,  a  louées  dans  sa  conduite  pendant  la  controverse 
liturgique  (2).    Il  fallait  en  eftet  poser    avec  fermeté  les 

(i)  On  trouvera  ce  bref  dans  la  Lettre  sur  le  droit  de  la  LiturgÎQ. 
(2)  Voy.  le  bref  Ecclesiasticis  viris  ci-dessus. 


XLVI  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

principes  et  cependant   tenir  compte   des  difficultés,  qui 
arrêtaient  les  évêques  les  mieux  intentionnés  et  effrayaient 
Rome  elle-même;  la  moindre  exagération  eût  compromis 
la  cause  de  la  Liturgie  romaine  aux  yeux  de  l'épiscopat 
et  provoqué   peut-être  des    manifestations  intempestives 
au  sein  du  clergé  du  second  ordre.  Ce  double  écueil  fut 
sagement   évité  ;  la   Lettre  sur  le  droit   liturgique   est 
un  chef-d^œuvre  de  tact  et  de  prudence,  en  même   temps 
que  de  fermeté  dans  Texposéet  l'application  des  principes. 
Devons-nous  dire  ici  que,  vingt  ou    trente  ans  plus  tard, 
quand  le  triomphe  de  la  Liturgie   romaine  était  assuré, 
certains  Français  n^ont  pas  trouvé  TAbbé  de  Solesmes 
assez   absolu   dans  l'affirmation  des    droits    du   Pontife 
romain,  en  matière  de  Liturgie.  Cette  assertion  ne  mérite 
pas  une  discussion  ;    nous  serions  en   droit  de  répondre 
à  ses   auteurs,  que,  sans  Dom  Guéranger,  ils    diraient 
encore  certainement,  et  fabriqueraient  peut-être  des  bré- 
viaires gallicans.  La  vérité  est  que  le  vénérable  abbé  de 
Solesmes  a  fait  rentrer  le  Saint-Siège  dans  l'exercice  plus 
étendu  et  plus  souverain  que  jamais  d'un  droit  que  Gré- 
goire XVI  n'osait  pas  réclamer  et  que  ses  prédécesseurs, 
depuis  le  xviii®  siècle,  avaient  cru  perdu  pour  toujours  en 
France. 

A  la  fin  de  cet       En  terminant  sa  Lettre  sur  le  droit    liturgique^  Dom 

écrit,  Dom  ^  i    •  •  .... 

Guéranger     Lrueranger  répondait  sommairement  aux  incrimmations 

répond 

sommairement  dont  les  Institutions  litursriques  avaient  été  robiet;  dès 

aux  attaques  ^   ^  '      ^ 

^l^lyçH^l^  lors,  il  pouvait  prévoir  que  cette  première  défense  ne 
suffirait  pas.  Dans  les  préfaces  de  ses  deux  volumes,  il 
s^était  engagé  à  reproduire  loyalement  les  objections 
qui  lui  seraient   faites  et  à  y  répondre   dans    la  suite  de 


PREFACE   DE   CETTE   NOUVELLE   EDITION  XLVII 

son  ouvrage.  Sûr  de  sa  cause,  il  désirait  la  discussion 
au  lieu  de  la  craindre  ;  mais  il  ne  se  serait  jamais  attendu 
à  l'éclat  que  prit  tout  à  coup  la  polémique,  ni  surtout  à 
voir  devant  lui  les  champions  qui  descendirent  dans  la  lice. 

Nous  ne  parlons  pas  ici   de  M^  Tabbé   Tresvaux    du       Première 

^  ^  polémique  avec 

Fraval,  chanoine  de  TEglise  métropolitaine  de  Paris,  ^du^FravjL^ 
ami  et  ancien  auxiliaire  de  M.  Picot,  dans  la  première 
rencontre  de  celui-ci  avec  l'abbé  Guéranger.  Les  opinions 
gallicanes  de  ce  prêtre  respectable  et  instruit,  mais  impré- 
gné de  tous  les  préjugés  d'un  autre  âge,  étaient  bien  con- 
nues de  l'abbé  de  Solesmes  ;  la  lutte  qu'ils  eurent 
ensemble  dans  VAmi  de  la  Religion  était  prévue 
et  inévitable  ;  c'était  un  de  ces  combats  d'avant- 
garde  qu'amène  toujours  le  commencement  d'une  cam- 
pagne et  qui  n'ont  aucune  influence  sur  son  résultat. 
L'intervention  soudaine  de  M^^  d' Astros,  archevêque   de    Mgr  d'Astros, 

archevêque  de 

Toulouse,  eut  une  tout   autre  portée   sur  le   débat.    Le      Toulouse, 

,      ^  ^  publie  un  livre 

ranff  que  ce  prélat  occupait  dans  TE^lise,  le  souvenir  de      contre  les 

^  ^  ^  ^  o        7  Institutions 

sa  courageuse  résistance  aux  volontés  tyranniques  de  liturgiques. 
Napoléon  et  de  sa  détention  à  Vincennes,  sa  réputation 
de  piété  donnaient  une  grande  autorité  à  sa  parole  sur  la 
masse  du  clergé  et  des  fidèles,  qui  ignoraient  l'atta- 
chement |du  vieil  archevêque  aux  doctrines  gallicanes. 
Grande  fut  l'émotion  quand  parut  un  livre  signé  par 
M^^  d'Astros  et  portant  ce  titre  solennel  :  UÊglise  de 
France  injustement  flétrie  dans  un  ouvrage  ayant  pour 
titre\:  —  Institutions  liturgiques ^  par  le  R,  P.  Dont 
Prosper  Guéranger^  abbé  de  Solesmes^  — par  M^H^ar^^ 
chevêque  de  Toulouse  (i), 

(1)  Toulouse,  Delsol  et  C^c,  Paris,  Périsse  frères,  1843^ 


XLVIII  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

Portée  Après    l'apparition     d'un   tel    livre,    pour  les  laïques 

et  caractère  de 

cet  écrit.  [^  cause  était  jugée  sans  examen.  Le  titre  de  Touvrage  et 
le  nom  de  Fauteur  suffisaient  ;  sur  la  foi  de  M^^  d'Astros, 
on  eut  une  conviction  toute  faite.  Jusque  dans  la  tribu 
sacerdotale,  on  était  si  mal  préparé  à  cette  controverse, 
que  de  bons  esprits  furent  troublés  par  la  publication  et 
même  par  la  lecture  de  cet  étrange  écrit.  Le  droit  cano- 
nique, la  liturgie^  Phistoire  ecclésiastique  elle-même  et 
surtout  les  études  d'érudition  proprement  dite,  étaient  tel- 
lement négligés  à  cette  époque,  que  tous  ne  saisissaient 
pas  du  premier  coup  d'oeil  la  faiblesse  des  arguments  du 
prélat.  Ressuscitant  les  procédés  des  vieux  polémistes  du 
xvi^  et  du  XVII®  siècle,  M§^  d'Astros  ne  ménageait  pas  les 
termes  :  son  premier  chapitre  était  une  démonstration  de 
rimprudence  et  de  la  témérité  de  l'auteur  des  Institu- 
tions lituî^giques  ;  le  second  mettait  au  jour  son  injustice 
et  ses  dispositions  hostiles  envers  l'Église  de  France. 
Quarante  pages  étaient  consacrées  à  cette  réfutation 
d'ensemble  ;  la  seconde  partie  de  Pouvrage  contenait  un 
examen  détaillé  des  reproches  faits  par  Dom  Guéranger 
aux  bréviaires  et  aux  missels  de  Paris,  et  se  terminait 
par  un  examen  des  beautés  de  la  Liturgie  en  usage 
depuis  le  xviii^  siècle  dans  cette  Eglise  et  dans  une 
grande  partie  des  diocèses  de  France.  Chemin  faisant,  le 
vénérable  auteur  infligeait  aux  Institutions  litin^giques 
les  notes  d'imprudence^  de  témérité^  d^injustice^  d'absuv" 
dité^  de  calomnie^  de  fureur^  de  blasphème^  d'indécence, 
.  d'obscénité;  il  traitait  l'auteur  ào,  jeune  impie ^q.X  allait  jus- 
qu'à lui  prédire  la  chute  lamentable  de  M.  de  Lamennais. 
Comment  n'être  pas  impressionné  par  un  pareil  langage 


PREFACE   DE   CETTE   NOUVELLE    EDITION  XLIX 

sortant  d'une  bouche  justement  révérée]?  La  brochure  de 
M^^'  d'Astros,  rapidement  épuisée,  eut  bientôt  une  seconde 
édition  ;  et  dans  la  préface,  Fauteur  annonçait  que  près 
de  cinquante  évêques  lui  avaient  écrit  pour  le  remercier 
d'avoir  pris  la  défense  de  T Église  de  France  et  qu'ils 
partageaient  son  jugement  sur  les  écrits  et|les  doctrines 
de  Dom  Guéranger. 

Dès  le    14  août  1843,  M^'^   Affre,  archevêque  de  Paris,      Lettre  de 

^  ^    '  '  ^  ^         '        Mgi"  Affre, 

s'était  prononcé  avec  éclat,  en  adressant  à  son  clersé  une  archevêcïue  de 

^  ^  ^  Pans,  a  son 

circulaire  pour   protester,  comme   gardien  de   l'honneur  ^^^colnre^îe^^^* 
de  son  Église,  contre  les  appréciations    des  Institutions    ull^rgtques^t 

j-,  '  ^       r  •  '  •    '  ^  j        recommandant 

liturgiques  sur  la   Liturgie  parisienne,  et  recommander        le  nvre 

de  Mê'^  d'Astros 
à  l'attention  de  ses   prêtres   l'ouvrage  de  M^''   d'Astros. 

Soixante  évêques  adhéraient,  disait-on,  à  cet  acte  épiscopal 
qui,  par  sa  forme  officielle  et  la  modération  apparente  de 
sa  rédaction,  donnait  une  autorité  inattendue  au  livre  de 
l'archevêque  de  Toulouse.  Les  défenseurs  des  Liturgies 
gallicanes, et  NN.SS.  Affre  et  d'Astros  les  premiers, triom- 
phaient même  du  bref  de  Grégoire  XVI  à  l'archevêque  de 
Reims  et  du  silence  absolu  que  Rome  était  déterminée  à 
garder  dans  cette  polémique;  et  on  tirait  de  la  paternelle 
discrétion  du  Souverain  Pontife,  les  conclusions  les  plus 
inattendues  contre  Dom  Guéranger  et  l'importance  du 
retour  à  l'unité  liturgique. 

Dès  que  l'abbé  de  Solesmes  avait  eu   connaissance    de  Dom  Guéranger 

répond 

l'écrit  de  M^''  d'Astros,  il  avait  annoncé  qu'il  y  répondrait,   à  Mgr  d'Astros 

'  -1        J       r  pj^j.  ga  Défense 

Descendant  dans    l'arène  de    la  polémique,  le  vénérable  ^%tur^Jig^^^l^^^ 
prélat   s'était  dépouillé  pour  ainsi  dire   de  son  caractère 
sacré  et  avait  pris   les    armes  ordinaires  des  publicistes 
pour  attaquer  les  histitiitions  liturgiques.  Au  même  titre? 
T.  I  d 


L  INSTlTUTIOiNS   LITURGIQUES 

Dom  Guéranger  croyait  pouvoir  répondre.  M^;'^  Affre,  au 
contraire,  avait  donné  à  sa  lettre  la  forme  d'un  acte  d'auto- 
rité épiscopale.  L'abbé  de  Solesmes  garda  un  humble 
silence  et  ne  se  départit  jamais  de  cette  attitude  dans  tout 
le  cours  de  cette  polémique,  quoique  plus  d'un  mande- 
ment publié  à  cette  époque  autorisât  de  sa  part  une  apo- 
logie. Même  à  l'égard  de  M^^^  d'Astros,  voulant  pousser 
les  ménagements  jusqu'aux  dernières  limites^  Dom  Gué- 
ranger  laissa  passer  plusieurs  mois  avant  de  livrer  au 
public  sa  Défense  des  Institutions  liturgiques,  en  réponse 
au  livre  du  vénérable  prélat.  Il  espérait  que  la  première 
effervescence  de  la  discussion  passée,  la  question  serait 
jugée  avec  plus  de  calme  et  de  raison  ;  il  craignait  aussi 
d'opérer  une  diversion  funeste  aux  efforts  des  catholiques, 
alors  concentrés  sur  la  revendication  de  la  liberté  d'ensei- 
gnement; mais  ces  ménagements  devaient  avoir  nécessai- 
rement un  terme. 
Plan  et  La  réplique  de  Dom  Guéranger  parut  en   1844:  nous 

caractère  de  cet  o       ±  -r-r 

écrit.  la  donnerons  dans  le  quatrième  volume  de  cette  édition. 
Elle  est  divisée  en  deux  parties:  dans  la  première,  l'auteur 
établit  de  nouveau  l'importance  de  l'unité  liturgique, 
sa  nécessité,  son  obligation  dans  tout  le  patriarcat  d'Oc- 
cident ;  il  montre  ensuite  qu'en  racontant  la  révolution 
qui  avait  privé  la  France  du  bienfait  de  cette  unité,  il  n'a 
ni  excédé  les  droits  d'un  historien  catholique,  ni  injurié 
l'épiscopat  ;  qu'en  paraissant  enfin  souhaiter  et  prédire  le 
rétablissement  de  la  Liturgie  romaine,  il  n'a  point 
attenté  aux  droits  de  la  hiérarchie  ni  fomenté  des  troubles 
dans  le  clergé.  Cette  réponse  générale  est  suivie  d'un 
examen  de   toutes  les   accusations   de  détail  portées  par 


î 


PREFACE   DE   CETTE   NOUVELLE   EDITION  Lt 

l'archevêque  de  Toulouse  contre  les  Institutions  litur- 
giques. Suivant  page  à  page  le  livre  de  son  vénérable 
contradicteur,  Dom  Guéranger  reproduit  le  texte  même 
des  principaux  passages  et  place  en  regard  ses  explica- 
tions et  ses  réponses,toujours  respectueuses  dans  la  forme, 
mais  nettes  et  péremptoires  sur  le  fond.  En  parcourant 
ces  pages,  on  ne  s'étonne  pas  que  l'abbé  de  Solesmes 
ait  dit  en  commençant  sa  défense  :  «  Il  me  serait  doux 
«  de  m'avouer  vaincu  dans  le  combat,  si  |j 'avais  la  cons- 
«  cience  de  ma  défaite  ;  malheureusement  je  ne  Tai  pas, 
«  cette  conscience.  Je  pourrais,  il  est  vrai,  garder  le  silence 
«  et  ne  pas  entreprendre  ma  justification  ;  mais,  d'autre 
«  part,  il  me  semble  qu'un  devoir  impérieux,  celui  de 
«  défendre  la  vérité,  me  presse  de  prendre  la  parole  et 
«  de  présenter  des  explications  nécessaires  :  je  dirai  plus 
«  (car  je  m'en  flatte),  une  justification  complète.  » 

La  partie  sérieuse  et  désintéressée  du  public  jugea  que     Après  cette 

réponse 

l'abbé  de  Solesmes  avait  tenu  ce  qu'il  annonçait  au  début   victorieuse,  le 

^  -*  mouvement 

de  son  apologie,  et  qu'il  ne  restait  rien  des  accusations  de  ^^  retour  à  la 
son  adversaire.  Dès  lors  la  cause  de  la  Liturgie  romaine  commence^par 
fut  gagnée  et  le  mouvement  de  retour  à  l'unité,  qui  devait  de  Périgueux^ et 

,  /^       1  ,  ^  -ri    !•  de  Gap. 

S  étendre  peu  a  peu  a  toutes  nos  Eglises,  commença 
pour  ne  plus  s'arrêter.  Un  pieux  prélat,  dont  la  mémoire 
est  restée  en  bénédiction  dans  son  diocèse,  M^^'  Georges- 
Maçonnais,  évêque  de  Périgueux,  en  prit  l'initiative  par 
un  mandement  daté  du  i®^^  décembre  1844.  Huit  jours 
après,  le  chapitre  de  Gap,  par  une  délibération  unanime^ 
demandait  à  son  évêque,  Ms^'  Depéry,  le  rétablissement 
de  la  Liturgie  romaine;  et  le  prélat,  accédant  avec 
empressement  à  ces  vœux,  annonçait  sa  résolution  à  son 


LU  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

diocèse  par  une    lettre   pastorale,    en    tête  de    laquelle 

il  insérait    un    extrait    de   la   Défense  des   Institutions 

liturgiques. 

Dernières  et        Cependant  la  polémique  n'était  pas  terminée.  Nous  ne 

tentatives  de    parlerons  pas  ici  de  la  réplique  essayée  par  M^^'  d'Astros 

pour  arrêter  ce  sous  ce  titre  :  Exameu  de  la  Défense  de  Dom  Guéranger.) 
mouvement. 

et  courte  7^éfutation  de  sa  Lettre  à  Monseigneur  V Arche- 
vêque de  Reims  (i).  L'accueil  que  lui  fit  le  public 
dispensa  Dom  Guéranger  de  toute  réponse.  Le  vénérable 
archevêque  de  Toulouse  avait  essayé  d^arrêter  par  une 
autre  barrière  les  progrès  de  la  Liturgie  romaine  :  à 
Punité  liturgique  de  tout  TOccident  latin^  il  voulut  oppo- 
ser Punité  métropolitaine  ;  et  usant  de  l'autorité  qu''il 
avait  sur  l'esprit  d'un  de  ses  suffragants^  M^^'  de  Saint- 
Rome-Gualy,  évêque  de  Carcassonne,  il  l'avait  décidé  à 
prendre  la  Liturgie  toulousaine  ;  mais  les  autres  évêques 
de  la  province  n'acceptèrent  point  le  système  de  leur 
métropolitain.  Dès  1847,  ^^^  Doney,  évêque  de  Mon- 
tauban,  promulguait  dans  son  diocèse  la  Liturgie  romaine; 
et  après  moins  de  dix  années  de  règne,  la  Liturgie  tou- 
lousaine devait  disparaître  de  Carcassonne,  à  la  voix  de 
Son  Éminence  le  cardinal  de  Bonnechose,  aujourd'hui 
archevêque  de  Rouen  (1854). 
Mei'  Fayet,         En  1845,  un  nouveau  défenseur  des  Liturgies  gallicanes 

évêcjue 

^^jOrieans       s'était    révélé  dans  la  personne    de   M^'^  Fayet,    évêque 

"^iJYnsUtTuom^^  P^^^^^  intitulé  ;  Z)^^   Institu- 

liturgiques,     f^^^^  Uturgiqucs  de  Dom    Guéranger  et  de  sa  Lettre  à 

M^'   r Archevêque  de   Reims.,  écrit    dans    un  style   tout 

(i)  Toulouse,    Douladoure;   Paris  et    Lyon,    Périsse    frères,    14    fé- 
vrier 1846. 


PREFACE   DE   CETTE   NOUVELLE   EDITION  LUI 

différent  de  celui  de  M^'  d'Astros,  n'était  pas  moins 
sévère  pour  Tabbé  de  Solesmes  et  ses  doctrines  (i).  «  Pres- 
<(  que  tout^  disait  l'auteur,  m'a  paru  faux  ou  dangereux 
«  dans  le  livre  de  Dom  Guéranger  :  les  principes,  les 
«  raisonnements  et  même  les  faits.  »  M^*'  Fayet  attri- 
buait en  outre  à  son  adversaire,  les  plus  dangereuses 
visées.  «  Ce  n'est  pas,  disait-il,  en  simple  écrivain 
«  ou  en  simple  docteur  que  Dom  Guéranger  atta- 
«  que  rÉglise  de  France,  c'est  comme  pouvoir  réfor- 
«  mateur  qu'il  se  pose  en  face  des  évêques  chargés  de 
«  la  gouverner  ;  et  sous  ce  point  de  vue,  l'épiscopat 
«  doit  à  ses  entreprises  plus  d'attention  qu^on  n'en 
«  donne  ordinairement  à  de  simples  productions  litté- 
«  raires  (2).  » 
Réfuter    l'abbé   de    Solesmes  paraissait    du    reste    à      Jugement 

de  l'évêque 

révêque  d'Orléans  chose  facile. "«  Dans  un  temps,  disait- d'Orléans  sur  la 

^  17  doctrine  de 

«  il,  OÙ  il  suffit  de  déployer  un  certain  appareil  de  science  Dom  Guéranger. 
«  et  d'érudition  pour  entraîner  les  esprits  hors  de  For- 
ce thodoxie,  nous  nous  proposons  de  montrer  combien 
«  la  science  et  l'érudition  ont  peu  de  profondeur  parmi 
«  nous,  et  à  quelles  étranges  nouveautés  elles  peuvent 
«  conduire  quand  elles  sortent  des  routes  battues,  et 
«  qu'elles  se  mettent  en  voyage  pour  faire  des  découvertes 
«  en  théologie.  Nous  allons  tout  simplement  les   mettre 


(i)  Ce  livre  parut  de  nouveau  en  1846  sous  le  titre  légèrement  modifié 
d'Examen  des  Institutions  liturgiques  de  Dom  Guéranger  et  de  sa  Lettre 
à  Mgr  l'Archevêque  de  Reims. CQtte  différence  de  titre  et  de  millésime,  qui 
semble  annoncer  une  seconde  édition,  n'était  en  réalité  qu'un  artifice 
d'éditeur  pour  écouler  un  ouvrage  tiré  à  profusion  d'exemplaires  et  peu 
recherché  par  le  public. 

2  Des  Institutions  liturgiqueSy  p.  vi  et  xviii. 


LiV  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

«  aux  prises  avec  le  catéchisme  :  car  notre  science  à  nous 

«  ne  va  pas  plus  loin  (i).  « 
Propositions        Le  spirituel  prélat  se  faisait  donc   fort  de   prouver  que 
"^"d'OrférnT     le  s\^stème  liturgique   du  P.  abbé  de    Solesmes  reposait 

prétendait 

établir  dans  son  g^j.   ^ne  erreur  fondamentale    en   théologie,  et  sur  une 

livre, 

fausse  notion  de  la  foi,  de  la  prière  et  du  culte  divin.  Les 
premières  pages  de  son  livre  étaient  consacrées  à  démon- 
trer que  la  «  Liturgie  proprement  dite  n'a  aucun  rapport 
«  nécessaire  avec  la  vertu  de  la  religion,  qui  ne  .produit 
«  par  elle-même  que  des  actes  intérieurs  d'adoration,  de 
«  louange,  de  sacrifice,  etc.  ;  qu'il  faut  laisser  la  Liturgie 
«  dans  son  domaine,  et  le  culte  divin  dans  le  sien  ;  enfin 
«  que  par  l'exercice  public  de  la  Liturgie,  l'Eglise  se  met 
«  plutôt  en  communication  avec  les  hommes  qu'avec 
«  Dieu (2).  »  M^'^  Fayet  entreprenait  ensuite  de  discuter  les 
principales  autorités  sur  lesquelles  Dom  Guéranger  ap- 
puyait son  système  ;  et  de  là,  passant  aux  faits  liturgiques 
qui  regardaient  la  France,  il  entreprenait  de  prouver  qu'ils 
étaient,  pour  la  plupart,  altérés  ou  puisés  à  des  sources  sus- 
pectes, et  qu'ils  n'avaient  point  eu  sur  l'affaiblissement  de 
la  religion  la  funeste  influence  qu'on  se  plaisait  à  leur 
attribuer. 
Bien  loin  de        Si  Tévêque  d'Orléans  avait  été   réellement  en    mesure 

réussir  dans  son 

dessein,       de  remplir  un  tel  programme,   après   la  publication    de 

M»»" Fayet  donne 

sur  lui-même    son  livre,  c'en  eût   été   fait  des  Institutions  liturgiques 

prétexte  ^    ^ 

à  la  critique,  et  de  Icur  autcur;  mais  le  prélat, plus  spirituel  que  savant, 
avait  écrit  avec^assez  de  verve  et  d'éclat  un  volume  de 
près  de  six  cents    pages,    sans    se  défier   que   les  bases 

(i)  Examen  des  Institutions  liturgiques,  p.  xviii, 
(2)  Ibid.,  p.  40,  35,  36,  43. 


PREFACE   DE   CETTE   NOUVELLE   EDITION  tV 

mêmes  de  son  argumentation  étaient  fausses, et  qu'il  faisait 
à  chaque  page  ce  qu'il  reprochait  à  Dom  Guéranger,  les 
découvertes  les  plus  surprenantes  en  érudition  et  surtout 
en  théologie.  Le  nouveau  champion  des  Liturgies  galli- 
canes ne  devait  pas  les  sauver  de  la  ruine;  mais  tant  qu'une 
réfutation  ne  lui  était  pas  opposée,  il  restait  maître  du 
terrain.  Des  voix  nombreuses  s'élevaient  du  côté  des  galli- 
canspourproclamerqu'il  étaitjsans  contestation  vainqueur, 
et  leurs  journalistes  annonçaient  que  plus  de  trente  évêques 
avaient  écrit  à  M^"^  Fayet  pour  adhérer  à  son  livre. 
Dom  Guéranger  commença   donc  une  série  de  lettres  Dom  Guéranger 

'  publie  pour 

SOUS  le  titre  de  Nouvelle  Défense  des  Institutions  litiir-  sa  justification 

•^  les  deux 

giqiies  [i%/[6).  La  première  était  consacrée   à  établir  que  p^^^^^^^^j^^^^"^'^^ 
Ihi  religion  n'est   pas    complète  sans  le  culte  extérieur,  et       défense 
que  la  Liturgie  n'est  autre  chose   que  le  culte  extérieur     fiturgfques^^^ 
rendu  à  Dieu  par   l'Église,  principes  élémentaires  qu'un         "  ^  4^- 
évêque  catholique  n'aurait  jamais  pu  nier,    s'il  n'eût  pas 
été  sous  l'empire   de  la    préoccupation  la  plus  étrange. 
La  seconde  lettre,  admirable  dissertation,  prouvait,  par  la 
doctrine  de  saint  Augustin,  de  Bossuet  et  de  tous  les  théo- 
logiens, que  la  Liturgie  était  le  principal  instrument  de  la 
tradition   de  l'Eglise.    M^^    Fayet    avait  été  jusqu'à    lui 
refuser  tout  caractère   dogmatique   et   à  soutenir   qu'une 
erreur  liturgique  ne  pouvait  violer  que  les  lois  de  la  disci- 
pline. 

La  troisième    lettre  parut  en    1847.    Après    ses   deux     Publication 

de   )a  troisième 

théories  surprenantes  sur  la  vertu  de  reli^iion  et  l'autorité         ^^"î;^ 

^  <^  en    1847. 

doctrinale  de  la  Liturgie^  M^^  Fa3^et  avait  cherché  encore, 
avec  non  moins  de  désinvolture,  à  montrer  que  la  ques- 
tion  liturgique  n'avait  point  une  si    grande  importance. 


LVI  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

«  Les  changements  opérés  dans  nos  églises  au  xvin^  siècle 
«  n'intéressaient,  tout  au  plus^  disait-il,  que  les  règlements 
«  généraux  ou  particuliers  que  TEglise  a  faits  sur  cette 
«  matière,  »  et  il  se  jugeait  fondé  à  conclure  «  que  le  meil- 
«  leur  bréviaire  était  celui  que  l'on  disait  le  mieux  (i).  » 
L'abbé  de  Solesmes  répondait  avec  raison  que  toute 
subordination  était  désormais  abolie  dans  l'Eglise,  du 
moment  que  l'on  pouvait  regarder  comme  légitime  un 
ordre  de  choses  qui  avait  contre  lui  les  règles  de  la  disci- 
pline ecclésiastique.  Dans  sa  troisième  lettre,  il  s'attacha 
donc  à  faire  voir  le  lien  intime  qui  relie  la  discipline  à  la 
foi  ;  à  rappeler  les  droits  de  la  discipline  générale  contre 
laquelle  les  tentatives  isolées  sont  toujours  nulles  ;  à 
prouver  enfin  l'existence  d'une  réserve  apostolique  qui  fait 
de  la  Liturgie  une  chose  papale  et  non  une  chose  diocé- 
saine. 

La  mort  de        I^<^^  Guéranger  se  proposait  de  compléter  son  apologie 

M&r  Fayet  ,  ,  i  ,  ..  .  / 

interrompt     par  deux  autres  lettres,  dont  la  première  aurait  expose  sa 

la  publication 

de  cette       doctrine  sur  l'hérésie  antilitursique  et  démontré  que  son 

apologiequi  ^  ^ 

devait         enseignement  à  cet  égard    ne  ressemblait  en  rien  à  celui 

comprendre  ~ 

deuxTeures  ^^^  ^^^  adversaire  lui  imputait  ;  la  deuxième  devait  être 
consacrée  à  la  réfutation  d'une  foule  d'accusations  de 
détail  que  M^^'  Fayet  avait  multipliées  sur  un  ton  de 
plaisanterie  dégagée,  assez  étrange  dans  une  pareille 
controverse  sur  les  lèvres  d'un  évêque.  Dom  Guéran- 
ger, qui,  dans  ses  lettres,  discutait  avec  la  gravité  d'un 
savant  et  d'un  homme  d'Église,  même  les  objections  les 
plusbizarres,aurait  peut-être  laissé  en  terminant  le  champ 

{\)Pes  Institutions  liturgiques.  Préf.  p.  ix,  xlix. 


nouvelles. 


PREFACE   DE   CETTE    NOUVELLE   EDITION  LVII 

plus  libre  à  son  esprit  finement  caustique,  sans  oublier 
cependant  les  égards  dus  à  un  caractère  sacré  ;  mais  un 
coup  soudain  vint  interrompre  la  polémique,  M^^  Fayet 
mourut  à  Paris,  le  4  avril  1849,  emporté  en  quelques 
heures  par  le  choléra.  Dom  Guéranger  renonça^aussitôt  à 
continuer  sa  défense  des  Institutions  liturgiques.  Il  se 
borna  seulement  à  donner,  dans  la  préface  de  son  troisième 
volume,  une  réponse  sommaire  à  certaines  attaques,  que  de 
nouveaux  adversaires  répétaient  après  Tévêque  d'Orléans 
en  cherchant  à  mettre  en  doute  l'orthodoxie  de  l'abbé  de 
Soïesmes  ou  la  probité  de  ses  intentions. 

Des  écrivains,  héritiers  de  tous  les  préjugés   et  même  ^prompsauit^^ 

ir-j„ij  j  .^j      essayent  en  vain 

quelquefois  des  plus  dangereuses  erreurs    du  xvn*   et  du    de  prolonger 

„     .  V    ,  V  m       1  •  11  V      la  controverse. 

XVIII®  siècle,  essa3/'erent  en  eiiet  de  continuer  la  lutte  après 
M^""  F'ayet.  De  ce  nombre  furent,  en  1847,  ^'  l'abbé 
Bernier,  vicaire  général  d'Angers,  homme  d'esprit  et 
d'érudition,  mais  dont  le  jugement  avait  été  absolument 
gâté  par  les  livres  de  l'école  française  du  xvii®  siècle  ;  et, 
en  i85o,  M.  Tabbé  Prompsault,  qu'on  peut  justement 
appeler  le  dernier  écrivain  janséniste  de  notre  pays. 
Après  son  éclatante  victoire  sur  ses  deux  premiers  adver- 
saires, Dom  Guéranger  n'avait  pas  besoin  de  se  préoccuper 
de  ses  nouveaux  ennemis.  Le  mouvement  de  retour  à  la 
Liturgie  romaine  se  propageait  avec  une  force  irrésistible; 
chaque  année,  deux  ou  trois  diocèses  rejetaient  leurs  bré- 
viaires et  leurs  missels  gallicans,  pour  reprendre  les  livres 
grégoriens  ;  MM.  Bernier  et  Prompsault,  même  renforcés 
de  M.  Laborde  (de  Lectoure),  ne  pouvaient  arrêter  un 
pareil  triomphe.  Quelques  notes  d'explication  suffisaient 
pour  répondre  à  des  critiques  aussi  mal  fondées  que  véhé- 


LVIII  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

mentes.  On  les  trouvera  encore  dans  ] a  préface  du  troisième 
volume  des  histitutions  liturgiques^  publié  pour  la  pre- 
mière fois  en  i85i  (i). 
La  publication       Dom  Guéranger  y  commençait  la  partie  didactique    de 

d&s  Institutions  ,  ,     ,     , 

liturgiques  ^    son  oeuvre,  et  traitait  des  livres   liturgiques  en   gênerai, 

suspendue  après 

l'apparition     ^q  leur  importance,  de  leur  antiquité,  de  leur  langue^    de 

du  troisième  ^  ^  ^ 

voiumeeni85i.  j^^j^  traduction,  de  leur  publication  et  de  leur  correction, 
de  leur  forme  avant  et  après  l'invention  de  Timprimerie 
et  enfin  de  leurs  ornements.  En  donnant  ce  volume, 
l'auteur  annonçait  qu^il  allait  s^occuper  immédiatement 
d'un  commentaire  complet  du  Bréviaire  et  du  Missel 
romains,  qu'on  lui  réclamait  de  tous  côtés.  Il  promettait 
aussi  à  bref  délai  sa  théologie  liturgique  et  ne  doutait  pas, 
du  reste,  qu'il  ne  lui  fût  donné  d'exécuter  dans  sa  totalité 
le  plan  immense  tracé  en  tête  de  ses  Institutions.  Fami- 
liarisé avec  les  moindres  détails  de  la  science  liturgique, 
Dom  Guéranger  trouvait  sur-le-champ  dans  sa  mémoire 
et  son  génie,  la  notion  exacte  de  toute  chose,  la  solution 
précise  des  difficultés  et  la  réponse  à  toutes  les  questions  ; 
mais  quand  il  s'agissait  de  composer  un  livre,  malgré  sa 
vaste  érudition  et  sa  merveilleuse  facilité,  il  ne  pouvait 
ni  abréger  les  recherches,  ni  allonger  les  heures,  ni  se  dé- 
barrasser surtout  des  sollicitudes  de  sa  charge  pastorale. 
S'il  avait  continué  ses  Institutions  liturgiques^  sa  vie 
.  entière  aurait  dû  être  consacrée  à  ce  travail  exclusivement 
à  tout  autre,  et  il  n'en  aurait  probablement  pas  vu  le 
terme.  Il  en  rêva  la  continuation  jusqu'au  dernier  jour  de 
sa  vie  ;mais  d'autres  labeurs,  plus  urgents,    l'en  détour- 

(i)  Paris,  Julien,  Lanier  et  O^-,  et  L  Lecoffre. 


PRÉFACE  DE  CETTE   NOUVELLE   ÉDITION  LIX 

nèrent  toujours.  «  Plusieurs  vies  patriarcales  ajoutées  les 
«  unes  aux  autres,  a  dit  l'évêque  de  Poitiers,  n'auraient 
«  pas  suffi  à  Dom  Guéranger  pour  produire  tout  ce  qu'il 
«  avait  en  projet.  Ses  projets  pourtant  n'étaient  pas  des 
«  rêves  et  des  chimères,  parce  qu'à  la  façon  des  patriar- 
«  ches,  il  devait  agir  encore  dans  la  survivance  des 
«  siens  (i).  »  Espérons  que  cette  parole  du  grand  évê- 
que  sera  réalisée  un  jour  pour  les  Institutions  litiir- 
giques  et  que  Dieu  suscitera  dans  la  postérité  spirituelle 
de  Dom  Guéranger  des  hommes  capables  d'élever  peu 
à  peu  l'œuvre  gigantesque  dont  le  savant  abbé  a  posé 
les  fondements.  Continuer,  dans  la  mesure  de  leurs  forces, 
les  traditions  et  les  œuvres  d'un  père  tel  que  Dom  Gué- 
ranger, est  le  plus  grand  honneur  que  puissent  ambi- 
tionner ses  fils. 

L'abbé  de  Solesmes  n'a  point  achevé   ses  Institutions      Triomphe 

définitif  de  la 

litîirfriqiies  ;  mais  il  en  a  écrit  assez  pour  que  sa  mission        Liturgie 

*^    -^  -11  romaine  en 

de  restaurateur  de  la  Liturgie  romaine  en  France  ait  été  France. 
accomplie  dans  sa  plénitude.  Après  la  publication  des  trois 
lettres  à  M3^  Fayet,  la  polémique  vraiment  sérieuse  fut 
close  pour  toujours  ;  les  clameurs  d'une  ignorance  obstinée 
et  de  préjugés  aussi  étroits  qu'invincibles  trouvèrent 
encore  quelques  échos  dans  des  articles  de  journaux  et  des 
brochures  sans  portée  ;  Dom  Guéranger,  toujours  pris  à 
partie  dans  ces  tristes  publications,  dédaigna  d'y  répondre. 
Plein  de  respect  et  de  réserve  à  l'égard  de  l'autorité  épis- 
copale,  il  n'essaya  pas  non  plus  de  presser  le  rétablisse- 
ment de  la  Liturgie  romaine    dans  les  diocèses   dont   les 

(i)  Oraison  funèbre  du  T,  R.  P.  Dom  Guéranger,  p.  21. 


LX  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

prélats  cherchaient  à  temporiser,  trop  longtemps,  au  gré 
de  certaines  impatiences.  Chaque  année,  quelqu'une  des 
Églises  de  France  reprenait  possession  de  la  Liturgie 
romaine  ;  Dom  Guéranger  gardait  toujours  le  silence  ; 
et  jamais  on  ne  surprit  sur  ses  lèvres  une  seule  parole 
indiquant  qu'il  s'attribuât  à  lui-même  l'honneur  de  ces  mer- 
veilleux changements.  Dieu  lui  réservait  la  consolation 
d'assister  au  triomphe  définitif  de  la  cause  qu'il  avait 
servie  avec  tant  de  vaillance.  L'abbé  de  Solesmes  vit  la 
Liturgie  romaine  remplacer  à  Paris  l'œuvre  des  Vigier 
et  des  Mézenguy  ;  et  quelques  mois  avant  sa  mort, 
Orléans,  le  dernier  diocèse  qui  conservât  le  Bréviaire 
parisien,  le  rejeta  pour  reprendre  enfin  possession  de  cet 
héritage  des  Gélase,  des  Grégoire  le  Grand,  des  Pie  V, 
dont  la  perte  avait  été  si  funeste  au  clergé  et  au  peuple  de 
France. 
Les  Institutions      Après   sa   victoire,  Dom   Guéranger   ne  négligea  pas 

liturgiques  ,  .  .  ^  .         ,      .  .  ^ 

et  V Année      ses  etudes  liturgiques.  S'il  n'écrivit  plus  sur  ces  matières 

liturgique  de 

Dom  Guéranger  sous  Une  forme  polémique  ou  purement  didactique,  il  fut 
manueis^de  la  ^^  revanche  appliqué  jusqu'à  son  dernier  jour  à  un  tra- 
^^'^'^sacrés.^'^^^  vail,  qui  a  été  l'œuvre  de  prédilection  de  sa  vie  et  qui  ren- 
ferme la  moelle  exquise  et  nourrissante  de  presque  toute 
la  science  des  rites  sacrés.  L'Année  liturgique^  commen- 
cée en  1841  par  la  publication  de  VAvent,  et  poussée 
jusqu'à  son  neuvième  volume,  consacré  aux  fêtes  de 
l'Ascension  et  de  la  Pentecôte,  présente  l'explication  des 
rites  et  des  mystères  principaux  de  la  Liturgie  durant  la 
partie  la  plus  longue  et  la  plus  importante  du  cycle  ecclé- 
siastique. Le  fidèle  y  trouve  le  commentaire  de  tous  les 
offices  auxquels   il    est  appelé    dans    sa  paroisse,   et  le 


PREFACE   DE   CETTE   NOUVELLE   EDITION  LXI 

prêtre  la  clef  de  son  missel  et  de  son  bréviaire  (i).  Aucun 
des  monuments  d'érudition,  qui  font  l'ornement  de  nos 
bibliothèques,  ne  peut  tenir  lieu  de  cet  ouvrage  si  modeste 
en  apparence  ;  et  nous  ne  craignons  pas  d'être  abusé  par 
notre  tendresse  filiale,  en  disant  que  les  deux»  œuvres 
inachevées  de  Dom  Guéranger  sont  deux  manuels  indis- 
pensables pour  former  un  liturgiste  digne  de  ce  nom. 
Les  Institutions  renferment,  avec  l'histoire  deJaLiturgie, 
un  immense  amas  de  notions  fondamentales  et  d'indica-  ' 

tions  bibliographiques  qu'aucun  autre  livre  ne  présente  ; 
elles  sont  ainsi  une  introduction  à  peu  près  complète  à  la 
science  des  rites  sacrés,  dont  F  Année  liturgique^  de  son 
côté,  dévoile  en  grande  partie  les  mystères.  En  étudiant  à 
fond  ces  deux  ouvrages,  on  acquiert  le  sens  des  études 
liturgiques  ;  on  apprend  de  quel  côté  il  faut  attaquer  les 
questions  et  à  quelles  sources  on  doit  recourir  ;  dès  le 
premier  pas,  on  entrevoit  la  solution,  quand  on  ne  la 
possède  pas  déjà  complète  ;  on  se  pénètre  surtout  de  ce 
respect  pour  les  choses  saintes,  de  cette  piété  à  la  fois 
ardente  et  intelligente,  de  cet  enthousiasme  pour  le  culte 
divin,  sans  lesquels  on  n'aura  jamais  le  secret  de  la  science 
liturgique. 
Depuis  le  rétablissement  du  rite  romain  en  France,  des       Nécessité 

de  donner  une 

direction 
nouvelle   aux 
(i)  L'Année   liturgique,  éditée  chez  MM.  Oudin    frères,  à  Poitiers  et  à  études 

Paris,  68,  rue  Bonaparte,  est  divisée  en  sections,  selon  les  temps  de  l'année  i„  PrL'^r^^ 
ecclésiastique:  la  première  est  VAvent,  qui  comprend  un  seul  volume, 
la  deuxième  le  Temps  de  Noël  en  offre  deux  ;  les  trois  sections  suivantes, 
la  Septuagésime,  le  Carême  et  le  Temps  de  la  Passion,  n'ont  qu'un  volume 
chacune;  la  dernière,  le  Temps  pascal  en  a  trois.  L'ouvrage  sera  continué 
par  trois  volumes  qui  achèveront  l'explication  de  l'année  ecclésiastique; 
les  âmes  pieuses  jouiront  bientôt  du  premier  et  y  retrouveront  avec  bon- 
heur un  reflet  de  la  doctrine  et  de  l'inspiration  de  Dom  Guéranger. 


en  France. 


Lxn  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

travaux  estimables  ont  été  exécutés  sur  la  partie  purement 
matérielle  des  rubriques  et  du  cérémonial.  Ces  études 
préliminaires  étaient  indispensables,  puisqu'il  fallait 
renouer  une  tradition  pratique,  brisée  depuis  plus  d'un 
siècle  ;  mais  il  serait  temps  de  comprendre  que  pour  être 
liturgiste,  ce  n'est  pas  assez  de  posséder  à  fond  les  céré- 
moniaux  accrédités  présentement  à  Rome,  de  connaître 
Gavanti  et  quelques  autres  rubricistes,  de  consulter  enfin 
avec  un  soin  minutieux  les  moindres  décrets  de  la  Congré- 
gation des  Rites.  C'est  là  sans  doute  le  premier  pas  ;  ce 
travail  donne  le  squelette  de  la  science,  mais  non  la 
science  elle-même,  et  un  rubriciste  consommé  arrive 
quelquefois  à  n'en  pas  avoir  l'idée.  On  n'est  liturgiste  qu'à 
la  condition  de  faire  pour  les  rites  sacrés  ce  que  l'inter- 
prète des  livres  saints  fait  pour  l'Écriture,  d'appeler  à  son 
secours  toutes  les  ressources  de  l'érudition  pour  expli- 
quer le  sens  du  texte,  de  briser  l'écorce  de  la  lettre  pour 
saisir  l'esprit.  La  moindre  des  cérémonies  a  un  sens 
et  une  histoire  qu'il  faut  rechercher  dans  la  tradition. 
De  la  Liturgie  de  saint  Pie  V,  on  doit  remonter  aux 
commentateurs  et  aux  monuments  liturgiques  du  moyen 
âge  pour  arriver  aux  sources  grégoriennes  et  atteindre 
jusqu'aux  premiers  écrits  des  Pères  et  à  l'Écriture  sainte 
elle-même.  La  théologie,  l'histoire,  l'archéologie  doivent 
être  sans  cesse  mises  à  contribution  ;  et  alors  la  science 
des  rites  sacrés  apparaît  sur  les  lèvres  ou  la  plume  de 
son  interprète  ce  qu'elle  est  en  réalité,  la  noble  sœur  et 
l'indispensable  auxiliaire  de  l'exégèse  biblique  et  de  la 
théologie.  Aucun  écrit  ne  fera  mieux  comprendre  l'im- 
portance et  la  sublimité  de  ces  études  que  les  Institutions 


PREFACE   DE   CETTE    NOUVELLE   EDITION  LXIII 

liturgiques  de  Dom  Guéranger  :  et  à  ce  titre,  c'est  une 
des  meilleures  lectures  que  l'on  puisse  conseiller  aux 
jeunes  clercs.  En  étudiant  cet  ouvrage,  ils  apprendront  ce 
que  c'est  qu'un  travail  d'érudition,  et  en  voyant  des  hori- 
zons tout  nouveaux  s'ouvrir  devant  eux,  ils  entendront 
le  cri  éloquent  d'une  âme  généreuse  et  sainte,  dévorée 
de  Tamour  de  FÉglise  et  transportée  d'enthousiasme 
pour  le  culte  divin.  On  trouverait  difficilement  un  livre 
plus  propre  à  communiquer  ces  deux  grandes  passions, 
sans  lesquelles  il  n'y  a  pas  d'âme  vraiment  sacerdotale  ; 
et  nous  oserons  dire  que  les  Institutions  liturgiques 
peuvent  être  à  ce  point  de  vue  plus  utiles  aux  élèves  du 
sanctuaire,  que  certains  livres  ascétiques,  accrédités  par 
des  usages  séculaires. 

On  s'étonnera  peut-être  que  Dom   Guéranger  n'ait  pas      Projets  de 

Dom  Guéranger 

réimprimé  lui-même  un  ouvrage   qui   eut  un  si    éclatant      P^ur  une 

^  o        1  refonte  de 

succès.  Chacun  des  trois  volumes  des  Institutions^  tiré  à  ^^j^f^j^^^iT^ 
trois  mille  exemplaires^  fut  presque  immédiatement  épuisé;  , 
les  brochures,  que  nous  réunissons  dans  un  quatrième 
volume,  sont  depuis  longtemps  introuvables.  QuoiquHl 
en  fût  souvent  sollicité,  Dom  Guéranger  ne  réédita  pas 
cet  ouvrage,  parce  qu'il  voulait  le  refaire.  Comme  tous 
les  auteurs  qui  marchent  les  premiers  dans  une  voie  inex- 
plorée, Tabbé  de  Solesmes  avait  été  nécessairement 
incomplet.  Dans  la  préface  de  son  troisième  volume,  il 
déclarait  déjà  qu'il  était  en  mesure  de  remplir  les  lacunes 
de  son  histoire  de  la  révolution  liturgique  en  France  au 
xviii®  siècle  (i);  presque  toutes  les  autres  parties  de  son  tra- 
vail devaient  être  augmentées  de  même,  dans  une  propor- 

(i)  Institutions  Uturgiques,  t.  III,  p.  xLiir,  î^e  édit. 


LXIV  INSTITUTIONS   LITURGIQQES 

tion  plus  OU  moins  considérable;  et  ce  que  le  vénérable  abbé 
disait  en  1 85 1,  il  le  répétait  à  plus  forte  raison  en  1874,  dans 
les  derniers  jours  de  sa  laborieuse  carrière.  Il  parlait  alors 
quelquefois  de  la  refonte  de  ses  Institutions  liturgiques 
comme  de  l'œuvre  qu'il  réservait  pour  les  heures  paisibles 
de  l'extrême  vieillesse.  Dieu  ne  lui  a  pas  donné  la  longé- 
vité que  rêvait  la  tendresse  de  ses  fils  et  que  tant  de  tra- 
vaux commencés  réclamaient  pour  être  menés  à  terme  ; 
les  Institutions  liturgiques  sont  restées  telles  qu'il  les  a 
composées  en  premier  jet,  et  c'est  ainsi  que  nous  les 
publions  de  nouveau.  C'est  un  ouvrage  qui  est  encore 
unique  en  son  genre  et  qui  a  sa  place  marquée  dans  la 
bibliothèque  de  tout  homme  voué  aux  études  ecclésiasti- 
ques et  même  simplement  historiques. 

On  pourrait  sans  doute,  après  Dom  Guéranger  et  en 
suivant  ses  traces,  refaire  l'histoire  de  la  Liturgie,  spécia- 
lement pour  la  France  du  xviii^  siècle  ;  ce  serait  l'œuvre 
d'une  vie  entière.  Les  Institutions  liturgiques  n'en  reste- 
ront pas  moins  à  leur  place  parmi  les  travaux  les  plus 
considérables  de  l'érudition  ecclésiastique.  Non-seule- 
ment on  les  consultera^  mais  on  les  relira  comme  un 
modèle  de  polémique  incisive  et  souvent  éloquente,  tou- 
jours exacte  et  grave.  Elles  resteront  comme  le  monument 
de  cette  révolution  liturgique,  qui  est  un  des  principaux 
événements  de  Thistoirejeligieuse  de  notre  siècle.  La  res- 
tauration de  la  Liturgie  romaine  en  France  a  été  le 
prélude  du  concile  du  Vatican  et  de  la  ruine  définitive  du 
gallicanisme  ;  or,  de  l'aveu  de  tous,  amis  et  ennemis, 
cette  restauration  est  l'œuvre  de  Dom  Guéranger,  et  c'est 
par  les  Institutions  liturgiques  qu'il  l'a  opérée.  L'avenir 


i 
I 


PREFACE   DE    CETTE   NOUVELLE    EDITION  LXV 

seul  dévoilera  toute  l'étendue  du  [service  que  Tabbé  de 
Solesmes  a  rendu  à  TÉglise  et  spécialement  à  notre  patrie  ; 
mais^  témoins  des  épreuves  qui  accablent  le  Souverain 
Pontife,  inquiets  des  menaces  que  l'avenir  fait  peser  sur 
*  nos  têtes,  nous  sentons  déjà  que  le  rétablissement  d'un  des 
liens  les  plus  étroits  qui  rattachent  nos  Eglises  au  centre 
de  Tunité  catholique,  est  pour  elles  un  principe  de  force 
et  un  gage  de  sécurité. 

Pour  conclure  cette   préface,   nous    n'avons  plus  qu'à 
dire  un  mot  de  notre  propre  rôle  dans  cette   publication. 
;  il  s'est    réduit   à   celui    d'un  simple   éditeur.    Nous    ne 
'  pouvions   nous    substituer  à   l'auteur,   et   surtout  à  un 
auteur   tel   que  celui  des  Institutions  liturgiques^  pour 
des  remaniements    qui  auraient  altéré  le  caractère  de  son 
œuvre.  Notre  dessein  a  été  de  maintenir  partout  le  texte 
primitif,  même  dans  les   passages   où  nous  savions  ce 
qu'aurait   voulu    y  ajouter    l'auteur.    Nous    venons    de 
raconter  l'accueil  fait  aux  Institutions  liturgiques  ;  rare- 
ment un  travail  d'érudition  a  été  soumis  à  une   critique 
aussi  malveillante  et  aussi  prolongée  ;  telle  était  la  solidité 
de  l'édifice,  que  pas  une  pierre  de  ses  murailles  n'a  été 
ébranlée.  Notre  devoir  était  donc  de  le  conserver  intact. 
Secondé  par   le  dévouement  de  nos  frères  en  religion, 
nous  avons  veillé  avec  soin  à  la  correction  du  texte  et  placé 
sur  les  marges  un  résumé  de  chaque  alinéa,  emprunté  le 
plus  souvent  aux  propres  paroles  de  l'auteur.  Nous  avons 
inséré  dans  le  corps  de  l'ouvrage  quelques  additions  placées 
dans  le  troisième  volume,  et  se  rapportant  aux  deux  pre- 
miers ;  en  résumé,  l'œuvre  de  Dom  Guéranger  reste  dans 
son  intégrité   et  garde  par  là   même  toute  son    autorité. 
T.  I  e 


I 


LXVI  PRÉFACE   DE    CETTE   NOUVELLE   EDITION 

Le  lecteur  retrouvera  même,  religieusement  conservées 
en  tête  de  ce  volume,  la  préface  de  l'auteur  et  l'épître 
dédicatoïre,  par  laquelle  il  faisait  hommage  de  son  œuvre 
au  cardinal  Lambruschini,  secrétaire  d'Etat  de  S.  S. 
Grégoire  XVI,  qui  lui  avait  témoigné  une  grande  bien- 
veillance au  moment  de  Térection  canonique  de  la  congré- 
gation bénédictine  de  France. 

De  son  côté,  notre  intelligent  éditeur  n'a  rien  épargné 
pour  donner  à  Texécution  matérielle  de  ces  volumes  la 
forme  élégante  et  noble  dont  il  a  su  revêtir  déjà  les 
grandes  publications  auxquelles  il  doit  sa  renommée.  Nous 
espérons  donc  que  cette  édition' sera  un  service  rendu  à 
l'Eglise  en  même  temps  qu'un  hommage  à  l'un  de  ses  plus 
grands  serviteurs. 

DoM  Alphonse  GUÉPIN,  M.  B. 
Abbaye  de  Solesmes^  i^^  novembre  iS'jj. 


A  SA  SEIGNEURIE  ÉMINENTISSIME 


LOUIS   CARDINAL   LAMBRUSCHINI 


SECRETAIRE   D  ETAT    DE   SA   SAINTETE 


ÉMINENTISSIME    SeIGNEUR, 

Les  Institutions  liturgiques  dont  Vôtre  Eminence  a 
daigné  agréer  la  dédicace,  viennent  enfin  réclamer  son 
haut  patronage. 

Ce  livre^  oii  sont  racontées  les  mystérieuses  beautés  et 
les  harmonies  célestes  que  VEsprit-Saint  a  répandues 
sur  les  formes  du  culte  divin,  tel  que  l'exerce  la  sainte 
Eglise  romaifîe,  Mère  et  Maîtresse  de  toutes  les  autres, 
se  recommandait,  par  son  objet  même,,  à  Votre  Seigneurie 
EMINENTISSIME,  che^  laquelle  l'auguste  qualité  de  Prince 
de  cette  sainte  Eglise  est  relevée  encore,  aux  yeux  du 
monde  entier,  par  les  éclatantes  marques  de  la  confiance 
apostolique  du  Successeur  de  saint  Pierre. 

Avant  d'être  élevée  par  son  mérite  supérieur  aux  pre- 
miers  honneurs  de  Rome  chrétienne.  Votre  Eminence  passa 
de  longues  années  dans  les  exercices  de  la  vie  régulière, 
et  dans  les  labeurs  de  la  science,  au  sein  de  cette  illustrée 
famille  religieuse  qui  a  donné  à  la  chrétienté  le  grand 


LXVIII  ÉPITRE    DEDICATOIRE 

Barthélemi  Gavanti,  et  à  la  Sacrée  Congrégation  des  Rites, 
des  consulteurs  si  renommés  par  le  :{èle  et  la  science  du 
culte  divin.  Puisse  Votre  Eminence  reconnaître  dans  ce 
faible  ouvrage  les  saines  doctrines  liturgiques  dans  les- 
quelles  Elle  a  été  nourrie,  et  dont  Elle  professe  si  haute- 
ment la  pureté  ! 

J'ose,  Éminentissime  Seigneur^  chercher  un  heureux 
présage  du  sort  réservé  à  ce  livre,  dans  la  bienveillante 
faveur  dont  Votre  Eminence  a  daigné  jusqu'ici  environner 
et  son  obscur  auteur,  et  cette  famille  naissante  qui,  non^ 
seulement  considère  avec  admiration  dans  votre  Seigneurie 
Éminentissime,  Vémule  et  le  collègue  des  Gerdil  et  des 
Fontana,  mais  y  révère,  en  même  temps,  avec  une  grati- 
tude sans  boriies,  le  puissant  protecteur  dont  le  nom  lui 
sera  cher  à  jamais. 

Daigne  le  Dieu  de  miséricorde  conserver  longtemps 
Votre  Eminence  pour  le  bien  de  son  Eglise  et  pour  la 
consolation  de  celui  qui  a  l'honneur  de  se  protester,  avec 
le  plus  profond  respect  et  la  plus  entière  reconnaissance, 

De  Votre  Seigneurie  Éminentissime, 

Le  très-humble  et  très-obéissant  serviteur, 

Fr.  Prosper-Louis-Paschal  GUÉRANGER, 

ABBÉ  DE  SOLESMES. 


PRÉFACE  DE  UAUTEUR 


Notre  intention,  en  publiant  cet  ouvrage,  a  été  de  satis-  Abandon  de  la 

science  des 

faire,  du  moins  en  quelque   chose,   à  un  des  premiers  rites  sacrés  en 
besoins  de  la  science  ecclésiastique  chez  nous.  Dans  toutes   .conséauence 

^  inévitable  des 

les  écoles  catholiques  des  différents  pays  de  l'Europe,  la   .  variations 

^  ^   -^  ^    '  incessantes  de 

Liturgie  fait  partie  de  l'enseignement  ;  elle  a  ses  cours,  ^^  ^J^^É^iîses^^^ 
ses  professeurs  spéciaux.  Pourquoi,  en  France,  partage- 
t-elle  Poubli  dans  lequel  est  tombée  momentanément  la 
science  du  Droit  canonique  ?  Il  faut  bien  en  convenir  : 
c'est  que  l'objet  d'une  science  a  besoin,  avant  tout,  d'être 
fixe  et  déterminé^  et  que  tandis  que  les  diverses  Eglises 
de  l'Europe  sont  en  possession  d'une  Liturgie  immuable 
et  antique,  nos  Églises  ne  sont  pas  encore  arrêtées  sur 
leur  bréviaire  et  leur  missel.  Comment  bâtir  sur  ce  sable? 
quelle  harmonie  faire  ressortir  dans  ces  règles  qui  n'é- 
taient pas  hier,  et  seront  demain  modifiées,  ou  peut-être 
remplacées  par  des  règles  toutes  contraires  ?  Gomment 
montrer  la  tradition,  cette  nécessité  première  de  toutes  les 
institutions  catholiques,  dans  des  formules  et  des  usages 
tout  nouveaux  ? 

Soyons   sincères,   notre  désir   de  perfectibilité   litur-       Anarchie 

liturgique  dans 

Soigne  ne  nous   a-t-il  pas  insensiblement  réduits  à  l'état     laquelle  est 

^   ^  ^  ^  ^  ^^  tombée 

que  saint   Pie  V   reprochait    à  nos  pères,    au    xvi"  siè-      la  France, 
de  ?  Qu'est   devenue  cette  unité  de  culte  que  Pépin  et 


LXX 


INSTITUTIONS   LITURGIQUES 


Ces 

changements 
accueillis 
avec  une 
complète 

indifférence. 


Les  lois 

et  l'histoire  de 

la  Liturgie 

totalement 

ignorées    même 

par  les  hommes 

les  plus 

instruits. 


Charlemagne,  de  concert  avec  les  pontifes  romains, 
avaient  établie  dans  nos  Églises  ;  que  nos  évêques  et  nos 
conciles  du  xvf  siècle  promulguèrent  de  nouveau 
avec  tant  de  zèle  et  de  succès  ?  Vingt  bréviaires  et  vingt 
missels  se  partagent  nos  Églises,  et  le  plus  antique  de 
ces  livres  n'existait  pas  à  l'ouverture  du  xviif  siècle  ; 
il  en  est  même  qui  ont  vu  le  jour  dans  le  cours  des  qua- 
rante premières  années  du  siècle  où  nous  vivons. 

Si  nos  Églises  célébraient  le  service  divin  suivant  les 
règles  du  rite  ambrosien,  ou  encore  du  rite  gothique  ou 
mozarabe  ;  si,  au  lieu  de  fabriquer,  de  fond  en  comble, 
des  Liturgies  inconnues  aux  siècles  précédents,  on  nous 
eût  remis  en  possession  de  cette  antique  et  vénérable 
Liturgie  gallicane,  qui  fut  en  usage  chez  nous  jusqu'à  la 
moitié  du  viii^  siècle,  la  science  des  rites  sacrés  eût 
trouvé  ample  matière  à  se  nourrir  dans  l'étude  d'aussi 
précieux  monuments.  Mais,  par  un  étrange  renversement 
des  habitudes  catholiques,  on  est  devenu  indifférent  à  ces 
changements,  à  ces  substitutions  de  bréviaires  et  de  mis- 
sels qui,  il  y  a  quelques  siècles,  eussent  mis  en  révolution 
le  clergé  et  le  peuple.  Il  n'est  même  pas  rare  de  rencontrer 
des  hommes,  instruits  d'ailleurs,  totalement  dépourvus 
des  plus  simples  notions  sur  l'histoire  des  formes  litur- 
giques, et  qui  s'imaginent  naïvement  que  toutes  les  prières 
dont  retentissent  nos  églises,  remontent  aux  âges  les  plus 
reculés.  Il  en  est  même  qui,  lorsqu'on  leur  fait  remarquer 
Pisolement  dans  lequel  ces  usages  particuliers  placent 
nos  Eglises  à  l'égard  du  Siège  apostolique,  vous  objec- 
tent les  paroles  de  saint  Augustin,  sur  l'harmonieuse 
variété  que  produisent  au   sein   de  Tunité  les   coutumes 


PRÉFACE    DE   l' AUTEUR  LXXI 

locales,  et  qui  sont  tout  étonnés  quand  on  leur  fait  voir 
que  nos  coutumes  n'ont  point  pour  elles  l'antiquité,  qui 
seule  les  rendrait  sacrées  au  point  de  vue  de  saint 
Augustin,  et  que  d'ailleurs,  depuis  ce  Père,  l'Eglise  a 
expressément  manifesté  l'intention  de  réunir  tout  l'Occi- 
dent sous  la  loi  d'une  seule  et  même  Liturgie.  Mais  leur 
surprise  est  à  son  comble,  lorsqu'on  leur  raconte  en  quel 
temps,  sous  quels  auspices,  par  quelles  mains  une  si 
importante  révolution  s'est  accomplie. 
On  nous  demandera  peut-être  si,  venant  aujourd'hui  But  de  l'auteur 

dans   la 

soulever   des    questions  délicates,    notre  intention  est  de  publication  de 

^  cet  ouvrage, 

produire  un  mouvement  en  sens  inverse,  et  de  troubler 
les  consciences]qui,  jusqu'ici,  sont  demeurées  dans  la 
paix.  A  cela  nous  répondrons  d'abord  que  nous  ne  pen- 
sons pas  que  notre  faible  parole  puisse  avoir  un  tel  reten- 
tissement. Nous  essa3^ons  de  traiter  une  matière  grave  et 
épineuse  de  la  science  ecclésiastique,  en  nous  appuyant 
sur  la  nombreuse  et  imposante  école  liturgiste  qui  nous 
a  frayé  la  route,  et  nous  n'entendons  rien  dire  que  de 
conforme  aux  traditions  et  aux  règlements  du  Siège  apos- 
tolique. On  jugera  si  nous  avons  innové  quelque  chose  ; 
peut-être  même  s'apercevra-t-on  que  nous  avons  quelque 
peu  étudié  et  médité  avant  de  parler  ;  mais,  après  tout, 
quand  notre  livre  appelant  l'attention  de  ceux  qui  ont  la 
mission  de  veiller  sur  les  Eglises,  contribuerait,  pour  la 
plus  légère  part,  à  arrêter  de  grands  abus^  à  préparer,  en 
quelque  chose,  un  retour  aux  principes  de  tous  les  siècles 
sur  les  matières  liturgiques,  notre  crime  serait-il  si  ' 
grand  ? 

La  question  du 

Quant  au  reproche  que  l'on  nous  ferait  de  chercher  à  droit  liturgique 

réservée. 


LXXII  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

troubler  les  consciences,  il  n'a  rien  de  sérieux.  En  effet, 
ou  nous  parviendrions  à  éveiller  des  scrupules  mal 
fondés,  et  dans  ce  cas,  les  gens  éclairés  feraient  justice  de 
nos  assertions  ;  ou  nous  proposerions  à  l'examen  des  lec- 
teurs de  justes  raisons  de  s'alarmer,  et  alors,  loin  de 
mériter  des  reproches,  il  nous  semble  que  nous  aurions 
rendu  un  service.  Mais  nous  le  déclarons  tout  d'abord, 
notre  zèle  n'a  rien  d'exagéré  ;  la  question  du  Droit  de  la 
Liturgie  est  loin  d'occuper  la  place  principale  dans  cet 
ouvrage,  et  dans  tous  les  cas,  elle  n'est  pas  si  facile  à 
trancher  que  l'on  doive  craindre  si  facilement  que  nous 
ayons  envie  de  la  dirimer  à  la  légère.  Une  décision 
absolue,  affirmative  ou  négative,  pour  ce  qui  intéresse  la 
France,  n'est  même  pas  possible.  Il  se  rencontre,  pour 
ainsi  dire,  autant  de  questions  qu'il  y  a  de  diocèses. 
Dans  les  uns,  les  usages  romains  sont  abolis  depuis  dix 
ans,  dans  d'autres  depuis  quatre-vingts  ou  cent  ans  :  ce 
qui  est  fort  différent  ;  d'autres  enfin,  et  celui  que  nous 
habitons  est  du  nombre,  ont,  depuis  quatre  ou  cinq  siècles, 
des  livres  sous  le  titre  diocésain  et  soumis  de  temps  im- 
mémorial  à  la  correction  de  l'ordinaire.  La  question, 
comme  Ton  voit,  est  donc  très-complexe,  et,  nous  le 
répétons,  le  désir  de  la  résoudre  n'est  point  le  motif  qui 
nous  a  fait  entreprendre  un  ouvrage  où  elle  ne  sera  traitée 
qu'accidentellement. 
L'ouvrage         Nous  avons  voulu,  daus  ce  livre,  donner,  comme  l'in- 

commence  par 

unehistoire    dique  SOU  titre,  un  enseignement    général  de  toutes   les 

générale  ■  o  r> 

de  la  Liturgie,  matières  qui  concernent  la  science  liturgique,  et  voici  les 
objets  que  nous  nous  sommes  proposé  de  traiter. 
D'abord,  l'histoire  étant  le  fondement  et  le  cadre  de  tout 


PREFACE   DE   L  AUTEUR  LXXIII 

enseignement  ecclésiastique,  nous  avons  pris  la  tâche  dif- 
ficile, et  non  encore  tentée  avant  nous,  de  donner  l'his- 
toire générale  de  la  Liturgie.  Nous  la  conduisons  dans  ce 
premier  volume  jusqulà  l'ouverture  du  xvn®  siècle. 
Dans  ce  récit,  nous  avons  fait  entrer  un  grand  nom- 
bre  de  détails  qu'il  nous  eût  été  impossible  de  placer 
ailleurs,  et  dont  la  connaissance  et  l'appréciation  étaient 
indispensables  pour  l'intelligence  de  la  Liturgie  consi- 
dérée tant  en  général  qu'en  particulier. 

En  rédigeant  cette  importante  partie  de  notre  travail.         Cette 

introduction 

nous  n'avons  pas  tardé  à  reconnaître  que  ce  coup  d'œil      historique 

accompagnée  de 

historique    serait   insuffisant,    si  nous   n'y    faisions   pas    ,  ..î^'^^^^^s, . 

^  7  j  jT  bibliographi- 

entrer  une  notice  chronologique  et  bibliographique  des  ^^J^sameur"^ 
auteurs  qui  ont  traité  de  la  Liturgie,  ou  composé  les  for-  iiturgistes. 
mules  liturgiques.  Nous  avons,  pour  cette  partie,  profité 
de  Texcellente  jB/^//o/^^ca  ritualis  de  l'illustre  Zaccaria,  à 
laquelle,  du  reste,  nous  avons  ajouté  plus  de  quatre-vingts 
auteurs,  pour  les  seize  premiers  siècles  seulement  fi). 
Nous  avons  réduit  ces  sortes  de  notices  à  la  plus 
petite  dimension  possible,  pour  ne  pas  trop  grossir  le 
volume,  et  dans  les  articles  qui  nous  sont  communs  avec 
Zaccaria,  de  même  que  nous  n'avons  pas  toujours  inséré 
les  livres  qu'il  cite,  ainsi  nous  en  avons  plus  d'une  fois 
produit  qui  lui  étaient  échappés. 

(i)  Parmi  les  Liturgistes  oubliés  par  Zaccaria  et  que  nous  avons 
recueillis,  nous  citerons  Victorin,  Prudence,  saint  Paulin,  Sedulius, 
Cassien,  saint  Césaire,  Chilpéric,  saint  Léon  II,  saint  Chrodegang,  Char- 
lemagne,  Helisacar,  Loup  de  Ferrières,  Charles  le  Chauve,  Foulques  II 
d'Anjou,  Guy  d'Auxerre,  Hartmann,  Ekkehart,  Létalde,  Adelbode, 
Alphane,  Marbode,  Guigues,  Abailard,  Adam  de  Saint-Victor,  Maurice 
de  Sully,  Cenci  de  Sabelli,  Alain  de  Lille,  le  B.  Charles  de  Blois_,  Claude 
de  Sainctes,  Galesini,  Erasme,  Democharès,  Muret,  Silvio  Antoniani,  etc. 


LXXIV  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

Plan  général        L'histoirc  liturgique  de  l'Église  que  nous  devons  con- 

de  l'ouvrage.  .  ,  .     , 

duire  jusqu'au  xix®  siècle  étant  terminée,  nous  com- 
mençons à  traiter  les  matières  spéciales.  A  la  suite  des 
notions  nécessaires  sur  les  livres  de  la  Liturgie,  sur  le 
calendrier,  sur  le  partage  du  temps  et  ses  mystères  dans 
la  Liturgie,  nous  passons  à  l'explication  des  traditions 
et  des  symboles  contenus  tant  dans  la  partie  mobile  de 
l'année  ecclésiastique  que  dans  la  partie  immobile  de  ce 
cycle  merveilleux. 

Le  sacrifice  chrétien  est  ensuite  traité  avec  tous  les 
détails  qui  peuvent  contribuer  à  bien  faire  connaître  ce 
centre  divin  de  toute  la  Liturgie.  Nous  venons,  après 
cela,  aux  traditions  qui  concernent  les  Sacrements,  ces 
sept  sources  de  grâce  desquelles  émane  sans  cesse  le  salut 
du  peuple  chrétien.  L'ensemble  imposant  des  Sacramen- 
taux  attire  ensuite  notre  attention,  et  nous  fournit  l'oc- 
casion de  montrer  la  réhabilitation  universelle  de  l'œuvre 
de  Dieu  par  la  vertu  de  la  Croix^  d'où  découle  le  divin 
pouvoir  de  l'Église.  Une  dernière  partie  comprend  les 
Actes  et  Fonctions  liturgiques  qui  ne  se  rangent  pas  sous 
les  divisions  que  nous  venons  d'indiquer. 
Des  traités         Après  avoir  développé  en   détail  toutes  les  parties  de 

spéciaux 

compléteront    ^^tte  Somme,  nous  la  faisons  suivre  de  plusieurs  traités 

les  Institutions.  ■* 

spéciaux  dans  lesquels  nous  examinons  :   i*^  les  règles  de 

la  symbolique  en  matière  de  Liturgie  ;  2°  la  langue  et  le 
style  de  la  Liturgie  ;  3°  le  droit  de  la  Liturgie  ;  4°  l'au- 
torité de  la  Liturgie,  comme  moyen  d'enseignement  dans 
TEglise,  et  nous  terminons  cette  dernière  subdivision  de 
notre  sujet  par  un  petit  travail  dans  lequel,  sous  le  titre  de 
Theologia   litiirgica,  nous   avons  rangé    par   ordre  de 


romaine. 


PRÉFACE   DE   l' AUTEUR  LXXV 

matières  tout  ce  que  la  Liturgie,  telle  que  Rome  la  pro- 
mulgue aujourd'hui,  renferme  de  secours  pour  Téclair- 
cissement  du  dogme  et  de  la  morale  catholiques. 

Telle  est  la  tâche  que  nous  nous  sommes  imposée  :  que       L'auteur 

se  déclare  le 

Dieu  nous  donne  delà  remplir  d'une  manière  suffisante  !    _,  champion 

^  de  la  Liturgie 

Cet  ouvrage,  fruit  de  douze  années  d'études^  touche  un 
nombre  immense  de  questions  ;  sa  manière  est  totalement 
neuve  ;  ses  principes  généraux  et  ses  règles  d'application 
sont  pris,  et  devaient  l'être,  dans  un  ensemble  positif  qui, 
de  fait  et  de  droit,  est  souvent  en  désaccord  avec  les  idées 
reçues  dans  le  pays  où  nous  écrivons.  Faut-il  le  dire  ? 
nous  sommes  tout  Romain.  On  ne  nous  en  fera  sans  doute 
pas  un  crime.  Depuis  assez  longtemps  il  est  d'usage 
de  dire  en  France  que  les  livres  liturgiques  de  Rome  ne 
sont  point  à  la  hauteur  de  notre  civilisation  religieuse. 
Il  y  a  un  siècle  que  nous  en  avons  fait  la  critique  la  plus 
sanglante  en  les  répudiant  en  masse  et  bâtissant  à  priori 
des  offices  nouveaux,  qui  sont  en  désaccord  complet  avec 
ceux  de  la  Mère  des  Églises,  jusque  dans  les  fêtes  mêmes 
de  Pâques  et  de  la  Pentecôte.  Qu'il  soit  donc  permis  de 
relever  le  gant,  de  se  faire  un  instant  le  champion  de 
l'Eglise  romaine  et  de  toutes  celles  de  l'Occident  (i),  qui 
chantent  encore  et  sans  doute  chanteront  jusqu'à  la  fin 
des  temps  les  offices  que  saint  Grégoire  le  Grand  recueil- 
lit, il  y  a  douze  siècles,  entre  ceux  que  les  pontifes  ses  pré- 
décesseurs avaient  composés.  Après  tout,  n'est-ce  pas  une 
chose  louable  que  de  faire  l'apologie  de  Tunité  dans  les 
_choses  de  la  religion  ?  Est-il  donc  des  points  sur  lesquels 

(i)  Milan  excepté,  et  six  ou  sept  églises  à  Tolède,  dont  la   Liturgie  est 
antique  et  approuvée. 


LXXVI  INSTFTUTIONS   LITURGIQUES 

elle  deviendrait  dangereuse  ?  N'a-t-elle  pas  existé,  n'exis- 
tait-elle pas,  cette  unité  liturgique,  en  France,  encore  au 
xvii^  siècle  ?  Depuis  que  nous  l'avons  rompue,  notre 
Église  a-t-elle  éprouvé  tant  de  prospérités  ? 
Engagement  Qu'on  ne  soit  donc  pas  surpris  si,  dans  cet  ouvrage, 
^oSteTies '^   nous  abondons  dans  le  sens  de  la  Liturgie  romaine;  que 

objections  qui  ,       ,  ,  .  •  n 

pourraient  être  si  quelqu  uu    le  trouvait  mauvais,   qu  il    nous  attaque. 

laites  contre  cet 

ouvrage.  Nous  tâcherons  de  le  satisfaire,  et  afin  que  le  public 
demeure  juge  de  la  controverse,  nous  nous  engageons  à 
placer  et  les  objections  et  les]réponses  en  tète  du  volume 
qui  suivra  celui  dont  on  aura  combattu  les  faits  ou  les 
principes. 

Réaction  Maintenant,  c'est  la  grande  mode  de  se  porter  défen- 

inespérée  en  j,        •       •    ^  '      •  u      ui 

France        seur  de  toute  sorte  d  antiquités  ;  une  nuée  innombrable 

dans  le  sens 

de  la         d'archéologues  s'est  levée  sur  le  pays,  et  nos  monuments, 

conservation  ^ 

des  monuments  religieux  surtout,  sont  désormais  à  l'abri  non-seulement 

de  l'architecture         ^  ^ 

et^nationaîe  ^^  ^^  destruction,  mais  de  toute  mutilation,  de  toute  répa- 
ration indiscrète.  Le  plus  bel  accord  règne  sur  ce  point 
entre  nos  autorités  civiles  et  ecclésiastiques,  et  grâce  à 
une  révolution  si  subite  et  si  inespérée,  la  France  jouira, 
de  longs  siècles  encore,  des  trophées  de  son  antique  gloire 
dans  les  arts  catholiques.  Il  y  a  là,  sans  doute,  de  quoi 
rendre  à  Dieu  de  vives  actions  de  grâces.  Quand,  en  1 832, 
nous  autres,  pauvres  prêtres  inconnus,  arrachions  aux 
mains  des  démolisseurs  l'admirable  monument  de  Soles- 
mes,  qui  demandait  grâce  au  pays  depuis  tant  d'années, 
nous  étions  loin  de  penser  que  nous  étions  à  la  veille  d'une 
réaction  universelle  dont  le  résultat  devait  être  la  conser- 
vation passionnée  de  tous  les  débris  de  notre  ancienne 
architecture  religieuse  et  nationale. 


PREFACE    DE    L  AUTEUR  LXXVII 

Aujourd'hui  donc  que  les  pierres  du  sanctuaire,  deve-     ^^f  vieilles 

■'  T.  r  T  églises 

nues  l'objet  d'une  étude  et  d'une  admiration  ardentes,  ne    reJeJ^^ndent 
courent  plus  le  risque  d'être  dispersées  par  des  mains  van-  séculaires '^dont 
dales  ou  malhabiles  ;  que  tous  les  efforts  sont  concentrés    retentissaient 

...  .  .y  ,  .  autrefois. 

pour  produire  des  restaurations  complètes^  et,  au  besoin, 
des  imitations  exactes  dans  les  cintres,  les  ogives,  les 
rosaces,  les  vitraux,  les  boiseries  ;  n'est-il  pas  temps  de  '^ 

se  souvenir  que  nos  églises  n'ont  pas  seulement  souffert 
dans  leurs  murailles,  leurs  voûtes  et  leur  mobilier  sécu- 
laire, mais  qu'elles  sont  veuves  surtout  de  ces  anciens  et 
vénérables  cantiques  dont  elles  aimaient  tant  à  retentir  ;  - 
qu'elles  sont  lasses  de  ne  plus  répéter,  depuis  un  siècle, 
que  des  accents  nouveaux  et  inconnus  aux  âges  de  foi  qui 
les  élevèrent.  Après  tout,  les  paroles  de  la  Liturgie  sont 
plus  saintes,  plus  précieuses  encore  que  les  pierres  qu'elle 
sanctifie. 

La  Liturgie   n'est-elle  pas  l'âme  de  vos  cathédrales  ?     La  Liturgie 

^  ^  qu  elles 

sans  elle,  que  sont-elles,  sinon  d'immenses  cadavres  dans  l'éclament  est  la 

'  ^  -'  romaine, 

lesquels  est  éteinte  la  parole  de  vie  ?  Or  donc,  songez  à  rauacâent^^tous 
leur  rendre  ce  qu'elles  ont  perdu.  Si  elles  sont  romanes,  ^^^^  souvenirs. 
elles  vous  redemandent  ce  rite  romain  que  Pépin  et 
Charlemagne  leur  firent  connaître  ;  si  leurs  arcs  s'élan- 
cent en  ogives,  elles  réclament  ces  chants  que  saint  Louis 
se  plaisait  tant  à  entendre  redire  à  leurs  échos  ;  si  la 
Renaissance  les  a  couronnées  de  ses  guirlandes  fleuries, 
n'ont-elles  pas  vu  les  évêques  du  xvi®  siècle  inaugurer 
sous  leurs  jeunes  voûtes  les  livres  nouveaux  que  Rome 
venait  de  donner  aux  Églises  .^  Toute  notre  poésie  natio- 
nale, nos  mœurs,  nos  institutions  anciennes,  religieuses 
ou  civiles,  sont  mêlées  aux  souvenirs  de  l'ancienne  Litur- 


LXXVIIl  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

gie  que  nous  pleurons.  C'est  ce  que  nous  ferons  voir  dans 
ce  livre,  tout  insuffisant  qu'il  soit  :  nous  oserions  même 
penser  que,  malgré  sa  destination  cléricale,  le  poëte,  l'ar- 
tiste, Tarchéologue,  Thistorien,  auraient  quelque  chose  à 
y  puiser. 
Le  but  Quoi  qu'il  en  soit,  nous  lui  avons  laissé  le  modeste  titre 

principal  de 

cène  pubWc^ûon  d'' Institutions  litur^-igues,  comme  à  un  ouvrage  spécia- 

est  d'initier  .  .       . 

la  jeunesse     lement  destiné    à  l'enseignement.    Son  but  principal  est 

cléricale  "  '^  ^ 

a^i'etude  des  j'jnitiei-  les  plus  jeuiies  de  nos  frères  à  l'étude  de  ces  mys- 
cuite  divin.  ^^^^^  j^  ^^j^^  divin  et  de  la  prière,  qui  doivent  faire  la 
principale  nourriture  de  leur  vie.  Une  entreprise  de  librai- 
rie ecclésiastique,  dont  les  directeurs  connaissaient  notre 
projet,  nous  avait  demandé  d'insérer  cet  ouvrage  au  rang 
de  ses  publications.  Il  a  donc  été  annoncé  comme  devant 
paraître  en  i838.  Nous  avons  reçu  à  ce  sujet  les  plus 
précieux  encouragements,  et  nous  savons,  à  l'avance,  que 
l'objet  de  ce  livre,  s'il  doit  déplaire  à  quelques-uns,  a  déjà 
pour  lui  de  nombreuses  sympathies.  Nos  forces  physiques 
n'ayant  pas  répondu  à  notre  attente,  nous  nous  sommes 
trouvé  obligé  de  différer  la  publication  de  ce  premier 
volume  jusqu'au  moment  présent,  où  nous  le  faisons 
paraître  sous  notre  seule  responsabilité. 
Annonce  L'ouvrase   entier   formera   cinq    volumes  :    le   second 

de  lapparition  *-^  '■ 

prochaine  d'une  paraîtra  dans  le  courant  de  l'année  présente,  et  les  autres 
liturgique,  suivront  à  des  intervalles  très-rapp roches.  Ayant  fait  de 
longues  et  sérieuses  études  sur  la  Liturgie,  nous  avons  le 
projet  de  publier,  en  dehors  de  ces  Institutions^  plusieurs, 
traités  spéciaux.  Nous  indiquerons  seulement  ici  le  projet 
d'une  Année  liturgique^  travail  destiné  à  mettre  les  fidèles 
en  état  de  profiter  des  secours  immenses  qu'offre  à  la  piété 


PRÉFACE    DE   L^VUTEUR  LXXIX 

chrétienne  la  compréhension  des  mystères  de  la  Liturgie, 
dans  les  différentes  saisons  de  l'année  ecclésiastique.  Cet 
ouvrage  n'aura  rien  de  commun  avec  les  diverses  Années 
chrétiennes  qui  ont  été  publiées  jusqu'ici.  Il  sera  destiné 
à  aider  les  fidèles  dans  J'assistance  aux  offices  divins  ;  on 
pourra  le  porter  à  l'église,  et  il  y  tiendra  lieu  de  tout  autre 
livre  de  prières.  La  première  division  de  l'Année  lïtnr- 
gique  paraîtra,  de  format  in- 12,  sous  le  titre  à'Avent 
liturgique,  dans  le  courant  de  l'automne  de  l'année  pro- 
chaine 1841. 

Quant  aux  Institutions  liturgiques  elles-mêmes,  nous         Projet 

^  ,  1        r  •  •  d'Institutions 

pp.  espérons  les  taire  suivre  d'un  autre  ouvrage  de  même  canoniques. 
dimension,  et  d'un  genre  analogue,  qui  portera  le  titre 
d'Institutions  canoniques.  On  commence  pourtant  à 
sentir,  de  toutes  parts,  la  nécessité  de  connaître  et  d'étu- 
dier le  Droit  ecclésiastique.  L'indifférence  dans  laquelle 
a  vécu  la  France,  depuis  quarante  ans,  sur  la  discipline 
générale  et  particulière  de  FÉglise,  est  un  fait  sans  exemple 
dans  les  annales  du  christianisme.  Les  conséquences 
de  cette  longue  indifférence  se  sont  aggravées  par  le 
temps,  et  ne  peuvent  se  guérir  qu'en  recourant  aux  véri- 
I  tables  sources  de  la  législation  ecclésiastique,  aux  graves  et 
Moctes  écrits  des  canonistes  irréprochables.  Nous  n'avons 
Cplus  de  parlements  aujourd'hui  pour  fausser  les  notions  du 
t  Droit,  pour  entraver  la  juridiction  ecclésiastique  ;  plus  de 
[gallicanisme  pour  paralyser  l'action  vivifiante  du  chef  de 
J'EgHse  sur  tous  ses  membres. 

Nos    Institutions    canoniques,  destinées,    comme     la 

iturgique,  à  l'instruction  de  nos  jeunes  confrères,  nous 

valent  été  demandées  par  les  directeurs  delà  même  entre- 


LXXX  INSTITUTIONS   LITURGIQUES 

prise  de  librairie  ecclésiastique,  dont  nous  avons  parlé,  et 
ont  été  annoncées  au  public,  il  y  a  trois  ans.  Les  raisons 
que  nous  avons  exposées  nous  ayant  forcé  à  différer  cette 
publication,  nous  serons  en  mesure  de  l'effectuer  après  la 
publication  totale  de  la  Liturgique.  Nous  nous  abstien- 
drons donc  d'entretenir  plus  longtemps  le  lecteur  sur  un 
ouvrage  qui  s'élabore,  il  est  vrai,  dès  maintenant,  mais 
dont  l'apparition  doit  encore  attendre  plusieurs  années. 

Nous  terminerons  cette  préface  en  soumettant  d'esprit 
et  de  cœur  au  jugement  et  à  la  correction  du  Siège  apos- 
tolique le  présent  ouvrage,  que  nous  n'avons  entrepris 
que  dans  le  but  de  servir  l'Eglise,  suivant  nos  faibles 
moyens,  attendant  le  succès  de  Celui-là  seul  qui,  Prêtre 
et  Victime.,  est  à  la  fois  le  moyen  et  le  terme  de  toute 
LITURGIE. 


INSTITUTIONS 


LITURGIQUES 


PREMIERE     PARTIE 


CHAPITRE  I 


NOTIONS   PRELIMINAIRES 


La  Liturgie,  considérée  en  général,  est  Vensemble  des      Définition 
symboles,  des   chants  et  des   actes   au   moyen   desquels 
VÉglise  exprime  et  manifeste  sa  religion  envers  Dieu. 

La  Liturgie  n'est  donc  pas  simplement  la  prière,  mais  La  Liturgie  est 
bien  la  prière  considérée  à  l'état  social.  Une  prière  indivi-  à  l'état^  social, 
duelle,  faite  dans  un  nom  individuel,  n'est  point  Liturgie. 
Cependant  les  formules  et  les  signes  de  la  Liturgie  peu- 
vent  être  légitimement  et  convenablement  employés  par 
u  les  particuliers,  dans  l'intention  de  donner  plus  de  force 
et  d'efficacité  à  leurs  œuvres  de  prière;  comme  lorsqu'on 
récite  des  oraisons  consacrées,  des  hymnes,  des  répons, 
pour  s'exciter  à  la  religion.  Ce  genre  de  prière  est  même 

T.    I  I 


2  NOTIONS    PRELIMINAIRES 

INSTITUTIONS    Je  mcilkur,  en  fait  de  prière  vocale,  car  il  associe  à  Tef- 

LITURGIQUES  .,..,,      i  /     •  i  '  ^'  J  T)T^     T 

fort  individuel  le  mente  et   la  consécration    de  1  hglise 

entière. 
La  récitation        Quant  à  la  récitation  privée  des  formules  de  la  Liturgie 

de  rofficrdivin  dans  rOffice  divin  par  les  clercs,  les  bénéficiers  et  les  vé^W' 

^litulgique."^^  licrs,  lesquels  sont  tenus  de  suppléer  en  particulier  à  ce 
qu'ils  n'accomplissent  pas  au  chœur,  on  ne  saurait  la  con- 
sidérer comme  une  œuvre  de  dévotion  privée  :  elle  est  un 
acte  de  religion  sociale.  Celui  qui  prie  ainsi  est  député  offi- 
ciellement pour  ce  sujet.  Sa  parole,  son  intention  même, 
appartiennent  à  FÉglise.  S'il  pèche  en  cet  emploi,  c'est 
contre  l'Église  autant  que  contre  lui-même  qu'il  pèche. 
Ainsi  la  récitation  du  Bréviaire,  quoique  dans  nos  malheu- 
reux temps  et  dans  notre  pays  elle  n'ait  plus  guère  lieu 
que  dans  le  particulier,  n'en  est  pas  moins  une  chose  litur- 
gique, une  œuvre  liturgique. 
La  Liturgie         De  même  que  la  vertu  de  religion  renferme  tous  les  actes 

toutes"fe^s7o''rmes  ^^  ^^^^^  divin,  ainsi  la  Liturgie,  qui  est  la  forme  sociale 
L^  verui  de  ^^  ^^^^^  vertu,  les  Comprend  tous  également.  On  peut 
religion.  même  dire  que  la  Liturgie  est  l'expression  la  plus  haute, 
la  plus  sainte  de  la  pensée,  de  l'intelligence  de  l'Eglise,  par 
cela  seul  qu'elle  est  exercée  par  l'Eglise  en  communication 
directe  avec  Dieu  dans  la  Confession,  la  Pr^ière  et  la 
Louange. 

Confession,  Prière,  Louange:  tels  sont  les  actes  prin- 
cipaux de  la  religion  ;  telles  sont  aussi  les  formes  princi- 
pales de  la  Liturgie. 
i"LaConfes-  La  CoNFESSioN,  par  laquelle  l'Eglise  fait  hommage  à 
Dieu  de  la  vérité  qu'elle  en  a  reçue,  redisant  mille  fois  en 
sa  présence  le  triomphant  symbole  qui  renferme  écrites 
dans  le  langage  de  la  terre  des  vérités  qui  sont  du  ciel.  Ce 
symbole,  elle  le  répète  chaque  jour  en  abrégé  plusieurs  fois 
dans  les  Heures  canoniales;  plus  développé  dans  l'action 
du  sacrifice  au  jour  du  dimanche  et  dans  les  grandes 
solennités;  enfin  elle  le  confesse  en  grand,  dans  l'ensemble 


sion. 


I  PARTIE  ,. 
CHAPITRE  I 


NOTIONS    PRÉLIMINAIRES  3 

de  Tannée  chrétienne,  au  sein  de  laquelle  il  est  repré- 
senté, mystère  ,par  mystère,  avec  toute  la  richesse  des 
rites,  toute  la  pompe  du  langage,  toute  la  profondeur  des 
adorations,  tout  l'enthousiasme  de  la  foi. 

De    là  rimportance   si  grande    pour    Pintelligence   du  La  Liturgie  est , 

^  o  1  o  j^  tradition 

dogme,  donnée  dans  tous  les  temps  aux   paroles  et  aux  à  son 

^  .        .     .      ^  .  -^  Ail-  T  7       T  plus  haut  degré 

faits  delà  Liturgie.  On  connaît  1  axiome  :  Legem  credendi  "^de  puissance. 
statuât  lex  siippli candi .  C'est  dans  la  Liturgie  que  Tesprit 
qui  inspira  les  Ecritures  sacrées  parle  encore  ;  la  Liturgie 
est  la  tradition  même  à  son  plus  haut  degré  de  puissance 
et  de  solennité. 

La  Prière,  par  laquelle  PEglise  exprime  son  amour,  son  2«  La  Prière 
désir  de  plaire  à  Dieu,  de  lui  être  unie,  désir  à  la  fois 
humble  et  fort,  timide  et  hardi,  parce  qu'elle  est  aimée  et 
que  celui  qui  Faime  est  Dieu.  C'est  dans  la  Prière  qui 
vient  à  la  suite  de  la  Confession^  comme  l'espérance  après 
la  foi,  que  l'Église  présente  ses  demandes,  expose  ses 
besoins,  explique  ses  nécessités,  car  elle  sait  ce  que  Dieu 
veut  d'elle,  et  combien  elle  en  est  éloignée,  jusqu'à  ce  que 
le  nombre  des  élus  soit  complet. 

De  là  l'onction  ravissante,  l'ineffable  mélancolie,  la  ten-  avec  les  accents 

les 

dresse  incommunicable  de  ces  formules,  les  unes  si  simples,  plus  variés. 
les  autres  si  solennelles,  dans  lesquelles  apparaît  tantôt  la 
douce  et  tendre  confiance  d'une  royale  épouse  envers  le 
monarque  qui  l'a  choisie  et  couronnée,  tantôt  la  sol- 
licitude empressée  d'un  cœur  de  mère  qui  s'alarme 
pour  des  enfants  bien-aimés  ;  mais  toujours  cette  science 
des  choses  d'une  autre  vie,  si  profonde  et  si  distincte,  soit 
qu'elle  confesse  la  vérité,  soit  qu'elle  désire  en  goûter  les 
fruits,  que  nul  sentiment  ne  saurait  être  comparé  au  sien, 
nul  langage  rapproché  de  son  langage. 

La  Louange,  car  l'Eglise  ne  saurait  contenir  dans  une    30  La  Louange 
silencieuse  contemplation  les  transports  d'amour  et  d'admi- 
ration que  lui  fait   naître   l'aspect  des   mystères  divins. 
Comme  Marie,  à  la  vue  des  grandes  choses  qu'a  faites  en 


4  NOTIONS   PRELIMINAIRES 

INSTITUTIONS     ellc  Cclul  qui  est  puissant,  elle  tressaille  en  lui,  elle  le  glo- 

LITURGIQUES  /i^l  J  1  '     ^      '  J  O     ' 

—  rifie.  Elle  célèbre  donc  les  victoires  du  Seigneur  et  aussi 

ses  propres   trionriphes.    Le  souvenir   des  merveilles  des 
temps  anciens  la  ravit  et  Texalte  ;  elle  se  met  à  en  faire  le 
récit  pompeux,  comme  pour  raviver  les  sentiments  qu'elles 
lui  inspirent. 
de  Dieu  Elle  célèbre,    après  Dieu,    les  élus  de   Dieu  ;   d'abord 

et  de  ses  e  us.  p^j^^Qj^p^rable  Marie,  pour  qui  elle  a  des  accents  d'amour 
et  de  prière  d'une  douceur  céleste;  les  Esprits  bienheu- 
reux, dont  les  relations  et  les  influences  l'embellissent  et 
la  protègent  ;  ses  propres  enfants  qui  l'ont  arrosée  de  leur 
sang,  illuminée  de  leur  doctrine,  sanctifiée  de  leur  glorieuse 
confession,  embaumée  du  parfum  de  leurs  lis  et  de  leurs 
roses.  Chaque  année,  elle  redit  avec  amour  et  maternité 
leurs  vertus  et  leurs  combats. 

Ces  trois  formes      Qr  ces  trois   parties  principales ,   Confession.  Prière, 

du  culte  divin  t-  ,,t.  •  -^ 

deviennent     Louange ^  aQviennQnt  dans   la  Liturgie  une  triple  source 
la  Liturgie     d'intarissable  poésie  :  poésie  inspirée  du  même  esprit  qui 
^^d^inVarissabk^  dicta  les  cantiques  de  David,  d'Isaïe  et  de  Salomon  ;  poésie 
poésie.        aussi  ravissante  dans  les  images  que  profonde  et  inépui- 
sable dans  le  sentiment.  Dieu  devait  à  son  Eglise  un  lan- 
gage digne  de  servir  de  si  hautes  pensées,  de  si  ardents 
désirs. 
Elles  deman-        Mais,  comme  toutes  les  grandes  impressions  de  l'âme, 
nécessairement  la  foi,  l'amour,  le  sentiment  de  l'admiration,  la  joie  du 
s'exprimer      triomphe,  ne  se  parlent  pas  seulement,  mais  se  chantent, 
^^Thant^^  ^  ^^  d'autant  plus  que  tout  sentiment  établi  dans  l'ordre  se 
résout  en  harmonie,  il  s'ensuit  que  l'Eglise  doit  naturelle- 
ment chanter  louange,  prièt^e  tt  confession^  produisant, 
par  une  gradation  quelque   peu   affaiblie  sans  doute,   à 
mesure   qu'elle    s'éloigne    du    principe,    un    chant   beau 
comme  les  paroles,  des  paroles  élevées  comme  le  senti- 
ment, et  le  sentiment  lui-même  en  rapport  fini  mais  réel 
avec  celui  qui  en  est  l'objet  et  la  source. 

Et,  comme  l'Eglise  est  une  société,  non  d'esprits,  mais 


NOTIONS   PRÉLIMINAIRES  5 

d'hommes,  créatures  composées  d'âme  et  de  corps,  qui       ^  partie 

'  ^  .  CHAPITRE     I 

traduisent  toute  vérité  sous  des  images  et  des  signes,  por- 

tant  eux-mêmes  dans  leurs  corps  une  forme  ineffable  de    et  des  signes 

-»  extérieurs . 

leur  âme  ;  dans  PEglise,  disons-nous,  ce  céleste  ensemble        ^  rites 

,  />       •  1  -N  17  -  1  '    j  et  cérémonies. 

de  confesston,  de  prière  et  de  louange^  parle  dans  un 
langage  sacré,  modulé  sur  un  rhythme  surnaturel,  se  pro- 
duit aussi  par  les  signes  extérieurs,  rites  et  cérémonies, 
qui  sont  le  corps  de  la  Liturgie. 

Ainsi,  sentiment,  parole,  mélodie,  action,  tels  sont  les 
éléments  qui,  mis  en  rapport  avec  le  vrai  et  le  bien,  produi- 
sent Tordre  et  l'harmonie  parfaite  ;  que  ne  doivent-ils  pas 
enfanter  quand  ils  prennent  la  proportion  de  l'Eglise 
même  de  Dieu,  initiée  par  le  Verbe  aux  secrets  de  la  vie 
éternelle,  dépositaire  de  la  vérité  immuable  et  féconde, 
nourrie  constamment  de  l'élément  surnaturel  ?  Ne  crai- 
gnons donc  pas  de  le  dire,  la  Liturgie  renferme  éminem- 
ment toute  beauté  de  sentiment,  de  mélodie  et  de  forme, 
non-seulement  à  l'égal,  mais  infiniment  au-dessus  de  tout 
ce  qu'on  pourrait  lui  comparer,  à  part  les  Livres  saints. 
Nous  en  verrons  à  loisir  la  preuve. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  II 

IMPORTANCE   DE   L^ETUDE   DE   LA    LITURGIE 

La  Liturgie  est       On  sent  aisément  que  de  tout  cet  ensemble  dQ  coiî/es- 
d'unTscienœ    siou,  à^  prière  et  de  louange,  qui  constitue  la  Liturgie, 
'^'''bmnchesr'^'  doit  résulter  la  matière  d'une  science  véritable  ;  science 
des  Offices  divins,  c'est-à-dire  de  cette  partie  de  la  Liturgie 
qui  consiste  dans  \t  sacrifice  des  lèvres  [\)\  science  du 
5acr/^ce  réel  avec  tous  ses  rites  et  ses  mystères;  science 
des  sacrements,  organes  de  la  sanctification  de  Thomme; 
science  des  bénédictions  et  des  sacrajnentaux  au  moyen 
desquels  toute  créature  est  purifiée  et  réhabilitée  par  la 
vertu    de  la   croix  ;    science    enfin    des   supplications  et 
autres  rites  solennels  que  l'Eglise  emploie  dans  des  occa- 
sions extraordinaires, 
et  qui  s'élargit       Mais  si  déjà  cette  simple  énumération  des  forces  et  des 
^"on^  pint      moyens  de  la  Religion  nous  place  en  regard  d'un  si  vaste 
des'souixes.     ^^  si  radieux  ensemble,   que  sera-ce  quand,  poursuivant, 
à  travers  la  tradition,  dans   les  écrits  des  Pères,  dans  les 
ordonnances  des  conciles,  dans  les  monuments  de  l'anti- 
quité ecclésiastique,  ces  diverses  formes   du  culte  divin, 
nous  sommes  conduits  à  interroger   tous  les  siècles  et  à 
enregistrer  leurs  réponses  si  belles  d'unité  et  si  fécondes 
en  tout  genre  d'inspiration  ?  Telle  est  cependant  la  science 
liturgique  telle  qu'elle  a  été  conçue,  explorée,   enseignée 
par  tant  de  grands  docteurs,  dont  les  noms  glorieux  et  les 
services  immenses  seront  racontés  plus  loin. 

Tous,  sans  doute,  ne  sont  pas  appelés  à  suivre  dans  la 
science  liturgique  une  carrière   d'égale  étendue,  mais  on 

(i)  Hcbr.,  XIII,  i5. 


I    PARTIE 
CHAPITJIE   n 


i 


IMPORTANCE    DE   L  ETUDE   DE    LA    LITURGIE  7 

peut  affirmer,  sans  crainte  d'être  démenti,   que,  pour  ne 
parler  que  des  personnes  ecclésiastiques,,  elle  doit  faire*" 
pour  elles  Tobjet  d'une  étude  non  moins  spéciale  que  la 
casuistique  à  laquelle,  dans  l'état  présent,   l'usage  est  en   ,  ^^^.^  ^^  j^^j 
France  de  consacrer  à  peu  près  la  moitié  du  temps  assigné  de  cette  science 

,,.,-.,..  ^         ,       pour  le  prêtre. 

à  l'éducation  cléricale.   La  récitation  et  souvent  même  la 
célébration  des  divins  Offices  ne  forment-elles  pas  l'occu- 
pation journalière  du   Prêtre  ?    Quel  plus   grand  intérêt 
pour  lui  que  de  pouvoir  suivre  la  chaîne  de  merveilles 
qui  se  déroule  dans  la  succession  des  fêtes  et  des  temps  de 
l'année   chrétienne,    de   pouvoir  briser  les   sceaux  de  ce 
livre  journalier  que  l'Eglise  d'aujourd'hui  a  reçu  de  l'Eglise 
des  premiers  siècles  avec  une  tradition  de  mystères  cachés 
et  de  chants  admirables  ?  Le  Prêtre  monte  chaque  jour  à 
l'autel  pour  34  sacrifier  l'Agneau  immolé  depuis  le  com- 
mencement du  monde  (i);    où   comprendra-t-il  mieux  la 
sainteté,  la  grandeur  de  cette  action^  comme  on  l'appelait 
autrefois,  où  apprendra-t-il  mieux  la  pureté  de  cœur  qu'elle 
exige,  qu'en  étudiant  la  manière  dont  elle  s'est  exercée 
depuis  la  veille  du  jour  où  le  Christ  souffrit,  jusqu'à  ces 
temps    plus  rapprochés  de  nous   où    l'Eglise,   mue  par 
l'Esprit-Saint,   a  fixé  d'une  manière  irrévocable  les  rites, 
de  la  religion   desquels  .elle  a  voulu  environner   le  plus 
auguste  des  mystères  ?  Et  les  sacrements,  sources  divines 
du  salut,  et  les  sacramentaux  par  lesquels  l'Église  épanche 
sur  le  peuple  fidèle  la  plénitude  de  sanctification  qui  est  en 
elle  ;  si  tant  de  doctes  écrits  ont  été  composés  par  les  plus 
pieux   et  les  plus  savants   hommes  de  l'Eglise,  à  l'effet 
d'en  expliquer  les  rites,   d'en   éclaircir  les  formules,   d'en 
développer  toute  la  majesté,  comment  le  Prêtre,   ministre 
de  toute  cette  dispensation  à  la  fois  miséricordieuse  et 
sublime,  ne  se  livrerait-il  pas  à  la  recherche  de  cette  perle 
d'un  prix  infini  ?  S'il  lui  a  été  dit  d'imiter  ce  qu'il  a  entre 

(i)  Apoc.j  XIII,  8. 


8  IMPORTANCE   DE    l'ÉTUDE 

INSTITUTIONS    jes  maiiis,  imitamini  qiiod  tractatis  (i),  ne  lui  a-t-il  pas 
été  dit  par  là  même  de  Tétudier  et  de  le  connaître  ? 


LITURGIQUES 


Les  fidèles  Oh  !  qui  pourrait  dire  les  grâces  de  salut  qui  se  répan- 
ont^toufours    draient  sur  le  peuple  chrétien,  comme   effet  direct  d'un 

grandVofifd^m  enseignement  basé  sur  Texplication  et  la  compréhension 
enseignement    ^^^  mystères,  des  paroles  et  des  rites  de  la  Liturgie,  si 

sur  l'intelligence  ^^^  peuples  savaient  et  coûtaient  ce  que  savaient  et  goû- 

de  la  Liturgie.  rr  /v'i'i-  •^ 

taient  les  simples  catéchumènes  des  Eglises  de  Milan, 
d'Hippone  ou  de  Jérusalem,  initiés  par  un  Ambroise,  un 
Augustin,  un  Cyrille  !  Et  plus  tard  nos  nouvelles  Eglises 
d'Occident,  quelles  lumières  ne  tiraient-elles  pas  de  rensei- 
gnement liturgique  d'un  Rhaban  Maur,  d'un  Ives  de  Char- 
tres, d'un  Honorius  d'Autun,  d'un  Hildebert  du  Mans  et 
de  Tours,  d'un  Durand  de  Mende,  etc.  !  Quelle  influence 
sur  les  mœurs  catholiques  !  quel  boulevard  de  la  foi  !  quelle 
disposition  à  sentir  les  choses  de  la  vie  surnaturelle  dans 
ces  populations  instruites  avec  soin  et  détail  des  secrets 
que  le  Christ  et  son  Église  ont  cachés  sous  le  vaste  et  pro- 
fond emblème  de  la  Liturgie  !  On  le  sent  tous  les  jours 
dans  ces  contrées  de  l'Amérique  du  Nord,  dans  lesquelles 
la  vraie  Eglise  ne  possède  pour  ainsi  dire  pour  fidèles  que 
ces  âmes  que,  sous  la  conduite  du  divin  Esprit,  elle  va  gla- 
nant et  recueillant  dans  les  sueurs  et  les  fatigues.  Les  lettres 
des  missionnaires  ne  cessent  de  parler  du  grand  succès 
qu'ils  obtiennent  en  développant  à  leurs  auditeurs  le  mer- 
veilleux symbolisme  de  la  Liturgie  catholique.  Assez  heu- 
reux pour  la  posséder  en  entier  et  pure  de  tout  alliage 
national,  telle  en  un  mot  que  le  Siège  Apostolique  la  pro- 
mulgue, ces  nouveaux  apôtres  n'ont  aucune  peine  à  faire 
sentir  l'harmonie  et  l'autorité  dans  cet  ensemble  vérita- 
blement surhumain.  S'il  arrive  qu'une  nouvelle  église 
vienne  à  être  dédiée  par  l'évêque,  la  simple  explication 
des  symboles  qui,  dans  cette  auguste  cérémonie,  font  tour 

[\)  Pontificale  Rom. ^  in  ordinatione^Presbyteri. 


I  PARTIE 
CHAPITRE   II 


DE   LA   LITURGIE  9 

à  tour  passer  sous  les  yeux  des  fidèles  les  mystères  de  la 
Jérusalem  céleste,  ceux  de  TEglise  militante  et  ceux  de  la  ' 

vie  spirituelle,  prépare  une  moisson  abondante,  et  lors- 
qu'après  avoir  accompli  tous  les  rites  si  profonds  de  cette 
solennité,  le  Pontife  demande  au  Dieu  qui  se  bâtit  un 
temple  immortel  avec  des  pierres  vivantes,  que  cette  exten- 
sion  matérielle  que  vient  d'obtenir  son  Eglise,  soit  encore 
dépassée  par  ses  accroissements  spirituels  (i),  il  ne  tarde 
pas  à  connaître  qu'il  a  été  exaucé. 

Et,  en  effet,  quel  autre  moyen  de  faire  pénétrer  la  con-  La  connaissance 
naissance  du  dogme  dans  les  esprits,  que  celui-là  même  nepeutmTeux 
que  Fauteur  et  le  réparateur  de  notre  nature  a  choisi  pour  danf^iefelprits 
y  faire  descendre  cette  grâce  invisible  qui  nous  sanctifie  ?    n?o^^en^qu^ 
Mes  paroles  sont  esprit  et  vie  (2),  dit  le  Sauveur  :   elles  f^ï^  descendre  la 

.  .  .  .  grâce. 

donnent  à  la  fois  la  lumière  à  Tintelligence,  et  au  cœur  la 
charité  qui  est  la  vie.  Il  en  est  de  même  des  paroles  de 
l'Eglise  qui  possède  la  plénitude  des  mystères  et  la  dispense 
sur  le  peuple  chrétien  par  des  rites  et  des  formules  remplis 
à  la  fois  de  vérité  et  d'amour. 

Aussi  a-t-on   toujours  considéré  la  Liturgie  comme  le     La  Liturgie 

1  •  11  ^  1   11  toujours 

haut  enseignement  du  dogme,  en  même  temps  qu  elle  est  considérée  dans 

e  11  1    •         AT  1  •      ^A^  ^  l'Éalise    comme 

sa  forme  la  plus  populaire.  Nous  verrons  bientôt  que  tous  ^le  haut 
les  saints  docteurs  étaient  Liturgistes  ;  que  les  écrivains  ^^Xgme!^^ 
ecclésiastiques  qui  les  ont  suivis  cultivèrent  avec  ardeur  la 
science  des  rites  sacrés  ;  que  les  théologiens  scolastiques 
du  moyen  âge  voulurent  aussi  faire  leur  somme  des  mys- 
tères ;  qu'à  l'époque  de  la  Réforme,  l'activité  des  docteurs 
catholiques  se  porta  vers  cette  étude  et  donna,  la  première, 
naissance  aux  Collections  liturgiques  ;  qu'enfin,  chose 
surprenante  pour   plusieurs,    de   savants  protestants,  au 

(i)  Deus,  qui  de  vivis  et  electis  lapidibus  aeternum  majestati  tuae  pré- 
paras habitaculum,  auxiliare  populo  tuo  supplicanti,  ut  quod  Ecclesiae 
tuae  corporalibus  proficit  spatiis,  spiritualibus  amplificctur  augmentis. 
(Missal.  Rom.,  in  Dedicatione  Ecclesiae.  Postcommunio.) 

(2)  Joan.,  VI,  64. 


10  IMPORTANCE   DE   l'ÉTUDE 


INSTITUTIONS    Hsque  d'exposer  l'héritage  de  la  Réforme  aux  invasions 

LITURGIQUES ,  ,  ,     .  . 

de  1  antiquité  ecclésiastique,  ont  cru  aussi,  ont  cru,  comme 


tous  les  anciens  Pères  et  docteurs  catholiques,  qu'il  n'y 
Les  protestants  avait  point  d'étude  complète  du  dogme  chrétien,  si  la  ma- 
confeîsTnt"^?ette  tière  des  Htes  et  des  formules  sacrées   n'était  soigneuse- 
^^^^^^*         ment  explorée,  s'ils  n'interrogeaient  siècle  par  siècle  ces 
livres  papistes  qu'ailleurs  ils  voudraient  donner  comme  un 
instrument  de  corruption  pour   la  doctrine  évangélique. 
On  les  a  vus,  on  les  voit  publier  des  collections,  des  biblio- 
thèques liturgiques,  et  faire  honte  à  plus  d'un  catholique 
par  le  zèle  et  l'importance  qu'ils  mettent  à  de  semblables 
travaux.  Voici  les  propres  paroles    du  célèbre   Pfaff   de 
Tubingen,  dans  une  dissertation  de  Liturgiis,  missalibiis, 
agendis  et  libris  ecclesiasticis  Ecdesiœ  orientalis  et  occi- 
dentalisa placée  à  la  suite  de  ses  Institutions  d'histoire 
Témoignage     ecclésiastiaue  :    «   Comme  les  livres   ecclésiastiques,  les 

de  Plaft  ^  ^  ^ 

de  Tubingen.  «  Liturgies,  et  ceux  que  l'on  nommxe  Agenda^  sont  revêtus 
«  d'une  autorité  publique  et  de  l'approbation  de  l'Église 
«  entière  qui  en  fait  usage  ;  comme  ces  Liturgies  très- 
ce  anciennes,  qui  ont  régné  et  régnent  encore  dans  l'Église 
«  orientale  et  occidentale,  ont  emprunté  beaucoup  de 
«  choses  des  temps  apostoliques  ;  comme  enfin  le  culte 
ce  public  lui-même  ne  peut  dériver  d'une  autre  source  que 
c(  de  ces  mêmes  Liturgies,  il  est  aisé  de  voir  que  leur 
ce  étude  ne  saurait  manquer  de  jeter  un  grand  jour  sur 
ce  toute  l'histoire  ecclésiastique,  principalement  sur  la 
ce  partie  dogmatique  et  rituelle,  et  qu'elle  est  propre  non- 
ce seulement  à  repaître  la  curiosité  des  érudits,  mais  à 
V  remplir   leur    esprit   d'excellentes    observations   (i).  » 

(i)  Cum  libri  ecclesiastici,  Liturgiae,  atque  agenda  quae  vocant,ecclesias- 
tica  publica  auctoritate,  atque  approbatione  totius,  ubi  quidem  eorum 
•est  usus,  ecclesiae  gaudeant,  cum  etiam  antiquissimce  illae,  quae  in  eccle- 
sia  orientali,  atque  occidental!  olim  viguere,  atque  etiam  nunc  vigent, 
liturgiae  ex  apostolicis  temporibus  multa  trahant  ;  cum  denique  non  nisi 
ex  liturgiis  cultus  publici  ratio  derivari,  atque  erui  possit,  facile  est 
perspiccre  magnam  easdem  lucem  omni  historiae   ccclesiasticae,   maxime 


DE   LA   LITURGIE.  I  I 

Plus  loin,  il  recommande  la  lecture  des  livres  du  cardinal       ^  partie 

^  CHAPITRE   II 

Bona,  sur  les  matières  liturgiques,  comme  présentant  le 
plus  haut  intérêt  scientifique,  et  finit  en  disant  que  la  théo- 
logie polémique  elle-même  ne  saurait  se  passer  de  ce  genre 
d'études  accessoires  (i). 

Qu'il  nous  soit  donc  permis  d'indiquer  ici  cette  lacune    Un  enseigne- 

^-  .  ,  ,   .        .  .     ment  spécial  de 

fâcheuse  que  laisse,  dans  l'enseignement  ecclésiastique  de      la  Liturgie 

,,    ,  1         /      j         T  •  /    •    1  indispensable 

notre  pays,  labsence  des  études  liturgiques  spéciales,  et  dans 

,,,  ,  1  .  ,      .       .  •      •        ,     o  '      •       •        les  séminaires. 

d  émettre  le  vœu  devoir  nos  séminaires  imiter  le  bemmaire 
romain  et  la  plupart  des  principaux  séminaires  d'Italie, 
dans  lesquels  la  jeunesse  cléricale  se  livre,  sous  la  direction 
d'un  professeur,  à  l'étude  d'Institutions  liturgiques  plus 
ou  moins  complètes.  L'intelligence  du  dogme  catholique  y 
gagnera  ;  la  science  du  droit  canonique,  qui  a  tant  de  points 
de  contact  avec  la  Liturgie,  en  tirera  de  grands  avantages  ; 
l'histoire  ecclésiastique  enfin  sera  mieux  comprise  et  plus 
attrayante,  du  moment  que  la  tradition  des  rites  sacrés  qui 
y  occupe  une  si  grande  place,  sera  mieux  connue  et  mieux 
appréciée.  Ces  études  d'antiquité  et  d'archéologie,  qu'on 
semble  vouloir  introduire  en  plusieurs  lieux  avec  un  zèle 
si  louable,  prégarées  par  la  ^cience  au  moins  générale  de 
l'histoire  ecclésiastique,  obtiendraient  des  résultats  véri- 

vero  dogmaticas,  et  rituali  afferre,  nec  saltem  curiositatem  eruditorum 
pascere,  sed  et  praeclaris  egregiisque  observationibus  animum  imbuere. 
{Disquisit.  de  litiirg.,  missalibus,  etc.  Tubingae^  1721.) 

(i)  Porro  quEenam  veteris  ecclesias  de  sacramentis  singulis  doctrina 
exstiterit  ex  his  maxime  tanquam  ex  earum  fontibus  discere  nos  oportet, 
nec  inane  hoc  est,  quod  jam  diximus,  veteres  liturgias  egregiis  quoque 
observationibus  asceticis,  atque  haud  temnenda  pietate  animum  imbuere; 
quod  qui  inficiari  audet,  légat,  quaesumus,  liturgias  graecas,  légat  eam 
quae  in  Constitutionibus  Apostolicis  exstat,  légat  Chrysostomianam,  légat  et 
Joannis  Bonae  libros  quibus  res  liturgicas  veteres  isexplicavit,  egregiisque 
animadversionibus  adspersit.  Denique  ad  theologiam  polemicam  solidius 
tractandam  hoc  studium  vel  maxime  pertinet,  Ita  qui  de  cultu,  et  invo- 
catione  sanctorum  accùrati  quid  dare  tentaverit,  sine  veterum,  recentio- 
rumque  liturgiarum  inspectione  nihil  egregii  efficiet.  Idem  de  cultii  ima- 
ginum  et  reliquiarum  Beatae  Virginis  Deiparae  dictum  esto.  (Ibidem,  In 
Epimetro,  pag.  72.) 


I  2  IMPORTANCE   DE   L  ETUDE 

INSTITUTIONS    tablcs,  du  moment  qu'elles  seraient  éclairées  par  la  connais- 
MTURGiQUEs  _  ^^^^^  ^^  ^^^  iTiinutieuse   peut-être,  mais    indispensable, 

des  formules  et  des  symboles  du  culte  divin,  depuis  l'ori- 
gine du  christianisme  jusqu'au  temps  présent.  Enfin  Pesprit 
L'esprit  de  foi   de  foi,  si  précieux  dans  la  dispensation  des  dons  célestes, 
y  trouverait     ^^^^    j^  garde   du   sanctuaire,    dans    la  célébration   des 
aliment.       pompes    sacrées,    prendrait  de  nouveaux  accroissements 
et  produirait  des  fruits  d'autant  plus  durables,  que  l'étude 
et  la  science  de  la  Liturgie  est,  de  toutes,  celle  qui,  présen- 
tant pour  objet  direct  et  immédiat  les  choses   de  Dieu, 
permet  le  moins  à  l'homme  de  perdre  de  vue  les  choses 
surnaturelles,  dont  l'attrait  seul  peut  faire  entreprendre  ce 
genre  de  labeur  :  mais  nous  aurons  ailleurs  occasion  de 
développer  ces  considérations. 
L'étude  de  la        L'étude  de  la  Liturgie  n'est  pas  seulement    nécessaire 
nécessafreà     aux   clercs  ;  sans  elle,   il  est  impossible  aux  savants  qui 
'historien  et  a  g^occupent  d'explorer  et  de  raconter  les  mœurs  des  diverses 

1  antiouaire.  ir  x  ^ 

sociétés  européennes,  depuis  la  prédication  de  l'Evangile, 
il  leur  est  impossible  de  faire  un  pas  sans  tomber  dans  des 
méprises  de  plus  d'un  genre,  de  ne  pas  perdre  une  multi- 
tude d'observations  précieuses  qui  jetteraiqjat  une  grande 
vérité  et  un  plus  grand  intérêt  sur  leurs  récits,  ou  sur  leurs 
tableaux.  Malheureusement,  cet  inconvénient  est  peu  senti, 
et  si  la  fureur  du  moyen  âge  qui  possède  tous  les  esprits 
n'est  pas  parvenue  encore  à  faire  apprendre,  d'une  étude 
même  désintéressée,  le  catéchisme  des  peuples  dont  on 
raconte  les  croyances,  il  faut  convenir  aussi  qu'il  n'était 
guère  à  espérer  que  l'on  eût  la  patience  de  pénétrer  le 
mystère  de  leurs  rites  et  de  leurs  formules  sacrées.  C'est 
un  zèle  qu'on  peut  avoir,  quoiqu'avec  des  résultats  beau- 
coup moins  faciles  et  beaucoup  moins  certains,  quand  il 
s'agit  des  mystères  et  des  croyances  de  l'Inde,  delà  Perse, 
ou  de  l'Egypte.  Pour  l'Occident,  il  est  vrai,  on  cite  fastueu- 
sement  l'ouvrage  de  D.  Martène,  De  Antiquïs  Ecdesiœ 
ritibiis  ;  mais  les  applications  qu'on  fait  des  richesses  que 


I    PARTIE 
CHAPITRE  II 


DE   LA    LITURGIE  l3 

renferme  ce  trésor  sont  loin  de  répondre  à  la  bonne  volonté 
qu'on  déploie.  Toute  science,  en  général,  est  rebelle  à  qui 
ne  Ta  pas  étudiée,  et  celle  des  rites  catholiques  demande 
par-dessus  tout  une  application  profonde  et  non  partagée, 
puisque  tout  y  est  à  la  fois  ou  mystique,  ou  positif.  Entre- 
voir une  certaine  couleur  générale  de  haute  et  gracieuse 
poésie,  construire  sur  ces  éléments  un  récit  plus  ou  moins 
agréable,  c'est  chose  facile,  puisque  c'est  chose  super- 
ficielle ;  mais  la  science  n'est  pas  là.  Les  populations  dont 
vous  dépeignez  les  mœurs  n'auraient  peut-être  pas  comme 
vous  analysé  toute  cette  poésie  ;  mais  elles  savaient  pour- 
quoi elles  agissaient,  quelles  croyances  elles  exprimaient 
dans  tel  ou  tel  symbole  ;  et  vous,  vous  ne  le  savez  pas, 
faute  de  connaître  l'économie  si  vaste  et  si  populaire  du 
catholicisme. 
Si  l'étude  de  la  Liturgie  est  nécessaire  à  l'historien  de    Elle  s'impose 

V  11        •  .  11  T.  .        ^    1,        .  également 

mœurs  et  a  lantiquaire,  elle  ne  1  est  pas  moms  a  1  artiste,  aux  artistes, 
Mais  qui  sait  aujourd'hui  que  tous  les  arts,  architecture, 
peinture,  sculpture,  musique,  sont  tributaires  de  la  Litur- 
gie, et  par  elle  du  catholicisme  ?  Quel  artiste  le  sait,  hors 
Cornélius  et  Overbeck  en  Allemagne,  et  quelques  jeunes 
talents  méconnus  en  France  ?  Cependant  la  Liturgie  seule 
a  le  secret  de  la  construction  des  temples  ;  elle  seule  sait  architectes, 
combien  de  mystères  devront  exprimer  les  portes,  les  fenê- 
tres, les  colonnes,  les  chapelles,  les  tours  ou  flèches,  les 
distributions  de  l'édifice.  Elle  seule  sait  et  peut  dire  au 
peintre  sous  quels  emblèmes  fixés  par  les  décrets  ecclésias-  peintres, 
tiques  les  mystères  doivent  être  représentés,  avec  quels 
attributs  les  saints  et  les  saintes  seront  reconnus  tout 
aussitôt  et  invoqués  par  la  foi  des  fidèles.  Elle  seule  peut 
lui  faire  éviter  ces  hideux  anachronismes  de  costume  sacer- 
dotal, que  l'on  voit  pompeusement  étalés  sur  les  grandes 
toiles  qui  encombrent  les  églises  de  la  capitale,  ou  les 
salles  de  l'exposition  annuelle  ;  anachronismes  quelquefois 
d'autant  plus  risibles,  qu'ils  sont  les  résultats  d'une  étude 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


ii' 


musiciens. 


14  IMPORTANCE   DE    L  ETUDE 

mal  digérée.  Elle  seule  peut  lui  apprendre  la  tradition  si 
riche  et  si  importante  des  couleurs,  l'expression  que  donne 
le  contact  des  mystères  divins  (i).Elle  seule  peut  révéler 
sculpteurs,     au  sculpteur  ces  détails  de  pose,  ces  agencements  de  dra- 
peries, le  secret  de  ces  groupes  mystérieux  qui  se  forment 
dans  la  célébration  des  rites  sacrés,  ces  convenances  de 
lieu  et  d'objet  dont  l'appréciation  préviendrait  ces  malen- 
tendus dont  on  ne  s'aperçoit  quelquefois  que  lorsqu'un  objet 
de  sculpture,  après  avoir  coûté  beaucoup  de  dépense  et  de 
travail,  est  trouvé  incapable  de  remplir  la  fin  à  laquelle  on 
l'avait  destiné.   Elle  seule  peut  révéler  au  musicien  ces 
ineffables  mélodies  grégoriennes  qui  sont  à  la  fois  l'unique 
reste  de  cette  musique  antique,  dont  on  raconte  tant  de 
merveilles,  et  le  produit  de  la  plus  noble  et  de  la  plus  su- 
blime inspiration  catholique  ;  motifs  admirables  dont  on 
ne  s'est  écarté  que  pour  tomber  dans  le  barbare,  en  croyant 
pouvoir  substituer  des  mélodies  tout  aussi  aisément  qu'on 
substituait  des  formules  nouvelles  aux  formules  de  l'anti- 
quité, ou  pour  se  jeter  dans   un  genre  tout  profane  qui 
forme  le  contraste  le  plus  révoltant  avec  la  sainteté  du  lieu, 
la  majesté  des  paroles  et  la  religion  des  mystères  ;  si  ce 
n'est  que  d'autres  fois  on  aime  mieux  composer  patiemment 
et  exécuter  de  même  des  morceaux  insignifiants  et  dépour- 
vus d'un  sens  quelconque,  à  la  condition  que  l'accord  sera 
parfait  et  que  la  mesure  ne  manquera  pas. 
s'esUmera^h  ^^^  étude  attentive  de  la  Liturgie  eût  prévenu  et  pré- 

reux  viendrait  tous  les   jours,  dans  tous  les  genres,  bien  des 


(i)  On  peut  lire  sur  ce  sujet  les  excellentes  remarques  de  M.  le  comte 
de  Montalembert  sur  la  perte  absolue  de  l'art  catholique  en  France,  dans 
son  admirable  introduction  aux  Monuments  de  sainte  Elisabeth.  Seule- 
ment, nous  le  prierons  d'ajouter  à  l'énumération  des  tableaux  étranges 
qu'il  signale  dans  les  églises  de  Paris,  certaine  toile  à  la  Sorbonne  sur 
laquelle  est  représenté,  près  de  Robert  Sorbon,  un  mo'inQ  habillé  de  vert, 
la  seule  de  toutes  les  couleurs  que  jamais  aucun  ordre  religieux  n'ait 
adoptée.  Les  traditions  sont  déjà  si  loin  de  nous  que  nous  ne  nous  flattons 
pas  que  tous  les  lecteurs  comprennent  toute  l'étendue  de  cette  bévue. 


DE   LA   LITURGIE  l5 

erreurs  :  et  quelle  que  soit  Texiguïté  de  notre  talent  et  de       i  partie 


CHAPITRE  II 

nos  connaissances  en  cette  matière,  nous  n^estimerons  pas 
avoir  perdu  notre  temps  en  composant  cet  ouvrage,  si  nous 

111  •     j-iT'  *      ^     s'il  parvient  à 

parvenons  a  troubler  quelque   peu  une  maiiierence  trop  réveiller  l'atten- 
longtemps  prolongée,  à  réveiller  quelques  hommes  et  à  leur    ^^°  VJrfe^^'^^ 
faire  apercevoir  une  science  riche  et  féconde  là  où  jusqu^ici  ^^^^f|^ond?^  ^^ 
ils  n^avaient  pas  soupçonné    matière  à   une    application 
sérieuse.  Il  nous  reste  à  poser,  à  discuter,  à  établir  beau- 
coup de  principes,  quelques-uns  peut-être  assez  sévères  ; 
nous  procéderons  dans  ce  travail  avec  franchise,  et,  s'il  plaît 
à  Dieu,  sans  perdre  de  vue  un  intant  les  principes  de  F  Eglise 
sur   une  matière   aussi  importante.  Mais,  comme   nous    Une  histoire 

.      .  sénérale 

avons  déjà  été  à  même  d'éprouver  que,  faute  d'éclaircis-   de  la  Liturgie 

i  .  1     r  •      1        '    •^''  1  ^-^  point  de  départ 

sements  sur  les  questions  de  fait,  la  vente  sur  les  matières  nécessaire  de 
liturgiques  pouvait  être  quelquefois  objet  de  contestation,  i  ouvrage, 
nous  avons  cru  devoir  placer  en  tête  de  la  discussion  une 
histoire  générale  de  la  Liturgie  ;  nous  n'aurons  plus  alors 
qu'à  procéder  par  voie  de  corollaires  ou  d'applications. 
Nous  nous  flattons  qu'on  rendra  justice  aux  efforts  que 
nous  avons  faits  pour  nous  mettre  en  état  de  traiter  d'une 
manière  neuve  des  sujets  qui,  pour  être  aujourd'hui  assez 
généralement  ignorés,  n'en  ont  pas  moins,  dans  tous  les 
siècles  précédents,  comme  on  le  verra,  occupé  une  grande 
place  dans  la  science  ecclésiastique.  Il  est  bien  entendu 
que,  dans  ce  coup  d'oeil  historique  qui  va  suivre,  nous 
nous  arrêterons  seulement  aux  faits  généraux,  et  à  ceux  des 
faits  particuliers  qui  sont  nécessaires  pour  mettre  le  lec- 
teur à  portée  de  saisir  un  ensemble.  Les  questions  de  détail 
seront  traitées  à  leur  place  dans  les  volumes  suivants, 
d'après  l'ordre  que  les  matières  présenteront  successive- 
ment d'elles-mêmes. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE   III 


ÉTAT  DE  LA  LITURGIE  AU  '  TEMPS  DES  APOTRES 


Le  principe        La  Liturgie  est  une  chose  si  excellente,  que,  pour  en 

Liturgfe  est  en  trouver  le  principe,    il  faut  remonter  jusqu'à  Dieu  ;  car 

^^^'         Dieu,   dans  la  contemplation  de  ses  perfections  infinies, 

se  loue  et  se  glorifie  sans   cesse,   comme  il   s'aime  d'un 

amour    éternel.    Toutefois    ces    divers   actes  ^accomplis 

dans  l'essence  divine^  n'ont   eu   d'expression   visible    et 

véritablement  liturgique  que  du  moment  où  une  des  trois 

Personnes  ayant  pris  la  nature  humaine,  a  pu  dès  lors 

rendre  les  devoirs  de  la  religion  à  la  glorieuse  Trinité. 

Le  Verbe  Dieu  a  tant  aimé  le  monde,  qu'il  lui   a  donné  son   Fils 

incarnévenu  sur 

la  terre  pour    Unique   (i)    pour   l'instruire  dans  l'accomplissement    de 

instruire         ,,  iv         •  a        -  .      /    ,  /  ' a  ' 

le  monde  dans  1  œuvre  liturgique.  Apres  avoir  ete  annoncée  et  préfigurée 

plissement"  de  pendant  quarante  siècles,  une  prière  divine  a  été  offerte, 

litur^rJuc,  la    ^^  sacrifice  divin  a  été  accompli,  et,  maintenant  encore  et 

éternellement   1^^^^^  ^^^^s  l'éternité,  l' Agneau  immolé  dès  le  commen- 

au  Ciel.       cément  du  monde  s'offre   sur   l'autel  sublime  du  ciel   et 

rend  d'une  manière  infinie  à  l'ineffable  Trinité  tous  les 

devoirs  de  la  religion,  au  nom  des  membres  dont   il  est  le 

Chef,  lesquels  confessent ^  supplient  et  glorifient  avec  lui, 

par  la  vertu  du  divin   Esprit   qui,   les   animant  de  son 

souffle  (2)  et  les  couvrant  de  son  ombre  (3j,  forme   en  eux 

cet  inénarrable  gémissement  (4}  qui  retentit  doucemeftt 

dans  les  cœurs. 

(1)  Joan.,  m,  i6.  —  (2)  Psalm.  XXXII,  6.  —  (3)  Luc,  i,  35.  —  (4)  Rom., 
vm,  26. 


ÉTAT  DE  LA  LITURGIE  AU  TEMPS  DES  APOTRES     ly 

Infiniment  au-dessous  de  TAffneau,  mais  incomparable-        ^  partie 

<~>  '  -L  CHAPITRE  III 

ment  au-dessus  de  toute  autre  créature,  Marie,  mère  de 

Dieu,  assistant  en  corps  et  en  âme,  afin  que  rien  ne  man-  La  vierge  Marie, 

que  à  la  plénitude  de  son  expression  liturgique,   offre  à 

Dieu  la  prière  la  plus  pure  et  la  plus  complète  après  celle 

du  Fils  de  Dieu,  auprès  duquel  elle  introduit  les  vœux  de 

la  création,  les   complétant  de   sa  perfection  propre,  les 

rendant  agréables  de  sa  faveur  toujours  agréée. 

Les    chœurs  des  esprits  angéliques   célèbrent  aussi  la  les 

louange  de  Dieu.  Ils  ne  cessent  de  crier  alternativement  :      angéliques, 
Saint  y  saint,  saint!  Ils  rendent  tous  les  devoirs  de  la  reli- 
gion pour  eux-mêmes,  et  aussi  pour  le  reste  de  la  création, 
particulièrement   pour   les    hommes    auxquels    Dieu    a, 
comme  à  eux,  confié  Fhonneur  de  son  service  (i). 

Les  hommes  élus  et  glorifiés,  les  saints^  établis  dans  une  les 

1  •  r-^j  ^  ..J1*  u^^  •!     Saints  s'unissent 

harmonie  parfaite  de  grâce  et  de  gloire,   chantent  aussi  la      au  Verbe 
divine  louange,  continuant  d'un  ton  plus  fort  et  plus  mélo-   reïdre^\^Dieu 
dieux  encore  leurs  cantiques  de  la  terre,  et,  afin  que  rien     ^Y  T^  ^^^^ 

^  ?        ?  T.  les  devoirs 

ne  manque  aux  conditions  de  leur   Liturgie,  ils  repren-   ^^  ^^  religion. 
dront  un  jour  leurs  corps  pour  lui  pouvoir  donner  une 
forme  visible. 

L'Église  militante  enfin  loue  Dieu  avec  TAgneau  qui  est       L'Église 
son  époux  et  sur  lequel  elle  est  appuyée  (2)  ;  avec  Marie,    asTociéeTce 
qui  est  sa  miséricordieuse  reine  ;  avec  les   anges,   qui  la  ^^^^^  concert. 
gouvernent  sous  Pœil  du  Très-Haut  ;  avec  les  saints,  qui 
Taiment  toujours  d'une  tendresse  filiale,  et  la  tirent  d'en 
haut  ;  enfin  dans  cette  demeure  mortelle  où  la  retiennent 
les  décrets  divins  et  qu'elle   est  appelée  à  sanctifier,   elle 
remplit  admirablement  toutes  les  conditions  de  la  Liturgie, 
ainsi  que   nous  le  ferons  voir  en  détail  dans  ces  Institu- 
tions. 

Mais  suivons  d'abord   les  principes  et  les  développe- 

(i)  Deus    qui    miro     ordine  angelorum   ministeria   hominumque  dis- 
pensas, etc.  Missal.  Rom.  in  dedicatione  et  apparitione  S.  Michaelis. 
(2)  Gant.,  VIII,  5. 

T.    I  2 


l8  ÉTAT    DE    LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS    mcnts  de  cette  Liturgie  sous  ses  formes  générales.  Recon- 

LITURGIQUES  .,..,, 

~  naissons  d'abord  que  le  monde  n  a  jamais  ete  sans  elle  : 

La  Liturgie     Car,  comme  rÉglise  date  du  commencement  du  monde, 
^^"^datedu^  ^^^  suivant  la  doctrine  de  saint  Augustin  (i),  la  Liturgie  date 
'"^ck^momi^!"^  ^^^  ^^  même  commencement.  En  effet,   Phomme  n'a  point 
été  sans  connaître  Dieu  qui  se  révéla  à  lui  tout  d'abord; 
or,  connaissant  Dieu,  il  n'a  point  été  sans  l'adorer,  sans 
le  supplier,  sans  célébrer  ses  grandeurs  et  ses  bienfaits,  et 
ces  sentiments  n'ont  point  non  plus  été  dans  l'homme  sans   |j 
se  produire  par  des  paroles  et  des  actes. 
Dieu  daigna         Dieu  daigna  révéler  ces  formes  de  la  Liturgie,  comme 
révéïeriui-même  il  donna  à  l'homme  la  pensée,    comme  il  lui   donna  la 
indiquéeT%r  parole,  comme  il  se  manifesta  à  lui  en  qualité  d'auteur  de 
les  sacrifices  de  j    nature  et  d'auteur  de  la  srâce  et  de  la  sloire.  Aussi 
et  d'AbeL      voyons-nous,   dès   l'origine,    la  Liturgie  exercée  par  les 
premiers  hommes  dans  le  principal  et  le  plus  auguste  de 
•ses  actes,  le  sacrifice.  Malgré  la  différence  de  leurs  hosties, 
et  par  la  raison  de  cette  différence  même,  Gaïn  et  Abel 
attestent  dans  leurs  offrandes  diverses  un  ordre  préétabli, 
un  rite  commun,  quoique  le  sacrifice  du  second  soit  san- 
glant et  que  l'offrande  du  premier  ne  le  soit  pas.  * 
Énos  enrichit        Bientôt,  à  Cette  même  époque  antédiluvienne,  si  riche 
formes        ^^  Communications  divines,  nous  lisons  d'Enos,  homme 
primitives,     j^^^^  ^^  serviteur  de  Dieu,  qu'il  commença  d'invoquer  le 
nom  du  Seigneur  (2),  c'est-à-dire,  comme  l'ont  entendu  les 
Pères  ,  à   enrichir  de   développements  plus  vastes  cette 
première  forme  qui  remontait  au  jour  même  de  la  création 
de  l'homme.  Durant  cette  période,  le  sacrifice  persévéra 
toujours  ;  car  Noé,  au  sortir  de  l'Arche,  pendant  que  l'arc 
du  Seigneur  resplendissait  à  l'horizon,  immola  en  action 

(i)  Ipsa  res  quœ  nunc  christiana  religio  nuncupatur  erat  et  apud  anti- 
ques, nec  defuit  ab  initio  generis  humani,  quousque  ipse  Christus  veniret 
in  carnem,  unde  vera  religio  quae  jam  erat  cœpit  appellari  christiana. 
(S.  August.,  Retract.,  lib.  I,  cap.  xiii,  n.  3,  tom.  I,  col.  19.) 

(2)  Gen.,  IV,  26. 


AU  TEMPS   DES   APOTRES 


19 


de  ffrâces  plusieurs  des    animaux   purs   que,  dans  cette       ^  partie 

^  ^  .  .  /  CHAPITRE    III 

intention  même,  Dieu  avait  ordonné  de  conserver  en  plus 

grand  nombre  (i). 

Ainsi  le  principe  liturgique  avait  été  sauvé  du  redoutable  La  Liturgie  des 

,  ...  .  .      ,        ,  ,  premiers 

cataclysme  qui  engloutit  pour  jamais  la  plupart  des  souve-     patriarches 

1  •  j         -1  '      ^  11  survivant  au 

nirs  de  ce  premier  monde;  il  survécut  avec  le  langage,        déluge 
avec  les  traditions  sacrées  des  patriarches.  Nous  en  voyons  ^^^AbraSam^^^ 
de  fréquentes  applications  dans  les  pages  si  courtes  du    ^^^^^'  Jacob, 
récit  antémosaïque.   Abraham,  Isaac,  Jacob,  offrent  des 
sacrifices  d'animaux  (2)  ;  ils  dédient  au  Seigneur  les  lieux 
où  ils  ont  senti  sa  présence  (3)  ;  ils  élèvent  des  pierres  en 
autel  (4)  ;  ces  pierres,    comme   aujourd'hui,    ont   besoin 
d'être  inondées  d'huile  pour  devenir  dignes  de  recevoir  la 
majesté  de  Dieu  (5)  ;   et  non-seulement  l'autel  paraît,  mais 
le  sacrifice  futur  est  montré  de  loin.  Tout  à  coup,  un  Roi 
Pontife,  tenant  en  ses  mains  le  pain  et  le  vin,   offre  une 
hostie  pacifique  (6),  et  avec  tant  de  vérité,  que  la  mémoire 
de  son  sacrifice  et  de  sa  consécration  demeure  pour  être  Le 

invoquée  mille  ans  après,  par  un  autre  prophète-roi,  mais    Meichisédech. 
non  plus  pontife,  comme  type  du  sacerdoce  et  du  sacrifice 
du  Messie  à  venir. 
Durant  toute  cette  époque  primitive,  les  traditions  litur-    La  précision 

^  ,  .        .  .  ,    .  invariable    des 

giques  ne  sont  point  flottantes  et  arbitraires,  mais  précises        formes 
et  déterminées  :  elles  se  reproduisent  toujours  les  mêmes,  prouve^^qu'eîies 
On  voit  clairement  qu'elles  ne  sont  point  de  l'invention  de    imposéeïVr 
l'homme,  mais  imposées  par  Dieu  lui-même  :  car  le  Sei-      ,  P^^}^ 
gneur  loue  Abraham  d'avoir  gardé  non-seulement  ses  lois 
et  ses  préceptes,  mais  encore  ses  cérémonies  (7). 

La  loi  mosaïque  fut  ensuite  promulguée  en  son  temps,  à 
l'effet  de  donner  une  forme  plus  précise  encore  et  plus 

\  (i)Gen,  VIII, 20.  —  (2)  Gen.,  xv,  9;  xxii,  i3.-t- (3)  Gen.,  xii,7,  8;  xxvi,25 
xxviii,  16;  xxxii,  3o.  —  (4)  Gen.,  xxviii,  i8,  22;  xxxiii,  20.  —  (5)  Gen., 
xxviii,  18;  XXXI,  i3;  xxxv,    14.  —  (6)  Gen.,  xiv,  18. —  (7)  Eo  quod  obe- 
dierit  Abraham  voci  meœ,  et    custodierit  praecepta  et   mandata  mea,  et 
cceremonias  legesque  servaverit.  (Gen.,  xxvi,  5.) 


lui-même. 


20  ÉTAT   DE   LA    LITURGIE 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Dieu 


I 


solennelle  à  la  Liturgie,   de  créer  un    corps  de  Prêtres 
présidé  par  un  Pontife  souverain,  de  fixer,  au  moyen  de 
règlements   écrits,   des  traditions  jusqu^alors   conservées 
''1ès  rit^^s""'''  pures,  mais  dont  la  défection  générale  des  peuples  mena- 
riturg'iques  de       •   rintéffrité.  Toutefois,  avant  que  Moïse  montât   sur  le 

l'Ancienne       yaiu  i  mt   g,  i    •       J!'•^   v  \  „^^n^^   r^o^rQ] 

Alliance.  ginaï,  OU  il  devait  recevoir  cette  loi,  de)a  1  Agneau  pascal 
avait  été  immolé  au  milieu  des  rites  les  plus  mystérieux,  et 
déjà  le  chef  des  Hébreux  avait  chanté  Thymne  du  passage 
de  la  mer  Rouge,  pendant  que  Marie,  à  la  tête  du  chœur  l| 
des  vierges  dlsraël,  raccompagnait  du  son  des  instru- 
ments sacrés. 

Dieu  parle  donc  et  révèle  cet  ensemble  de  rites  dans 
lequel  on  voit  figurer  en  un  ordre  admirable  les  diverses 
espèces  de  sacrifices,  les  expiations,  Toffrande  des  prémices,^ 
le  feu  sacré,  les  thurifications,  les  habits  sacerdotaux,  etc..^ 
La  Liturgie  sort  de  Tenfance  et  passe  à  son  âge  inter- 
médiaire, durant  lequel  elle  ne  devait  plus  être  exercée 
sous  une  forme  simplement  domestique,  mais  sous  une 
forme  plus  sociale,  au  moyen  d^une  tribu  sacrée  ;  mais, 
-  d'autre  part,  ses  symboles,  si  riches  quHls  fussent,  ne 
devaient  pas  renfermer  les  réalités  qu'ils  signifiaient.  Le 
développement  de  ce  magnifique  tableau  n'entre  point 
dans  notre  plan  ;  de  nombreux  et  savants  commentateurs 
s'en  sont  occupés  dans  des  ouvrages  spéciaux  que  tout  le 
monde  peut  consulter. 
La  tradition  D'ailleurs  le  Lévitiquê  ne  renfermait  pas  tous  les  détails 
lesTgies  rituels  du  culte  mosaïque,  non  plus  que  les  tables  de  la 
îeTiW^r'Slain^s!  1^  toutes  les  croyances  du  peuple  de  Dieu.  Beaucoup  de 
particularités  liturgiques  se  conservaient  par  la  tradition  ; 
tels  sont  le  rite  du  cantique  des  degrés  (i),  la  prière  sept 
fois  le  jour  et  au  milieu  de  la  nuit  {2),  l'onction  des  rois  (3), 
et  mille  autres  faits  épars  dans  les  livres  historiques  et 
prophétiques  de  l'Ancien  Testament. 

(i)  Psalm.  CXIX.  —  (2)  Psalm.  CXVIII.  —  (3)  I  Reg.,  x,xvi. 


AU   TEMPS   DES   APOTRES  21 

Nous  ne  devons  pas  manquer  de  signaler  aussi  ce  phé-        ^  partie 

i^  ^  C>  r  CHAPITRE  III 

nomène  si  remarquable,  qui  surprend  dès  l'abord  Tobser- 

vateur    des  anciennes  religions,  savoir,   la  ressemblance       Analogie 

,       ,  des  formes  du 

frappante  des  formes  religieuses  employées  par  la  plupart    culte  chez  les 
des  peuples  Gentils  avec  les   rites    liturgiques  du  peuple   avec  lesMtes 
Israélite.    Ce   fait  est  incontestable,   et,    ainsi    qu'on  Ta    des^HéSeux. 
remarqué  il  y  a  longtemps,  il  a  contribué  puissamment  à 
préparer  les  voies  à  l'établissement  du  culte  chrétien,  soit 
■  qu'on  l'explique,  avec  la  plupart  des  anciens  Pères,  par 
une  suite  de  communications  de  ces  peuples  avec  les  Juifs, 
soit  qu'on  le  considère  comme  un  débris  des  traditions 
patriarcales  dont  le  culte  mosaïque  n'était   qu'un  vaste 
développement. 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  plénitude  des  temps  étant  venue,  le  Le 

VERBE  SE  FIT  CHAIR  ET  HABITA  PARMI  NOUS  :  il  Se  donna  à  POÎV^         accomplit 

7  V  T  1  /    N  1  11-1^^  perfectionne 

a  entendre,  a  toucher  aux  nommes  (i),  et,  descendu  du  ciel    les  traditions 

/        j  j  .  ,.,,..,.  liturgiques. 

pour  créer  des  adorateurs  en  esprit  et  en  vente  (2),  il  vint, 
non  détruire,  mais  accomplir  et  perfectionner  les  tradi- 
tions liturgiques  (3).  Après  sa  naissance,  il  fut  circoncis, 
offert  au  temple,  racheté.  Dès  Tâge  de  douze  ans,  il  accomplit 
la  visite  du  temple,  et,  plus  tard,  on  l'y  vit  fréquemment 
venir  offrir  sa  prière.  Il  remplit  la  carrière  du  jeûne  de 
quarante  Jours  ;  il  sanctifia  le  sabbat  ;  il  consacra  par  son 
exemple  la  prière  nocturne.  A  la  dernière  cène,  où  il 
célébra  le  grand  Acte  liturgique,  et  pourvut  à  son  accom- 
plissement futur  jusqu'à  la  fin  des  siècles,  il  préluda  par 
le  lavement  des  pieds  que  les  Pères  ont  appelé  un  mystère, 
et  termina  par  un  hymne  solennel,  avant  de  sortir  pour 
aller  au  mont  des  Oliviers.  Peu  d'heures  après,  sa  vie 
mortelle,  qui  n'était  elle-même  qu'un  grand  acte  litur- 
gique, se  termina  dans  l'effusion  du  sang  sur  l'autel  de  la 
croix;  le  voile  de  l'ancien  temple  se  déchirant,  ouvrit 
comme  un  passage  à  de  nouveaux  mystères,  proclama  un 

(i)  I  Joan.,  I;  I.  —  (2)  Joan.,  iv,  23.  —  (3)  Matth.,  v,  17, 


22  ÉTAT   DE   LA  LITURGIE 

INSTITUTIONS    nouvcau  tabernacle,   une   arche   d'alliance   éternelle,    et 
LITURGIQUES  _  j^^^j^^^^jg  j^  Llturgle  commença  sa  période  complète  en 

tant  que  culte  de  la  terre. 

La  Liturgie         Car  le  sacrifice  ne  cesse  pas  en  ce  jour,  bien  qu'il  soit 

Tnsiftudon'   consommé.  Du  lever  du  soleil  à  son  couchant  (i),  il  devient 

'rftabie       perpétuel,  quotidien,  universel  ;  et  non-seulement  le  sacri- 

sacritice  et  des  ^^^  centre  de  la  Liturgie,  reste,  mais  une  nouvelle  nais- 

Sacrements.  ' 

sance  par  Peau  est  offerte  au  genre  humain  ;  la  visite  de 
TEsprit  de  sanctification  est  annoncée,  ses  dons  sont  com- 
muniqués aux  Apôtres  pour  toute  TÉglise  par  Tinsufflation 
et  l'imposition  des  mains.  Enfin,  lorsque  le  Médiateur 
ressuscité  a  employé  quarante  jours  à  instruire  ses  disciples 
de  tout  ce  qui  regarde  le  royaume  de  Dieu  (2),  c'est-à-dire 
l'Église,  lorsqu'il  leur  a  dit  solennellement,  invoquant  la 
puissance  qui  lui  a  été  donnée  au  ciel  et  en  terre:  Allei^bap- 
tiseï  toutes  les  nations  ;  enseignes-leur  à  garder  toutes 
les  choses  que  je  vous  ai  enjointes^  il  les  quitte  en  montant 
au  ciel,  laissant  ouvertes  sur  toutes  les  nations  du  monde 
sept  sources  principales  de  salut  dans  les  sacrements,  dont 
chacun  contient  une  grâce  agissante,  mais  invisible,  en 
même  temps  qu'il  la  signifie  à  l'extérieur  par  les  symboles 
les  plus  précis  et  les  plus  énergiques. 
Le  pouvoir         Jésus-Ghrist  laissa  donc  sur  la  terre  ses  apôtres  investis 

liturciquQ  fondé    ,  .  /  '^  '^    '^  '  '     i     • 

et  déclaré      de  SOU  pouvoir,  euvoyes  comme  il  avait  ete  envoyé  lui- 
TesTpItfeT^  même  (3)  ;  aussi   s'annoncent-ils,   non    pas    simplement 
'j-s     comme  propagateurs  de  la  parole  évangélique,  mais  comme 
ministres  et  dispensateurs  des  mytèrcs  (4).    Le  pouvoir 
liturgique  était  fondé  et  déclaré  perpétuel  pour  veiller  à  la 

(i)  Malach.,  i,  ii. 

(2)  Act.,  i.  S.  Léon  dit  à  ce  sujet  :  a  Non  enim  ii  dies  qui  inter  resurrec- 
tionem  Domini  ascensionemque  fluxerunt  otioso  transiere  decursu  :  sed 
magna  in  his  confirmata  sacramenta,  magna  sunt  revelata  mysteria.  » 
[Senn.  LXXII,  Edit.  Ballerin,  pag.  291.) 

(3)  Joan.  XX,  21. 

(4)  Sic  nos  existimet  homo  u  ministres  Ghristi  et  dispensatores  myst&- 
riorum  Dei.  (I  Cor.,  iv,  i.) 


et  leurs 
successeur 


AU  TEMPS   DES   APOTRES  2f3 


I    PARTIE 
CHAPITRE  III 


garde  du  dépôt  des  sacrements  et  des  autres  observances 
rituelles  que  le  Pontife  suprême  avait  établies,  pour  régler 
les  rites  qui  devaient  les  rendre  plus  vénérables  encore  au 
peuple  chrétien,  pour  étendre  et  appliquer,  suivant  les 
besoins  de  Thomme  et  de  la  société,  cette  grâce  de  sancti- 
fication qu'était  venu  apporter  au  monde  Celui  qui,  comme 
le  chante  PÉglise,  Ôtant  la  malédictiony  a  donné  la  béné- 
diction (i). 

Les  Apôtres  durent  donc  établir  et  promulguer  un  ensem-  Nécessité  pour 

,  ,       ,        .  ,    .  1  .  les  Apôtres 

ble  de  rites,   ensemble  supérieur  sur  tous  les  points  à  la       d'établir 

T  .  .  ..  T^   1    '     •     1         '-11  11  ,.     un  ensemble  de 

Liturgie  mosaïque.   1  el  était  le  génie  de  la  nouvelle  reli-  rites 

j     ^      ^  T    •  •      •  1      j*^        •    ^  pour  la  nouvelle 

gion,  comme  de  toute  religion  ;  car,,  ainsi  que  le  dit  saint  ^    religion. 

Augustin,  «  jamais  on  ne  parviendra  à  réunir  les  hommes 

c(  sous  aucune  forme  ou  appellation  religieuse,  vraie  ou 

ce  fausse,  si  on  ne  les  lie  par  une  association  de  sacrements 

«  visibles  (2).  »  C'est  pourquoi  le  saint  Concile  de  Trente,       Doctrine 

^      •        ^   j  AT-ATTTP  •         j  '    '  •  ^       j        du  Concile  de 

traitant  dans  sa  XXI 1  session  des  cérémonies  augustes  du        Trente 
saint  sacrifice  de  la  messe,  déclare,  avec  toute  Tautorité  de  des^cérémÇni^es 
la  science  et  de  renseignement  religieux,  qu'il  faut  rap-     ^^  ^^  messe. 
porter  à  Viitstitution  apostolique  les  bénédictions  mysti- 
ques, les  cierges  allumés,  les  encensements,  les  habits  sacrés, 
et  généralement  tous  les  détails  propres  à  relever  la  majesté 
de  cette  grande  action,  et  à  porter  Tâme  des  fidèles  à  la 
contemplation  des  choses  sublimes  cachées  dans  ce  profond 
mystère,  au  moyen  de  ces  signes  visibles  de  religion  et  de 
piété  (3). 

(i)  Qui  solvens  maledictionem,  dédit  benedictionem.(In  nativit.  B.M.  V. 
Antiph.  ad  Magnificat\\n  secundis  vesp.) 

(2)  In  nuUum  autem  nomen  religionis,  seu  ve'rum,  seu  falsum  coagu_ 
lari  homines  possunt,  nisi  aliquo  signaculorum  vel  sacramentorum  visibi- 
lium  consortio  coUigentur.  [Lib.  contra  Faustum,  XIX,  cap.  ix.) 

(3)  Caeremonias  item  adhibuit  ecclesia,  ut  mysticas  benedictiones, 
lumina,  thymiamata,  vestes,  aliaque  id  genus  multa,  ex  apostolicâ  disci- 
plina et  traditione,  quo  et  majestas  tanti  sacrificii  commendaretur,  et 
mentes  fidelium  perhaec  visibilia  religionis  et  pietatis  signa  ad  rerumaltis- 
simarum  quae  in  hoc  sacrificio  latent,  contemplationem  excitarentur. 
[Gonc.  Trid.  Sess.  XXII,  cap.  v.) 


24     '  ETAT   DE   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS        Qf  cq  saiiit  Concile  n'était  point  amené  à  produire  cette 
■  LITURGIQUES  __  ^^^^^^'^^  ^^^   quelque  conjecture  incertaine,  déduite  de 

Tertuiiien  prémisses  vagues,  il  parlait  comme  parlaient  les  premiers 

tn'voquenui^  siècles.   Il  iuvoquait  la    tradition  primitive,  c'est-à-dire 

apostolique  apostoUquc^  comme  Pavait  si  éloquemment  invoquée  Ter- 

pour  rendre  tullieu,  dès  le  troisième  siècle,  pour  rendre  raison  de  tant 

raison  '  .         .  -ri' 

de  certains  rites,  de  rites  qui  ne  paraissaient  point  fondes  sur  la  lettre  des 
saints  Évangiles,  tels  que  le  renoncement  au  démon  avant 
le  baptême,  la  triple  immersion,  la  confession  du  baptisé 
dont  elle  était  précédée  ;  la  nourriture  de  lait  et  de  miel 
qu'on  lui  donnait,  l'obligation  de  s'abstenir  du  bain  durant 
la  semaine  qui  suivait  le  baptême  ;  la  communion  eucha- 
ristique fixée  au  matin,  avant  toute  autre  nourriture  ;  les 
oblations  pour  les  défunts  ;  la  défense  de  jeûner  ou  de  prier 
à  genoux,  le  dimanche  et  durant  le  temps  pascal  ;  le  soin 
tout  particulier  des  espèces  consacrées  ;  l'usage  continuel 
du  signe  de  la  croix,  etc.  (i).  Saint  Basile  signale  aussi 
la  même  tradition  comme  source  des  mêmes  observances, 
auxquelles  il  ajoute,  en  manière  d'exemple,  les  suivantes, 
ainsi  de  prier  vers  l'orient,  de  consacrer  l'Eucharistie  au 
milieu  d'une  formule  d'invocation  qui  ne  se  trouve  rap- 
portée ni  dans  saint  Paul,  ni  dans  l'Évangile  ;  de  bénir 
l'eau  baptismale  et  l'huile  de  l'onction,  etc.  (2).  Et  non- 
seulement  saint  Basile  et  Tertuiiien,  mais  toute  l'antiquité, 
sans  exception,  confesse  expressément  cette  grande  règle 
de  saint  Augustin  devenue  banale  à  force  d'être  répétée  : 
Qiiod  universa  tenet  ecclesia,  nec  conciliis  institntum^  sed 
semper  retentiim  est,  non  nisi  aiictoritate  apostolica  tra- 
ditiim  rectissime  creditiir  (3). 

Grotius,  Grabe      C'est  pourquoi  les  protestants  éclairés,  en  dépit  descon- 

et  les  autres         /  i  i      i* 

protestants     sequences  que  les  catholiques  en  peuvent  tirer  contre  eux, 
ne  font  aucune  difficulté  de  rapporter  à  l'institution  apos- 

(i)  Voyez  cet  important  passage  Note  A,  à  la  fin  de  ce  chapitre. 

(2)  Vid.  Ibidem,  Note  B. 

(3)  De  Baptism.  contra  Donat.,  lib.  IV.,  cap.  xxiv. 


éclairés 


AU   TEMPS    DES   APOTRES  25 

tolique  les  rites  qui  accompagnent  la  célébration  des 
sacrés  mystères,  toutes  les  fois  que  ces  rites  présentent  un 
caractère  d^universalité.  Grotius  confesse  franchement 
qu^il  ne  voit  pas  le  plus  léger  sujet  d'en  douter  (T);Grabe 
va  plus  loin  et  déclare  qu'il  ne  comprend  pas  comment  un 
homme  de  sens  se  pourrait  persuader  un  instant  qu'il  en 
pût  être  autrement.  «  Non,  dit-il,  que  je  prétende  adjuger 
«  toutes  les  Liturgies  dites  Apostoliques  à  ceux  dont  ©lies 
«  portent  les  noms  ;  il  suffit  bien  que  les  Apôtres  aient  été 
«  les  auteurs,  sinon  les  rédacteurs  des  anciennes  Litur- 
«  gies  (^).  »  En  quoi  ils  se  trouvent  pleinement  d'accord 
Tun  et  l'autre  avec  le  grand  cardinal  Bona  qui  résume 
admirablement  toute  cette  question  dans  les  paroles  sui- 
vantes : 

«  Il  est  dans  foutes  les  Liturgies  certaines  choses  sur 
tt  lesquelles  toutes  les  Eglises  conviennent,  et  qui  sont 
«  telles  que  sans  elles  l'essence  du  sacrifice  n'existerait  pas, 
«  comme  sont  la  préparation  du  pain  et  du  vin,  l'oblation, 
«  la  consécration,  la  consommation,  enfin  la  distribution 
«  du  sacrement  à  ceux  qui  veulent  communier.  Ensuite, 
«  il  y  a  d'autres  parties  importantes  qui,  bien  qu'elles 
«  n'appartiennent  pas  à  l'intégrité  du  sacrifice,  se  retrou- 
c(  vent  cependant  dans  toutes  les  Liturgies,  comme  le 
«  chant  des  psaumes,  la  lecture  de  l'Écriture  sainte,  l'assis- 
c(  tance  des  ministres,  l'encensement,  l'exclusion  des  caté- 


I    PARTIE 
CHAPITRE  III 


confessent 
l'institution 

apostolique  des 
rites  qui  ont 
un  caractère 

d'universalité. 


Témoignage 

du 
cardinal  Bona 


(i)  Consensus  liturgiarum  per  omnia  loca  ac  tempora  in  precibus  illis, 
ut  Deus  dona  per  Spiritum  suum  sanctificet,  eaque  faciat  corpus  et  san- 
guinem  Christi,  me  dubitare  non  sinunt  venire  hoc  à  prima  apostolorum 
institutione.  {De  pace  ecclesise,  pag.  670.) 

(2)  Illos  qui  omnibus  istis  Liturgiis  exprimuntur,  quique  jani  olim  ubi- 
que  inter  sacra  mysteria  'usitati  fuerunt,  ritus  ex  apotolicâ  traditione 
fiuxisse;  ecclesias  enimab  apotolis  institutas  formamaliquam  et  ritumoffe- 
rendi  sacrifîcium,cui  tam  arctasit,  et  praecipua  cum  religione  connexio  non 
accepisse,  quis  sanus  sibi  persuadeat  ?  Non  quod  tamen  liturgias  omnes 
apostolicas  iis  quorum  nomina  insigniuntur,  adjudicare  velim.  Sufficiat 
liturgiarum  antiquarum  si  non  scriptores,  saltem  primos  auctores  fuisse 
apostolos.  (In  S.  Ireneum,  lib.  I.,  cap.  iii^  annotatJ 


20  ÉTAT   DE    LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS     «  chumèncs  et  des  profanes,  la  fraction  de  Phostie,  le  sou- 
liturgiques  .^  ,   .     -.  ,  11         •  1  A 

-^  c(  hait  de  paix,  les  prières  multipliées,  1  action  de  grâces 

«  et  autres  choses  de  cette  nature  (i).  » 
Des  traditions       Mais  si  les  Apôtres  doivent  être  incontestablement  consi- 
di^ffSentes7es   dérés  comme  les  créateurs  de  toutes  les  formes  liturgiques 

unes  des  autres  universelles,  on  n'est  pas  moins  er,  droit  de  leur  attribuer 
également  des   ^^  grand   nombre   de   celles  qui,   pour   n'avoir  qu'une 

Apôtres.  ^  .  ^  . 

extension  bornée,  ne  se  perdent  pas  moins,  quant  à  leur  ori- 
gine, dans  la  nuit  des  temps.  En  effet,  ils  ont  dû  plus  d'une 
fois  assortir  les  institutions  de  ce  genre,  dans  leur  partie 
mobile,  aux  mœurs  des  pays,  au  génie  des  peuples,  pour 
faciliter  par  cette  condescendance  la  diffusion  de  l'Evangile  : 
et  c'est  là  l'unique  manière  d'expliquer  les  dissemblances 
profondes  qui  régnent  entre  certaines  Liturgies  d'Orient, 
qui  sont  l'œuvre  plus  ou  moins  directe  cf  un  ou  plusieurs 
apôtres,  et  les  Liturgies  d'Occident,  dont  l'une,  celle  de 
Rome,  doit  reconnaître  saint  Pierre  pour  son  principal 
auteur.  Ainsi  encore  pourra-t-on  expliquer  comment  les 
Églises  d'Asie,  au  second  siècle,  soutenaient,  comme  une 
tradition  apostolique,  leur  manière  de  célébrer  la  Pâque, 
contraire  à  celle  de  l'Eglise  romaine  qui  invoquait,  avec 
raison ,  la  tradition  très-certaine  et  très-canonique  du 
Prince  des  apôtres. 
Des  On  est  même  en  droit  de  conjecturer  que  le  même  Apôtre 

rites  différents  ,  ,  ,  .,         ,  ,  ,.        . 

ont  dû  être  a  pu,  dans  le  cours  de  sa  carrière  de  prédication,  se  trou- 
successive^ment  ver  dans  le  cas  d'employer  des  rites  différents,  à  raison 
mêine  Apôtre.  ^^  ^^  diversité  des  lieux  qu'il  évangélisait  tour  à  tour.  C'est 
4a  remarque  du  savant  Père  Lesleus  dans  l'excellente  pré- 
face de  son  édition  du  Missel  Mozarabe  ;  ce  qu'il  faut 
néanmoins  toujours  entendre,  sauf  la  réserve  des  points 
sur  lesquels  on  trouve  accord  universel  dans  toutes  les 
Liturgies  (2).  Ces  diversités  n'ont  donc  rien  qui  doive  sur- 

(i)  Vid.  le  texte  à  la  Note  C. 
(2)  Vid.  infrà  la  Note  D. 


AU   TEMPS   DES   APOTRES  27 

prendre  :  elles  entraient  dans  les  nécessités  de  Tépoque 
apostolique,  puisque,  aujourd'hui  même,  Tunité  fût-elle 
rétablie  entre  TOrient  et  TOccident,  on  n'oserait  se  flatter 
de  les  voir  disparaître.  Concluons  donc  que  ce  n'est  point 
une  raison  pour  refuser  d'admettre  l'origine  apostolique 
des  Liturgies  générales  et  particulières,  de  ce  que  celles 
qui  portent  les  noms  de  saint  Pierre,  de  saint  Jacques,  de 
saint  Marc,  etc.,  ne  s'accordent  ni  entre  elles,  ni  avec  celles 
de  l'Occident,  dans  les  choses  d'une  importance  secondaire, 
tellQs  que  l'ordre  et  lateneur  des  formules  de  supplication. 
On  ne  saurait  non  plus  leur  disputer  cette  même  origine, 
sous  prétexte  que,  dans  l'état  où  elles  sont  aujourd'hui, 
elles  présentent  plusieurs  choses  qui  paraissent  visible- 
ment avoir  été  ajoutées  dans  des  temps  postérieurs.  Les 
Apôtres  tracèrent  les  premières  lignes,  imprimèrent  la 
direction  ;  mais  l'œuvre  liturgique  dut  se  perfectionner  sous 
l'influence  de  l'Esprit  de  vérité  qui  était  donné  à  l'Église 
pour  résider  en  elle  jusqu'à  la  fin  des  temps.  Telle  est  la 
manière  saine  d'envisager  les  controverses  agitées  plusieurs 
fois  par  des  hommes  doctes,  à  propos  de  ces  Liturgies  ; 
assez  généralement  on  a  excédé  de  part  et  d'autre,  en 
soutenant  des  principes  trop  absolus. 

Laissons  donc  saint  Jacques  auteur  de  la  Liturgie  qui 
porte  son  nom,  puisque  l'antiquité  l'a  cru  ainsi.  Qu'im- 
portent quelques  changements  ou  additions  ?  ne  fait-elle 
pas  le  fond  de  toutes  celles  de  l'Orient  .?  Quant  à  saint 
Pierre,  il  y  a  deux  questions  à  examiner.  D'abord,  comme 
chef  et  prince  des  Apôtres,  il  n'a  pu  être  étranger  à  l'insti- 
tution ou  règlement  des  formes  générales  de  Liturgie  que 
ses  frères  allaient  porter  par  tout  l'univers.  Du  moment 
que  nous  admettons  son  pouvoir  de  chef,  nous  devons 
admettre,  par  là  même,  son  influence  principale,  en  ceci 
comme  en  tout  le  reste,  et  reconnaître,  avec  saint  Isidore, 
que  l'on  doit  faire  remonter  à  saint  Pierre,  comme  insti- 
tuteur, tout  ordre  liturgique  qui   s'observe  universelle- 


I    PARTIE 
CHAPITRE  III 


Conséquences 

de 

cette  doctrine 

relativement 

aux  Liturgies 

dites 
apostoliques. 


Saint  Pierre, 

chef  ♦ 
des  Apôtres, 
instituteur  de 

tout  Tordre 
liturgique  uni- 
versel 
et  de  la  Liturgie 
particulière  de 
l'Église 
romaine. 


ment. 


28  ÉTAT   DE    LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS    mcnt  dans  toute  TÉglise  (i).  En  second  lieu,  quant  à  la 
LITURGIQUES     j^-^^^g'^  papticulière  de  TÉglise  de  Rome,   sans  s'arrêter 
à  donner  ici  des  autorités  que  la  suite  de  la  discussion 
amènera  plus  loin,  le  seul  bon  sens  nous  apprend  que  cet 
apôtre  n'a  pu  habiter  Rome  durant  de  si  longues  années, 
sans  s'occuper  d'un  objet  si  important,  sans  établir,  dans 
la  langue  latine,  et  pour  le  service    de  cette   Église  qu'il 
faisait  par  son  libre  choix  mère  et  maîtresse  de  toutes  les 
autres,  une  forme  qui,  eu  égard  aux  variantes  que  néces- 
sitait la  différence  des  mœurs,  du  génie  et  des  habitudes, 
valût  au  moins  celles  qu'il   avait  établies  et  pratiquées  à 
Jérusalem,  à  Antioche,  dans  le  Pont  et  la  Galatie. 
La  formation        Admettons  tant  qu'on  voudra  que  cette  formation  de  la 
la  Lkurgie      Liturgie  par  les  Apôtres  a  dû,  comme  toutes  les  grandes 
^^\lll^pUQ^^  choses,  s'accomplir  progressivement  ;  que  l'ensemble  des 
progressive-      -^      ^^  saint  sacrifice  et  des  sacrements  ne  se  sera  pas 
complété  dès  le  jour  même  de  la  Pentecôte  :  le  Nouveau 
Testament  lui-même  n'a-t-il  pas  été  formé  successivement  ? 
De  l'apparition  de  l'Évangile  de  saint  Matthieu  à  la  publi- 
cation de  l'Évangile  de  saint  Jean,  cinquante  années  ne  se 
sont-elles  pas  écoulées  ?  Accordons  encore  ceci,   que  les 
nécessités  de  l'instruction  chrétienne  devant  naturellement 
absorber  la  plus  grande  partie  des  moments  que  les  Apô- 
très  passaient  dans  les  diverses   Eglises,   on  se   trouvait 
obligé  d'abréger  le  temps  destiné  à  la  Liturgie,  comme  il 
arriva  à  Troade,    où  la   fraction  du    pain,   c'est-à-dire  la 
célébration  de  l'Eucharistie,  se  trouva  retardée  jusqu'au- 
delà  du  milieu  de  la  nuit,  par  suite  de  la  longueur  des 
instructions  que  l'Apôtre   reprit  encore  après  la  célébra- 
tion des  Mystères   et  continua  jusqu'au  lever  du  jour  (2); 
mais  du  moment  que  la  foi  chrétienne  avait  pris    racine 

(i)  Ordo  missse  vel  orationum,  quibus  oblataDeo  sacriticiaconsecrantur, 
primum  à  sancto  Petro  est  institutus,  cujus  celebrationem  uno  eodemque 
modo  universLis  peragit  orWs.  {De  Eccles.,  Officiis,  lib.  I,  cap.  xv.) 

(2)  Vid.  la  Note  E. 


AU   TEMPS   DES   APOTRES  29 

.  dans  une  ville  et  que  les  Apôtres  avaient  pu  y  établir  un       i  partie 

^  -  .  .  ,     .  CHAPITRE    III 

eveque,  cies  prêtres  et  des  diacres,  les  lormes  extérieures 

acquéraient  de  Textension  et  le  culte  devenait  nécessaire- 
ment plus  solennel.  Ainsi  saint  Paul,  dans  sa  première 
Epître  aux  Corinthiens  (i),  nous  montre-t-il  cette  nouvelle 
Eglise  déjà  en  possession  des  Mystères  du  corps  et  du 
sang  du  Seigneur;  mais  il  ne  croit  pas  avoir  accompli  tous 
ses  devoirs  à  son  égard,  s^il  ne  la  visite  encore,  s'il  ne 
dispose  dans  un  ordre  plus  parfait,  plus  canonique,  ce  qui 
concerne  les  choses  saintes.  Tel  est  le  sens  que  les  saints 
docteurs  ont  constamment  donné  à  ces  paroles  qui  termi- 
nent le  passage  de  cette  épître  où  il  est  parlé  de  TEucha- 
ristie  :  Cœtera  cinn  venero  disponam.  Saint  Jérôme,  dans 
son  commentaire  succinct  sur  ce  passage,  s'explique  ainsi  : 
Cœtera  de  ipsius  Mysterii  Sacramento.  Saint  Augustin 
développe  davantage  cette  pensée  dans  sa  lettre  ad  Janiia^ 
riiim  (2)  :  «  Ces  paroles,  dit-il,  donnent  à  entendre  que, 
«  de  même  qu'il  avait  dans  cette  épître  fait  allusion  aux 
«  usages  de  TÉglise  universelle  (sur  la  matière  et  l'essence 
«  du  sacrifice),  il  établit  ensuite  lui-même  (àCorinthe)  ces 
«  rites  dont  la  diversité  des  mœurs  n'a  point  arrêté  l'uni- 
«  versalité.  » 

Mais,  afin  de  préciser  davantage  la  vérité  de  fait  sur         Rites 
cette  matière  et  appuyer  nos  observations  sur  des  données  ^à^\a^T?tuiïi^^ 
positives,  nous  allons  essayer  de   produire  quelques  traits     apostolique. 
de  l'ensemble  de  la  Liturgie  primitive.  Nous  en  puiserons 
les  notions  dans   les  Actes  et  les  Epîtres  des  Apôtres,  et 
aussi  dans  les  témoignages  de  la  tradition  des  cinq  pre- 
miers siècles,  où  ces  usages   figurent  comme  remontant 
à  l'origine  même  du  Christianisme,  en  même  temps  qu'ils 

(i)  I  Cor.,  XI,  34. 

(2)  Cœtera  autem  cum  venero  ordinabo.  Undè  intelligi  datur,  quia  mul- 
tum  erat  ut  in  epistolâ  totum  illum  agendi  ordinem  insinuaret  quem  uni- 
versa  per  orbemservat  ecclesia,abipso  ordinatum  esse  quod  nullâ  morum 
diversitate  variatur.  (S.  Augustin.  Opp.,  tom.  II,  pag.  127.) 


ÔO 


ETAT   DE    LA   LITURGIE 


Dans 

le  sacrifice 

eucharistique 

ou  Fraction 

du  pain, 


INSTITUTIONS    v  offrciit  uYiQ  îdéc  de  ces  rites  généraux  qui,  par  leur  géné- 

LITURGIQUES  ,.,a  i»  v  /  ^T  '^1 

ralité  même,  doivent  être  censés  apostoliques,  suivant  la 

règle  de  saint  Augustin  que  nous  avons  citée,  et  que  ce 
grand  docteur  exprime  encore  ailleurs  d'une  manière  non 
moins  précise  (i). 

Commençons  par  le  sacrifice  eucharistique.  Nul  doute 
que  tout  ce  qui  le  concerne  ne  soit  à  la  tête  des  prescrip- 
tions liturgiques.  La  Fraction  du  Pain  paraît  dès  la  pre- 
mière page  des  Actes  des  Apôtres  (2),  et  saint  Paul,  dans 
la  première  Épître  aux  Corinthiens,  enseigne  quelle  est  la 
valeur  liturgique  de  cet  acte  (3).  Mais  le  culte  et  Famour 
que  les  saints  Apôtres  portaient  à  celui  avec  lequel  cette 
Fraction  du  Pain  les  mettait  en  rapport,  les  obligeait, 
suivant  l'éloquente  remarque  de  saint  Proclus  de  Cons- 
tantinople,  de  l'environner  d'un  ensemble  de  rites  et  de 
prières  sacrées  qui  ne  pouvait  s'accomplir  que  dans  un 
temps  assez  long  (4)  :  et  ce  saint  évêque  ne  fait  que  suivre 
en  cela  le  sentiment  de  son  glorieux  prédécesseur,  saint 
le  choix  du  lieu,  J^^i^  Ghrysostome  (5).  D'abord  cette  célébration,  autant 
qu'il  était  possible,  avait  lieu  dans  une  salle  décente  et 
ornée  ;  car  le  Sauveur  l'avait  pratiquée  ainsi,  à  la  dernière 
cène,   cœnaculum  grande^  stratum  (6).   Quelquefois  des 

les  lumières,  lampes  nombreuses  y  suppléaient  à  la  lumière  du  jour  (7). 
On  doit  comprendre  que  la  Fraction  du  Pain  célébrée 
chez  Gamaliel,  à  Jérusalem,  ou  à  Rome,  chez  le  sénateur 
Pudens,   devait  s'y  accomplir   avec  plus  de  pompe  que 

(i)  Sunt  multa  quae  universa  tenet  ecclesia  et  ob  hoc  ab  apostolis  prœ- 
cepta  benè  creduntur.  [De  Baptismo,  lib.  V,  cap.  xxiii.) 

(2)  Act.,  II,  46. 

(3)  I  Cor.,  X,  16. 

(4)  Vid.  la  Note  F. 

(b)Guni  sacras  illascœnas  accipiebantapostoli,quidtùm  faciebant? nonne 
in  preces  convertebantur  et  hymnos  ?  nonne  in  sanctas  vigilias?  nonne  in 
longam  illam.  doctrinam  et  multae  philosophiae  plenam?  (//o?n/7.  XXF// 
in  1  ad  Cor.) 

(6)  Luc,  XXII,  12.  ■ 

(7)  Act.,  XX,  8. 


AU   TEMPS    DES   APOTRES  3l 

lorsqu'elle  avait  lieu   dans  la  maison  de   Simon  le  cor-       ^  partie 

^  CHAPITRE  III 

royeur(i). 

Le  lieu  de  la  célébration  était  remarquable  par  un  autel  :  l'autel, 
ce  n'était  déjà  plus  une  table.  Saint  Paul  le  dit  avec  em- 
phase :  Allare  habemus^  «  nous  avons  un  autel,  et  les 
c(  ministres  du  tabernacle  n'ont  point  droit  d'y  parti- 
ce  ciper  (2).  «Autour  de  cet  autel  étaient  rangés,  dès  l'ori- 
gine de  l'Église,  suivant  les  traditions  du  ciel  dévoilées 
par  saint  Jean,  dans  l'Apocalypse  (3),  d'abord,  en  face, 
l'apôtre  ou  l'évêque  qui  tenait  sa  place,  comme  celui-là    la  disposition 

^  ^  ^  -1  r  7  j^gg  sièges 

tenait  celle  du  Père  céleste  :  à  droite  et  à  ffauche  du  siéffe,  ^^s  membres  de 

^  ;  .    .  ^    *^        la  hiérarchie, 

les  prêtres  figurant  les  vingt-quatre  vieillards  ;'  près  de 
l'autel,  les  diacres  et  autres  ministres,  en  mémoire  des  anges 
qui  assistent  aussi  dans  l'attitude  de  serviteurs  près  de 
l'autel  sur  lequel  se  tient,  dans  les  cieux,  l'Agneau  comme 
immolé  [/[).  Tout  le  monde  sait  que  cette  disposition  des 
sièges,  dans  l'abside  de  l'Église  chrétienne,  s'observe 
encore  en  Orient,  et  que  si,  en  Occident,  elle  est  presque 
partout  tombée  en  désuétude,  Rome  en  a  gardé  la  tradition 
dans  la  disposition  du  chœur  de  plusieurs  de  ses  anciennes 
églises  ;  on  la  suit  exactement  aux  jours  où  le  Pape  célèbre, 
ou  assiste  pontificalement,  dans  quelqu'une  des  Basiliques 
Patriarcales. 
Les  fidèles  réunis  ainsi  dans  le  lieu  du  Sacrifice,  que  fai-    ^^  lecture  des 

.  .  Epitres 

sait  le  Pontife,  à  l'époque  apostolique  ?  Comme  aujourd'hui,     des  Apôtres 

f  et  de  l'h-vangile 

il  présidait  d'abord  à  la  lecture  des  Épîtres  des  Apôtres,  à 
la  récitation  de  quelque  passage  du  saint  Évangile,  ce  qui 
a  dès  l'origine  formé  la  Messe  des  Catéchumènes  ;  et  il  ne 
faut  pas  chercher  d'autres  instituteurs  de  cet  usage  que  les 

(i)  On  peut  voir  au  premier  volume  des  Origines  de  l'Église  romaine, 
page  273,  quelques  détails  sur  la  pompe  du  culte  à  l'âge  des  persécutions. 
Ils  seront  confirmés  et  enrichis  de  nouvelles  particularités  dans  les  volu- 
mes suivants. 

(2)  Hebr.,  xiii,  10.  - 

(3)  Apoc,  IV. 

(4)  Apoc,  V,  6.         . 


32  ÉTAT  DE    LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS    Apôtrcs    eux-mêmes.    Saint  Paul    dit   aux    Colossiens  : 

LITURGIQUES  ^  t^     a  •  /        •  '     '      1 

■  «  Lorsque  cette    Epitre  que  je  vous  écris,  aura   ete   lue 

«  parmi  vous,  ayez  soin  qu^elle  soit  lue  dans  Téglise  de 
«  Laodicée,  et  lisez  ensuite  vous-mêmes  celle  qui  -  est 
«  adressée  aux  Laodiciens  (i).  »  A  la  fin  de  la  première 
Épître  aux  Thessaloniciens,  ce  même  Apôtre  ajoitfe  :  «  Je 
«  vous  adjure  par  le  Seigneur,  que  cette  Épître  soit  lue  à 
c(  tous  les  frères  saints  (2).  «  Cette  injonction  apostolique  eut 
force  de  loi  tout  d'abord,  car  dans  la  première  moitié  du 
second  siècle,  le  grand  apologiste  saint  Justin  atteste  la 
fidélité  avec  laquelle  on  la  suivait,  dans  la  description 
qu^il  a  donnée  de  la  Messe  de  son  temps  (3).  Tertullien  (4) 
et  saint  Cyprien  (5)  confirment  son  témoignage.  Voilà 
pour  rÉpître. 

Quant  à  la  lecture  de  PÉvangile,  Eusèbe  (6)  nous 
apprend  que  le  récit  des  actions  du  Sauveur  écrit  par 
saint  Marc  fut  approuvé  par  saint  Pierre  pour  être  lu 
dans  les  Églises  :  et  saint  Paul  fait,  peut-être,  allusion  à 
ce  même  usage,  lorsque,  désignant  saint  Luc,  le  fidèle 
compagnon  de  ses  pèlerinages  apostoliques,  il  le  nomme 
ce  frère  devenu  célèbre,  par  rÉvangile,  dans  toutes  les 
Eglises  (7). 
le  Le  salut  au  peuple  par    ces  paroles   :    Le  Seigneur 

salut  au  peuple,        ..  ,     .  ,.       ,,         .  1    •     t-. 

soit  avec  vous^  était  en  usage  des  1  ancienne  loi.  Booz 
Tadresse  à  ses  moissonneurs  (8)  ;  et  un  prophète  à  Asa, 
roi  de  Juda  (9).  Ecce  ego  vobiscuin  swn,  dit  le  Christ  à 
son  Église  (10).  Aussi  TÉglise  tient-elle  cette  coutume  des 
Apôtres,  comme  le  prouve  Tuniformité  de  cette  pratique 
dans    les    anciennes    Liturgies    d'Orient   et   d'Occident, 


(i)  Col.,  IV,  16.  —  (2)  I  Thess.,  v,  27.  —  (3)  Commentaria  Apostolorum, 
scriptaProphetarum,  quoad  tempus  fert,  leguntur.  (S.  Justin.   Apolog.Il.) 
(4)  Apologet.,   cap.  xxxiv.  --  (5)  Epist.  XXXIII  et   XXXIV.  —  (6)  Hist. 
Eccles.,  lib.  II,  cap.  xv.  — (7)  Cujus  laus  est  in  Evangelio  per  omnes  eccle-3 
sias.  (II  Cor.  viii.)  —    (8)    Ruth,   11.  —   (9)  II  ParaL,  xv.  —  (10)  Matth.^| 
xxviii,  20. 


AU   TEMPS   DES   APOTRES  33 

comme  renseigne  expressément  le   premier  Concile  de 
Brague  (i). 

La  Collecte^  forme  de  prière  qui  résume  les  vœux  de 
rassemblée,  avant  même  Toblation  du  sacrifice,  appartient 
aussi  à  rinstitution  primitive.  Saint  Augustin  l'enseigne 
dans  un  passage  que  nous  citerons  plus  loin  :  Taccord  de 
toutes  les  Liturgies  le  démontre  également.  La  conclusion 
de  cette  oraison  et  de  toutes  les  autres  par  ces  mots  : 
Dans  les  siècles  des  siècles^  est  universelle,  dès  les  premiers 
jours  de  TÉglise.  Saint  Irénée,  au  second  siècle,  nous 
apprend  que  les  Valentiniens  en  abusaient  pour  accréditer 
leur  système  des  Eones  (2).  Quant  à  la  coutume  de 
répondre  Amen^  personne,  sans  doute,  ne  s'étonnera  que 
nous  la  fassions  remonter  aux  temps  apostoliques.  Saint 
Paul  lui-même  y  fait  allusion,  dans  sa  première  Epître  aux 
Corinthiens  (3). 

Dans  la  préparation  de  la  matière  du  Sacrifice,  a  lieu  le 
mélange  de  Teau  avec  le  vin  qui  doit  être  consacré.  Cet 
usage  d'un  si  profond  symbolisme,  saint  Cyprien  nous 
enseigne  à  le  faire  remonter  jusqu'à  la  tradition  même  du 
Seigneur  (4).  Les  encensements  qui  accompagnent  Tobla- 
tion  ont  été  reconnus  pour  être  d'institution  apostolique, 
par  le  Concile  de  Trente,  cité  plus  haut. 

Le  même  saint  Cyprien  nous  apprend  que,  dès  le  ber- 
ceau de  l'Église,  V Action  du  Sacrifice  était  précédée  d'une 
Préface  ;  que  le  prêtre  criait  Sursum  corda  :  à  quoi  le 


I    PARTIE 
CHAPITRE   III 


la  Collecte,  sa 

conclusion 

et  la  réponse 

Amen, 


Fusage  de 

mélanger 

l'eau  avec  le  vin 

dans 

la  préparation 

du  sacrifice 

et  les 

encensements 

sur  les 

oblations, 


la  Préface, 


(i)  Placuit  ut  non  aliter  episcopi,  et  aliter  presbyteri  populum,  sed  uno 
modo  salutent,  dicentes:  Dominas  vobiscum,  sicut  in  libro  Ruth  legitur,  et 
ut  respondeatur  a  populo  i-Ef  cum  spiritù  tuo:  sicut  et  ab  ipsis  apostolis 
traditum  omnis  retinetOriens,  et  non  sicut  Priscilliana  pravitasimmutavit. 
[Concil.  Braccaren.,  can.  xxi.) 

(2)  Adv.  Hœres.,  lib.  I,  cap.  i. 

(3)  I  Cor.,  XIV. 

(4)  Admonitos  autem  nos  scias  ut  in  calice  offerendo  Dominica  traditio 
servetur....  qua  in  parte  invenimus  calicem  mixtum  fuisse  quem  Dominus 
obtulit.  [Epist.  LXIII,  pag.  27G  et  seq.) 

T     I  3 


34  ÉTAT    DE   LA    LITURGIE 

iN^sTiTUTioNs    peuplc  répondait  :  Hahemus  ad  Domininn  (i).   Et  saint 

LITURGIQUES         r  r  JT  i  '       T  1  / 

" ■  Cyrille,  parlant  aux  catéchumènes  de  lEglise  de  Jéru- 
salem, cette  Église  de  fondation  apostolique,  s'il  en  fut 
jamais,  leur  explique  cette  autre  acclamation  qui  retentit 
aussi  dans  nos  Basiliques  d'Occident  :  Grattas  agamiis 
Domino  Deo  nostro  !  Digmum  et  justum  est  (2)  ! 
le  Trisagion        Vient  ensuite  le  Trisagion  :  Sanctiis,  Sanctus,  Sanctus 

emprunté  ,,         .  t      •     n  t       i 

à  isaie  et  à  Domïmis !  Isaïe,  sous  lancienne  Loi,  1  entendit  chanter  au 
po  c^yp  ,  ^.^^  ^^  trône  de  Jéhovah  ;  sous  la  nouvelle,  le  prophète  de 
Pathmos  le  répéta  tel  qu'il  l'avait  ouï  résonner  auprès  de 
l'autel  de  l'Agneau.  Ce  cri  d'amour  et  d'admiration  révélé 
à  la  terre,  devait  trouver  un  écho  dans  l'Eglise  chrétienne. 
Toutes  les  Liturgies  le  connaissent,  et  l'on  peut  assurer 
que  le  Sacrifice  eucharistique  ne  s'est  jamais  offert  sans 
qu'il  ait  été  proféré, 
le  Canon  de  la      Le  Ganon  s'ouvre   ensuite,  et  qui  osera  ne  pas  recon- 

Messe  ' 

naître  son  origine  apostolique  ?  Les  fondateurs  des  Eglises 
pouvaient-ils  laisser  flottante  et  arbitraire  cette  partie 
principale  de  la  Liturgie  sacrée  ?  S'ils  ont  réglé  tant  de 
choses  secondaires,  avec  quel  soin  n'auront-ils  pas  déter- 
miné les  paroles  et  les  rites  du  plus  redoutable  et  du  plus 
fondamental  de  tous  les  mystères  chrétiens  ?  «  C'est  de  la 
c(  tradition  apostolique,  dit  le  Pape  Vigile,  dans  sa  lettre 
c(  à  Profuturus  de  Brague,  que  nous  avons  reçu  le  texte 
de  la  prière  canonique  (3).  » 
les  dfff^^   t  C'est  cette  même  prière  canonique  que  saint  Paul  a  en 


formes 


(i)  Ideo  sacerdos,  ante  orationem,  praefatione  praemissa,  parât  fratrum 
mentes  dicendo  :  Sursum  corda,  ut  dum  respondet  plebs  :  Habemus  ad 
Dominum,  admoneatur  nihil  aliud  se  quam  Dominum  cogitare  debere.  [De 
Orat.  Domîn.,  pag.  107.) 

(2)  Deinde  dicit  sacerdos:  Gr^^/(3S  a^i3mM5  Z)ommo;  certe  gratias  agere 
debemus....  ad  haec  vos  subjicitis  :  Dignum  et  justum  est!  etc.  (Cateches. 
Mystagog.  V.) 

(3)  Quapropter  et  ipsiusCanonicae  précis  textum  direximussubter  adjec- 
tum,  quam  Deo  propitio  ex  apostolica  traditione  accepimus.  (Vigil.  cid 
Profutunim  Braccarensem.  Labbc,  tom.  V,  pag.  3i3.) 


AU   TEMPS   DES   APOTRES  35 

vue,  quand,  dans  sa  première  Epître  à  Timothée,  parlant       i  partie 

'      ^  ^  ^  ^  ^  ...  CHAPITRE   III 

des  prières  solennelles  à  adresser  à  Dieu,  il  distingue  les         ^ ' 

Obséa^ations^  les  Oraisons,  les  Postulations,  les  Actions  de  prières  que 

,  A         /    N     TT    •    •  1  -l'A  •  saint  Paul 

de  grâces  (i).  Voici  le  commentaire  de  saint  Augustin  sur  et 

ce  passage  :  «Mon  avis  est  qu^il  faut  entendre  ces  paroles  ^y^signafent,^^ 
«  de  Pusage  suivi  dans  toute  ou  presque  toute  FEglise, 
«  savoir  :  les  supplications  (precationes)^  c^est-à-dire  celles 
«  que  dans  la  célébration  des  mystères  nous  adressons 
«  avant  même  de  commencer  à  bénir  ce  qui  est  sur  la 
«  Table  du  Seigneur  ;  les  prières  (orationes)^  c'est-à-dire 
«  tout  ce  qui  se  dit  lorsqu'on  bénit  et  sanctifie,  lorsque 
«  Ton  rompt  pour  distribuer,  et  cette  partie  se  conclut  par 
«  rOraison  dominicale,  dans  presque  toute  FEglise  ;  les 
«  interpellations  (interpellationes)^  ou  comme  portent  nos 
«  exemplaires,  les  postulations  (j[?05/^z//(3^zo;^e59,  qui  ont  lieu 
«  quand  on  bénit  le  peuple  :  car  alors  les  Pontifes,  en  leur 
«  qualité  d'avocats,  présentent  leurs  clients  à  la  très-misé- 
«  ricordieuse  bonté  ;  enfin,  lorsque  tout  est  terminé  et 
«  qu'on  a  participé  à  un  si  grand  Sacrement,  l'Action  de 
«  grâces  (Gratiariim  aclio)  conclut  toutes  choses  (2).  » 
Après  la  divine  consécration,  les  dons  sanctifiés  reposant       l'Oraison 

1,  ,  -v  7«         1  1  •        T        •      /o\         dominicale 

sur  1  autel,  cette  prière  prolixe  dont  parle  saint  Justin  (3),  chantée  vers  la 
et  par  laquelle  il  désigne  le  Canon,  touchant  à  sa  fin,  du  Canon. 
l'Oraison  dominicale  est  prononcée  avec  une  confiance 
solennelle  ;  car  dit  saint  Jérôme  :  «  C'est  d'après  l'ensei- 
«  gnement  du  Christ  lui-même,  que  les  Apôtres  ont  osé 
«  dire  chaque  jour  avec  foi,  en  offrant  le  sacrifice  de  son 
«  corps:  Notre  Père  qui  êtes  aux  cieux  (4).   » 

(i)  Obsecro  igitur  primum  omnium  fieri  obsecrationes,  orationes, postu- 
lationes,  gratiarumactionespro  omnibus  hominibus, etc. (I  Tim.,  ii,  i.) 

(2)  Vid.  la  Note  G. 

(3)  Apolog.  I,  no  65,  pag.  82. 

(4)  Sic  docuit  Ghristus  apostolos  suos,  ut  quotidieincorporis  illius  sacri- 
ficio  credentes  audeant  dicere:  Pater  noster,  qui  es  in  cc^Xis.  {Adv.Pelag. 
lib  I,  cap.  xviii.) 


36  ÉTAT    DE   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS        Lc   Sacoficateur    procède   ensuite  à    la   Fraction    de 
LITURGIQUES     j, j^^^^^'^^  ^^^  ^^^j  "j  gg  Diontre  rimitateur,  non-seulement  des 


_  —         /       i 
la  Fraction  de  Apôtres  (i),  mais  du  Christ  lui-même,  qui  prit  le  pain,  le 

l'Hostie,       ^^^.^  ^^  j^  ro77îpit  avant  de  le  distribuer  (2). 

le  baiser  de        Mais,  avant    de  communier  à  4a  victime  de    charité, 

P^'^'         tous  doivent  se  saluer  dans  le  saint  baiser  (3).  «  L'invita- 

«  tion  de  TApôtre,  dit  Origène,  a' produit,  dans  les  Églises, 

«  Tusage  qu'ont  les  frères  de  se  donner  le  baiser,  lorsque 

«  la  prière  est  arrivée  à  sa  fin  (4).  » 

Voilà  donc  certifiée  Torigine  apostolique  des  rites  prin- 
cipaux du  sacrifice,  tels  qu'ils  se  pratiquent  dans  toutes  les 
Églises.  Notre  plan  ne  nous  permet  pas  ici  de  traiter  plus 
en  détail  cette  matière  :  nous  ajouterons  seulement  quelques 
mots,  pour  achever  de  donner  une  idée  de  la  Liturgie,  au 
siècle  des  Apôtres. 
Dans  D'abord,  pour  ce  qui  regarde  l'administration  des  Sacre- 

l'admini^s^tration  j^g^ts,  nous  y  découvrons  de  suite  la  matière  non-seulement 
Sao-ements     présumée,  mais  entièrement  certaine,  d'un  grand  nombre 
nombreux  sont  de  prescriptions  apostoliques.  Les  cérémonies  principales 

d'institution  ^  ^  ^  «ni-'J! 

apostolique,  qui  précèdent,  accompagnent  et  suivent  1  application  de  la 
matière  et  de  la  forme  essentielles  ;  comme,  dans  le  Bap- 
tême, les  insufflations,  les  exorcismes,  l'imposition  des 
mains,  la  tradition  du  sel,  les  onctions,  avec  les  formules 
qui  y  sont  jointes,  tous  ces  rites  dont  l'origine  se  perd  dans 
les  ombres  de  la  première  antiquité,  ne  peuvent  avoir 
d'autres  auteurs  que  les  Apôtres  eux-mêmes.  L'Eglise 
l'enseigne,  les  anciens  Pères  l'attestent,  la  raison  même  le 
démontre  ;  car,  autrement,  comment  expliquer  l'univer- 
salité de  ces  rites  ?  Il   faut  donc  admettre  nécessairement 


(i)  I  Cor.,  X,  16. 

(2)  Matth.,  XXVI,  26;  Marc,  XIV,  22;  Luc,  xxii,  19. 

(3)  Rom.,  XVI,  16;  I  Cor.,  xvi,  2o;TI  Cor.,  xiii,  12;  I  Thess.,v,  26;  I  Petr.^ 
V,  14. 

(4)  Ex   hoc    sermone    mos    ecclesiis   traditus    est   ut    post    orationes, 
osculo  invicem  se  recipiant  fratres.  (Origen.  in  Epist.  ad  Rom,,  cap.  xvi.) 


I    PARTIE 
CHAPITRE  III 


AU   TEMPS   DES   APOTRES  3 7. 

un  Rituel  apostolique^  écrit  ou  traditionnel,  peu  importe, 
renfermant  le  détail  de  ces  augustes  pratiques,  avec  les 
formules  de  prière  ou  de  confession  qui  les  accompagnent  : 
ainsi,  pour  le  Baptême,  les  insufflations,  les  exorcismes  et 
impositions  de  mains,  les  onctions,  les  habits  blancs  ;  pour 
la  Confirmation,  le  Chrême,  avec  la  manière  de  le  consa- 
crer, rimposition  des  mains  qui  diffère  dans  Tintention  et 
dans  les  formules  de  celle  qui  se  fait  sur  les  catéchumènes, 
de  celle  qui  réconcilie  les  pénitents,  et  de  celle  qui,  dans  le 
sacrem.ent  de  l'Ordre,  enfante  à  PÉglise  des  évêques,  des 
prêtres  et  des  diacres,  etc.  Il  suffit  d'indiquer  ici  ces  points 
de  vue  généraux,  le  lecteur  peut  suppléer  aisément. 

Nous  ferons  seulement  remarquer  ici  que,  comme  PÉglise     Les  Apôtres 
n'exerce  pas  seulement  le  pouvoir  des  Sacrements,  mais      laissé  des 

enseîsnernen  ts 

aussi  celui  des  Sacramentaux^  par  la  vertu  de  bénédiction  sur  la 
qui  est  en  elle,  les  Apôtres,  de  qui  elle  a  tout  reçu,  n'ont  Sacramentaux. 
pu  manquer  d'exercer  ce  droit  de  sanctifier  toute  créature 
pour  la  faire  servir  au  bien  spirituel  et  temporel  des  enfants 
de  Dieu,  et  ont  dû,  par  conséquent,  laisser  sur  cette  ma- 
tière des  enseignements  et  une  pratique  qui  complètent  cet 
ensemble  rituel  dont  nous  venons  de  parler.  Il  n'yaurait 
ni  orthodoxie,  ni  logique,  à  contester  cette  évidente  consé- 
quence qui  ne  peut  déplaire  qu'à  ces  novateurs  qui  parlent 
sans  cesse  de  l'antiquité,  et  la  déclinent  ensuite  lorsqu'on 
vient  à  les  confronter  avec  elle. 

Parlerons-nous  maintenant  des  habits  sacrés  ?  Comment     Les  habits 
les  Apôtres  de  la  Loi  nouvelle,  de  cette  loi  qui  ne  détruisait    ont  Ta^^même 
le  symbolisme  vide  de  l'ancienne  que  pour  y  substituer  un       ongme. 
symbolisme  plein  de  réalité,  eussent-ils  emprunté  aux  rites 
mosaïques  les  onctions,  le  mélange  de  parfums  qui  forme 
le  Chrême,  les  encensements  et  tant  d'autres  choses,  et 
négligé  la  sainteté  et  la  majesté  des  vêtemens  sacerdotaux  ; 
détail  si  important,  que  Dieu  lui-même,  sur  le  Sinaï,  l'avait 
minutieusement  fixé  pour  les  ministres  du  premier  Taber- 
nacle ?  La  tunique  de  lin  que  portait  saint  Jacques  à  Jéru- 


38  ÉTAT    DE   LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS    salciTi  (i),  ct  \di  IsiVciQ  d'or  dont  saint  Jean  ceignait  son  front, 

LITURGIQUES  ^  .  ,  ai  •         ^       ■>  ' 

à  Ephèse  (2),  attestent  que  ces  pécheurs  savaient  s'environ- 
ner de  quelque  pompe  dans  la  célébration  de  leurs  mystères. 
Nous  ne  citerons  ici  que  ce  seul  trait  ;  le  témoignage  de 
saint  Denys  TAréopagite,  dans  sa  Hiérarchie  ecclésiastique^ 
éclaircirait  grandement  cette  matière  ;  mais  nous  nous 
interdirons  les  inductions  tirées  de  cet  auteur,  jusqu'à  ce 
que  nous  ayons  ailleurs  justifié  l'autorité  des  écrits  qu'on 
lui  attribue. 
Fêtes  établies  Parlerons-nous  des  fêtes  établies  par  les  Apôtres  ?  Saint 
les  Apôtres.  Augustin  énumère  celles  de  la  Passion,  de  la  Résurrection, 
de  l'Ascension  de  Jésus-Christ  et  celle  de  la  Pentecôte  (3). 
Nous  démontrerons  ailleurs  l'origine  apostolique  de  plu- 
sieurs autres.  Nous  voulons  seulement,  dans  ce  chapitre, 
tracer  les  premières  lignes  et  fixer  le  point  de  départ  de  la 
Liturgie  chrétienne  ;  nous  ne  pousserons  donc  pas  plus 
loin  dans  cet  endroit  ces  observations  de  détail,  dont 
l'occasion  se  présentera  de  nouveau.  Nous  placerons  seule- 
ment ici ,  en  finissant ,  quelques  remarques  fondamen- 
tales. 
Extension  1°  La  Liturgie  établie  par  les  Apôtres  a  dû   contenir 

nécessaire  de  la  .  ^  ... 

Liturgie       nécessairement  tout  ce  qui  était  essentiel  à  la  célébration 

apostolique.  o        •  '  •  ...  o 

du  Sacrifice  chrétien,  à  l'administration  des  Sacrements, 
tant  sous  le  rapport  des  formes  essentielles  que  sous  celui 
des  rites  exigés  par  la  décence  des  mystères,  à  l'exercice 
du  pouvoir  de  Sanctification  et  de  Bénédiction  que  l'Eglise 
tient  du  Christ  par  les  mêmes  Apôtres,  à  l'établissement 

(i)  Euseb.,  Hist.  Eccles.,  lib.  IV,  cap.  viii. 

(2)  Ibid.,  lib.  V,  cap.  xxiv. 

(3)  Illa  autem  quae  non  scripta  sed  tradita  custodimus,  quae  quidem  toto 
terrarum  orbe  servantur,  datur  intelligi  vel  ab  ipsis  apostolis,  vel  plenariis 
conciliis, quorum  est  in  Ecclesia  saluberrima  auctoritas,commendata  atque 
statuta  retineri,  sicuti  quod  Domini  Passio  et  Resurrectio  etAdscensio  in 
cœlum,  et  Adventus  de  cœlo  Spiritus  Sancti,  anniversaria  solemnitate 
celebrentur,  et  si  quid  aliud  taie  occurrit  quod  servatur  ab  universa  qua- 
cumque  se  diffundit  Ecclesia.  [Epist.ad  Januar.  Opp.,  tom.  II,  pag.  124.) 


AU   TEMPS   DES   APOTRES  89 

d'une  forme  de  Psalmodie  et  de  Prière  publique:  enfin, ce       i  partie 

CHAPITRE  III 

recueil  liturgique  a  dû  comprendre  tout   ce  que  Ton  ren- 

contre  d'universel  dans  les  formes  du  culte,  durant  les 
premiers  siècles,  et  dont  on  ne  peut  assigner  ou  Fauteur, 
ou  Torigine.  L'étude  de  l'antiquité  chrétienne  ne  saurait 
manquer  de  révéler  à  ceux  qui  s'y  livrent  la  grandeur  de 
cet  ensemble  primitif  des  rites  chrétiens,  en  même  temps 
que  la  réflexion  et  la  considération  sérieuse  des  besoins 
de  l'Église,  dès  cette  époque,  leur  montrera  toute  la  néces- 
sité qu'elle  avait,  dès  lors,  de  compléter  et  ses  moyens  de 
salut  et  ses  moyens  de  culte,  qui  forment,  avec  le  dépôt  des 
vérités  spéculatives,  la  principale  partie  de  l'héritage  divin 
confié  à  sa  garde. 

2°  Sauf  un  petit  nombre  d'allusions  dans  les  Actes  des  Dès  le  temps 
Apôtres  et  dans  leurs  Épîtres,  la  Liturgie  apostolique  se  la  Liturgie^est 
trouve  tout  à  fait  en  dehors  de  l'Écriture,  et  est  du  pur  ^/^^  ^^^^^j^^^^^^ 
domaine  de  la  Tradition.  Ces  allusions,  même  les  plus 
claires,  par  exemple  celle  de  saint  Jacques,  sur  l'Extrême- 
Onction,  tout  en  nous  apprenant  qu'il  existait  des  rites  et 
des  formules,  ne  nous  apprennent  rien,  ni  sur  le  genre  des 
premiers,  ni  sur  la  teneur  des  secondes.  On  doit  donc 
considérer,  dès  le  principe,  la  Liturgie  comme  existant 
plus  particulièrement  dans  la  Tradition  que  dans  l'Ecri- 
ture, et  devant  par  conséquent  être  interprétée,  jugée, 
appliquée,  d'après  cette  source  de  toutes  les  notions  ecclé- 
siastiques. Il  ne  faut  ni  étudier,  ni  réfléchir  longtemps, 
pour  savoir  que  la  Liturgie  s'exerçait  par  les  Apôtres  et 
par  ceux  qu'ils  avaient  consacrés  évêques,  prêtres  ou 
diacres,  longtemps  avant  la  rédaction  complète  du  Nou-  ^ 

veau  Testament.  Plus  tard,  nous  verrons  d'importantes 
conséquences  sortir  de  ce  principe. 


40  ÉTAT   DE    LA   LITURGIE 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


NOTES  DU  CHAPITRE  III 

NOTE  A 

Hanc  (observationem)  si  nulla  Scriptura  determinavit,  certe  consuetudo 
corroboravit,  quae  sine  dubio  de  traditione  manavit;  quomodo  enim  usur- 
pari  quid  potest,  si  traditum  prius  non  est?  Etiam  in  traditionis  obtentu 
exigenda  est,  inquis,  auctoritas  scripta?Ergo  quasramus,  an  et  traditio  nisi 
scripta  non  debeat  recipi?  Plane  negabimus  recipiendam,  si  nulla  exempla 
prœjudicent  aliarum.  observationum,  quas  sine  ullius  Scripturae  instru- 
mente, solius  traditionis  titulo,  et  exinde  consuetudinis  patrocinio  vindi- 
camus.  Denique  ut  a  baptismate  ingrediar,  aquam  adituri,  ibidem,  sed  et 
aliquanto  prius  in  Ecclesia  sub  antistitis  manu  contestamur,  nos  renun- 
ciare  diabolo,  et  pompae,  et  angelis  ejus.  Dehinc  ter  mergitamur,  amplius 
aliquid  respondentes, quam  Dominus  in  Evangelio  determinavit;  inde  sus- 
cepti,  lactis  et  mellis  concordiam  praegustamus;  exque  ea  die  lavacro  quo- 
tidiano  per  totam  hebdomadam  abstinemus.  Eucharistiae  sacramentum,et 
in  tempore  victus,  et  omnibus  mandatum  a  Domino,  etiam  antelucanis 
cœtibus,  nec  de  aliorum  manu  quam  praesidentium  sumimus.  Oblationes 
pro  defunctis,  pro  natalitiis  annua  die  facimus.  Die  Dominico,  jejunium 
nefas  ducimus,  vel  de  geniculis  adorare.  Eadem  immunitate  a  die  Paschae 
in  Pentecosten  usque  gaudemus.  Calicis  aut  panis  etiam  nostri  aliquid 
decuti  in  terram  anxie  patimur.  Ad  omnem  progressum  atque  promo- 
tum,  ad  omnem  aditum  et  cxitum,  ad  vestitum,  ad  calciatum,  adlavacrum, 
ad  mensas,  ad  lumina,  ad  cubilia,  ad  sedilia,  quaecuinque  nos  conversatio 
exercet,  frontem  crucis  signaculo  terimus.  Harum  et  aliarum ejusmodi  dis- 
ciplinarum,  si  legem  expostules  Scripturarum,  nullam  invenies:  traditio 
tibi  praetendetur  auctrix,  consuetudo  confirmatrix,  et  fides  observatrix. 
(Tertullianus,  De  Corona  Militis,  cap.  lu.) 

NOTE  B 

Nam,  si  consuetudines,  quae  scripto  prodita  non  sunt,  tanquam  haud 
multum  habentes  momenti  conemur  rejicere,  imprudentes  gravissimum 
Evangelio  detrimentum  inferemus,  imo  potius  ipsam  fidei  praedicationem 
ad  nudumnomencontrahemus.  Quodgenus  est  (ut  ejus  quod  primum  est  et 
vulgatissimum  primo  loco  commemorem)  ut  signo  crucis  eos,  qui  spenicol_ 
locaruntinChristum,  signemus,  quis  scripto  docuit?  Ut  ad  orientem  versi 
prccemur,  quae  nos  docuit  Scriptura?  Invocationis  verba,  quum  conficitur 
panis  Eucharistiae,  et  poculum  benedictioriis,  quis  sanctorum  in  scripto  nobis 
reliquit.'' Nec  enim  his  contenti  sumus,   quae   commémorât  Apostolus  aut 


AU   TEMPS   DES   APOTRES  4t 

Evangelium,  verum  alla  quoque  et  ante  et  post  dicimus,  tanquam  multum  i  partie 
habentia  momenti  ad  mysterium,qu£e  ex  traditione  citra  scriptum  accepi-  chapitre  m 
mus.  Consecramus  autem  aquam  baptismatis,et  oleum  unctionis,  praeterea 
ipsum,  qui  baptismum  accipit,  ex  quibus  scriptis  ?  Nonne  a  tacita  secreta- 
que  traditione?  Ipsam  porro  olei  inunctionem,  quis  sermo  scripto  proditus 
docuit  ?  Jam  ter  immergi  hominem,  unde  ex  Scriptura  haustum  ?  Reliqua 
item  quae  fiunt  in  baptismo,  veluti  renunciare  satanae  e.t  angelis  ejus,  ex 
qua  Scriptura  habemus  ?  Nonne  ex  minime  publicata,  et  arcana  hac  tradi- 
tione? (S.  Basilius,  De  Spiritu  Sancto,  cap.  xxvii.) 

NOTE  C 

Sunt  quaedam  in  omnibus  Liturgiis,  in  quibus  omnes  Ecclesiœ  conve- 
niunt,  utpote  sine  quibus  sacrificii  ratio  nullo  modo  subsisteret,  cujus- 
modi  sunt  panis  et  vini  praeparatio,  oblatio,  consecratio,  consummatio,  et 
ipsius  sacramenti  communicare  volentibus  distributio.  Alias  item  prasci- 
puae  partes  sunt,  quae  licet  ad  sacrificii  integritatem  non  spectent,  in  omni- 
bus tamen  omnium  gentium  Liturgiis  reperiuntur,  Psalmorum  scilicet 
modulatio,  lectio  Sacrae  Scripturœ,  rhinistrorum  adparatus,  thurificatio, 
catechumenorum  et  aliorum  profanorum  exclusio,  fractio  hostiae,  precatio 
pacis,  preces  diversœ,  gratiarumactio,  et  si  quae  alias  sunt  ejusdem  generis. 
(Bona,  Rerum  Liturgie,  lib.  I,  cap.  vi,  §  i .) 

NOTE  D 

Apostolus  Petrus  in  Palestina,  Antiochice,  et  in  Syria,  in  Ponto,  in  Gala-  -, 
tia,  Romae,  in  Italia,  et  in  aliis  Orientis  et  Occidentis  provinciis,  Euchari- 
stiam  non  seinel  celebravit.  Num  eodem  ubique  ritu?  Si  annuis,  quaero 
num  Romano,  num  Hierosolymitano^?Si  Romano,  cur  in  Oriente  Liturgia 
Romana  nullibi  obtinuit?  Si  Hierosolymitano,  cur  hic  ritus  Romae,  et  in 
Occidente  admissus  non  fuit  ?  Est  igitur  credibile  S.  Petrum,  et  alios  apos- 
tolos  uni  eidemque  Liturgiae  constanter  non  adhassisse.  (Lesleus,  m 
Missale  Mo^arab.,    Praefat.  n»  i6i,  not.) 

NOTE  E 

7.  Una  autem  sabbati,  cum  convenissemus  ad  frangendum  panem,  Pau- 
lus  disputabat  cum  eis  profecturus  in  crastinum,  protraxitque  sermonem 
usque  in  mediam  noctem. 

8.  Erant  autem  lampades  copiosae  in  cœnaculo,  ubi  eramus  congre- 
gati. 

9.  Sedens  autem  quidam  adolescens,  nomine  Eutichus,  super  fenestram, 
cum  mergeretur  somno  gravi,  disputante  diu  Paulo,  ductus  somno  cecidit 
de  tertio  cœnaculo  deorsum,  et  sublatus  est  mortuus. 


42     ÉTAT  DE  LA  LITURGIE  AU  TEMPS  DES  APOTRES 

INSTITUTIONS         10.  Ad   quem  cum    descendisset  Paulus,  incubuit  super  eum;  et  com 
LITURGIQUES      piexus  dixît:  Nolite  turbari,  anima  enim  ipsius  in  ipso  est. 

II.  Ascendens  autem,  frangensque  panem,  et  gustans,  satisque  allocu- 
tus  usque  in  lucem,  sic  profectus  est.  (Act.,  xx,  7-1 1.) 

NOTE  F 

Salvatore  nostro  in  cœlis  assumpto,  Apostoli  antequam  per  omnem  ter- 
rarum  orbem  dispergerentur,  conspirantibusanimis  convenientes  ad  inte" 
gram  orandum  diem  convertebantur;  et  cum  multam  consolationem  in 
mystico  illo  Dominici  corporis  sacrificio  positam  reperissent,  fusissime, 
longoque  verborum  ambitu  missam  decantabant;  id  enim  pariter,  ac 
docendi  institutum  caeteris  rébus  omnibus  tanquam  praestantius  antepo- 
nendum  existimabant.  Maxima  sane  cum  alacritate,  plurimoque  gaudio 
huic  divino  sacrificio  tempus  insumentes  instabant  impense,  jugiter 
memores  illorum  verborum  Domini  dicentis:  Hoc  est  Corpus  meum;  et, 
Hoc  facite  in  meàm  commemorationem  ;  et,  Qui  manducat  meam  carnem, 
et  bibit  meum  sanguinem,  in  me  manet,  et  ego  in  eo.  Quocirca  et  contrito 
spiritu  multas  preces  decantabant  impense  divinum  implorantes  numen 
(S.  Procli,  GP.  Episcopi,  De  traditione  divinœ  Liturgiœ.) 

NOTE  G 

Eligo,  in  his  verbis  hoc  intelligere,  quod  omnis,  vel  pêne  omnis  fré- 
quentât Ecclesia,  ut  precationes  accipiamus  dictas,  quas  facimus  in  cele- 
bratione  Sacramentorum,  antequam.  iliud,  quod  est  in  Domini  mensa, 
incipiat  benedici  :  orationes  quum  benedicitur,  et  sanctificatur,  et  ad  dis- 
tribuendum  comminuitur,  quam  totam  petitionem  fere  omnis  Ecclesia 
Dominica  oratione  concludit.  Interpellationes  autem,  sive  ut  nostri  codices 
habent,  postulation&s  fiunt,  quum  populus  benedicitur.  Tune  enim  anti- 
stites  veluti  advocati  susceptos  suos  per  manus  impositionem  misericor- 
dissimse  offerunt  pietati.  Quibus  peractis,  et  participato  tanto  Sacra- 
mento,  gratiarum  actio  cuncta  concludit.  (S.  Augustin.  Epist.  CXLIX, 
ad  Paulinum.  0pp. ,  tom.  II,  pag.  5og.^ 


I   PARTIE 
CHAPITRE    IV 


CHAPITRE    IV 


DE    LA    LITURGIE     DURANT    LES    TROIS    PREMIERS    SIECLES 

DE  l'Église 


Ce  chapitre  n'est,  pour  ainsi  parler,  que  la  continuation 
du  précédent  ;  car  si,  plus  haut,  nous  avons  cherché  àpt*ou- 
ver  Torigine  apostolique  d'un  certain  nombre  de  rites  et  de 
cérémonies,  nous  retrouvons  encore  dans  les  institutions 
liturgiques  des  trois  siècles  primitifs,  non-seulement  l'in- 
fluence des  Apôtres,  mais  l'expression  directe  de  leurs  vo- 
lontés, dans  l'établissement  de  cette  partie  si  essentielle  de 
l'ensemble  du  Christianisme.  Néanmoins  nous  avons  cru, 
comme  tout  le  monde,  apercevoir  un  fondement  suffisant  à 
cette  distinction  de  l'époque  primitive  en  deux  âges,  dont 
l'un  se  prend  depuis  l'origine  de  la  prédication  des  Apôtres 
jusqu'au  moment  où  le  dernier  d'entre  eux  disparaît,  c'est- 
à-dire  vers  l'an  loo,  époque  de  la  mort  de  saint  Jean  ;  et 
dont  l'autre  embrasse  toute  la  période  qui  s'est  écoulée 
depuis  la  publication  de  l'Evangile  jusqu'à  la  conversion 
des  empereurs  et  la  délivrance  extérieure  du  Christia- 
nisme. 
Il'  On  peut  dire  que,  durant  les  trois  premiers  siècles,  l'élé- 
ment liturgique,  s'il  est  permis  de  s'exprimer  ainsi,  était 
dans  toute  sa  vigueur  et  extension  ;  car  la  Confession^  la 
Louange  et  la  Prière  embrassaient  l'existence  tout  entière 
des  Chrétiens  de  ce  temps.  Arrachés  aux  mystères  profanes 
du  paganisme,  les  néophytes  sentaient  avec  bonheur  la  reli- 
gion se  développer  en  eux,  et  pendant  que  l' Esprit-Saint 


Dans  cette 
période 
les  institutions 
liturgiques 
sont  encore 
l'expression  di- 
recte de 
la  volonté  des 
Apôtres. 


L'élément 
liturgique  est 

alors 

dans  toute  sa 

vigueur. 


44 


DE   LA    LITURGIE 


INSTITUTIONS    crcait  en  eux  des  cœurs  nouveaux,  leur  bouche  inspirée 

LITURGIQUES         ^    .        .  111  11  1  • 

faisait  entendre  des  chants  d  enthousiasme,  inconnus  jus- 
qu'alors. Aussi,  voyons-nous  que  TApôtre,  parlant  aux 
L'Apôtre      fidèles  de  son  temps,  les  engage,  non-seulement  à  prier,  mais 
fidèles  à  chanter  à  chanter,  comme  à  une  fête  continuelle  :  «  Ne  vous  enivrez 

comme  à  une  .  #11  1  t     -i 

fête  continuelle.  «  pas  avec  le  Vin,  source  de  luxure,  leur  dit-il,  mais  rem- 
c(  plissez-vous  de  TEsprit-Saint,  vous  entretenant  dans  les 
«  psaumes,  les  hymnes,  les  cantiques  spirituels,  chantant  et 
«  psalmodiant  au  Seigneur,  dans  vos  cœurs  (i).  » 

Et  encore  :  «  Que  la  paix  du  Christ  tressaille  dans  vos 

«  cœurs  ;  que  le  Verbe  du  Christ  habite  en  vous  en  toute 

«  sagesse;  et  vous-mêmes,  instruisez-vous  et  exhortez-vous 

«  mutuellement  dans  les  psaumes,  les  hymnes  et  les  canti- 

«  ques  spirituels,  chantant  à  Dieu  dans  vos  cœurs,  par  sa 

«  grâce  (2).  y> 

Ferveur  Dans  les  écrits  des  Pères  de  cette  époque  primitive,  dans 

chrétlenT^^   les  Actes  dcs  Martyrs,  nous  voyons,  en  effet,  les  Chrétiens 

louanee'divine  occupés   à   la   psalmodie,  à  la   célébration  des   louanges 

sous       ^  divines,  presque  sans  relâche,  et   cela,  sous  des   formes 

des  formes  et  a  '  -i^        ^  '  ' 

des  heures     non  point  va^ues  et  arbitraires,  mais  précises  et  détermi- 

precises  ^  ^  -      ,    ^ 

et  déterminées,  nées  ;  noii  à  des  moments  vagues  et  capricieux,  mais  à  des 
heures  précises  et  mystérieuses,  que  Pinstitution  aposto- 
lique avait  fixées  :   ce  qui  est  le  caractère  de  la  Liturgie 
proprement  dite. 
^     î^es  Si  nous  ouvrons  les  Constitutions  apostoliques,  recueil 

Constitutions       ...  r  1         ^ 

apostoliques    liturffique  important,  dont  les  critiques  les  moins  prévenus 

distmguent  les  ^  .  ,  . 

ne  font  aucune  difficulté  de  placer  la  compilation   à  la  fin 

(i)  Nolite  inebriari  vino  in  quo  est  luxuria  :  sed  implemini  Spiritu 
sancto,  loquentes  vobismetipsis  in  psalmis,  et  hymnis,  et  canticis  spi- 
ritualibus,  cantantes  et  psallentes  in  cordibus  vestris  Domino.  (Eph., 
V,  18-19.) 

(2)  Et  pax  Christi  exultet  in  cordibus  vestris  in  qua  et  vocati  estis  in 
uno  corpore  :  et  grati  estote.Verbum  Christi  habitet  in  vobis  abundanter, 
in  omni  sapientia,  docentes  et  commonentes  vosmetipsos  in  psalmis, 
hymnis  et  canticis  spiritualibus,  in  gratia  cantantes  in  cordibus  vestris 
Deo.  (Col.,  III,  i5-i6.) 


I  PARTIE 
CHAPITRE  IV 


DURANT   LES   TROIS   PREMIERS   SIECLES   DE   L^EGLISE         45 

du  deuxième,  ou  au  plus  tard  durant  le  cours  du  troisième 
siècle,  nous  y  lisons  ces  paroles  : 

«  Faites  les  prières,  le  Matin,  à  Theure  de  Tierce,  de  heures  de  la 
«  Sexte,  de  None,  au  Soir  et  au  Chant  dû  Coq.  Le  Matin,  canonLie. 
«  pour  rendre  grâces  de  ce  que  le  Seigneur,  ayant  chassé  la 
«  nuit  et  amené  le  jour,  nous  a  illuminés  ;  à  Theure  de 
«  Tierce,  parce  que  c^est  celle  à  laquelle  le  Seigneur  reçut 
«  de  Pilate  sa  condamnation  ;  à  l'heure  de  Sexte,  parce 
a  que  c'est  celle  à  laquelle  il  fut  crucifié  ;  à  Theure  de  None, 
«  parce  que  c'est  celle  à  laquelle  la  nature  est  émue,  dans 
«  rhorreur  qu'elle  éprouve  de  l'audace  des  Juifs,  et  ne  peut 
«  plus  supporter  l'outrage  fait  par  eux  au  Seigneur  crucifié  ; 
«  au  Soir,  pour  rendre  grâces  à  Dieu  de  ce  qu'il  nous 
«  donne  la  nuit  pour  nous  reposer  des  travaux  du  jour;  au 
«  Chant  du  Coq,  parce  que  c'est  l'heure  qui  annonce 
«  l'arrivée  du  jour,  durant  lequel  nous  devons  faire  les 
«  œuvres  de  la  lumière.  Si,  à  cause  des  infidèles,  il  est 
«  impossible  de  se  rendre  à  l'église,  Evêque,  vous  ferez  la 
«  congrégation  dans  quelque  maison  particulière  (i).  » 

Mais  cette  discipline  n'était  pas  seulement  celle  de  l'Orient,  Les  Pères  latins 
à  laquelle  semblent  appartenir  principalement  les  Consti-  cette  discipline 
luttons  apostoliques  ;  les  Pères  latins  du  même  âge  nous 
attestent  la  même  chose  pour  l'Occident.  «  Puisque,  dit 
«  TertuUien,  nous  lisons  dans  le  Commentaire  de  Luc  (les 
«  Actes  des  Apôtres)^  que  l'heure  de  Tierce  est  cette  heure 
«  de  prière  à  laquelle  les  Apôtres,  initiés  par  l'Esprit-Saint, 
«  furent  regardés  comme  ivres  par  les  Juifs  ;  que  l'heure  de 
«  Sexte  est  celle  à  laquelle  Pierre  monta  à  l'étage  supé- 
«  rieur;  que  l'heure  de  None  est  celle  à  laquelle  il  entra 
«  avec  Jean  au  Temple  ;  ne  voyons-nous  pas  dans  ceci,  à 
«  part  ce  qui  nous  est  dit  ailleurs  de  prier  en  tout  temps  et 
«  en  tout  lieu,  que  ces  trois  heures  si  remarquables  dans 
«  les  choses  humaines,  et  qui,  sans  cesse  rappelées,  servent 


pour 
l'Occident. 


TertuUien. 


(i)  Vid.  la  Note  A. 


46  DE    LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS     «  à  diviscF  le  jour,  à  partager  les  travaux,  ont  dû  aussi  occu- 
LiTURGiQUEs  _  ^^  ^^^  ^^  ^^^^  ^j^^  soleimel  dans  les  prières  divines  (i)  ?  » 

Plus  loin,  il  se  sert  du  mot  Offichim^  pour  désigner  les 
prières  ecclésiastiques  faites  à  ces  heures  :  Sexta  diei  hora 
jiniri  Officio  hiiic  possit  (2). 
Saint  Cyprien.      Saint  CypHen  rend  aussi  un  témoignage  formel  à  cet  usage 
des  Heures  canoniales,  lorsqu'il  dit  dans  son  beau  traité 
de  VOraison  dominicale  :  «  Nous  trouvons,  au  sujet  de  la 
«  prière  solennelle,  que  Daniel  et  ses  trois  enfants,  forts 
«  dans  la  foi  et  vainqueurs  dans  la  captivité,  ont  observé 
«  la  Troisième,  la  Sixième  et  la  Neuvième  heure,  marquant 
c(  par  là  le  mystère  de  la  Trinité,  qui  devait  être  manifesté 
c(  dans  les  derniers  temps.  En  effet,  la  première  heure  arri- 
«  vant  à  la  troisième,  consomme  le  nombre  de  la  Trinité  ; 
c<  la  quatrième  heure  venant  à  la  sixième,  manifeste  une 
«  autre  fois  la  Trinité  ;  et  quand,  par  l'accession  de  trois 
«  autres  heures,  on  passe  delà  septième  à  la  neuvième,  ces 
«  trois  ternaires  expriment  aussi  parfaitement  la  Trinité. 
«  Les  adorateurs  du  vrai   Dieu  se  livrant  à   la  prière    à 
ce  des  temps  fixes  et  déterminés,  dénonçaient  déjà  spirituel- 
ce  lement  le  mystère  figuré  par  ces   intervalles  d'heures, 
ce  mystère  qui  devait  être  plus  tard  manifesté.  Ce  fut  en 
ce  effet  à  l'heure  de  Tierce  que  descendit  sur  les  disciples 
ce  l'Esprit-Saint,  qui  les  remplit  de  la  grâce  que  le  Seigneur 
ce  avait  promise.  Pierre,  à  l'heure  de  Sexte,  montant  sur 
ce  le  toit  de  la  maison,  apprit  par  un  signe,  et  en  même 
ce  temps  par  la  voix  de  Dieu,  qu'il  devait  admettre  tous  le  s 

(i)  Porro,  cum  in  eodem  commentario  Lucae,  et  tertia  hora  orationis 
demonstretur,  sub  qua  Spiritu  sancto  initiati,  pro  ebriis  habebantur  ;  et 
sexta,  qua  Petrus  ascendit  in  superiora  ;  et  nona,  qua  templum  sunt 
introgressi,  cur  non  intelligamus  salva  plane  indifferentia  semper  et 
ubique  et  omni  tempore  orandi,  tamen  très  istas  horas,  ut  insigniores 
in  rébus  humanis  quae  diem  distribuunt,  quae  negotia  distinguunt,  quae 
publiée  résonant,  ita  et  solemniores  fuisse  in  orationibus  divinis.  (Ter- 
tullian.^  de  Jejuniis,  cap.  x.) 

(2)  Ibidem. 


')J. 


DURANT   LES   TROIS    PREMIERS   SIECLES   DE     L  EGLISE       47 

«  hommes  à  la  ffrâce  du  salut,   au  moment  même  où  il       i  partie 

.  .  .  .  .       /     V  CHAPITRE    IV 

«  doutait  s'il  purifierait  les  Gentils.  Le  Seigneur  crucifié  à 

«  cette  même  heure  de  Sexte,  a  lavé  nos  péchés  dans  son 
«  sang,  à  riieure  de  None,  complétant  sa  victoire  par  ses 
«  souffrances,  afin  de  nous  pouvoir  à  la  fois  racheter  et 
«  vivifier.  Mais  pour  nous,  mes  frères  chéris,  au-delà  des 
«  heures  observées  aux  temps  anciens  pour  la  prière,  de 
«  nouvelles  nous  ont  été  assignées,  en  même  temps  que  de 
«  nouveaux  mystères.  Car  il  nous  faut  prier  le  Matin,  afin 
«  de  célébrer  la  résurrection  du  Seigneur  par  une  oraison 
«  matutinale  :  c'est  ce  que  TEsprit-Saint  désignait  autrefois 
«  dans  les  psaumes,  disant  :  Rex  meus  et  Deus  meus,  quo- 
«  nïam ad  te  orabo^  Domine:  mane  exaudiesvocemmeam: 
«  mane  assistam  tibi  et  contemplabor  te.  Et  par  le  Pro- 
«  phète,  le  Seigneur  dit  encore  :  Diluculo  vigilabunt  ad 
«  me  dicentes  :  Eamus  et  revertamur  ad  Dominum  Deum 
«  nostrum.  Quand  le  soleil  se  retire,  et  que  le  jour  cesse,  ij 
«  nous  faut  encore  prier  ;  car  le  Christ  est  le  vrai  soleil,  le 
«  vrai  jour,  et  lorsqu'au  moment  où  le  jour  et  le  soleil  de  ce 
«  monde  disparaissent,  nous  prions  et  demandons  que  la 
«  lumière  revienne  de  nouveau  sur  nous,  c'est  l'avènement 
c(  du  Christ  que  nous  demandons,  du  Christ  qui  nous  don- 
ce  nera  la  grâce  de  l'éternelle  lumière  (i).  » 
Pour  célébrer  ainsi  les  louanges  de  Dieu,  les  Chrétiens  se     L'heure  qui 

,       .        .  ,  ,  .  précédait 

réunissaient  aux  heures  que  nous  venons  de  marquer;  mais  le  lever  du  jour 

c'était  principalement  à  celle  qui  précédait  le  lever  de  la  momenT ^de 
lumière.  Ils  veillaient  dans  la  psalmodie,  et,  tournés  vers  pnere. 

l'Orient,  ils  se  tenaient  prêts  à  saluer  de  leurs  chants  le 
divin  Soleil  de  justice,  dont  le  soleil  visible  a  toujours  été 
l'image  dans  les  monuments  de  la  Liturgie  universelle. 

Dès  l'an  104,  Pline  le  jeune,  écrivant  à  Trajan  pour  le  Témoignage 

consulter  sur  la  conduite  à  tenir  à  l'égard  des  Chrétiens,  pnne-fe^jeu 
atteste  que  les  réunions  religieuses  de  cette  nouvelle  secte 

(i)  Vid.  la  note  B. 


ne. 


48  DE   LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS    avaicnt  lieu  avant  le  lever  du  jour,  et  qu^on  y  chantait  des 

• hymnes  au  Christ  comme  à  un  Dieu  (i).  Tertullien  appelle 

fréquemment  les    assemblées  des  Chrétiens  :  Antelucani 

cœtus.  Toutefois  on  les  tenait  aussi  à  d'autres  heures;  car 

saint  Cyprien  atteste  que  Ton  faisait  TofFrande  eucharistique 

dans  Taprès-midi  aussi  bien  que  le  matin,  quoiqu'il  estime 

meilleur  de  la  faire  le  matin  (2). 

Fêtes  observées       Les   jours   de  fête  observés  durant  les  trois  premiers 

les  temps      siècles,  étaient,  outre  la  Commémoration  de  la  Passion,  de 

apos  0  iques.    ^^  Résurrection  et  de  l'Ascension  de  Jésus-Christ,  et  la 

Descente  du  Saint-Esprit,  jours  que  nous  avons  mentionnés 

dans  le    chapitre  précédent  :   la  Nativité  du   Sauveur,  le 

vingt-cinquième  jour  du  neuvième  mois,  et  son  Epiphanie, 

le  sixième  jour  du  dixième  mois  (3)  ;  à  quoi  il  faut  ajouter 

Soin  avec      Panniversaire  du  trépas  glorieux  des  Martyrs.  On  notait 

'^ceïébraft^ie^^   ^^^^  ^^  P^^^  grand  soin  le  jour  auquel  ils  avaient  souffert, 

your  natal  dQs  ^^  ^^  jq^p  devenait  annuellement  un  jour  de  fête  et  de 

Martyrs.  '  ^    ^  ^        '  ^ 

réunion   religieuse,  auquel  on  offrait   des  oblations  et  des 
sacrifices,  ainsi  que  l'atteste  très-clairement  saint  Cyprien  (4) . 

(i)  Affirmabant  autem  hanc  fuisse  summam  vel  culpae  suae  vel  erroris, 
quod  essent  soliti  stato  die  ante  lucem  convenire,  carmenque  Christo, 
quasi  Deo,  dicere  secum  invicem.  (C.  Plinii  Secundi  Bithyniœ  Proprœ- 
toris  ad  Trajan.  Relatio). 

(2)  S.  Cyprian.  Epist.  LXIII. 

(3)  Dies  festos  observate,  fratres  ;  ac  primum  quidem  diem  Domini 
Natalem  ,  qui  a  vobis  celebretur  vigesima  quinta  noni  mensis.  Post  hune 
diem,  dies  Epiphaniœ  sit  vobis  maxime  honorabilis,  in  quo  Dominus 
nobis  divinitatem  suam  patefecit  ;  is  autem  agatur  sexta  decimi  mensis- 
(Constit.  Apost.y  lib.  V,  cap.  xiii.) 

(4)  Denique  et  dies  eorum  quibus  excedunt  annotate,  ut  commemora- 
tiones  eorum  inter  memorias  martyrum  celebrare  possimus  :  quamquam 
TertuUus  fidelissimus  et  devotissimus  frater  noster,  pro  caetera  soUicitu- 
dine  et  cura  sua  quam  fratribus  in  omni  obsequio  operationis  impertit, 
qui  nec  illi  circa  curam  corporum  deest,  scripserit  et  scribat,  ac  significet 
mihi  dies  quibus  in  carcere  beati  fratres  nostri  ad  immortalitatem  glo- 
riosae  mortis  exitu  transeunt.  Et  celebrentur*  hic  a  nobis  oblationes  et 
sacrificia  ob  commemorationes  eorum,  quae  citô  vobiscum.  Domino  pro- 
tegente,celebrabimus.  (Epist.  XII,  y)^g.  188.) 


DURANT    LES   TROIS   PREMIERS   SIECLES    DE    L^EGLISE         49 

Longtemps  avant  lui,  PÉdise  de  Smyrne,  dans  sa  mémo-       i  partie 

or  7  O  J  7  ^  CHAPITRE   IV 

rable  lettre  sur  le  martyre  de  son  évêque  saint  Polycarpe, 
avait  pratiqué  cet  usage,  disant  qu^elle  espère,  par  le  secours 
du  Seigneur,  célébrer  annuellement  le  jour  Natal  de  son 
martyre  (i).  On  voit  avec  quel  soin  elle  remarque  non- 
seulement  le  mois,  mais  le  jour,  mais  Theure  de  cette  glo- 
rieuse confession  (2).  Ainsi  le  calendrier  de  FÉglise  chré- 
tienne allait  s^enrichissant  de  jour  en  jour,  au  moyen  des 
fêtes  commémoratives  des  mystères  du  salut  du  monde,  et 
aussi  par  l'accession  des  nouveaux  triomphes  remportés 
par  ses  enfants. 

Les  lieux  de  réunion  étaient,  dans  les  moments  de  perse-   ,     Lieux 

,^  .  -^  de  reunion  des 

cution,  les  Cimetières  ou  Catacombes  dans  lesquels  repo-         fidèles 

.  .  ,,  .  .  durant  les 

saient  les  Martyrs  ;  mais,  dans  les  mtervalles  de  paix,  ces  premiers  siècles. 
sombres  asiles  recevaient  encore  la  prière  des  Chrétiens  aux 
jours  anniversaires  de  la  mort  des  soldats  du  Christ  (3).  On 
s'assemblait  également  dans  des  maisons  particulières, 
consacrées  par  leurs  possesseurs  au  nouveau  culte,  comme 
à  Rome,  par  exemple,  la  maison  du  sénateur  Pudens.  On 
peut  voir,  dans  le  dialogue  de  Lucien  intitulé  P^//c>/7a^r/^, 
que  les  salles  dans  lesquelles  se  réunissaient  les  fidèles  étaient 
quelquefois  somptueusement  décorées  (4).  Mais  les  Chré- 

(i)  Quo  etiam  loci  nobis  ut  fieri  poterit  congregatis,  in  exsultatione  ac 
gaudio,  praebebit  Dominus  natalem  martyrii  ejus  diem  cekbrare,  tum  in 
menmoriam  eorum  qui  certamina  pertulerunt,  tum  in  venturorum  homi- 
num  exercitafionem  et  alacritatem.  (Epist.  Ecoles,  Smyrnens .,apud  Rui- 
nart,  Acta  sincera  martyrum.) 

(2)  Martyrium  autem  passus  est  beatus  Polycarpus  Xanthici  mensis 
ineuntis  die  secundo_,  ante  septimum  kalendas  maias,  magno  sabbato, 
hora  octava.  (Ibidem.) 

(3)  Nous  nous  proposons  de  donner  dans  nos  Origines  de  l'Église  Ro- 
maine, aux  tomes  II  et  suivants,  tout  ce  qui  a  rapport  aux  Catacombes 
et  aux  usages  religieux  auxquels  les  premiers  Chrétiens  les  firent  servir. 
Nous  sommes  contraint  d'abréger  considérablement  cette  histoire  rapide 
de  la  Liturgie  et  de  ses  formes,  et  d'indiquer  les  notions  plutôt  que  de 
les  épuiser. 

(4)  On  peut  voir  le  passage  de  Lucien  au  premier  volume  de  nos  Ori- 
gines  de  l'Eglise  Romaine,  page  273.   Nous  traitons  à  cet  endroit  cette 

T.  I  4 


5o  DE   LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS    ticRs  avaiciit  aussi  des  temples  proprement  dits  pour  Fac- 

LITURGIQUES  ^  .  ...  ^, 

• complissementde  leurs  pratiques  liturgiques,  busebe  nous 

apprend  que  les  édits  de  Dioclétien  portaient  injonction  de 
les  détruire  par  tout  Tempire  :  ils  existaient  donc.  Bien 
plus,  nous  savons  par  Origène  que  Tun  des  effets  de  la 
persécution  de  Maximin,  laquelle  commença  en  236,  fut 
Pincendie  des  églises  (i),  que  le  même  auteur  dit  ailleurs 
avoir  dès  lors  existé  dans  toute  l'étendue  de  TEmpire  (2). 
Forme  II  serait   impossible  aujourd'hui  d'assigner,  d'une  ma- 

des    sanctuaires     .^  ,   .         ^       r  ^  •  •      '  '  r      m       r 

primitifs.  niere  précise,  la  forme  de  ces  sanctuaires  primitifs.  Saut 
certaines  salles  des  Catacombes,  ornées  de  peintures  et  de 
mosaïques,  dont  plusieurs  remontent  aux  deuxième  et 
troisième  siècles,  il  n'est  rien  resté  de  ces  lieux  saints, 
témoins  des  assemblées  religieuses  des  Chrétiens  du  pre- 
mier âge  ;  mais  on  peut  conjecturer,  avec  une  apparence 
de  raison,  que  les  premiers  temples  qu'on  éleva  à  la  paix 
de  l'Eglise,  et  dont  la  description  si  pompeuse  est  parvenue 
jusqu'à  nous,  durent  s'élever  sur  le  modèle  de  ceux  qui  les 
avaient  précédés.  La  conversion  des  empereurs  au  Chris- 
tianisme n'avait  pu  amener  d'autres  habitudes  liturgiques,  4 
et  la  forme  qui  semblait  la  meilleure  pour  ces  édifices, 
sous   Dioclétien  et  Galerius,  devait  certainement    encore 


importante  question  d'une  manière  assez  spéciale;  mais  nous  nous  propo- 
sons de  la  suivre  dans  toute  son  étendue  et  dans  tous  ses  détails  dans  les 
volumes  suivants  du  même  ouvrage. 

(i)  Scimus  autem  et  apud  nos  terrae  motum  factum  in  locis  quibus- 
dam  et  factas  fuisse  quasdam  ruinas,  ita  ut  qui  erant  impii  extra  fidem, 
causarn  terrae  motus  dicerent  Ghristianos,  propter  quod  et  persecu- 
tiones  passae  sunt  Ecclesiae  et  incensae  sunt.  (Origen.,  Tractât.  XXVIII 
in  Matthœum.) 

(2)  Olim  quidem  in  uno  Hierosolymae  loco  unum  erat  torcular  ubi 
coacti  preces  emittebant,  cujus  meminit  Esaias'  his  verbis  :  Et  œdifi- 
cavi  turrim  et  protorcular  fodi  in  illa.  Turris  vero  templum  significat, 
protorcular  autem  altare.  Verum  quoniam  illa  se  destructurum  com- 
minatus  est,  et  re  vera  destruxit,  pro  uno  postea  multa  constituit  tor- 
cularia,  Ecclesias  nempe  per  totum  orbem  conditas.  (Origen.,  in  PsaL, 
pag.  81.  HexapL  tom.  I.)  ' 


DURANT    LES  TROIS    PREMIERS    SIECLES    DE    l'ÉGLISE         5i 

être  convenable  vinfft  ans  après,  sous  le  règne  de  Cons-        i  partie 

C>  ^  '  «-^  CHAPITRE   IV 

tantin. 

La  munificence  des  empereurs  enrichit  et  décora  somp-    opulence  des 
tueusement  les  églises  du  quatrième  siècle  ;  celles  des  siè-     mêSe  ^dans 
clés  précédents  n^avaient  pas  été  négligées  par  les  fidèles,    persécutions. 
Non-seulement  nous  voyons  qu^elles  étaient   dotées   de 
revenus  fixes,  souvent  enviés,  tantôt  par  les  proconsuls, 
tantôt  par  les  clercs  simoniaques  ;  mais  d'incontestables 
monuments  nous  apprennent  que  les  objets  qui  servaient 
au  culte  annonçaient  une  véritable  opulence.  Il  suffit  de  se 
rappeler    les   Actes    de    saint   Laurent ,    archidiacre    de 
Rome(i),  et  aussi  Tinventaire  des  meubles  sacrés  deTéglise 
de  Carthage,  tel  qu'il  est  rapporté  au  procès-verbal  d'une 
enquête  faite  par  ordre  des  empereurs  sur  l'origine  du 
schisme  des  Donatistes  (2). 

La  pompe  des  cérémonies  devait  être  aussi  grandement   ,     Pompe 

^         ^  '^       ^  des  cérémonies 

rehaussée  par  la  présence  du  nombreux  clergé  qui  se  réu-  rehaussée 
nissait  autour  de  1  eveque  dans  les  grandes  villes.  A  Rome,  nombreux 
par  exemple,  au  temps  du  Pape  saint  Corneille,  c'est-à-dire 
au  milieu  du  troisième  siècle,  il  n'y  avait  pas  moins  de  qua- 
rante-six prêtres,  sept  diacres,  sept  sous-diacres,  quarante- 
deux  acolytes,  et  cinquante-deux  tant  exorcistes  que  lecteurs 
et  portiers  (3). 

(i)  Hune  esse  vestris  orgiis 

Moremque  et  artem  proditum  est, 
Hanc  disciplinam   fœderis 
Libent  auro    ut  antistites. 

Argenteis  scyphis  ferunt 
Fumare  sacrum  sanguinem. 
Auroque  nocturnis  sacris 
Adstare  fixos  cereos. 

(Prudent.  Peristephanon,  in  S.  Laurent.) 

(2)  Calices  duo  aurei,  item  calices  sex  argentei,  urceola  sex  argentea, 
cucumellum  argenteum,  lucernas  argenteas  septem,  cereofala  duo^  can- 
delas  brèves  aeneas  cum  lucernis  suis  septem,  item  lucernas  œneas  unde- 
cim  cum  catenis  suis,  etc.  (Baluz.,  Miscellan.,  tom.  II,  pag.  g3.) 

(3)  Ignorabat  (Novatianus)   unum  episcopum  esse  oportere  in  Ecclesia 


clergé. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Importance 

de  l'autel 

et  de  la  chaire 

de  FEvêque. 


Le  Sacrifice 

offert 
chaque  jour. 


52  DE    LA    LITURGIE 

Lorsque  la  plupart  de  ces  ministres  entouraient  Tautel, 
il  devait  sans  doute  paraître  environné  de  quelque  majesté: 
aussi  voyons-nous  saint  Cyprien  employer  fréquemment 
ce  terme  d'<^///e/,  comme  nous  ferions  aujourd'hui  :  jusque- 
là  que,  parlant  de  la  consécration  de  Thuile  sainte,  il  dit 
clairement  que,  pour  opérer  ce  rite  sacré,  il  est  besoin  à  la 
fois  et  d'un  autel  et  d'une  église  (i).  Et  ailleurs  :  «  Parce 
«  qu'il  plaît  à  Novatien,  dit-il,  d'ériger  un  autel  et  d'offrir 
c(  des  sacrifices  illicites,  nousfaudra-t-il  nous  passer  d'autel 
«  et  de  sacrifices,  pour  ne  point  avoir  l'air  de  célébrer  les 
«  mêmes  mystères  que  lui  (2)  ?  »  Dans  la  même  épître, 
qui  est  adressée  à  Jubaien,  le  saint  Évêque  de  Carthage 
parle  avec  emphase  de  la  Chaire  de  l'Evêque,  siège  ina- 
liénable établi  dans  chaque  église,  au  centre  de  l'abside,  et 
sur  laquelle  l'élu  de  l'Esprit-Saint  pouvait  seul  s'asseoir. 
On  a  trouvé  de  ces  chaires  au  fond  même  des  Catacombes  ; 
on  y  a  gardé  jusqu'à  nos  jours  celle  sur  laquelle  fut  massa- 
cré le  Pape  saint  Etienne,  et  qui  portait  encore  les  traces 
de  son  sang.  La  basilique  de  Saint- Pierre  conserve  encore 
aujourd'hui  la  Chaire  du  prince  des  Apôtres.  Mais  ce  genre 
de  détails  appartient  à  nos  Origines  de  V Eglise  romaine. 

Sur  cet  autel  dont  nous  venons  de  parler,  s'offrait  le 
Sacrifice  des  Chrétiens;  car  la  Fraction  du  pain  est  désor- 
mais désignée  sous  ce  nom,  dans  les  écrits  des  Pères  qui 
succèdent  aux  écrivains  apostoliques.  Tertullien  est  for- 


Catholica,  in  qua  tamen  sciebat  presbyteros  quidem  esse  quatuor  et  qua- 
draginta,  septem  autem  diaconos,  totidemque  subdiaconos,  acolythos 
duos  et  quadraginta,  exorcistas  et  lectores  cum  ostiariis  duos  quinqua- 
ginta.  (S.  Cornel.)  Epist.  ad  Fabium  Antiochen.,  n"  3,  col.  i5o,  apud 
Coustant.) 

(i)  Porro  autem  Eucharistia  est  unde  baptizati  unguntur,  oleum  in 
altari  sanctificatum.  Sanctificare  autem  non  potuit  olei  creaturam  qui 
necAltare  habuit,  nec  Ecclesiam.  [Epist.  LXX,  pag.  3oi.) 

(2)  Aut  quis  Novatianus  altare  collocare,  et  sacrîficia  offerre  contra  fas 
nititur,  ab  altari  et  sacrificiis  cessare  nos  oportet,  ne  paria  et  similia 
Cum  illo  celebrare  videamur  ?  (Epist.  ad  Jubaianum  de  hœreticis  bapti- 
:^andis.J 


I  PARTIE 
CHAPITRE    IV 


DURANT   LES   TROIS    PREMIERS   SIECLES   DE   l'ÉGLISE         53 

mel  (i)  ;  saint  Cyprien  ne  Test  pas  moins  (2)  ;  il  explique 
même,  avec  profondeur  et  éloquence,  comment  le  Christ, 
préfiguré  par  Melchisédech,  a  offert  une  hostie  dont  Tobla- 
tion  se  continue  dans  TÉglise  (3),  et  il  affirme  que,  de  son 
temps ,  les  prêtres  offraient  chaq^ue  jour  le  sacrifice  à 
Dieu  (4).  Sans  doute,  nous  regarderions  comme  une  chose 
précieuse  un  recueil  liturgique  qui  renfermerait  la  forme 
exacte  du  sacrifice,  des  sacrements  et  sacramentaux  à  Pusage 
des  trois  premiers  siècles  :  mais,  comme  ce  recueil  n'existe 
p\s  pour  nous  autrement  que  dans  Tensemble  des  formules 
essentielles,  qui  n'ont  pu  changer,  parce  qu'elles  sont  uni- 
verselles et,  partant,  divines  ou  du  moins  apostoliques, 
nous  nous  contenterons  de  produire  ici  certaines  particu- 
larités racontées  par  les  écrivains  du  second  et  du  troisième 
siècle. 

Commençons  par  la  description  des  assemblées  chré-     Description 
tiennes  au  jour  du  dimanche,  telle  qu'elle  est  présentée  aux     chrétiennes 
empereurs  par  l'Apologiste  saint  Justin,  au  second  siècle  P^^  ^  ^  * 
du  Christianisme.  L'extrême  réserve  gardée  dans  ce  récit 
laisse  sans  doute  beaucoup  à  désirer,  mais  l'ensemble  qu'il 
offre  n'en  sera  pas  moins  agréable  et  utile  au  lecteur. 

«  Le  jour  du  soleil,  tous  ceux  qui  habitent  soit  la  ville. 


(i)  Quae  oratio  cum  divortio  sancti  osculi  intégra...  quale  sacrificium 
est  a  quo  sine  pace  receditur.  (De  oratione,  cap.  XIV.) 

Nonne  solemnior  erit  statio  tua,  si  et  ad  aram  steteris  ?  Accepte  Cor- 
pore  Domini,  et  reservato,  utrumque  salvum  est,  et  participatio  sacri- 
ficii,  et  executio  officii.  (Ibidem.) 

(2)  Nam  si  Jésus  Christus  Dominus  et  Deus  noster  ipse  est  summus 
sacerdos  Dei  Patris,  et  sacrificium  Patri  seipsum  primus  obtulit,  et 
hoc  fieri  in  sui  commemorationem  praecepit  ;  utique  ille  sacerdos  vice 
Christi  vere  fungitur,  qui  id  quod  Christus  fecit_,  imitatur  ;  et  sacrifi" 
cium  verum  et  plénum  tune  offert  in  Ecclesia  Deo  Patri,  si  sic  incipiat 
offerre,  secundum  quod  ipsum  Cliristum  videat  obtuUssQ.' {Epist.  LXIII, 
pag.  28I.) 

(3)  Ibidem,  pag.  277. 

(4)  Ut  sacerdotes  qui  sacrificia  Dei  quotidie  celebramus,  hostias  Deo 
et  victimas  praeparemus.  {Epist.  LVII,  pag.  253.) 


54  DE   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS     «  soit  là  campagnc,  se  rassemblent  dans  un  même  lieu,  et 

LITURGIQUES  ,  •       ,  >-i  •  i  a        ^ 

• «  la,  on  lit  les  Commentaires  des  Apôtres  et  les  écrits  des 

«  Prophètes,  autant  que  Theure  le  permet.  Ensuite,  quand 
«  le  lecteur  s'est  arrêté,  celui  qui  préside  fait  à  l'assistance 
«  une  admonition  et  exhortation  à  imiter  de  si  beaux  exem- 
«  pies  ;  après  quoi  nous:;ious  levons  tous  ensemble  et  nous 
«  faisons  les  prières.  Ces  prières  étant  finies,  on  apporte 
a  le  pain  et  le  vin  mêlé  d'eau.  Alors  celui  qui  préside  fait 
«  entendre  avec  force  les  prières  et  les  actions  de  grâces,  et 
«  le  peuple  avec  acclamation  répond  :  Amen.  On  fait  la 
«  distribution  des  choses  sur  lesquelles  il  a  été  rendu 
«  grâces,  à  chacun  de  ceux  qui  sont  présents,  et  on  les 
«  envoie  aux  absents  par  les  diacres.  On  fait  ensuite  une 
«  collecte  :  ceux  qui  sont  riches  donnent  librement  ce  qu'ils 
«  veulent,  et  on  dépose  le  tout  aux  mains  de  celui  qui 
«  préside,  et  sa  charge  est  de  subvenir  aux  orphelins  et 
«  aux  veuves,  à  ceux  qui  sont  dans  le  besoin  pour  maladie 
«  ou  toute  autre  raison,  à  ceux  qui  sont  dans  les  liens  et 
«  aux  voyageurs  et  pèlerins.  Nous  nous  réunissons  ainsi 
«  au  jour  du  soleil,  tant  parce  que  c'est  le  premier  jour, 
«  celui  auquel  Dieu  ayant  dissipé  les  ténèbres  et  remué 
tt  la  matière,  créa  le  monde,  que  parce  qu'en  ce  même  jour, 
«  Jésus-Christ  notre  Sauveur  est  ressucité  d'entre  les  morts. 
«  La  veille  du  jour  de  Saturne,  ils  le  crucifièrent,  et  le 
«  lendemain  de  ce  même  jour,  c'est-à-dire  le  jour  du  soleil, 
«  se  manifestant  à  ses  Apôtres  et  à  ses  Disciples,  il  ensei- 
«  gnales  choses  que  nous  venons  de  vous  exposer  (i).  » 
Le  saint  Sacrifice  Dans  un  autre  endroit  de  la  même  apologie,  saint  Justin 
par  sain't'^justin.  donne  d'autres  détails  qui  complètent  les  précédents  :  par- 
lant du  Baptême  et  des  rites  qui  l'accompagnent,  il  en  achève 
la  description  par  celle  du  divin  sacrifice  auquel  assiste  le 
néophyte. 

«  Lorsque  nous  avons  ainsi  lavé  celui  qui  vient  de  ren- 

(i)   Vid.  la  Note  C. 


CHAPITRE  IV 


DURANT    LES   TROIS    PREMIERS   SIECLES   DE    l'ÉGLISE  55 

«  dre  témoignage  de  sa  foi  en  notre  doctrine,  nous  le  con-        i  partie 

«  duisons  vers  ceux  qui  sont  appelés /rère^,  afin   d^offrir 

«  des  prières  communes  et  pour  nous-mêmes,  et  pour  celui 

«  qui  vient  d^être  illuminé,  et  pour  tous  les  hommes,  afin 

«  qu'arrivant  à  la  connaissance  de  la  vérité,  ils  deviennent 

«  dignes  de  participer  à  la  même  grâce.  Quand  les  prières 

«  sont  finies,  nous  nous  saluons  par  le  baiser.  Ensuite  on 

«  apporte  à  celui  qui  préside,  le  pain  et  la  coupe  de  vin 

«  mêlé   d'eau.   Celui-ci  les    ayant  reçus  ,  rend  gloire  et 

«  louange  au  Père  de  toutes  choses  par  le  nom  du  Fils  et 

«  du  Saint-Esprit,  et  accomplit  une  longue  Eucharistie, 

a  ou  Action  de  Grâces,  pour  ces  mêmes  dons  que   nous 

«  avons  reçus  du  Père.    Quand  il  a  achevé  les  prières  de 

«  TEucharistie,  tout  le  peuple   crie  :  Amen.  Or  Amen  en 

«  langue  hébraïque  équivaut  à  Fiat.  Celui  qui  préside  ayant 

«  terminé  les  prières,  et  le  peuple  ayant  répondu,  ceux  que 

«  nous  appelons  diacres  distribuent  le  pain,  le  vin  et  Teaui 

«  sur  lesquels  on  a  rendu  grâces,  afin  que  chacun  de  ceux 

«  qui  sont  présents  y  participent,  et  ils  ont   aussi  le  soin 

ce  de  les  porter  aux  absents  (i).  » 

Dans  ce  récit  succinct,  nous  voyons  clairement  exposé 
tout  Tensemble  du  sacrifice  eucharistique,  tel  qu'il  est 
encore  aujourd'hui.  Le  jour  du  dimanche  est  celui  de  l'as- 
semblée générale  ;  la  messe  dite  des  Catéchumènes  a  lieu, 
comme  aujourd'hui,  par  la  lecture  des  livres  de  l'Ancien  et 
du  Nouveau  Testament. Vient  ensuite  l'Homélie, adressée  à 
l'assistance  par  le  pontife,  en  manière  de  commentaire  sur 
les  lectures  que  l'on  vient  défaire.  Après  l'Homélie,  l'as" 
sistance  se  lève,  et  ont  lieu  les  prières  pour  les  besoins  de 
l'Eglise  et  du  mo  nde  entier,  qui  sont  placées  dans  toutes 
les  Liturgies  avant  la  Consécration.  La  Consécration  est, 
comme  aujourd'hui,  précédée  de  l'Action  de  Grâces^  qui 
est  une  formule   longue,  prolixa^   à    laquelle   appartient 

(i)   F/i. -la  Note  D. 


56  DE   LA    LITURGIE 


I 


INSTITUTIONS     spécialemeiit  le  nom  d'Eucharistie  :  c'est  le  Canon.  Les 

■ ~  réponses  du  peuple  par  acclamation,  le  baiser  de  paix,  la 

communion,  le  ministère  des  diacres,  tout  le  sacrifice  en 
un  mot,  se  trouve  exposé  comme  en  abrégé  dans  cet  admi- 
rable et  touchant  récit,  malgré  l'attention  de  l'Apologiste 
à  ne  pas  révéler  les  m^Mères  au-delà  d'une  certaine  me- 
sure qui  lui  a  été  permise. 
Attitude  Les  Chrétiens  de  cette  époque  prenaient  part  aux  prières 

daîfs  ^^a^^pHè^e.  ^e  l'Église,  en  se  tournant  vers  l'Orient,  et  tenant  les  mains 
étendues  en  forme  de  croix  ;  geste  que  l'Eglise  latine  a 
retenu  pour  le  prêtre,  durant  la  plus  grande  partie  du  sacri- 
fice, et  qui  est  si  expressivement  rendu  sur  les  peintures 
des  Catacombes  romaines.  Tertullien  en  explique  le  mys- 
tère en  son  livre  de  la  Prière  (i). 
Cérémonies         De  même  que  nous  avons  emprunté  à  saint  Justin  la  des- 
baptême  d'après  cription  du  Sacrifice  de  l'Eglise  primitive,  nous  rapporte- 
ertu  len.      ^^^^  l^-   piusjgups  des  cérémonies  qui  accompagnaient  le 
baptême  à  cette  époque,  d'après  Tertullien  que  nous  venons 
de  citer.   Voici    quelques-uns  des  traits  qu'il  rapporte  en 
passant  : 

Avant  d'entrer  au  lieu  où  était  l'eau,  le  Catéchumène, 
sous  la  main  du  pontife,  protestait  de  sa  renonciation  au 
diable,  à  ses  pompes  et  à  ses  anges.  Ensuite  il  était  plongé 
trois  fois,  et  proférait  les  paroles  qui  appartiennent  à  la 
Tradition  et  non  à  l'Évangile.  Étant  levé  des  fonts,  on  lui 
donnait  à  goûter  le  lait  et  le  miel,  et  à  partir  de  ce  jour,  il 
devait  s'abstenir  du  bain  ordinaire,  pendant  toute  une 
semaine  (2).  On  se  disposait  au  baptême  par  de  fréquentes 


(i)Nos  vero  non  attollimus  tantum  manus,  sed  etiam  expandimus  e 
Dominica  passione  modulatum  et  orantes  cox\û\.&[miTCh.rh\.o.[DeOratione, 
cap.  XII.) 

(2)  Ut  a  baptismate  ingrediar,  aquam  adituri,  ibidem,  sed  et  aliquanto 
prius  in  Ecclesia,  sub  antistitis  manu  contestamur  nos  renuntiare  dia- 
bolo, et  pompae.  et  angelis  ejus.  Dehinc  ter  mergitamur,  amplius  aliquid 
respondentes,  quam  Dominus  in  Evangelio  determinavit.    Inde   suscepti, 


I  PARTIE 
CHAPITRE  IV 


DURANT   LES   TROIS    PREMIERS   SIECLES   DE   l'ÉGLISE         5 7 

oraisons,  par  des  jeûnes,  des  génuflexions,  et  par  la 
confession    secrète    des   péchés    (i).    Le    temps    d^admi-  ' 

nistrer  solennellement  ce  grand  Sacrement  était  la  fête 
de  Pâques  et  celle  de  la  Pentecôte  (2).  Enfin  on  ne  fini- 
rait pas  si  Ton  voulait  rappeler  ici  tout  ce  que  cet  auteur 
énumère,  dans  ses  divers  écrits,  de  rites  et  d'observances 
relatives  à  Fadministration  de  ce  premier  sacrement  des 
Chrétiens. 

Nous  n'entreprendrons  donc  point  de  faire  le  dépouille-    ,  Funérailles 

^  ^  ^  .  ,      .        des   Chrétiens 

ment  des  richesses  liturgiques  dont  sont  remplis  les  écrits      d'après  le 

,      rr^  ,,.  ,     .  .    ,  .  1  même  auteur. 

de  Tertullien,  ces  écrits  si  énergiques  dans  lesquels  on 
retrouve  au  naturel  les  mœurs  de  PÉgUse  d'Afrique.  Nous 
nous  contenterons  de  dire  ici  un  mot  d'après  lui  sur  l'im- 
portant sujet  des  funérailles  des  Chrétiens.  On  voit  par  un 
passage  très-précieux  de  son  traité  De  Animâ^  que  le  Chré- 
tien de  ces  premiers  temps  allait  à  la  sépulture,  conduit  par 
un  prêtre,  et  que  ce  prêtre  confiant  cette  dépouille  mor- 
telle à  la  terre,  souhaitait,  comme  aujourd'hui,  la  paix  à 
l'âme  que  la  suprême  volonté  avait  momentanément  sépa- 
rée du  corps  (3).  Et  tel  était  le  zèle  des  Chrétiens  à  témoi- 
gner leur  foi  dans  la  résurrection  des  corps,  qu'ils  n'avaient 

lactis  et  mellis  concordiam  praegustamus,  exque  ea  die,  lavacro  quoti- 
diano  per  totam  hebdomadam  abstinemus.  [De  corona  militis,  cap.  m.) 

(i)  Ingressuros  Baptismum,  oratiortibus  crebris,  jejuniis  et  geniculatio- 
nibus,  et  pervigiliis  orare  oportet,  et  cum  confessione  omnium  rétro 
delictorum....  nobis  gratulandum  est,  si  non  publiée  confitemur  iniqui- 
tates  aut  turpitudines  nostras.  {De  baptismo,  cap.  xx.) 

(2)  Diem  Baptismo  solemniorem  Pascha  prœstat;  cumet  Passio  Domini 

in  quam  tingimur  adimpleta  est exinde  Pentecoste  ordinandis  lavacris 

latissimum  spatium  est caeterum  omnis  dies  Domini  est,  omnis  hora, 

omne  tempus  habile  Baptismo,  si  de  solemnitate  interest,  de  gratia  nihil 
refert.  [Ibid.,  cap.  xix.) 

(3)  Scio  feminam  quamdam  vernaculam  Ecclesiae,  forma  et  aetate  intégra 
ifunctam,  post  unicum  et  brève  matrimonium  cum  in  pace  dormisset,  et 
tmorante  adhuc  sepultura,  intérim   oratione  presbyteri  componeretur,  ad 

primum  halitum  orationis,  manus  a  lateribus  dimotas  in    habitum    sup- 
[plicem  conformasse,  rursumque  condita  pace,  situi    suo    reddidisse.   [De  - 
l'Anima,  cap.  li.) 


58  DE   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS     ricH  clc  préclcux  quand  il  s^agissait  de  la  religion  des  tom- 

^^^    beaux.  «  Si  les  Arabes,  dit  Tertullien  au  Sénat  romain,  si 

«  les  Arabes  se  plaignent  que  nous  n'achetons  pas  d'encens, 

«  les  Sabéens,  du  moins,  savent  que  la  sépulture  des  Ghré- 

«  tiens  consomme  une  plus  grande  quantité  de  leurs  aro- 

«  mates,  qu'il  n'en  est.  employé  à  faire  fumer  devant  les 

c(  dieux  (i).  » 

La  loi  du  secret      Ce  seul  trait  nous  montre  le  zèle  des  Chrétiens  pour  les 

^danïïèr      pratiques  de  leur  culte,  et  nous  révèle  la  splendeur  de  leurs 

premiers  siedes  cérémonies  tant  publiques  que  domestiques.  Mais  combien 

certaines  formes  J^ autres  détails,  Combien  de  formules  liturgiques  précieuses 

de  la  Liturgie  ^  ,  .       . 

primitive.  n'aurions-nous  pas  encore  aujourd'hui,  si  le  secret  dont 
furent  environnés  les  mystères  chrétiens  à  cette  époque,  eût 
permis  leur  manifestation  dans  des  écrits  publics  !  Cette 
considération  doit  toujours  être  présente  à  quiconque  veut 
écrire  ou  résumer  quelque  chose  sur  la  Liturgie,  non-seu- 
lement des  trois  premiers  siècles,  mais  on  pourrait  même 
dire  des  trois  ou  quatre  qui  les  ont  suivis.  Ce  n'est  pas  ici  le 
lieu  de  donner  les  preuves  de  l'existence  de  ce  secret  auguste 
qui  garda  si  fidèlement  les  traditions  chrétiennes  pures  de 
tout  contact  profane.  Les  témoignages  en  sont  trop  abon- 
dants dans  les  écrits  des  Pères,  soit  avant,  soit  après  la  paix 
de  l'Eglise,  et  personne,  que  nous  sachions,  ne  conteste 
aujourd'hui  un  fait  matériel  aussi  palpable.  Seulement 
nous  répéterons  ce  que  nous  disions  tout  à  l'heure,  savoir: 
que  le  premier  résultat  de  ce  secret  pour  les  siècles  où 
nous  vivons,  a  été  de  rendre  plus  ou  moins  obscures  cer- 
taines formes  et  certains  accidents  de  la  Liturgie  primitive, 
bien  qu'un  assez  grand  nombre  de  parties  soit  encore  resté 
en  lumière,  comme  pour  nous  aider  à  suppléer  le  reste,  au 
moyen  de  conjectures  probables. 

Monuments         Toutefois,  ainsi   que  nous  l'avons   dit  dan^  le  chapitre 

liturgiques 

(i)Thura  plane  non  emimus.  Si  Arabia^  queruntur,  scient  Sabœi  plu- 
ris  et  carioris  suas  merces  Christianis  sepeliendis  profligari,  quam  diis 
fumigandis.  [Apologet.,  cap,  xlii.) 


I  PARTIE 
CHAPITRE    IV 


DURANT   LES   TROIS    PREMIERS    SIECLES   DE    L^EGLISE         5g 

précédent,  nous  sommes  en  droit  strict  de  faire  remonter 
à  répoque  que  nous  décrivons  en  ce  moment,  sinon  à  celle 
même  des  Apôtres,  le  texte  des  Liturgies  dites  Apostoli-     de  l'époque 
ques,  le  Canon  de  la  Messe  latine,  les  formules   accompa-       ^^^^ 
gnant  Tadministration  des  Sacrements  ;  en  sorte  que  per- 
sonne ne  saurait  nier  raisonnablement  que  le  style  litur-       j^  ikurgique 
gique,  tel  qu'il  est  universellement  exprimé  dans  tous  ces     produit  du 

o  n.      T  n.  r  ^  génie  chrétien 

monuments,  et  tel  qu'il  a  été  imité  dans  les  siècles  suivants,         .  des  ^ 

.  ,    .  ,  .  ,  ...         premiers  siècles. 

ne  soit  un  produit  du  génie  chrétien  de  Tepoque  primitive. 
Nous  en  donnerons  ici  une  preuve  qui  n'a  peut-être  jamais 
été  alléguée,  mais  qui  n'en  est  pas  moins  incontestable. 

Nons  voyons  dans  les  Actes  des  Martyrs,  la  plupart  de     Preuve  tirée 

ciGs  Actes 

ces  généreux  Confesseurs  du  Christ,  au  moment  de  con-  des  Martyrs, 
sommer  leur  sacrifice,  résumer  dans  une  prière  de  style 
solennel  leurs  vœux  et  leurs  adorations.  Toutes  ces  for- 
mules se  ressemblent,  qu'elles  soient  proférées  par  des 
Evêques  comme  saint  Ignace  d'Antioche,  par  des  laïques 
comme  saint  Théodote  d'Ancyre,  par  de  simples  femmes, 
comme  sainte  Afra.  Or  rien  de  plus  visible  que  l'identité 
du  style  de  ces  prières  avec  celles  de  l'Église  dans  la  célé- 
bration des  mystères.  On  pourrait  donc  légitimement,  en 
s'appuyant  sur  l'analogie  comme  sur  une  règle  de  certitude, 
rapporter  la  rédaction  de  ces  antiques  formules  à  l'âge 
héroïque,  à  l'âge  des  martyrs.  Mais  nous  nous  devons  de 
justifier  notre  assertion  par  des  exemples.  Nous  citerons 
ici,  dans  le  texte,  la  prière  de  saint  Polycarpe  ;  le  lecteur 
en  trouvera  plusieurs  autres  dans  les  Notes  à  la  suite  de 
ce  chapitre  (i).  Voici  cette  prière  : 

«  Domine  Deus  orrinipotens,  Pater  dilecti  ac  benedicti       Prière  de 

i-iM-        •   T  /^i     •     •  ...  .  saint    Polycarpe 

«  Ji^iiii  tui  Jesu  Christi,  per  quem  tui  notitiam  accepimus;     au  moment 
«  Deus  Angelorum  et  virtutum,  ac   universœ   creaturae,  son  immolation. 
«  totiusque  justorum  generis  qui  vivunt  in  conspectu  tuo  ; 
«  benedico  te,  quoniam  me  hac  die  atque  hac  hora  digna- 

(0  Vid.  la  NoteE. 


5o  DE   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS     «  tus  cs,  Ut  partcm  caperem  in  numéro  martyrum  tuorum, 

LITURGIQUES  .  ,.  ^,       .       .  •  i 

■ «  m  calice  Christi  tui,  ad   resurrectionem  vitse  ^ternœ, 

c(  animae  et  corporis,  in  incorruptione  Spiritus  sancti  : 
«  inter  quos  utinam  suscipiar  hodie  coram  te,  in  sacrificio 
«  pingui  et  accepte,  quemadmodum  praeparasti  et  prsemon- 
«  strasti  et  adimplevistt,  mendacii  nescius  ac  verax  Deus. 
c(  Quapropter  de  omnibus  laudo  te,  benedico  te,  glorifico 
«  te,  cum  sempiterno  et  cœlesti  Jesu  Christo,  dilecto 
«  tuo  Filio  ;  cum  quo  tibi  et  Spiritui  sancto  gloria,  et  nunc 
«  et  in  futura  secula.  Amen  (i).  » 
Les  Canons  Une  autre  source  qu^on  ne  doit  pas  manquer  de  consulter 
^^sourcîf  ^'    pour  connaître  Fétat  de  la  Liturgie  dans  les  trois  premiers 

^^^îa^sdence^^^  siècles,  est  le  recueil  de  la  discipline  générale  de   cette 
de  la  Liturgie  époque.  Nous  placerons  en  tête  les  Canons  apostoliques^ 
si    anciens  qu'on  ne  peut  faire  remonter  leur  rédaction 
définitive  au-dessous  du  second  siècle. 

On  y  lit,  au  canon  troisième,  la  défense  de  placer  sur 
Tautel  du  miel,  du  lait,  ou  tout  autre  objet  que  la  matière 
même  du  Sacrifice  du  Seigneur  ;  après  quoi  il  est  ajouté  : 
«  Qu'il  ne  soit  permis  d'offrir  à  Tautel  rien  autre  chose 
«  que  rhuile  pour  le  luminaire,  et  Tencens  au  temps  de  la 
a  sainte  oblation  (2).  » 

Ce  canon  est  important,  principalement  pour  constater 
l'antiquité  de  l'usage  de  brûler  de  l'encens  à  l'autel;  usage, 
du  reste,  qui,  ayant  été  pratiqué  dans  la  loi  mosaïque  et 
dans  toutes  les  religions ,  devait  naturellement  prendre 
place  parmi  les  observances  chrétiennes.  Si  nous  avons  vu 
plus  haut  Tertullien  affirmer  que  les  Chrétiens  n'achetaient 


(i)  Epist.  Eccles.  Sniyrnens.,  apud  Ruinart. 

(2)  Si  quis  episcopus,  vel  presbyter  Domini  de  sacrificio  ordinationem, 
alia  quœdam  ad  altare  attulerit,  mel  vel  lac,  vel  pro  vino  siceram,  vel 
confecta,  vel  aves,  vel  aliquaanimalia,  vel  legumina  prœter  ordinationem, 
dcponatur,  pra:;terquam  nova  legumina,  tempore  opportuno.  Ne  liceat 
autem  aliquid  aliud  ad  altare  offerre,  quam  oleum  ad  luminare,  et  incen- 
sum  tempore  sanctae  oblationis. 


CHAPITRE    IV 


DURANT   LES   TROIS   PREMIERS    SIECLES   DE    l'ÉGLISE         6i 

pas  d^encens,  il  entendait  dire  par  là  que,  ne  s'en  servant  ^  partie 
que  dans  la  célébration  du  sacrifice,  par  la  seule  main  du 
pontife,  la  consommation  qu'ils  en  faisaient  était  de  beau- 
coup moindre  que  celle  qu'en  faisaient  les  païens,  chez 
lesquels  les  simples  particuliers  brûlaient  eux-mêmes,  à 
toute  heure^  Tencens  devant  les  mille  vains  objets  de  leur 
idolâtrie. 

Au  canon  septième,  le  jour  de  la  fête  de  Pâques,  centre 
de  la  Liturgie  annuelle,  est  fixé  de  manière  à  empêcher  la 
communauté  de  pratiques  avec  les  Juifs  (i). 

Au  canon  huitième,  il  est  enjoint  à  Pévêque,  au  prêtre, 
au  diacre,  à  tout  clerc,  de  communier  à  Toblation,  à  moins 
de  raison  suffisante,  et  ce,  sous  peine  d'être  séparé  du  reste 
du  peuple  (2)  ;  et,  dans  le  canon  suivant,  on  prononce  la 
même  peine  contre  ceux  des  fidèles  qui,  étant  entrés  dans 
l'Eglise,  et  ayant  entendu  la  lecture  des  Ecritures  qui  forme 
ce  qu'on  appelle  la  Messe  des  Catéchumènes,  ne  resteraient 
pas  pour  prendre  part  aux  prières  et  à  la  communion (3). 

Le  canon  quarante-deuxième  ordonne  de  séparer  de  la 
communion  un  sous-diacre,  un  lecteur,  ou  un  chantre  qui 
s'abandonnerait  aux  jeux  de  hasard.  Ainsi  l'Eglise  avait 
dès  lors  des  chantres  pour  les  offices  divins.  Du  reste,  il 
:.  en  est  parlé  dans  plusieurs  endroits  des  Constitutions 
apostoliques  (4). 

(i)  Si  quis  episcopus,  vel  presbyter,  vel  diaconus,  sacri  Paschae  diem 
ante  vernum  asquinoctîum  cum  Judasis  celebraverit  deponatur.  (Labb,, 
tom.  I,  pag.  26.) 

(2)  Si  'quis  episcopus,  vel  presbyter,  vel  diaconus,  vel  ex  sacerdotali 
catalogo,  facta  oblatione  non  communicaverit,  causam  dicat:  et  si  proba- 
bilis  fuerit,  veniam  consequatur:  sin  vero  minus  segregetur,  ut  qui 
populo  offensionis  causa  sit  et  suspicionem  dederit  adversus  eum  qui 
obtulit,  tanquam  non  digne  obtulerit. 

(3)  Quicumque  fidèles  ingrediuntur,  et  Scripturas  audiunt,  in  preca- 
tione  autem  et  sacra  communione  non  permanent,  ut  Ecclesiae  confusio- 
nem  afférentes,  segregari  oportet. 

(4)  Hypodiaconus,  vel  lector,  yoX  cantor  similia  faciens,  vel  cessât,  vel 
[segregetur. 


62  DE    LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS        Lc  soixantc-onzième  et  le  soixante-douzième  canon^  sta- 

LITURGIQUES  .  1  i  • 

tuent  de  graves  peines  contre  tout  clerc  et  tout  laïque  qui 

oseraient  soustraire  de  la  sainte  Eglise,  soit  de  la  cire  ou  de 
rhuile,  soit  un  vase  d^or  ou  d'argent^  soit  un  voile  consacré 
au  culte  (i). 

Tels  sont  les  principaux  traits  relatifs  à  la  Liturgie  que 
nous  trouvons  dans  les  Canons  apostoliques.  On  voit  qu^ils 
se  rapportent  parfaitement  au  genre  de  détails  que  nous 
avons  signalés  plus  haut,  d'après  les  monuments  de  cette 
époque. 
Canons  du         Nous  donnerons  maintenant  quelques  canons  du  fameux 

Concile  d'Elvire  .  .  v  i      A       i  •   «v  «v    , 

relatifs        Concile  d'Elvire^  qui  fut  tenu  a  la  fin  du  troisième  siècle, 

à  la  Liturgie.  i     t  •  •  •      i  v 

pour  montrer  que  la  Liturgie  occupait,  des  ce  moment,  une 
place  importante  dans  les  prescriptions  ecclésiastiques,  et 
continuer  de  peindre  les  mœurs  de  l'Eglise  sous  ce  point 
de  vue. 

Au  canon  vingt-huitième,  il  est  statué  que  PEvêque 
ne  recevra  point  l'offrande  de  celui  qui  ne  communie 
pas  (2). 

Au  canon  vingt-neuvième,  qu'on  ne  récitera  point  à  Tau- 
tel,  dans  le  temps  de  Toblation,  le  nom  d'un  énergumène, 
et  qu'on  ne  lui  permettra  point  de  servir  de  sa  main  dans 
l'église  (3);  en  quoi  les  évêques  d'Espagne  étaient  plus 
sévères  que  ceux  d'Afrique,  qui  donnaient  aux  énergu- 
mènes  le  soin  de  balayer  le  pavé  de  l'église  (4). 

(i)  Si  quis  clericus,  vel  laïcus  a  sancta  Ecclesia  cerani  vel  oleum  aufe- 
rat,  segregetur. 

Vas  aureum,  vel  argentum,  vel  vélum  sanctificatum  nemo  amplius  in 
suum  usum  convertat;  hoc  fit  enim  prœter  jus  et  contra  leges.  Si  quis 
autem  deprehensus  fuerit,  mulctetur. 

(2)  Episcopos  placuit  ab  eo  qui  non  communicat  munera  accipere  non 
debere.  (Labb.,  tom.  I,  pag.  973.) 

(3)  Energumenus  qui  ab  erratico  spiritu  exagitatur,  hujus  nomen  neque 
ad  altare,  cum  oblatione,  recitandum,  neque  permittendum,  ut  sua  manu 
in  ecclesia  ministret. 

(4)  Pavimenta  domorum  Dei  energumeni  verrant.  (Concil.  Carthagin.  IV, 
can.  xci,  pag.  1207,  Labb.,  tom..  IL) 


CHAPITRE  IV 


DURANT    LES   TROIS   PREMIERS   SIECLES    DE    l'ÉGLISE         63 

Au  canon  trente-quatrième,  il  est  défendu  d'allumer,  en        i  partie 
plein  jour,  des  cierges  dans  les  cimetières,  afin  de  ne  pas 
inquiéter  les  esprits  des  Saints  (i)^  c'est-à-dire  pour  ne  pas 
troubler  les  fidèles  qui  y  faisaient  leurs  prières. 

Au  canon  quarante-troisième,  il  est  dit  qu'afin  de  réformer 
un  abus,  on  célébrera  la  Pentecôte,  suivant  les  Écritures, 
cinquante  et  non  quarante  jours  après  Pâques  ;  que  ceux 
qui  ne  se  conformerout  pas  à  cet  usage  seront  notés  comme 
induisant  à  une  nouvelle  hérésie  (2). 

On  a  beaucoup  disserté  sur  le  canon  trente-sixième  de  ce     Ce  Concile 

...  1  Ti     1  -1       condamne-t-il 

même  concile,  qui  porte  ces  paroles  :  «  Il  n  y  aura  point  de  les 

j  1         /    T  j  •        *.  •  saintes   images!* 

«  peintures  dans  les  églises,  de  peur  que  ce  qui  est  servi  ^ 

c(  et  adoré  ne  demeure  peint  sur  les  murailles  (3).  »  Certains 
auteurs  protestants  ont  voulu  voir  ici  la  condamnation  des 
saintes  images  ;  mais  les  preuves  que  nous  avons  d'ailleurs 
de  l'usage  qu'avaient  les  Chrétiens  de  représenter,  au  moyen 
des  arts  delà  peinture  et  de  la  sculpture,  les  objets  de  leur 
culte,  obligent  tout  homme  de  bon  sens  à  donner  une  autre 
interprétation  au  canon  cité.  Tertullien  nous  apprend,  en 
effet,  que  les  calices  mêmes  portaient  l'image  du  bon  Pasteur  ; 
et  le  grand  nombre  d'objets  conservés  dans  le  Musée  chré- 
tien du  Vatican,  ojli  gravés  par  Bosio,  Arringhi,  Boldetti, 
Bottari,  Buonarotti,  ont  mis  les  savants  d'aujourd'hui  à 
portée  d'étudier,  d'une  manière  même  assez  complète,  l'art 
chrétien  de  cette  époque.  Peut-être  le  Concile  d'Elvire  ne 
défend-il  ici  les  peintures  sur  les  murailles,  que  parce  qu'il 
y  avait  lieu  de  craindre  que,  ne  pouvant  être  enlevées  dans 

(i)  Cereos  per  diem  placuit  in  caemeterio  non  incendi  ;  inquietandi 
enim  spiritus  sanctorum  non  sunt;  qui  haec  non  observaverint,  arceantur 
ab  Ecclesise  communione. 

(2)  Pravam  institutionem  emendari  placuit,  juxta  auctoritatem  Scriptu- 
rarum,  ut  cuncti  diem  Pentecostes  post  Pacha  celebremus,  non  Quadrage- 
simam,nisi  Quinquagesimam.  Qui  non  fecerit,  novam  haeresim  induxisse 
notetur. 

(3)  Placuit  picturas  in  Ecclesia  esse  non  debere,  ne  quod  colitur  et  ado- 
ratur  in  parietibusdepingatur. 


64  DE    LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS     Ics  moments  de  persécution,  elles  ne  fussent  profanées  par 

LITURGIQUES        ,  .  \,   ,  v  1  i^  U*        ^'  J  ^ 

les  infidèles.  On  trouve  encore  une  objection  du  même  genre 


Objection      dans  un  passage  de  Minutius  Félix,  dans  lequel  Fauteur 

Minudus'péiix  semble  convenir  que  les  Chrétiens  n'avaient  point  de  tem- 

contre  j     p^^P  |g  ^ul^-^  Je  leur  Dieu  :  à  quoi  il  est  facile  de  ré- 

l'existence  des    r         r  '        ^ 

temples       pondre  que  Fauteur  entend  par  là  montrer  la  différence  du 

chrétiens.  j 

christianisme  au  paganisme,  Fun  tellement  esclave  de  la 
matière,  que  les  objets  de  son  culte  étant  détruits,  il  est  lui- 
même  atteint  dans  sa  substance  vitale,  tandis  que  Fautre, 
éminemment  spirituel,  survit  à  la  ruine  d'édifices  qui  ne 
peuvent  contenir  la  majesté  du  Dieu  qu'il  adore.  En  effet, 
ces  quelques  phrases  d'un  opuscule  philosophique  ne  sau- 
raient détruire  les  innombrables  témoignages  de  l'histoire 
des  trois  premiers  siècles,  qui  nous  entretient  sans  cesse 
des  églises  et  lieux  de  réunion  des  fidèles. 

La  sollicitude       Si  les  Conciles,  durant  la  période  que  nous  décrivons, 
Apostof^^ue     ont  dû  s'occuper,  et  se  sont,  en  effet,  occupés  de  règle- 

lerpremieiï  ments  concernant  la  Liturgie,  la  sollicitude  du  Siège  Apos- 
sur  k  ïitur  ie  tolique,  à  cette  même  époque,  ne  devait  pas  s'étendre  avec 
moins  de  zèle  à  régler  et.  satisfaire  ce  premier  besoin  de 
toutes  les  églises.  La  Providence  a  permis  que  l'un  des  actes 
les  plus  caractéristiques  de  Fautorité  pontificale  durant  les 
trois  premiers  siècles^  fût  en  même  temps  un  exercice  sou- 
verain du  pouvoir  romain  sur  les  choses  de  la  Liturgie. 
Au  second -siècle,  les  Églises  d'Asie  suivaient  une  pratique 
différente  de  celle  de  FÉgUse  romaine  dans  la  célébration 
de  la  Pâque.  Au  lieu  de  la  fêter  au  dimanche,  qui  est  le  jour 
de  la  création  de  la  lumière,  de  la  résurrection  du  Christ 
et  de  la  descente  de  l'Esprit-Saint,  elles  suivaient  l'usage 
judaïque  de  la  solenniser  le  14  de  la  lune  de  mars. 
Cette  divergence,  dans  le  mode  de  célébrer  le  principal 
événement  du  christianisme^  offensait  gravement  Funité  du 
culte^  qui  est  la  première  conséquence  de  l'unité  de  foi. 
Cette  persistance,  au  sein  de  la  société  chrétienne,  des 
usages  de  la  Synagogue^  ensevelie  à  jamais  sous  les  ruines 


DURANT   LES   TROIS  PREMIERS   SIECLES    DE   l'ÉGLISE         65 

de  son  temple,  attaquait  d'une  manière  dangereuse  la  va-       ^  partie 

,  ,  .  CHAPITRE  IV 

leur  complète  des  rites  chrétiens  ;  enfin  la  prudence  obli- 
geait  rÉglise  à  prendre  tous  les  moyens  de  s'isoler  de  la 
secte  judaïque,  devenue  comme  sans  retour  l'objet  de  l'exé- 
cration du  ffenre  humain.  Toutes  ces  graves  raisons  porté-    intervention 

V    r  •  .         ,  .  du  pape 

rent  le  pape  saint  Victor  a  faire  une  tentative  énergique    saint  Victor 

.,       .*  ,  ...  ,         .  dans  la 

pour  ramener  lunite  sur  un  point  si  important.  Il  ordonna     controverse 
donc  de  tenir  des  conciles  par  toute  l'Eglise,  au  sujet  de  à  la 

cette  question,  et  ayant  été  à  même  de  juger  que  la  pratique  ^^^de^Ja^^^ 
romaine  de  célébrer  la  Pâque  au  dimanche  était  admise  ^^^®  ^^  Pâques, 
presque  universellement,  il  crut  devoir  agir  sévèrement  à 
l'égard  des  églises  de  la  province  d'Asie,  qui  paraissaient 
vouloir  persister  dans  la  coutume  opposée.  Il  alla  jusqu'à 
les  retrancher  de  la  communion  ecclésiastique;  peine  sévère, 
sans  doute,  et  si  sévère,  qu'elle  fut  plus  tard  révoquée; 
mais  les  évêques,  et  notamment  saint  Irénée,  qui  crurent 
devoir  faire,  à  ce  sujet,  des  représentations  au  Pape,  ne  lui  ; 
reprochèrent  point  d'avoir^  en  ceci,  outrepassé  les  limites 
de  son  autorité  apostolique;  ils  se  contentèrent  de  le  prier 
de  ne  pas  mettre  ainsi  dans  un  état  de  séparation  tant  d'É- 
glises attachées  d'ailleurs  aux  plus  saines  traditions (i).  La 
longanimité  du  Siège  apostolique  produisit  bientôt  le  réta- 
blissement de  la  paix,  mais  cet  acte  important  resta  comme 
une  manifestation  du  pouvoir  incontesté  de  l'Eglise  romaine 
sur  les  matières  liturgiques,  et  comme  un  prélude  des  efforts 
qu'elle  devait  faire- dans  la  suite  des  temps,  pour  réunir 
toutes  les  Eglises  dans  la  communion  des  mêmes  rites  et 
des  mêmes  prières. 

Le  règlement  du  pape  saint  Victor,  sur  la  Pâque,  n'est      Catalogue 

,  ,  1        TA         T  •  •  1  1  des  Pontifes 

pas  le  seul  que  les  Pontites  romains  aient  rendu  pendant       romains 

les  trois  premiers  siècles.  L'importance  des  matières  litur-  àîette  époque 

giques,  jointe  à  la  souveraine  dignité  de  leur  siège,  auquel  ^^co^ncernant^^ 
nous  voyons,  par  Eusèbe,   saint  Cyprien  et  saint  Irénée,      ^^  liturgie. 

(i)  Euseb.,  Hist.  eccles.,  lib.  V,  cap.  xxiii  et  seq. 

T.   I  5 


55  DE   LA   LI-TURGIE 

INSTITUTIONS    qu^oii  rccouralt  dans  toutes  les  circonstances  graves,  ont 
LITURGIQUES  _  ^^  ^^^  mettre  souvent  à  même  de  rendre  soit  des  décrets, 
soit  des  réponses  sur  les  rites  sacrés.  Le  texte  de  ces  règle- 
ments s'est  perdu  par  Tinjure  des  temps.  Il  ne  nous  en  reste 
plus  qu'une  trace  demi-effacée  dans  les  trop  courtes  notices 
du  Liber  pontïjicalis,  -chronïquQ  dont  nous   avons   déjà 
établi  Tautorité  dans  nos  Origines  de  VÉglise  romaine. 
Dans  la  suite  de  cet  ouvrage,  on  trouvera  aussi  une  ample 
histoire  de  l'affaire  du  pape  saint  Victor  avec  les  Asiati-* 
ques,  et  la  discussion  sérieuse  des  décrets  dont  la  teneur  suit. 
Saint  Lin.         Saint  Lin   ordonna   que   les  femmes  entreraient  dans 
réglise  la  tête  voilée  (i). 
Saint  Anaciet.       Saint  Anaclet  construisit   la  mémoire  ou  tombeau   de 
saint  Pierre,  et  fixa  le  lieu  de  la  sépulture  des  évêques  de 
Rome. 
Saint  Évariste.       Saint  Évariste  divisa,  entre  les  prêtres,  les  titres  ou 
,  églises  de  Rome,  et  régla  que  Tévêque,  annonçant  la  parole 
de  Dieu,  serait  assisté  de  sept  diacres. 
Saint  Alexandre.      Saint  Alexandre  ordonna  qu'on  insérerait  la  mémoire  de 
la  Passion  du  Seigneur  dans  les  prières  du  sacrifice,  et  que 
l'on  bénirait  l'eau  avec  le  sel  pour  en  arroser  la  demeure 
des  hommes. 
Saint  Sixte  i^^       Saint  Sixte  P^  statua  que  les  vases  sacrés  ne  seraient  tou- 
chés que  par  les  ministres,  et  confirma  l'usage  de  chanter 
durant  Y  Action  cette  hymne  :  Sanctus,  Sanctus,  etc. 
'saint  Saint  Télesphore  établit  que  la  nuit  de  la  Naissance  du 

Téiesphore.  g^-g^^^^^^  ^^  célébrerait  le  sacrifice;  ce  qui,  aux  autres 
jours,  ne  devait  point  avoir  lieu  avant  l'heure  de  tierce  ; 
qu'au  commencement  du  même  sacrifice,  on  chanterait 
l'hymne  angélique:  Gloria  in  excelsis^eo. 
Saint  Anicet.  Saint  Anicet  défendit  aux  clercs  de  nourrir  leur  che- 
velure. 
Saint  Pie  1er.        Saint  Pie,  à  la  prière  de  la  vierge  Praxède,  dédia  en  église 

(i)  Liber  pontificalis,  ad  Linum,  Anacletum,  etc. 


DURANT   LES   TROIS   PREMIERS   SIECLES   DE    L^ÉGLISE         67 

les  Thermes  de  Novat.  in  Vico  Patricia  ;  il  fît  de  riches       i  partie 

CHAPITRE  IV 

offrandes  à  ce  nouveau  sanctuaire  ;  il  y  offrit  souvent  le 

sacrifice  au  Seigneur^  il  y  fît  construire  une  fontaine  baptis- 
male, et  y  baptisa  de  sa  main,  au  nom  de  la  sainte  Tri- 
nité, de  nombreux  catéchumènes. 

Saint  Soter  défendit  aux  diaconesses  de  toucher  les  pâlies    Saint  Soter. 
sacrées,  et  de  mettre  l'encens  dans  Tencensoir. 

Saint  Zéphyrin  statua  que  l'ordination  des  prêtres,  des  Saint  Zéphyrin. 
diacres,  et  même  des  simples  clercs,  aurait  lieu  en  présence 
du  clergé  et  des  fidèles. 

Saint  Callixte  fixa  le  jeûne  du  samedi,  quatre  fois  Tan,  au  Saint  Callixte. 
quatrième,  au  cinquième,  au  septième  et  au  dixième  mois, 
ir  dédia  la  basilique  de  Sainte-Marie    trans    Tiberim  ; 
agrandit  et  décora  sur  la  voie  Appienne,  le  fameux  cime- 
tière qui  porte  son  nom. 

Saint  Urbain  fît  faire  d'argent  les  vases  sacrés,  et  offrit  Saint  Urbain, 
vingt-cinq  patènes  du  même  métal. 

Saint  Fabien  fît  faire  beaucoup  de  constructions  dans  les   Saint  Fabien, 
cimetières. 

Saint  Corneille  leva  les  corps  de  saint  Pierre  et  de  saint  Saint  Corneille. 
Paul  du  lieu  où  ils  reposaient  dans  les  Catacombes,  et  les 
replaça,  l'un  dans  les  plaines  du  Vatican,  l'autre  sur  le 
chemin  d'Ostie. 

Saint  Etienne  défendit  aux  prêtres  et  aux  diacres  de  se  Saint  Etienne, 
servir,  dans  l'usage  commun,  des  habits  dont  ils  usaient  à 
l'autel. 

Saint  Félix  I«^  recommanda  la  célébration  du  sacrifîce  sur  Saint  Félix  i^r. 
les  mémoires  des  martyrs,  et  dédia  une  basilique   sur  la 
y oiQ,  Aurélia. 

Saint  Euty chien  établit  qu'on  ne  bénirait  à  l'autel  que  les  Saint  Eutychien. 
seules  prémices  des  fèves  et  des  raisins.   Il  ensevelit  les 
^jnartyrs  de  ses  propres  mains,  et  ordonna  aux  fidèles  de 
couvrir  de  riches  vêtements  les  corps  de  ces  courageux 
athlètes  du  Christ,  lorsqu'ils  les  rendraient  à  la  terre. 

Nous  arrêterons  ici   cette,  énumération,  du  reste  fort 


58  ,  DE   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS     incompJètc,   des  lois  des   premiers   pontifes  romains  en 
LITURGIQUES    ^^^-^^^  ^^  Liturgie,  et  nous  nous  contenterons  de  remar- 
quer, ainsi  que  nous  Pavons  fait  ailleurs,  que  ces  règle- 
Caractère      ments  doivent  être  considérés,  les  uns  comme  des  ordon- 
règlements.     nances  pour  la  seule  Église  de  Rome,  les  autres  comme 
le  renouvellement  de  fanons  plus  anciens,  d'autres  enfin 
comme  des  lois  adressées,  ainsi  que   le  décret  de  saint 
Victor  sur  la  Pâque,  à  toutes  les  Eglises. 
Écrivains  Après  avoir  ainsi  donné,  dans  les  lois  et  les  canons  des 

litur^^iques     ^^^.^  premiers  siècles  en  matière  liturgique,  la  physiono- 
^""""'s'ièE'^''  mie  générale  de  F  Église  sous  cet  important  rapport,  il 
nous  reste  encore  à  parcourir  les  divers  écrivains  de  cette 
époque,  sous  le  point  de  vue  des  ressources  et  des  éclair- 
cissements qu'on  en  peut  tirer  quant  à  la  Liturgie. 
Le  compilateur      Saint  Clément  de  Rome,  s'il  était  réellement  l'auteur  ou 
Con^itidions    le  Compilateur  de  l'importante  collection  intitulée  :  Consti- 
apostoliques,    ^^fj^^^^  apostoUques,  mériterait  d'être  placé  à  la  tête  des 
liturgistes  du  premier  âge  de  l'Église,  comme  il  est  digne 
de  figurer  le  premier  sur  la  liste  des  écrivains  ecclésiasti- 
ques. En  effet,  les  Constitutions  apostoliques  contiennent, 
au  livre  huitième,  une  Liturgie  du  Sacrifice  si  complète 
et  si  remplie  en  même  temps  de  majesté  et  d'onction,  que 
Grancolas  n'a  pu  s'empêcher  de  la  qualifier  une  des  plus 
belles  et  une  des  plus  grandes  qui  se  trouvent  dans  l'anti- 
quité (i)  :  mais  nous  n'avons  aucune  preuve  à  fournir  à 
l'appui  du  sentiment  qui  en  attribuerait  la  rédaction   à 
saint  Clément.  Quoi  qu'il  en  soit,  elle  a  dû  être  composée 
avant  la  paix  de  l'Église,  puisque  la  compilation  dont  elle 
fait  partie  remonte  elle-même  jusqu'aux  temps  que  nous 
.  décrivons,  non-seulement  d'après  le  sentiment  des  docteurs 
catholiques  (2),  mais   mênie  d'après    celui   de   plusieurs 

{i)  Anciennes  Liturgies,  ^^g,  (^6. 

{2)  Fronto,Prœnotationes  ad  Kal.  Rom.,  §  5;  Morin,  De  Sacris  Ordi- 
nat.,  part.  III,  pag.  20;  De  Marca,  Concord.,  lib.  Ill,  cap.  11  ;  Bona,  Rerum 
Liturgicarum,  lib.  I,  cap.  viii,  §  4;  Schelestrate,  Antiq.  illustr.,  part.   II, 


I  PARTIE 
CHAPITRE    IV 


DURANT   LES   TROIS   PREMIERS   SIECLES  DE   l'ÉGLISE         69 

savants  protestants  (i).  Nous  l'enregistrerons  donc  ici 
comme  un  monument  de  Tépoque  que  nous  racontons, 
sans  vouloir  précisément  en  assigner  Fauteur. 

Nous  avons  cité  la  plus  grande  partie  de  ce  que  saint    Saint  Justin, 
Justin  rapporte  dans  sa  première  Apologie  sur  le  sacrifice  ^  ^^* 

des  chrétiens,  qu'il  avait  à  justifier  des  calomnies  gros- 
sières à  Taide  desquelles  on  Pavait  travesti.  Il  explique  aussi 
le  baptême  au  même  endroit,  mais  nous  avons  préféré 
citer  quelques  traits  de  Tertullien  sur  le  même  sacrement, 
comme  exprimant  les  usages  chrétiens  avec  plus  de  détail 
que  ne  le  pouvait  faire  saint  Justin  dans  un  livre  destiné  • 
aux  païens. 

Méliton,  évêque  de  Sardes,  qui  vivait  en  170,  écrivit  Méiiton,  évêque 
un  traité' sur  la  célébration  de  la  Pâque.  Nous  ne  con- 
naissons plus  ce  traité  que  par  un  fragment  d'un  autre 
livre  sur  la  Pâque,  écrit  par  Clément  d'Alexandrie,  et  égale- 
ment perdu,  sauf  un  passage  dans  lequel  est  cité  Méliton  : 
ce  passage  nous  a  été  conservé  par  Eusèbe  (2).  Méliton  y 
dit  avoir  écrit  son  livre  du  temps  que  Servilius  Paulus  était 
proconsul  d'Asie  ;  que  Sagatis,  évêque  de  Laodicée,  souf- 
frit le  martyre,  et  qu'une  grande  controverse  s'éleva  dans 
cette  ville,  au  sujet  de  la  solennité  pascale.  Cette,  contro- 
verse, antérieure  à  celle  qui  eut  lieu  sous  saint  Victor,  est 
remarquable.  Méliton  avait  en  outre  laissé  sur  le  jour  du 
Dimanche  un  traité  qui  est  également  perdu. 

Le  ffrand  Clément  d'Alexandrie  tient  rang  parmi  les  au-       Clément 

,.  .  ^  .  .  .,    ,  f.      .  d'Alexandrie. 

teurs  liturgistes  ats  trois  premiers  siècles.  Ainsi  que  nous 
venons  de  le  voir,  il  avait  aussi  écrit  sur  l'importante  ques- 
tion de  la  Pâque.  Il  est,  de  plus,  auteur  d'un  Hytq  du  Jeûne 
qui  a  pareillement  péri;  mais  nous  possédons  encore  de 

dissert.  II,  cap.  ii;  Pagi,  Critic.  Baron,  ad  annum  loo,  n»  lo;  Lebrun, 
Explication  de  la  Messe,  tom.  II. 

(i)  Henri  Hammond,  Gave,Thomas  Brett,Collectio prœcipuanim  Lititr- 
giarum  Ecclesiœ  christianœ. 

(2)  Hist,  eccles.,  lib.  IV,  cap.  xxvi, 


yo  DE   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS    lui  uuQ  hymnc  admirable  au  Sauveur,  placée  à  la  suite  de 

-^ ^ —  son  Pédagogue.  Cette  hymne  est  la  plus  ancienne  qui  soit 

parvenue  jusqu'à  nous  :  c'est  un  des  cantiques  spirituels 
dans  le  genre  de  ceux  dont  parle  T  Apôtre  ;  nous  essayerons 
d'en  rendre  ici  la  ravissante  mélodie. 
Son  hymne  «  Frein  des  jeunes  coursiers  indomptés,  aile  des  oiseaux 
au  Sauveur.  ^^  ^^-  ^^'^^^  ^^  s'égarent,  gouvernail  assuré  de  l'enfance, 
«  pasteur  des  agneaux  du  roi  ;  tes  simples  enfants,  ras- 
ce  semble-les,  pour  louer  saintement,  chanter  avec  candeur 
«  d'une  bouche  innocente,  le  chef  des  enfants,  le  Christ. 

Cl  O  Roi  des  saints.  Verbe,  triomphateur  suprême,  dis- 
cc  pensateur  de  la  sapience  du  Père,  du  Très-Haut  ;  toi, 
«  l'appui  dans  les  peines,  heureux  de  toute  éternité.  Sau- 
ce veur  de  la  race  mortelle,  Jésus  ! 

ce  Pasteur,  agriculteur,  frein,  gouvernail,  aile  céleste  du 
ce  très-saint  troupeau  ;  pêcheur  des  hommes  rachetés,  amor- 
ce çant  à  l'éternelle  vie  l'innocent  poisson  arraché  à  l'onde 
ce  ennemie  de  la  mer  du  vice. 

ce  Sois  leur  guide,  ô  pasteur  des  brebis  spirituelles  !  ô 
»  saint!  sois  leur  guide.  Roi  des  enfants  sans  tache!  les 
ce  vestiges  du  Christ  sont  la  voie  du  ciel. 

ce  Parole  incessante,  éternité  sans  bornes,  lumière  sans 
ce  fin,  source  de  miséricorde,  auteur  de  toute  vertu,  vie 
ce  irréprochable  de  ceux  qui  louent  Dieu. 

ce  O  Christ!  ô  Jésus!  nous  qui,  de  nos  tendres  bouches, 
ce  suçons  le  lait  céleste  exprimé  des  douces  mamelles  de  ta 
ce  sagesse,  la  grâce  des  grâces  ;  petit^nfants,  abreuvés 
ce  de  la  rosée  de  l'esprit  qui  découle  de  ta  parole  nourris- 
cc  santé,  chantons  ensemble  des  louanges  ingénues,  des 
ce  hymnes  sincères  à  Jésus-Christ  Roi. 

ce  Chantons  les  saintes  récompenses  de  la  doctrine  de 
et  vie.  Chantons  avec  simplesse  l'Enfant  tout-puissant, 
ce  Chœur  pacifique,  enfants  du  Christ,  troupe  innocente, 
ce  chantons  ensemble  le  Dieu  de  la  paix  (i).  » 

(i)  Clément.  Alexandr.  Opéra.  Edit.  Potter.  Oxon,  tom.  I,  pag.  267. 


•)' 


DURANT   LES   TROIS   PREMIERS   SIECLES   DE   L  EGLISE         7 1 

Tertullien  offre  les  plus  grandes  ressources  pour  l'étude       ^  partie 

*-^  ^  CHAPITRE    IV 


des  usages  liturgiques  de  l'Eglise  de  son  temps.  Les  traits 
que  nous  avons  cités  dans  ce  chapitre,  l'énumération  des 
pratiques  chrétiennes  qu'on  remarque  dans  le  passage  cité  Tertullien. 
ci-dessus  au  chapitre  m  (i),  ne  donnent  qu'une  faible  idée 
de  l'abondante  moisson  que  les  amateurs  de  la  science  des 
rites  sacrés  peuvent  glanerdanstoutl'ensembledeses  écrits. 
Nous  leur  recommandons  principalement  les  traités  de 
Jejiiniis^  de  Virginibiis  velandis^  de  Cidtu  feminarum^  et 
celui  ad  Uxorem. 

Dans  ce  dernier  livre,  parlant  des  graves  inconvénients  de 
la  situation  d'une  femme  chrétienne  mariée  à  un  païen,  il 
donne  ces  détails  remarquables  sur  les  mœurs  de  l'Église 
du  troisième  siècle  : 

«  Si  elle  doit  se  rendre  à  l'église  pour  la  Station,  le  mari        Détails 

1     •         1         A  ly  ^^)       f       '  remarquables 

«  lui  donnera  rendez- vous  au  bain  plus  tôt  qu  a  1  ordinaire;  sur  les ,  mœurs 

.  .  •  de  l'EsIise 

«  s'il  faut  jeûner,  il  se  trouvera  qu'il  donne  à  manger  le  au  m^  siècle, 
«  même  jour  ;  s'il  faut  sortir,  jamais  les  domestiques  n'au-  cet^au^teur."^ 
«  ront  été  plus  occupés.  Souffrira-t-il  que  sa  femme  aille 
«  de  rue  en  rue  visiter  les  frères,  et  même  dans  les  plus 
«  pauvres  réduits  ?  qu'elle  se  lève  d'auprès  de  lui  pour  assis- 
.  «  ter  aux  assemblées  de  la  nuit  ?  souffrira-t-il  tranquille- 
«  ment  qu'elle  découche  à  la  solennité  de  Pâques }  la  lais- 
«  sera-t-il  sans  soupçon  aller  à  la  table  du  Seigneur,  si 
«  décriée  parmi  les  païens?  trouvera-t-il  bon  qu'elle  se 
«  glisse  dans  les  prisons  pour  baiser  les  chaînes  des  mar- 

«  tyrs  ? Et  quand  même  il  se  rencontrerait  un 

«  mari  qui  souffrît  toutes  ces  choses,  c'est  encore  un  mal 
«  de  faire  confidence  de  nos  pratiques  aux  Gentils...  Vous 
«  cacherez-vous  de  lui,  lorsque  vous  faites  le  signe  de  la 
ce  croix  sur  votre  lit  ou  sur  votre  corps;  lorsque  vous 
«  soufflez  pour  chasser  quelque  chose  d'immonde,  lorsque 
«  vous  vous  levez  la  nuit  pour  prier  ?  ne  sera-t-il  pas  trente 

(i)  Pag.  24. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Saint  Irénée. 


Saint  Hippolyte, 

évêque 

et  martyr. 


Saint  Den)rs 
d'Alexandrie. 


72  DE   LA    LITURGIE 

«  de  voir  en  tout  ceci  des  opérations  magiques  ?  ne  saura- 
«  t-il  point  ce  que  vous  goûtez,  en  secret,  avant  toute  nour- 
«  riture?  et  s'il  sait  que  c'est  du  pain,  ne  croira-t-il  pas 
«  qu'il  est  tel  qu'on  le  dit  (i)  ?  » 

Plus  loin,  parlant  de  la  félicité  du  mariage  chrétien,  il 
nous  apprend  qu'il  se  contractait  dès  lors  en  présence  de 
l'Église,  au  pied  de  l'autel  :  «  Gomment  suffirons-nous  à 
«  raconter  le  bonheur  de  ce  mariage  dont  l'ÉgHse  forme 
«  l'alliance,  que  l'oblâtion  confirme,  que  scelle  la  béné- 
«  diction,  que  les  Anges  rapportent  au  Père  céleste  qui 
«  le  ratifie  (2)  ?  » 

Saint  Irénée  ne  nous  est  connu,  sous  le  rapport  de  la  Li- 
turgie, que  par  ses  lettres  dans  la  controverse  de  la  Pâque. 
Eusèbe  nous  a  conservé  un  fragment  de  l'une  d'elles  dans 
son  histoire.  Nous  savons  par  le  même  auteur  queThéophile 
de  Gésarée  en  Palestine  et  Polycrate  d'Ephèse  écrivirent 
aussi  des  lettres  sur  la  même  matière;  le  premier,  en 
faveur  de  l'orthodoxie;  le  second,  dans  le  sens  des  quarto- 
décimains  (3). 

Saint  Hippolyte,  évêque  et  martyr,  traça  un  cycle  pour 
la  supputation  de  la  fête  de  Pâques,  et  ce  cycle  se  lit  encore 
aujourd'hui  gravé  sur  la  chaire  de  marbre  de  ce  docte 
évêque,  laquelle,  avec  la  belle  statue  qui  y  est  assise,  est 
bien  aussi  un  monument  liturgique  de  l'époque  que  nous 
traitons,  et  un  des  principaux  ornements  de  la  bibliothèque 
Vaticane. 

Saint  Denys  d'Alexandrie,  au  milieu  du  troisième  siècle, 
écrivit  plusieurs  lettres  pascales,  et  une  épître  canonique 
adressée  à  l'évêque  Basilides,  sur  le  même  sujet  de  lacélé- 


(i)  Vid.  la  Note  G. 

(2)  Unde  safficiamus  ad  enarrandam  felicitatem  ejus  matrimonii  quod 
Ecclesia  conciliât,  et  confirmât  oblatio,  et  obsignat  benedictio  ;  Angeli 
renuntiant,  Pater  rato  habet?  {Ad  Uxorem,  lib.  II,  cap.  ix.) 

(3)  Euseb.,  Hist,  eccîes.,  lib.  V,  cap.  xxiii  et  seq. 


I  PARTIE 
CHAPITRE   IV 


DURANT   LES   TROIS   PREMIERS   SIECLES   DE   l'ÉGLISE         7 3 

bration  de  la  Pâque;  une  lettre  sur  le  samedi;  une  autre 
de  officio  diaconi  (i). 

Saint  Cyprien  doit  être  rangé  parmi  les  écrivains  les  plus  Saint  Cyprien. 
importants  sur  la  matière  qui  nous  occupe.  Il  suffira  de 
rappeler  son  admirable  épître  à  Cécilius  sur  le  sacrifice 
chrétien,  et  mille  endroits  tant  de  ses  traités  que  de  ses 
lettres,  écrits  qui,  comme  ceux  de  Tertullien,  reflètent 
de  la  manière  la  plus  exacte  et  la  plus  vive  les  mœurs  de 
r Église  d'alors.  Le  livre  de  V Oraison  dominicale  est  aussi 
fort  important;  mais  une  phrase  de  ce  livre  ayant  été, 
ainsi  que  nous  le  verrons  dans  la  suite  des  temps,  le  texte 
d'un  grand  nombre  de  sophismes  dangereux  et  subversifs 
de  toute  Liturgie,  malgré  le  désir  que  nous  avons  d'abréger 
cette  revue  des  écrivains  ecclésiastiques  des  trois  premiers 
siècles,  nous  placerons  ici  ce  fameux  passage,  en  invitant 
le  lecteur  à  y  recourir,  toutes  les  fois  qu'il  en  sera  besoin, 
dans  la  suite  de  ce  récit. 

«  Le  Christ  avait  dit  que  l'heure  était  venue  où  les  vrais  Passage  célèbre 
«  adorateurs  adoreraient  le  Père  en  esprit  et  en  vérité,  et  ce       son  livre 

,.,  .  .       .,  ,,  ..  p  .  de  VOraison 

«  qu  il  avait  promis,  il  la  accompli,  en  faisant  que  nous,     dominicale. 

«  qui  avons  reçu  pour  fruit  de  son  sacrifice  l'esprit  et  la 

«  vérité,  pussions,  instruits  par  ses  leçons,  adorer  vraiment 

«  et  spirituellement.  En  effet,  quelle  prière  plus  spirituelle 

«  que  celle  qui  nous  a  été  donnée  par  le  même  Jésus-Christ 

«  qui  nous  a  envoyé  l'Esprit-Saint  ?  quelle  prière  plus  vraie 

«  aux  yeux  du  Père,  que  celle  qui  est  sortie  de  la  bouche 

«  du  Fils,  qui  est  la  vérité  même }  Prier  autrement  qu'il  n'a 

cv  enseigné,  ce  n'est  pas  seulement  ignorance,  mais  faute  ; 

«  car  le  Christ  a  intimé  sa  volonté,  et  a  dit  :  Vous  rejetez 

«  le  commandement  de  Dieu   pour  établir  votre  propre 

«  tradition.  Prions  donc,  frères  chéris,  prions  comme  Dieu 

«  notre   maître  nous  a  appris.  C'est  une  prière  amie  et 

«  familière  que  celle  qui  s  adresse  à  Dieu  comme  venant  de 

(i)  Euseb.,  Hist.  eccles.,  lib.  VII,  passim. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Anatolius 

de  Laodicée  et 

saint  Pierre 

d'Alexandrie. 


L'hérésie 

cherche  déjà 

à  corromp)re 

la  Liturgie 

pour  répandre 

ses  erreurs. 


Paul 
de  Samosate. 


LesDonatistes. 


Valentin 
et  Hiérax. 


74  DE   LA   LITURGIE 

«  lui,  et  fait  monter  à  ses  oreilles  la  prière  même  du 
«  Christ.  Arnica  et  familiaris  oratio  est  Deum  de  suo 
«  rogare.,  ad  aures  ejus  ascendere  Christi  orationem[\).yy 

Nous  terminerons  cette  revue  par  les  noms  d^ Anatolius 
de  Laodicée  et  de  saint  Pierre  d^ Alexandrie,  qui  ont  écrit 
Tun  et  Tautre  sur  le  suj^t  de  la  Pâque  (2);  question  qui, 
comme  on  le  voit,  occupa  presque  tous  les  auteurs  litur- 
gistes  des  trois  premiers  siècles. 

Tandis  que  la  Liturgie  était  ainsi  considérée  comme  une 
des  principales  forces  du  christianisme,  Thérésie  qui  cherche 
toujours  à  contrefaire  Torthodoxie,  et  à  tourner  au  profit 
de  ses  coupables  projets  les  moyens  que  celle-ci  emploie 
pour  maintenir  les  saintes  traditions,  mettait  déjà  la  main 
sur  cette  arme  sacrée.  Le  précurseur  d'Arius,  Paul  de 
Samosate,  abolissait  les  chants  dont  son  église  retentissait 
jusqu'alors  en  Thonneur  du  Christ,  et  y  substituait  d'autres 
cantiques  dans  lesquels  il  recevait  les  flatteries  sacrilèges 
de  ses  sectateurs  (3).  Les  schismatiques  qui,  sous  le  nom 
de  Donatistes,  fatiguèrent  FEglise  d'Afrique,  de  la  fin  du 
troisième  siècle  jusque  dans  le  cinquième,  fabriquèrent 
aussi,  comme  le  rapporte  saint  Augustin,  des  chants,  sous 
forme  de  psaumes,  destinés  à  répandre  le  venin  de  leurs 
erreurs  dans  la  multitude  réunie  pour  la  prière  (4).  Du 
reste,  longtemps  auparavant,  le  fameux  Valentin  avait 
aussi,  avec  une  grande  imprudence^  comme  dit  Tertullien, 
composé  ses  Psaumes  (5),  et  saint  Épiphane  nous  apprend 


(i)  Vid.  la  Note  H. 

(2)  Euseb.,  Hist.  eccles.,  lib.  VII,  cap.  xxxii. 

(3)  Psalmos  in  honorera  Domini  nostri  Jesu-Christi  cani  solitos,  quasi 
novellos  et  a  recentioribus  hominibus  compositos  abolevit.  Mulieres 
autem  magno  Paschae  die,  in  média  Ecclesia  psalmos  quosdam  canere  ad 
sui  ipsius  laudem  instituit.  (Euseb., ///5?.  eccles.,  lib.  VII,  cap.  xxx.) 

(4)  Donatistae  nos  reprehendunt  quod  sobrie  psallimus  in  Ecclesia 
divina  cantica  Prophetarum  ;  cum  ipsi  ebrietates  suas  ad  canticum  psal- 
morum  humano  ingenio  compositorum,  quasi  ad  tubas  exhortationis 
inflammant.  (S.  Augustini  Epist.  XXXIV.) 

(5)  Tertullian.,  De  Carne  Christi,  lib.  IV,  cap.  xvii. 


I  PARTIE 
CHAPITRE  IV 


DURANT   LES   TROIS   PREMIERS   SIECLES   DE   l'ÉGLISE         ']5 

qu'un  autre  sectaire,  Hiérax,  Pavait  imité,  dans  le  même 
but  de  corrompre  la  foi  par  une  prière  mensongère  (i). 
Nous  verrons,  à  différentes  époques,  de  nouvelles  appli- 
cations de  ce  perfide  système,  commun  à  presque  toutes 
les  sociétés  séparées. 

En  concluant  ce  chapitre,  nous  observerons  que  la  Litur-    Conclusions 
gie  conserva  après  la  mort  des  Apôtres  le  même  caractère 
traditionnel  que  nous    avons  reconnu    en  elle  lorsqu'ils 
vivaient  encore; 

Que  les  plus  savants  docteurs  s'en  occupèrent  comme 
d'une  partie  fondamentale  du  christianisme; 

Que  les  hérétiques  tentèrent  dès  lors  d'empoisonner 
cette  source  de  foi  et  de  doctrine  ; 

Que  ses  formes  firent  l'objet  des  plus  graves  prescrip- 
tions ecclésiastiques; 

Que  des  tendances  d'unité  commencèrent  dès  lors  à  se 
manifester,  du  moins  pour  les  rites  principaux; 

Qu'enfin  l'Eglise  romaine  fut  dès  lors  le  centre  de  la 
Liturgie,  comme  elle  l'était  de  la  foi;  en  sorte  que,  même 
sous  le  point  de  vue  qui  nous  occupe,  on  doit  appliquer 
les  solennelles  paroles  de  saint  Irénée,  en  son  troisième 
Livre  contre  les  hérésies  :  Ad  hanc  qiiippe  Ecclesiam, 
propter  potentiorem  princïpalïtatem,  necesse  est  omnem 
convenire  Ecclesiam,  id  est  qui  sunt  undiqiiejîdeles. 


(i)  s.  Epiphanius,  Adv.  Hœreses,  lib.  II,  Haeres.  lxxvii. 


¥ 


yÔ  DE   LA   LITURGIE 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


NOTES  DU  CHAPITRE  IV 

NOTE  A 

Precationes  ^facite  mane,  et  tertia    hora,  ac  sexta,  et  nona,  et  vespëre 
atquein  gallicinio.  Mane:  gratias agentes,  quod  Dominus,  abducta  nocte 
et  inducto  die,  illuminavit  nos.  Tertia  hora:  quoniam  in  ea  Dominus  sen 
tentiam  damnationis    excepit  a   Pilato.   Sexta:  quod  in  ea  crucifixus  est 
Nona:  quia  cuncta,  crucifixo  Domino,  commota  sunt,  dumhorrentimpio 
rum     Judaeorum    temeritatem,    nec    ferre  'possunt     contumeliam     Do- 
mino illatam.  Vespere:  gratias  agentes,  quod  noctem  nobis  dederit,  labo- 
rum  diurnorum  requietem.  In  gallorum  cantu:  eo  quod  illa  horanuntiat 
adventum  diei,  ad  facienda  opéra  lucis.  Si  propter  infidèles  impossibile  est 
ad  Ecclesiam  procedere,  in  domo  aliqua  congregationem  faciès,  Episcope. 
{Constit.  apost.  lib.  VIII,  cap.  xxxiv.) 

NOTE  B 

In  orationibus  vero  celebrandis  invenimus  observasse  cum  Daniele  très 
pueros  in  fide  fortes,  et  in  captivitate  victores,  horam  tertiam,  sextam, 
nonam,  sacramento  scilicet  Trinitatis;  quœ  in  novissimis  tempo- 
ribus  manifestari  habebat.  Nam  et  prima  hora  in  tertiam  veniens,  con- 
summatum  numerum  Trinitatis  ostendit.  Itemque  ad  sextam  quarta 
procedens,  déclarât  alteram  Trinitatem.  Et  quando  a  septima  nona  com- 
pletur,  per  ternas  horas  Trinitas  perfecta  numeratur;  quae  horarum 
spatia  jampridem  spiritaliter  déterminantes  adoratores  Dei,  statutis  et 
legitimis  ad  precem  temporibus  serviebant:  et  manifestata  post  modum 
res  est  sacramenta  olim  fuisse;  quod  ante  sic  justi  precabantur.  Nam 
super  discipulos  hora  tertia  descendit  Spiritus  Sanctus,  qui  gratia  domi- 
nicae  repromissionisimplevit.  Item  Petrus  horâ  sexta  in  tectum  superius 
ascendens,  signo  pariter  et  voce  Dei  monentis  instructus  est,  ut  omnes  ad 
gratiam  salutis  admitteret,  cum  de  emundandis  gentilibus  ante  dubitaret. 
Et  Dominus  hora  sexta  crucifixus,  ad  nonam  peccata  nostra  sanguine 
suo  abluit,  et  ut  redimere  et  vivificare  nos  posset,  tune  victoriam  suam 
passione  perfecit.  Sed  nobis,  fràtres  dilectissimi,  praster  horas  antiquitus 
(tbservatas,  orandi  nunc  et  spatia  et  sacramenta  creverunt.  Nam  et  mane 
orandum  est,  ut  resurrectioDomini  matutina  oratione  celebretur.  Quod 
olim  Spiritus  Sanctus  designabat  in  psalmis  dicens:  Rex  meus  et  Deus 
meus,  quoniam  ad  te  orabo,  Domine:  mane  exaudies  vocem  meam: 
maneassistam  tibi,  et  contemplabor  te.  Et  iterum  per  prophetam  loquitur 
Dominus:  Diluculo  vigilabunt  ad  me  dicentes:  Eamus  et  revertamur  ad 


1, 


CHAPITRE  IV 


DURANT   LES    TROIS    PREMIERS    SIECLES   DE   L  EGLISE         77 

Dominum  Deum   nostrum.  Recedente   item    sole  ac  die  cessante,  neces-         i  partie 
sario  rursus  orandum  est.  Nam  quia  Christus  sol  verus,  et  dies  est  verus, 
sole  ac  die  seculi  recedente  quando  oramus  et  petimus  ut  super  nos  lux 
denuo   veniat,  Ghristi  precamur  adventum,  lucis  œternae  gratiam  praebi- 
turum.   (S.  Cyprianus,  De  Oratione  dominica,  versus  finem.) 

NOTEC 

Solis,  ut  dicitur,  die,  omnium  sive  urbes  sive  agros  incolentium  in 
eumdem  locum  fit  conventus,  et  commentaria  Apostolorum,  aut  scripta 
Prophetarum  leguntur,  quoad  licet  per  tempus.Deinde  ubi  lector  desiit,is 
qui  praeest  admonitionem  verbis  et  adhortationem  ad  res  tàm  praeclaras 
imitandas  suscipit.  Postea  omnes  simul  consurgimus,  et  preces  emitti- 
mus:  atque,  ut  jam  diximus,  ubi  desiimus  precari,  panis  aiFertur  et 
vinum  etaqua:  et  qui  praeest,  preces  et  gratiarum  actiones  totis  viribus 
emittit  et  populus  acclamât,  amen,  et  eorum,  in  quibus  gratiae  actae  sunt, 
distributio  fit  et  communicatio  unicuique  praesentium,  et  absentibus  per 
Diaconos  mittitur:  qui  abundant  et  volunt,  suo  arbitrio,  quod.quisque 
vult,  largiuntur,  et  quod  colligitur  apud  eum,  qui  praeest,  deponitur,  ac 
ipse  subvenitpupillis  et  viduis,  et  iis  qui  vel  ob  morbum,  vel  aliam  ob 
causam  egent,  tum  etiam  iis  qui  in  vinculis  sunt  et  advenientibus  per- 
egre  hospitibus;  uno  verbo  omnium  indigentium  curam  suscipit.  Die 
autem  solis  omnes  simul  venimus,  tum  quia  prima  haec  est  dies 
qua  Deus,  cum  tenebras  et  materiam  vertisset,  mundum  creavit,  tum 
quia  Jésus  Christus  salvator  noster  eadem  die  ex  mortuis  resurrexit. 
Pridie  enim  Saturni  eum  crucifixerunt,  et  postridie  ejusdem  diei,  id  est 
solis  die  apostolis  suis  et  discipulis  visus  ea  docuit,  quae  vobis  quoque 
consideranda  tradidimus.  (S.  Justinus,  Apologia  /,  no  67.) 

NOTE  D 

Nos  autem  postquam  eum,  qui  fidem  suam  et  assensum  doctrinœ  nos- 
trae  testatus  .est,  sic  abluimus,  ad  eos,  qui  dicuntur  fratres,  deducimus 
ubi  illi  congregati  sunt,  communes  preces  et  pro  nobismetipsis,  et  pro 
eo  qui  illuminatus  est,  et  pro  aliisubique  omnibus  intento  animo  facturi, 
utveritatis  cognitionem  adepti,  hac  etiam  gratia  dignemur,  ut  rectam 
operibus  vitam  agentes  et  praeceptorum  custodes  inveniamur,  quo  salutem 
aeternam  assequamur.  Invicem  osculo  salutamus,  ubi  desiimus  precari. 
Deindeei,  qui  fratribus  praeest,  panis  afiertur,  et  poculum  aquse  etvini: 
quibus  ille  acceptis,  laudem  et  gloriam  universorum  Parenti  per  nomen 
Filiiet  Spiritus  Sancti  emittit,  et  Eucharistiam,  sive  gratiarum  actionem 
pro  his  ab  illo  acceptis  donis  prolixe  exsequitur.  Postquam  preces  et 
Eucharistiam  absolvit,  populus  omnis  acclamât,  amen.  Amen  autem 
hebrœa  lingua  idem  valet  ac  fiât.  Postquam  vero  is,  qui  praeest,  preces 
absolvit,    et   populus  omnis    acclamavit,   qui  apud    nos    dicuntur  dia- 


y  8  DE   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS      coiii  panem  et  vinum  et  aquam,  in  quibus    gratiae  actae  sunt,  unicuique 
LITURGIQUES      preesentium  participanda  distribuunt,  et  ad  absentes  perferunt.  (Ibidem^ 
no  65.) 

NOTE  E 

Sanctus  vero  Dei  martyr  (Irenaeus)cumvenisset  ad  pontem,  qui  vocatur 
Basentis,  exspolians  se  vestimefita  sua,  et  extendens  manus  in  cœlum, 
oravit  dicens:  Domine  Jesu  Christe,  qui  pro  mundi  salute  pati  dignatus 
es,  pateant  cœli  tui,  ut  suscipiant  Angeli  spiritum  servi  tui  Irenaei,  qui 
propter  nomen  tuum  et  plebem  tuam  productam  de  Ecclesia  tua  catho- 
lica  Sirmiensium  hœc  patior.  Tepeto,  tuamquedeprecormisericordiam,ut 
et  me  suscipere,ethos  infide  tua  confirmare  digneris.  Sic  itaquepercussus 
gladio  a  ministris,  projectus  est  in  fluvium  Savi.  (Act.  S.  Irenœi,  Episc. 
Sirmiensis.  Apud  Ruinart.) 

Cumque  perducti  essent  (Lucianus  et  Marcianus)  ad  locum,  tanquam 
ex  uno  ore  gratiasDeo  agentes,  dixerunt:  Tibi,  Domine  Jesu,  insufficientes 
laudes  dicimus,  qui  nos  miseros  et  indignos  de  errore  gentilitatis  erutos, 
ad  hanc  summam  et  venerabilem  passionem  propter  nomen  tuum  perdu- 
cere  dignatus  es;  atque  omnium  sanctorumi  tuorum  particeps  efficere.  Tibi 
laus,  tibi  gloria,  tibi  etiam  animam  et  spiritum  nostrum  commendamus. 
Et  cum  complevissent  orationem,  statim  quaestionarii  subposuerunt  ignem 
(Act.  SS.  Luciani  et  Matciani.  Ibidem.) 

Cumque  ad  locum  pervenissent,  orare  cœpit  martyr  (Theodotus)  in  haec 
verba:  Domine  Jesu  Christe,  cœli  terraequê  conditor,  qui  non  derelin- 
quis  sperantes  in  te,  gratias  tibi  ago,  quia  fecisti  me  dignum  cœlestis 
tuae  urbis  civem,  tuique  regni  consortem.  Gratias  tibi  ago,  quia  donasti 
mihi  draconem  vincere,  et  caput  ejus  conterere.  Da  Ecclesiae  tuae  pacem, 
eruens  eam  a  tyrannide  diaboli;  Cumque  orationem  finiens  adjunxisset, 
Amen,  conversus  vidit  fratres  flentes,  etc.  {Act.  S.  Theodoti  Ancyrani  et 
septem   Vîrginum.  Ibidem.) 

Et  ils  dictis  expletis,  Afra  circumdata  sarmentis,  igné  supposito,  vox 
ejus  audiebatur  dicens:  Gratias  tibi  ago,  Domine  Jesu  Christe,  qui  me 
dignatus  es'hostiam  habere  pro  nomine  tuo,  qui  pro  toto  mundo  solus 
hostia  oblatus  es  in  cruce,  justus  pro  injustis,  bonus  pro  malis,  benedic- 
tus  pro  maledictis,  mundus  a  peccato  pro  peccatoribus  universis.  Tibi 
ofFero  sacrificium  meum,  qui  cum  Pâtre  et  Spiritu  Sancto  vivis  et  régnas 
Deus  in  saecula  saeculorum.  Amen.  Et  hœc  dicens,  emisit  spiritum.  {Acta 
S.  Afrœ.  Ibidem.) 

Positis  (Julitta)  genibus,  oravit,  dicens:  Gratias  tibi  ago,  Domine,  qui 
priorem  me  filium  meum  vocasti,  et  ut  praesenti  hac  vanaque  relicta  vita, 
aeternaeilli  cumsanctis  jungeretur,  propter  sanctum  ac  tremendum  nomen 
tuum  dignanter  voluisti;  me  quoque  suscipe  indignam  ancillam  tuam, 
facque  ut  ingens  illud  bonum  nanciscar,quo  prudentibus  virginibus,  qui- 
bus indultum  ut  in  cœlestem  ac  incorruptum  thalamum  ingrederentur, 


DURANT   LES   TROIS    PREMIERS    SIECLES   DE   l''ÉGLISE         79  ' 

accensear:acbenedicatspiritusmeus  Patrem  tuumDeum  omnium  conser-  i  partie 

vatorem,    ac  universorum   opificem,  Sanctumque  Spiritum  in    saecula.       chapitre  iv 
Amen.  (Act.  SS.  Cyrici  et  Julittœ.  Ibidem.) 

NOTE  F 

Fraenum  pullorum   indocilium, 

Penna  volucrum  non  errantium 

Verus  clavus  infantium, 

Pastor  agnorum  regalium, 

Tuos  simplices 

Pueros  congrega, 

Ad  sancte  laudandum, 

Syncere  canendum 

Ore  innoxio 

Ghristum  puerorum  ducem. 

Rex  sanctorum, 
Verbum,  qui  domas  omnia, 
Patris  altissimi 
Sapientiae  rector, 
Laborum  sustentaculum, 
^vo  gaudens, 
Humani  generis 
Servator  Jesu, 
Pastor,  arator, 
Clavus,  fraenum, 
Penna  cœlestis 
Sanctissimi  gregis. 
Piscator  hominum, 
Qui  salvi  fiunt. 
Pelagi  vitii 
Pisces  castos 
Unda  ex  infesta 
Dulci  vita  inescans. 
Sis  dux,  ovium 
Rationalium  pastor. 
Sancte,  sis  dux, 
Rex  puerorum  intactorum. 
Vestigia  Christi, 
Via  cœlestis, 
Verbum  perenne, 
iEvum  infinitum, 
Lux  aeterna, 
Fons  m.isericordiae, 
Operatrix  virtutis, 


8o  DE   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS  Honcsta  vita 

LITURGIQUES  DeuiTi  laudantium,  Christc  Jcsu, 


Lac  cœleste 
'  Dulcibus  uberibus 

Nymphae  gratiarum, 
Sapientiae  tuae  expressum. 
Infantuli 
Ore  tenero     ■' 
Enutriti, 

Mammae  rationalis 
Roscido  spiritu 
Impleti, 

Laudes  simplices, 
Hymnos  veraces, 
Régi  Christo, 
Mercedes  sanctas 
Vitae  doctrinae, 
Canamus  simul, 
Canamus  simpliciter 
Puerum  valentem. 
Chorus  pacis, 
Christo  geniti, 
Populus  modestus, 
Psallamus  simul  Deum  pacis. 

NOTE  G 

Si  statio  faciendaest,  maritus  de  die  condicat  ad  balnea;  si  jejunia  obser- 
vanda  sunt,  maritus  eadem  die  convivia  exerceat  ;  si  procedendum  erit, 
nunquam  magis  familiae  occupatio  obveniat.  Quis  autem  sinat  conjugem 
suam  visitandorum  fratrum  gratia,  vicatim  aliéna  et  quidem  pauperiora 
quaeque  tuguria  circumire?  Quis  nocturnis  convocationibus,  si  ita  opor- 
tuerit,  à  latere  suo  adimi  libenter  feret?  Quis  denique  solemnibus  Paschae 
obnoctantem  securus  sustinebit  ?  Quis  ad  convivium  illud  dominicum, 
quod  infamant,  sine  sua  suspicione  dimittet?  Quis  in  carcerem  ad  oscu- 

landa  vincula  martyris  reptare  patietur  ? Sed   aliquis  susti- 

net  nostra,   nec  obstrepit.   Hoc  est  igitur  delictum  quod  gentiles  nostra 

noverunt Latebisne     tu    cum     lectulum,      cum     corpusculum 

tuum  signas,  cum  aliquid  immundum  flatu  explodis,  cum  etiam  per  noc- 
tem  exurgis  oratume  ?  Et  non  magiae  aliquid  videberis  operari  ?  Non  sciet 
maritus  quid  secreto  ante  omnem  cibum  gustes  ?  Et  si  sciverit  panem, 
non  illum  crédit  esse  qui  dicitur?  (TertuUianus,  Ad  Uxorem,  lib.  II, 
cap.  m,  IV,  V,  VI.) 

NOTE  H 

Jam  praedixerat  horam  venire,  quandoveri  adoratores  adorarent  Patrem 
in  spiritu  et  veritate,  et  implevit  quod  ante  promisit;    ut  qui  spiritum 


DURANT   LES  TROIS   PREMIERS   ^lÈCLES   DE   l'ÉGLISE         8i 

et  veritatem  de  ejus  sanctificatione  percepimus,  de  traditione  quoqueejus  i  partie 
vere  et  spiritaliter  adoremus.Quae  enim  potest  essemagis  spiritalis  oratio,  chapitre  iv 
quam  quae  vere  a  Christo  nobis  data  est,  a  quo  nobis  etSpiritus  Sanctus 
missus  est  ?  Quae  vera  magis  apud  Patrem  precatio,  quam  quae  a  Filio 
qui  est  veritas,  de  ejus  ore  prolata  est  ?  Ut  aliter  orare  quam  docuit,  non 
ignorantia  sola  sit,  sed  et  culpa:  quando  ipse  posuerit  et  dixerit:  Rejicitis 
mandatum  Dei,  ut  traditionem  vestram  statuatis.  Oremus  itaque,  fratres 
dilectissimi,  sicut  mâgister  Deus  docuit.  Amica  et  familiaris  oratio  est 
Deum  de  suo  rogare;  ad  aures  ejusascendere  Ghristi  orationem.  (S.  Cy- 
prianus,  De  Orat.  Dominica,  in  principio.) 


T.    I 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  V 


DE  LA  LITURGIE,  DANS  l'ÉGLISE  EN  GENERAL,  AU  QUATRIEME 

SIÈCLE 


L'Église  L'Église  enfin  sort  pour  jamais  des  cryptes  qui,  trop 

des  catacombes,  souvent,  avaient  couvert  de  leurs  ombres  la  majesté  de  ses 
mystères.  Elle  étale  au  grand  jour  ces  rites  dont  la  pompe 
et  la  saint.eté  achèveront  la  victoire,  que  déjà  Tauguste 
vérité  de  ses  dogmes  et  la  beauté  de  sa  morale  lui  ont 
assurée  sur  le  paganisme.  Suivant  notre  usage,  nous 
recueillerons  dans  ce  chapitre  les  faits  généraux,  qui  don- 
neront l'ensemble  de  l'époque  liturgique  quenoustraitons. 
Le  triomphe,  Or  le  Caractère  de  cette  époque  est  le  triomphe  :  c'est 
génSarde^cette  maintenant  que  s'accomplit  la  parole  du  Sauveur  :  Ce  qui 
spécmkment  ^^  disait  à  l' Oreille,  prêche:{'le  sur  les  toits  (i).  Ces 
dans  kïfturgie.  mystères  cachés  ou  comprimés  dans  l'enceinte  des  temples 
éclatent  au  grand  jour.  La  pompe  et  la  richesse  du  culte, 
quelque  splendides  qu'elles  fussent  par  les  largesses  des 
patriciens  disciples  du  Christ,  dépassent  toute  mesure  du 
moment  que  les  empereurs  ont  franchi  le  seuil  de  l'Eglise. 
De  même  que  la  foi,  l'espérance  des  biens  futurs,  la  charité 
fraternelle  avaient  fait  jusqu'ici  le  lien  intime  des  chrétiens 
par  tout  l'empire,  désormais  les  formes  liturgiques, 
devenues  formes  sociales,  proclament  leur  puissante 
nationalité.  «  Que  si,  s'écrie  Eusèbe,  un  seul  temple  situé 
ce  dans  une  seule  ville  de  Palestine  fut  un   objet  d'admi- 

(i)  Matth.  X,  27. 


I  PARTIE 
CHAPITRE     V 


DE   LA   LITURGIE   AU    QUATRIEME    SIECLE  83 

«  ration,    combien  plus    est  merveilleux   le   nombre,  la 
«  grandeur,  la  magnificence  de  tant   d'églises   de   Dieu         '  ' 

oc  érigées  dans  tout  Tunivers  (i)  !  Les  prophéties,  dit-il 
«  ailleurs,  sont  véritablement  accomplies,  aujourd'hui 
«  que  nous  voyons  des  hommes  décorés  en  cette  vie  de  la 
«  dignité  royale,  confondus  dans  FÉglise  de  Dieu  avec  les 
c(  pauvres  et  le  bas  peuple  (2).  » 
De  toutes  parts,  on  relevait  donc  les  églises  démolies  ^  Splendeur 

-t^  '  c>  jes  cérémonies 

durant  la  persécution  :  on  en  édifiait  de  nouvelles  par  toute     .    pour 

^  .  ,    .  l'inauguration 

rétendue  de  Pempire.  La  dédicace  de  ces  temples  s'accom-      des  églises 

,.        .  11  •  .  1        ,    A  qui  s'élèvent 

plissait  avec  une  splendeur  toujours  croissante;  les  eveques  de  toutes  parts, 
s'y  réunissaient  en  grand  nombre,  et  le  Père  de  l'histoire 
ecclésiastique  nous  a  conservé  dans  des  récits  pleins  d'en- 
thousiasme la  mémoire  de  ces  augustes  cérémonies. 

La  première  dédicace  d'église  que   nous  rencontrons       Dédicace 

jf  t.      j  -      1  •      j      /^  •  11       1      1     ^^   1^    basilique 

tout  d  abord   après  la  paix  de  Constantin,  est  celle  de  la        de  Tyr 
basilique  de  Tyr,  inaugurée  vers  l'an  3x5.  Cette  ville,  qui 
avait  pour   évêque    Paulin ,    avait   vu   périr  son    église 
durant  la  persécution  de  Dioclétien,  et  les  païens  s'étaient 
efforcés  d'en  défigurer  jusqu'à  l'emplacement,  en  y  amassant 
toutes  sortes  d'immondices.    On   eût  pu  aisément  trouver 
un  autre  lieu  pour  construire  une  église,  lors  de  la  paix 
rendue  au  christianisme;  mais  l'évêque Paulin  préféra  faire 
nettoyer  le  premier  emplacement  et  y  jeter  les  fondements 
de  la  seconde  basilique,  afin  de  rendre  plus  sensible  encore 
la  victoire  de  l'Église;  et  la  gloire  de  ce  second  temple  fut 
plus  grande  que  celle  du  premier.  Eusèbe  fut  chargé  de 
prononcer  l'homélie  solennelle  de  la  dédicace  au  milieu 


(i)  Quod  si  templum  illud  in  una  Palestinae  urbe  admiratione  dignum 
erat;  quanto  magis  mirabilis  illa  frequentia,  magnitudo  et  pulchritudo 
ecclesiarum  Dei  in  omni  loco  excitatarum!  Nam  totus  orbis  plenus  eccle- 
siis  est.  (Euseb.  Comment,  in  Isaiam,  pag.  56o.) 

(2)  Quod  si  videas  regios  viros  dignitate  ac  praestantiainhacvita  ornatos, 
in  Ecclesia  Dei  cum  pauperibus  ex  infima  plèbe  congregatos,  ne  cuncteris 
dicere  etiam  hacrationeimpletam  esseScripturam.  (Euseb. /^2<i.,  pag.  402.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Homélie 

d'Eusèbe 

de  Césarée 

à  cette  fête. 


Importance 

de  ce  discours 

qui  nous  révèle 

la  forme 

des  Eglises 

primitives. 


84  DE   LA   LITURGIE   DANS   l'ÉGLISE    EN   GENERAL 

d'un  peuple  immense  accouru  pour  prendre  part  à  cette 
fête. 

S'adressant  d'abord  aux  évêques  présents  à  la  cérémonie, 
il  commence  ainsi  :  «  O  amis  de  Dieu  et  Pontifes,  qui 
«  portez  la  sainte  tunique  et  la  couronne  céleste  de  gloire, 
«  qui  avez  Ponction  di\ine  et  la  robe  sacerdotale  du  Saint- 
«  Esprit  (i).  »  Fleury  lui-même  a  reconnu  ici  désignés 
clairement  le  costume  pontifical  et  le  diadème  sacré  dont 
les  évêques  usaient  déjà,  au  moins  dans  la  célébration  des 
mystères  ;  et  comme  nous  ne  voyons  à  cette  époque  aucun 
règlement  ecclésiastique  pour  fixer  ces  usages,  nous  devons 
en  faire  remonter  Tinstitutionà  Fépoque  qui  avait  précédé, 
et  durant  laquelle  nous  en  avons  déjà  rencontré  plusieurs 
vestiges  significatifs. 

Il  célèbre  ensuite  le  triomphe  que  Dieu  vient  de  donner 
à  son  peuple  sur  ses  ennemis,  et  la  force  victorieuse  qu'il 
a  mise  en  son  Christ,  qui  seul,  par  la  puissance  de  son  bras, 
a  opéré  un  si  merveilleux  changement.  Après  quoi,  il  s'étend 
sur  l'éloge  de  l'évêque  Paulin  qu'il  compare  tantôt  à  Bese- 
léel,  l'architecte  du  tabernacle  mosaïque,  tantôt  à  Zoroba- 
bel,  le  réparateur  du  temple.  Mais  ce  qui  nous  intéresse 
davantage^  c'est  la  description  que  fait  Eusèbe  de  l'ensemble 
et  des  parties  de  la  basilique  avec  le  détail  des  mystères 
signifiés  dans  sa  construction.  Ce  passage  est  important 
en  ce  qu'il  nous  révèle  la  forme  des  églises  chrétiennes 
primitives,  suivant  notre  remarque  au  chapitre  précédent; 
mais  jusqu'ici  nous  ne  voyons  pas  qu'il  ait  été  cité,  ou 
même  connu  de  quelqu'un  de  ces  innombrables  parleurs 
d'architecture  religieuse  dont  le  pays  regorge  depuis  quel- 
ques années,  et  qui  nous  étalent,  avec  une  si  grotesque 
suffisance,  tout  le  luxe  d'un  savoir  improvisé. 

«  Paulin ,  dans  la  réédification  de  son  église,  dit  l'élo- 


(i)  Amici  et  sacerdotes  Dei,  qui  sacra  tunica  talari  induti,  et  cœlestis 
gloriae  corona  decorati,  divinaque  unctione  delibuti,  et  sacerdotali  Sancti 
Spiritus  veste  amicti  estis.  (Euseb.  Hist.  eccîes.,  lib.  X,  cap.  iv.) 


AU   QUATRIÈME   SIECLE  85 

«  quent  panégyriste,  non  content  d'accroître  l'emplacement 
«  primitif,  en  a  fortifié  Tenceinte  comme  d'un  rempart  au 
«  moyen  d'un  mur  de  clôture.  Il  a  élevé  son  vaste  et 
«  sublime  portique  vers  les  rayons  du  soleil  levant;  voulant 
«  par  là  donner  à  ceux  mêmes  qui  n'aperçoivent  l'édifice 
«  que  de  loin,  une  idée  des  beautés  qu'il  renferme,  et  inviter 
«  par  cet  imposant  spectacle  ceux  qui  ne  partagent  pas 
«  notre  foi  à  visiter  l'enceinte  sacrée.  Toutefois,  lorsque 
«  vous  avez  franchi  le  aeuil  du  portique,  il  ne  vous  est 
«  pas  licite  encore  d'avancer,  avec  des  pieds  impurs  et 
a  souillés  :  entre  le  temple  lui-même  et  le  vestibule  qui 
«  vous  reçoit,  un  grand  espace  en  carré  s'étend,  orné  d'un 
a  péristyle  que  forment  quatre  galeries  soutenues  de 
«  colonnes.  Les  entre-colonnements  sont  garnis  d'un  treillis 
«  en  bois  qui  s'élève  à  une  hauteur  modérée  et  convenable. 
«  Le  milieu  de  cette  cour  d'entrée  est  resté  à  découvert,  afin 
«  qu'on  y  puisse  jouir  de  la  vue  du  ciel  et  de  l'éclatante 
«  lumière  qu'y  versent  les  rayons  du  soleil.  C'est  là  que 
«  Paulin  a  placé,  les  symboles  de  l'expiation,  savoir  les 
c(  fontaines  qui,  situées  tout  en  face  de  l'église,  fournissent 
«  une  eau  pure  et  abondante,  pour  l'ablution,  aux  fidèles 
(c  qui  se  préparent  à  entrer  dans  le  sanctuaire.  Telle  est  la 
«  première  enceinte,  propre  à  donner  tout  d'abord  une 
«  idée  de  la  beauté  et  delà  régularité  de  l'édifice,  et  offrant 
ce  en  même  temps  une  place  convenable  à  ceux  qui  ont 
«  besoin  de  la  première  instruction.  Au  delà,  plusieurs 
«  vestibules  intérieurs  préparent  l'accès  au  temple  lui-même, 
«  sur  la  façade  duquel  trois  portes  s'ouvrent  tournées  à 
«  l'orient.  Celle  du  milieu,  plus  considérable  que  les  deux 
«  autres,  en  hauteur  et  en  largeur,  est  munie  de  battants 
«  d'airain  avec  des  liaisons  en  fer  et  ornée  de  riches 
«  sculptures  :  les  deux  autres  semblent  deux  nobles  corn- 
et pagnes  données  à  une  reine.  Au-delà  des  portes,  s'étend 
«  l'église  elle-même,  présentant  deux  galeries  latérales 
«  au-dessus  desquelles  ouvrent  diverses  fenêtres  ornées  de 


I    PARTIE 
CHAPITRE    V 


Description 

de  la 

basilique 

de  Tyr. 


86  DE   LA   LITURGIE    DANS   l'ÉGLISE   EN   GENERAL 

INSTITUTIONS    «  sculptuFcs  en  bois  du  travail  le  plus  délicat,  et   par  les- 

LITURGIQUES  .  1  -^  lui 

«  quelles  une  abondante  lumière  tombe  d  en  haut  sur  tout 

«  rédifîce.  Quant  à  la  décoration  de  cette  demeure  royale, 
«  Paulin  a  su  y  répandre  une  richesse,  une  opulence 
«  véritablement  colossales.  Je  ne  m^arrêterai  donc  point  à 
«  décrire  la  longueur  et  la  largeur  de  Fédifice,  son  éclat 
«  splendide,  son  étendue  prodigieuse,  la  beauté  rayonnante 
«  des  chefs-d^œuvre  qu^il  renferme,  son  faîte  arrivant 
«  jusqu^au  ciel  et  formé  d'une  précieuse  charpente  de  ces 
a  cèdres  du  Liban,  dont  les  divins  oracles  ont  célébré 
«  la  louange,  quand  ils  ont  dit  :  Les  bois  du  Seigneur,  les 
c(  cèdres  du  Liban  seront  dans  la  joie.  Parlerai-je  de 
«  rhabile  et  ingénieuse  disposition  de  Touvrage  entier,  de 
«  Texcellente  harmonie  de  toutes  les  parties,  lorsque  déjà 
«  ce  que  Toeil  en  contemple  dépasse  ce  que  Toreille  en 
«  pourrait  ouïr.  Après  avoir  établi  Tensemble  de  Tédifice, 
«  et  dressé  des  trônes  élevés  pour  ceux  qui  président,  en 
«  même  temps  que  des  sièges  de  toutes  parts  pour  les 
«  fidèles,  Paulin  a  construit  le  Saint  des  Saints,  Tautel,  au 
«  milieu  ;  et  pour  rendre  inaccessible  ce  lieu  sacré,  il  en  a 
«  défendu  l'approche,  en  plaçant  à  distance  un  nouveau 
«  treillis  en  bois,  mais  si  merveilleux  dans  Fart  qui  a  pré-  * 
c(  sidé  à  son  exécution,  qu'à  lui  seul  il  offre  un  spectacle 
«  digne  d'admiration  à  tous  ceux  qui  le  considèrent.  Le 
«  pavé  même  de  l'Eglise  n'a  point  été  négligé  :  le  marbre 
«  décrit  de  riches  compartiments.  Sur  les  nefs  latérales  de 
«  la  basilique  ouvrent  de  três-amples  salles  que  Paulin, 
«  nouveau  Salomon  vraiment  pacifique,  a  fait  construire 
«  pour  l'usage  de  ceux  qui  doivent  recevoir  l'expiation  et 
«  la  purgation  par  l'eau  ou  le  Saint-Esprit.  « 

Après  ces  détails  de  description  dont  nous  n'offrons  ici 
qu'une  traduction  libre  et  abrégée,  l'évêque  de  Césarée  se 
livre  de  nouveau  aux  transports  de  l'enthousiasme  que  lui 
inspire  la  délivrance  de  l'Église,  figurée  dans  la  splendeur 
du  glorieux  édifice  élevé   par  la   main  de  Paulin  ;  mais 


I 


AU    QUATRIÈME   SIECLE  87 

bientôt  il  rentre  dans  son  sujet,  et  expose  ainsi  quelques- 
uns  des  mystères  exprimés  dans  les  formes  de  la  construc- 
tion du  temple  qu'il  vient  de  décrire. 

«  Sans  doute  cet  œuvre  est  merveilleux  et  au-dessus  de 
c(  toute  admiration,  si  on  en  considère  l'apparence  exté- 
c(  rieure;  mais  bien  autrement  merveilleux  est-il,  si  Ton 
c(  s'élève  jusqu'à  son  type  spirituel,  savoir  l'édifice  divin 
«  et  raisonnable  bâti  par  le  Fils  de  Dieu  dans  notre  âme, 
«  qu'il  a  choisie  pour  épouse  et  dont  il  a  fait  un  temple  à 
«  lui  et  à  son  Père.  C'est  ce  Verbe  divin  qui  a  purgé  vos 
«  âmes  de  leurs  souillures,  et  qui  les  a  confiées  ensuite  au 
(c  pontife  très-sage  et  aimé  de  Dieu  qui  vous  régit.  C'est 
«  ce  Pontife  lui-même,  tout  entier,  au  soin  des  âmes  dont 
«  il  a  reçu  la  garde,  qui  ne  cesse  d'édifier  jusqu'à  ce  jour, 
c(  plaçant  en  chacun  de  vous  l'or  le  plus  brillant,  l'argent 
«  le  plus  éprouvé,  les  pierres  les  plus  précieuses,  en  sorte 
tt  qu'il  accomplit  par  ses  œuvres  sur  vous,  la  mystérieuse 
«  prédiction  qui  porte  ces  paroles  :  Voici  que f  ai  préparé 
«  l'escar boucle  pour  tes  murs,  le  saphir  pour  tes  fonde^ 
ce  ments,  le  jaspe  pour  tes  remparts,  le  cristal  pour  tes 
«  portes^  les  pierres  les  plus  recherchées  pour  ton  enceinte 
«  extérieure  :  tous  tes  enfants  sont  instruits  par  Dieu 
«  même^  tes  fils  sont  dans  la  paix  ^  toi-même  es  bâtie  dans 
«  la  justice.  Donc^  Paulin  édifiant  dans  la  justice,  a  disposé 
c(  dans  un  ordre  harmonieux  les  diverses  portions  de  son 
ce  peuple,  enserrant  le  tout  d'une  vaste  muraille  extérieure 
c<  qui  est  la  ferme  foi.  Il  a  distribué  cette  multitude  infinie 
«  dans  une  proportion  digne  de  la  plus  imposante 
ce  structure.  Aux  uns  il  a  confié  le  soin  des  portes  et  la 
ce  charge  d'introduire  ceux  qui  veulent  entrer  ;  ils  forment 
ce  ainsi  comme  un  vestibule  animé.  D'autres  se  tiennent 
ce  près  des  colonnes  qui  supportent  la  galerie  quadran- 
ee  gulaire  de  la  cour  intérieure,  parce  qu'ils  épellent  encore 
ce  le  sens  littéral  des  quatre  Evangiles.  D'autres,  qui  sont 
«  les  catéchumènes,  ont  leur  place  sous  les  galeries  latérales 


I  PARTIE 
CHAPITRE   V 


Mystères 

exprimés 

par  la  forme 

même 

du  temple. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Toutes 

les  églises 

du  ive  siècle 

bâties 
sur  un  même 
ty}3e  antérieur 

à  la  paix 
de  Constantin. 


88  DE   LA   LITURGIE   DANS   l'ÉGLISE   EN   GENERAL 

«  du  royal  édifice,  pour  signifier  qu'ils  sont  moins  éloignés 
■  «  de  la  connaissance  de  ces  mystères  secrets  qui  font  la 
«  nourriture  des  fidèles.  Quant  à  ceux-ci,  dont  les  âmes 
«  sont  immaculées  et  purifiées  comme  For,  dans  le  divin 
«  lavoir,  ils  se  tiennent  soit  auprès  des  colonnes  de  la  nef 
c<  principale  qui,  s'élevant  à  une  hauteur  supérieure  à  celles 
«  du  portique,  figurent  les  sens  mystérieux  et  intimes  des 
«  Écritures;   soit  auprès  des  fenêtres   qui  répandent  la 
«  lumière  dans  l'édifice.  Le  temple  lui-même  est  décoré 
«  d'un   simple  et   imposant  vestibule,  pour  marquer  la 
«  majesté   adorable  du    Dieu    unique  ;    les  deux  galeries 
«  latérales  qui  accompagnent  l'édifice,  expriment  le  Christ 
«  et  le  Saint-Esprit,  double  émanation  de  lumière  :  enfin, 
«  toute  la  doctrine  de  notre  foi  rayonne  dans  la  basilique 
«  avec  un  éclat  éblouissant.  Les  trônes,  les  sièges,  les  bancs 
ce  placés  dans  ce  temple   sont  les  âmes  dans  lesquelles 
«  résident  les  dons  qu'on  vit  un  jour  s'arrêter  sur  les  apôtres 
«  en  forme  de  langue  de  feu.  D'abord  le  pontife  qui  pré- 
«  side  est  pour  ainsi  dire  rempli  du  Christ  :  ceux  qui  siègent 
«  après  lui  (les  prêtres),  font  éclater  dans  leurs  personnes 
«  les  dons  du  divin  Esprit.  Les  bancs  rappellent  les  âmes 
«  des  fidèles  sur  lesquelles  se  reposent  les  anges  confiés  à 
«  la  garde  des  élus.  Enfin,  l'autel  lui-même  unique,  vaste, 
«  auguste,   qu'est-il,    sinon   l'âme  très-pure   du   pasteur 
«  universel,  de  l'évêque,  véritable  Saint  des  Saints,  dans 
«  lequel  réside  le  Pontife  suprême,  Jésus,  Fils  unique  de 
«  Dieu  (i)  ?  » 

Nous  avons  enregistré  ces  paroles  d'Eusèbe  comme  le 
point  de  départ  des  traditions  écrites  sur  la  construction 
des  basiliques,  portion  si  importante  de  la  science  litur- 
gique. Toutes  les  églises  bâties  au  quatrième  siècle,  tant 
en  Orient  qu'en  Occident,  nous  apparaissent  sous  la  forme 
si  éloquemment  décrite  ci-dessus  :  ce  qui    prouve  jusqu'à 


(i)   Vid.  la  Note  A. 


AU    QUATRIÈME   SIECLE  8g 

Févidence  que  le  type,  pour  être  ainsi  universel,  était  anté- 
rieur à  la  paix  de  Constantin  (i).  Les  mystères  cachés  sous 
les  détails  de  la  construction, etsi  magnifiquement  racontés 
par  Févêque  de  Césarée,  étaient  connus  du  peuple  fidèle, 
à  qui  le  langage  des  symboles  était  familier  dans  une 
religion  qui  sanctifiait  toutes  les  parties  de  la  création. 
Nous  verrons  cette  symbolique  s^enrichir  encore  dans 
FÉglise  d'Occident,  jusqu'à  Fépoque  où  Fesprit  positif  de 
la  Réforme,  réagissant  même  sur  les  peuples  catholiques, 
en  vint  à  dicter  des  plans  d'église  muets  et  déshérités  de 
tous  les  souvenirs  de  la  tradition.  Quant  aux  rites  au  moyen 
desquels  les  temples  étaient  consacrés^  au  quatrième  siècle, 
dans  FÉglise  d'Orient,  nous  serions  réduits  à  de  pures 
conjectures,  du  moment  que  nous  voudrions  les  reproduire. 
Il  est  hors  de  doute  que  le  chant  des  psaumes  et  des 
hymnes  y  occupait  une  grande  place  ;  que  des  oraisons  de 
consécration,  dans  le  style  du  reste  de  la  Liturgie,  devaient 
résumer  la  prière  des  pontifes  et  lui  donner  une  plus  grande 
force  de  sanctification;  que,  dans  ces  occasions,  les 
évêques  paraissaient  avec  de  riches  habits  pontificaux  ; 
qu'enfin  une  dédicace  était  comme  aujourd'hui  un  sublime 
spectacle  de  religion,  destiné  à  graver,  dans  l'esprit  et  le 
cœur  des  peuples,  un  profond  sentiment  de  la  sainteté  et 
de  la  majesté  de  cette  demeure  que  le  Seigneur  daigne  se 
choisir  au  milieu  des  hommes. 

Dans  l'Occident,  les  traditions  de  l'Eglise  romaine  nous 
apprennent  que  le  pape  saint  Silvestre  institua  et  régla  en 
détail,  dès  le  quatrième  siècle,  les  rites  que  nous  pratiquons 
aujourd'hui  dans  la  dédicace  des  églises  et  des  autels  (2). 


I    PARTIE 
CHAPITRE     V 


Incertitude 

sur  les  rites 

employés 

en  Orient 

pour 

la  dédicace 

des  Eglises. 


Saint  Silvestre 

règle 

ces  rites  dans 

l'Occident 

dès  le  iv^  siècle. 


(i)  Nous  rapprocherons  des  paroles  d'Eusèbe  ce  passage  des  Consti- 
tutions apostoliques  :  Primo  quidem  Sddes  sit  oblonga,  ad  orientem  versa, 
ex  utraque parte  pastophoria  versus  orientem  habens,  et  qiiœ  navi  sit  similis. 
{Constitut.  apostoL,  lib.  II,  cap.  lvii.  Cotelier,  pag.  261.) 

(2)  Ritus  quos  in  consecrandis  ecclesiis  et  altaribus  Romana  servat 
Ecclesia,  Beatus  Silvester  Papa  primus  instituit.  {Brev.Rom.  IX,Novemb.) 


go  DE   LA   LITURGIE    DANS   L  EGLISE    EN    GENERAL 

INSTITUTIONS    Qq  pontlfc  cut  Ics  plus  magnifiques  occasions  de  les  prati- 

" quer  dans  Tinauguration  des  basiliques   fondées   à  Rome 

par  la  munificence  de  Constantin.  Cet  empereur  bâtit,  en 
Dédicaces      son  palais  de  Latran,  une  église  quUl  dédia  sous  le  titre  du 

des  ■*■  .  1  1     o    • 

basiliques  cons-  Sduveiir,  et  qui  mamteuaut,  connue  sous  le  nom  de  Samt- 

tantiniennes       ^  ,^  ,  i-'j-t^t 

de  Rome.  Jean-de- Latran,  est  devenue  le  siège  du  Pontife  romain, 
la  Mère  et  la  Maîtresse  de  toutes  les  églises  de  Rome  et  du 
monde  entier,  ainsi  que  le  porte  Tinscription  qu^on  lit  sur 
sa  façade  principale.  Outre  cette  église,  Constantin  éleva 
celle  de  Saint- Pierre,  sur  le  corps  même  de  cet  apôtre,  au 
Champ-Vatican;  celle  de  Saint-Paul,  sur  le  corps  de  Fapôtre 
des  Gentils,  sur  le  chemin  d'Ostie  ;  celle  de  Saint-Laurent, 
extra  muros,  sur  la  voie  Tiburtine  ;  celle  de  Sainte-Croix 
en  Jérusalem,  ïn  agro  Sessoriano  ;  celle  de  Sainte- Agnès, 
sur  la  voie  Nomentane;  celle  des  Saints-Marcellin-et-Pierre, 
sur  la  voie  Lavicane;  et  plusieurs  autres  encore  dans  Rome 
et  dans  les  environs  de  cette  capitale. 

Constantinopie      Non  content  de  réédifier  les  sanctuaires  de  Tancienne 

d'égii?es       Rome  avec  une  magnificence  vraiment  impériale,  le  pieux 

^^"^  pa?^^^^    empereur  voulut,  autant  qu'il  était  en  lui,  sanctifier  la  nou- 

son  fondateur,  y^lle  qu'il  bâtissait  sur  l'ancienne  Byzance.  Il  y  construisit 
de  magnifiques  basiliques^  entre  autres  celle  qu'il  dédia  à 
la  Sagesse  éternelle,  sous  le  nom  de  Sainte-Sophie;  celle 
de  Sainte  Irène,  qui  fut  sous  son  règne  la  Grande  Eglise  ; 
celle  des  Douze  Apôtres,  qu'il  destina  pour  sa  sépulture, 
et  un  grand  nombre  d'autres  dans  la  ville  et  aux  environs, 
principalement  sur  les  tombeaux  des  martyrs.  Son  zèle 
pour  les  solennelles  manifestations  de  la  foi  parut  aussi 
dans  le  soin  qu'il  prit  de  placer  la  figure  de  la  Croix  dans  les 
lieux  publics  de  la  nouvelle  capitale.  Il  aima  aussi  à  faire 
représenter  sur  les  fontaines,  au  milieu  des  places,  deux 
sujets  principalement  chers  aux  chrétiens  de  l'âge  primitif, 
le  bon  Pasteur  et  Daniel  dans  la  fosse  aux  lions  (i). 

(i)  Euseb.    Vita  Constantini,  passim. 


AU    QUATRIEME    SIECLE  QI 

Mais  un  sujet  qui  émut  particulièrement  en  ce  siècle  les       ^  partie 


CHAPITRE  V 

chrétiens,    et  qui    fournit    Toccasion  aux  actes    les  plus  '  ' 

pompeux  de  la  Liturgie,  fut  la  restauration  faite  par  sainte 
Hélène,  des  lieux  sacrés  de  la  Palestine  qui  avaient  été  les    Restauration 
témoins    de   la    vie,  des   prodiges   et    des  souffrances  de    ^^^^^^  H^^^^ 
r Homme-Dieu.  Secondant  avec  zèle  les  pieuses  intentions       Palestine 
de  sa  mère,  Constantin  mit  les   trésors  de  Tempire  à  la  sainte  Hélène, 
disposition  de   saint  Macaire,  évêque  de  Jérusalem,    afin 
que  réglise  qui  devait   être  bâtie  sur  le  Saint  Sépulcre 
surpassât  en  magnificence  tous  les  édifices   que  pouvaient 
renfermer  toutes  les  villes  du  monde  (i).   Eusèbe  nous  a     La  basilique 
pareillement  conservé  la  description  de  cette   basilique,  saint -sépulcre, 
qui  fut  construite  en  six  ans  :  nous  plaçons  ce  précieux 
morceau  dans  les  notes  à  la  fin  du   présent  chapitre  (2). 
Après  avoir  étalé  toutes  les  splendeurs  qui  brillaient  dans 
la  construction  de  Téglise  du   Saint-Sépulcre,   Thistorien 
termine  ainsi  :  «  Il  nous   serait  impossible  de  raconter  la 
«  somptuosité,  la  délicatesse,  la  grandeur,   le  nombre,  la 
«  variété   des   ornements     et    autres    objets    d^offrande, 
«  étincelants  d'or,  d'argent  et  de  pierreries,  que  la  magni- 
«  ûcQncQ,  impériale  accumula  dans  le  temple  de  la  Résur- 
«  rection  (3).  » 
Mais  si  nous  avons  à  déplorer  le  silence  d'Eusèbe  sur     Dons  offerts 

.     .  ...  aux  églises 

une  matière  aussi   importante  pour  la  Liturgie  que  les       de  Rome 

1  .  •  11  1      1  1     par  Constantin. 

vases  sacres  et  autres  dons  qui  entouraient  1  autel,  dans  la 
basilique  du  Saint-Sépulcre,  la  Providence  a  permis  du 
moins  que  Finventaire  de  plusieurs  églises  de  Rome,  au 
même  siècle,  parvînt  jusqu'à  nous,  pour  nous  dédom- 
mager en  quelque  sorte  de  ce  que  la  négligence  des  histo- 
riens nous  a  fait  perdre.  L'importante  chronique,  connue 
sous  le  nom  de  Liber  pontijîcalis^  dont  nous  avons  entre- 

(i)  Voyez  la  lettre  de  Constantin   à   saint  Macaire,  dans  Eusèbe,   Vita 
Constant.,  lib.  III^  cap.  xxx,  xxxi,  xxxii. 

(2)  Vid.  la  Note  B. 

(3)  Euseb.  Vita  Constant.,  lib.  III,  cap.  xi.. 


92 


DE   LA   LITURGIE    DANS   L  EGLISE    EN   GENERAL 


INSTITUTIONS    pns    la    Dublicatioii    dans     nos     Origines    de    VÉglise 

LITURGIQUES         ^  ^  vii'ii  «o-i 

"  ro7naine,  renferme,  a  1  article  de  saint  Silvestre,  la  liste 

des  objets  offerts  à  plusieurs  églises  de  Rome,  tant  par  ce 
saint  pontife  que  par  Constantin  lui-même.  On  peut, 
d'après  ces  détails,  se  faire  une  idée  du  service  divin,  tel 
qu'il  était  exercé  dans  de^,  basiliques  si  richement  pour- 
vues de  toutes  les  nécessités  du  culte.  Nous  nous  conten- 
terons de  donner  ici  quelques  traits,  renvoyant  aux  notes 
qui  suivent  ce  chapitre  le  texte  même  de  la  Chronique. 
Trésor  a  Constantin   Auguste,    dit   la   chronique   pontificale, 

de  la    basilique        /i-/^ii-i-  ••  r^        t  ni 

du  Latran  «  édifia  la  basilique  constantimenne  (de  Latran),  dans 
it^Eiber       «  laquelle  il  mit  beaucoup  de  vases    d'or   et  d'argent,  de 

pontijica  is.  ^^  pierres  précieuses  et  d'objets  d'ornement.  Il  revêtit 
«  l'abside  d'or  pur,  et  en  garnit  la  partie  supérieure 
«  d'argent  battu;  il  y  plaça  l'image  du  Sauveur  assis  sur 
«  un  siège,  haute  de  5  pieds,  et  pesant  120  livres;  et  aussi 
«  les  douze  apôtres,  pesant  chacun  90  livres,  avec  des 
a  couronnes  :  le  tout  d'argent  très-pur.  En  face  de  l'abside, 
«  une  autre  image  du  Sauveur  assis  sur  un  trône ,  haute 
«  de  5  pieds,  d'argent  très-pur,  et  pesant  160  livres; 
«  quatre  anges  d'argent,  pesant  io5  livres,  ayant  des  escar- 
«  boucles  aux  yeux,  et  tenant  des  lances  terminées  en 
«  croix  ;  le  phare  ou  lampadaire  suspendu  dans  la  tribune 
«  de  l'abside  avec  cinquante  dauphins  d'or  très-pur,  le  tout 
«  pesant,  avec  la  chaîne,  2  5  livres;  quatre  couronnes  d'or 
«  très-pur,  avec  vingt  autres  dauphins  servant  de  lampes, 
«  le  tout  pesant  i5  livres  ;  5oo  livres  d'or  laminé  appli- 
«  quées  à  la  voûte  de  la  basilique  dans  sa  longueur  et  dans 
c(  sa  largeur  ;  sept  autels  d'argent  très-pur,  pesant  chacun 
«  200  livres  ;  sept  patènes  d'or,  pesant  chacune  3o  livres  ; 
«  quinze  patènes  d'argent,  pesant  chacune  pareillement 
«  3o  livres  ;  sept  coupes  de  communion  en  or,  pesant 
«  chacune  10  livres  ;  une  coupe  particulière  en  métal, 
«  couleur  de  corail,  garnie  de  toutes  parts  d'émeraudes  et 
«  d'hyacinthes  enchâssées  dans  de  l'or,  du  poids  de  20  livres 


j 


AU    QUATRIEME   SIECLE  g2> 

«  3  onces:  vinst  coupes  d'argent, pesant  chacune  i5  livres:       i  partie 

^  <~^  ^  O  '  ^  '  CHAPITRE   V 

«  deux  ampoules  en  or  très-pur,  pesant  chacune  5o  livres, 

ce  et  pouvant  contenir  chacune  un  médimne  ;  vingt  am- 
«  poules  en  argent ,  de  même  mesure  et  pesant  i  o  livres  ; 
ce  quarante  calices  moindres,  d^or  très-pur,  et  pesant  chacun 
«  I  livre  ;  cinquante  calices  moindres,  destinés  au  minis- 
«  tère,  en  argent,  et  pesant  chacun  2  livres.  v 

«  Dans  la  basilique  même,  hors  de  Tabside,  devant 
«  Tautel,  un  autre  phare  d^or  très-pur,  dans  lequel  brûle 
«  une  huile  de  nard  sans  mélange,  avec  Faccompagnement 
«  de  quatre-vingts  dauphins,  le  tout  du  poids  de  3o  livres; 
«  un  phare  en  argent,  avec  cent  vingt  dauphins,  du  poids 
«  de  5o,  livres;  quarante- cinq  autres  phares  en  argent 
«  dans  la  grande  nef  de  la  basilique  ;  quarante  dans  la  nef 
«  latérale  de  droite ,  et  trente  dans  celle  de  gauche  ;  cin- 
«  quante  candélabres  en  argent,  pesant  chacun  20  livres, 
«  placés  dans  la  grande  nef  ;  trois  grands  vases  d'argent 
ce  très-pur,  pesant  chacun  3oo  livres,  et  contenant  chacun 
ce  dix  médimnes  ;  sept  candélabres  d'airain,  pesant  chacun 
ce  3 00  livres,  destinés  à  être  placés  devant  les  autels, 
ce  hauts  de  10  pieds,  ornés  de  médaillons  d'argent  repré- 
ce  sentant  les  prophètes,  etc.  (i).  » 

Ce  court  fragment  donnera  une  idée  de  la  richesse    des     Munificence 
églises  bâties   et  ornées  par  les  empereurs  :  le  suivant  g^j^t  Silvestre 
nous  donne  la  mesure  de  la  munificence  d'un  Pape   du     j^  basfuque 
quatrième  siècle,  envers  une  simple  église  fondée  par  lui       ,^PE?!^^ 
dans  Rome,  ce  Silvestre  bâtit,  dans  la  ville,  une  église  sur     d'Equitius. 
ce  le   terrain    d'un   certain    prêtre  nommé  Equitius.  Ce 
«  titre,  situé  près  des  Thermes  de  Domitien,  est  appelé 
«  encore  aujourd'hui    Titulus  Equitii  (2).    Le   Pape  y 
ce  offrit  les  dons  suivants  :  une   patène  d'argent,  pesant 
ce  20  livres,  qu'il  avait  reçue  à  cet  effet  de  Constantin 

(i)  Vid.  la  Note  C 

(2)  On  nomme  maintenant  cette  église  Saint-Silvestre-et-Saint-Martin, 
aVMonti,  ^  ' 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


94  DE   LA   LITURGIE   DANS    L  EGLISE   EN   GENERAL 

Auguste  ;  deux  coupes  de  communion  en  argent,  pesant 

chacune  lo  livres;  un  calice  d'or  du  poids  de  2  livres; 

cinq  calices  pour  le  ministère,  pesant  chacun  2  livres; 

deux  ampoules  d'argent,  pesant  chacune  10  livres;  une 

patène  d'argent,  pour  le  chrême,  incrustée  d'or  et  pesant 

5  livres;  dix  lampes  orries  de  couronnes,  pesant  chacune 

8  livres;  vingt  lampes  d'airain,  pesant  chacune  10  livres; 

douze  chandeliers  d'airain,  pour  les  cierges,  pesant  chacun 

3o  Uvres,  etc.  (i).  » 

Nous  avons  établi   ailleurs  l'autorité   de  la  chronique 

qui  nous  fournit  ces  détails,  et  fait  voir  qu'elle  a  été  rédigée 

successivement    par    plusieurs  bibliothécaires    du    Siège 

apostolique,  sur  les  mémoires  les  plus  anciens  et  les  plus 

Développement  authentiques. 

de  la  r^        ^        •^'  •  •  •         • 

Liturgie.  Les  basiliques  si  vastes,  si  somptueuses,  retentissaient, 

le  jour  et  la  nuit,  des  chants  du  clergé  et  du  peuple  ;  mais 
la  majesté  des  rites  allait  croissant,  le  chant  devenait  plus 
mélodieux;  les  formules  saintes  revêtaient  de  jour  en  jour 
plus  de  grandeur  et  d'éloquence.  Nous  parlerons  plus  loin 
des  diverses  Liturgies  tant  de  l'Orient  que  de  l'Occident  : 
leur  origine  première  se  confond  avec  l'origine  même  des 
églises  qui  les  pratiquaient;  mais  elles  recevaient  de 
nouveaux  développements  à  cette  époque  de  paix.  De 
grands  évêques,  illustres  soit  par  la  splendeur  de  leur 
siège,  soit  par  leur  doctrine  universelle,  consacraient 
leurs  soins  au  perfectionnement  des  rites  et  des  prières, 
et  fécondaient,  par  de  nouvelles  inspirations,  les  saintes 
traditions  de  l'antiquité.  Mais,  comme  dans  les  plans 
de  la  Providence  ,  tout  sert  à  l'accomplissement  des 
desseins  de  Dieu  sur  son  Eglise,  il  arriva  que  l'hé- 
résie arienne,  si  désastreuse  dans  ses  ravages,  fut  l'occa- 
sion de  nouveaux  développements  des  formes  liturgiques. 
De  même  que  l'hérésie,  dans  tous  les  temps,  cherchera  à 


L'Église 

s'en  sert  pour 

combattre 

l'hérésie 

arienne. 


(i)  Vid.  la  Note  D. 


AU   QUATRIÈME   SIECLE  96 

empoisonner  les  sources  de  la  Liturgie,  de  même  aussi 
rÉglise  catholique  a  su,  à  chaque  époque^  tourner  contre 
sa  mortelle  ennemie  cette  arme  toujours  victorieuse.  Nous 
noterons  donc  ici  deux  grands  faits,  Tun  appartenant  à 
rÉglise  d'Orient,  et  Tautre  à  TEglise  d'Occident,  et  attes- 
tant Tun  et  l'autre  le  génie  tout-puissant  du  sacerdoce  chré- 
tien lorsqu'il  faut  agir  sur  les  masses  et  réveiller  l'énergie 
du  peuple  fidèle. 

On  doit  savoir  que  durant  les  six  premiers  siècles  du 
christianisme  et  au  delà,  la  vie  des  chrétiens  de  tout 
âge,  de  tout  sexe,  de  toute  condition,  était  profondément 
empreinte  des  habitudes  religieuses.  La  prière,  la  psal- 
modie, l'étude  des  divines  Ecritures  en  faisait  pour  ainsi 
dire  le  fond  :  l'Eglise  avait  remplacé,  dans  les  mœurs  du 
grand  nombre,  le  théâtre  et  le  forum.  Cette  activité  reli- 
gieuse explique  l'intérêt  si  violent  que  prit  constamment 
le  peuple  aux  querelles  théologiques  qui  signalèrent  cette 
période  de  l'Eglise  chrétienne.  L'assiduité  aux  offices 
divins,  le  jour  et  la  nuit,  était  donc  le  fait  principal  dans 
la  vie  des  chrétiens  de  ces  siècles  qu'on  pourrait  appeler 
théologiques  :  les  témoignages  de  toute  l'antiquité  nous 
l'attestent  :  nous  nous  bornerons  à  rappeler  ici  ces 
paroles  de  saint  Augustin  au  peuple  d'Hippone  :  «  Levez- 
«  vous  de  grand  matin  pour  les  vigiles,  réunissez-vous 
«  pour  tierce,  sexte  et  none,  avant  toute  occupation.  Que 
«  nul  ne  s'exempte  de  l'œuvre  divin,  à  moins  qu'il  n'en  soit 
«  empêché  par  une  infirmité,  une  raison  d'utilité  publique, 
«  ou  encore  par  quelque  certaine  et  grave  nécessité  (i).   » 

La  ville  d'Antioche  étant  en  proie  aux  ariens  par  la 
perfidie  de  Léonce,  son  évêque,  deux  illustres  membres  de 
cette  grande  église,  Diodore  qui  fut,  plus  tard,  évêque  de 


I  PARTIE 
CHAPITRE    V 


Assiduité 

aux  offices 

divins, 

trait  principal 

de  la  vie 

des  chrétiens 

dans  ces 

premiers  siècles. 


Pour  lutter 

avec  avantage 

contre 

les  ariens, 

Diodore 


(i)  Ad  vigilias  maturius  surgite  ;  ad  tertiam,  ad  sextam,  ad  nonam  ante 
omnia  convenite.  Nullus  se  a  sancto  opère  subtrahat,  nisiquem  infirmitas, 
aut  publica  utilitas,  aut  forte  certa  et  grandis  nécessitas  tenuerit  occupa- 
tum.  {Sermo  LV  de  tempore.) 


96  DE   LA   LITURGIE   DANS    l'ÉGLISE    EN    GENERAL 

INSTITUTIONS    TaFsc,  ct  Flavicn,  qui  monta  depuis  sur  le  siège  épiscopal 

LITURGIQUES  .,,  iw  •         1  1  ^  '       ' 

de  la  même  ville  d  Antioche,  s  opposèrent,  avec  une  gene- 

et  Fiavien      rosité  et  une  vigilance  infatigables,  à  ce  torrent  d'iniquités, 
à  Andoche     Voulant  prémunir  le  peuple  contre  la  séduction  des  héré- 
^^aiîemTtîve^    tiques,  et  raffermir  dans  la  solidité  de  la  foi  par  les  prati- 
^^es  fidTies^^^  ^^^  ^^^  P^^^  solennelles  d^  la  Liturgie,  ils  pensèrent  que 
le  moment  était  venu  de  donner  une  nouvelle  beauté  à  la 
psalmodie.  Jusqu'alors,    les   chantres    seuls  Texécutaient 
dans  réglise,  et  le  peuple  écoutait  leur  voix  dans  le  recueil- 
lement. Diodore  et   Fiavien  divisèrent  en   deux  chœurs 
toute  rassemblée  sainte,  et  instruisirent  les  fidèles  à  psal- 
modier, sur  un  chant  alternatif,  les  cantiques  de  David  (i). 
Ayant  ainsi  séduit  saintement  le  peuple  par  cette  nouvelle 
harmonie,  ils  passaient  les  nuits  dans  de  saintes  veilles, 
aux  tombeaux  des  martyrs,  et  là,  des  milliers  de  bouches 
orthodoxes  faisaient  retentir  des  chants  en  Fhonneur   de 
Dieu  (2).  Théodoret  rapporte,  à  la  suite  de  ce  récit,  que  le 
chant   alternatif,  qui  avait  commencé  de  cette  manière  à 
Antioche,  se  répandit  de  cette  ville  jusqu'aux  extrémités  du 
monde  (3). 
Saint  Jean  L'Eglise  de  Constantinople  suivit  l'exemple  de   celle 

trZnTpo?te^  d'Autioche,  peu  d'années  après;  elle  y  fut  provoquée, 
Co^nsta^ntmople.  P^^^  ^^^^^  ^^^^?  P^^  l'insolence  des  ariens.  Ces  hérétiques, 
suivant  l'usage  de  toutes  les  sectes,  cherchant  tous  les 
moyens  d'intéresser  la  multitude,  imaginèrent  de  s'appro- 
prier le  chant  alternatif  que  les  orthodoxes  avaient  récem- 
ment inauguré   à  Antioche.  Comme,  sous  le   règne  de 


(i)  Hi  primi  psallentium  choros  duas  in  partes  diviserunt;  et  Davidicos 
hymnos  alternis  canere  docuerunt.  (Théodoret,  Hist.  eccles.,  lib.  II, 
cap.  XXIV.) 

(2)  lidem,  divinarum  rerum  studiosis  ad  martyrum  basilicas  congre- 
gatis,  una  cum  illis  pernoctare  consueverant,  Deum  hymnis  célébrantes. 
{Ibidem.) 

(3)  Quod  quidem  tune  primum  Antiochiœ  fieri  cœptum,  inde  ad  reliquos 
pervasit,  et  ad  ultimos  usque  terrarum  fines  perlatum  est.  (Ibidem.) 


AU    QUATRIÈME   SIECLE  97 

Théodose,  ils  avaient  perdu  les  édises  dont  ils  jouissaient       ^  partie 

^  ^  *^  ^  '  CHAPITRE    V 

à  Constantinople,  ils  étaient  réduits  à  faire  leurs  assemblées 
sous  des  portiques  publics.  Là,  ils  se  divisaient  en  chœurs, 
et  psalmodiaient  alternativement,  insérant  dans  les  can- 
tiques sacrés  certaines  sentences  qui  exprimaient  leurs 
dogmes  impies.  Ils  avaient  coutume  de  faire  ces  assemblées 
aux  fêtes  les  plus  solennelles,  et  en  outre  le  premier  et  le 
septième  jour  de  chaque  semaine.  Ils  en  vinrent  même  à 
ajouter  des  cantiques  entiers  qui  avaient  rapport  à  leur 
querelle  avec  les  catholiques  ;  un  de  ces  chants  commen- 
çait ainsi  :  Où  sont  maintenant  ceux  qui  disent  que  trois 
sont  une  puissance  unique?  Saint  Jean  Chrysostome,  crai- 
gnant avec  raison  que  quelques-uns  de  son  peuple,  séduits 
par  ces  nouvelles  formes  liturgiques,  ne  courussent  ris- 
que d^être  pervertis,  exhorta  les  fidèles  à  imiter  ce  chant 
alternatif.  En  peu  de  temps,  ils  ne  tardèrent  pas  à  surpasser 
les  hérétiques,  et  par  la  mélodie  qu'ils  mettaient  à  exécuter 
les  chants,  et  par  la  pompe  avec  laquelle  TEglise  entière 
de  Constantinople,  marchant  avec  des  croix  d'argent,  et 
portant  des  cierges,  inaugurait  ce  nouveau  mode  de  psal- 
modie (i). 

En  Occident ,  le  chant   alternatif  des  psaumes   avait  Cette  heureuse 

y      .  .  ^        ^  innovation 

commencé  dans  TEglise  de  Milan,  vers  le  rhême  temps        étendue 

qu'on  rétablissait  à  Antioche,  et  toujours  dans  le  même       de  Milan 

but  de  repousser  Tarianisme  par  la  manifestation  d'une  saint  Ambroise. 

nouvelle  forme  liturgique.  Saint  Augustin  ayant  été  témoin 

de  cette  heureuse  innovation,    nous  en  a  laissé  un  récit 

que  nous  placerons  ici  en  son  entier.  Voici  donc  comme 

il  s'exprime  au  neuvième  livre  de  ses  Confessions  :  «  Que 

«  de  fois,  le  cœur  vivement  ému,  j'ai  pleuré  au  chant  de       Emotion 

'  .  \^  d'Augustin 

«  VOS  hymnes  et  de  vos  cantiques,  o  mon  Dieu,  lorsque  encore  pécheur 
«  retentissait   la   voix   doucement    mélodieuse   de   vptre       iientend 
«  Eglise  !  Ces  paroles  s'insinuaient  dans  mes  oreilles  ;  la      ^^l^cvts.  ^ 

(i)  F/âf.  la  Note  E. 

T  l.  7 


98  DE   LA   LITURGIE   DANS   l'ÉGLISE    EN   GENERAL 

INSTITUTIONS     «  vérîté  pénétrait  doucement  dans  mon  cœur  ;  une  piété 

LITURGIQUES  ^  -il 

• ■  «  affectueuse  s'y  formait  avec  chaleur^  et  mes  larmes  coû- 
te laient  et  mon  bonheur  était  en  elles.  C'était  depuis  très- 
«  peu  de  temps  que  TÉglise  de  Milan  avait  adopté  ce 
«  moyen  de  produire  la  consolation  et  Tédification,  en 
«  unissant  par  des  chant^  les  coeurs  et  les  voix  des  fidèles. 
«  Il  nY  avait  guère  plus  d'un  an  que  Justine,  mère  du 
«  jeune  empereur  Valentinien,  séduite  par  les  ariens  dont 
«  elle  avait  embrassé  l'hérésie,  avait  poursuivi  votfe  ser- 
«  viteur  Ambroise  de  ses  persécutions.  Le  peuple  fidèle 
c(  veillait  four  et  nuit  dans  l'église,  prêt  à  mourir  avec  son 
c(  évêque.  Ma  mère,  votre  servante,  toujours  la  première 
«  dans  le  zèle  et  dans  les  veilles,  était  là,  vivant,  pour  toute 
«  nourriture,  de  ses  oraisons.  Moi-même,  froid  encore, 
c(  puisque  je  n'avais  point  ressenti  la  chaleur  de  votre 
«  Esprit,  j'étais  ébranlé  par  le  spectacle  de  cette  cité 
«  plongée  dans  le  trouble  et  la  consternation.  Alors  il  fut 
«  ordonné  que  l'on  chanterait  des  hymnes  et  des  psaumes, 
«  suivant  la  coutume  des  Églises  d'Orient,  dans  la  crainte 
«  que  le  peuple  ne  succombât  au  chagrin  et  à  l'ennui.  Cet 
«  usage  a  été  retenu  jusqu'aujourd'hui,  et  dans  toutes 
«  vos  bergeries,  par  tout  l'univers,  l'exemple  en  a  été 
«  suivi  (i).» 
Saint  II  est  à  remarquer  ici  que  saint  Ambroise  n'institua  pas 

Ambroise  ,  n/    t         1 

fait  chanter  des  seulement  le  chant  alternatif  des  psaumes  dans  1  église  de 
de  sa^       Milan,  mais  qu'il  fit  aussi  chanter  les  hymnes  qu'il  avait 

composition,  /  7  •       .  ;      •  ♦        ^  r         ' 

qui  servent  composees,  liymui  et  psalmi  ^  ce  qui  est  confirme  non- 
à*^touFies  seulement  par  le  témoignage  de  Paulin,  diacre,  dans  le 
^d^eT'Ocfident^^  ^'^^^^  ^^'^^  ^^^^  ^  laissé  de  la  vie  de  son  saint  évêque,  mais 
encore  par  les  paroles  mêmes  de  saint  Ambroise  :  «  On 
«  prétend  que  je  séduis  le  peuple  au  moyen  de  certaines 
«  hymnes  que  j'ai  composées.  Je  n'en  disconviens  pas  : 
«  j'ai,  en  effet,  composé  un  chant  dont  la  puissance  est  au- 

(i)  F/ûf.  la  Note  F. 


AU   QUATRIEME   SIECLE  99 

«  dessus  de  tout  :  car,  quoi  de  plus  puissant  que  la  con-       i  partie 

■^  ^  ^  ^  CHAPITRE    V 

«  fession  de  la  Trinité?  A  Paide  de  ce  chant,  ceux-là  qui ' 

«  à  peine  étaient  disciples  sont  devenus  maîtres  (i).  y>  En 
effet,  dans  les  hymnes  qu^il  a  composées,  et  dont  la  forme 
a  servi  de  modèle  à  tous  les  hymnographes  des  siècles 
suivants,  saint  Ambroise  s'est  attaché  toujours  à  confesser 
énergiquement  la  foi  du  mystère  de  la  Trinité. 
Telle  est  Thistoire  de  Fintroduction  du  chant  alternatif      L'histoire 

■^    T  T)/-\   •  11/-X      •  t  r  '    '         deTintroduction 

dans  les  diverses  Eglises  d  Orient  et  d  Occident  :  fait  im-       du  chant 

portant  dans  les  annales  de  la  Liturgie,  et  qui  confirme  prouve  que 

une   fois   de  plus,  parles    circonstances  dans  lesquelles  est  la^prfè^e 

il    s'accomplit ,    cette    maxime    que    nous    avons    expo-  ^  ^'^^^^  social. 

sée  en  commençant,  que  la  Liturgie  est  la  prière  à  Tétat 

< 

social. 

Au  reste,  si  TÉglise  employa  contre  Thérésie  les  forces       L'hérésie 

cherche  dès 

de  la  Liturgie,  il  faut  dire  aussi  que  Thérésie,  dès  le  qua-     le  iv^  siècle, 

. V  . V    1  1         1       V    w  1  à  propager  ses 

trieme  siècle,  chercha  a  détourner  le  coup,  en  propageant     erreurs  sur 
des  erreurs  perfides  sur  le  sujet  des  rites  sacrés.  Nous  la     rites  sacrés^ 
verrons,  dans  toute  la  suite  de  cette  histoire,  fidèle  à  ce    sp^édaiemerft 
plan  diabolique  :  ou  elle  appliquera  à  ses  propres  besoins  pautoHtédeTout 
les  formes  populaires  du  culte,  ou  elle  décriera  ces  mêmes     ^e  qui,  dans 

,  .  .  .  .1^  Liturgie, 

formes  comme  dangereuses,  superstitieuses,  ou  d'invention      appartient 

,     ,  1  .  .en  propre 

humaine.  Elle  répétera  surtout  ce  sophisme,  que  ce  qui,  à  la  Tradition, 
dans  la  Liturgie,  n'est  pas  appuyé  sur  l'Écriture  sainte, 
doit  être  ôté,  comme  contraire  à  la  pureté  du  service  divin, 
méconnaissant  ainsi  à  plaisir  le  grand  principe  établi  ci- 
dessus,  que  toute  Liturgie  appartient  particulièrement  à  la 
tradition.  Nous  en  avons  eu  déjà  un  exemple  frappant, 
dans  l'erreur  des  quartodécimains  que  l'Eglise  a  qualifiée 
d'hérésie  :  cependant,    en  célébrant  la  Pâque,  le    14  de 

(i)  Hymnorum.  quoque  meorum  carminibus  deceptum  populumferuntj 
Plane  nec  hoc  abnuo.  Grande  carmen  istud  est,  et  quo  nihil  potentius; 
quid  enim  potentius  quam  confessio  Trinitatis  ?  Facti  sunt  igitur  omnes 
magistri  qui  vix  poterant  esse  discipuli.  [Opusc,  de  Spiritu  Sancto,  in 
Epist.  XXXI.) 


100  DE   LA   LITURGIE   DANS   l'ÉGLISE   EN   GENERAL 

INSTITUTIONS     la    luDC ,    CCS  sectaîrcs   se  conformaient  à    la   lettre  des 

LITURGIQUES  '.  ^.  i  m  ^  '^J'-^'l 

— Ecritures.    Bien  plus,  ils  soutenaient^   disaient-ils,    une 

tradition  :  car  il  y  a   des  traditions- d^erreur  comme  de 
vérité,  et  on  ne  saurait  les  distinguer  qu'en  les  rapprochant 
'    de  la  source  à  jamais  pure  du  Siège  apostolique. 
Le  Gaulois         Or,  dans  le  quatrième,  siècle^,  un  Gaulois,  nommé  Vigi- 

précurseur^des  laiice,  fut  suscité  par  Fenfer  pour  être  le  précurseur  des 
amfmui^gilfes,  hérétiques  antiliturgistes,  dont  nous  donnerons  bientôt  la 
i  reusement  succession.  Lui  aussi  trouva  et  soutint  que  le  culte  se  sur- 
.  P,^/ ,  chargeait  de  plus  en  plus  de  pratiques  nouvelles ,  propres 
à  en  altérer  la  pureté.  La  pompe  du  culte  extérieur,  Taf- 
fluence  des  peuples  aux  tombeaux  des  martyrs,  le  culte 
rendu  aux  fragments  de  leurs  ossements,  les  flambeaux,  les 
cierges  allumés  en  plein  jour,  pour  marquer  la  joie*  de 
FÉglise  ;  la  multitude  des  fêtes  :  toutes  ces  choses  exci- 
tèrent une  fureur  sans  pareille  dans  Pâme  de  Vigilance. 
Saint  Jérôme,  avec  son  éloquence  incisive,  entreprit  de 
confondre  ce  nouveau  pharisien,  et  il  s'est  trouvé  que  les 
arguments  qu'il  employa  pour  anéantir  ses  sophismes, 
paraissent  avoir  été  préparés  contre  de  modernes  sectaires, 
de  même  que  les  erreurs  de  ces  derniers  ne  sont  qu'une 
pâle  copie  des  déclamations  de  notre  hérésiarque  gaulois. 
La  place  nous  manque  pour  insérer  ici  les  pages  pleines 
de  chaleur  et  de  conviction  que  le  docte  prêtre  de  Bethléem 
consacra  à  la  réfutation  de  son  adversaire  ;  son  traité 
contf^a  Vigilantium  serait  à  citer  tout  entier.  Nous 
invitons  le  lecteur  à  le  relire  dans  les  livres  du  saint 
Docteur. 

Dès  le  iv«  siècle      II  nous  reste  encore  à  consigner  ici  un  fait  liturgique 

les  moines        j? 

ont  des  ^lises  d  une  autre  nature,  et  dont  nous  devons  suivre  la  trace 
qui  leur  sont  <^^ns   le  cours  de  Cette  histoire.   Il  s'agit  des  églises  des 
piopres.       moines  et  des  formes  du  culte  qu'on  y  exerçait.  Les  mo- 
nastères, en  effet,  ne  pouvaient  exister  longtemps  sous  le 
régime  de  paix  dont  jouissait  l'Église  elle-même,    sans 
réclamer  les  moyens  de  mettre  à  même  ceux  qui  les  habi- 


i 


I    PARTIE 
CHAPITRE   V 


AU    QUATRIEME    SIECLE  lOI 

taient  de  remplir  les  devoirs  du  christianisme,  et  dès  lors 
ils  devaient  renfermer  une  église^  un  autel  pour  le  sacri-  "^ 

fice,  des  ministres  pour  les  sacrements.  En  outre,  FOffice 
divin,  faisant  la  principale  occupation  des  moines,  la  ma- 
nière de  le  célébrer  devait  être  Tobjet  de  règlements  litur- 
giques spéciaux  qui ,  tout  en  demeurant  en  rapport  avec 
les  usages  généraux  de  TEglise,  devaient  représenter  d'une 
manière  particulière  les  maximes  et  les  mœurs  du  cloître. 
Nous  traiterons  de  la  forme  des  différents  Offices  monas- 
tiques, dans  la  partie  de  cet  ouvrage  qui  renfermera  Tex- 
plication  de  FOffice  divin. 

La  célébration  des  saints  mystères  exigeait,  dans  chaque        Malgré 

^v        1  /  j,  t      •  ^  j-  le  sentiment 

monastère,  la  présence  d  un  ou  plusieurs  prêtres  ou  diacres,      contraire 
soit  qu'ils  fussent  du  nombre  des  moines^  soit  qu'ils  fus-  ^des^p?e^tërs^^ 
sent  du  clergé  de  quelque  Eglise  voisine.   Toutefois,  les  ^m?nastiqii?^^ 
premiers  Pères  de  Tordre  monastique,  saint  Pacôme,  par     l'^gHsetend 

^  _  .  .  ^  multiplier 

exemple,  se  souciaient  peu  de  faire  ordonner  des  sujets  qui      le  nombre 

w-v  .  r  '  r       •  '  •  /  ^'^^  prêtres 

geja  avaient  fait  profession  de  la  vie  monastique  :  ils  pre-         parmi 

rf      '  1  •    •     V         j      11  11  A  ,,.v       les  moines, 

leraient  employer  au  ministère  de  1  autel  des  prêtres  déjà       dont  elle 

1  /j  j  ,  vi  •      ^  1  '1'     considère    l'état 

honores  du  sacerdoce,  lorsqu  ils  avaient  embrasse  la  vie     comme  une 

parfaite  du  désert.  L'Église  ne  tarda  pas  à  manifester  ses    au^sacerdoc^. 

intentions  à  ce  sujet,  et  les  lettres  des  souverains  Pontifes, 

comme   les  décrets  des  conciles ,   statuèrent  les-  règles   à 

suivre  pour  l'ordination  des  moines,  dont  ils  regardèrent 

l'état  comme  une  véritable  préparation  au  sacerdoce.  Nous 

nous  bornerons  à  citer  ici ,  comme  autorité  du  quatrième 

siècle,  la  fameuse  décrétale  de  saint  Sirice  à  Himerius  de 

Tarragone.  Voici  les  paroles  du  Pape  :  «  Nous  désirons 

«  et  voulons  que  les  moines  qui  sont   recommandables 

«  par  la  gravité  de  leurs  mœurs,  et  par  une  vie  et  une  foi 

«  saintes  et  irréprochables,  soient  agrégés  aux  offices  des 

c(  clercs  (i).  » 

(i)  Monachos  quoque  quos  tamen  morum  gravitas,  et  vitae  ac  fidei  insti- 
tutio  sancta  commendat,  clericorum  officiis  aggregari  et  optamus  et  volu- 
mus.  {CousteLïït, lEpist.  Rom.  Pont. j  tom.  I,  pag,  635.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Discipline 

actuelle 

à  cet  égard. 


Les  souverains 

Pontifes 

du  ive  siècle 

portent  des  lois 

nombreuses 

concernant 

les  rites  sacrés. 


Règlements 
liturgiques  de 
saint  Silvestre, 


102  DE   LA   LITURGIE   DANS   l'ÉGLISE   EN    GEI^ERAL 

La  suite  des  ordonnances  ecclésiastiques  n'a  cessé  de  con- 
firmer, dans  chaque  siècle,  cette  maxime,  et  le  décret  de 
Clément  VIII,  Cum  ad  regularem^  qui  fait  aujourd'hui  le 
droit  des  réguliers,  sur  l'article  de  l'admission  des  sujets 
à  la  profession,  défend  expressément  d'en  admettre  aucun 
dans  l'ordre  des  choraux,  qui  ne  présente  l'espoir  fondé 
de  pouvoir  être  un  jour  élevé  au  Sacerdoce  (i).  Enfin, 
parmi  les  propositions  condamnées  par  Pie  VI,  dans  la 
Bulle  Auctorem  fidei^  on  lit  celle-ci  :  Ne  compotes  fiant 
ecclesiasticœ  hierarchiœ  qui  se  huic  [monastico)  ordini 
adjiinxerint ,  nec  ad  sacros  ordines  promoveantur,  prœ- 
terquam  ad  summum  unus,  vel  duo,  initiandi  tanquam 
curati ,  vel  capellani  mouasterii ,  reliquis  in  simplici 
laicorum  ordine  remanentibtis.  Il  est  fâcheux  que  cette 
proposition  soit  identique  à  plusieurs  de  celles  qu'on  ren- 
contre dans  les  Discours  de  Fleurj^,ct  dans  quelques  autres 
ouvrages  français  qui  sont  journellement  entre  les  mains 
du  clergé  ;  mais  nous  n'avons  point  à  traiter  ici  ces  ques- 
tions ;  nous  avons  voulu  seulement  ouvrir,  pour  ainsi  dire, 
les  églises  des  monastères  dans  lesquelles,  par  la  suite, 
nous  aurons  occasion  de  pénétrer,  pour  y  étudier,  soit  les 
rites  généraux  de  l'Église,  soit  les  rites  particuliers  des 
moines. 

Avant  de  résumer  les  travaux  liturgiques  des  écrivains 
de  l'époque  qui  nous  occupe,  nous  dirons  un  mot  des  lois 
ecclésiastiques  sur  cette  matière,  durant  la  même  période. 

Les  souverains  Pontifes  du  quatrième  siècle  héritèrent 
du  zèle  et  de  la  sollicitude  de  ceux  des  trois  premiers, 
dans  tout  ce  qui  concerne  les  rites  sacrés.  Saint  Silvestre 
fit  des  règlements  sur  la  consécration  du  saint  chrême,  et 
sur  les  cérémonies  du  baptême  à  suppléer  à  ceux   qui 


(i)  Quisque  recipiendus  in  aliquo  ordine  regulari  etiam  mendicantium, 
eam  litterarum  scientiam  calleat,  aut  illius  addiscendae  spem  indubiam 
prae  se  ferat,  ut  minores,  et,  suis  temporibus,  majores  ordines,  juxta 
décréta  sacri  Concilii  Tridentini,  suscipere  valeat. 


AU   QUATRIÈME   SIECLE  Io3 

avaient  reçu  ce  sacrement  en  maladie.  Il  établit  que  les       i  partie 

■*         ^  ^  CHAPITRE  V 

diacres  useraient  de  la  dalmatique  dans  l'église,  et  por- 
teraient  au  bras  gauche  un  mouchoir  de  lin,  qui  est  devenu 
depuis  le  manipule;  que  le  sacrifice  serait  célébré  sur 
Tautel,  couvert,  non  d'un  tapis  de  soie,  ou  de  quelque 
étoffe  teinte,  mais  d'une  toile  de  lin,  à  l'imitation  du  lin- 
ceul dans  lequel  fut  enseveli  le  corps  de  Jésus-Christ  (i). 
Saint  Marc  ordonna  que  l'évêque  d'Ostie ,  auquel  appar-  de  saint  Marc 
tenait  déjà  le  droit  de  consacrer  le  Pape,  aurait  l'usage  du 
Pallium  (2).  Saint  Jules  statua  que  les  notaires  de  l'Eglise  et  de  saint  Jules, 
tiendraient  un  registre  exact  de  toutes  les  donations  faites 
aux  basiliques,  et  un  état  de  tous  leurs  titres  :  mesure  à 
laquelle  nous  devons  certainement  les  précieux  inventaires 
du  trésor  des  églises  de  Rome,  au  temps  de  saint  Sil- 
vestre  (3).   Saint  Damase,  comme  on  peut  le  voir  par  la   Saint  Damase 

,       .  ,  V    1       aidé   dans   ses 

lecture  de  ses  œuvres,  composa  plusieurs  hymnes  a  la      importants 

I  j  .  IV  •    ^-  1      r  travaux  sur 

louange  des  saints,  et  orna  d  inscriptions  en  vers  le  lieu     \^  Liturgie 
où  avaient  reposé  les  corps  des  saints  Apôtres,  aux  Cata-  -g^j^^^  ^/érôme. 
combes,  et  les  tombeaux  d'un  grand  nombre  de  martyrs. 

II  s'occupa  aussi  de  régler  l'Office  divin  ;  et  saint  Grégoire 
le  Grand  (4)  nous  apprend  qu'à  la  persuasion  de  saint 
Jérôme,  il  inséra  dans  les  offices  romains  plusieurs  usages 
des  églises  d'Orient.  Ce  témoignage  de  saint  Grégoire, 
qui  atteste  les  relations  de  saint  Damase  et  de  saint 
Jérôme  au  sujet  de  la  Liturgie,  nous  semble  propre  à  con- 
cilier un  plus  haut  degré  d'autorité  à  une  opinion  qu'on 
rencontre  dans  tous  les  liturgistes  du  moyen  âge  :  que 
saint  Jérôme  aurait  eu  une  grande  part  à  un  remaniement 
de  l'Office  divin  entrepris  par  saint  Damase  (5). 

(i)  Lib. pontiJîcaUs,  in  Silvestrum. 

(2)  Ibid.,  ip.  Marcum. 

(3)  Ibid.,  in  Julium.        ■         , 
(4)Lib.  XII,  Epist.  ix. 

(5)  Grancolas,  Commentaire  historique  sur  le  Bréviaire  romain.  Tome  I 
pag.  26. 


104  DE   LA   LITURGIE    DANS   l'ÉGLISE   EN   GENERAL 

INSTITUTIONS        Saint  Sirice,  successeur  de  saint  Damase,  dans  la  décré- 
■  LITURGIQUES     ^^^^  ^^^  ^^^^  avons  citée  plus  haut,  corrige  la  témérité  de 

ceux  qui  conféraient  le  baptême  à  Noël,  à  TÉpiphanie, 
Solennité      aux  fêtes  même  des  Apôtres,  et  confirme  la  tradition  de 
Yafnt^âriV    toutes  les  églises  de  n'administrer  ce  sacrement  qu'aux 
seTdSr^^^^^     fêtes  de  Pâques  et  de  la  Pentecôte  (i).  On  trouve  plusieurs 
liturgiques.     ^j.^j^5  j^  même  genre  dans  les  lettres  de  ce  saint  Pape, 
qui  ont  été  recueillies  avec  tant  de  soin  par  D.  Constant; 
mais  il  faut  remarquer  la  solennité  avec  laquelle  il  intime 
les  volontés  du  Siège  apostolique,  en  matière  de  Liturgie. 
«  Jusqu'ici  on  a  assez  erré  sur  ce  point  :  que  maintenant 
«  donc  s'attachent  à  la  règle  que  nous  venons  d'établir, 
c(  tous  les  Prêtres  qui  ne  veulent  pas  être  séparés  de  la 
«  solidité  de  cette  Pierre  apostolique  sur  laquelle  le  Christ 
a  a  bâti  son  Église  (2).  »  Nul  doute  que  les  décrets  des 
Pontifes  antérieurs  ne  fussent  rendus  avec  cette  solennité  : 
le  pouvoir  du  Siège  apostolique  ayant  été  le  même  depuis 
l'origine   de  l'Église,  et  la  vigueur  des    Papes  toujours 
inébranlable,  quand  il  s'agissait  du  maintien  et  de  la  con- 
servation des  traditions. 
Canons  Si  nous  en  venons  maintenant  aux  conciles  du  quatrième 

y  des  conciles  .  .    , 

du  ive  siècle  siècle,  nous  trouvons  celui  de  Nicee  avec  son  fameux 
au  service  divin,  canon  sur  la  célébration  de  la  Pâque;  celui  d'Antioche, 
tenu  en  332,  avec  ses  règlements  sur  le  même  sujet;  celui 
de  Laodicée,  vers  362,  qui  prescrit  plusieurs  règles  sur  la 
psalmodie  et  les  lectures  qui  l'acconipagnaient;  celui  de 
Gangres,  vers  370,  qui  condamne  ceux  qui  blâment  les 
assemblées  que  l'on  tenait  aux  mémoires  des  martyrs;  le 
troisième  deCarthage,  en  397,  qui,  renouvelant  des  pres- 
criptions déjà  portées  en  393  par  un  concile  tenu  à   Hip- 

(i)  Coustant,  £^725^  Rom.  Ponti/iciim,  tom.  I,  pag.  626. 

(2)  Hactenus  erratum  in  hac  parte  sufficiat:  nunc  praefatam  regulam 
omnes  teneant  sacerdotes  qui  nolunt  ab  apostolicae  Petrae,  super 
quam  Christus  universalem  construxit  ecclesiam,  soliditate  divelli. 
(Pag.  627.) 


AU    QUATRIÈME    SIECLE  I05 

pone,  promulgua  des  canons  très-importants  sur  la  célé- 
bration delà  Pâque,  les  prières  liturgiques,  l'administration 
des  sacrements,  Toffrande  du  saint  sacrifice  et  la  lecture 
publique  des  saintes  Écritures;  le  quatrième  de  Carthage, 
en  398,  qui  détermine  dans  un  détail  si  précieux  les  rites 
de  l'ordination  (i). 

La  liste  des  écrivains  du  quatrième  siècle,  qui  ont  traité 
des  matières  liturgiques  est  longue  et  imposante.  En  tête, 
nous  inscrirons  d'abord  Eusèbe,  dont  V Histoire  ecclésias^ 
tique  offre  tant  de  traits  remarquables  sur  l'objet  qui  nous 
occupe,  comme  sur  mille  autres.  Nous  l'avons  mise  à 
contribution  dans  ce  chapitre,  ainsi  qu'on  vient  de  le  voir; 
nous  regrettons  vivement  que  la  perte  de  deux  ouvrages  de 
cet  illustre  écrivain  nous  ait  privé  du  puissant  secours  que 
nous  en  eussions  tiré.  Ces  deux  opuscules  sont  une  descrip- 
tion spéciale  de  l'Église  de  Jérusalem  et  un  livre  de  la  fête 
de  Pâques. 

Saint  Eustathe  d'Antioche,  docteur  orthodoxe,  composa 
une  Liturgie  syriaque  qu'on  trouve  encore^  mais  inter- 
polée, au  Missel  des  Maronites. 

Saint  Athanase,  l'invincible  vengeur  de  la  foi  de 
Nicée,  est  réputé,  chez  les  Orientaux,  l'auteur  de  VAna- 
phore ,  qui  commence  par  ces  paroles  :  Deus  fortis 
Domine.  Les  Grecs  appellent  Anaphore  la  partie  des 
prières  de  la  Messe  qui  renferme  l'offrande  et  le  canon. 

Saint  Cyrille,  de  Jérusalem,  doit  être  compté  parmi  les 
liturgistes  du  quatrième  siècle,  pour  les  précieuses  Caté- 
chèses dans  lesquelles  il  expose  souvent,  avec  autant  de 
profondeur  que  d'éloquence,  les  rites  des  sacrements  et  du 
saint  sacrifice. 

Saint  Hilaire,  de  Poitiers,  d'après  le  témoignage  de 
saint  Jérôme  et  de  saint  Isidore,  est  auteur  d'un  Livré 
d'Hymnes  et  de  Mystères  sacrés  qui  n'est  pas  venu  jus- 


I    PARTIE 
CHAPITRE   V 


Ecrivains 

liturgistes 

du  iv^  siècle. 

Eusèbe 
de  Gésarée. 


Saint  Eustathe 
d'Antioche. 


Saint  Athanase. 


Saint  Cyrille 
de  Jérusalem, 


Saint   Hilaire 
de   Poitiers. 


(i)  Concil.  Labb.  Tom.  II. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


I06  DE   LA   LITURGIE   DANS   l'ÉGLISE   EN   GENERAL 

qu'à  nous.  Une  seule  de  ces  hymnes  a  survécu  au  nau- 
frage, celle  que  le  saint  Évêque  envoya  à  sa  fille  Abra,  et 
qui  commence  par  ce  vers  :  Lucis  largitor  splendide. 
George  Gassander  et  Grégoire  Fabricius  lui  ont  attribué 
aussi  celle  de  la  Pentecôte  :  Beata  nobis  gaudia^  celle  du 
Carême  :  Jesii,  quadragenariœ,  et  enfin  celle  de  F  Epi- 
phanie :  Jésus  refulsit^  omnium.  Le  B.  Tommasi  lui 
donne  aussi  cette  dernière.  Zaccaria  paraît  incliner  à  lui 
attribuer  la  longue  pièce  qui  commence  :  Hymnum  dicat 
turha  fratrum  :  Hincmar,  de  Reims,  est  de  ce  senti- 
ment. Enfin  une  autre  hymne  :  Ad  cœli  clara  non  sum 
dignus  sidéra^  a  été  jointe,  parD.  Constant,  à  celle  Lucis 
largitor  splendide j  sans  que  le  docte  bénédictin  ait  pré- 
tendu Tattribuer  à  saint  Hilaire,  mais  seulement  afin 
qu'elle  ne  pérît  pas.  Le  faux  Alcuin  désigne  saint  Hilaire 
comme  ayant  complété  Thymne  Gloria  in  excelsis.  En 
outre,  il  nous  est  tombé  entre  les  mains  une  dissertation 
imprimée  (sans  date)  à  Poitiers,  sous  le  nom  de  M.  Tabbé 
Cousseau,  dans  laquelle  on  veut  faire  saint  Hilaire  auteur 
de  rhymne  Te  Deum.  Cet  opuscule,  qui  n'est  pas  sans 
quelque  mérite,  aujourd'hui  surtout  où  si  peu  de  personnes 
paraissent  s'intéresser  aux  études  liturgiques,  nous  a 
semblé  d'ailleurs  très-insuffisant  pour  démontrer  la  thèse 
difficile  que  l'auteur  s'est  posée. 

Saint  Pacien,'  de  Barcelone,  a  laissé  un  livre  de  Bap- 
tismo^  ad  Catechumenos. 
Saint  Éphrem.  Saint  Ephrem,  moine.  Syrien  de  nation,  diacre  d'É- 
desse,  a  composé  une  immense  quantité  d'hymnes  en  lan- 
gue syriaque.  Il  s'était  proposé  de  détruire,  par  des  poésies 
orthodoxes,  les  funestes  effets  que  produisaient  chez  les 
Syriens  les  vers  de  l'hérétique  Harmonius.  Ces  hymnes 
^  sont  au  nombre  de  quinze  sur  la  Nativité  de  Jésus-Christ, 
quinze  sur  le  Paradis,  cinquante-deux  de  la  Foi  et  de 
l'Eglise,  cinquante  et  une  de  la  Virginité,  quatre-vingt-sept 
de  la  Foi  contre  les  ariens  et  les  eunomiens,  cinquante- 


Saint  Pacien 
de  Barcelone. 


AU    QUATRIEME   SIECLE  I07 

six  contre  les  Hérésies,  quatre-vingt-cinq  hymnes  mor- 
tuaires, quinze  hymnes  parénétiques ,  etc.  Toutes  ces 
poésies  sont  étincelantes  de  génie,  d'images  orientales, 
de  réminiscences  bibliques,  et  sont  remplies  d'une  onction 
admirable.  On  a  donné,  assez  étrangement,  à  la  plupart, 
le  titre  de  Sermons ,  dans  l'édition  Vaticane  de  saint 
Éphrem.  L'Église  copte  emploie  une  grande  partie  de  ces 
hymnes  dans  les  offices  divins. 

Saint  Basile  de  Césarée,  outre  ses  livres  du  Baptême,  est 
auteur  de  la  Liturgie  grecque  qui  porte  son  nom. 

Saint  Grégoire  de  Nazianze  passe  pour  être  l'auteur  d'une 
Liturgie  grecque,  et  de  plusieurs  prières  du  même  genre, 
qu'on  trouve  dans  les  livres  d'offices  des  Syriens  et  des 
Coptes,  et  qui  auraient  été  traduites  du  grec. 

Apollinaire  le  jeune,  qui  fut  évêque  de  Laodicée,  et, 
depuis,  condamné  comme  hérétique  par  saint  Damase 
dans  un  concile  romain,  composa  des  hymnes  et  des 
cantiques,  pour  être  chantés  par  le  peuple  dans  les  divins 
offices. 

Saint  Ambroise  n'ous  présente,  dans  ses  écrits,  particu- 
lièrement dans  ses  lettres,  d'importants  matériaux  pour 
la  connaissance  de  la  Liturgie  du  quatrième  siècle.  Ses 
translations  de  martyrs,  par  exemple,  offrent,  sous  ce 
rapport,  le  plus  précieux  intérêt.  Son  traité  des  Offices  des 
Ministres^  et  celui  des  Mystères  appartiennent  directe- 
ment à  notre  sujet.  Quant  aux  six  livres  <ie^  Sacrements,on 
ne  convient  pas  s'ils  appartiennent  ou  non  au  docte  évêque 
de  Milan  ;  mais  ils  n'en  sont  pas  moins  importants  pour 
leur  haute  antiquité  et  pour  les  richesses  liturgiques  qu'ils 
renferment.  Les  hymnes  qui  sont  attribuées  à  saint 
Ambroise,  avec  le  plus  de  certitude,  sont  d'abord  les  onze 
que  lui  reconnaît  Dom  Ceiliier,  savoir  :  JEterne  rerum 
conditor.  Deus  creator  omnium.  Jam  surgit  hora  tertia. 
Veni,  redemptor  gentium.  Illuminans  Altissimus.  Orabo 
mente  Dominum.  ^terna  Christi  mimera.  Somno  refectis 


I    PARTIE 
CHAPITRE   V 


Saint  Basile 
de  Césarée. 


Saint   Grégoire 
de  Nazianze. 


Apollinaire 
de  Laodicée. 


Saint  Ambroise. 


Onze  hymnes 

paraissent 
certainement 

de  sa 
composition. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


B.  Tommasi, 

d'après 

d'anciens 

manuscrits. 


I08  DE    LA   LITURGIE   DANS    l'ÉGLISE    EN   GENERAL 

artubus.  Consors paterni  luminis.  O  Lux  beata  Trinitas. 
Fit  porta  Christi  pervia.   Le    B.   Tommasi,  dans    son 
Hymnaire,  ajoute  les  suivantes  sur  la  foi  des  manuscrits  : 
Hymnes       Jntende  gui  res'is   Israël.    Hymnum    dicamus  Domino. 

attribuées  .  . 

à  Hic  est   aies  verus  Dei.   Optatus   votis    omnium.  Jesu. 

saint  Ambroise,  .  .  i  ^ 

parle  nostra  redeinptio.  Jam  Luristus  astra  ascenderat.  Lon- 
ditor  aime  siderum.  Agnes  beatœ  virginis.  A  solis  or  tus 
cardine.  Mysterium  ecclesiœ.  Agathœ  sacrœ  virginis. 
Grates  tibi,  Jesu,  novas.  Apostoloruin  passio.  Magni 
palmam  certaminis.  Apostolorum  supparem.  Medice 
noctis  tempus  est.  Rerum  creator  optime.  Nox  atra 
rerujn  contegit.  Tu  Trinitatis  unitas.  Summœ  Deus 
clementiœ.  Splendor  paternœ  gloriœ.  jEternœ  lucis 
conditor.  Fulgentis  autor  œtheris.  Deus  œterni  luminis. 
Christe,  rex  cœli,  Domine.  JEterna  cœli  gloria.  Diei 
luce  reddita.  Jam  lucis  orto  sidère.  Certum  tenentes 
ordinem.  Nunc^  sancte  nabis  Spiritus.  Bis  ternas  horas 
explicans.  Jam  sexta  sensim  volvitur.  Dicamus  laudes 
Domino.  Rector  potens,  verax  Deus.  Ter  hora  trina 
volvitur.  Perfecio  trino  numéro.  Rerum  Deus  tenax 
vigor.  Deus  qui  certis  legibus.  Sator  princepsque  tem- 
porum.  Lucis  creator  optime.  Immense  cœli  conditor. 
Telluris  ingens  conditor.  Cœli  Deus  sanctissime.  Magnœ 
Deus potentiœ.  Plasmator  hominis  Deus.  Christe  cœlestis 
medicina  Patris.  Obduxere  polum  nubila  cœli.  Squalent 
arva  soli  pulvere  multo.  Tristes  nunc  populi^  Christe 
redemptor.  Sœvus  bel  la  serit  bar  bar  us  horrens.  Presque 
toutes  ces  hymnes  font  partie  des  Bréviaires  romain  et 
ambroisien,  et  les  autres  se  trouvent  dans  TOffice  moza- 
rabe. Au  reste,  nous  ne  donnons  pas  cette  dernière  énu- 
mération  comme  authentique  de  tout  point  ;  au  contraire, 
nous  rendrons  plusieurs  de  ces  hymnes  à  saint  Grégoire  ; 
mais  le  B.  Tommasi  lui-même  n'a  pas  prétendu  faire 
autre  chose  que  recueillir  les  traditions  des  anciens  Hym- 
naires,  sans  en  prendre  toujours  la  responsabilité.  On  a,  en 


AU   QUATRIEME    SIECLE  1 09 

outre,  attribué  à  saint  Ambroise  Phymne  monastique   Te       i  partie 

^  "^  CHAPITRE  V 

decet  laus^  mais    il  faut  convenir  que  c'est  sans   aucune  "^ 

espèce  de  fondement.  On  intitule  d'ordinaire  le  Te  Detim 

laudamus  ,    Hymne    de    saint    Ambroise    et    de    saint    Le  Te  Deum 

'         -^  appelé  Hymne 

Auscustin  :   on  ne  peut  avoir,  pour  appuyer  ce  titre,  que      .     ^^  ,    . 

^  ^  .  .  /  saint  Ambroise 

des  conjectures  et  une  possession  qui  n'est  pas   très-an-  et  de 

.  saint  Augustin. 

cienne.  Ces  deux  hymnes  en  prose  n  ont  rien  de  commun 

avec  les  véritables  hymnes  de  saint  Ambroise   qui  sont 

mesurées;  mais  elles  remontent  à  une  antiquité  voisine  de 

ce  saint  Docteur,  puisqu'elles  sont  citées  dans  la  règle  de 

saint  Benoît,  qui  a  dû  être  écrite  dans  la  première  moitié 

du  sixième  siècle. 

Théophile,  d'Alexandrie,  outre  son  cycle  pascal,  écrivit     Théophile 

y  d'Alexandrie. 

des  Sacrés  Mystères,  ou  du  Mobilier  sacré  de  l'Eglise  de 
Dieu  :  ouvrage  que  nous  n'avons  plus  et  qui  avait  été  tra- 
duit du  grec  par  saint  Jérôme. 

Saint  Augustin,  dans  tous  ses  écrits,  mais  particuliè-  Saint  Augustin 
rement  dans  ses  sermons,  dans  ses  lettres,  dans  une  foule   des  matériaux 
de  traités  spéciaux,  comme  sont  ceux   de    C ai echi candis     ^liturgique^ 
rudibuSy  de   Cura  gerenda  pro  mortuis^  de  S/mbolo  ad  ^qu'lî  donne^  ' 
catechumenos.,   ses    Épîtres  ad    Januarium^    présente  le     ^^^,S°^,^^^ 
tableau  le   plus  complet  et  le   plus  vrai  des  mœurs  de 
l'Église  de  son  temps,  et,  par  là  même,  fournit   à  l'obser- 
vateur d'innombrables  particularités  propres  à    alimenter 
la  science  liturgique;  mais   nous  ne  voyons  pas  qu'il  ait 
rien  composé  qui  touche  directement  cette  matière.  Nous  On  lui  attribue 
ferons  voir  ailleurs  que  c'est  à  tort  qu'on  lui  a  attribué  le     vExuitet  de 
chant  du  cierge  pascal  :  Exultet  jam  angelica.  aques. 

Fabius  Marius  Victorinus,  personnage  consulaire,  ora-  Fabius  Marius 
teur,  rhéteur  et  grammairien,  le  même  dont  saint  Augustin  ictormus. 
raconte  la  conversion  au  christianisme,  au  livre  VIII  de 
ses  Confessions.,  composa  trois  hymnes  en  prose  sur  la  Tri- 
ni  té;,  plusieurs  fragments  de  ces  hymnes  sont  entrés  dans  la 
composition  de  l'Office  de  la  sainte  Trinité,  au  Bréviaire 
romain. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Saint  Jean 
Chrysostome. 


Saint  Jérôme. 


Prudence, 

le  prince 

des  poètes 

chrétiens. 


Le 
Peristephanon. 


110  DE   LA   LITURGIE   DANS   l'eGLISE   EN   GENERAL 

Saint  Jean  Chrysostome  n'est  pas  Fauteur  de  la  Liturgie 
"  grecque  qui  porte  son  nom;  nous  aurons  occasion  de  rêve- 
nir  sur  cette  question,  quand  nous  traiterons  des  livres 
liturgiques  de  TOrient.  Ses  Homélies  et  son  Traité  du  Sa- 
cerdoce renferment  une  foule  de  traits  infiniment  [précieux 
sur.  la  célébration  des  saints  mystères,  sur  les  fêtes  et  les 
assemblées  chrétiennes. 

Saint  Jérôme,  dont  les  travaux  appartiennent  en  grande 
partie  au  quatrième  siècle,  est  infiniment  riche  en  détails 
sur  les  formes  liturgiques  de  son  temps,  particulièrement 
dans  ses  lettres  et  ses  opuscules  contre  les  hérétiques.  Nous 
parlerons  ailleurs  du  Martyrologe  et  du  livre  appelé  Co?nes^ 
qui  lui  ont  été  attribués. 

Prudence,  personnage  consulaire,  le  prince  des  poètes 
chrétiens,  a  grandement  mérité  de  la  Liturgie,  par  les 
belles  hymnes  dont  il  a  enrichi  les  offices  divins,  tant  de 
TEglise  romaine  que  de  TEglise  gothique  d'Espagne.  Son 
premier  recueil  intitulé  Cathemerïnon^  ou  collection  de 
prières  quotidiennes^  renferme  les  suivantes  :  Ad  Galli- 
ciNiuM.  Aies  diei  nuncius.  Hymnus  matutinus.  Nox  et  te- 
nebrœ  et  nuhila.  Ante  cibum.  O  crucifer  bone^  lucisator. 
PosT  CIBUM.  Pastis  visceribus,  ciboque  sumpto.  De  novo 
lumine  paschalis  sabbati.  Inventer  rutili^  aux  bone, 
luminis.  Ante  somnum.  Ades,  Pate?^  suprême.  Hymnus  jeju- 
NANTiuM.  O  Na^arene^  lux  Bethlem,  Verbum  Patris. 
PosT  JEJUN1UM.  Christe^  serporum  regimen  tiiorum. 
Omni  hora.  Da,  puer^  plectrum,  choris  ut  canani 
Jîdelibus.  Girca  exequias  defuncti.  Deus,  ignée  fons 
animarum.  VIII,  Kalendas  januarias.  Quid  est  quod* 
arctum  circulum.  De  Epiphania.  Quicumque  Christum 
quœritis. 

Le  second  recueil  d'h3^mnes  est  intitulé  :  Peristephanon 
(des  couro7ines),  parce  que  le  poète  y  célèbre  le  triomphe 
d'un  grand  nombre  de  martyrs,  savoir  :  les  saints  Hémé- 
térius  et  Gélédonius,    saint  Laurent,    sainte  Eulalie,  les 


1 1 1 


I    PARTIE 
CHAPITRE    V 


AU    QUATRIEME   SIECLE 

dix-huit  martyrs  de  Sàragosse,  saint  Vincent,  les  saints 
Fructueux,  Eulogius  et  Augurius,  saint  Quirinus,  saint 
Gassien,  saint  Romain,  saint  Hippolyte,  les  saints  apôtres 
Pierre  et  Paul,  saint  Cyprien  et  sainte  Agnès.  Nous 
donnerons  ci-dessous  dans  les  notes  de  ce  chapitre,  Thymne 
magnifique  que  Prudence  consacre  à  chanter  la  fête  des 
saints  Apôtres  à  Rome(i);  elle  renferme  la  description  des 
églises  de  saint  Pierre  et  de  saint  Paul,  telles  qu'elles 
étaient  alors.  On  y  verra  de  précieux  détails  sur  les 
pompes  de  ce  grand  jour  et  notamment  sur  les  deux  Messes 
que  le  Pape  célébrait  en  cette  occasion.  Les  hymnes 
de  Prudence,  et  la  plupart  de  ses  autres  poésies,  sont 
remplies  de  particularités  liturgiques  du  plus  haut  intérêt  : 
nous  ne  saurions  trop  en  recommander  Pétude  aux 
lecteurs. 

En  finissant  ce  tableau  liturgique  du  quatrième  siècle, 
nous  tirerons  de  tout  ce  qui  précède  les  conclusions  sui- 
vantes : 

La  beauté,  la  grandeur,  la  richesse  des  églises  fut  un  des    Conclusions 
caractères  de  cette  époque  de  paix. 

L'Église  dirigea  contre  Thérésie  Tarme  puissante  de  la 
Liturgie,  en  instituant  contre  les  ariens  le  chant  alternatif 
des  psaumes,  en  opposant  des  hymnes  orthodoxes  à  des 
cantiques  inspirés  par  Terreur. 

L'hérésie,  redoutant  l'effet  prodigieux  des  formes  litur- 
giques sur  le  peuple,  attaqua  dès  lors  les  pompes  et  le  ca- 
ractère traditionnel  du  culte,  par  les  arguments  que  répétè- 
rent les  sectaires  des  âges  suivants. 

Les  monastères,  en  ce  siècle,  commencèrent  à  avoir  des 
églises,  et  une  Liturgie  monastique  se  forma. 

Le  plus  haut  pouvoir  de  la  chrétienté,  le  Siège  aposto- 
lique continua  de  promulguer  les   lois  sur  la  Liturgie, 


(i)  Vid.  la  Note  G. 


112  DE   LA   LITURGIE    DANS   L  EGLISE   EN   GENERAL 

INSTITUTIONS  préparant  ainsi  Tunité  qui  devait  plus  tard  briller  dans 
LITURGIQUES  __  ^^^^^  partie",  comme  dans  tout  le  reste.  Les  conciles  de  ce 
siècle  mirent  les  questions  liturgiques  au  rang  des  plus 
importantes,  et  les  plus  illustres  docteurs  s'occupèrent 
avec  complaisance  à  expliquer  et  à  régler  les  formes  du 
culte  divin. 


AU   QUATRIEME   SIECLE 


Il3 


NOTES  DU  CHAPITRE  V 

NOTE  A 

Itaque  multo  ampliorem  locum  metatus(Paulinus),  exteriorem  quidem 
ambitum  muro  undique  communivit,  qui  totius  operis  tutissimum  esset 
propugnaculum.  Magnum  deînde  atque    excelsum   vestibulum  ad   ipsos 
solis  orientis  radios  extendit  ;  iis  qui  a  sacro  loci  ambitu  longius  remoti 
sunt,  conspectum  quemdam  eorum  quae  intus  reconduntur  abunde  exhi- 
bons, et  oculos  eorum  qui  a  nostra  fide  alieni  sunt,  ad  conspicienda  limina 
quodam  modo  invitans.  Caeterum.  ubi  portas   ingressus  sis,  non  statim 
impuris  et  illotis  pedibus  in  sacrarium  introire  permisit.  Sed  inter  tem- 
plum    ac    vestibulum    maximo     intervallo     relicto,     hoc     spatium    in 
quadrati    speciem.     circiïmseptum     quatuor    obliquis    porticibus    cir- 
cumquaque  exornavit,    quae     columnis    undique    attolluntur.    Interco- 
lumnia   porro   ipsa    septis    e    ligno    reticulatis,    in   mediocrem  et  con- 
gruam  altitudinem  elatis  circumclusit.  Médium  autem  spatium  apertum. 
et  patens  reliquit,  ut  et  cœli  aspectum  prœberet,    et  aerem    splendidum 
solisque  radiis  coUustratum  praestaret.  Hic  sacrarum  expiationum  signa 
posuit;  fontes  scilicet  ex  ad  verso  Ecclesiae  structos,  qui  interius  sacra- 
rium ingressuris  copiosos  latices  ad  abluendum  ministrarent.  Atque  hoc 
primum  intrantium  diversorium  est  ;  cunctis  quidem   ornatum  ac  nito- 
rem  concilians;  iis  vero  qui  institutione  adhuc  opus  habent,congruentem 
praebens  mansionem.  Jam  vero  hoc  spectaculum   praetervectus,    pluribus 
aliis  interioribus  vestibulis  aditus  ad  templum  patentes  effecit;  rursus  ad 
ipsos  solis  orientis  radios  tribus  ordine    januis  in  uno  eodemque    latere 
constructis.  Quarum  mediam  duabus  aliis  utrimque  positis  et  altitudine 
et  latitudine  plurimum  praestare  voluit,  eamdemque  aereis  tabulis  ferro 
vinctis,  et  sculpturis  variis  praecipue  decoravit;  ei  tanquam  reginae  satel- 
lites alias  adjungens.  Ad  eumdem  modum  cum  porticibus  ad  utrumque 
templi  latus  fabricatis  parem  vestibulorum  numerum  disposuisset,  diver- 
sos  aditus  quibiis  copiosum  lumen  superne  in  aedem  infunderetur,  supra 
ipsas  porticus  excogitavit,  easque  fenestras  variis  e  ligno  sculpturis  minu- 
tissimi  operis  ornavit.  Ipsam  vero  œdem  regiamopulentioribus  magisque 
pretiosis  speciebus  instruxit,  prolixa  sumptuummagnificentiaadhocusus. 
Hic  jam  mihi  superfluum  videtur  aedis  ipsius  longitudinem   ac  latitudi- 
nem  describere,  et  hune  splendidissimum  decorem,  atque  inexplicabilem 
magnitudinem;  radiantem  operum   speciem  ac   splendorem  ;   fastigia  ad 
cœlum  usque  tendentia;  et  supra  haec  eminantes   Libani    pretiosissimas 
cedros  oratione  prosequi,  quarum  mentionem  ne  divina  quidem   oracula 

T.    I  8 


I  PARTIE 

CHAPITRE   V 


114  DE   LA   LITURGIE   DANS   l'eGLISE   EN   GENERAL 

INSTITUTIONS  prœtermiserunt,  in  quibus  dicitur  :  Laetabuntur  ligna  Domini,  et  cedri 
LITURGIQUES  ^ibani  quas  plantavit.  Quid  jam  attinet  de  solerti  et  ingeniosa  totius 
fabricae  dispositione,  ac  de  excellent!  singularum  partium  pulchritudine 
accuratius  disserere,  praesertim  cum  oculorum  testimonium  omnem  quae 
auribus  percipi  potest  notitiam  excludat.  Porro  cum  templum  in  hune 
modum  absolvisset,  thronisque  altissimis  in  honorem  praesidentium,  ac 
praeterea  subselliis  per  universum  templum  ordine  dispositis  exornasset; 
postremo  sanctum  sanctorum,  altare  videlicet,  in  medio  constituit. 
Utque  haec  sacraria  multitudini  inacçessa  essent/ea  rursus  lignis  cancelliis 
munivit,  minutissimo  opère  ad  summum  artis  fastigium  elaboratis,  adeo 
ut  admirabile  intuentibus  spectaculum  exhibeant.  Quin  etiam  ne  ipsum 
quidem  solum  negligendum  putavit.  Quod  cum  mirum  in  modum  mar- 
more  exornasset,  inde  ad  ea  quae  extra  templum  posita  sunt  conversus,^ 
exhedras  et  œcos  amplissimos  utrimque  summa  cum  peritia  fabricavit, 
qui  sibi  invicem  ad  latera  ipsius  basilicae  conjunguntur,  portisque  quibus 
in  médium  templum  intratur  connexi  sunt.  Quas  quidem  aedes  in  gratiam 
eorum  qui  expiatione  et  purgatione  per  aquam  et  Spiritum  Sanctum  opus 
habent,    Salomon   noster  vere   pacificus    templi    hujus    conditor   exs- 

truxit. 

Est  quidem  hoc  opus  miraculum,  et  omni  admira- 

tione  majus,  iis  praesertim  qui  ad  solam  rerum  exteriorum  speciem  atten- 
dunt.  Omnibus  vero  miraculis  mirabiliora  sunt  archetypa,  et  primitivae 
eorum  imagines,  spiritalia  Deoque  digna  exemplaria  :  instaurationes  divini 
illius  et  rationalis  in  animabus  nostris  aedificii.  Quod  quidem  aedificium 
cum  ipse  Dei  Filius  ad  imaginem  suam  condidisset,  atque  in  omnibus 
Dei  similitudinem  praeferre  voluisset,incorruptibilem  ei  naturam  et  incor- 
poream  atque  ab  omni  terrena  materia  segregatam  largitus,  rationalem 
quoque  substantiam  et  prorsus  intellectualem  ei  tribuens;  posteaquam 
semel  ex  nihilo  primum  eam  creavit,  sponsam  sanctam  et  sacrum  tem- 
plum sibi  ac  Patri  suo  constituit. 

Cumque  mentium  vestrarum  locum  purum  ac  nitidum 

reddidisset,  huicsapientissimoposthaec  Deique  amantissimo  praesidi  eum 
tradidit.  Qui  cum  in  aliis  rébus  singulari  judicio  et  ratiocinandi  solertia 
praeditus,  tum  in  animarum  quarum  curam  sortitus  est,  cogitationibus 
dignoscendis  ac  discernendis  perspicacissimus,  ab  initio  fere  ad  hune 
usque  diem  aedificare  non  destitit  :  nunc  aurum  splendidissimum,  nunc 
purum  ac  probum  argentum,  nunc  pretiosissimos  lapides  in  uno  quoque 
vestrum  coagmentans;  ut  suis  erga  vos  operibus  sacram  denuo  et  arcanam 
praedictionem  adimpleat,  quae  sic  habet  :  Ecce  ego  praeparo  tibi  carbun- 
culum  lapidem  tuum,  et  fundamenta  tua  sapphirum,  et  propugnacula  tua 
jaspidem,  et  portas  tuas  lapides  crystalli,  et  murum  tuum  lapides  electos  : 
et  omnes  filios  tuos  doctos  à  Deo,  et  in  multa  pace  filios  tuos  :  et  in  justitia 
aedificaberis.  In  justitia  igitur  œdificans,  totius  populi  vires acfacultates  con- 
grua  ratione  distinxit  :  hos  quidem  exteriore  duntaxat  cingens  muro,  id 
est  firma  fide.  Cujus  generis  infinita  est  multitudo,  quae  praestantiorem 


AU    QUATRIÈME    SIECLE  I  I  5 

structuram  ferre  non  potest.  Illis  vero  aditus  in  templum  permittens;  ad  i  partie 

portas  stare  et  intrantes  deducere  eos  jubet  :  qui  non  absurde  templi  ves-  chapitre  v 
tibulis  comparantur.  Alios  primis  columnis  quae  forinsecus  circa  atrium 
in  quadranguli  speciem  dispositae  sunt  suffulsit,  intraprimos  litteralis  qua- 
tuor evangeliorum  sensus  obices  eos  inducens.  Jam  vero  nonnullos  circa 
regiam  aedem  utrimque  lateribus  applicat,  qui  adhuc  quidem  catechu- 
meni  sunt:  et  augmentum  ac  progressum  faciunt,  non  tamen  procu^ 
absuntabipsa  abditissimjorum  Dei  mysteriorum  inspectione  qua  fidèles 
fruuntur.  Ex  horum  numéro  eos  quorum  animae  immaculatae  sunt  et 
divino  lavacro  instar  auri  purgatas  assumens;  alios  columnis,  quae  exte- 
rioribus  illis  longe  praestantiores  sunt,  arcanis  scilicet  et  intimis  sacrae 
Scripturœ  sententiis  suffulsit.  Alios  vero  fenestris  ad  lumen  in  aedes  immit- 
tendum  factis  illustrât.  Ac  universum  quidem  templum  uno  maximo  ves- 
tibulo,  unius  scilicet  Dei  summi  omnium  régis  adoratione  exornavit. 
Christum  vero  et  Spiritum  Sanctum  utrimque  ad  latus  paternae  auctori- 
tatis,  quasi  secundum  lumen  praebet.  Sed  et  in  reliquis  singillatim  fidei 
nostrae     sententiis,     per    totam    basilicam    copiosissimam   ac    prasstan- 

tissimam  veritatis   lucem  atque  evidentiam  ostendit Insunt 

etiam  in  hoc  templo  throni;  et  subsellia  scamnaque  innumera;  in  cunctis 
scilicet  animabus  in  quibusSancti  Spiritus  résident  dona,  cujusmodi  olim 
visa  sunt  sacrosanctis  Apostolis;  quibus  linguae  instar  ignis  divisae,  et 
singulis  insidentes  apparuerunt.  Verum  in  ipso  quidem  omnium  principe 
ac  praeside,  totus,  ut  verisimile  est,  insidet  Christus.  In  ils  vero  qui 
secundum  dignitatis  locum  obtinent,  quatenusquisque  dispertita  virtutis 
Christi  Sanctique  Spiritus  dona  capere  potest.  Subsellia  quoque  Angelo- 
rum  sunt  quorumdam  animae,  quorum  institutio  et  custodia  illis  deman- 
data  est.  Augustum  vero  magnumque  et  unicum  altare  quodnam  aliud 
est,  quam  summi  omnium  sacerdotis  purissima  mens  prorsusque  sanc- 
tum sanctorum.  Gui  dexter  assistens  maximus  ille  omnium  Pontifex,  ipse 
scilicet  Jésus  unigenitus  Dei  Filius.  (Euseb.  Hist.  eccles.,  lib.  X, 
cap.  IV.) 

NOTE  B 

Hoc,  inquam,  monumentum  tanquam  totius  operis  caput,  imperatoris 
magnificentia  eximiis  columnis  et  maximo  cultu  primum  omnium  deco- 
ravit,  et  cujusque  modi  ornamentis  illustravit.  Transgressus  inde  est 
ad  vastissimum  locum  libero  patentem  cœlo.  Cujus  solum  splendido 
lapide  constravit,  longissimisqueundique  porticibus  ad  tria  latera  additis. 
Quippe  lateri  illi  quod  e  regione  speluncae  positum,  solis  ortum  specta- 
bat,  conjuncta  erat  basilica;  opus  plane  admirabile,  in  immensam  altitu- 
dinem  elatum,et  longitudine  maxima  expansum.  Cujus  interiora  quidem 
jVersicoloribus  marmoris  crustis  obtecta  sunt:  exterior  vero  parietum 
superficies,  politis  lapidibus  probe  inter  se  vinctis  decorata,  eximiam 
quamdam  pulchritudinem,  nihilo  inferiorem  marmoris  specie,  praefere- 


I  1 6  DE   LA   LITURGIE   DANS    L  EGLISE    EN   GENERAL 

INSTITUTIONS  bat.  Ad  culmen  vero  et  caméras  quod  attinet,  exteriora  quidem  tecta  plumbo, 
LITURGIQUES  tanquam  firmissimo  quodam  munimento,  ad  hibernos  imbres  arcendos 
obvallavit.  Interius  autem  tectum  sculptis  lacunaribus  consertum,  et  ins- 
tar vasti  cujusdam  maris  compactis  inter  se  tabulis  per  totam  basilicam 
dilatatum,  totumque  auro  purissimo  coopertum,  universam  basilicam 
velut  quibusdam  radiis  splendere  faciebat.  Porro  ad  utrumque  latus,  ge- 
minae  porticus  tam  subterraneae  quam  supra  terram  eminentes,  totius 
basilicae  longitudinem  aequabant;  quaruni  concamerationes  auro  perinde 
variatae  sunt.  Ex  his,  quae  in  fronte  basilicae  erant,  ingentibus  columnis 
fulciebantur:  quae  vero  interiores,  pessis  magno  cultu  extrinsecus  orna-? 
tis  sustinebantur.  Portée  très  ad  orientera  solem  apte  dispositae,  introeun- 
tium  turbam  exceperunt.  E  regione  harum  portarum  erat  hemisphaerium, 
qilod  totius  operis  caput  est  :  usque  ad  culmen  ipsius  basilicae  protentum. 
Cingebatur  id  duodecim  columnis,  pro  numéro  sanctorum  Servatoris 
nostri  Apostolorum.  Quarum  capîta  maximis  crateribus  argenteis  erant 
ornata:  quos  imperator  tanquam  pulcherrimum  donarium,  Deo  suo 
dicaverat.  Hinc  ad  eos  aditus  qui  ante  templum  sunt  progredientibus, 
aream  interposuit.  Erant  autem  in  eo  loco  primum  atrium,  deinde  por- 
ticus ad  utrumque  latus,  ac  postremo  portae  atrii.  Posthas  totius  operis 
véstibula  in  ipsa  média  platea,  in  qua  forum  est  rerum  venalium,ambi- 
tioso  cultu  exornata,  iter  forinsecusagentibus,  aspectumearum  rerum  quae 
intus  cernebantur  non  sine  quodam  stupore  exhibebant.  (Eusebius,  Vita 
Constantini,  lib.  III,  cap.  xxxiv-xxxix.) 

NOTE  G 

Hujus  temporibus  fecit  Constantinus  Augustus  basilicas  istas,  quas  et 
ornavit  :  basilicam  Constantinianam,  ubi  posuit  ista  dona.  Fastigium 
argenteum  battutile,  quod  habet  in  fronte  Salvatorem  sedentem  in  sella 
in  pedibus  5.  pens.  libras  120.  Duodecim  Apostolos  in  quinis  pedibus,  qui 
pensaverunt  singuli  libras  nonagenas,  cum  coronis  argenti  purissimi. 
Item  à  tergo  respiciens  in  absida,  Salvatorem  sedentem  in  throno  in 
pedibus  quinis  ex  argento  purissimo,  qui  pens.  libras  140.  Angelos  qua- 
tuor ex  argento,  qui  sunt  in  pedibus  quinis  costas  cum  crucibus  tenentes, 
qui  pensaverunt  singuli  libras  io5,  cum  gemmis  alavandinis  in  oculos. 
•  Fastigium  ipsum  ubi  stant  Angeli  vel  Apostoli,  pensât  libras  duo    millia 

viginti  quinque  ex  argento  dolatico.  Farum  ex  auro  purissimo,  quod 
pendet  sub  fastigio  cum  delphinis  quinquaginta,  quae  pensant  cum 
catena  sua  libras  25.  Coronas  quatuor  cum  delphinis  viginti  ex  auro 
purissimo  pensantes  singulae  libras  i5.  Cameram  Basilicae  ex  auro 
trimme  in  longum,  et  in  latum  in  pedibus  quingentis.  Altaria  septem 
ex  argento  battutili  pens.  sing,  libras  200.  Patenas  aureas  septem,  quae 
pensant  singulae  libras  3o.  Patenas  argenteas  i3  pensantes  singulas  libras 
3o.  Scyphos  aureos  7,  qui  pens.  singuli  libras  decem;  scyphum  singula- 
rem  ex  métallo,  corallo  ornatum  undique  de  gemmis  prasinis,  et  hyacin- 


AU    QUATRIEME   SIECLE  I  I  7 

thinis  auro  interclusum  qui  pensât  ex  omni  parte  libras  viginti  et  uncias         i  partie 

très.    Scyphos  argenteos  viginti  pensantes  singulos   libras   i5.  Amas  ex 

auro  purissimo  duas,  pensantes  sing.  libras  quinquaginta  portantes 
sing.  medemnos  très.  Amas  argenteas  viginti,  quae  pensant  singulae 
libras  decem,  portantes  singulae  medemnae  singulas.  Calices  minores  ex  auro 
purissimo  quadraginta,  pensantes  singulos  libras  singulas.  Calices  minores 
ministeriales  quinquaginta  pensantes  singuli  libras  binas.  Ornamenta 
in  basilica.  Farum  cantharum  ex  auro  purissimo  ante  al  tare,  in  quo  ar- 
det  oleum  nardinum  pisticum  cum  delphinis  octuaginta,  qui  pensant 
libras  triginta,  ubi  candelœ  ardent  ex  oleo  nardino  pistico  in  gremio 
Ecclesiae.  Pharum  cantharum  argenteum  cum  delphinis  centumet  viginti, 
quod  pensât  libras  quinquaginta,  ubi  oleum  ardet  nardinum  pisticum. 
Phara  canthara  argentea  in  gremio  basilicae  quadraginta  pens.  singula 
libras  triginta,  ubi  ardet  oleum  quod  supra.  Parte  dextra  basilicae:  Phara 
argentea  quadraginta  pens.  singula  libras  viginti.  Phara  canthara  in  laeva 
Basilicae  argentea  viginti  quinque  pens.  singula  libras  viginti.  Can- 
thara cyrostrata  in  gremio  basilicae  argentea  quinquaginta  pens.  singula 
libras  viginti.  Singularum  librarum  metrae  très  ex  argento  purissimo, 
quas  pensant  singulae  libras  3oo,  portantes  singulae  medemnas  decem. 
Candelabra  aurichalcha  septem  ante  altaria, 'quae  sunt  in  pedibus  lo,  cum 
ornatu  suo  ex  argento  interclusa  sigillis  Prophetarum  pens.  singula 
libras  triginta,  etc.  (Liber ponttficalis,  in  Silvestrum.) 

NOTE  D 

Hic  fecit  in  urbe  Roma  Ecclesiam  in  praedio  cujusdam  presbyteri  sui, 
qui  cognominabatur  Equitius;  quem  titulum  Romanum  constituit  juxta 
thermas  Domitianas  :  qui  usque  in  hodiernum  diem  appellatur  titulus 
Equitii,  ubi  et  haec  dona  contulit  :  Patenam  argenteam  pensantem  lib.  20, 
ex  dono  Constantini  Augusti.  Donavit  autem  scyphos  argenteos  2,  pen- 
santes singulos  lib.  10.  Calicem  aureum  pensantem  lib.  2.  Calices  minis- 
teriales 5,  pensantes  singulos  lib.  2.  Amas  argenteas  2,  pensantes  singulas  . 
lib.  10.  Patenam  argenteam  auro  clusam  chrismalem,  pensantem  lib.  5. 
Phara  coronata  10,  pensantia  singula  lib.  8.  Phara  aerea  20,  pensantia 
singula  lib.  10.  Canthara  cerostrata  aerea  12,  pensantia  singula  lib.  3o,  etc. 
(Ibidem.) 

NOTE  E 

Nam  cum  ariani,  quibus,  régnante  Theodosio,  ademptae  fuerant  ecclesiœ 
Constantinopoli,  extra  urbis  mœnia  conventus  ecclesiasticos  agerent, 
noctu  in  publicis  porticibus  primum  congregabantur.  Et  in  cœtus  divisi, 
antiphonatim  psallebant,  clausula^  quasdam  juxta  ipsorum  dogma  com- 
positas  adjicientes.  Prima  autem  luce,  eadem  publice  canentes,  pergebant 
ad  loca  in  quibus  collectas  celebrabant.  Atque  id  facere  consueverant  in 


I  1 8  DE   LA    LITURGIE   DANS    l'ÉGLISE   EN   GENERAL 

INSTITUTIONS  cclebrioribus  quibusque  festivitatibus,  et  primo  ac  septimo  cujusque  heb- 
LiTURGiQUEs  domadis  die.  Tandem  vero  cantica  quoque  adjecerunt,  quae  ad  rixam  et 
contentionem  spectarent:  Ubinam  sunt  qui  très  dicunt  esse  unicam 
potentiam?Et  alia  ejusmodi  hymnis  suis  intermiscentes.  Joannes  itaque, 
veritus  ne  quis  ex  ecclesia  sua  per  haec  in  fraudem  induceretur,  ple- 
bem  quae  sub  ipso  erat,  ut  similiter  psalleret  incitavit.  Qui  brevi  tempore 
illustriores  facti,  arianos  et  multitudine  et  apparatus  splendore  longe 
superarunt.  Nam  et  crucum  argentea  signa,  praecedentibus  cereis,  eos 
anteibant.  (Sozomen.,  Hist.  eccles.,  lib.  VIII,  cap.  viii.) 

NOTE  F 

Quamtum  flevi  in  hymnis  et  canticis  tuis,  suave  sonantis  Ecclesiae  tuae 
vocibus  commotus  acriter!  Voces  illae  influebant  auribus  meis,  et  eliqua- 
batur  Veritas  in  cor  meum;  et  exaestuabat  inde  affectus  pietatis,  et  curre- 
bant  lacrymae,  et  bene  mihi  erat  cum  eis.  Non  longe  cœperat  Mediola- 
nensis  ecclesia  genus  hoc  consolationis  et  exhortationis  celebrare,  magno 
studio  fratrum  concinentium vocibus  et  cordibus.Nimirum  annuserat,  aut 
non  multo  amplius,  cum  Justina  Valentiniani  régis  pueri  mater,  hominem 
tuum  Ambrosium  persequeretur,  haeresis  suae  causa  qua  fuerat  seducta  ab 
arianis.  Excubabat  pia  plebs  in  Ecclesia,  mori  parata  cum  episcopo  suo, 
servo  tuo.  Ibi  mater  mea,  ancilla  tua,  sollicitudinis  et  vigiliarum  primas 
tenens,  orationibus  vivebat.  Nos  adhuc  frigidi  a  calore  spiritus  tui,  exci- 
tabamur  tamen  civitate  attonita  atque  turbata.  Tune  hymni  et  psalmi  ut 
canerentur  s^cundum  morem  orientalium  partium,  ne  populus  mœroris 
taedio  contabesceret,  institutum  est;  et  ex  illo  in  hodiernum  retentum, 
multis  jam  ac  pêne  omnibus  gregibus  tuis,  et  per  caetera  orbis  imitan- 
tibus.  (S.  Augustin.,  Confessionum  lib.  IX,  cap.  vi  et  vu.) 

NOTE  G 

Plus  solito  coeunt  ad  gaudia:  die  amice,  quid  sit. 

Romam  per  omnem  cursitant,  ovantque. 
Festus  apostolici  nobis  redit  hic  dies  triumphi, 

Pauli,  atque  Pétri  nobilis  cruore. 
Unus  utrumque  dies,  pleno  tamen  innovatus  anno, 

Vidit  superba  morte  laureatum. 
Scit  Tiberina  palus,  quae  flumine  lambitur  propinquo, 

Binis  dicatum  cespitem  trophaeis. 
Et  crucis,  et  gladii  testis  :  quibus  irrigans  easdem 

Bis  fiuxit  imber  sanguinis  per  herbas. 
Prima  Petrum  rapuit  sententia,  legibus  Neronis 

Pendere  jussum  praeminente  ligno. 
nie  tamen  veritus  celsae  decus  aemulando  mortis 


AU   QUATRIEME   SIECLE  I  1 9 

Ambire  tanti  gloriam  magistri,  i  partie 

•  •     •  CHAPITRE    V 

Exigit  ut  pedibus  mersum  caput  imprimant  supinis,  -.^,— ^__»_ 

Quo  spectet  imum  stipitem  cerebro. 
Figitur  ergo  manus  subter,  sola  versus  in  cacumen: 

Hoc  mente  major,  quod  minor  figura. 
Noverat  ex  humili  cœlum  citilis  solere  adiri  : 

Dejecit  ora,  spiritum  daturus. 
Ut  teres  orbis  iter  flexi  rota  percucurrit  anni, 

Diemque  eumdem  sol  reduxit  ortus, 
Evomit  in  jugulum.  Pauli  Nero  fervidum  furorem, 

Jubet  feriri  gentium  magistrum, 
Ipse  prius  sibimet  finem  cito  dixerat  futurum, 

Ad  Christum  eundum  est,  jam  resolvor,  inquit. 
Nec  mora;  protrahitur,  pœnae  datur,  immolatur  ense. 

Non  hora  vatem,  non  dies  fefellit. 
Dividit  ossa  dum  Tibris,  sacer  ex  utraque  ripa, 

Inter  sacrata  dum  fluit  sepulchra,  * 

Dextra  Petrum  regio  tectis  tenet  aureis  receptum, 

Canens  oliva,  murmurans  fluento. 
Namque  supercilio  saxi  liquor  ortus  excitavit 

Frondem  perennem  chrismatis  feracem, 
Nunc  pretiosa  ruit  per  marmora,  lubricatque  clivum, 

Donec  virenti  fluctuet  colymbo. 
Interior  tumuli  pars  est,  ubi  lapsibus  sonoris 

Stagnum  nivali  volvitur  profundo. 
Omnicolor  vitreas  pictura  superne  tingit  undas, 

Musci  relucent,  et  virescit  aurum. 
Cyaneusque  latex  umbram  trahit  imminentis  ostri: 

Credas,  moveri  fluctibus  lacunar. 
Pastor  oves  alit  ipse  illic  gelidi  rigore  fontis, 

Videt  sitire  quas  fluenta  Christi. 
Parte  aliatitulum  Pauli  via  servat  Ostiensis, 

Qua  stringit  amnis  cespitem  sinistrum. 
Regia  pompa  loci  est:  princeps  bonus  has  sacravit  arces, 

Lusitque  magnis  ambitum  talentis. 
Bracteolas  trabibus  sublevit,  ut  omnis  aurulenta 

Lux  esset  intus,  ceu  jubar  sub  ortu. 
Subdidit  et  parias  fulvis  laquearibus  columnas, 

Distinguit  illic  quas  quaternus  ordo. 
Tum  camuros  hyalo  insigni  varie  cucurrit  arcus  : 

Sic  prata  vernis  floribus  renident. 
Ecce  duas  fidei  summo  Pâtre  conferente  dotes, 

Urbi  colendas  quas  dédit  togatag. 
Aspice,  per  bifidas  plebs  Romula  funditur  plateas, 

Lux  in  duobus  fervet  una  festis. 


I20  DE   LA   LITURGIE   AU    QUATRIEME   SIECLE 

INSTITUTIONS  Nos  ad  utrumque  tamen  gressu  properemus  incitato, 

LITURGIQUES  g^  j^jg^  ^^  jjjjg  perfruamuF  hymnis. 

Ibimus  ulterius,  qua  fert  via  pontis  Hadriani, 

Laevam  deinde  fluminis  petemus. 
Transtiberina  prius  solvit  sacra  pervigil  sacerdos, 

Mox  hue  recurrit,  auplicatque  «vota. 
Haec  didicisse  sat  est  Romae  tibi  ;  tu  domum  reversus, 

Diem  bifestum  sic  colas,  mémento. 

(Prudentius,  Peristephanon.  Hymn.  XII,  de  SS.  Apostolis.) 


I   PARTIE 
CHAPITRE    VI 


CHAPITRE  VI 


DE   LA   LITURGIE    DURANT   LES    CINQUIEME    ET    SIXIEME    SIECLES 
PREMIÈRES   TENTATIVES   POUR   ÉTABLIR   l' UNITE 


Le  régime  de  paix  sous  lequel  vivait  désormais  F  Eglise,  Nécessité  pour 
son  affranchissement  de  toutes  attaques  extérieures,  lui  de  multiplier^ 
donnaient  le  loisir  de  régler  les  formes  accidentelles  de  son  f^i  est^rendue^,^ 
gouvernement  et  de  ses  institutions;  mais  rien  n'était  pour  ^^du  ^pri^ncipe^^ 
elle  plus  urgent  que  de  multiplier  les  applications  de  ce  '^fo^d'^^^^ta/^* 
grand  principe  d'unité  qu'elle  avait  reçu  du  Christ  comme 
sa  loi  fondamentale,  et  par  le  bienfait  duquel  elle  avait 
traversé  trois  siècles   de  carnages,  et  les  tempêtes  non 
moins    affreuses    de    Tarianisme.     Les    dissensions    qui 
s'étaient  élevées    entre  ses   enfants,    guerres    de  famille 
si  redoutables  qu'on  y  avait  mis  en  question  le  principe 
même  du  christianisme,  la  consubstantialité   du  Verbe, 
inspiraient  aux  pasteurs  des  églises  le  dessein  de  serrer 
de  plus  en  plus  le  lien  qui  unissait  les  fidèles  dans  la  con- 
fession des  mêmes  dogmes  et  dans  l'obéissance  au  même 
pouvoir.  Le  perfectionnement  des  formes  liturgiques  par 
l'unité,  devenait  donc  dès  lors  indispensable. 

D'abord,  sous  le  rapport  du  gouvernement  ecclésias-  Nécessité 
tique,  il  était  temps  de  pourvoir  à  l'unité  liturgique.  La  nturgiaue 
liturgie  est  le  langage  de  l'Église,  non-seulement  quand  elle  du 

parle  à  Dieu,  mais  quand  elle  fait  retentir  sa  voix  solen-   fccîésiaTtique. 
nelle  dans  le  sanctuaire,  quand  ses  enfants  chantent  avec 
elle  leur  foi,  leurs  joies,  leurs  craintes  et  leurs  espérances. 
Or,  dans  un  état,  dans  une  société,  le  langage  doit  être  un 
comme  le  pouvoir  qui  les  régit  :  une  des  principales  causes 


122    DE   LA   LITURGIE   AUX   CINQUIEME   ET  SIXIEME  SIECLES 

INSTITUTIONS    dc  dissolutioti  d'un  empire  formé  par  la  conquête  sera 

toujours  la  divergence  de  Fidiome  des  provinces  avec  la 

langue  parlée  dans  la  métropole.  La  politique  terrestre 
s'efforce  en  mille  manières  d'effacer  ces  dissonances  :  elle 
sent  qu'il  y  va  de  la  durée,  de  la  stabilité  des  royaumes. 
L'Église,  par  le  côté  où  elle  est  une  société  humaine,  a  les 
mêmes  besoins,  les  mêmes  nécessités,  accrues  encore  de 
toute  l'importance  de  sa  mission  céleste.  Nous  n'aurons 
que  trop  d'occasions  de  montrer  dans  la  suite  de  ce  récit 
que  les  défections  de  provinces  dans  l'histoire  de  l'Église 
ont  été,  en  raison  du  plus  ou  moins  d'unité  conservée  dans 
la  Liturgie  par  ces  mêmes  provinces,  ou  encore  n'ont  été 
consommées  sans  retour  qu'au  moyen  des  changements 
introduits  dans  cette  forme  si  importante  du  christianisme. 
Extension  Et  remarquons  bien  qu'il  ne  s'agit  pas  ici  de  l'unité 

que  devait  avoir  .     ,    /  . 

cette  unité,     considérée  dans   les   choses   essentielles  du  culte  divin, 

comme  la  matière  et  la  forme  du  sacrifice  et  des  sacrements, 

les  rites  généraux  qui  les  accompagnent,  et  tant  d'autres 

détails.  Nous  avons  prouvé  que,  sur  ces  articles,  l'unité 

avait  toujours  été  parfaite   dès   l'origine  de  l'Église.   Il 

s'agit  d'un  nouveau  degré  d'unité  dans  les  formules  non 

essentielles  à  la  validité  des  sacrements,  à  l'intégrité  du 

sacrifice,  dans  la  confession^  la  prière^  la  louange^  dans 

les  cérémonies  dont  le  culte  développé  s'enrichit,  en  un 

mot,  dans    l'ensemble  des  rites  qui   expriment  en  leur 

entier,  soit  les  mystères  de  l'initiation  chrétienne,  soit  le 

service  offert  par  la  cité  rachetée  (  i  ) ,   comme  dit  saint 

Augustin,  à  V auteur  et  au  consommateur  de  la  foi  (2). 

Des  divergences      Les   premiers    apôtres  des  diverses  églises  dont  l'en- 

Tl^époque      Semble  formait  au  Christ,  dès  l'époque  de  Constantin,  un 

persécutions     ^^  magnifique  empire,  avaient  porté  avec  eux  les  usages 

dfsprrahîe      ^^^  Églises  mères  qui  les  envoyaient;  ils  avaient  complété, 

à  la  paix. 

(i)  DeCivitate  Dei,  lib.  X,  cap.  vi. 
(2)  Haebr.  xii,  2. 


I    PARTIE 
CHAPITRE  VI 


PREMIÈRES  TENTATIVES  POUR  ETABLIR  l'uNITÉ  123 

interprété  ce  qui  avait  besoin  de  Têtre.  Après  eux,  leurs 
successeurs  avaient,  toujours  en  gardant  Tunité  sur  le  fond 
inaltérable  en  tous  lieux,  ajouté  avec  plus  ou  moins  de 
bonheur,  de  nouvelles  parties  à  Tœuvre  primitif,  pour  sa- 
tisfaire à  de  nouveaux  besoins;  mais  cette  divergence, 
moins  sentie,  dans  le  cours  des  persécutions  et  durant  les 
violentes  secousses  de  Tarianisme ,  était  un  grave  incon-  . 
vénient,  du  moment  que  F  Église  avait  à  s'occuper  des  ins- 
titutions propres  à  Tâge  de  paix  qui  s'ouvrait  devant  elle. 
Tout  en  s'accommodant  aux  lieux  et  aux  mœurs,  il  restait 
comme  il  restera  toujours,  beaucoup  à  régler,  à  corriger,  à 
perfectionner;  c'est  ce  travail,  ce  sont  ces  efforts  constants 
et  éclairés  que  nous  allons  successivement  mettre  sous  les 
yeux  du  lecteur  :  mais  auparavant,  il  nous  reste  à  déve- 
lopper une  autre  considération,  non  moins  importante, 
qui  engagea  l'Église  des  cinquième  et  sixième  siècles  à 
poursuivre  par  des  mesures  efficaces  le  projet  d'unité 
liturgique. 

Il  y  a  d'admirables  paroles  du  pape  saint  Sirice,  pro-        L'unité 
noncées  à  la  fin  du  quatrième  siècle ,  qui  révèlent  toute  la    conséquence 

•   /i  /  ii')''i  '  'i'  necessîiire 

gravite  des  conséquences  de  lunite   observée  ou   violée      de  l'unité 

dans  la  Liturgie.  «  La  règle  apostolique  nous  apprend  que  d'après^le^pape 

«  la  confession  des  évêques  catholiques  doit  être  une.  Si     ^^^"^  Since, 

a  donc  il  n'y  a  qu'une  seule  foi,  il  ne  doit  y  avoir  non 

«  plus  qu'une  seule  tradition.  S'il  n'y  a  qu'une  seule  tra- 

«  dition,  une  seule  discipline  doit  être  gardée  dans  toutes 

«  les  églises  (i).   »  Tel  est  l'axiome   fondamental  de  la 

catholicité.  Une  seule  foi,  une  seule  forme  d'une  seule  foi. 

Cela  étant ,  la  Liturgie,  si   elle  est   une  dans  l'Eglise  de 

Dieu,  doit  être  une  expression  authentique  de  la  foi  de  cette 

église ,  une   définition  permanente   des  controverses  qui 


(i)  Catholicorum  episcoporum  unam  confessionem  esse  deb'ere  aposto- 
lica  disciplina  composuit.  Si  ergo  una  fides  est,  manere  débet  et  una  tra- 
ditio.  Si  una  traditio  est,  una  débet  disciplina  per  omnes  ecclesias  custo- 
diri.  (Coustant,  pag.  692.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Le  pape 
saint  Gélestin. 

déclare  que 

la  rèçle  de  la  foi 

découle 

de  la  rèj^le 

de  la  prière. 


Le  principe 

de  l'unité 

liturgique 

appliqué 

d'abord  dans 

les  limites  de 

chaque  province 

ainsi  que  le 

décrète 

le  concile 

de  Milève, 

de  416,  pour 

la  Niimidie. 


124    DE   LA   LITURGIE   AUX   CINQUIEME   ET  SIXIEME  SIECLES 

s^élèveraient  sur  les  points  du  dogme  confessés  dans  les 
formules  sacrées. 

Cette  conclusion ,  si  naturelle  d'ailleurs ,  c'est  un  pape 
du  cinquième  siècle  qui  nous  la  fournira.  Voici  ce  que  saint 
Gélestin  écrit  aux  évêques  des  Gaules  dans  sa  lettre  célèbre 
contre  Terreur  des  pélagiens  :  «  Outre  les  décrets  inviola- 
«  blés  du  Siège  apostolique  qui  nous  ont  enseigné  la  vraie 
«  doctrine,  considérons  encore  les  mystères  renfermés  dans 
c(  ces  formules  de  prières  sacerdotales  qui,  établies  par  les 
«  Apôtres ,  sont  répétées  dans  le  monde  entier  d'une  ma- 
«  nière  uniforme  par  toute  l'Eglise  catholique;  en  sorte 
«  que  la  règle  de  croire  découle  de  la  règle  de  prier; 

«    UT    LEGEM    CREDENDI    LEX    STATUAT    SUPPLICANDI.    »    Il    fait 

ensuite  l'énumération  des  grâces  demandées  par  le  prêtre 
dans  l'action  du  sacrifice  (i),  et  cette  même  énumération 
se  trouve  presque  avec  les  mêmes  termes ,  employée  dans 
un  argument  du  même  genre  par  saint  Augustin,  dans  son 
épître  GGXVII  (2).  Elle  a  pour  but  de  montrer  que  tout 
secours  surnaturel  vient  de  Dieu ,  puisque  tout  secours 
surnaturel  est  demandé  à  Dieu  dans  la  Liturgie. 

L'intérêt  de  la  foi,  non  moins  que  l'ordre  de  la  disci- 
pline, demandait  donc  que  des  mesures  fussent  prises  de 
bonne  heure  pour  arrêter  les  innovations  qui  tendraient  à 
séparer  les  Églises  plutôt  qu'à  les  unir.  Un  des  premiers 
monuments  de  ce  fait  que  l'on  rencontre,  est  un  canon  qui 
se  trouve  parmi  ceux  du  second  concile  de  Milève,  auquel 
assistèrent,  en  416,  soixante-un  évêques  de  la  province  de 
Numidie,  durant  les  troubles  du  pélagianisme.  Voici  ce 
qu'il  contient  :  I 

«  Il  a  semblé  aussi  aux  évêques,  que  les  prières,  les 
«  oraisons  ou  messes^  qui  ont  été  approuvées  dans  un 
«  concile,  les  préfaces^  les  recommandations^  les  impo' 


(i)   Vid.  la  Note  A. 
(2)  Vid.  ibidem. 


PREMIÈRES  TENTATIVES  POUR   ETABLIR   l'uNITÉ  125 

«  sitions  de  mains ^  devaient  être  observées  par  tous.  On 
«  ne  récitera  dans  P Église  que  celles  qui  auront  été  com- 
«  posées  par  des  personnes  habiles,  ou  approuvées  par  un 
«  concile,  dans  la  crainte  qu'il  ne  s'y  rencontre  quelque 
«  chose  qui  soit  contre  la  foi,  ou  qui  ait  été  rédigé  avec 
«  ignorance  ou  sans  goût  (i).  » 

Ainsi  des  bornes  sont  mises  aux  effets  d'un  zèle  peu 
éclairé,  aussi  bien  qu'à  cet  amour  des  nouveautés  qui  tra- 
vaille si  souvent  les  hommes,  même  à  leur  insu.  Il  faudra 
désormais  le  contrôle  d'un  concile  pour  donner  valeur  et 
légitimité  aux  formules  nouvelles  qu'on  voudrait  inaugurer 
dans  l'Église  d'Afrique,  et  celles  dont  l'emploi  est  licite  ont 
déjà,  dans  le  passé,  reçu  cette  haute  sanction.  Transpor- 
tons-nous maintenant  dans  les  Gaules ,  nous  allons  voir, 
avec  plus  d'énergie  encore ,  l'unité  liturgique  proclamée 
par  les  évêques  d'un  concile  de  Bretagne. 

En  461,  le  concile  de  Vannes,  présidé  par  saint  Per- 
pétuus ,  évêque  de  Tours  ,  rend  ce  décret ,  au  canon 
quinzième  : 

«  Il  nous  a  semblé  bon  que  dans  notre  province  il  n'y 
«  eût  qu'une  seule  coutume  pour  les  cérémonies  saintes  et 
ft  la  psalmodie;  en  sorte  que,  de  même  que  nous  n'avons 
«  qu'une  seule  foi,  par  la  confession  de  la  Trinité,  nous 
«  n'ayons  aussi  qu'une  même  règle  pour  les  offices  :  dans 
«  la  crainte  que  la  variété  d'observances  en  quelque  chose 
«  ne  donne  lieu  de  croire  que  notre  dévotion  présente 
«  aussi  des  différences  (2).   » 


I   PARTIE 
CHAPITRE  VI 


Le  concile 
de  Vannes, 
de  461,  pose 

le  même 

principe  pour 

la  province 

de  Tours. 


(i)  Placuit  etiam  et  illud,  ut  preces  vel  orationes,  seu  m.issae  quae  pro- 
batae  fuerint  in  concilio,  sive  praefationes,  sive  commendationes,  seu 
manus  impositiones  ab  omnibus  celebrentur.  Nec  aliœ  omnino  dicantur 
in  Ecclesia,  nisi  quae  a  prudentioribus  tractatas  vel  comprobatae  in  synodo 
fuerint,  ne  forte  aliquid  contra  fidem,  vel  per  ignorantiam,  vel  per  minus 
studium  sit  compositum.  {Concil.  Milev.  Labb.,  tom.  II,  pag.  1540.) 

(2)  Rectum  quoque  duximus,  ut  vel  intra  provinciam  nostram  sacrorum 

ordo  et  psallendi  una  sit  consuetudo  :  et  sicut  unam  cum  Trinitatis  con- 

essione  fidem  tenemus,  unam  et  officiorum  regulam  teneamus  :  ne  variata 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Décrets 

analogues 

publiés 

par  les  conciles 

.    d'Agde, 

de,5o6,  et 

d'Epaone, 

de  5 17,  pour 

d'autres    parties 

des  Gaules. 


126   DE   LA   LITURGIE   AUX    CINQUIEME    ET  SIXIEME  SIECLES 

Assurément,  il  ne  se  peut  dire  rien  de  plus  précis,  et  les 
siècles  qui  suivirent  n'ont  point  professé  la  doctrine  de 
Tunité  liturgique  avec  plus  de  franchise  que  ne  le  firent 
dans  ce  concile  les  évêques  bretons.  Avec  une  voix  plus 
solennelle,  avec  leur  autorité  universelle  et  souveraine, 
jamais  les  pontifes  romains  ne  parlèrent  un  langage  plus 
précis  et  plus  énergique.  Il  nous  est  doux,  à  nous  que  tant 
de  liens  attachent  à  cette  noble  métropole  de  Tours,  d'en- 
registrer ce  beau  témoignage  qui,  du  reste,  ne  sera  pas  le 
dernier.  Si  aujourd'hui  cette  illustre  province  est  triste- 
ment morcelée,  en  sorte  que  sa  voix  ne  monte  plus  la-J 
même  dans  les  huit  cathédrales  qu'elle  garde  encore  de- 
bout, du  moins  pour  elle  les  jours  d'unité  liturgique 
furent  longs  et  glorieux. 

Nous  trouvons,  quarante  ans  après,  un  autre  concile 
dans  les  Gaules,  celui  d'Agde,  en  5o6,  qui,  dans  son  tren- 
tième canon,  proclame  la  même  doctrine  : 

«  Comme  il  convient  que  l'ordre  de  l'Église  soit  gardé 
«  également  par  tous,  il  faut,  ainsi  qu'on  le  fait  en  tous  | 
«  lieux,  qu'après  les  antiennes,  les  collectes  soient  récitées 
«  en  leur  rang  par  les  évêques,  ou  par  les  prêtres  (i).  » 

Mais  en  toute  société,  pour  que  l'unité  devienne  pos- 
sible, il  faut  un  centre  avec  lequel  il  soit  nécessaire  de 
s'accorder.  Dans  les  Gaules  encore,  au  concile  d'Epaone, 
en  5 17,  nous  trouvons  une  règle  fixée  qui,  tout  imparfaite' 
qu'elle  est,  peut  encore  produire  de  grands  avantages,  à 
cet  âge  intermédiaire  qui  précède  la  grande  unité  litur- 


observatione  in  aliquo  devotio  nostra  discrepare  credatur.  {Concil.  Venet. 
Labb.,  tom.  IV,  pag.  io5j.) 

(i)  Et  quia  convenit  ordinem  ecclesiœ  ab  omnibus  aequaliter  custodiri, 
studendum  est,  ut  sicut  ubique   fit,  et  post  antiphonas  collectiones  perJ 
ordinem  ab  episcopis  vel  presbyteris  dicantur,  et  hymni  matutini  vel  ves- 
pertini  diebus  omnibus  decantentur,  et  in  conclusione  matutinarum  ve 
vespertinarum  missarum  ,  post  hymnos  capitella  de  psalmis  dicantur  et 
plebs,  collecta  oratione  ad  vesperam,   ab   episcopo  cum  benedictione  di-j 
mittatur.  {Concil.  Agath.  Labb.,  tom.  IV,  pag.  i388.) 


I    PARTIE 
CHAPITRE  VI 


PREMIÈRES  TENTATIVES  POUR  ETABLIR  l'uNITÉ  I27 

gique.    Au  canon   vingt-septième,   ce  qui  suit  est  réglé 
solennellement  :  ' 

«  Dans  la  célébration  des  divins  offices,  les  évêques  de 
«  la  province  devront  observer  Tordre  gardé  par  le  métro- 
ce  politain  (i).  » 

L'Église  gothique  d'Espagne ,   dans   la  même  année,     ^^  éninsule 
éprouvait  le  même  besoin  d'unité  et  sanctionnait  la  même       ibéric^ue 

^  ^  ...  cette  règle 

règle,  en  attendant  l'unité  romaine  dont  elle  ne  devait  jouir        d'unité 

...  liturgique 

que  longtemps  après  la  France.  Voici  le  premier  canon  du  est  sanctionnée 

.,       -      ^.  par  les  conciles 

concile  de  Gironne  :  de  Gironne 

«  Pour  ce  qui  touche  l'institution  des  messes,  dans 
«  toute  la  province  Tarragonaise,  on  observera,  au  nom 
«  de  Dieu,  l'usage  de  l'église  métropolitaine,  tant  pour 
«  Tordre  de  la  Messe,  que  pour  ce  qui  est  de  la  psalmodie 
«  et  de  la  fonction  des  ministres  {2).    ». 

Dans  une  autre  région  de  la  même  péninsule,  nous  trou-    et  de  Brague, 
vons ,   environ  quarante  ans  après ,   des    règlements  de  *    ' 

concile  dictés  dans  le  même  esprit.  Le  concile  de  Brague, 
en  563,  décrète  les  canons  suivants  : 

«  Canon  i .  Il  a  plu  à  tous ,  d^un  commun  consente- 
«  ment,  que  Ton  gardât  un  seul  et  même  ordre  de  psal- 
«  modie,  tant  aux  offices  du  matin  qu^'en  ceux  du  soir,  et 
«  qu'on  ne  mélangeât  point  la  règle  ecclésiastique  de 
«  coutumes  diverses ,  privées ,  ou  même  tirées  des 
«  monastères  (3).  » 

«  Canon  2.  Il  a  plu  également  d'ordonner  que  dans  les 

(i)  Ad  celebranda  divina  officia,  ordinem  quem  metropolitani  tenent 
provinciales  eorum  observare  debebunt.  {Concil.  Epaun.  Labb.,  tom.  IV, 
pag.  1679.) 

(2)  De  institutione  missarum,  ut  quomodo  in  metropolitana  ecclesia 
fuerit,  ita,  Dei  nomine,  in  omni  Tarraconensi  provincia  tam  ipsius  missae 
ordo  quam  psallendi,  vel  ministrandi  consuetudo  servetur.  [Concil. 
Gerund.  Labb.,  tom.  IV,  pag.  i568.) 

(3)  Placuit  omnibus  communi  consensu,  ut  unus  atque  idem  psallendi 
ordo  in  matutinis  vel  vespertinis  officiis  teneatur;  et  non  diversae,  ac 
privatae,  neque  monasteriorum  consuetudines  cum  ecclesiastica  régula 
sint  permixtae. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Le  iv^  Concile 
de  Tolède. 


128      DE   LA   LITURGIE   AUX    CINQUIEME   ET   SIXIEME   SIECLES 

«  vigiles  et  messes  des  jours  solennels,  les  mêmes  leçons 
«  fussent  lues  par  tous  dans  les  églises  (i).  » 

«  Canon  3.  Il  a  plu  également  d'ordonner  que  les 
ce  évêques  et  les  prêtres  ne  salueraient  pas  le  peuple 
«  diversement,  mais  d"'une  seule  manière,  disant  :  Dominus 
«  vobiscum^  ainsi  qu'on  lit  au  livre  de  Ruth;  et  que  le 
«  peuple  répondrait  :  Et  cum  Spiritu  tiio^  en  la  manière 
«  que  rOrient  tout  entier  Tobserve  par  tradition  apos- 
«  tolique,  et  non  en  la  façon  que  la  perfidie  priscillienne  Ta 
«  innové  (2).  » 

«  Canon  4.  Il  a  plu  aussi  d'ordonner  qu'on  célébrerait 
c<  universellement  les  messes  suivant  Tordre  que  Profu- 
«  turus,  jadis  évêque  de  cette  église  métropolitaine,  Ta 
«  reçu  par  écrit  de  l'autorité  du  Siège  apostolique  (3).  » 

«  Canon  5.  Il  a  plu  également  d'ordonner  que  personne 
«  ne  s'écartât  dans  l'administration  du  baptême  de  l'ordre 
c(  établi  déjà  dans  l'église  métropolitaine  de  Brague,  lequel 
«  pour  couper  court  à  quelques  doutes,  a  été  adressé  par 
«  écrit  au  susdit  évêque  Profuturus,  par  le  Siège  du  très- 
ce  heureux  apôtre  Pierre  (4).  » 

Dès  le  siècle  suivant,  entraînée  par  la  force  des  principes, 
l'Église  gothique  espagnole  publiait  un  règlement  pour 


(i)  Item  plaçait,  ut  per  solemnium  dierum  vigilias  vel  missas,  omnes 
easdem  et  non  diversas  lectiones  in  ecclesia  legant. 

(2)  Item  placuit,  ut  non  aliter  episcopi,  et  aliter  presbyteri   populum, 
sed  uno  modo  salutent,  dicentes  :  Dominus  sit  vobiscum,   sicut  in    libro 
Ruth  legitur;  et  ut  respondeatur  a  populo  :  Et  cum  spiritu  tuo,   sicut  et 
ab  ipsis  apostolis  traditum  omnis  retinet  Oriens,  et  non  sicut  priscilliana: 
pravitas  permutavit. 

(3)  Item  placuit,  ut  eodem  ordine  missae  celebrentur  ab  omnibus,  quem 
Profuturus  quondam  hujus  metropolitanae  ecclesias  episcopus  ab  ipsa 
apostolicae  Sedis  auctoritate  suscepit  scriptum. 

(4)  Item  placuit,  ut  nuUus  eum  baptizandi  ordinem  praetermittat,  quem 
et  antea  tenuit  metropolitana  Bracarensis  ecclesia,  et  pro  amputanda 
aliquorum  dubietate,  prœdictus  Profuturus  episcopus  scriptum  sibi  et 
directum  a  Sede  beatissimi  apostoli  Pétri  suscepit.  (Labb,  tom.  V, 
pag  840.) 


PREMIERES  TENTATIVES  POUR  ETABLIR  L  UNITE  I  29 

établir  Funité  liturgique,  non  plus  dans  les  limites  étroites 
d^une  province,  mais  dans  toute  retendue  de  la  Péninsule. 
Voici  le  second  canon  du  quatrième  concile  de  Tolède, 
en  633  : 

«  Après  avoir  pourvu  à  la  confession  de  la  vraie  foi,  qui 
«  doit  être  prêchée  dans  la  sainte  Église  de  Dieu,  nous 
«  avons  été  d'avis^  que  nous  tous,  ,Prêtres,  qui  sommes 
«  réunis  dans  Tunité  de  la  foi  catholique,  nous  ne  souffririons 
(c  plus  aucune  variété,  ni  dissonance  dans  les  mystères 
«  ecclésiastiques,  de  peur  que  la  moindre  divergence  ne 
«  semblât,  aux  yeux  des  hommes  charnels,  provenir  d'une 
a  sorte  d'erreur  schismatique,  et  ne  causât  à  un  grand 
«  nombre  une  sorte  de  scandale.  On  gardera  donc,  par 
«  toute  PEspagne  et  la  Gaule  (Narbonnaise),  un  seul  ordre 
V  dans  la  psalmodie,  un  seul  mode  dans  la  solennité  des 
«  messes,  un  seul  rite  dans  les  offices  du  soir  et  du  matin 
«  et  il  n'y  aura  plus  diversité  de  costumes  ecclésiastiques 
«  entre  nous  qu'une  même  foi  et  un  même  royaume  réunis- 
«  sent.  Déjà  d'anciens  canons  avaient  décrété  que  chaque 
«  province  tiendrait  une  coutume  uniforme  dans  la  psal- 
«  modie  et  le  ministère  sacré  (i).  » 

Encore  un  pas,  et  l'Espagne  entrait,  pour  la  Liturgie, 
dans  l'unité  romaine.  Au-delà  des  limites  de  ce  royaume, 
s'étendait  le  patriarcat  d'Occident,  et  les  principes  expri- 
més dans  les  canons  cités,  devaient,  secondés  par  les 
circonstances,  amener  une  fusion  de  tous  les  usages  litur- 
giques de  nos  régions,  dans  la  Liturgie  mère  du  sein  de 
laquelle  ils  étaient  pour  la  plupart  émanés  en  divers  temps. 
En  attendant,  on  a  vu  dans  les  canons  du  concile  de 
Brague,  l'attention  qu'avaient  les  conciles  à  se  conformer 
aux  prescriptions  liturgiques  qui  avaient  été  imposées  par 
le  Saint-Siège.  D'autres  fois,  ces  mêmes  conciles,  sans  y 
être  contraints    en  aucune   manière,    adoptaient  certains 


I   PARTIE 
CHAPITRE   VI 


établit  l'unité 

liturgique 

pour  toute 

la  péninsule 

ibérique,  633. 


Tendances 

à  se  rapprocher 

des  usages 

de  l'Église 

romaine 

dans    tout 

le   Patriarcat 

d'Occident. 


(i)    Vid.  la  Note  B. 
T.    I 


9 


l3o        DE  LA  LITURGIE  AUX  CINQUIEME  ET  SIXIEME  SIECLES 

INSTITUTIONS    usaffcs  dc  rÉdise  romaine,  témoin  le  troisième  concile 

LITURGIQUES  ^-^        ^  '^ 

"~ de  Vaison,  en  529,  qui,  dans  ses  canons   troisième   et 

cinquième,  établit  le  chant  du  Kyrie  eleison^  et  Paddition 
Sicut  erat  in  principio  au  Gloria  Patri,  parce  que  tel 
était  Fusage  du  Siège  apostolique  et  de  toutes  les  Eglises 
de  rOrient(i).  Sur  quoi  Thomassin  fait  la  réflexion  suivante 
qui  nous  a  semblé  revenir  à  notre  point  de  vue  :  «  Cela 
«  fait  voir  que  si  Ton  ne  se  conformait  pas  entièrement 
«  aux  offices  romains,  du  moins  qu^on  s'en  approchait 
«  toujours  de  plus  en  plus  ;  en  effet,  toutes  les  raisons  qui 
«  déterminaient  une  province  à  suivre  certaines  pratiques, 
«  excitaient  toutes  les  Eglises  de  l'Occident  à  les  embrasser, 
«  afin  qu'il  n'y  eût,  autant  que  cela  se  pouvait,  qu'une 
«  manière  uniforme  dans  les  moeurs  et  dans  la  célébration 
«  de  l'office  par  tout  l'Occident  (2).  » 
Les  Pontifes  Pendant  que  de  grandes  améliorations  se  préparaient, 
attentifs  ^ue  l'unité  dans  le  culte  tendait  à  devenir  par  tout  l'Occi- 
ce  mouvement  ^^i^t,  la  pure  et  fidèle  image  de  l'unité  de  foi,  les  Pontifes 
^^^îenteu/^^^  romains,  attentifs  à  tous  les  besoins  de  l'héritage  du 
Seigneur  commis  à  leur  garde,  ne  hâtaient  point  outre 
mesure  la  consommation  de  cette  heureuse  révolution, 
mais  ils  la  préparaient  de  loin,  en  profitant  de  toutes  les 
occasions  pour  décider  les  controverses  liturgiques  soumises 
à  leur  tribunal,    suivant  les  formes  et   les  traditions  en 


(i)  Et  quia  tam  in  Sede  Apostolica,  quam  etiam  per  totas  orientales 
atque  Italias  provincias,  dulcis  et  nimium  salutaris  consuetudo  est  intro- 
missa,  ut  Kyrie  eleison  frequentius  cum  grandi  affectu  et  compunctione 
dicatur;  placuit  etiam  nobis,  ut  in  omnibus  ecclesiis  nostris  ista  tam 
sancta  consuetudo  et  ad  matutinum,  et  ad  missas,   et  ad  vesperam  Deo 

propitio  intromittatur Et  quia  non  solum  in  Sede   Apostolica,   sed 

etiam  per  totum  Orientem,  et  totam  Africam,  vel  Italiam,  propter  haere- 
ticorum  astutiam,  qui  Dei  Filium  non  semper  cum  Pâtre  fuisse,  sed  a 
tempore  cœpisse  blasphémant,  in  omnibus  clausulis,  post  Gloria^  Sicut 
erat  in  principio  dicitur,  etiam  et  nos  in  universis  ecclesiis  nostris  hoc  ita 
dicendum  esse  decernimus.  (Labb.,  tom.  IV,  pag.  1680.) 

(2)  Discipline  de  V Eglise,  tom.  I^r^  pag,  991. 


PREMIÈRES  TENTATIVES  POUR  ETABLIR  l'uNITÉ  i3i 

usage  dans  TÉglise  de  Rome.  Nous  avons  vu,  au  chapitre 
précédent,  par  les  paroles  de  saint  Sirice,  avec  quelle 
énergie  ils  exigeaient  la  soumission  aux  décisions  qu'ils 
rendaient  sur  cette  matière.  A  l'époque  qui  nous 
occupe  présentement,  un  autre  pape,  saint  Innocent,  va 
nous  faire  savoir  pourquoi  le  Saint-Siège  réclame  si 
sévèrement  l'obéissance  des  Eglises  occidentales  aux 
décrets  qu'il  rend  en  matière  de  discipline  et  de  liturgie 
en  particulier. 

«  Si  les  prêtres  du  Seigneur,  dit-il  à  Décentius,  évêque 
«  d'Eugubium,  dans  une  décrétale  de  l'an  416,  voulaient 
«  garder  les  institutions  ecclésiastiques,  telles  qu'elles  sont 
«  réglées  par  la  tradition  des  saints  Apôtres,  il  n'y  aurait 
«  aucune  discordance  dans  les  offices  et  les  consécrations. 
«  Mais  quand  chacune  estime  pouvoir  observer,  non  ce 
«  qui  vient  de  la  tradition,  mais  ce  qui  lui  semble  bon,  il 
«  arrive  de  là  qu'on  voit  célébrer  diversement,  suivant 
«  la  diversité  des  lieux  et  des  Eglises.  Cet  inconvénient 
«  engendre  un  scandale  pour  les  peuples  qui,  ne  sachant 
«  pas  que  les  traditions  antiques  ont  été  altérées  par  une 
«  humaine  présomption,  pensent  ou  que  les  Eglises  ne 
«  sont  pas  d'accord  entre  elles,  ou  que  des  choses  contra- 
«  dictoires  ont  été  établies  par  les  Apôtres,  ou  par  les 
«  hommes  apostoliques. 

«  Car  qui  ne  sait,  qui  ne  comprend  que  ce  qui  a  été  donné 
«  par  tradition  à  l'Eglise  romaine,  par  Pierre,  le  prince 
«  des  Apôtres,  se  garde  maintenant  encore  et  doit  être 
«  par  tous  observé  ;  qu'on  ne  doit  rien  ajouter  ou  introduire 
«  qui  soit  sans  autorité,  ou  qui  semble  imité  d'ailleurs? 
«  Et  d'autant  plus  qu'il  est  manifeste  que  dans  toute 
«  l'Italie,  les  Gaules,  les  Espagnes,  l'Afrique,  la  Sicile  et 
c(  les  îles  adjacentes,  nul  n'a  institué  les  églises,  si  ce  n'est 
«  ceux  qui  ont  été  constitués  prêtres  par  le  vénérable 
«  apôtre  Pierre  et  ses  successeurs.  Que  ceux  qui  voudront 
«  lisent,  qu'ils  recherchent  si,  dans  ces  provinces,  un  autre 


I   PARTIE 


CHAPITRE    VI 


Décrétale 

du  pape 

saint  Innocent 

à  Décentius, 

évêque 

d'Eugubium, 

pour  réclamer 

l'obéissance 

aux  usages 

liturgiques 

de  l'Église 

romaine. 


l32        DE  LA  LITURGIE   AUX  CINQUIEME  ET  SIXIEME  SIECLES 

INSTITUTIONS     «  apôtrc  E  ciiseigné.  Que  s'ils  n'en  trouvent  pas  d'autre, 

LITURGIQUES  ^ 


«  iJs  sont  donc  obligés  de  se  conformer  aux  usages  de 
«  rÉglise  romaine,  de  laquelle  ils  ont  tiré  leur  origine, 
«  de  peur  qu'en  se  livrant  à  des  doctrines  étrangères,  ils 
«  ne  semblent  se  séparer  de  la  source  de  toutes  les  insti- 
«  tutions  (i).  » 
Abus  dont  Après  ce  préambule,  le  Pape  corrige  les  abus  qui 
le  Pape        s'étaient  introduits  dans  l'Édise  d'Euffubium,  en  matière 

reclame  '^  ^ 

la  correction,  j^  Liturgie,  Statuant  plusieurs  règlements,  sur  la  Paix  que 
les  communiants  devaient  se  donner  les  uns  aux  autres, 
sur  le  moment  du  Sacrifice  auquel  il  fallait  réciter  les  noms 
de  ceux  pour  qui  on  l'offrait,  sur  le  sacrement  de  eonfir- 
mation,  sur  le  jeûne  du  samedi ,  sur  la  défense  de  célébrer 
les  Mystères  dans  les  deux  jours  qui  précèdent  la  Pâque, 
sur  les  relations  de  l'Église  matrice  avec  les  autres  titres, 
sur  les  exorcismes,  sur  les  pénitents,  sur  l'extrême- 
onction,  etc.  Après  quoi  il  conclut  en  ces  termes  :  «  C'esf  j 
«  ainsi,  très-cher  frère^  que  nous  nous  sommes  mis  en 
«  devoir  de  répondre,  suivant  notre  pouvoir,  à  ce  que 
«  votre  charité  demandait  de  nous,  et  votre  Eglise  pourra 
«  maintenant  garder  et  observer  les  coutumes  de  l'Eglise 
«  romaine,  de  laquelle  elle  tire  son  origine.  Quant  au 
«  reste,  qu'il  n'est  pas  permis  d'écrire,  quand  vous  serez, 
«  ici,  nous  pourrons  satisfaire  à  vos  demandes  (2).  »  11^ 
s'agissait  de  questions  sur  les  paroles  mêmes  du  canon,, 
ou  sur  la  forme  des  sacrements,  détails  qui  étaient  encore] 
alors  couverts  du  plus  grand  mystère. 

Droits  réclamés      11  faut  remarquer  ici ,  à  propos  de  cet  important  docu-j 

le  Siège        ment,   d'abord  le  zèle   avec  lequel  le  Siège  apostolique 

^^tur  ie^^     veillait  au  maintien    des  saines  traditions  liturgiques,  le] 

cfOcddent,     ^^^sir  qu'il  avait  de  ramener  tout  à  l'unité,  et  en  particulier 

'^'^l'un^ré  ^^    les  droits  spéciaux  qu'il  prétendait  sur  les  Eglises  d'Italie,] 

^^^^"S/^^^^^I/^^^  des  Gaules,  des  Espagnes,  de  l'Afrique,  de  la  Sicile  et] 

ces  contrées. 

(i)  Vid.  la  Note  G. 
(2)  Vid.  la  Note  G. 


PREMIÈRES  TENTATIVES  POUR  ETABLIR  l'uNITÉ  i33 

autres  îles  adjacentes,  comme  filles  de  la  prédication  de 
saint  Pierre  et  de  ses  successeurs,  et  formant  le  Patriarcat 
d'Occident.  On  voit  que  ces  droits,  développés  plus  tard 
dans  des  institutions  plus  parfaites,  amèneront  dans  les 
moindres  détails  cette  unité  minutieuse  que  saint  Innocent 
n'exige  pas  encore.  Les  Iles  Britanniques ,  l'immense 
Germanie,  à  peine  illuminées  du  flambeau  de  la  foi,  en 
quelques  points  imperceptibles,  ne  figurent  point  dans  cette 
énumération  ;  mais  bientôt  le  zèle  apostolique  de  Rome, 
les  ayant  entièrement  arrachées  aux  ombres  de  la  mort,  et 
incorporées,  par  cette  pacifique  conquête,  à  l'heureux 
patriarcat  d'Occident,  elles  subiront,  dès  leur  première 
enfance,  le  joug  sacré  de  la  Liturgie  romaine,  arrivant 
ainsi  tout  d'abord  à  la  plénitude  de  Tâge  parfait  des 
Eglises. 

L'Orient,  au  contraire,  ne  sentit  point  les  bienfaits  de 
cette  unité  complète.  Trop  d'obstacles  arrêtaient  le  zèle 
des  Papes  pour  qu'ils  pussent  songer,  même  un  instant,  à 
établir  le  règne  absolu  de  la  Liturgie  romaine  dans  les 
patriarcats  d'Alexandrie,  d'Antioche,  de  Constantinople 
et  de  Jérusalem.  Ils  se  contentèrent  de  veiller  au  maintien 
de  cette  unité  plus  générale  qui  consiste  dans  la  célébra- 
tion ,  aux  mêmes  jours,  de  la  fête  de  Pâques  et  des  autres 
solennités  principales,  dans  l'intégrité  des  rites  du  sacrifice, 
dans  l'administration  valide  et  convenable  des  sacrements, 
dans  le  maintien  des  heures  de  l'office  divin  et  de  la 
psalmodie,  et,  plus  tard,  dans  le  culte  des  images  sacrées. 
C'est  ainsi  que,  suivant  les  temps  et  les  lieux,  le  Siège 
apostolique  a  su  appliquer,  en  diverses  mesures,  la  pléni- 
tude de  puissance  qui  réside  en  lui,  en  sorte  que  les  Pon- 
tifes romains  n'ont  jamais  oublié  cette  doctrine  du  premier 
d'entre  eux,  de  paître  le  troupeau  avec  prévoyance  et  dou- 
ceur^ et  non  dans  un  esprit  de  domination (i).  Mais  c'était 


I    PARTIE 
CHAPITRE   VI 


En  Orient, 
les  Pontifes 

romains 
se  contentent 

de  veiller 
au  maintien 

de  l'unité 

dans  les  rites 

essentiels. 


.(i)  I  Pet.  V,  2-3, 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Grand  nombre 

des  épîtres 

des  Papes 

de  cette  époque 

relatives 

à  la  liturgie. 


Application 

spéciale 
de  leur  zèle 
au  perfectionne- 
ment de  la 
Liturgie 
romaine. 


Les  formules 
liturgiques 
mises  par 
écrit  avant 

le  ve  siècle. 


Sentiment 

contraire 

du  P.  Lebrun, 

réfuté 
par  Muratori. 


l34      DE  LA  LITURGIE   AUX  CINQUIEME   ET   SIXIEME   SIECLES 

le  repos  de  la  force ^  et  malheur  à  ceux  qui  résistent  aux 
volontés  de  cette  puissance  paternelle,  qui  attend  avec 
longanimité,  qui  prépare,  de  concert  avec  les  siècles,  les 
grands  résultats  que  F  Esprit-Saint  lui  ménage!  Malheur  à 
ceux  qui  ne  font  pas,  quand  elle  a  dit  de  faire,  qui  n'exécu- 
tent pas,  quand  elle  a  commandé!  car  toutes  ses  volontés 
sont  équitables,  et  le  Seigneur  s'en  est  déclaré  le  vengeur. 

En  parcourant  les  épîtres  des  Pontifes  romains  qui 
ont  siégé  aux  cinquième  et  sixième  siècles,  on  trouvera  un 
grand  nombre  d'actes  de  leur  autorité  en  matière  litur- 
gique, toujours  dans  le  sens  des  mesures  prises  par  saint 
Innocent.  L'énumération  de  ces  faits  nous  prendrait  trop 
de  place,  et  ajouterait  peu  de  chose  à  la  valeur  des  argu- 
ments contenus  dans  ce  chapitre.  Nous  nous  attacherons 
de  préférence  à  montrer  les  travaux  des  Papes  pour  le  per- 
fectionnement  de  la  Liturgie  de  l'Eglise  locale  de  Rome,  et, 
dans  cette  partie  de  notre  travail,  nous  ne  nous  écarterons 
pas  de  notre  but  général,  puisque  la  Liturgie  romaine  est 
destinée  à  devenir,  sauf  d'imperceptibles  exceptions ,  la 
Liturgie  de  l'Occident  tout  entier,  et  qu'en  la  perfection- 
nant ainsi  au-dessus  de  toutes  les  autres,  les  Pontifes  ro- 
mains assuraient  indirectement  son  triomphe,  au  jour 
marqué  par  la  Providence. 

Ce  serait  ici  le  lieu  d'examiner  l'intéressante  question  ; 
de  savoir  à  quelle  époque  on  a  confié  à  l'écriture  les  for-  ; 
mules  mystérieuses  du  sacrifice  chrétien ,  et  celles  qui  ac-  ■ 
compagnent  les  rites  de  l'initiation.  Le  savant  P.  Lebrun,  ; 
dans  son  QxctlÏQniQ  Explication  de  la  Messe,  au  tome  III,  | 
a  prétendu  qu'avant  le  cinquième  siècle,  aucune  des  an- 
ciennes Liturgies,  soit  grecques,  soit  latines,  n'avait  encore  ] 
été  mise  par  écrit,  mais  qu'elles  étaient  simplement  trans- 
mises par  une  tradition  orale.  Nous  pensons,  avec  Mura- 
tori (i),  que  cette  assertion  est   exagérée,  et  qu'on  peut 


(i)  Liturgia  Romana  vêtus.  Dissertatio  de  reb.  liturg.,  pag.  3  et  seq. 


PREMIÈRES  TENTATIVES  POUR  ETABLIR  l'uNITE  i35 

donner  un  sens  plus  raisonnable  aux  passages  de  Fantiquité 
qu^allègue  le  docte  oratorien.  Comment,  en  effet,  s^ima- 
giner  qu'on  eût  pu  conserver  cette  uniformité  dans  les 
formules  et  les  rites  généraux,  que  nous  avons  prouvé  ci- 
dessus  s'être  maintenue  dans  son  entier,  durant  les  pre- 
miers siècles  de  TÉglise,  si  un  texte  écrit  ne  se  fût  pas 
trouvé  dans  chaque  Église,  pour  corriger  les  innovations, 
arrêter  les  effets  de  l'incurie  ou  delà  négligence  ?  Admettez, 
si  vous  voulez,  que  ce  formulaire  ne  paraissait  point  à 
l'autel,  qu'il  était  gardé  dans  quelque  lieu  secret,  loin  des 
regards  profanes;  mais,  du  moins,  on  pouvait,  au  besoin, 
en  appeler  à  son  autorité,  pour  rassurer  la  mémoire 
affaiblie,  pour  rectifier  ce  qui  eût  pu  s'introduire  de  moins 
conforme  à  l'antiquité.  Avec  ces  précautions,  le  secret  des 
mystères  n'en  était  pas  moins  assuré.  Que  si  l'on  vient  à 
songer  aux  formules  spéciales  que  rendaient  nécessaires 
les  différents  rites  du  catéchuménat ,  par  exemple,  de  l'or- 
dination des  diacres,  des  prêtres,  des  évêques  ;  de  la  so- 
lennisation  de  la  fête  de  Pâques  et  des  autres  grands  jours;, 
toutes  choses  dont  nous  trouvons  la  preuve  positive  dans 
toute  l'antiquité,  on  conviendra  qu'il  eût  été,  d'un  côté, 
déraisonnable,  de  l'autre ,  matériellement  impossible  de 
surcharger  la  mémoire  des  évêques  et  des  prêtres  d'un 
aussi  grand  nombre  de  prières,  ou  allocutions.  Les  saints 
Docteurs  dont  s'appuie  le  P.  Lebrun  ont  parlé  de  la  Tra- 
dition  par  opposition  à  l'Écriture  sainte,  et  non  pour  dire 
que  les  Liturgies  n'étaient  pas  écrites.  Voici,  entre  autres, 
ce  que  disait  saint  Basile  :  «  Nous  ne  nous  contentons  pas 
«  des  choses  qui  sont  rapportées  par  l'Apôtre,  ou  dans 
«  l'Evangile  (au  sujet  de  l'Eucharistie);  il  est  d'autres 
«  choses  que  nous  récitons  avant  et  après  (la  consécration), 
«  comme  ayant  une  grande  importance  dans  le  mystère, 
«  et  que  nous  avons  reçues  d'une  tradition  non  écrite  (i).» 


I    PARTIE 
CHAPITRE   VI 


Explication 

de  quelques 

passages 

des  Pères 

qui  semblent 

favoriser 
cette  opinion. 


(i)  Non  enim    his  contenti  sumus,  quae  commémorât  Apostolus,  aut 
Evangelium;  verum  alia  quoque  et  ante  et  post  (consecrationem)  dicimus, 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Les  écrits 

de 

saint  Grégoire 

de  Nazianze, 

de  saint  Cyrille 

de  Jérusalem, 

de  saint  Hilaire 

démontrent 

que  les  Liturgies 

ont  été  fixées 

par 

l'écriture 

avant 

le  y^  siècle. 


Travaux 

des  Pontifes 

romains 

sur  la  Liturgie, 


l36         DE   LA  LITURGIE  AUX  CINQUIEME  ET  SIXIEME  SIECLES 

Il  est  évident  que  le  saint  évêque  entend  ici  parler  d'une 
source  distincte  des  Ecritures  saintes,  et  qu'il  dit  que  de 
cette  source  ont  émané,  par  tradition,  les  formules  du 
canon  de  la  messe.  Nous  l'accordons  volontiers  ;  nous  ne 
disons  pas  autre  chose;  mais  il  ne  suit  pas  de  là  que  ces 
traditions  ne  reposassent  pas  sur  une  écriture  faite  de 
main  d'homme  et  gardée  dans  l'archive  de  l'Église.  Ne 
savons-nous  pas  par  le  témoignage  des  Grecs,  et  notam- 
ment par  celui  de  saint  Grégoire  de  Nazianze  (i),  que  saint 
Basile  lui-même  avait  composé  une  Liturgie  ?  Ne  l'avait-il 
donc  pas  écrite,  et  même  longtemps  avant  la  fin  du  qua- 
trième siècle?  Ne  trouve-t-on  pas,  dans  les  Catéchèses  de 
saint  Cyrille  de  Jérusalem,  composées  vers  l'an  847,  une 
très-grande  partie  de  la  Liturgie  observée  dans  le  baptême 
et  dans  la  sacrée  Synaxe?  Pourtant,  ces  Catéchèses  étaient 
destinées  à  servir  à  l'initiation  des  élus  du  christianisme. 
Saint  Hilaire,  en  même  temps,  dans  les  Gaules,  ne  com- 
posa-t-il  pas,  au  rapport  de  saint  Jérôme,  son  contempo- 
rain, un  Livre  des  Mystères?  C'est  ainsi  que,  dans  les 
matières  de  l'érudition,  aussi  bien  que  dans  celles  qui  sont 
purement  abstraites,  on  doit  se  garder  avec  vigilance  des 
envahissements  de  l'esprit  de  système  dans  lequel  il  est 
toujours  si  facile  de  tomber.  Sans  doute,  c'est  un  point 
fort  important  à  établir  dans  l'étude  de  l'antiquité,  que  ce 
secret  universel  qui,  durant  tant  de  siècles,  a  couvert  la 
majesté  de  nos  m3^stères,  mais  il  importe  aussi  de  faire 
voir  que  les  formes  principales  du  culte  chrétien  datent 
d'une  origine  antérieure  à  la  paix  extérieure  de  l'Eglise. 

Lors  donc  que  les  Papes  du  cinquième  siècle  portèrent 
leur  attention  sur  les  améliorations  à  introduire  dans  la 
Liturgie  de  l'Eglise  de  Rome,  nul  doute  que  cette  Eglise 
ne  possédât  déjà  un   corps  de  formules  liturgiques  ap- 


tanquam  multum  habentia  momenti  ad  mysterium,  quae  ex  traditione  non 
scripta  accepimus.  (S.  Basil.,  de  Spiritu  Saticto,  cap.  xxvii.) 
(i)  Orat.  XX.  In  Basilii  laudetn. 


PREMIÈRES  TENTATIVES  POUR  ETABLIR  l'uNITÉ  iSy 

proprié  aux  nécesssités  présentes  du  culte  divin.  Le  pre- 
mier de  cette  époque,  que  nous  trouvons  indiqué  au  Liber 
pontificalis  comme  ayant  fait  des  règlements  sur  Toffice 
divin,  est  saint  Gélestin,  qui  siégea  en  422.  «  Il  établit,  dit 
«  cette  chronique  ,  que  les  cent  cinquante  psaumes  de 
«  David  seraient  chantés  avant  le  sacrifice,  avec  antienne, 
«  et  par  tout  le  monde  :  ce  qui  n'avait  pas  lieu  aupara- 
«  vant;  car  on  récitait  s^eulement  FEpître  du  bienheureux 
«  apôtre  Paul  et  le  saint  Evangile,  après  quoi  la  messe 
«  avait  lieu.  Il  établit  pareillement  qu'on  chanterait  à  la 
«  messe,  après  roffice,'le  Graduel ^  c'est-à-dire  le  Répons 
«  qui  se  dit  sur  les  degrés  (i).  »  Ce  psaume  avec  antienne, 
que  Ton  chantait  avant  la  messe,  est  ce  que  nous  nommons 
Introït;  le  Graduel  a  conservé  le  nom  sous  lequel  la 
chronique  le  désigne  ;  c'est  un  répons ,  parce  qu'il  se 
chantait,  comme  autrefois  tous  les  répons,  avec  les  répéti- 
tions encore  en  usage  aujourd'hui  pour  les  répons  brefs 
de  l'office  et  l'alléluia  de  la  messe.  Ainsi  la  messe  s'enri- 
chissait d'une  introduction  solennelle;  elle  ne  débutait  plus 
déjà  par  les  lectures  des  Épîtres  et  de  FÉvangile,  comme 
au  temps  de  saint  Justin. 

Dix  ans  après  saint  Gélestin ,  saint  Léon  le  Grand 
monta  sur  la  Ghaire  de  saint  Pierre.  Il  perfectionna  aussi 
la  Liturgie  ;  la  chronique  nous  apprend  qu'il  ajouta  à  la 
sixième  oraison  du  canon,  ces  mots  :  Sanctum sacrificiiim^ 
immactilatàm  hostiam  (2).  Le  souvenir  conservé  de  cette 
légère  addition  montre  quelle  vénération  religieuse  envi- 
ronnait cette  auguste  prière,  jusque-là  que  l'histoire  ait 
enregistré  comme  un    événement  l'acte  d'un  Pontife  ro- 


I    PARTIE 
CAAPITRE   VI 


Saint  Gélestin 

établit 

les  chants 

de  V Introït 

et 
du  Graduel. 


Saint  Léon 

le  Grand 

ajoute  quelques 

mots 

au  canon 

de  la  messe. 


(i)  Gonstituit,  ut  psalmi  David  GL  ante  sacrificium  psâTlerentur  anti- 
phonatim  ex  omnibus  :  quod  ante  non  fiebat,  nisi  tantum  epistola  beati 
Pauli  Apostoli  recitabatur,  et  sanctum  Evangelium,  et  sic  missae  fiebant. 
Et  constituit  Gradale  post  officium  ad  missas  cantari,  id  est,  responso- 
rium  in  gradibus.  {Liber  pontif.,  in  Gœlestinum). 

(2)  Liber  pontif.,  in  S.  Leonem. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


l38       DE  LA  LITURGIE  AUX   CINQUIEME   ET  SIXIEME  SIECLES 

main  qui  ajoute  quatre  paroles  à  cette  même  formule 
qu'ailleurs  nous  avons  vu  saint  Justin  désigner  sous  le 
nom  de  Prière  prolixe. 

Au  siècle  dernier,  exi  lyôS,  Joseph  Bianchini,  prêtre  de 
rOratoire,  neveu  de  Tillustre  prélat  François  Bianchini, 
Sacramentaire  tira  de  la  bibliothèque  du  chapitre  de  Vérone,  un  ma- 
à  saint  Léon,  nuscrit  mutilé  portant  ce  titre  :  Codex  Sacramentorum 
vêtus  Romance  Ecclesiœ  a  S.  Leone  Papa  confectus.  Le 
savant  éditeur  donnait  ce  fragment  comme  ayant  fait 
partie  d'un  Sacramentaire  Léonien^  et,  comme  il  arrive 
'  d'ordinaire ,  les  érudits  se  divisèrent  sur  la  question  de 
l'authenticité  de  l'ouvrage.  Certains  Français  tirèrent  une 
conclusion  pratique  de  leur  sentiment  pour  l'affirmative, 
ainsi  que  nous  le  dirons  dans  la  suite  de  cette  histoire. 
Nous  déduirons  ailleurs  nos  raisons  de  ne  pas  admettre 
saint  Léon  comme  l'auteur  de  ce  prétendu  Sacramentaire. 
Nous  citerons  toutefois  ici  Honorius  d'Autun,  qui  atteste 
que  ce  grand  Pontife  avait  composé  des  Préfaces  (i),  et 
nous  accorderons  volontiers,  avec  le  B.  Tommasi  (2)  et  le 
P.  Quesnel  (3),  que  le  style  de  saint  Léon  se  rencontre 
souvent  dans  les  Oraisons  et  Préfaces  du  Sacramentaire 
Gélasien.  Nos  difficultés  ne  portent  que  sur  le  manuscrit 
même  publié  par  J.  Bianchini. 

A  la  fin  du  cinquième  siècle^  siégea  saint  Gélase,  sur 
lequel  le  Liber  pontificalis  rapporte  qu'il  composa  des 
Préfaces  des  Mystères  et  des  Oraisons  d'un  style  châtié  (4). 
Cette  précieuse  indication  fait  allusion  à  la  publication  du 
Sacramentaire  appelé  Gélasien,  que  ce  Pontife  composa, 
partie  des  formules  dressées  par  ses  prédécesseurs,  partie 
de  celles  qu'il  y  ajouta  dans  un  style  véritablement  liturgique. 


Saint  Gélase 

rédige  le 

Sacramentaire 

qui  porte 

son  nom. 


(i)  Hic  (Léo)  et  praefationes  composuit.  [Gemma  animce,  cap.  xlix.) 

(2)  Prœfatio  ad  Sacramentar.  Gelasian.  Opp.,  tom.  IV. 

(3)  S.  Leonis  Opp.,  tom.  I,  ad  sermonem  XCVI. 

(4)  Fecit  etiam  sacramentorum  praefationes  et  orationes  cauto  sermone. 
[Liber  pont  if .,  in.  Gelasium) 


AUTEURS  LITURGISTES  DES  V^  ET  VI®  SIECLES  189 

Ce  Sacramentaire  demeura  en  usage  dans  PEglise  de 
Rome  jusqu'au  temps  de  saint  Grégoire,  qui,  d'après  le 
témoignage  de  Jean  Diacre,  en  fit  Tobjet  de  nombreuses 
améliorations.  Nous  donnerons  une  idée  du  Sacramen^ 
taire  Gélasien^  dans  la  partie  de  cet  ouvrage  qui  sera 
consacrée  à  Ténumération  et  à  la  critique  des  livres  litur- 
giques. 

Le  nom  de  saint  Gélase  est  encore  attaché  à  ce  fameux 
décret  du  concile  romain  tenu  en  494,  par  lequel  est  fixé 
le  canon  des  Ecritures  saintes,  en  même  temps  qu'on  y 
donne  le  catalogue  des  livres  apocryphes.  Le  concile  statue 
qu'on  ne  lira  point  dans  l'Église  de  Rome  les  Actes  des 
martyrs,  au  moins  ceux  dont  les  auteurs  seraient  inconnus 
ou  suspects,  dans  la  crainte  que  certaines  personnes  n'en 
prennent  occasion  de  scandale  ou  de  mépris  (i).  Nous 
reviendrons  sur  ce  règlement  et  sur  ses  applications,  à 
diverses  époques,  dans  la  Liturgie  des  offices  divins  ;  et 
nous  montrerons  que  son  esprit  a  toujours  été  fidèlement 
gardé  dans  l'Eglise  romaine. 

Nous  ne  parlerons  point  ici  des  travaux  de  saint  Grégoire 
le  Grand  sur  la  Liturgie  romaine,  bien  que  ce  grand 
Pontife  appartienne  plutôt  au  sixième  siècle  qu'au  septième, 
étant  monté  sur  le  Saint-Siège  en  690,  et  décédé  en  604. 
A  raison  de  leur  importance  dans  l'histoire  générale  et 
particulière  de  la  Liturgie,  nous  leur  consacrerons  le 
chapitre  suivant. 

Donnons  maintenant  une  idée  des  travaux  entrepris,  du- 
rant les  cinquième  et  sixième  siècles,  par  les  saints  docteurs 
et  autres  écrivains  ecclésiastiques,  sous  le  point  de  vue 
qui  nous  occupe. 

Vers  401,  Sévérien,  éveque  de  Gabales,  en  Syrie,  et  ami 
de  saint  Jean  Chrysostome,  écrivit  Du  Baptême  et  de  la 
solennité  de  V Epiphanie  un  traité  qui  a  péri. 


I    PARTIE 
CHAPITRE   VI 


Décret 

de  saint  Gélase 

sur  le  canon 

des  Ecritures 

saintes 
et  les  Livres 
apocryphes. 


Catalogue 

des  auteurs 

liturgistes 

des 

ve  et  vi®  siècles. 


Sévérien,  évêque 
de  Gabales. 


(i)   F/^.  la  Note  D. 


140  AUTEURS   LITURGISTES 

INSTITUTIONS        (407).    Théodorc,   évêoue   de   Mopsueste,    en    Cilicie, 

LITURGIQUES  j,  U      J         '  1  J 

homme  d  une   orthodoxie   plus   que  suspecte,  donna  une 

nouvelle  liturgie  que    Léonce  de  Byzance   dit   avoir  été 
Théodore,      remplie,  non  de  prières,  mais  de  blasphèmes.   Celle  que 

évêque  111/ 

de  Mopsueste.   nous  trouvons  SOUS  le  nom  de  Théodore,  dans  la  collection 

des  Liturgies  orientales  publiées  par  Renaudot,  ne  présente 

rien  qui  justifie  les  reproches  de  Léonce  de  Byzance. 

Saint  Maruthas,      (^08).  Saint  Maruthas,  évêque  de  Tagrite,  en  Mésopo- 

de  Tagrite.      tamie,  a  laissé  en  langue  syriaque  une  Anaphore  qui  se 

trouve  dans  le  Missel  des  Maronites. 
S}rnésius,  (410).  Synésius,  évêque  de  Ptolémaïde  et  d'abord  philo- 

eveqiie  \  1       /       j  '  1.  r 

de  Ptolémaïde.  sophe,  après  son  retour  à  des  croyances  plus  positives, 
composa  des  hymnes  d'une  grande  beauté,  qui  nous  restent 
encore  au  nombre  de  dix.  Nous  doutons  qu'elles  aient 
jamais  été  en  usage  dans  la  Liturgie. 

^^cT^nT^^"'  (410).  Saint  Paulin,  sénateur  et  consul  romain,  ensuite 
évêque  de  Noie,  composa,  au  rapport  de  Gennadius,  un 
Sacrainentaire  et  un  Hymnaire ,  que  nous  n'avons  plus. 
Dans  ses  intéressantes  lettres,  et  dans  ses  poèmes  si  élégants, 
il  donne  beaucoup  de  détails  précieux  pour  le  tableau  de 
la  Liturgie  du  quatrième  et  du  cinquième  siècle.  Nous 
recommandonsparticulièrement  auxamateurs  de  l'architec- 
ture chrétienne  primitive  la  XXX IP  épître,  ad  Seperum, 

V  et  les  poèmes  XXVI  et  XXVII,  dans   lesquels  il   fait  la 

description  de  l'église  qu'il  faisait  bâtir  à  Noie,  en  l'honneur 
de  saint  Félix:  mais  qui,  aujourd'hui,  s'intéressera  à  l'archi- 
tecture chrétienne  des  quatrième  et  cinquième  siècles  ? 

Saint  Cyrille,       (412).  Saint  Cyrille,  d'Alexandrie,  est  auteur  d'une  ylw^^ 
ne.   pjjQy^Q  ç.^  l'honneur  de  saint*  Marc,  évangéliste,  rapportée 
par  Assemani  dans  sa  grande  compilation  liturgique. 
Séduiius.  (412).  Sédulius,  prêtre  et  poëte  chrétien,  a  composé  des   ^ 

hymnes  dont  l'Église  se  sert  encore  aujourd'hui  dans  les 
fêtes  de  Noël  (A  solis  or  tus  cardine)  et  de  l'Epiphanie 
(HostisHerodes  impie),  lesquelles  sont  toutes  deux  extraites 
d'un  grand  acrostiche  composé  de  vingt-trois  strophes,  dont   ■ 


DES   CINQUIÈME   ET   SIXIEME   SIECLES  I4I 

chacune  commence  par  une  des  lettres  de  Talphabet.  L'in- 
troït :  Salve,  Sancta  Parens,  et  Fantienne  :  Genuit  puer- 
pera  regem^  sont  Tun  et  l'autre  tirés  des  poésies  deSedulius. 

(420).  Jean  Cassien,  dans  ses  Institutions  monastiques, 
donne  des  détails  intéressants  sur  la  forme  des  offices  divins 
telle  qu'elle  était  suivie  dans  les  monastères  d'Orient  ;  ces 
usages  sont  un  mélange  des  rites  pratiqués  dans  la  psalmo- 
die des  Églises  de  ces  contrées,  avec  des  observances 
particulières  fixées  par  les  Pères  des  déserts  d'Orient. 

(426).  Saint  Loup,  évêque  de  Troyes,  et  saint  Euphrone, 
évêque  d'Autun,  ont  laissé  une  lettre  précieuse  à  Talatius, 
évêque  d'Angers,  dans  laquelle  ils  répondent  d'une  manière 
très-intéressante  aux  questions  qu'il  leur  avait  adressées 
touchant  la  célébration  de  l'office  divin,  dans  les  vigiles  de 
Pâques,  de  Noël  et  de  l'Epiphanie. 

(428).  L'hérésiarque  Nestorius  composa  aussi  une 
Liturgie.  On  la  trouve  dans  la  collection  de  Renaudot. 

(434).  Saint  Proclus,  patriarche  de  Gonstantinople,  a 
laissé  un  opuscule  très-court,  intitulé  :  De  Traditionibus 
Missœ  divinœ.  Nous  l'avons  cité  plus  haut. 

(440).  Salvien,  prêtre  de  Marseille,  d'après  le  témoi- 
gnage de  Gennadius,  composa,  en  grand  nombre,  des 
Homélies  des  Mystères,  Homilias  Sacramentorum  :  ce 
que  D.  Mabillon  explique  dans  le  sens  de  Sermons  sur  la 
Liturgie,  ou  encore  d'Oraisons  même  et  de  Préfaces 
destinées  à  être  récitées  dans  le  sacrifice. 

(445).  Philoxène,  autrement  appelé  Xenaias,  évêque 
d'Hiérapolis,  disciple  de  Pierre  le  Foulon,  et  l'un  des 
plus  fougueux  apôtres  du  monophysisme,  est  auteur  d'une 
Liturgie  syriaque,  dont  le  texte  se  trouve  dans  la  collection 
de  Renaudot. 

(446).  Narsès,  surnommé  Garbana,  ou  le  Lépreux,  parti- 
san zélé  de  l'hérésie  nestorienne,  composa  à  Nisibe,  dit 
le  savant  P.  Zaccaria,  une  Liturgie,  une  Exposition  des 
Mystères  et  un  livre  des  Rites  du  Baptême, 


I  PARTIE 
CHAPITRE   VI 


Jean  Cassien. 


Saint  Loup, 

évêque 

de  Troyes, 

et 

Saint  Euphrone, 

évêque 

d'Autun. 


Nestorius. 


Saint  Proclus, 

de 
Gonstantinople. 


Salvien. 


Philoxène, 

évêque 

d'Hiérapolis. 


Narsès  Garbana. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


142  AUTEURS   LITURGISTES 

(450).  Isaac,  surnommé  le  Grand,  prêtre  d'Antioche,  est 

auteur  des  deux  hymnes  qui  font  partie  de  Toffice  de  la 

^^%rêtre^^  '  Semaine  sainte,  dans  la  Liturgie  syriaque  des  Maronites. 

d'Antioche.         (458).  MusSÊUs,  prêtre  de  Marseille,  est  un  des  principaux 

Musœus,  prêtre  rédacteurs  de  la  Liturgie  gallicane.  Ce  fut  lui   qui,  à  la 

de  Marseille.  00  n      ? 

prière  de  saint  Venerius  son  évêque,  comme  le  rapporte 

Gennade,  fît  des  extraits  des  saintes  Écritures  pour  fournir 

aux  Leçons  de,  toutt   Tannée;  il  en  tira  pareillement  des 

-    Répons,  et  des  Antiennes  propres  au  temps,  afin  que  les 

lecteurs  ne  fussent  pas  embarrassés  à  chercher  les  passages, 

et  que    le    peuple  prît  plus   de  goût  à  la  célébration  des 

solennités.  Plus  tard,    à   la   demande    de    saint  Eustase, 

successeur   de    Venerius,    il  composa  un  Sacramentaire 

d^une  grande  beauté  et  d^un  volume  considérable. 

Voconius,  (460).  Voconius,    OU    Buconius,    Africain,   èvêque    de 

de  Casfeiranum.  Castellanum  en  Mauritanie,  rédigea,  dit  le  même  Gennade, 

un  excellent  livre  Sacramentaire. 

(462).  Claudien  Mamert,  prêtre  de  Vienne,  et  frère  de 
saint  Mamert,  évêque  de  la  même  Eglise,  mit  en  ordre 
un  recueil  de  psaumes  et  de  leçons  à  Tusage  de  FEglise  de 
Vienne,  et  composa  des  hymnes.  On  lui  attribue  celle  de 
la  Passion  :  Pange^  lingiia,  gloriosi  prœlium  certaminis. 

(472).  Théoctiste,  compagnon  de  saint  Euthymius, 
archimandrite  de  Palestine,  a  laissé,  dit  Zaccaria,  une 
série  de  cantiques  sacrés  en  l'honneur  des  saints  de  tout  le 
mois  d'avril. 

(472).  Saint  Sidoine  Apollinaire,  évêque  de  Clermont, 
au  rapport  de  saint  Grégoire  de  Tours,  est  auteur  de  plu- 
sieurs messes  de  la  Liturgie  gallicane. 

(484).  Saint  Sabbas,  cet  illustre  abbé  de  la  Grande 
Laure  de  Palestine,  a  écrit,  pour  Tusage  de  son  monastère, 
un'  Typique  ou  Ordre  pour  la  récitation  de  l'Office 
ecclésiastique  pendant  Vannée,  divisé  en  cinquante-neuf 
chapitres.  Ce  livre,  qui  fut  bientôt  en  usage  dans  tous  les 
monastères  soumis  à  Févêque  de  Jérusalem,  s'étant  trouvé 


Claudien 
Mamert. 


Théoctiste, 

moine 
de  Palestine. 


Saint  Sidoine 
Apollinaire. 


Saint  Sabbas 

et  son 

Typique. 


DES   CINQUIÈME   ET   SIXIEME    SIECLES  148 

corrompu  par    Finjure   du   temps,  fut   restitué  par  saint       i  partie 

^        ^  '  .  ^     ^  *■  CHAPITRE  VI 

Jean  Damascène. 

(5oi).  Saint  Gésaire,  évêque  d'Arles,  se  montra  grande-  Saint  Césaire, 
ment  zélé  pour  le  culte  divin.  Il  compila  le  premier  Homi-  d'Arles. 
liaire  que  Ton  connaisse.  C'était  un  recueil  de  sermons 
des  saints  Pères,  destinés  à  être  lus  à  matines.  Il  donna 
une  Règle  aux  moines,  dans  laquelle  on  trouve  des  parti- 
cularités intéressantes  sur  la  forme  des  Heures  canoniales 
en  ce  siècle. 

(5 10).  Siméon,  évêque  de  Betharsam,  hérétique  mono-  Siméon,  évêque 
physite,  est  auteur  d'une   Liturgie,  que  Ton  a   confondue     Betharsam. 
quelquefois    avec   celle    de   Philoxène,    comme  celle   de 
Philoxène  avec  la  sienne.  On  peut  voir  sur  cette  question 
le  P.  Zaccaria,  qui  expose  les  avis  des  savants,  sans  tirer 
aucune  conclusion  qui  lui  soit  propre. 

(5 II).  Saint  Ennodius,  évêque  de    Pavîe,  a  laissé  deux  Saint  Ennodius, 

,       , .      .  .  .  .     ,  évêque 

Bénédictions  du  Cierge  pascal^  qui  sont  différentes  de      de  Pavie. 
celles  en  usage  dans  les   Eglises  romaine,  ambroisienne  i 

et  gallicane  ;  une  prière  avant  la  messe  pour  Fusage  d'un 
évêque;  enfin,  onze  hymnes  qui  ne  paraissent  pas  jusqu'ici 
avoir  été  en  usage  dans  aucune  Église. 

(614).  Jean,  dit  Bar-Aphtonius,  abbé  du  monastère  de         Jean 

C  U'  V  U      V  ^1.  Bar-Aphtonius. 

Seleucie,  hérétique  monophysite,  composa  des  hymnes 
syriaques  sur  la  Nativité  de  Jésus-Christ. 

(5 18).  Sévère,  d'abord  évêque  d'Antioche,  puis  chassé  de 
ce  siège  pour  sa  doctrine  monophysite,  rédigea  un  livre  litur- 
gique qui  existe  encoreentre  les  mains  des  sectaires  jacobites, 
sous  ce  titre  :  Rites  du  Baptême  et  de  la  sacrée  Synaxe. 

(519).  Jacques,  évêque  de  Sarug,  prélat  dont  l'ortho- 
doxie a  été  victorieusement  établie  par  Assemani,  composa 
entre  autres  prières  liturgiques  une  Anaphore<\m  se  trouve 
dans  les  Liturgies  syriaque  et  éthiopienne;  il  est  aussi 
l'auteur  d'un  Ordre  pour  le  saint  Baptême^  inséré  dans  le 
Rituel  des  Maronites. 

(620).  Elpis,  femme  de  Boëce,  illustre  aussi  par  sa  foi  femme  Se  Boëce. 


144  AUTEURS   LITURGISTES 

INSTITUTIONS     ct  soii  goût  pouT  les  lettres,  est  auteur  de  deux  hymnes  en 

'  rhonneur  de  saint   Pierre  et  de  saint  Paul,    desquelles 

rÉglise  romaine  a  extrait  plusieurs  versets  qu'elle  chante 

dans  les  différentes  fêtes  de  ces  deux  saints  Apôtres  ;  Tune 

commence  ainsi  :  Aurea  luce  et  décore  roseo^  et  Tautre 

par  ces  paroles  :  Félix  per  omnes  festum  mundi  cardines. 

Cette  dernière  est  aussi  attribuée  à  saint  Paulin  d'Aquilée, 

et  peut-être  avec  plus  de  certitude. 

Saint  siméon       (527).  Saint  Siméon  Stylite,  le  jeune,  composa  une  de 

^     '     ^       '  ces  hymnes  que  PEglise  grecque  appelle  Tropariiim^  en 

rhonneur  de  saint  Démétrius,  martyr,  et  quelques  oraisons 

au  Christ  et  à  la  Mère  de  Dieu. 

Saint Nicétius,       (527).  Saint  Nicétius ,    évêque  de  Trêves,  a  laissé  un 

évêque  .....  .  * 

de  Trêves,     traité  de   Vigiliîs  servorum  Dei,    et  un  autre  de  Bono 
psalmodiœ. 
Saint  Benoît,        (528).  Saint  Benoît,  patriarche  des  moines  d'Occident, 

n?i  tri  fi 'pph  f*  y-w-» 

des  moines     'à  donné,  dans  son  admirable  Règle,  le  plan  de  rOmce 
CCI  ent.     monastique,  tel  qu^il  a  toujours  été  gardé  par  ses  nom- 
breux disciples,  depuis  le  sixième  siècle  jusqu'aujourd'hui. 
Thomas  (53o).  Thomas  d'Edesse,  nestorien,  et  Marabas  (536), 

d'Edesse  ^         '     ,  .     ,'  '.  .  ,  '     ,. 

et  Marabas.     SOU   disciple ,  Ont  travaille   sur   la   Liturgie  de   1  Eglise 

syrienne. 

.  ^Jacques,  (541).  Jacques,  évêque  d'Edesse,  qui  a  laissé  son  nom  à 

la  secte  des  monophysites,  qui  sont  en  effet  connus  dans 

rOrient  sous   le  nom  de   Jacobites^  est  l'auteur    d'une 

Anaphore  qui  se  trouve  dans  la  collection  de  Renaudot. 

Maximien,         (546).  Maximieu,  archevêque  de  Ravenne,  mit  dans  un 

d^^RaTe^nne.     meilleur  ordre  les  livres  de  cette  Église,  et  y  fit  plusieurs 

corrections. 
SaintAuréiien,       (54?).  Saint  Aurélien,  évêque  d'Arles,  est  auteur  d'une 

.évêque  d'Arles.    ^.7^'  ,  .  '       ,   ^  '  ... 

Kegle  pour  les  moines  et  d  une  autre  pour  les  religieuses  '^ 
à  l'exemple  de  son  illustre  prédécesseur,  saint  Césaire,  il 
a  inséré  beaucoup  de  particularités  intéressantes  sur  la| 
forme  des  offices  divins. 
évêque^dePad^^^      (^^^)'  ^^^"^"^  Germain,    évêque  de  Paris,   semble  etn 


I    PARTIE 
CHAPITRE  VI 


eveque 

de  Poitiers 

et  ses 

hymnes. 


DES   CINQUIÈME    ET   SIXIEME    SIECLES.  l^b 

Fauteur   d'une    exposition    de   la  Messe    gallicane ,    que 

D.  Martène  a  insérée  dans  son  ouvrage  De  antiquis  Ec^ 

cl  est  ce  ritibiis. 

(56o).  Saint  Venantius  Fortunatus ,  évêque  de  Poitiers,  Saint  Venantius 

^         '  ^   ^  ^  ^  Fortunatus, 

parmi  ses  nombreuses  poésies,  a  composé  plusieurs 
hymnes  en  usage  encore  aujourd'hui  dans  l'Eglise,  savoir: 
l'hymne  en  l'honneur  de  la  sainte  Croix,  Vexilla  Régis 
prodeunt ;  celle  à  la  louange  du  saint  Chrême,  O  Re- 
demptor,  sume  carmen  temet  concinentiiim  ;  auxquelles  il 
faut  ajouter  d'après  VHymnaïre  du  B.  Tommasi,  les  sui- 
vantes :  Range,  lingua^  gloriosi  prœlium  certaminis^ 
déjà  attribuée  à  Mamert  Claudien  ;  celles  en  l'honneur  de 
la  sainte  Vierge,  Quem  terra,  pontus^  œthera^  et  O  glo- 
riosa  domina;  une  pour  les  fêtes  de  Noël,  Agnoscat 
omne  seculurn;  enfin  le  cantique  solennel  du  jour  de 
Pâques,  Salve ,  f esta  dies,  toto  venerabilis  œvo.  On  ne 
doit  pas  oublier  non  plus  l'hymne  du  même  Fortunat  en 
l'honneur  de  saint  Denis ,  laquelle  commence  par  ces  pa- 
roles :  Fortem  jîdelem  militem ,  et  dans  laquelle  il  rend 
témoignage  à  la  mission  donnée  à  ce  saint  Apôtre  par  le 
pape  saint  Clément. 

(570).  Ananus  Adiabène,  maître  de  l'école  d'Édesse, 
•  écrivit  de  Causa  solemnitatis  Ho\annarum ,  et  de  Causa 
feriœ  sextœ  Auri^  c'est-à-dire  du  vendredi  dans  l'octave  de 
la  Pentecôte,  jour  auquel  on  lit  le  passage  des  Actes  des 
Apôtres,  dans  lequel  saint  Pierre  dit  :  Argentum  et  aurum 
non  habeo.  De  plus,  un  traité  des  Supplications  publiques^ 
et  un  autre  de  Vlnventioii  de  la  sainte  Croix. 

(572).  Chilpéric,  roi  de  Soissons,  fils  de  Clotaire  P% 
est,  de  tous  les  princes  français,  le  premier  qui  se  soit  oc- 
cupé de  Liturgie.  //  composa^  dit  saint  Grégoire  de  Tours, 
des  Hymnes  et  des  Messes;  7nais  elles  ne  sont  d'aucun 
usage  et  ne  pourraient  l'être.  Charlemagne  et  Robert 
furent  plus  heureux.  Du  reste,  nous  n'avons  plus  ces 
opuscules  de  Chilpéric. 


Ananus 
Adiabène. 


Chilpéric 
roi  des  Francs. 


T.    I 


10 


1^6  AUTEURS   LITURGISTES 

INSTITUTIONS        (ôyS).  Saiiit  Grégoire,  évêque  de  Tours,  historien  des 
-  ^^"^"^^^^"^^  ■  pj-ancs ,  et  l'un  des  premiers  hagiographies  de  son  siècle,  a 
composé  une  antienne  en  l'honneur  des  saints  Médard  et 
Saint  Grégoire,   Gildard,  évêques  et  frères.    On  lui  a  attribué  aussi  une 
de  Tou?s.      prose  de  saint  Martin,  qui  est  plutôt  une  préface,  ou  con- 
testation, suivant  le  terme  de  la  Liturgie  gallicane.  Elle 
commence  par  ces  paroles  :  Sacerdotem  Chrisii  Martiniim. 
Jésuiab,  (58o).  Jésuiab,  patriarche  des  nestoriens,  est  auteur  de 

des  nâoHens.  vingt-deux  questions  De  Sacramentis  Ecclesiœ. 

Joseph,  (58o).  Joseph,  hérétique  de  la  même  secte,  a  écrit  un 

nesfone'if.      grand  nombre  de  traités,  entre  lesquels  Zaccaria  cite  celui 
intitulé  :  De  Causis  celebriorum  festivitatnm. 
Jean  le  Jeûneur,      (582).  Jean  le  Jeûneur,  patriarche  de  Constantinople, 
patriarche      ^^^  auteur   d'un  Livre  Pénitentiel  et  d'un  traité  de  la 
Constantinople.  ^^^^j^^^-^^^  ^^  ^^  /^  Pénitence,  publiés  l'un  et  l'autre  par  le 
P.  Morin,  dans  son  grand  ouvrage  De  Pœnitentia.  Saint 
Isidore  nous  apprend  qu'il  écrivit  aussi  un  Uvre  du  Sacre- 
ment de  Baptême,   adressé  à  saint  Léandre,    évêque   de 
Séville. 

Licinien,  (584).  Liciuien  ou  Lucinien,  évêque  de  Carthagène,  en 

decSXgène.  Espagne,  écrivit  une  Épitre,  citée  par  saint  Isidore,  sur  le^ 

Sacrement  de  Baptême. 
Saint  Léandre,       (585).  Saint  Léandre,  évêque  de  Séville,  écrivit  aussi  un 
de  Sévuîe.      Épître  du  Baptême;  mais,  en  outre,  il  eut  une  très-grande 
part  à  la  correction  et   au    perfectionnement   de  l'Office 
gothique  ou  mozarabe.  Il  composa,  en  effet,  au  rapport 
de  saint  Isidore,  son  frère,  des  Oraisons  nombreuses,  tant 
pour  être  récitées  avec  les  psaumes,  que  pour  être  lues 
dans  la  célébration  des  saints  mystères.  Nous  parlerons 
ailleurs  et  longuement  de  la  Liturgie  mozarabe. 
Babaeus  (589).  Bab^us  le  Grand,  d'abord  moine  du  mont  Izla, 

pltriarch^      près  de  Nisibe,  plus  tard  élevé  sur  le  siège  patriarcal  de 
des  Chaidéens.  ^^  nation,  écrivit,  suivant  Zaccaria,  de  Causa  Ho^annaru77î, 
de  Causa  festi  Crucis,  et   un  autre  livre  dans  lequel  il 
dispose,  suivant  le  cercle  de  Vannée,  les  Triomphes  de  la 


DES    CINQUIEME    ET   SIXIEME    SIECLES.  147 

sainte  Vierge  Marie  et  de  saint  Jean,  ainsi  que  ceux  des 
autres  solennités  et  commémorations.  Dans  la  Liturgie 
chaldéenne,  on  donne  le  nom  de  Triomphes  à  ce  que 
nous  appelons  JFfymnes  dans  celles  d'Occident. 

(590).  Saint  Colomban  ,  Irlandais ,  célèbre  abbé  de 
Luxeuil  et  de  Bobbio,  est  auteur  d'une  Règle  fameuse  que 
nous  avons  encore,  et  dans  laquelle  il  institue,  pour  les 
moines ,  une  forme  d'office  divin  différente  de  celle  établie 
par  saint  Benoît.  On  sait,  d'ailleurs,  que  cette  Règle  ne 
tarda  pas  à  disparaître ,  vaincue  par  la  supériorité  de  celle 
du  patriarche  des  moines  d'Occident.  Gomme  saint  Co- 
lomban avait  été  moine  dans  le  célèbre  monastère  de 
Benchor,  en  Irlande,  nous  parlerons  ici  d'un  précieux 
monument  de  la  Liturgie  de  ce  monastère ,  publié  par 
Muratori,  dans  le  quatrième  tome  de  ses  Anecdota  Bi~ 
bliothecœ  Ambrosianœ.  C'est  un  Antiphonaire  que  le 
docte  éditeur  conjecture  avoir  été  transcrit  vers  l'an  636. 
On  y  trouve,  entre  autres  choses  curieuses,  une  hymne  en 
l'honneur  de  saint  Patrice,  apôtre  d'Irlande,  dans  laquelle 
sont  rapportés  la  plupart  des  faits  que  racontent  les  lé- 
gendaires sur  cet  illustre  personnage  :  par  quoi  sont  réfutés 
invinciblement  certains  critiques  qui  ont  avancé  que  l'exis- 
tence de  saint  Patrice  n'était  rien  moins  que  prouvée,  et 
que  ses  actes  étaient,  pour  le  fond  comme  pour  la  forme, 
un  roman  forgé  par  quelque  moine  du  douzième  ou  du 
treizième  siècle. 

(595).  Saint  Isidore,  successeur  de  son  frère  saint 
Léandre  sur  le  siège  de  Séville,  et  le  plus  docte  des  Pères 
de  l'Eglise  gothique  espagnole,  ce  qui  a  porté  l'Église 
romaine  à  lui  conférer  la  qualité  de  Docteur  de  l'Église^ 
a  traité  des  matières  liturgiques  dans  plusieurs  de  ses 
écrits,  notamment  dans  son  livre  des  Origines.  Mais,  par 
ses  deux  excellents  livres,  de  Divinis  seu  Ecclesiasticis 
Officiis^  il  s'est  placé  avec  honneur  à  la  tête  des  écrivains 
liturgiques  dont  la  lecture  est  indispensable  à  ceux  qui 


I   PARTIE 
CHAPITRE   VI 


Saint 
Colomban. 


L'Antiphonaire 

de  Benchor 

publié 

par  Muratori. 


Saint  Isidore, 

évêque 

de  Séville 

et  docteur 

de  l'Église. 


Ses  livres 

de 

Divinis   Officiis, 


LITURGIQUES 


148  AUTEURS   LITURGdSTES 

INSTITUTIONS  veulciit  faire  une  étude  approfondie  de  cette  science.  Nous 
placerons  ici  les  titres  des  chapitres  de  cet  important  traité, 
pour    donner   au    lecteur   une  idée    des   richesses   qu'il 

contient. 

Au  livre  premier  :  i.  De  Ecclesia  et  vocabulo  Chris- 
tianorum.  2.  De  Templis.  3.  De  Chorus.  4.  De  Canticis. 
5.  De  Psalmis,  6.  De  Hymnis.  7.  De  Antiphonis.  8.  De 
Responsoriis.  9.  DePrecibus.  10.  De  Lectionihis.  11.  De 
Libris  Testamentorum.  12.  De  Scriptoribiis  sacrormn 
Lîbrorum.  i?>.  De  Laudibus.  14.  De  Offertoriis.  ib.  De 
Missa  et  orationibus.  16.  De  Sjmbolo  Nicœno,  17.  De 
Benedictionibiis  in  populo,  18.  De  Sacrijîcio.  19.  De 
Tertiœ,  Sextœ.et  Nonœhorœ  ojîciis,  20.  De  Vespertinis. 
21.  De  Completis.  22.  De  Vigiliis.  23.  De  Matutinis. 
24.  De  Dominica  die.  25.  De  Natali  Domini.  26.  De 
Epiphania.  27.  De  Palmarum  die.  28.  DeCœna  Domini. 
29.  DeParasceve.  3o.  De SabbatoPaschœ.  3i.  DePascha. 
2>2.  De  Ascensione  Domini.  ?>?>.  De  Pentecoste.  34.  De 
Festivitatibus  Martjrum.  35.  De  Encœniis.  36.  De 
Jejiinio  Qiiadragesimœ.  Z-j.  De  Jejunio  Pentecostes. 
38.  De  Jejunio  septimi  mensis.  39.  De  Jejunio  Kalen- 
darum  Nopembrium.  40.  De  Jejunio  Kalendarum 
Januariarum.    41.  De    Triduani   jejunii    consuetudine, 

42.  De    diversorum    dierum    ac    temporum    Jejuniis. 

43.  De  vario  usu  Ecclesiarum.  44.  De  Carnium  esu  vel 

piscium. 

Au  livre  second  :  i.  De  Clericis.  2.  De  regulis  Cleri- 
corum.  3.  De  generibus  Clericorum.  4.  De  Tonsura\ 
5.  De  Sacerdotibus.  6.  De  Chorepiscopis.  7.  De  Près- 
byter-is.  8.  De  Diaconibus.  9.  De  Custodibus  sacrormn, 
10.  De  Subdiaconibus.  11.  De  Lectoribus.  12.  De  Psal- 
mistis.  i3.  De  Exorcistis.  14.  De  Ostiariis.  i5.  De  Mo- 
Tîachis.  16.  De  Pœnitentibus.  17.  De  Virginibus.  iS.  Di 
Viduis.  19.  De  Conjugatis.  20.  De  Catechumenis,  Exor- 
cismo  et  Sale.  21.  De  Competentibus.  22.  De  Sjmbolo, 


DES    CINQUIÈME    ET   SIXIEME   SIECLES.  I49 

22).  De  régula  Fidei.  24.  De  Baptismo.  25.  DeChrismate.        i  partie 
26.  De  Manus  impositione,  vel  Corifirmatione.  

Cet  ouvrage  si  précieux  a  été  placé,  par  Hittorp,  à  la 
tête  de  sa  collection  liturgique,  dans  laquelle  on  peut  aller 
le  consulter  ;  à  moins  qu'on  ne  préfère,  ce  qui  vaut  beau- 
coup mieux,  le  lire  dans  les  œuvres  du  saint  Docteur,  sur- 
tout dans  l'excellente  édition  d'Arevalo  (i). 

Saint  Isidore  est  auteur  des  deux  hymnes  de  sainte 
Agathe,  que  l'on  trouve  dans  l'office  de  cette  Sainte,  au 
Bréviaire  riiozarabe  :  Adesto,  plebs  Jîdissima  y  et  Festum 
insigne  prodiit  coruscum. 

(599).  Eutrope,  évêque  de  Valence,  adressa  à  Licinien,  Eutrope,  évêque 

/A  1     /-.       1        V  1  •        1     T)  •         j         de  Valence. 

eveque  de  Larthagene,  une  lettre  au  sujet  de  1  onction  du 
chrême  faite  aux  enfants  après  le  baptême;  mais  cette 
pièce  ne  se  trouve  plus. 

Ici  se  termine  la  bibliothèque  des  principaux  auteurs 
liturgistes  des  cinquième  et  sixième  siècles.  On  a  dû  voir 
qu'elle  se  divise  d'elle-même  en  deux  classes  :  l'une  de 
ceux  qui  ont  dressé  ou  corrigé  les  formules  de  la  Liturgie, 
l'autre  de  ceux  qui  ont  traité,  sous  le  point  de  vue  didac- 
tique, des  particularités  et  des  raisons  des  mystères  et  de 
l'office  divin. 

Si     nous    passons    maintenant    aux     conclusions   qui    Conclusions, 
ressortent  des  faits  énoncés  dans  le  présent  chapitre,  nous 
trouvons  : 

Que  l'unité,  qui  est  Télément  essentiel  du  christianisme, 
a  tendu  de  bonne  heure  à  se  réfléchir,  non-seulement  dans 
les  formes  essentielles  de  la  Liturgie,  desquelles  elles  n'a 
jamais  été  absente,  mais  même  dans  celles  de  ces  formes 
qui  n'ont  trait  qu'à  la  convenance  et  à  la  simple  solennité 
du  culte  divin  ; 

Que  les  pasteurs  des  Eglises,  dans  leurs  conciles,  dès 
les  cinquième  et  sixième  siècles,  ne  se   sont  pas  contentés 

(i;  Rome,  i8o5,  7  vol.  in-40. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


l5o        DE  LA  LITURGIE  AUX  CINQUIEME  ET  SIXIEME  SIECLES 

de  reconnaître  cette  tendance,  mais  qu'ils  ont  fait  des  lois 
pour  l'ériger  en  droit  précis  ; 

Que  les  pasteurs  des  Eglises,  dans  leurs  conciles,  ont 
motivé  leurs  décrets  en  faveur  de  l'unité  liturgique,  sur  la 
nécessité  de  faire  ressortir  aux  yeux  des  peuples  l'unité  de 
foi,  et  de  prévenir  le  scandale  que  causait  déjà  la  diversité 
des  usages  admis  dans  la  célébration  des  offices  divins  ; 

Que  les  Pontifes  romains ,  en  rappelant  les  évêques  de 
l'Occident  à  l'observance  des  usages  et  traditions  du  Siège 
apostolique,  et  réclamant,  dans  la  matière  des  rites  sacrés 
un  droit  spécial  sur  les  églises  de  l'Italie,  des  Gaules,  de 
l'Espagne,  de  l'Afrique,  de  la  Sicile  et  des  îles  adjacentes 
à  l'Italie,  posèrent  dès  lors  la  base  du  droit  que  nous  leur 
verrons  développer  plus  tard; 

Qu'en  outre,  les  mêmes  Pontifes  ne  négligèrent  aucune 
occasion  de  montrer  l'union  intime  de  la  Foi  et  de  la 
Liturgie,  en  sorte  qu'ils  proclamèrent  dès  lors  leur  grande 
maxime  :  Legem  credefidi  statuât  lex  supplicandi ;  maxime 
dont  nous  ne  cesserons  de  voir  l'application  dans  toute  la 
suite  de  cette  histoire  ; 

Qu'en  même  temps  que  l'Église,  à  cette  époque  de  paix, 
travaillait  à  établir  l'unité  liturgique,  elle  était  occupée  en 
liturgies  date  ^^^g  lieux  à  perfectionner  les  formes  du  culte  divin  ;  en 
sorte  que  la  rédaction  définitive  des  diverses  Liturgies, 
principalement  en  Occident,  date  des  cinquième  et  sixième 
siècles,  savoir  :  la  romaine,  par  saint  Gélase  et  saint 
Grégoire  le  Grand  ;  la  gallicane,  par  Salvien,  Musasus, 
Sidoine  Apollinaire,  etc.  ;  l'africaine,  par  Voconius  ;  la 
gothique,  par  saint  Léandre  et  saint  Isidore;  la  monastique 
par  saint  Benoît,  saint  Césaire,  saint  Aurélien,  saint 
Colomban  ; 

Que,  dans  ce  siècle  aussi,  les  hérétiques,  principalement 
ceux  d'Orient,  se  montrèrent  empressés  de  souiller  de  leurs 
erreurs  et  de  leurs  innovations  la  Liturgie,  et  cela,  par  le 
même  principe    qui    portait   les    conciles  et  les  Pontifes 


La  rédaction 

définitive 
des  diverses 
liturgies  date 


PREMIÈRES  TENTATIVES  POUR  ETABLIR  l'uNITÉ  i5i 

romains  à  proclamer  la  Liturgie,  la  forme  la  plus  sacrée       i  partie 

.  .  .  CHAPITRE   VI 

et  la  plus  populaire  de  ladoctrine.  A  voir  le  grand  nombre 

d'hérétiques,  dans  l'époque  que  nous  traitons,  qui  ont 
dressé  de  ces  formules  sacrées  qui  ont  traversé  les  siècles 
et  sont  demeurées  un  si  solide  rempart  de  leurs  erreurs, 
on  comprend  plus  que  jamais  quelle  arme  redoutable 
contre  l'orthodoxie  tombe  aux  mains  des  novateurs,  toutes 
les  fois  que,  dans  une  nation  chrétienne,  le  pouvoir  litur- 
gique n'est  pas  lui-même  le  pouvoir  souverain  et  infaillible 
dans  l'Eglise; 

Que  la  Liturgie  est  donc,  comme  toutes  les  grandes 
choses  de  ce  monde,  l'arbre  de  la  science  du  bien  et  du 
mal,  puisque,  dans  ce  chapitre  qui  nous  a  donné  lieu 
d'énumérer  les  noms  de  plusieurs  des  plus  vénérables 
docteurs  de  l'Eglise,  nous  n'avons  pu  nous  empêcher  d'y 
joindre  une  ignoble  liste  sur  laquelle  figurent  Théodore 
de  Mopsueste,  Nestorius,  Philoxène,  Sévère  d'Antioche, 
Jacques  d'Edesse,  etc. 


l52        DE  LA  LITURGIE  AUX  CINQUIEME  ET  SIXIEME  SIECLES 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


NOTES  DU  CHAPITRE  VI 

NOTE  A 

Praeter  has  autem  beatissimae  et  apostolicae  Sedis  inviolabiles  sanctiones, 
quibus  nos  piissimi  patres,  pestiferae  novitatis  elatione  dejecta,  et  bonae 
voluntatis  exordia,  et  incrementa  probabilium  studiorum,  et  in  eis  usque 
in  finem  perseverantiam  ad  Christi  gratiam  referre  docuerunt;  obsecra- 
tionum  quoque  sacerdotalium  sacramenta  respiciamus,  quae  ab  Apostolis 
tradita  in  toto  mundo  atque  in  omni  Ecclesia  catholica  uniformiter  cele- 
brantur;  ut  legem  credendi,  lex  statuât  supplicandi.  Cum  enim  sanctarum 
plebium  praesuJes  mandata  sibimet  legatione  fungantur,  apud  divinam 
clementiam  humani  generis  agunt  causam,  et  tota  secum  Ecclesia  conge- 
miscente,  postulant  et  precantur,  ut  infidelibus  donetur  fides,  ut  idololatrœ 
ab  impietatis  suae  liberentur  erroribus,  ut  Judaeis  ablato  cordis  velamine 
lux  veritatis  appareat,  ut  hœretici  catholicœ  fidei  perceptione  resipiscant, 
ut  schismatici  spiritum  redivivae  caritatis  accipiant,  ut  lapsis  pœniten- 
tiae  remédia  conferantur,  ut  denique  catechumenis  ad  regenerationis 
sacramenta  perductis  cœlestis  misericordiae  aula  reseretur.  (S.  Cœlestini 
Epist.  XXI,  apud  D.  Coustant.) 

Exsere  contra  orationes  Ecclesiae  disputationes  tuas,  et  quando  audis 
sacerdotem  Dei  ad  altare  exhortantem  populum  Dei  orare  pro  incredulis, 
ut  eos  convertat  ad  fidem,  et  pro  catechumenis ,  ut  eis  desiderium  rege- 
nerationis inspiret,  et  pro  fidelibus,  ut  in  eo  quod  esse  cœperunt,  ejus 
munere  persévèrent,  subsanna  pias  voces.  (S.  Augustini  Epist.  CCXVII, 
ad  Vitalem.) 

NOTE  B 

Post  rectae  fidei  confessionem,  quae  in  sancta  Dei  Ecclesia  praedicatur, 
placuit  ut  omnes  sacerdotes,  qui  catholicae  fidei  unitate  complectimur 
nihil  ultra  diversum,  aut  dissonum  in  ecclesiasticis  sacramentis  agamus, 
ne  quaelibet  nostra  diversitas  apud  ignotos  seu  carnales  schismaticis 
errorem  videatur  ostendere,  et  multis  existât  in  scandalum  varietas 
ecclesiarum.  Unus  igitur  ordo  orandi  atque  psallendi  nobis  per  omnem 
Hispaniam  atque  Galliam  conservetur,  unus  modus  in  Missarum  solem- 
nitatibus,  unus  in  vespertinis  matutinisque  ofïiciis,  nec  diversa  sit  ultra 
in  nobis  ecclesiastica  consuetudo;  quia  in  una  fide  continemur  et  regno; 
hoc  enim  et  antiqui  canones  decreverunt,  ut  unaquaeque  provincia  et 
psallendi  et  ministrandi  parem  consuetudinem  teneat.  (Conc.  Toletan.  IV, 
can.  Il,  Labb.,  tom.  V.) 

NOTE  G 

Si  instituta  ecclesiastica,  ut  sunt  a  beatis  Apostolis  tradita,  intégra  vel- 
Icnt  servare  Domini  sacerdotes,  nuUa  diversitas,  nulla  varietas  in  ipsis 


PREMIÈRES  TENTATIVES  POUR  ETABLIR  l'uNITÉ  i53 

ordinibus  et  consecrationibus  haberetur.  Sed  dum  unusquisque  non  quod  j  partie  ^ 

traditum  est,  sed  quod  sibi  visum  fuerit,  hoc  eestimat  esse  tenendum,  inde  chapitre  vi 
diversa  in  diversis  locis  vel  ecclesiis  aut  teneri,  aut  celebrari  videnturj  ac 
fit  scandalum  populis,  qui  dum  nesciunt  traditiones  antiquas  humana 
praesumptione  corruptas,  putent  sibi  aut  ecclesias  non  convenire,  aut  ab 
Apostolis  vel  apostolicis  viris  contrarielatem  inductam.  Quis  enim  nesciat 
aut  non  advertat,  id  quod  a  principe  Apostolorum  Petro  Romanae  eccle- 
sias traditum  est,  ac  nunc  usque  custoditur,  ab  omnibus  debere  servari; 
nec  superduci  aut  introduci  aliquid,  quod  auctoritatem  non  habeat,  aut 
aliunde  accipere  videatur  exemplum  ?  Prassertim  cum  sit  manifestum,  in 
omnem  Italiam,  Gallias,  Hispanias,  Africam  atque  Siciliam,  et  insulas 
interjacentes,  nuUum  instituisse  ecclesias,  nisi  eos  quos  venerabilis  apos- 
tolus  Petrus  aut  ejus  successores  constituerint  sacerdotes.  Aut  legant,  si 
in  his  provinciis  alius  Apostolorum  invenitur,  aut  legitur  docuisse.  Qui 
si  non  legunt,  quia  nusquam  inveniunt,  oportet  eos  hoc  sequi,  quod  eccle- 
sia  Romana  custodit,  a  qua  eos  principium  accepisse  non  dubium  est;  ne 
dum  peregrinis  assertionibus  student,  caput  institutionum  videantur 
omittere.  Saepe  dilectionem  tuam  ad  Urbem  venisse,  ac  nobiscum  in  eccle- 
sia  convenisse  non  dubium  est,  et  quem  morem  vel  in  consecrandis  mys- 
teriis,  vel  in  ceteris  agendis  arcanis  teneat,  cognovisse.  Quod  sufficere  ad 
informationem  ecclesiœ  tuae,  vel  reformationem,  si  prascessores  tui  minus 
aliquid  aut  aliter  tenuerunt,  satis  certum  haberemus,  nisi  de  aliquibus 
consulendos  nos  esse  duxisses.  Quibus  idcirco  respondemus,  non  quod 
te  aliqua  ignorare  credamus,  sed  ut  majori  auctoritate  vel  tuos  instituas, 
vel  si  qui  a  Romanae  ecclesiae  institutionibus  errant,  aut  commoneas, 
aut  indicare  non  différas,  ut  scire  valeamus  qui  sint,  qui  aut  novitates 
înducunt,  aut  alterius  ecclesiae,  quam  Romanae,  existimant  consuetu- 
dinem  esse  servandam.  (S.  Innocenta  I  ad  Decentium  Eugub.,  apud 
D.  Coustant.) 

NOTE  D. 

Item  gesta  sanctorum  martyrum,  qui  multiplicibus  tormentorum  cru- 
ciatibus,  et  mirabilibus  confessionum  triumphis  illustrantur.  Quis  ista 
esse  catholicorum  dubitet,  et  majora  eos  in  agonibus  esse  perpessos 
nec  suis  viribus,  sed  gratia  Dei  et  adjutorio  universa  tolérasse  'i 
Sed  ideo  secundum  antiquam  consuetudinem  et  singularem  cautelam 
in  sancta  Romana  ecclesia  non  leguntur,  quia  et  eorum  qui  conscripsere 
nomina  penitus  ignorantur;  et  ab  infidelibus  aut  idiotis  superflua, 
aut  minus  apta  quam  rei  ordo  fuerit,  scripta  esse  putantur;  sicut  cu- 
jusdam  Cyrici  et  Julittae,  sicut  Georgii,  aliorumque  hujusmodi  passio- 
nes,  quae  ab  haereticis  perhibentur  compositae.  Propter  quod,  ut  dictum 
est,  ne  vel  levis  subsannandi  oriretur  occasio,  in  sancta  Romana  eccle- 
sia non  leguntur.  Nos  tamen  cum  prœdicta  ecclesia  omnes  martyres, 
et  gloriosos  agones,  qui  Deo  magis  quam  hominibus  noti  sunt,  omni 
devotione  veneramur.  [Gelasii  Papœ  décret.,  in  conc.Rom.,  apud  Labb., 
pag.  1203.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  VII 


TRAVAUX  DE  SAINT  GREGOIRE  LE  GRAND  SUR  LA  LITURGIE 
ROMAINE.  —  PROGRÈS  DE  CETTE  LITURGIE  DANS  l'oCCIDENT. 
—  AUTEURS  LITURGISTES  DES  VII^  ET  VIII®  SIECLES. 


Avènement         ^^  ^^  ^^  sixième  siècle  vit  monter  sur  le  Siège  aposto- 
du  pape       lique  un  homme  dont  le  pontificat  de  treize  ans  et  six  mois 

saint  Grégoire       ^  ^ 

le  Grand       expira  l'an  604,  mais  laissa  pour  tous  les  siècles  suivants 

qui  prépare  ^  ^  .  -^    , 

l'extension      la  renommée  d'une  gloire  qui  a  pu  être  égalée,  mais  n'a 

de  la  Liturgie    .  .,,  'o-i-'-ii-         jj^ir 

romaine       jamais  etc  surpassee.  Saint  Grégoire  le  Grand,  dont  1  un- 
ie patriarcat     mense  correspondance  nous  retrace  si  vivement  la  sollicitude 
d'Occident.     ^^,-j  ^^erçait  sur  toutes  les    Églises,   dont   les  écrits   si 
remplis  de  gravité  et  d'onction  justifient,  par  la  plus  pure 
et  la  plus  excellente  doctrine,  le  titre  de  quatrième  Docteur 
que  l'Église  lui  a  assigné,  saint  Grégoire  le  Grand  porta  ses 
soins  éclairés  sur  la  Liturgie  de  l'Eglise  de   Rome,  et  par 
les  perfectionnements   qu'il  y  introduisit,  prépara  d'une 
manière  sûre,  pour  un  temps  plus  ou  moins  éloigné,  son 
introduction    dans    toutes   les    provinces    de   l'immense 
patriarcat  d'Occident. 
Nécessité  Nous  avons  rapporté,  au  chapitre  précédent,  les  travaux 

d'une  réforme      ,  .        ^  ,,       .  ,  •        /-^  m  , 

de  la  de  saint  Gelestin  et  de  saint  Gelase  durant  ce  cinquième 

romai^ne.  siècle,  qui  fut,  dans  toute  l'Église,  un  moment  brillant 
pour  la  Liturgie,  puisqu'on  vit  alors  les  plus  grands  évêques 
donner  tous  leurs  soins  à  la  perfectionner.  Vers  la  fin  du 
sixième  siècle,  il  était  devenu  nécessaire  de  compléter  et 
d'améliorer  l'œuvre  des  siècles  précédents;  car  la  Liturgie, 
comme  le  Symbole    de   l'Église,  comme  le  recueil  de  sa 


TRAVAUX   DE    SAINT    GREGOIRE   LE    GRAND  l55 

Discipline,  doit  s'enrichir  par  le  cours   des  siècles,  bien        i  partie 

^  .  CHAPITRE    VU 

qu'-elle  ne  puisse  changer  d'une  manière  fondamentale.  Ce • 

progrès  dirigé  par  l'autorité  compétente,  en  même  temps 
qu'il  satisfait  à  de  nouveaux  besoins,  n'expose  jamais 
l'intégrité  des  rites  ecclésiastiques  et  n'amène  point  de 
variations  choquantes  dans  les  formules  saintes  que  les 
siècles  ont  consacrées. 

Ce  fut  donc  dès  les  premières  années  de  son  pontificat  Saint  Grégoire 

.  .  .  donne 

que  saint  Grégoire  entreprit  la    réforme   de  la  Liturgie    une  nouvelle 

.  o         1  •  •  T  "r-v  •  1    •      /  lorme  hu 

romaine,  bon  historien,  Jean  Diacre,  nous  a  laisse  sur  ce  Sacramentaire, 
sujet  les  détails  les  plus  intéressants  ;  ils  nous  sont  confirmés       son  nom 
non-seulement  par  le  témoignage  de  tous  les  auteurs  qui     Grégorien. 
l'ont  suivi,  mais  même  par  l'autorité  de  plusieurs  person- 
nages qui  ont  vécu  avant  lui,  tels  que  Walafride  Strabon, 
saint  Adrien  P%    et  Ecbert,  qui  occupa  le  siège  d'York    - 
en  732.  Or,  voici  les  paroles  de  Jean  Diacre,  au  chapitre  xvii 
du  second  livre  de  la  vie  de  notre  saint  pontife  : 

«  Il  réduisit  en  un  seul  volume  le  livre  du  pape  Gélase, 
«  qui  contenait  la  solennité  des  messes,  retranchant  beau- 
ce  coup  de  choses,  en  retouchant  quelques-unes,  et  en 
«  ajoutant  plusieurs  autres  (i).   » 

Walafrid  Strabon,  qui  mourut  en  849,  vingt-huit  ans 
avant  le  Pontificat  de  Jean  VIII,  par  l'ordre  duquel  Jean 
Diacre  écrivit  la  vie  de  saint  Grégoire,  s'exprime  ainsi  dans 
son  traité  De  Rébus  ecclesiasticis  :  «  Gélase,  le  cinquante- 
ce  unième  Pape,  mit  en  ordre  les  prières,  tant  celles  qu'il 
«  avait  composées  que  celles  que  d'autres  avaient  rédigées 
«  avant  lui  ;  les  Eglises  des  Gaules  se  servirent  de  ses 
«  oraisons,  et  elles  y  sont  encore  employées  par  plusieurs. 
«  Mais  comme  beaucoup  de  ces  formules  semblaient  appar- 
«  tenir  à  des  auteurs  incertains,   ou   ne  présentaient  pas 

(i)  Sed  et  Gelasianum  codicem  de  missarum  solemniis,  multa  subtra- 
hens,  pauca  convertens,  nonnulla  vero  adjiciens,  pro  exponendis  Evange- 
licis  lectionibus,  in  unius  libri  volumine  coarctavit.  (Joann.  Diac.  Vita 
S.  Gregorii,  lib.  II,  cap.  xvii.) 


l56       TRAVAUX  DE  SAINT  GREGOIRE  LE  GRAND 

INSTITUTIONS     «  uR  sciis  claif  et  complet,  le   bienheureux  Grégoire  prit 

LITURGIQUES  .  .       ,        .  O  r 

■ «  soin  de  réunir  tout   ce  qui  était   conforme  à  la  pureté 

«  originale  du  texte,  et  ayant  retranché  les   choses  trop 
«  longues,  et  celles  qui  avaient  été   rédigées  sans  goût,  il 
«  composa  le  livre  qui  est  appelé  des   Sacrements.   Que 
«  si  on  y  trouve  encore  plusieurs  choses  qui  s'écartent  du 
«  but  que   nous  venons  de  marquer,    elles   n'ont  point 
«  été  insérées  par  ce  Pape,   mais  on  doit  croire  qu'elles 
«  ont  plus  tard  été  ajoutées  par  d'autres  personnes  moins 
«  soigneuses  (i).  » 
A  l'occasion         Telle  est  l'origine  du  Sacramentaire  grégorien  qui,  joint 
des  ^Lombards  à  l' Antiphonaire  dont  nous  parlerons  bientôt,  forme  encore 
saint^Grégo^ire   aujourd'hui,  à  quelques  modifications  près,  le  Missel  ro- 
^^°%^aroïes^"^^  main  dont  l'Eglise  d'Occident  tout  entière   se   sert,  sauf 
au  canon      jgg  exceptions  de  fait  ou  de  droit. 

de  la  Messe.  ^ 

L'historiographe  de  saint  Grégoire  nous  apprend  encore 
d'accord  avec  le  Liber  pontificalis  ^  que  ce  saint  pontife 
ajouta  quelques  paroles  au  canon  delà  messe.  Remarquons 
ici,  pour  la  seconde  fois,  que  l'addition  d'une  seule  ligne  - 
au  canon  de  la  messe  était  un  événement  qui  intéressait  : 
tout  l'Occident  et  que  les  siècles  à  venir  ne  pouvaient  plus  ^ 
ignorer.  Voici  les  paroles  de  Jean  Diacre  :  «  Il  ajouta  ; 
«  au  canon  de  la  messe  :  Diesque  nostros  in  tua  pace 
disponas,  atqiie  ah  œterna  damnatione  nos  eripi^  et  in 
electorum  tuorum  jubeas  grege  numerari   (2).  »  Cette 

(i)  Nam  et  Gelasius  Papa,  in  ordine  LI,  ita  tam  a  se  quain  ab  aliis  com- 
positas  preces,  dicitur  ordinasse.  Et  Galliarum  Ecclesiae  suis  orationibus 
utebantur,  quae  adhuc  à  multis  habentur.  Et  quia  tam  incertis  auctoribus 
multa  videbantur  inserta,  et  sensus  integritatem  non  habentia,  curavit 
beatus  Gregorius  rationabilia  quaeque  coadunare,  et  seclusis  his,  quae  vel 
nimia  vel  inconcinna  videbantur,  composuit  librum  qui  dicitur  Sacra- 
mentorum,  sicut  ex  titulo  ejus  manifestissime  declaratur  :  in  quo  si  aliqua 
inveniuntur  ad  hune  sensum  claudicantia,  non  ab  illo  inserta,  sed  ab  aliis 
minus  diligentibus  postea  credenda  sunt  superaddita.  (Walafrid.  Strabo. 
de  Rébus  Ecclesiast.,  cap.  xxii.) 

(2)  In  canone  missae  apposuit  :  Diesque  nostros,  etc.  (Joan.  Diac,  Vit. 
S.  Gregorii  M.,  lib.  II,  cap.  xvii.) 


SUR   LA   LITURGIE    ROMAINE  iSy 

addition  qui  exprime   une  demande  de   paix,  paraît   se       i  partie 

rapporter  à  l'année  694,   durant  laquelle  Âgilulphe,    roi 

des  Lombards,  vint  mettre  le  siège  devant  Rome;  ce  qui 
plongea  dans  la  plus  vive  terreur  cette  ville,  qui  se  trouvait 
en  ce  moment  privée  de  garnison.  Inquiet  du  salut  de  son 
troupeau,  saint  Grégoire  suspendit  les  travaux  qu^il  faisait 
alors  sur  le  prophète  Ezéchiel,  et  ses  instantes  prières, 
jointes  à  sa  vigilance  et  au  courage  des  Romains,  procu- 
rèrent la  délivrance  de  la  ville,  après  un  an  de  siège  (i). 

Saint  Grégoire  ne  se  borna  pas  à  rectifier  les  formules        n  règle 

,  ,  .      ,  .        ,  les  cérémonies 

de  la  Liturgie  et  à  les  compléter;  il  s  attacha  aussi  à  donner     extérieures 

,    ,  .        j  ,  ,    .  .  ,  et  organisé 

aux  cérémonies  du  culte  une  pompe  extérieure  qui  les  ren-     les  stations. 

dit  plus  efficaces  encore  pour  l'instruction   et  l'édification 

du  peuple.  Il  régla,    dans  un  ordre  qui   s'est   conservé 

jusqu'aujourd'hui  presque  dans  son  entier,  les  jours  et  les 

lieux  des  Stations  (2).    «    Il  ordonna   avec  soin,  continue 

«  Jean  Diacre,  les  Stations  dans  les  basiliques,  ou  dans  les 

«  cimetières  des  saints  martyrs,  en  la  manière  que  garde 

«  encore  aujourd'hui  le  peuple  romain,  comme  si  Grégoire 

«  vivait  toujours.  Dans  ces  Stations,  auxquelles  il  prenait 

«  part  lui-même,  il  prononça,  en  diverses  époques,  devant 

«  rassemblée  des  fidèles,  vingt  homélies  sur  l'Évangile  ;  il 

«  dicta  seulement  les  vingt  suivantes,   et  les  fit  déclamer 

«  par  d'autres,  à  cause  des  langueurs  de  sa  poitrine  fatiguée. 

«  L'armée  du  Seigneur,  composée  d'une  foule  innombrable 

«  de  fidèles  de  tout  sexe,  de  tout  âge  et  de  toute  condition, 

«  avide  de  la   parole  de    doctrine,   accompagnait,   dans 

«  ces    Stations,    les   pas    du    Pontife,    qui,    comme  le 

«  chef  d'une  milice  céleste,   donnait  à   chacun  des  armes 

«  spirituelles  (3).  » 

(i)  Ciacconi,  Vitdd  Pont.  Rom.,  tom.  I,  pag.  404. 

(2)  Nous  donnerons  ailleurs  la  désignation  de  ces  Stations,  ainsi  que  le 
détail  de  ce  qu'on  y  observait. 

(3)  Stationes  per  basilicas,  vel  sanctorum  martyrum  Cœmeteria  secun- 
dum  quod  hactenus  plebs  Romana  quasi  eo   vivente  certatim  discurrit 


INSTITUTIONS 
DITURGLQUES 


Sollicitude 

de 

saint  Grégoire 

pour 

le  culte 

des  SS.  Apôtres 

Pierre  et  Paul. 

Les 
Ordres  romains 

et  le 

Sacramentaire 

grégorien 

donnent 

la  forme  de  la 

Messe  papale 

aux  jours 
àtï>  Stations. 


Réclamations 

contre 

les  réformes 

de 

saint  Grégoire. 


l58       TRAVAUX  DE  SAINT  GREGOIRE  LE  GRAND 

«  Il  régla  les  Messes  solennelles  que  l'on  célébrerait  sur 
«  les  corps  des  bienheureux  Apôtres  Pierre  et  Paul.  Il  fit 
«  l'acquisition  d'un  grand  nombre  de  plants  d'oliviers 
«  dont  il  grava  le  dénombrement  sur  des  tables  de  marbre 
ce  placées  aux  portes  de  la  basilique  (i),  et  les  affecta  au 
«  luminaire  qu'il  augmenta,  et  à  l'entretien  duquel  il 
«  pourvut  avec  soin  (2).  » 

On  peut  voir  dans  les  divers  exemplaires  du  Sacra- 
mentaif^e  grégorien,  qui  ont  été  publiés  sur  des  manuscrits 
plus  ou  moins  purs,  et  dans  les  anciens  Ordres  romaùts^ 
dont  les  deux  premiers  sont  très-certainement  contempo- 
rains de  saint  Grégoire,  la  forme  de  la  Messe  papale,  telle 
qu'elle  était  célébrée  aux  jours  des  Stations.  Fleury  lui- 
même  n'apas  cru  devoir  se  dispenser  d'en  raconter  plusieurs 
détails  dans  son  Histoire  ecclésiastique.  Nous  réservons 
ce  récit,  ainsi  que  la  description  de  la  Messe  papale 
telle  qu'elle  se  célèbre  aujourd'hui,  pour  la  partie  de  notre 
travail  qui  traitera  à  fond  du  sacrifice  chrétien  et  de  ses 
mystères. 

Les  modifications  que  saint  Grégoire  avait  introduites 
dans  la  Liturgie  n'avaient  pas  manqué,  ainsi  qu'il  arrive 

sollicitus  ordinavit  :  per  quas  et  ipse  simul  discurrens,  dum  adhuc  elo- 
qui  praevaleretjviginti  homilias  Evangelii  coram  Ecclesia  diverso  tempore 
declamavit  :  reliquas  vero  ejusdem  numeri  dictavitquidem,  sed  lacessente 
stomacho  languore  continuo,  aliis  pronunciandas  commisit.  Sequebatur 
exercitus  Domini  ultra  citraque  Gregorium  praeeuntem,  et  auditurae  ver- 
bum  doctrinae  innumerabiles  undique  diversi  sexus,  astatis  ac  professionis 
voluntariae  confluebant  cohortes  :  quibus  ille,  utpoteductor  cœlestis  militias, 
cunctis  duntaxat  arma  spiritalia  suggerebat.  (Joan.  Diac,  ibid.,  cap.  xvin 
et  xix.) 

(i)  Ces  tables  existent  encore  parfaitement  conservées,  sous  le  portique 
de  la  basilique  actuelle  de  Saint-Pierre. 

(2)  Super  corpora  beatorum  Pétri  et  Pauli  apostolorum,  missarum 
solemnia  celebrari  decrevit,  acquisitis  numerosissimis  olivetis,  quorum 
summam  in  tabulis  marmoreis,  prae  foribus  ejusdem  basilicae  annotavit, 
luminaria  superaddidit,  officia  sedula  deputavit.  (Joan.  Diac,  ibid., 
cap.  XX.) 


I    PARTIE 
CHAPITRE  VII 


SUR   LA    LITURGIE    ROMAINE  169 

toujours  dans  les  mesures  générales  d'administration 
d'exciter  les  réclamations  de  plusieurs.  Le  saint  Pape,  en 
effet,  en  statuant  plusieurs  règlements  sur  la  forme  du 
service  divin  dans  l'Eglise  de  Rome,  avait  astreint  par  là 
même  à  l'observation  de  ces  ordonnances,  les  Églises  de 
l'Italie  et  des  îles  adjacentes  qui  sont, comme  on  doit  savoir, 
du  domaine  primatial  de  l'Église  romaine,  de  même  que 
l'Occident,  en  son  entier,  forme  sa  circonscription  patriar- 
cale. Jean  Diacre  nous  a  conservé  un  important  fragment 
d'une  lettre  de  saint  Grégoire  adressée  à  Jean,  évêque  de 
Syracuse,  et  dans  laquelle  le  saint  Pape  répond  aux  clameurs 
qui  s'étaient  élevées  en  Sicile.  Nous  reproduirons  ici  cette 
pièce,  en  y  joignant  nos  observations. 

«  Un  homme  venant  de  Sicile  m'a  dit  que  quelques-uns    ,   Réponse 

^        ^        ^  du  saint  Pape 

«  de  ses  amis,  grecs  ou  latins,  sous  prétexte  de  zèle  envers    dans  sa  lettre 

.  .  à   Jean,    évêque 

«  l'Eglise  romame,  murmuraient  contre  mes  règlements,     de  Syracuse. 

«  disant  :  Comment  prétend-ïl  abaisser  T Eglise  de  Cons- 

«  tantinople,  lui  qui  en  suit  les  coutumes  en  toutes  choses? 

«  Comme  je  lui  disais  :  Quelles  coutumes  suivons-nous?  il 

«  m'a  répondu  :  Vous  ave^fait  dire  Alléluia,  aux  messes^ 

«  hors  le  temps  pascal  ;  vous  faites  marcher  les  sous-dia- 

«  cres  sans  tuniques;  vous  faites  dire  Kyrie,  eleison  ;  vous 

«  avei  ordonné  de  dire  l'Oraison  dominicale  aussitôt  après 

«  le  canon.  A  cela  j'ai  répondu  que  dans  aucune  de  ces 

i«  choses  nous  n'avons  suivi  les  usages  d'une  autre  Église. 

Y  Car  pour  ce  qui  est  de  V  Alléluia^  la  tradition  nous  apprend 

«  qu'il  a  été  introduit  ici  par  le  bienheureux   Jérôme,  au 

«  temps  du  papeDamase,  de  sainte  mémoire,  à  l'imitation 

f«  de  l'Église  de  Jérusalem  ;   et   encore   faut-il  remarquer 

«  que,  dans  ce  Siège,  nous  avons  retranché  plutôt  quelque 

«  chose  à  ce  que  l'on  avait  ainsi  reçu   des  Grecs  (i).  Si  je 

i«  fais  marcher  les  sous-diacres  sans  tuniques,  c'est  l'ancienne 

(i)  On  sait  que  les  Grecs  chantent  Alléluia  pendartt  le  Carême,  et  même 
laux  sépultures. 


l6o       TRAVAUX  DE  SAINT  GREGOIRE  LE  GRAND 

INSTITUTIONS     c(  coutume  de  l'Eglise;  seulement,  dans  la  suite  des  temps, 

LITURGIQUES  .  ,  ,  ■     ,  ,  .^  . 

«  il  avait  plu   a  queiqu  un  de   nos  pontifes,    je  ne  sais 

«  lequel,  de  les  revêtir  ainsi.  Mais  vos  propres  Églises 
«  (de  Sicile),  ont-elles  donc  reçu  la  tradition  des  Grecs  ? 
«  Aujourd'hui  encore,  chez  vous,  d'où  vient  que  les  sous- 
«  diacres  paraissent  couverts  d'une  simple  tunique  de  lin, 
«  si  ce  n'est  parce  qu'ils  ont  reçu  cet  usage  de  l'Église 
«  romaine  leur  mère  ? 
Différence  «  D'aiUeurs^  nous    ne   disons   pas  Kyrie^  eleison  à  la 

de  Rome       «  manière  des  Grecs.  Chez  eux,  tous  le  disent  ensemble  ; 

Consfantfnopie  ^^  chez  nous,  il  n'y  a  que  les  clercs^  et  le  peuple  répond; 

^^"^  dV^^'^^    ^^  ^^  ^^  plus,  nous  disons  autant  de  fois  Christe,   eleison, 

Kyrie  eleison.  ^^  q^^  j^g  Grecs  ne  disent  jamais.  Dans  les  messes 
«  quotidiennes,  nous  passons  sous  silence  certaines  choses 
«  que  l'on  a  coutume  de  dire  aux  autres  jours,  et  nous 
«  disons  seulement  Kyrie^  eleison  et  Christe,  eleison,  en 
c<  les  chantant  avec  un  peu  plus  de  lenteur.  Nous  disons 
a  l'Oraison  dominicale  aussitôt  après  le  canon ,  parce  que 
«  telle  a  été  la  coutume  des  Apôtres  qui,  en  consacrant 
-«  l'hostie  de  l'oblation,  se  contentaient  de  cette  prière  (i). 
«  Il  nous  eût  paru  inconvenant  de  réciter  sur  l'oblation 
«  une  prière  rédigée  par  un  savant,  et  d'omettre  de  réciter 
«  sur  le  corps  et  le  sang  du  Rédempteur  celle  qu'il  a  lui- 
c(  même  composée.  De  plus,  l'Oraison  dominicale  chez  les 
«  Grecs  est  dite  par  tout  le  peuple,  tandis  que,  chez  nous, 
«  c'est  le  prêtre  seul  qui  la  récite. 

«  En  quoi  donc  avons -nous  suivi  les  coutumes  des 
«  Grecs,  nous  qui  n'avons  fait  que  rétablir  nos  anciens 
«  usages,  ou  en  introduire  d'utiles,  quand  bien  même  on 

(i)  On  doit  savoir  que  le  mot  consacrer,  appliqué  à  l'Eucharistie,  dans 
la  langue  des  Pères,  a  un  tout  autre  sens  que  dans  le  langage  de  la  théo- 
logie actuelle.  Il  signifie  certain  usage  qu'on  fait  de  l'hostie  sainte  in. 
ordine  ad  communionem.  C'est  ainsi  que  saint  Ambroise,  en  son  livre  De 
Officiis  ministrorum,  fait  dire  au  diacre  saint  Laurent,  que  le  pape  saint 
Sixte  lui  a  confié  la  «  Consécration  du  Sang  du  Seigneur,  y>  Dominici Sanguinis 
consecrationem. 


SUR   LA   LITURGIE   ROMAINE 


l6l 


«  prouverait  qu'en  cela  nous  avons  imité  les  autres  ? 
«  Quand  donc  Votre  Charité  aura  occasion  d'aller  à 
«  Catane,  ou  à  Syracuse,  qu'elle  ait  soin  d'instruire  sur 
«  ces  différents  points  tous  ceux  qu'elle  sait  avoir  mur- 
«  muré  à  ce  sujet;  qu'elle  s'y  prenne  à  propos  pour  leur 
«  faire  entendre  ces  raisons.  Quant  à  ce  qu'ils  disent  de 
«  l'Église  de  Constantinople,  qui  doute  qu'elle  ne  soit 
«  sujette  du  Siège  apostolique,  ainsi  que  le  très -pieux 
«  Empereur  et  notre  frère  l'évêque  de  cette  ville ,  le  pro- 
«  fessent  assidûment?  Néanmoins,  si  cette  Église,  ou 
«  toute  autre,  a  quelque  chose  de  bon,  de  même  que  je  ré- 
«  prime  mes  inférieurs,  lorsqu'ils  font  des  choses  illicites, 
«  de  même  je  suis  prêt  à  les  imiter  dans  ce  qu'ils  ont  de 
«  bon.  Ce  serait  folie  de  mettre  la  primauté  à  dédaigner 
«  d'apprendre  ce  qui  est  le  meilleur  (i).  » 

On  voit,  dans  cette  curieuse  lettre,  l'exercice  de  la  su- 
prématie romaine  dans  les  choses  de  la  Liturgie.  Le 
Pontife  rétablit  des  usages  tombés  en  désuétude  ;  il  en 
institue  d'autres  qui  lui  paraissent  utiles;  il  choisit  dans 
les  rites  des  Eglises  soumises  à  celle  de  Rome,  ceux  qu'il 
lui  semble  à  propos  d'adopter;  il  professe  le  droit  souve- 
rain qu'il  a  reçu  de  réprimer  les  abus,  jusque  sur  le  Siège 
de  Constantinople;  enfin,  il  proclame  en  même  temps  la 
disposition  si  sage  et  si  souvent  mise  en  pratique  par  le 
Saint-Siège,  d^imiter  ce  qui  se  rencontre  de  meilleur  dans 
les  usages  des  diverses  Églises.  Nous  verrons  constamment 
les  Papes,  dans  tous  les  siècles,  suivre  cette  ligne  si  sage- 
ment et  si  fortement  tracée. 

Le  zèle  infatigable  de  saint  Grégoire  ne  se  borna  pas  à 
lui  faire  entreprendre  la  réforme  des  prières  et  des  céré- 
monies de  la  Liturgie;  il  entreprit  aussi  la  correction  du 
chant  ecclésiastique,  dont  la  mélodie  majestueuse  devait 
ajouter  une  nouvelle  splendeur  au  service  divin.   Nous 


I  PARTIE 
CHAPITRE   YH 


Cette  lettre 

est  un 
monument 

de  la 

sollicitude 

et  de  la 

sagesse 

apostolicjue 

des  Pontifes 

romains 

par  rapport 

à  la 

Liturgie. 


Saint  Grégoire 

entreprend 

la  correction 

du  chant 

ecclésiastique. 


(i)   Vid.  la  Note  A. 
T.    I 


II 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Caractère 

du  chant 

grégorien, 

qui  conserve 

les  dernières 

traditions 

de  la  musique 

des  Grecs. 


162       TRAVAUX  DE  SAINT  GREGOIRE  LE  GRAND 

avons  vu,  au  chapitre  précédent,  le  pape  saint  Célestin 
instituant  le  chant  des  antiennes  et  des  répons,  connus 
sous  le  nom  d'Introït  et  de  Graduel,  et  l'on  ne  saurait 
douter  que  ces  morceaux  ne  fussent  composés  à  l'instar 
des  autres  pièces  du  même  genre  que  nous  voyons  dès 
lors  en  usage,  soit  dans  la  psalmodie  des  heures,  soit 
dans  la  célébration  de  la  messe.  Il  y  avait  aussi,  comme 
nous  l'avons  vu  ,  des  préfaces  et  autres  récits  qui  ne 
pouvaient  être  chantés  sans  un  système  de  musique 
quelconque.  Nous  n'avons  point  à  nous  occuper,  en  cet 
endroit,  du  caractère  du  chant  ecclésiastique;  nous 
devons  seulement  rappeler  en  passant  au  lecteur  que 
tous  les  hommes  doctes  qui  ont  traité  des  origines  de  la 
musique  ont  reconnu  dans  le  chant  ecclésiastique  ou  gré- 
gorien, les  rares  et  précieux  débris  de  cette  antique  musi- 
que des  Grecs  dont  on  raconte  tant  de  merveilles.  En  effet, 
cette  musique  d'un  caractère  grandiose  et  en  même  temps 
simple  et  populaire,  s'était  naturalisée  à  Rome  de  bonne 
heure.  L'Église  chrétienne  s'appropria  sans  trop  d'efforts 
cette  source  intarissable  de  mélodies  graves  et  religieuses; 
seulement,  le  respect  dû  aux  formules  saintes,  souvent 
tirées  des  Écritures,  qu'il  fallait  réduire  en  chant,  ne  per- 
mettant pas  de  les  soumettre  à  une  mesure  qui  en  eût  sou- 
vent altéré  la  simplicité  et  quelquefois  même  le  sens,  le 
chant  de  l'Église,  quoique  puisé  dans  les  modes  antiques,^ 
n'avait  pour  thème  que  des  morceaux  en  prose  et  d'un 
rhythme  vague  et  souvent  irrégulier.  On  voyait  que  les 
Pontifes  avaient  cherché  plutôt  à  instruire  les  fidèles  par  la 
doctrine  contenue  dans  les  paroles  sacrées,  qu'à  ravir  leurs 
oreilles  par  la  richesse  d'une  harmonie  trop  complète. 
Toutefois,  les  besoins  du  culte  avaient  donné  naissance, 
dans  l'Église  de  Rome,  à  un  grand  nombre  de  pièces  de 
chant,  toutes  en  prose  pour  les  paroles;  car,  à  la  différence 
de  celle  de  Milan  et  de  presque  toutes  les  autres,  elle  n'ad^ 
mettait  pas  d'hymnes.   Les  motifs  de  la  plupart  de  ces 


SUR   LA   LITURGIE    ROMAINE  l63 

chants  étaient  inspirés  par  la  réminiscence  de  certains  airs       i  partie 

r  '^'  1,  ,  .  .     ,  ,  .„  ,  CHAPITRE  VII 

familiers  et  dune  exécution  aisee,  qu  une  oreille  exercée — •■ 


reconnaît   encore  dans  le   répertoire  grégorien ,  et  qu'il 
serait  facile  de  rétablir  dans  leur  couleur  première. 

Ce  recueil  de  chants  appelait  aussi  une  correction,  et  L'Antiphonaire 

srésoncn 

Dieu ,  qui  avait  donné  à  saint  Grégoire  cette  diction  noble 
et  cadencée  qui  lui  permit  de  retoucher  le  Sacramentaire 
de  saint  Gélase,  lui  avait  donné  pareillement  le  sens  de  la 
musique  ecclésiastique,  à  laquelle  il  devait  même  attacher 
son  nom.  «  Grégoire,  dit  son  historien,  semblable  dans  la 
«  maison  du  Seigneur  à  un  nouveau  Salomon,  pour  la 
«  componction  et  la  douceur  de  sa  musique,  compila  un 
«  Antiphonaire ,  en  manière  de  centon ,  avec  une  grande 
«  utilité  pour  les  chantres (i).  »  Ces  expressions  compilavit^ 
centonem ,  font  voir  que  saint  Grégoire  ne  peut  être  con- 
sidéré comme  l'auteur  proprement  dit  des  morceaux  qui 
composent  son  Antiphonaire;  en  sorte  qu'il  en  est  du 
chant  ecclésiastique  comme  de  toutes  les  grandes  institu- 
tions du  catholicisme  :  la  première  fois  qu'on  les  rencontre 
dans  les  monuments  de  la  tradition ,  elles  apparaissent 
comme  un  fait  déjà  existant,  et  leur  origine  se  perd  dans 
une  antiquité  impénétrable.  Mais  il  est  permis  de  croire 
que  saint  Grégoire  ne  se  borna  pas  à  recueillir  des  mélo- 
dies :  il  dut  non-seulement  corriger,  mais  composer  lui- 
même  plusieurs  chants  dans  son  Antiphonaire,  par  un 
travail  analogue  à  celui  qu'il  avait  accompli  sur  le  Sacra- 
mentaire. Ce  ne  peut  être  qu'en  qualité  de  correcteur 
éclairé  et  même  de  compositeur,  que  Jean  Diacre  le  loue 
sur  l'onction  et  la  douceur  de  sa  musique.  Il  nous  serait 
impossible  de  préciser  aujourd'hui  avec  certitude  dans  le 
détail,  les  morceaux  de  l'Antiphonaire  grégorien  qui  ap- 
partiennent proprement  au  grand  Pontife  dont  nous  par- 

(i)  Deinde  in  domum  Domini,  more  sapientissimi  Salomonis  propter 
musicae  compunctionem  dulcedinis,  Antiphonarium  centonem  cantorurri 
studiosissimus  nimis  utiliter  compilavit.  (Joan.  Diac,  ibid,,  cap.  vi.) 


164       TRAVAUX  DE  SAINT  GREGOIRE  LE  GRAND 

INSTITUTIONS  loHS ;  iHais  telle  était  encore,  au  moyen  âge,  la  reconnais- 
LiTURGiQUEs  ^^^^^  ^^^  Églîses  d'Occldent  envers  le  Symphoniaste  inspiré 
auquel  elles  devaient  leurs  chants,  que  le  premier  dimanche 
Chants  de  l'Avent,  on  chantait  solennellement  les  vers  qui  sui- 
vies É^?ises'  vent,  avant  d'entonner  l'Introït  de  la  messe  Ad  te  levavi, 
téliPoigna'ent  comme  unesorte  de  tribut  obligé  à  la  mémoire  d'un  ser- 
^^  Teuf  ^^'  vice  si  important  : 

''^^^envirr''''^  Gregorius  Praesul  meritis  et  nomine  dignus, 

saint  Grégoire.  Unde  genus  ducit,  summum  conscendit  honorem  : 

Quem  vitae  splendore,  suae  mentisque  sagaci 

Ingenio  potius  compsit,  quam  comptus  ab  illo  est. 

Ipse  Patrum  monimenta  sequens,  renovavit  et  auxit 

Carmina,  in  Officiis  retinet  quae  circulus  anni  : 

Quœ  clerus  dulci  Domino  modulamine  solvat, 
•  Mystica  dum  vitae  supplex  libamina  tractât. 

Suaviter  heec  proprias  servat  dulcedo  nitelas; 

Si  quod  voce  sonat,  fido  mens  pectore  gestet. 

Nec  clamor  tantum  Domini  sublimis  ad  aures, 

Quantum  voce  humilis  placido  de  corde  propinquat. 

Hœc  juvenum  sectetur  amor,  maturior  aevo, 

Laudibus  his  instans,  aeternas  tendat  ad  Horas. 

Ces  vers  si  expressifs  se  trouvent,  avec  quelques  variantes,  j 
en  tête  des  divers  exemplaires  de  l' Antiphonaire  de  saint 
Grégoire,  qui  ont  été  publiés  sur  des  manuscrits  des  neu-  j 
vième,  dixième  et  onzième  siècles,  par  PameUus,  Dom  | 
Denys  de  Sainte-Marthe  et  le  B.  Tommasi. 
L'Antiphonaire       L' Antiphonaire  de  saint  Grégoire  se  divisait  en  deux 
de  la  messe,     parties,  l'une  qui  contenait  les  chants  usités  dans  la  messeJ 

appelé  r      •■       ^  n  ^     r^       j      i    m 

aujourd'hui     p^  ^^ j  ^st  connue  depuis  longtemps  sous  le  nom  de  Graduel;  i 

Graduel,  ^  ^  .   ,      t^  -7  4.      " 

et  celui        l'autre  appelée,  dans  l'antiquité,  ResponsoriaL ^  et  conte- 

de  l'office  divin,  ^^  ^  ,  .  i       n    r/z  i  11^     r. 

appelé  dans     naut  les  répous   et  les  antiennes  de  lotlice,   laquelle   a 

R^pomortal.    retenu  le  nom  d' Antiphonaire.  Le  manuscrit  de  Saint-Gall, 

l'un  des  deux   sur  lesquels   le   B.  Tommasi  a  publié   le 

Prologue       Responsorial,  porte,  en  tête,  les  vers  suivants  à  la  louange 


en  vers  ,  .        z-^     /       • 

à  la  louange     de  saint  Grégoire  : 

de  saint  Grégoire 

en  tête  Hoc  quoque  Gregorius,  Patres  de  more  secutus, 

du  Responsomal  instauravit  opus;  auxit  et  in  melius. 

de  Samt-Gall.  ^     '  .  ,  , 

His  vigili  Clerus  mentem  conamme  subdat 


SUR   LA   LITURGIE    ROMAINE  l65 

Ordinibus,  pascens  hoc  sua  corda  favo.  i  partie 

Quem  pia  sollicitis  solertia  nisibus,  omni  chapitre  vu 

Scripturae  campo  legit  et  explicuit. 
Carmina  diversas  sunt  haec  celebranda  per  horas, 

Sollicitam  rectis  mentem  adhibete  sonis. 
Discite  verborum  légales  pergere  calles, 

Dulciaque  egregiis  jungite  dicta  Modis. 
Verborum  ne  cura  sonos,  ne  cura  sonorum 

Verborum  normas  nullificare  queat. 
Quicquid  honore  Dei  studiis  celebratur  honestis, 

Hoc  summis  jungit  mitia  corda  Choris. 

Pour  assurer  l'exécution  parfaite  des   chants  qu'il  avait      ,    ^^ole 

^  ^  _      ^  de  chantres 

recueillis  et  renouvelés  avec  tant  de  soin,   saint  Grégoire  établie  et  dotée 

établit  une  école  de  chantres  qui,  au  temps  de  Jean  Diacre,  saint  Grégoire. 

existait  encore.  Le  saint  Pape  l'avait  richement  dotée  et 

lui  avait  assigné  deux  maisons  dans  Rome,  l'une  sous  les 

degrés  de  la  basilique   de    Saint-Pierre,    l'autre   dans  le 

voisinage  du  palais  patriarcal  de  Latran.  «  On  conserve 

«  encore,  dans  cette  dernière,  ajoute  l'historien,  le  lit  sur 

«  lequel  il  se  reposait  en  faisant  répéter  les  modulations 

«  du  chant,  le  fouet  dont  il  menaçait  les  enfants  et  l'exem- 

«  plaire  authentique  de  l'Antiphonaire  (i).  »  Le  Collège 

des  chantres  établi  par  saint  Grégoire  a  traversé  les  siècles 

et  après  avoir   subi   diverses  modifications  et  obtenu  de 

grands  privilèges  du  Siège  apostolique,    il  existe  encore 

aujourd'hui  à  Rome;  il  fait  seul  le  service  du  chant  à  la 

chapelle  papale  et  dans  les  basiliques,  quand  le  souverain 

Pontife  y  célèbre  les  saints  mystères.  Conformément  aux 

usages  de  l'antiquité,  lorsque  les   chantres  de  la  chapelle 

papale  tiennent  le  chœur,  l'orgue   et  les  instruments  de 

musique  sont  interdits.    Quant  au  chant  grégorien,  pro- 

(i)  Scholam  quoque  cantorum,  quae  hactenus  eisdem  institutionibus  in 
sancta  Romana  ecclesia  modulatur,  constituit  :  eique  cum  nonnullis  prae- 
diis  duo  habitacula,  scilicet  alterum  sub  gradibus  basilicee  beati  Pétri 
Apostoli,  alterum  vero  sub  Lateranensis  patriarchii  domibus  fabricavit  : 
ubi  usque  hodie  lectus  ejus,  in  quo  recubans  modulabatur,  et  flagellum 
ipsius,  quo  pueris  minabatur,  veneratione  congrua  cum  authentico  Anti- 
phonario  reservatur.  (Joan.  Diac,  ibidem.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Saint  Grégoire 

permet 
à  saint  Augustin 

d'emprunter 

certains  usages 

aux  Églises 

des  Gaules 

pour 
les  appliquer 
à  l'Angleterre 

qu'il 
évangélisait. 


l66  PROGRES   DE    LA    LITURGIE    ROMAINE 

prement  dit,  nous  aurons  occasion  de  parler  en  divers 
endroits  de  ses  destinées  et  des  changements  et  altérations 
dont  il  a  été  l'objet. 

Nous  avons  vu,  par  la  lettre  de  saint  Grégoire  à  Jean 
de  Syracuse,  l'importance  que  mettait  ce  saint  Pape  à  voir 
adopter  la  Liturgie  romaine,  telle  qu'il  l'avait  réformée, 
par  les  Églises  qui  étaient  du  ressort  immédiat  du  Siège 
apostolique.  Mais  le  temps  n'était  pas  venu  encore  où  les 
Pontifes  romains  en  décréteraient  l'extension  aux  autres 
Églises  de  l'Occident.  La  volonté  positive  de  saint  Grégoire 
à  ce  sujet  paraîtévidemment  dans  un  passage  de  sa  réponse 
aux  difficultés  que  lui  avait  proposées  le  saint  moine 
Augustin,  apôtre  de  l'Angleterre.  Ce  dernier  l'ayant  con- 
sulté au  sujet  des  usages  qu'il  était  à  propos  de  suivre, 
dans  la  célébration  de  l'office  divin,  et  se  plaignant 
du  peu  d'accord  qu'il  y  avait  entre  les  rites  de  l'Eglise 
romaine  et  ceux  des  Églises  des  Gaules,  saint  Grégoire  lui 
répond  :  «  Votre  fraternité  connaît  la  coutume  de  l'Eglise 
«  romaine  dans  laquelle  elle  a  été  élevée  ;  mais  je  suis 
«  d'avis  que  si  vous  trouvez,  soit  dans  la  sainte  Eglise 
«  romaine,  soit  dans  celles  des  Gaules,  soit  dans  toute 
«  autre  Église,  quelque  chose  qui  puisse  être  plus 
«  agréable  au  Dieu  tout- puissant,  vous  le  choisissiez  avec 
«  soin,  établissant  ainsi,  par  une  institution  spéciale 
«  dans  l'Église  des  Anglais  qui  est  encore  nouvelle  dans  la 
«  foi,  les  coutumes  que  vous  aurez  recueillies  de  plusieurs 
«  Églises;  car  nous  ne  devons  pas  aimer  les  choses  a  cause 
«  des  lieux,  mais  les  lieux  à  cause  des  bonnes  choses  (i).  » 


(i)  IIL  Interrogatio  Augustini.  Cur,  cùm  una  fides,  sunt  ecclesiarum 
consuetudines  tam  diversae,  et  altéra  consuetudo  missarum  est  in  Romana 
ecclesia,  atque  altéra  in  Galliarum  ecclesiis  tenetur  ? 

Responsio  Gregorii  Papœ.  Novit  fraternitas  tua  Romanae  ecclesiae  con- 
suetudinem,  in  qua  se  meminit  enutritam,  Sed  mihi  placet  ut  sive  in 
sancta  Romana,  sive  in  Galliarum,  sive  in  qualibet  ecclesia,  aliquid  inve- 
nisti,  quod  plus  omnipotenti  Deo  possit  placere,  sollicite  eligas,  et  in  An- 
glorum  ecclesia,  quœ  adhuc  in  fide  nova  est,  institutione  praecipua  quae 


DANS   l'occident  I  67 

Nous  ensa^eons  le  lecteur  à    noter   ce  passage  remar-       i  partie 

w  «Il  CHAPITRE  VII 

quable,  comme  noXis  lui  avons  recommande  pareillement 

de  garder  le  souvenir  d'un  fameux  texte  de  saint  Cyprien, 
au  chapitre  ïv.  La  marche  de  cette  histoire  nous  mettra 
à  même  de  constater  les  applications  pratiques  qu'on  a 
prétendu  faire  de  l'un  et  de  l'autre,  dans  un  certain 
pays.  Ici,  nous  n'avons  qu'une  chose  à  faire  :  c'est 
d'enregistrer  le  fait  et  de  dire  sa  valeur  à  l'époque  à  laquelle 
il  s'est  passé. 

Nous  dirons  donc  qu'il  est  mis  hors  de  doute,  par  ledit       Fausses 

*     ,       .  .  ^  conclusions 

texte,  que  saint  Grégoire  ne  voulut  pas  astreindre  la  nou-         qu'on 
velle  Église  d'Angleterre  à  suivre    les  usages  de  l'Église        de  cette 

j  .V       ^   1    •  •    ^      j-       ^}^      '^  ^-        j  ^'  condescendance. 

romaine,  de  manière  a  lui  interdire  1  imitation  des  pratiques 
usitées  dans  les  Gaules,  ou  dans  tout  autre  pays';  nous 
ajouterons  même,  si  l'on  veut,  et  à  plus  forte  raison,  que 
notre  grand  Pape  n'entendit  pas  davantage  abroger  les 
coutumes  saintes  et  encore  existantes  de  l'antique  Église 
des  Bretons  qui  n'était  pas  absolument  éteinte  par  toute 
l'Angleterre,  à  l'époque  de  la  mission  de  saint  Augustin. 
Mais  nous  dirons  que  cette  permission  d'adopter  ainsi 
divers  usages,  donnée  postérieurement  par  saint  Grégoire 
à  ses  missionnaires,  ne  prouve  pas  qu'il  ne  les  eût  pas 
chargés,  en  partant,  des  livres  liturgiques  de  l'Église 
romaine,  pour  l'usage  de  leur  nouvelle  chrétienté.  Il 
ne  faut  pas  réfléchir  longtemps  pour  comprendre  que 
saint  Augustin  et  ses  compagnons  ne  durent  pas  attendre 
pour  célébrer  les  saints  mystères  et  les  offices  divins  d'avoir 
formé  un  prétendu  corps  de  Liturgie,  à  l'aide  de  tant  de 
matériaux  hétérogènes.  Quand  saint  Augustin  adressait  à 
saint  Grégoire  la  question  à  laquelle  ce  saint  Pape  fit  la 
réponse  que  nous  venons  de  citer,  lui  permettant  de 
puiser  des  usages  aux  diverses  sources  approuvées,  saint 

de  multis  ecclesiis  colligere  potuisti  infundas.  Non  enim  pro   locis  res 
sed  pro   bonis  rébus  loca  nobis  amanda  sunt.  (Labb.  ConciL,  tom,  V, 
pag.  i56*8.) 


l68  PROGRÈS   DE    LA   LITURGIE    ROMAINE 

INSTITUTIONS  '  Augustlii    SLYsàt    déjà    organisé   sa    nouvelle   chrétienté, 
-^^^^^ baptisé  un  grand  nombre  d'infidèles,  ordonné  des  prêtres 


et  même  des  évêques;  or,  suivant  quel  autre  rite  que 
celui  de  l'Église  romaine,  le  saint  Apôtre  avait-il  accompli 
toutes  ces  choses  ?  La  légèreté  de  certains  hommes  prévenus 
a  pu  seule  leur  faire  ici  prendre  le  change  ;  ils  y  ont  vu 
ce  qu'ils  y  voulaient  voir,  et  non  ce  qui  y  était  véritable- 
ment. En  outre,  une  étude  plus  patiente  des  monuments 
La  Liturgie     de  l'histoire  liturgique  de  l'Eglise  leur  eût   appris  que, 

a  toujSurs^été  soit  que  les  usages  dont   parle   saint   Grégoire  n'eussent 

de  iwîeterre.  rapport  qu'à  des  détails  de  peu  d'importance,  soit  que  les 
évêques  d'Angleterre  n'aient  pas  jugé  à  propos  de  profiter 
de  la  permission  que  leur  donnait  le  saint  Pape,  la  Litur- 
gie romaine,  épurée  à  sa  source,  a  seule  régné  dans  la 
Grande-Bretagne,  depuis  la  prédication  de  saint  Augustin 
jusqu'à  la  Réforme  du  seizième  siècle,  qui,  il  faut  l'avouer, 
n'a  montré  nulle  part  une  forte  prédilection  pour  la 
Liturgie  romaine. 

L'archichantre  Bède  rapporte,  en  effet,  que,  vers  l'an  676,  saint  Benoît 
saint  Pierre     Biscop,   illustre  abbé  d'Angleterre,    étant  allé  à  Rome, 

dans^ia^Gmnde-  obtint  du  pape  saint  Agathon  la  permission  d'emmener 
Bretagne  ^^^  dâTis  la  Grande-Bretagne,  Jean,   archichantre  de 

par  le   pape  07  7 

saint  Agathon,  l'égrlise  de  Saint-Pierre,  pour  enseigner  en  son  monastère 

a  la  prière  ^  ira 

du  saint  abbé   «  le  rite  annuel  (cursum  anmium)  observé  dans  l'église  de 

Benoît  Biscop,  .      ,      .  •       i  1    /     1 

^  pour  «  Saint- Pierre  de  Rome.   Jean,  qui    était  aussi  abbe  du 

V   résler  l'ordre 

annuel  «  monastère  de  Saint-Martin,  se  conforma  à  l'ordre  du 
de  Poffice^divin.  «  pontife  ;  c'est  pourquoi  il  apprit  aux  chantres  de  saint 
«  Benoît  Biscop  l'ordre  et  le  rite  de  chanter  et  de  lire  à 
«  haute  voix,  et  tout  ce  que  requérait  la  célébration  des 
«  jours  de  fête,  durant  tout  le  cours  de  l'année;  il  laissa 
«  tous  ces  détails  par  écrit,  et  on  les  garde  encore  dans  le 
«  même  monastère,  d'où  ils  ont  été  transcrits  pour  l'usage 
«  d'un  grand  nombre  d'autres  (i).  » 

(i)  Intererat  huic   synodo,   pariterque  catholicas  fidei  décréta  firmabat 
vir  venerabilis  Joannes,  archicantor  ecclesiee  sancti  Pétri,  et  abbas  monas- 


DANS   l'occident  169 

On  doit  se  rappeler  que  toutes  les  cathédrales  de  l'An- 
gleterre étaient  desservies  par  des  moines;  en]  sorte  que 
les  usages  liturgiques  de  ceux-ci  étaient  pour  ainsi  dire 
ceux  de  toutes  les  Eglises  de  ce  royaume.  Il  faut  remarquer 
aussi  que  le  service  demandé  par  saint  Benoît  Biscop  et 
accordé  par  l'archichantre  Jean,  consistait  principalement 
à  rétablir  les  traditions  du  chant  qui  se  perdent  ordinai- 
rement les  premières,  et  que  nous  ne  voyons  rien  dans 
Bède  qui  marque  que,  pour  la  lettre  liturgique  des  offices 
divins,  on  eût  jusqu'alors  fait  aucun  changement.  Depuis 
cette  époque,  on  ne  voit  aucune  trace  de  l'introduction 
des  livres  romains  en  Angleterre,  et  au  contraire  tous  les 
monuments  postérieurs,  sans  exception,  s'accordent  à 
nous  les  montrer  en  usage. 

Nous  nous  contenterons  de  citer  ici  en  preuve  de  ce  fait, 
le  treizième  canon  du  second  concile  de  Cloveshoe,  tenu 
en  747.    Voici   ce   qu'il    porte  :  «  Les  saintes  et  sacrées 


I   PARTIE 
CHAPITRE  VII 


Canon 

du  11^  concile 

de  Cloveshoe 

en  747 

ordonnant 

solennités  de  notre  Rédemption  seront  célébrées  suivant   M^tradfdo^n^^ 

liturgique 

de  l'Église 

romaine. 


«  la  règle  que  nous  tenons  par  écrit  de  l'Eglise  romaine, 


terii  beati  Martini,  qui  nuper  venerat  a  Roma  per  jussionem  papas  Aga- 
thonis,  duce  reverendissimo  abbate  Biscopo,  cognomine  Benedicto,  cujus 
supra  meminimus.  Cum  autem  idem  Benedictus  construxit  monasterium 
Britanniae,  in  honorem  beatissimi  Apostolorum  principis,  juxta  ostium 
fluminis  Vuyri,  venit  Romam  cum  cooperatore  ac  socio  ejusdem  operis 
Ceolfrido,  qui  post  ipsum  ejusdem  monasterii  abbas  fuit  (quod  et  ante 
sœpius  facere  consueverat)  atque  honorifice  a  beatae  mémorise  papa  Aga- 
thone  susceptus  est;  petiitque  et  accepit  ab  eo  in  munimentum  libertatis 
monasterii  quod  fecerat,  epistolam  privilegiis  ex  auctoritate  apostolica 
firmatam  juxta  quod  Ecgfridum  regem  voluisse  ac  licentiam  dédisse  no- 
verat;  quo  concedente  et  possessionem  terrae  largiente,  ipsum  monaste- 
rium fecerat;  accepit  et  praefatum  Joannem  abbatem.  in  Britanniam  per- 
ducendum,  quatenus  in  monasterio  suo  cursum  canendi  annuum,  sicut  ad 
sanctum  Petrum  Romae  agebatur,  edoceret.  Egitque  abbas  Joannes,  ut  jus- 
sionem acceperat  Pontiiicis,  et  ordinem  videlicet,  ritumque  canendi  ac 
legendi  viva  voce  praefati  monasterii  cantores  edocendo,  et  ea  quae  totius 
anni  circulus  in  celebratione  dierum  festorum  poscebat,  etiam  litteris 
mandando  :  quae  hactenus  in  eodem  monasterio  servata,  et  a  multis  jam 
sunt  circumquaque  transcripta.  (Bed.,  Hist.  eccles.,  lib.  IV,  cap.  xviii.) 


lyo  PROGRES   DE   LA   LITURGIE    ROMAINE 

INSTITUTIONS     «  daHS  tous  Ics  rites  qui  les  concernent,  soit  pour  l'office 

■ ■  «  du  baptême,  soit  pour   la  célébration  des  messes,  soit 

«  pour  la  manière  du  chant.   De  même,  pendant   tout  le 

«  cours  de  l'année,  les  fêtes  des  saints  seront  vénérées  à 

a  jours  fixes,  suivant  le  Martyrologe  de  la   même  Église 

«  romaine,  avec  la  psalmodie  et  le  chant  convenable  (i).  » 

Toutes  II  en  devait  nécessairement   arriver  ainsi,  dans  toutes 

nouveifement    ces  Églises  que  Rome  fondait  en   Occident,    depuis  celle 

par  le"  Pontifes  d'Angleterre,  par  saint  Augustin,  jusqu'à  celles  des  diverses 

recolverft       régions  germaniques  ou  slaves,  par  saint  Boniface,  saint 

nécessairement  Adalbert  et  tant  d'autres,  et  celles  des  royaumes  du  Nord, 

la  Liturgie  ... 

cie  par  saint  Anschaire,  saint   Rembert,    etc.    Ces  Apôtres, 

rEglise  mère,    ^     .  ,     ,    .     .  ,  ^.  ,  . 

en  vertu       moines  bénédictins,  envoyés  par  le  Siège  apostolique,  ne 

du    principe  .  i»  i-  i 

posé  par       pouvaient   porter   avec  eux  d  autres    livres  que  ceux  de 

saintinnocentler       '      .  •         j       ^  -i  •      ^  i  •      •  tvt 

lEglise  romaine  dont  us  recevaient  leur  mission.  Nous 
avons  vu  quel  droit  liturgique,  dès  l'an  400,  saint  Inno- 
cent P''  faisait  découler,  pour  le  Siège  apostolique,  du 
seul  fait  de  la  fondation  des  Églises  d'Italie,  des  Gaules, 
d'Espagne  et  d'Afrique,  par  saint  Pierre  et  ses  successeurs. 
Ce  principe  posé  dès  lors,  et  d'ailleurs  fondé  sur  la  nature 
des  choses  (la  fille  devant  parler  la  langue  de  sa  mère), 
devait,  un  jour,  développer  ses  conséquences,  et  en 
attendant  qu'il  amenât  la  destruction  totale  des  Liturgies 
gallicane  et  gothique,  déjà  il  obligeait  les  Pontifes  ro- 
mains à  ne  plus  souffrir  de  dissonances  dans  les  nouvelles 
Églises  qui  s'élevaient  avec  une  si  admirable  rapidité,  aux 
septième,  huitième,  neuvième  et  dixième  siècles.  L'unité 
grandissaittoujours,  en  proportion  de  la  charité.  Notre  asser- 

(i)  Tertio  decimo  definitur  decreto,  ut  uno  eodemque  modo  dominicae 
dispensationis  in  carne  sacrosanctae  festivitates,  in  omnibus  ad  eas  rite 
competentibus  rébus,  id  est  in  baptismi  officio,  inmissarum  celebratione, 
in  cantilena  modo  celebrentur,  juxta  exemplar  videlicet  quod  scriptum  de 
Romana  habemus  ecclesia.  Itemque  ut  per  gyrum  totius  anni  natalitia 
sanctorum  uno  eodemque  die,  juxta  martyrologium  ejusdem  Romanae 
ecclesiae,  cum  sua  sibi  convenienti  psalmodia  seu  cantilena  venerentur. 
(Concil.  Cloveshaviœ  //,  can.  xiii.  Labb.,  tom.  VI,  pag.  lôyy.) 


DANS   L  OCCIDENT  I7I 

tion  qui,  du  reste,  n'a  jamais  été  contestée  par  personne, 
se  prouve  d'elle-même  par  la  simple  inspection  des  annales 
ecclésiastiques  des  royaumes  que  nous  venons  d'énumérer; 
à  toutes  les  époques,  nous  y  trouvons  l'usage  de  la  Liturgie 
romaine,  et  nul  vestige  de  son  introduction  postérieure. 

En  outre,  nous  voyons  d'une  manière  positive  les 
Pontifes  romains  veiller  par  eux-mêmes  à  l'exécution  de 
leurs  volontés  en  cette  matière.  Vers  l'an  720,  saint 
Grégoire  II,  dans  un  capitulaire  adressé  à  l'évêque 
Martinien,  qu'il  envoyait  en  qualité  de  légat  visiter  les 
nouvelles  chrétientés  de  la  Bavière,  lui  recommande,  entre 
autres  choses,  de  s'informer  de  la  canonicité  de  l'ordi- 
nation des  prêtres  et  des  diacres,  de  voir  s'ils  sont  d'une 
foi  pure,  et  dans  le  cas  où  ils  seront  trouvés  réunir  ces 
conditions,  «  de*  leur  donner  pouvoir  de  sacrifier,  de 
«  servir  à  l'autel  et  de  psalmodier  suivant  la  forme  et 
«  tradition  de  la  sainte  Eglise  romaine  et  du  Siège  apos- 
«  tolique  (i).  »  De  plus,  le  Pape  ordonne  à  Martinien  de 
pourvoir  aux  besoins  des  Egliseset  de  veiller  à  ce  que  chaque 
prêtre  ou  ministre  «  observe  les  cérémonies  solennelles 
«  des  messes,  les  heures  des  offices  du  jour  et  de  la  nuit, 
«  les  leçons  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Testament;  le 
«  tout  suivant  la  tradition  du  Siège  apostolique  (2).  » 


I  PARTIE 
CHAPITRE  VII 


Saint  Grégoire II 

ordonne 

à  Févêque 

Martinien, 

son  légat 

en  Bavière, 

de  veiller 

au  maintien 

de  la  tradition 

romaine 

pour 

Fofnce  divin 

dans 

les  Eglises 

naissantes 

de  ce   pays. 


(i)  Ut  datis  nostris  scriptis,  ita  ut  cum  duce  provinciae  deliberetis,  qua- 
tenus  conventus  aggregetur  sacerdotum,  et  judicum,  atque  universorum 
gentis  ejusdem  primariorum,  et  ex  quaesitis  sacerdotibus,  atque  ministris, 
quorum  canonicam  approbaveritis  extitisse  promotionem,  ac  rectae  fidei 
tenere,  aut  recipere  rationem,  his  sacrificandi,  et  ministrandi,  sive  etiam 
psallendi  ex  figura,  et  traditione  sanctae  apostolicae,  et  Romanae  sedis 
ecclesiae  ordine  tradetis  potestatem.  {Capitulare  Gregorii  II,  Labb.  Concil., 
tom.  VI,  pag.  1452.) 

(2)  Ut  loca  singularum  Ecclesiarum  providentes,  quomodo  unusquisque 
sacerdos  seu  minister,  erga  ecclesiam  debeat  conservare,  vel  qualiter  sacra 
missarum  solemnia,  sive  cetera  diurnarum,  atque  nocturnarum  horarum 
officia,  sive  etiam  lectionem  sacrorum  novi  atque  Veteris  Testamenti  ordi- 
nabilia  praedicamenta  studeat  observare,  secundum  traditum  apostolicae 
Sedis  antiquitatis  ordinem  disponatis.  [Ibidem.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Sévère 

jugement 

du  pape 

saint  Zacnarie 

relativement 

à  certains 

usages 
liturgiques 
particuliers 
aux  églises 
de  France. 


La  vigilance 

du  Siège 

apostolique 

n'allait  pas 

jusqu'à  interdire 

aux  églises 

d'Allemagne 

quelques 

variantes 

qui  n'altéraient 

pas  la  pureté 

des  usages 

romains. 


172  PROGRÈS   DE   LA   LITURGIE    ROMAINE 

Le  graiid  Apôtre  de  TAllemagne,  saint  Boniface,  ayant 
consulté  le  pape  saint  Zacharie  au  sujet  de  certaines  béné- 
dictions que  donnaient  les  évêques  de  France  et  qui  ne 
se  trouvaient  point  dans  l'ordre  de  la  Liturgie  romaine, 
le  Pontife  lui  répond  en  ces  termes  :  «  Quant  aux  béné- 
«  dictions  en  usage  chez  les  Français,  vous  savez  qu'elles 
«  sont  répréhensibles  de  diverses  manières;  car  ce  n'est 
«  point  d'après  la  tradition  apostolique  qu'ils  agissent 
«  ainsi,  mais  par  vaine  gloire,  se  préparant  leur  propre 
«  condamnation,  puisqu'il  est  écrit  :  Sï  quelqu'un  vous 
«  évangélise  autrement  quil  na  été  évangélisé,  quil  soit 
«  anathème  !  Vous  avez  reçu  la  règle  de  la  tradition 
«  catholique,  frère  très-chéri  ;  prêchez-la  à  tous  ;  ensei- 
«  gnez  à  tout  le  monde  ce  que  vous  avez  reçu  de  la 
«  sainte  Eglise  romaine  dont  Dieu  nous  a  fait  le  ser- 
«  viteur  (i).  » 

Cette  sévérité  du  Siège  apostolique  à  l'égard  de  l'Église 
de  France,  à  une  époque  où  elle  ne  se  trouvait  souillée 
d'aucune  erreur,  montre  le  grand  désir  des  Pontifes 
romains  de  voir  régner  l'unité  liturgique  et  présage  la 
destruction  prochaine  de  la  Liturgie  gallicane;  mais  en 
même  temps  elle  fait  voir  avec  quelle  sollicitude  Rome 
veillait  à  la  pureté  des  usages  romains  dans  les  églises 
d'Allemagne.  Toutefois,  cette  sollicitude  n'empêcha  pas 
qu'il  ne  se  glissât,  comme  il  arrive  toujours,  certaines 
variantes  de  peu  d'importance  dans  la  Liturgie  observée 
dans  ces  vastes  contrées.  Le  docte  Gerbert,  abbé  de  Saint- 
Biaise,  en  la  Forêt-Noire,  a  donné  un  excellent  ouvrage 


(i)  Pro  benedictionibus  autem  quas  faciunt  Galli,  ut  nosti,  frater,  mul- 
tis  vitiis  variantur.  Nam  non  ex  apostolica  traditione  hoc  faciunt,  sed  per 
vanam  gloriam  hoc  operantur,  sibi  ipsis  damnationem  adhibentes,  dum 
scriptum  est  :  Si  quis  vobis  evangeli^averit  prœter  id  qiiod  evangeliiatum 
est,  anathema  sit.  Regulam  catholicae  traditionis  suscepisti,  frater  aman- 
tissime  :  sic  omnibus  praedica,  omnesque  doce,  sicut  a  sancta  Romana,  cui 
Deo  auctore  deservimus,  accepisti  ecclesia.  {Zachariœ  Papœ  Epist.  XII, 
Apiid  Labb.,  tom.  VI,  pag.  i526.) 


DANS  l'occident  lyS 

sous    le    titre  de  :  Liturgia    Alemannica,    dans    lequel       i  partie 

CAAPITRE  VII 

il  décrit  en  détail  la  manière  dont  on  gardait  dans  les 

diverses  églises  de  la  Germanie  la  Liturgie  romaine. 
On  voit  que  les  usages  particuliers  de  ce  pays  ne 
dérogeaient  en  rien  à  l'unité  liturgique  qui,  du  moins, 
chez  les  catholiques ,  n'a  jamais  été  brisée  en  Alle- 
magne. 

Avant   de  donner  la   liste   des    auteurs   liturgistes  de       Le  Liber 

, , ,  .  , .  .    .  -  diurnus 

lepoque  qui  nous  occupe,  nous  dirons  ici  quelques  mots  Romanorum 
d'un  précieux  monument  de  l'antiquité  ecclésiastique  dont  monument 
l'étude  est  nécessaire  à  quiconque  veut  posséder  en  leur  poif/îa^sdence 
entier  les  sources  de  la  science  liturgique.  Ce  livre  est  liturgique, 
connu  sous  le  nom  de  Liber  diurnus  Romanorum  Ponti- 
Jicum.  L'histoire  de  sa  publication  tentée  plusieurs  fois 
et  enfin  accomplie  en  1680,  par  le  P.  Garnier,  jésuite, 
est  longue  et  curieuse;  mais  elle  nous  entraînerait  trop 
loin  de  notre  sujet.  Nous  dirons  donc  seulement  que  le 
Liber  diurnus  est  un  recueil  des  formules  dont  les  Papes 
se  servaient  durant  les  sixième,  septième  et  huitième 
siècles,  et  dans  lequel  on  trouve  les  rites  de  leur  ordi- 
nation, et  de  celles  des  évêques  d'Italie  qui  étaient  obligés 
de  venir  recevoir  é.  Rome  la  consécration  épiscopale,  les 
professions  de  foi,  les  privilèges,  les  mandats,  les  conces- 
sions et  autres  actes  semblables.  Le  recueil  est  divisé  en 
sept  chapitres,  subdivisés  eux-mêmes  en  plusieurs  articles. 
Le  premier  chapitre  contient  des  formules  de  lettres  aux 
princes  et  autres  personnes  séculières  ;  aux  patriarches, 
archevêques,  évêques,  prêtres,  diacres,  primiciers, 
secondiciers.  On  trouve,  dans  le  second,  les  formules  de 
toutes  les  lettres  et  de  tous  les  actes  qui  précédaient  et 
suivaient  l'élection  du  Pape.  Le  troisième  chapitre  com- 
prend les  formules  des  lettres,  des  rites  et  des  actes  qui 
étaient  d'usage  dans  l'ordination  des  évêques  consacrés 
à  Rome.  Entre  autres  promesses  que  faisait  avec  serment 
le  nouvel  évêque,  on  remarque  celle  de  célébrer  toujours 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Les  Ordres 

romains, 

les  plus 

importants 

des  écrits 

liturgiques 

de  cette  époque. 


Les  Hymnes 

saint  Grégoire 
le  Grand. 


174  AUTEURS   LITURGISTES 

les  divins  offices  suivant  le  rite  romain  (i).  Dom  Mabillon 
attribue  cette  injonction  à  saint  Grégoire  le  Grand  (2).  Le 
quatrième  chapitre  regarde  l'usage  du  Pallium,  et  en  consé- 
quence, il  a  un  rapport  direct  avec  la  Liturgie,  ainsi  que  le 
cinquième  qui  contient  les  formules  de  rescrits,  ou  mandats 
pour  l'ordination  d'un  prêtre,  la  dédicace  d'un  oratoire, 
la  consécration  d'une  église,  d'un  baptistère,  d'un  autel; 
pour  la  concession  des  reliques  des  saints,  pour  les 
lever  de  terre  et  les  renfermer  dans  des  châsses,  etc.  Le 
sixième  chapitre  renferme  principalement  les  formules  de 
lettres  et  de  commissions  pour  ceux  qui  étaient  chargés 
de  la  régie  du  patrimoine  des  Églises,  ou  des  affaires  qui 
regardaient  le  Siège  apostolique.  Le  septième  enfin  con- 
tient le  formulaire  des  privilèges  accordés  aux  monastères, 
aux  diaconies  et  aux  hospices. 

En  tête  des  écrits  et  compositions  des  septième  et  hui- 
tième siècles  sur  la  matière  de  la  Liturgie,  nous  plaçons 
tout  d'abord  ceux  des  Ordres  romains  qui  se  rapportent 
à  cette  période.  On  sait,  sans  doute,  que  les  Ordres 
romains  sont  des  écrits  plus  ou  moins  étendus  renfer- 
mant le  détail  des  cérémonies  de  la  messe  papale,  de 
l'administration  des  sacrements,  etc.  Mais  comme  nous 
devons  faire  ailleurs  l'énumération  raisonnée  de  tous  les 
monuments  de  ce  genre,  nous  n'en  dirons  rien  dans  cet 
endroit,  et  nous  passerons  incontinent  à  la  liste  des  litur- 
gistes  de  l'époque  que  nous  décrivons. 

(604).  Nous  avons  encore  un  mot  à  dire  sur  les  travaux 
liturgiques  de  saint  Grégoire  :  il  nous  reste  à  parler  de 
ses  Hymnes.  D.  Denys  de  Sainte-Marthe  lui  donne  les 
suivantes  qui  sont  presque  toutes  au  Bréviaire  romain  : 
Primo  dierum  omnium,  Nocte  surventes,  vigilemus 
omnes.     Ecce     jam    noctis      tenuatur     umbra.     Lucis 


(i)  Liber  diurnus,  cap.  III,  tit.  vu. 
(2)  Musxum  Italicum,  tom.  I,  p.  106. 


DES   SEPTIÈME    ET   HUITIEME   SIECLES  l']b 

Creator  optime.  Clarum  decus  jejunii.  Audi,  bénigne 
conditor.  Magno  salutis  gaudio.  Rex,  Christe,  factor 
omnium. 

(608).  Cyriaque,  évêque  de  Nisibe,  hérétique  nestorien, 
écrivit  une  Exposition  des  Mystères,  et  un  traité  de  la 
Nativité  et  de  l'Epiphanie. 

(609).  Conantius,  évêque  de  Palentia,  composa  de 
nouvelles  hymnes  pour  l'office  gothique,  et  y  adapta  des 
modulations  musicales.  Il  rédigea  pareillement  des  oraisons 
sur  tous  les  psaumes. 

(61 5).  Jean,  d'abord  moine,  ensuite  évêqiie  de  Sara- 
gosse,  composa  aussi,  pour  la  Liturgie  gothique,  plusieurs 
prières  remarquables  par  le  style  et  l'harmonie. 

(617).  Jean,  évêque  de  Bostres,  en  Arabie,  hérétique 
monophysite,  est  auteur  d'une  Anaphore^  traduite  en 
latin  par  Renaudot. 

(620).  Jean  Mosch,  moine  de  Palestine,  dans  son  fameux 
livre  intitulé  le  Pré  Spirituel,  présente  une  foule  de 
particularités  curieuses  qui  ont  trait  à  la  Liturgie  de  son 
temps,  et  en  particulier  l'histoire  des  enfants  d'Apamée. 
-  (620).  Saint  Protadius,  évêque  de  Besançon,  n'est 
connu,  sous  le  rapport  de  ses  travaux  liturgiques,  que 
par  ce  que  nous  en  apprend  l'auteur  anonyme  de  sa  vie. 
Il  dit  que  les  clercs  des  églises  de  Besançon  étant  souvent 
en  difficulté  au  sujet  des  cérémonies  qu^ils  devaient  obser- 
ver, saint  Protadius  fit  un  livre  en  forme  de  rituel,  dans 
lequel  il  prescrivit  de  quelle  manière  on  devait  se 
comporter  dans  l'assemblée  des  Frères;  ce  que  l'église 
devait  pratiquer  ou  éviter;  combien  il  devait  y  avoir  de 
ministres  à  l'autel,  dans  les  fêtes  solennelles;  quel  temps 
on  devait  prendre  pour  les  processions  publiques,  et  les 
lieux  où  elles  devaient  se  diriger;  quel  jour  les  Congré- 
gations de  la  ville  devaient  se  rendre  à  la  mère  église; 
enfin,  ce  qu'il  fallait  pratiquer  dans  l'église,  chaque  jour 
de  l'année. 


I    PARTIE 
CHAPITRE   VII 


Cyriaque, 

évêc^ue 
de  Nisibe. 


Conantius, 

évêque 
de  Palentia. 


Jean, 

évêque 

de  Saragosse. 


Jean, 

évêque 

de  Bostres. 


Jean  Mosch. 


Saint  Protadius, 

évêque 

de  Besancon. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 

Saint  Donat, 

évêque 
de  Besancon. 


Saint  Maxime, 

abbé 
de  Chrysopolis. 


Eugène  II, 

évêque 
de  Tolède. 


Jacques 

le 

Commentateur, 

évêque 

d'Édesse. 


Jésuiab 

d'Adiabène, 

patriarche 

des  nestoriens. 


Saint 
Ildephonse, 

évêque 
de  Tolède. 


176  AUTEURS   LITURGISTES 

(626).  Saint  Donat,  évêque  de  Besançon,  a  composé 
une  règle  célèbre,  pour  des  religieuses,  dans  laquelle  on 
on  trouve  de  nombreuses  et  importantes  particularités 
sur  l'office  divin. 

(645).  Saint  Maxime,  abbé  de  Chrysopolis,  le  vengeur  ^ 
de  l'orthodoxie  contre  les  monothélites ,  mérite  aussi 
d'être  compté  parmi  les  liturgistes,  pour  son  excellente 
Mystagogie  ou  Exposition  de  la  Liturgie,  et  encore 
pour  son  précieux  commentaire  de  la  Hiérarchie  ecclé- 
siastique de  saint  Denys  l'Aréopagite. 

(646).  Eugène  II,  évêque  de  Tolède,  suivant  ce  que 
dit  saint  Ildephonse,  corrigea  les  livres  de  l'Eglise  gothi- 
que, sous  le  rapport  du  chant.  Le  B.  Tommasi  lui  donne, 
d'accord  avec  Alcuin,  l'hymne  :  Rex  Deus  immensi  quo 
constat  machina  mundi. 

(65 1).  Jacques  dit  le  Commentateur,  de  la  nature  de  ses 
travaux,  fut  évêque  d'Édesse.  Il  est  honoré  comme  saint 
et  docteur  orthodoxe  par  les  Maronites.  Entre  autres 
compositions  liturgiques,  il  est  auteur  d'une  Anaphore 
en  l'honneur  de  saint  Jacques,  apôtre,  et  d'une  autre 
insérée  au  recueil  de  Renaudot.  Il  a  donné  aussi  un 
Ordre  du  saint  Baptême^  qui  se  trouve  dans  plusieurs  des 
rituels  orientaux;  une  Lettre  à  Thomas,  prêtre,  dans 
laquelle  est  décrite  la  messe  des  Syriens;  une  autre  lettre 
à  Jean  le  Stylite,  sur  la  bénédiction  de  l'eau;  une  autre 
à  Adée,  prêtre,  sur  divers  rites  ecclésiastiques;  dix  hymnes 
pour  la  fête  des  Palmes;  une  autre  en  l'honneur  de  la.- 
sainte  Vierge  Marie,  etc.  I 

(65 1).  Jésuiab  d'Adiabène,    patriarche  des   nestoriens," 
mit  en  ordre  V office  pour  le  cercle  de  Vannée ,  dit  Amro, 
cité  par  Zaccaria.  Il  régla  aussi  l'ordre   du   baptême,  de 
la  pénitence,  des  ordinations,  et  de  la  Dédicace  de  l'Église. 
Il  composa  en  outre  des  hymnes  nombreuses. 

(657).  Saint  Ildephonse',  moine  et  ensuite  évêque  de 
Tolède,  l'une  des    plus    brillantes    lumières    de  l'Église 


DU   Vil®  ET  DU   VIII''   SIECLE  I77 

gothique  d'Espasne,  a  laissé  un  opuscule  excellent  sur  les       i  partie 

o  l  1       C»         7  X  CHAPITRE   VU 

cérémonies  du  Baptême.  Il  composa  en  outre  deux  Messes 

d'un  chant  merveilleux,  en  l'honneur  de  saint  Corne  et 
de  saint  Damien. 

(661).  George,  appelé  aussi  Grégoire,  évêque  de  Syra-  George,  évêque 
cuse,  a  composé  des  Tropes  en  l'honneur  de  la  Nativité 
de  Notre-Seigneur  et  de  son  Epiphanie. 

(668).  Théodore,  moine,  et  plus    tard    archevêque  de      Théodore, 

„  ,   ,  ^  .  ,    ,  .   j     archevêque  de 

Gantorbery,  est  connu  par  son  fameux  Livre  penitenUely     Cantorbéry. 
qui  donne  une  idée  de  l'administration  du  sacrement  de 
Pénitence  au  vii^  siècle,  dans  l'Église  latine. 

(675).  Saint  Julien,  successeur  de  saint  Ildephonse  sur    Saint  Julien, 
le  siège  de  Tolède,  outre  les  hymnes    qu'il   a  composées,  ^^^Tofède! 
rédigea  un  livre  des  Messes  pour  toute  l'année,  corrigeant 
les  anciennes  et  en  ajoutant  de  nouvelles. 

(682).  Saint  Léon  II,  pape,  est  appelé,  dans  le  Liber  g^^j^^  l^^^^  u 
pontificalis,  vir  éloquent issirnus,  cantilena  ac  psalmodia  p^p^  célèbre 
prœcipuuSf  et    in   earum    sensibus  subtilissima    exerci^      du  chant 

"*.-'.  ,  ecclésiastique. 

tatione  elimatus.  Platine  vante  aussi  l'habileté  de  ce  Pape 
dans  la  musique,  et  dit  qu'il  régla  la  psalmodie  et  réforma 
le  chant  des  hymnes.  L'abbé  Lebeuf  ne  fait  pas  de  diffi- 
culté de  lui  attribuer  une  certaine  part  au  Livre  Respon- 
sorial,  dont  le  fond  appartient  à  saint  Grégoire. 

(685).  Jean  Maron,  premier    patriarche  des  Maronites,    Jean  Maron, 
qui  tirent  de  lui  leur  nom,  est  auteur  d'une  Anaphore  et  patrUrdie^des 
d'un  livre  du  Sacerdoce.  Maronites. 

(691).  Johannicius  de  Ravenne,  mit  en  ordre  les  Livres    johannicius 
sacrés,  les  Antiennes   et  tous  les    rites  de  V Église    de    ^^  R^^enne. 
Ravenne;  c'est  ce  que  rapporte  Zaccaria,  d'après  de  Rubeis 
et  Ginanni. 

(700).   Ecbert,  Suédois,  moine  de  Lindisfarne,  écrivit  Ecbert,  moine 

un  livre  de  Ritibus  catholicorum,  de  Lindisfarne. 

(700).  Saint  Adelme,  abbé  de  Malmesbury,  et  ensuite  Saint  Adeime, 
évêque  de  Schirburn,  se    distingua,   dit   l'abbé  Lebeuf,   de  sJh?rburn. 
par  son  aptitude  à  composer  le  chant  ecclésiastique. 
T.  I  12 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Bède 
le  vénérable. 


Accâ,  moine 
anglais. 

Saint  André, 

archevêque 

de  Crète. 


Babaeus, 
hérétique 
nestorien. 


Cosme,  évêque 
de  Maiuma. 


Saint  Jean 
Damascène. 


Saint 
,  Çhrodegang, 
eveque  de  Metz, 


lyS  AUTEURS   LITURGÎSTES 

{701).  Le  vénérable  Bède,  moine  anglais,  est  auteur 
du  Martyrologe  qui  porte  son  nom,  et  de  plusieurs 
hymnes.  Le  B.  Tomiiiasi  lui  attribue  les  suivantes  : 
H/înmim  canentes  Martyrum^  pour  la  fête  des  Saints 
Innocents  ;  Hfmnum  canamus  gloriœ^  pour  l'Ascension  ; 
Emitte^  Christe^  Spiritus,  pour  la  Pentecôte;  Prœcursor 
altus  lumïnis,  pour  la  Nativité  de  saint  Jean-Baptiste;  et 
Prœcessor  almiis  gratice^  pour  sa  Décollation;  Aposto- 
lorum  glorïam,  pour  la  fête  des  saints  Apôtres  Pierre  et 
Paul;  Adesto,  Christe,  vocibus,  pour  la  Nativité  de  la 
sainte  Vierge,  Niinc  Andreœ  soîemnia,  pour  la  fête  de 
saint  André  ;  Hjmnum  dicat  turhafratrum,  pour  l'Office 
de  la  Nuit  ;  Primo  Deus  cœli  globum,  sur  l'œuvre  des  six 
jours. 

(705).  Acca,  moine  anglais,  ami  du  vénérable  Bède, 
écrivit  un  livre  des  Offices  ecclésiastiques, 

(710).  Saint  André,  archevêque  de  Crète,  est  auteur 
d'un  grand  nombre  d'hymnes  sur  diverses  fêtes  de 
l'année,  sur  la  sainte  Vierge  Marie  et  sur  plusieurs  autres 
saints. 

(720).  Babaeus,  hérétique  nestorien,  érigea  des  écoles 
de  musique  sacrée  dans  la  province  d'Adiabène,  et 
composa  diverses  bénédictions  et  des  hymnes. 

(730).  Cosme,  d'abord  moine,  puis  évêque  de  Maiuma 
en  Palestine,  fut  le  maître  de  saint  Jean  Damascène.  Il 
est  auteur  de  plusieurs  hymnes  qui  se  chantent  dans  les 
offices  de  l'Église  grecque. 

(730).  Saint  Jean  Damascène  a  composé  aussi  diverses 
hymnes  sacrées  que  l'on  trouve  dans  ses  œuvres,  et  dont 
plusieurs  font  partie  de  la  Liturgie  grecque. 

(742).  Saint  Çhrodegang,  évêque  de  Metz,  dans  sa 
règle  pour  les  Chanoines,  a  renfermé  un  grand  nombre 
de  particularités  précieuses  pour  la  connaissance  de  la 
Liturgie  de  son  temps. 

(750).  Zaccaria  place  vers  cette  année  TAnonyme  auquel 


DU   VII®   ET  DU   VIII®   SIÈCLE  179 

nous  devons  l'Exposition  de  la  Messe  romaine^  insérée 
par  Dom  Martène,  au  tome  premier  de  son  grand  ouvrage 
de  Antiquis  Ecclesiœ  ritibus. 

(760).  Théodose,  évêque  de  Syracuse,  composa  des 
hymnes  destinées  à  être  chantées  à  l'office  des  Vêpres,  les 
jours  de  jeûne. 

(760).  Florus,  moine  de  Saint-Tron,  fit  des  additions 
importantes  au  Martyrologe  de  Bède. 

(768).  Charlemagne  fut  zélé  pour  la  Liturgie.  Nous 
verrons  bientôt  les  mesures  qu'il  prit  à  l'effet  de  procurer 
l'unité  des  formes  du  culte  dans  toute  l'étendue  de  son 
vaste  empire.  Il  est  auteur  de  l'hymne  Veni,  Creator 
Spiritus  (i);  d'un  livre  à  Alcuin,  de  Sacrijïcio  Missce  et 
ratione  Ritiiiim  Ecclesiœ;  d'une  lettre  circulaire,  de 
Baptismo  ejusque  ritibus,  adressée  à  Odilbert,  archevêque 
de  Milan. 
É  (770).  Saint  Sturmius,  premier  abbé  de  Fulde,  publia 
un  opuscule  sous  ce  titre  :  Or  do  Officii  in  domo,  seu 
Ecclesia  Frisingensi,  ante  Pascha.  . 

(770).  Grégoire  de  Systre,  hérétique  nestorien,  écrivit 
sur  les  raisons  des  fêtes,  et  un  cantique  qui  commence 
ainsi  :  Estote  parati. 

(773).  Cyprien,  métropolitain  de  Nisibe,  composa  un 
Ordre  de  Vimposition  des  mains. 

(774).  Paul,  diacre  d'Aquilée,  moine  du  Mont-Cassin, 
historien  remarquable,  est  auteur  de  l'hymne  de  Saint 
Jean  :  Ut  qiieant  Iaxis.  Il  rédigea  aussi  un  Homiliaire, 
ou  recueil  d'Homélies  des  Saints  Pères,  pour  être  lues 
dans  les  Offices  de  l'Église.  Vers  le  même  temps,  on 
trouve  un  autre  Homiliaire  composé  par  Alain,  moine 
de  Farfa. 

(776).  Saint  Paulin,  patriarche  d'Aquilée,  a  composé 
sept  hymnes  en  grands   ïambiques,    parmi  lesquels   le 


I    PARTIE 
CHAPITRE  VII 

L'auteur 

anonyme  de 

V Exposition  de 

la  Messe 

romaine. 

Théodose, 
évêque  de 
Syracuse. 

Florus^  moine 
de  Saint-Tron. 

Charlemagne. 


Saint  Sturmius, 
abbé  de  Fulde. 


Grégoire 
de  Systre. 


Cyprien,  ^ 
métropolitain 

de  Nisibe. 

Paul,  diacre, 

moine  du 
Mont-Cassin. 


Saint  Paulin, 
patriarche 
d'Aquilée. 


(i)  Acta  SS.  Apriîis.  Tom.  I.  In  VitaB.  Notken  BalbulL 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Alcuin. 


Cyriaque, 

patriarche 

d'Antioche. 


Théodulphe, 

évêque 

d'Orléans. 


Leidrade, 

archevêque  de 

Lyon. 


Jessé,  évêque 
d'Anaiens. 


Magnus, 

archevêque 

de  Sens. 


Conclusions. 


l8o  AUTEURS   LITURGISTES 

B.  Tommasi  et  Madrisius,  éditeur  de  saint  Paulin, 
comptent  celle  de  la  fête  de  saint  Pierre  et  saint  Paul, 
l'une  des  deux  attribuées  à  Elpis,  femme  de  Boëce  : 
Félix  per  omnes  festum  mundi  cardines. 

(780).  Alcuin,  moine  anglais,  a  été  très-célèbre  parmi 
les  liturgistes  de  son  temps.  On  lui  a  longtemps  attribué 
un  Sacramentaire,  un  Homiliaire,  et  surtout  le  livre  de 
Divifiis  Officiis,  qui  est  une  exposition  de  VOrdre 
romain,  composée  après  l'an  1000  ;  mais  il  est  certaine- 
ment auteur  des  ouvrages  suivants  :  Liber  Sacramen-- 
torum  ;  Officia  per  ferias;  de  Ratione  Septuagesimœ, 
Sexagesimœ  et  Quinquagesimœ^  Epistola  ad  Ethelar^ 
dum  ;\de  Psalmorum  usu;  à  quoi  il  faut  ajouter  une  autre 
Epître  au  prêtre  Oduin,  de  Baptismi  cœremoniis. 

(793).  Cyriaque,  patriarche  d'Antioche,  semble  avoir 
composé  une  Liturgie  chaldaïque,  bien  que  cette  question 
ne  soit  pas  sans  difficulté  entre  les  savants  dont  Zaccaria, 
rapporte  les  avis. 

(794).  Théodulphe,  évêque  d'Orléans,  outre  un  livre 
de  Ordine  et  Oratione  ritmim  Baptismi,  composa,  pen- 
dant sa  détention  à  Angers,  la  fameuse  hymne  du  Diman- 
che des  Rameaux  :  Gloria,  laus  et  honor. 

(798).  Leidrade,  archevêque  de  Lyon,  adressa  à  Charle- 
magne  un  livre  sur  le  Sacrement  du  Baptême,    et  une, 
Epitre  au  même,  sur  le  même  sujet. 

(799).  Jessé,  évêque  d'Amiens,  écrivit  une  lettre  à  son 
clergé  et  à  son  peuple,  sur  l'explication  des  rites  observés 
par  l'Eglise,  dans  le  Baptême. 

Enfin,  vers  l'an  ,800,  Magnus,  archevêque  de  Sens,j 
composa,  par  ordre  de  Charlemagne,  un  opuscule,  de\ 
Mysterio  Baptismatis,  inséré,  par  Dom  Martène,  dans] 
le  premier  volume  de  ses  Rites  ecclésiastiques. 

Nous  conclurons  ce  chapitre  par  les  observations  sui-^ 
vantes  : 

Durant    les  vu®  et  viii^  siècles,  la   Liturgie  suivit  le 


DU   VII®   ET  DU   VIII^   SIECLE  l8l 

même  mouvement  de   perfectionnement  qui  lui  avait  été       i  partie 

CHAPITRE  VII 

imprimé  dès  le  iv®  et  le  v®  ;  

Tous  les  grands  docteurs,  les  grands  évêques,  les  grands 
abbés,  furent  liturgistes  ;  les  hérétiques  continuèrent,  en 
Orient,  à  souiller  de  leurs  mains  impures  les  livres  des 
prières  sacrées; 

Le  Siège  apostolique,  sans  déclarer  encore  l'intention 
d'unir  tout  le  patriarcat  d'Occident  sous  la  loi  d'une 
même  Liturgie,  exigea  des  évêques  d'Italie  le  serment 
de  garder  les  usages  de  l'Eglise  romaine,  et  n'en  permit 
pas  d'autres  aux  nouvelles  églises  que  ses  [apôtres  établis- 
saient dans  une  partie  de  l'Europe  ; 

Enfin,  les  travaux  de  saint  Grégoire  sur  les  divins 
Offices,  la  correction  de  l'Antiphonaire  ;  en  un  mot,  tous 
les  perfectionnements  que  ce  grand  Pape  et  ses  successeurs 
introduisirent  dans  la  Liturgie  romaine,  la  rendirent  de 
plus  en  plus  digne  du  respect  et  de  l'admiration  des 
Eglises  d'Occident,  qui  la  vénèrent  et  la  pratiquent  encore, 
excepté  l'Eglise  de  Milan,  qu'une  possession  non  inter- 
rompue autorise  à  conserver  une  Liturgie  vénérable  par 
son  origine  pure,  et  quelques  autres  qui  dans  des  jours 
mauvais  se  sont  séparées  de  l'harmonieux  concert  établi 
dans  tout  le  monde  latin  par  l'unité  liturgique. 


iSt,  travaux  de  saint  GRÉGOIRE  LE  GRAND 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


NOTES  DU  CHAPITRE  VII 


NOTE  A 

Veniens  quidam  de  Sicilia  mihi  dixit,  quod  aliqui  amici  ejus,  vel  Graeci 
vel  Latini,  nescio,  quasi  sub  zelo  sanctae  Romanae  Ecclesiae  de  meis  dispo- 
sitionibus  murmurarent,  dicentes:  Quoniam  Ecclesiam  Constantinopoli- 
tanam.  disponit  comprimere,  qui  ejus  consuetudines  per  omnia  sequitur. 
Qui  cum  dicerem  :  Quas  consuetudines  sequimur  ?  respondit  :  Quia 
alléluia  dici  ad  missas  extra  Pentecostes  tempora  fecistis;  quia  subdia- 
çonos  spoliatos  procedere;  quia  Kyrie  eleison  dici;  quia  orationem  Domi- 
nicam  mox  post  canonem  dici  statuistis.  Cui  ego  respondi:  Quia  in  nullo 
eorum  aliam  Ecclesiam  secuti  sumus.  Nam  ut  alléluia  hic  diceretur,  de 
Hierosolymorum  Ecclesia,  ex  beati  Hieronymi  traditione,  tempore  beatae 
memoriae  Damasi  Papae,  traditur  tractum:  et  ideo  magis  in  hac  sede 
iilam  consuetudinem  amputavimus,  quae  hic  a  Graecis  fuerat  tradita.  Sub- 
diaconos  autem  ut  spoliatos  procedere  facerem,  antiqua  consuetudo  Eccle- 
siae fuit.  Sed  quia  placuit  cuidam  nostro  Pontifici,  nescio  cui,  qui  eos 
vestitos  procedere  praecepit.  Nam  vestrae  Ecclesiae  numquid  traditionem 
a  Graecis  acceperunt?  Unde  habent  ergo  hodie,  ut  subdiaconi  lineis  in 
tunicis  procédant,  nisi  quia  hoc  a  matre  sua  RomanaEcclesia  perceperunt? 
Kyrie  eleison  ^utcm.  nos  neque  diximus  neque  dicimus,  sicut  a  Graecis  dici- 
tur  :  quia  in  Graecis  simul  omnes  dicunt;  apud  nos  autem  aclericisdicitur, 
et  a  populo  respondetur,  et  totidem  vicibus  etiam  Christe  eleison  dicitur, 
quod  apud  Graecos  nullo  modo  dicitur.  In  quotidianis  autem  Missis  alia 
quae  dici  soient  tacemus,  tantummodo  Kyrie  eleison  et  Christe  eleison 
dicimus,  ut  in  his  deprecatiônis  vocibus  paulo  diutius  occupemur.  Oratio- 
nem vero  Dominicam  idcirco  mox  post  precem  dicimus,  quia  mos  apos- 
tolorum  fuit,  ut  ad  ipsam  solummodo  orationem  oblationis  hostiam  con- 
secrarent:  et  valde  mihi  inconveniens  visum  est,  ut  precem  quam  Scho- 
lasticus  composuerat,  super  oblationem  diceremus,  et  ipsam  traditionem 
quam  Redemptor  noster  composuit,  super  ejus  corpus  et  sanguinem  tace- 
remus.  Sed  et  Dominica  oratio  apud  Graecos  ab  omni  populo  dicitur,  apud 
nosveroasolosacerdote.InquoergoGraecorum  consuetudines  secuti  sumus, 
qui  aut  veteres  nostras  reparavimus,  aut  novas  et  utiles  constituimus,  in 
quibus  tamen  alios  comprobamur  imitari  ?  Ergo  vestra  charitas,  cum 
occasio  dederit,  ut  ad  Gatanensem  civitatem  pergat,  vel  in  Syracusana 
Ecclesia,  eos  quos  crédit  aut  intelligit,  quia  hac  de  re  murmurare  potue- 
runt,  facta  collatione  doceat,  et  quasi  alia  ex  occasione  eos  instruere 
non  désistât.  Nam  de  Constantinopolitana  Ecclesia  quod  dicunt,  quis  eam 


SUR   LA   LITURGIE   ROMAINE  l83 

dubitet  Sedi  Apostolicae  esse  subjectam?Quod  et  piissimus  domnus  Impe-         j  partie 
rator,  et  frater  ejusdem  civîtatis  Episcopus  assidue  profitentur.  Tamen  si      chapitre  vu 
quid  boni  vel  ipsa  vel  altéra  Ecclesia  habet,  ego  et  minores  meos  quos  ab 
illicitis   prohibée,  in  bono  imitari  paratus  sum.  Stultus  est  enim  qui  in 
eo  se  primum  existimat,  ut  bona  quee  viderit,  discere  contemnat. 

(S.,Gregorii  Epist.  ad  Joannem  Syracus.,  lib.  IX,  epist.  XII.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  VIII 


DIGRESSION  SUR  L^HISTOIRE  DES  AUTRES  LITURGIES  d'oCCI- 
DENT  :  AMBROSIENNE,  AFRICAINE,  GALLICANE,  GOTHIQUE  OU 
MOZARABE,    BRITANNIQUE  ET   MONASTIQUE. 


Nécessite  de        Les  neccssites  de  1  histoire  que  nous   écrivons   nous 

quelques  ,  ,    .    ^  ... 

notions  sur  les  obligent  a  suspeudre  notre  récit  pour  placer  ici  quelques 
particulières,    notions  sur  diverses  Liturgies  qui  ont  déjà  été  nommées 
plusieurs  fois,  et  dont  quelques-unes  existent  encore.  Nous 
consacrerons  le  présent  chapitre  aux  Liturgies  de  l'Occi- 
dent, et  le  suivant  à  celles  de  l'Orient. 
La  Liturgie        La  plus  ancienne  Liturgie  de  l'Occident,  après  celle  de 
"^i/pius"^     Rome,  est  la  Liturgie  de  Milan, connue  sous  le  nom  d'Am- 
l'Oc^c'icSiTaprès  brosienne.  S'il  fallait  en  croire  Jean  Visconti  (i),  saint  Bar- 
la  romaine,     ^abé,  que  les  Milanais,  depuis  plusieurs  siècles,  vénèrent 
comme  leur  apôtre,  aurait  disposé  l'ordre  de  la  messe; 
saint  Miroclès,  évêque  de  la  même  Eglise,  aurait  réglé  la 
psalmodie,   et  enfin  saint  Ambroise  aurait  complété  et 
perfectionné  cet  ensemble.  Malheureusement  les  preuves 
manquent  totalement  à  ces  assertions,  et  il  est  bien  plus 
simple   de   convenir  que  l'origine  des  formes  du  culte 
divin,  dans  l'Eglise  de  Milan,  se  confond  avec  l'origine 
même  du  christianisme.  Si  les  circonstances  avaient  per- 
mis à  d'autres  églises  d'aussi  haute  antiquité  de  garder 
leurs   usages   primitifs,    on   retrouverait    chez    elles   la 
même   incertitude.   Toutefois,    le  nom    d'Ambrosienne 
attribué  de  tout  temps  à  la  Liturgie  de  Milan,  prouve 
très-certainement  qu'un   aussi  grand  docteur   que   saint 

(i)  DeRitibus  Missce,  lib.  II,  cap.  xii. 


DIGRESSION  SUR  l'hISTOIRE  DES  LITURGIES  D^OCCIDENT       l85 

Ambroise  a  dû,  ainsi  que  tous  les  plus  illustres  évêques  de       i  partie 

CHAPITRE  VIII 

l'antiquité,  travailler  à  la  correction  de  la  Liturgie  de  son 

église.  On  peut  donc  lui  attribuer  un  travail  analogue  à  celui 

de  saint  Gélase  et  de  saint  Grégoire  sur  le  Sacramentaire     Travaux  de 

^         -  saint  Ambroise 

romain  :  mais  c  est  sans  aucune  espèce  de  preuve  que  Pa-  sur  la  Liturgie 
mélius  (i)  attribue,  d'une  manière  précise,  à  saint  Ambroise,  ^(JÎJ  nonf. 
la  composition  du  plus  grand  nombre  des  messes,  oraisons, 
et  préfaces  du  Missel  ambrosien  actuel.  Lorsque  le  saint 
docteur  monta  sur  le  siège  de  Milan,  ayant  reçu  dans  l'es- 
pace de  quelques  jours  le  baptême  et  l'épiscopat,  il  trouva 
sans  doute  une  Liturgie  toute  faite,  et  dut  mettre  son 
application  à  l'exécuter,  avant  de  songer  à  y  faire  des 
changements  et  des  améliorations  (2).  Dom  Mabillon,  au 
tome  second  du  Musœum  Italicum^  énumère  les  allusions 
que  présentent  les  divers  écrits  de  saint  Ambroise  aux 
usages  liturgiques  de  son  temps,  et  s'en  sert  pour  fixer 
jusqu'à  un  certain  point  la  forme  du  service  divin  dans 
l'Église  de  Milan,  au  vi®  siècle  (3).  Il  dit  ailleurs  que 
les  fameux  livres  des  Sacrements  semblent  être  le  fon- 
dement de  la  plupart  des  rites  ambrosiens  (4);  mais  ce 
savant  homme  n'a  pas  jugé  à  propos  de  discerner  ceux 
de  ces  usages  qui  ont  pour  instituteur  saint  Ambroise, 
d'avec  ceux  qui  lui  sont  antérieurs.  Cette  tâche  eût  été, 
en  effet,  bien  difficile,  pour  ne  pas  dire  impossible,  à 
remplir  :  toutefois,  on  peut  donner  avec  certitude  à  saint 
Ambroise,  outre  l'institution  du  chant  alternatif  dans 
l'Occident,  un  grand  nombre  d'hymnes  qui  furent 
accueillies  avec  enthousiasme  par  beaucoup  d'églises; 
jusque-là  qu'au  rapport  de  Walafride  Strabon  (5),  en  cer- 
tains lieux,  on  les   chantait  même  à  la  messe  ;  de  plus, 

(i)  Liturgia,  tom.  I,pag.  45 1. 

(2)  Lebrun,  Explication  de  la  Messe,  tom.  II,  pag.  176. 

(3)  Musœum  Italicum,  tom.  I,  pag.  loi. 

(4)  De  Liturgia  Gallicana,  lib.  I,  cap.  2,  n»  7,  pag.  8. 
{5)  De  Rébus  ecclesiasticis,  cap.  xxv. 


I 


i86 


DIGRESSION   SUR   L  HISTOIRE 


INSTITUTIONS    Ics  mcsscs    des   martyrs,  dont  le  saint  évêque  découvrit 

LITURGIQUES  .  .  __  .  ^     i  ^  • 

les  corps,  «savoir   les  saints    iNazaire  et  Celse,  Gervais  et 

Protais,  Vital  et  Agricole  ;  un  certain  nombre  de  pré- 
faces, que  Walafride  Strabon  nomme  Tractatus,  en  l'en- 
droit déjà  cité  ;  les  prières  pour  la  Dédicace  de  l'église, 
pour  la  consécration  des  saintes  Huiles,  pour  la  bénédic- 
tion du  Cierge  pascal,  qui  toutes  portent  en  tête  le  nom  de 
saint  Ambroise,  dans  les  plus  anciens  Sacramentaires,  etc. 
Quant  aux  prières  de  préparation  à  la  Messe,  Sum-' 
me  Sacerdos  et  Ad  mensam  diilcissimi,  qui  sont  insérées 
dans  les  Missels  et  les  Bréviaires,  sous  le  nom  de  saint 
Ambroise,  on  ne  voit  rien  qui  puisse  justifier  cette  asser- 
tion. Les  Bénédictins,  éditeurs  de  notre  saint  docteur, 
n'ont  trouvé  la  première  dans  aucun  manuscrit,  et  n'ont 
rencontré  la  seconde  que  dans  un  seul  qui  ne  datait  pas 
d'au-delà  de  sept  cents  ans. 
Fréquente  Un  fait  digne  de  remarque    dans    la   Liturgie  ambro- 

conrormite  °  . 

de  la  Liturgie   sienne,  c'est   la  fréquente    conformité   avec  la  romaine. 

ambrosienne  11/^ 

Non-seulement  le  Canon   est  presque  entièrement   sem- 
blable,   mais   un   grand   nombre    d'introït^  d'oraisons, 
d'épîtres,   d'évangiles,    sont    identiquement    les   mêmes 
dans    les    Missels   des    deux  Églises.    Le  Bréviaire  offre, 
aussi  plusieurs  ressemblances  du  même  genre.  Il  semble 
même  que  les  livres    romains    aient  été  imités  à  Milan, 
avec  une  intention    toute    particulière  ;  car  on  trouve  au 
Missel  ambrosien  la  mémoire  de  sainte  Anastasie,    dans 
la  seconde  messe  de  Noël,  mémoire  qui  ne  convient  qu'à; 
la  Station  qu'on  fait  à  Rome  dans  l'église  de  cette  sainte,  : 
ainsi  que  nous  le  dirons  ailleurs  (i).  On  trouve  en  outre 
au  Canon,  l'addition  de  saint  Grégoire  :  Diesque  nostros\ 
in  tua  pace  disponas.  Faut-il  attribuer  cette  conformité  à] 


avec  la 
romaine. 


(i)  On  ne  trouve  plus  cette  mémoire  dans  le  Missel  du  Cardinal  Gays-"] 
ruk,  imprimé  en  i83o;  mais  outre  les  manuscrits,  nous  avons,  en  faveur] 
de  ce  fait  caractéristique,  le  Missel  gothique,  in-quarto,  imprimé  à  Milan,, 
en  i5oo,  et  plusieurs  de  ceux  qui  l'ont  suivi. 


DES  LITURGIES   PARTICULIERES   d'oCCIDENT  187 

une  exigence  du  Siège  apostolique,  qui  aurait  voulu  que       i  partie; 

^  ,  .      ,       .  .  CHAPITRE   VIII 

l'Eglise  de  Milan,  qui  était  de  sa  Primatie,  comme  toutes " 

celles  d'Italie,  eût  au  moins  dans  ses  usages  quelque  Origine  de  cette 
chose  de  commun  avec  l'Eglise  de  Rome,  et  principale- 
ment le  Canon  ?  ou  faut-il  expliquer  cette  communauté 
de  rites  et  de  prières  par  des  emprunts  volontaires,  et 
peut-être  réciproques  ?  car  l'Eglise  romaine  a,  de  tout 
temps,  été  dans  l'usage  d'adopter  ce  qui  lui  paraissait 
louable  dans  les  autres,  et  l'on  voit  au  Sacramentaire  de 
saint  Grégoire  plusieurs  prières  qui  portent  en  titre  le 
nom  de  saint  Ambroise.  Il  est  probable  que  ces  deux 
hypothèses  renferment  quelque  chose  de  véritable.  Comme 
nous  devons  donner  en  temps  et  lieu  la  description  de  la 
messe  et  de  l'office  du  rite  ambrosien,  nous  nous  con- 
tenterons ici  de  faire  l'histoire  abrégée  des  vicissitudes 
par  lesquelles  ce  rite  a  passé. 

L'Église  de  Milan  s'est  montrée,  dans  tous  les  temps,     L'Église  de 
fort    jalouse   de    l'intégrité  de  ses  usages.   Charlemagne,      jalouse  de 

1  ^  u-      ^A^  ^  1      j         l'intégrité  de  ses 

ainsi  que  nous  le  raconterons  bientôt,  ayant  conçu  le  des-  usages,  les 
sein  d'établir  le  rite  romain  dans  toutes  les  Églises  de  ch^riemagne! 
l'Occident,  voulut  étendre  jusqu'à  l'Eglise  même  de 
Milan  cette  mesure  vigoureuse.  Il  fut  contraint  de  reculer 
dans  son  entreprise,  tant  était  profonde  la  vénération  qui 
s'attachait  à  l'œuvre  réputée  de  saint  Ambroise,  L'oppo- 
sition du  clergé  et  du  peuple  fut  même  confirmée  par  un 
prodige,  si  nous  en  croyons  Landulphe,  historien  de 
l'Eglise  de  Milan,  qui  écrivait  en  1080,  et  qui  a  été 
copié  par  Beroldus  et  Durand  de  Mende,  D'après  ce 
récit,  un  évêque  des  Gaules,  nommé  Eugène,  père  spi- 
rituel de  Charlemagne,  aurait  intercédé  auprès  de  ce 
prince,  à  Rome  même,  pour  la  conservation  du  rite  am- 
brosien, qu'il  nommait  le  Mystère  des  Mystères.  Les  avis 
étant  partagés,  on  indique  un  jeûne,  des  prières,  pour 
obtenir  de  Dieu  qu'il  veuille  décider  sur  la  préférence 
qu'on  doit  donner  à  l'un  des  deux  Sacramentaires,  gré- 


l88  DIGRESSION   SUR   l'hiSTOIRE 

INSTITUTIONS    sorieii    ou   ambrosien.  Les  deux  livres,   liés  et  scellés, 

LITURGIQUES  ,  ,  n  i        i  •  -r>w 

sont  déposas   sur  lautel  de  saint  Pierre  ;  celui  des  deux 

qui   s'ouvrira   sans  qu'on  y   touche,   sera  préféré.    Les 
Miraculeuse    portes  de  l'église  demeurent  fermées  durant  trois  jours; 

intervention  du  ^  .  n  •  i         i      r<   • 

Ciel  en  faveur  apres    Cet    intervalle,  on   revient  consulter  le  Seigneur  : 

de  la  Liturgie  ,  ,  i      i     i       •!•  >  n   n 

ambrosienne.  tout  à  coup,  les  portes  de  la  basilique  s  ouvrent  d  elles- 
mêmes.  On  avance  vers  l'autel;  les  livres  y  sont  encore 
immobiles  et  fermés.  On  gémit,  on  prie  de  nouveau. 
Soudain,  les  deux  Sacramentaires  s'ouvrent  à  la  fois  avec 
un  grand  bruit.  Alors,  ce  cri  se  fait  entendre  dans  l'as- 
semblée  :  «  Que  l'Eglise  universelle  loue,  conserve,  garde 
a  dans  leur  intégrité  le  mystère  grégorien  et  le  mystère 
«  ambrosien  !  » 

Cette  histoire  si  dramatique,  rapportée  d'après  les 
auteurs  que  nous  venons  de  citer,  par  D.  Mabillon  et  par 
le  P.  Lebrun,  est  considérée  comme  suspecte  par  Mura- 
tori  (i),  qui  ne  conteste  pas  d'ailleurs  les  efforts  inutile- 
ment faits  par  Charlemagne  pour  abolir  le  rite  ambrosien. , 
Il  faut  dire  aussi  que  le  docteur  milanais  n'apporte  pas 
de  preuves  à  l'appui  de  son  sentiment. 
Nicolas  II  Nicolas  II  qui,  en  1060,  avait  fait  des  tentatives  pour 

et  saint  Pierre  .  -liv- 

Damien,  par    abolir  en  Espagne  le   rite  gothique,  fit  aussi  des  enorts 
^pontife,  ^     pour  abolir  le  rite  ambrosien.  Il  se  servit  à  cet  effet  du 
vain^emen^t      zèle  de  saint  Pierre  Damien,  homme  énergique  et  capable 
^  ambrosi^en?^  ^^  ^^^^^  réussir  cette  entreprise,    si  le  succès  en  eût  été 
possible.    Ce   grand  cardinal  échoua  dans  sa  légation,  et 
bientôt  Nicolas  II  fut  remplacé  sur  la  Chaire  de  Saint- 
Pierre  par  Alexandre   II,    Milanais,  qui  n'inquiéta  point  ; 
ses  compatriotes  dans  la  jouissance  de  leurs  usages.  Nous^ 
ne  voyons  pas  que    saint    Grégoire  VII,  si  zélé  pour  la 
propagation  du  rite  romain,  ait  rien  entrepris  contre  la 
Liturgie  ambrosienne. 
Cette  Liturgie  prit  même  vers  ce  temps  une  sorte  d'ex- 


(i)  Antîquitates  Jtalice,  tom.  IV,  pag.  834. 


DES   LITURGIES   PARTICULIERES   d'oCCIDENT  189 

tension,  qu'elle    devait   à   la   beauté  incontestable  de  ses       i  partie 

■••  ^       ^  .        .  ,  CHAPITRE    VIII 

formules  et  à  la  vénération  qu'inspirait   son   auteur  pre- 

sumé.  D.  Mabillon,  dans  le  Miisœum  Italicum,  a  publié 

plusieurs  lettres  de  Paul  et  Gebehard,  prêtres  de  l'Eglise     La  Liturgie 

.  de  l'Efflise 

de  Ratisbonne,  par  lesquelles,  vers  l'an  1024,  ils  s'adres-  de  Milan  portée 
sent   au   prêtre   Martin,  trésorier  de    l'église  de   Saint-  ^eipius^tard^ 
Ambroise  à  Milan,  à  l'effet  d'obtenir  de  lui  les  livres  de    ^^  Bohême. 
l'Office  ambrosien,  pour  les  répandre  en  Allemagne  (i). 
Vers  le  milieu  du  xiv'  siècle,  on  vit  l'empereur  Charles  IV 
établir  ce  même  Office  de  Milan  dans  l'église   de  Saint- 
Ambroise  à  Prague  (2)  ;  et  le  Sacramentaire  tripartite  que 
l'abbé  Gerbert  a  publié  dans  sa  Liturgia  Alemannica  (3), 
et  qu'il  avait  tiré  de  l'abbaye  de  Saint-Gall,  se  compose 
de  l'ambrosien,  du  gélasien  et  du  grégorien.  Au  reste, 
ce  sont  là  les  seuls  indices  que  nous  ayons  d'une  expor- 
tation quelconque  des  usages  ambrosiens,  hors  de  Milan. 
Reprenons  l'histoire  des  attaques  auxquelles  ils  ont  été  en 
butte,  jusqu'à  leur  reconnaissance  définitive  par  le  Saint- 
Siège. 

Muratori  rapporte,  dans  l'ouvrage  cité  plus  haut,  que      Le  peuple 
le  cardinal  Branda  de  Gastiglione  ayant  été  envoyé,  en  se  soulève  pour 
1440,  par  Eugène  IV,  en  Lombardie,  en  qualité  de  Légat,  rite  ambrosien 
conçut  le  dessein   d'abolir   le   rite   ambrosien,  jusque-là  card^iTia^Branda 
qu'il    osa  s'emparer    d'un   ancien    Sacramentaire   qu'on  '^^  Cajtigiione, 
croyait  venir  de  saint  Ambroise  lui-même,  et  que  le  jour    d'Eugène  iv. 
de  Noël  il  fit  chanter   la  messe   au    rite  romain,  dans 
l'église  même  du  saint  docteur.    Le  peuple  furieux  cou- 
rut aussitôt  investir  la  demeure  du  légat,    le   menaçant 
de  mettre  le  feu  s'il  ne  rendait  le  Sacramentaire  qu'il  avait 
enlevé.  Le  cardinal,  effrayé  de  cette  sédition,  jeta  le  livre 
par  la  fenêtre,  et  sortit  de  la  ville  dès  le  lendemain. 

Vers  la  fin  du   même  siècle,  en    1497,   Alexandre  VI 

(i)  Musœum  Italicum,  tom.  I,  pag.  95-99. 

(2)  Gerbertus,  Vêtus  Liturgia  Alemannica,  tom.  I,  pag.  63. 

(3)  Ibidem,  tom.  IL 


igO  DIGRESSION   SUR   L  HISTOIRE 

INSTITUTIONS    rccoiinut  solennellement,  et  confirma  dans  une  Bulle  rap- 

LITURGIQUES  ^  ,  "^ 

portée  par  Ughelli  (i)  le  droit  des  ducs  et  du   peuple  de 

Milan,  de  célébrer,  suivant  le  rite  ambrosien,  les  messes, 
Alexandre  VI    les  cérémonies,  le  chant,  les  offices  tant  de  jour  que  de 

confirme  le  rite         ,  ^.  .  ,   . 

ambrosien.     nuit,  saus  f  rien  changer.  Il  est  vrai  que  le  Pape  spécifie 
l'église  et  monastère  de  Saint-Ambroise,  mais  il  n'exclut 
pas  expressément  les  autres  églises  de  la  ville  et  du  dio- 
cèse. Aussi  on  commença  peu  à  peu  à  imprimer  les  livres 
d'usage  du  rite  ambrosien,  pour  les   nécessités   de  ces 
diverses  églises,  et  lorsque  saint   Pie  Y,  par  les  Bulles 
de  saint  Pie  V  dont  nous  parlerons  bientôt,  déclara  exemptes  de  Fobli- 
pifbiicati'on     gatiou  de  recevoir  les  livres  romains,  les  églises  dont  les 
^  etX^^^^    Bréviaires   remontaient   au-delà  de  deux  siècles,  le  rite 

œr^robo°e^t\e^  ^"^^^^^^^^  ^^^i  P^^  ^^  même,   indirectement,   mais  sé- 
droit  de  l'Église  rieusement  reconnu  pour  Milan  et  son  territoire.  Fondé 

milanaise  au         ^  ^  ^ 

lieu  de        dès  lors  sur  l'évidence  du  droit,  saint  Charles  Borromée, 

l'infirmer.  .  .  i     t.t-i  •       i 

.       ayant  appris  que  le  gouverneur  de  Milan  avait  obtenu  du 

ZjQIq  de  saint     .^ 

Charles        Pape  un  bref  qui  l'autorisait  à  se  faire  dire  la  messe  sui- 

Borromée   pour  ,        .  .         ,  i        /    ,.  ^    .,   i    •      i    • 

le  maintien  du  vaut  le  rite  romaiu,  dans  toutes  les  églises  ou  il  lui  plai- 
rait d'aller,  réclama  avec  force  contre  cette  permission, 
dans  une  lettre  adressée  à  un  de  ses  amis,  à  Rome,  et 
qui  est  conservée  comme  une  relique  dans  l'église  de  Saint- 
Alexandre  des  Barnabites  de  Milan.  Le  P.  Lebrun  a 
donné  ;  cette  lettre  :  nous  la  plaçons  à  la  fin  du  présent 
chapitre  (2).  Au  reste,  elle  n'est  pas  la  seule  qu'ait  écrite 
à  Rome  le  pieux  cardinal  pour  la  défense  de  la  Liturgie 
ambrosienne.  On  en  garde  encore  plusieurs  autres  dans 
la  bibliothèque  du  Vatican.  Ce  grand  homme,  pour  ex- 
pliquer son  zèle  en  cette  matière,  avait  coutume  de  dire 
que  la  Liturgie  ambrosienne  était  moins  milanaise  en- 
core que  romaine.^  ayant  reçu  tant  de  fois  l'approbation 
expresse  des  souverains  Pontifes  (3). 

(i)  Italia  Sacra,  Ecclesia  Mediolanen,  tom,  IV,  pag.  385. 

(2)  Vid.  la  Note  A. 

(3)  Sala  Not.  in  Bonœ  Rerum  liturgie,  lib.  I,  cap.  x,  pag.  i85. 


DES   LITURGIES   PARTICULIERES   d'oCCIDENT  I 


91 


Tel  a  été  de  tout  temps  le  zèle  des  Milanais  pour  la       ^  partie 

^    ^  ^  ^  CHAPITRE  VIII 

conservation  de  leur  rite,  dont  ils  ont,  au  reste,  assez 
fidèlement  gardé  l'intégrité,  sauf  l'addition  qu'ils  ont  faite 
d'un  grand  nombre  de  fêtes  de  Saints.  Mais  on  peut  dire    L'attachement 

^  ^  ^  des  Milanais 

qu'ils  poussent  l'intolérance  à  l'égard   des  autres  Litur-      po^r  leur 

,  .  •  ï    1  *       1  Liturgie 

gies,    la   romame  y  comprise,  au-delà    de    ce  qu'on    a  poussée  jusqu'à 

1  j        t  1      «r        n- /  1-  l'intolérance 

jamais  pu  reprocher  de  plus  exclusir  aubiege  apostolique,  mêmeâ  l'égard 

TT  ^      r  '  j      1         '   -^^     j  ,.     de  la    romaine. 

Un  exemple  fera  juger  de  la  vente  de  ce  que  nous  di- 
sons. En  iSSy,  nous  étions  à  Rome,  et  nous  venions  de 
célébrer  les  saints  mystères  à  la  Confession  de  Saint- 
Pierre;  un  chanoine  de  la  cathédrale  de  Milan  se  présenta 
accompagné  d'un  clerc  milanais.  Ce  dernier  portait  un 
missel  ambrosien;  il  le  posa  sur  l'autel  sous  lequel  l'uni- 
vers entier  vénère  la  cendre  du  Prince  des  apôtres.  Le 
chanoine  milanais  commença  tout  aussitôt  la  messe  et 
l'acheva  paisiblement,  suivant  ce  rite  étranger.  Peu  de 
mois  après,  nous  étions  nous-même  à  Milan  :  nous  de- 
mandâmes à  célébrer  le  saint  sacrifice  sur  le  corps  de  saint 
Ambroise.  On  nous  montra  un  règlement  solennel  qui  dé- 
fend d'offrir  les  saints  mystères  sur  cet  autel,  autrement 
qu'en  la  forme  ambrosienne  :  le  rite  romain  n'était  pas 
excepté.  Il  nous  fallut  donc  sacrifier  notre  pieux  désir. 

Au  reste,  l'inconvénient  ordinaire  des  Liturgies  particu-  L'inconvénient 
Hères  s'est  fait  sentir  à  Milan,  comme  en  d'autres  lieux.     pa^kSifres 
La  puissance  séculière  a  dû  prétendre  une  surveillance  ^^^^^^tiaii^"^^ 
sur  des  formes  qui  ne  sont  que  nationales,  et  non  com- 
munes  à   toutes  les  Eglises.   Naples,  Florence,  Venise, 
célèbrent  la  fête  de  saint  Grégoire  VII,  malgré  le  déplai- 
sir qu'en  éprouvent  et  qu'en  ont  souvent  manifesté  leurs 
gouvernants;  ces  Églises  jouissent  de  cette  liberté,  parce 
qu'elles  sont  astreintes  au  Bréviaire  romain,  publié  par  le 
Saint-Siège.  L'Eglise  de  Milan  n'a  pas  osé  jusqu'ici  rendre  cette  Église  n'a 
un  culte  au  grand  Pontife,  que  l'Europe  éclairée  proclame  Jîf ^cuke î'sdnt 
aujourd'hui  l'héroïque  vengeur  de  la  dignité  humaine  et    Grégoire  vu. 
de  la  civilisation.  Comme  nos  Églises  de  France,  elle  n^a 


192  DIGRESSION    SUR   L  HISTOIRE 

INSTITUTIONS     pas  sulvî  l'injonction  du  Pontife  romain,  qui  ordonna, 

LITURGIQUES         ^  ^^         '  ,         ^  ^  ^  ^ 

il  y  a  un  siècle,  à  toutes  les  Eglises  du  rite  latin,  de  solen- 

niser  la  mémoire  du    glorieux  Hildebrand.  Ces  Eglises 
manquaient  de  cette  force  que  l'unité  et  l'universalité  des 
formes  peuvent  seules  donner,  et  qu'elles  maintiennent, 
au  défaut  même  du  courage. 
L'Eglise  Après  l'Eglise  de  Milan, ^//e  de  VEglise  romaine  (i),  et 

africaine  fille  de  -       wivua  i-  •  i,t^i-         ii*r- 

l'Église        fondée  des  rage  apostolique,  vient  1  Eglise  d  Afrique,  qui 
comme^cèue  de  ^^^^  pareillement  son  origine  au  Siège  de  Rome,  sous  le 
Milan.        règne  d'Adrien  (2).    Cette    Église,  l'une   des  principales 
divisions  du  patriarcat   d'Occident,   comprenait   la  pro- 
vince dite  Consularis^  dont  Carthage  était  la  capitale,  la 
Mauritanie  et  la  Numidie.   Son  origine  indique  assez  la 
conformité  qui  devait  exister,  au  moins  jusqu'à  un  cer- 
tain  degré,  entre  ses  usages  liturgiques  et  ceux  de  l'Eglise 
romaine. 
La  Liturgie        Les  fragments  ou  les  allusions  que  nous  rencontrons 

africaine  a  dû      ,  _  ,,.  .       ^         .  .         .  .  .  J 

être  conforme  dans  TertuUien,  saint  Cyprien,  saint  Augustin,  paraissent,  j 

^la  romaine^  ^  Ics  unes  se  rapporter  assez  bien  aux  formes  de  la  Litur-  \ 

puîsse^pasîe    g^^  romaine,  les  autres  s'en  écarter  plus  ou  moins.  Il  est 

lerécrks^der  ^^^^  ^^  ^^^^  ^^  ^^  Liturgie  romaine,  au  temps  de  ces 

Pères  de  cette   auteurs,  devait  être  quelque  peu  différente  de  ce  qu'elle 

nous  apparaît  dans  l'œuvre  de  saint  Gélase  et  de  saint 

Grégoire.    Quoi  qu'il  en    soit,    des   auteurs    très-graves 

maintiennent   comme   indubitable    l'identité  primordiale 

de  la  Liturgie  africaine  avec  la  romaine  (3).  On  a  dit, 

mais  sans  le  prouver,  que  saint  Augustin  avait  introduit 

en  Afrique  la  Liturgie  de  Milan  ;  dans  tous  les  cas,  ce  fait 

ne  saurait  démontrer  qu'on  ne  suivait  pas  en  Afrique  la. 

Liturgie  romaine,   antérieurement  à  saint  Augustin  :  et] 

d'ailleurs,  il  ne  dépendait  pas  du  seul  évêque  d'Hipponej 

(i)  s.  Pétri  Damiani  Opusc,  V,  tom.  III,  pag.  78. 

(2)  Schelestrate^  Antiquitas  Ecdesiœ  illustrata,  tom.  II. 

(3)  Bona,  Rerum  liturgicarum,  lib.  I,  cap.  vu,  §  III.  Lebrun,  Explîca-' 
tion  delà  Messe,  tom.  II,  pag.  167. 


DES   LITURGIES    PARTICULIÈRES   D'oCCIDENT  IqS 

de  changer  les  usages  de  toutes  les  églises  d'Afrique,  si       i  partie 

^  '^  ^      ^  ^,  CHAPITRE  VIII 

nombreuses  et  si  attachées  à  leurs  anciennes  pratiques.  ~~ 

Quoi  qu'il  en  soit,  nous  pensons  que  la  conformité  de  la 
Liturgie  d'Afrique  avec  la  romaine,  n'empêchait  pas  la 
première  d'avoir  et  de  conserver  certains  usages  particu- 
liers, ainsi  que  nous  en  apercevons  les  traces  dans  les 
auteurs  que  nous  avons  cités,  auxquels  on  peut  encore 
ajouter  Marins  Mercator  et  saint  Fulgence.  En  outre, 
quel  était  l'ordre  du  Sacramentaire  publié  par  Voconius, 
vers  460,  trente  ans  après  la  mort  de  saint  Augustin  ?  En 
quoi  était-il  conforme  à  celui  de  l'Eglise  de  Rome?  En 
quoi  s'en  écartait-il?  La  question  nous  paraît  insoluble. 
Disons  toutefois  qu'on  ne  trouve  nulle  part,  dans  l'anti- 
quité, la  trace  d'une  Liturgie  africaine  :  la  tradition 
ne  nous  parle  que  de  celles  de  Rome,  de  Milan,  des 
Gaules  et  de  l'Espagne.  Nous  maintiendrons  donc  notr'e 
sentiment,  jusqu'à  ce  que  de  nouvelles  découvertes  nous 
aient  contraint  à  l'abandonner. 

La  Liturgie  de  l'Église  des  Gaules  est  trop  différente  de  m.  La  Liturgie 
la  romaine,  pour  qu'on  puisse  croire  qu'elle  en  soit  issue;    se  distingue 

^      ^  1'         11-  j)'«  •  1       par  un  caractère 

on  a  au  contraire  tout  heu  de  la  juger  d  origme  orientale.        orientai 
D'abord,  en  elle-même,  elle  présente  beaucoup  d'analogie    ^^^podgine  ^ 
avec  les  rites  des  églises  d'Orient,  et  si  l'on  considère  les    ^^apôtref^^ 
pays  d'où  sont  venus  les  premiers  apôtres  des  Gaules,  on     ^^^  Gaules. 
s'expliquera  aisément  cette  conformité.  Saint  Trophime, 
fondateur  de  l'église  d'Arles,  était  disciple  de  saint  Paul  ; 
saint    Crescent,    pareillement   disciple   du   même    saint 
apôtre,    prêcha  dans   les  Gaules  ;  saint  Pothin  et   saint 
Irénée,  apôtres  de  Lyon,  vinrent  de  l'Asie,  aussi  bien  que 
saint  Saturnin,  apôtre  de  Toulouse;  enfin,  la   lettre   des 
églises  de  Vienne  et  de  Lyon  à  celles  d'Asie  et  de  Phrygie, 
montre,  avec  tous  ces  faits,  d'une  manière  incontestable^ 
que    les    églises  des  Gaules  sont  filles  de  l'Orient:    leur 
Liturgie  devait  donc  l'être  aussi.  Sans  doute,   tous    ces 
apôtres  passèrent  par  Rome,  centre  de  toute  mission  légi- 

T.  I  i3  " 


jg4  DIGRESSION   SUR   l'HISTOIRE 

,.sT.TUT,oNs    time:  car  telle  est  la  tradition  de  toutes  nos  Églises;  mais 
LITURGIQUES     .^  ^,^^^.^  ^^^  naturel  qu'à  cette  époque  de  conquêtes,  le 
Siège   apostolique   suscitât  des   entraves  indiscrètes  aux 
courageux  prédicateurs  que  l'Orient  dirigeait  sur  l'Occi- 
dent, et  leur  imposât  des  usages  différents  de  ceux  qu'ils 
avaient  puisés  dans  les  régions  d'où  ils  étaient  partis  pour 
évangéliser  avec  tant  de  zèle.   Nous  avons  fait  voir  plus 
haut  comment  les  tendances  à  l'unité  liturgique,  jusqu'alors 
suspendues  par  les  circonstances,  se  développèrent,  quand 
la  paix  eut  été  donnée  aux  églises. 
Splendeur         La  Liturgie   gallicane  est  donc,  avec  l'ambrosienne, 
et  destinée  de  ^^  j^g  monuments  les  plus  précieux  du  premier  âge  de 
cette  Liturgie.  j,^^j.^^_  ^^^^  la  ferons  connaître  dans  ses  détails,  à  mesure 
que  l'occasion  s'en  présentera.    Bientôt  nous    aurons  à 
raconter  sa  destruction,   par  les  efforts  réunis  du   Siège 
apostolique  et   des  princes   carlovingiens.   Nous  suspen- 
drons donc  ici  ce  qui  nous  reste  à  dire  sur  cette  impor- 
tante  Liturgie,    dont   notre  illustre  Mabillon,  dans   un 
ouvrage  spécial  (i),  a  détaillé  toute  la  splendeur,  en  même 
temps  qu'il  a  reproduit  les  débris  mutilés  des   livres  qui 
la  contenaient.  Si  le  temps  et  l'espace  nous  le  permettaient, 
nous  aimerions  à  faire  le  récit  des  pompes  du  rite  gallican, 
telles  qu'elles  apparaissent  dans  les  écrits  de  saint  Sidoine 
Apollinaire  et  de  saint  Grégoire  de  Tours;  mais  nous  ne 
résisterons  pas  au  désir  d'offrir  au  lecteur  un  tableau  de 
l'Église  de  Paris  au  vi"  siècle,  tracé  par  saint  Venance 
Fortunat,  dans  un   éloge  de  saint  Germain  et  de  son 
clergé.  On  y  verra  la  gravité  et  la  majesté  de  l'office  divin, 
l'accord  de  la  psalmodie,  l'emploi  des  orgues,  des  flûtes, 
des    trompettes,    pour    l'accompagnement     des    chants 
sacrés  (2).  Nous  avons  donné  dans   les  chapitres  précé- 
dents les  noms  des  liturgistes  auxquels  l'Église  gallicane 

{i)  De  Liturgia  Galîicana  îibri  III .  i685. 
(2)  Vid.  la  Note  B. 


DES   LITURGIES   PARTICULIERES   D^OCCIDENT  igS 

était  redevable  de  la  beauté  et  de  l'éloquence  de  ses  for- 
mules sacrées. 

L'Église  d'Espagne  présente  maintenant  à  notre  observa- 
tion ses  usages  liturgiques.  S'il  nous  fallait  approfondir 
dans  ces  Institutions  toutes  les  questions  qui  se  rattachent 

[aux  origines  du  rite  mozarabe,  un  volume  entier  ne  suffi- 
rait pas  pour  exposer  et  résoudre  les  nombreuses  difficul- 

;  tés  dont  cette  matière  est  semée.  Nous  serons  donc 
forcé  de  nous  borner  à  consigner  seulement  ici  quelques 
notions. 

On  agite  en  premier  lieu  la  question  de  savoir  quelle 
Liturgie  fut  exercée  primitivement  en  Espagne,  après 
l'établissement  du  christianisme  en  ce  pays.  Plusieurs 
auteurs,  à  la  tête  desquels  nous  inscrirons  le  docte  Père 
Lebrun  (i),  soutiennent  que  les  usages  de  l'Eglise  romaine 
furent  d'abord  observés  en  Espagne,  et  ils  s'appuient 
sur  le  fait  de  la  fondation  de  cette  église  par  les  sept 
évêques  envoyés  par  saint  Pierre,  et  sur  quelques  canons 
des  anciens  conciles  d'Espagne,  qui  montrent  en  vigueur 
plusieurs  pratiques  identiques  à  celles  de  Rome,  telles 
que  le  jeûne  du  samedi,  la  coutume  de  ne  lire  qu'une 
seule  épître  à  la  messe,  etc.  Le  savant  père  Pinius,  dans 
l'excellente  dissertation  qu'il  a  placée  en  tête  du  sixième 
tome  des  Actes  des  Saints  du  mois  de  Juillet,  et  Florez,en 
son  Spagna  Sagrada^  dans  une  dissertation  sur  le  même 
objet(2),  reconnaissent  aussi  l'origine  romaine  de  la  Liturgie 
primitivement  gardée  en  Espagne  (3).  Ils  sont  énergique- 
ment  combattus  par  le  jésuite  Lesleus,  dont  nous  avons  déjà 
cité  la  curieuse  préface  au  Missel  mozarabe  (4).  Ce  dernier 


I  PARTIE 
CHAPITRE    VIII 


La  Liturgie 

gothique 

ou  mozarabe 

d'Espagne. 

Controverses 

des  savants 

au  sujet 

de  son  origine. 


Affinité  des 
usages 

liturgiques 
primitifs  de 
Rome  et  de 

l'Espagne. 


(i)  Explication  de  la  Messe,  tom.  II,  dissertât.  V,  art.  i. 

(2)  Tractatus  historico-chronologicus  de  Liturgia  antiqua  Hispanicd, 
cap.  I. 

(3)  Spagna  Sagrada,  tom.  III,  pag.  187  et  suiv. 

(4)  Missale  mixtum  secundum  RegulamBeatiIsidori,dictum  Mozarabes, 
praefatione,  notis  et  appendice  ab  Alexandre  Lesleo  S.  J.  Sacerdote  orna- 
tum.  Romae,  17 5 5. 


196  DIGRESSION    SUR   l'hISTOIRE 

INSTITUTIONS    s'appuîc   sur  les  canons  de   divers   conciles   d'Espagne, 

LITURGIQUES  ^^  .  -i, 

aux    V®    et    vi^  siècles ,    dans    lesquels    sont    signalées 

plusieurs  particularités  de  l'office  divin,  qui  paraissent 
plutôt  s'accorder  avec  l'office  mozarabe  qu'avec  celui  de 
l'Église  de  Rome.  Cependant  il  semble  qu'on  peut  dire, 
non  sans  quelque  apparence  de  raison,  que  ces  divers 
faits  ne  prouvent  pas  que  les  usages  de  l'Eglise  romaine 
n'aient  pas  été  primitivement  ceux  de  l'Eglise  d'Espagne; 
car  on  n'a  jamais  prétendu  que  la  conformité  des  usages 
avec  Rome,  à  cette  époque,  fût  possible  pour  quelque 
Eglise  que  ce  soit,  avec  la  rigueur  qu'on  y  peut  mettre  au- 
jourd'hui. En  outre,  il  reste  bien  peu  de  monuments  à 
l'aide  desquels  on  puisse  constater  l'état  précis  de  la  Litur- 
gie de  Rome,  tant  pour  la  messe  que  pour  les  offices 
divins,  avant  saint  Gélase  et  saint  Grégoire.  On  peut 
encore  ajouter  à  cela  que  l'affinité  des  usages  liturgiques, 
tant  de  Rome  que  de  l'Espagne,  ne  saurait  être  plus 
énergiquement  attestée  que  par  l'envoi  que  fit,  en  538,  le 
pape  Vigile  à  Profuturus,,  évêque  de  Brague,  de  l'ordi- 
naire de  la  messe  romaine.  Assurément,  jamais  un  pape 
n'a  fait  un  pareil  envoi  au  patriarche  de  Constantinople 
ou  d'Alexandrie.  Il  fallait  donc  que  les  évêques  d'Espagne 
eussent  eu  recours  au  Siège  apostolique,  comme  à  la 
source  de  leurs  traditions  liturgiques,  et  cette  conjecture 
est  d'autant  plus  certaine  que  nous  voyons,  ainsi  que  nous 
l'avons  rapporté  plus  haut,  un  concile  d'Espagne,  trente 
ans  après,  décréter  que  tous  les  prêtres  auraient  à  célébrer 
les  saints  mystères  dans  la  forme  donnée  par  le  Siège 
apostolique,  à  l'évêque  Profuturus. 
L'invasion  des  Maintenant,  SI  l'on  considère  la  Liturgie  des  Eglises  d'Es- 
détermine  une  pagne  dans  l'état  OÙ  la  fixèrent  les  travaux  de  saint  Léandre, 
"^des^Htes"  ^^  saint  Isidore  et  des  autres  liturgistes  que  nous  avons] 
en  Espagne,  mentionnés  au  chapitre  précédent,  on  ne  peut  s'empêcher] 
d'être  frappé  de  sa  totale  dissemblance  avec  les  coutume; 
de  l'Eglise  romaine.  Le  nom  de  gothique  qu'elle  retient 


CHAPITRE  VIII 


DES   LITURGIES   PARTICULIERES   d'oGGIDENT  I97 

déjà,  atteste  une  origine  entièrement  différente.  C'est  ici  j  '^^^'^^^^^ 
encore  l'occasion  d'une  nouvelle  controverse  entre  le 
P.  Lesleus  et  les  PP.  Lebrun  et  Pinius.  Le  premier,  fidèle  à 
son  système,  soutient  que  les  particularités  qui  constituent 
le  rite  appelé  gothique,  ont  été  pratiquées  de  toute  anti- 
quité en  Espagne  :  les  autres,  au  contraire,  ont  établi  soli- 
dement le  fait  d'une  introduction  des  rites  orientaux  en 
Espagne,  par  les  Goths,  qui  se  rendirent  maîtres  de  ce 
pays  au  commencement  du  v^  siècle,  et  y  fondèrent  un 
établissement  si  solide  et  si  imposant.  Ces  barbares,  comme 
nous  l'apprenons  de  Philostorge  (i),  de  Sozomène(2)  et  de 
Théodoret  (3),  dans  leurs  courses  à  travers  l'Asie  Mineure, 
avaient  embrassé  le  christianisme.  Leur  fameux  évêque 
Ulphilas,  qui  traduisit  les  saints  Evangiles  dans  la  langue 
des  Goths,  vint  à  Constantinople.  Il  y  puisa  malheureu- 
sement les  erreurs  de  Tarianisme  qui  régnait  alors  dans 
cette  capitale,  par  la  protection  de  Valens;  mais  il  dut  y 
prendre  en  même  temps  une  plus  grande  habitude  de  la 
Liturgie  grecque,  la  seule  que  connaissaient  les  Goths, 
puisque  leur  conversion  au  christianisme  s'était  opérée  en 
Orient.  Nous  voyons  ensuite,  par  une  lettre  de  saint  Jean 
Chrysostome(4),  qu'il  avait  pris  un  soin  tout  particulier 
de  l'Eglise  des  Goths,  et  qu'il  lui  avait  même  donné  un 
évêque,  nommé  Unilas;  il  est  naturel  de  croire  que  cet 
évêque  venu  de  Constantinople  devait  en  pratiquer  la 
Liturgie.  Quand  les  Goths  furent  établis  en  Espagne,  nous 
voyons  des  relations  jusqu'alors  inconnues  s'établir  entre 
rÉglise  de  cette  Péninsule  et  celle  de  Constantinople.  Au 
vi^  siècle,  saint  Martin  de  Brague  traduisit  du  grec  en 
latin,  pour  Tusage  d'Espagne,  les  canons  des  conciles,  et 
par  là  donna  occasion  à  l'établissement  de  beaucoup  de 

(i)  Lib.  Il,  n»  5,  edit.  Vales.,  pag.  470. 

(2)  Hist.  eccles.,  lib.  VI,  cap.  xxxvii. 

(3)  Lib.  IV,  cap.  ultimo. 

(4)  Ad  Olympiadem,  Epist.  XIV,  tom.  III,  pag.  722.  Edit.  Gaume. 


igS  DIGRESSION   SUR   L'HISTOIRE 

INSTITUTIONS    pratiqucs  liturgiques  prescrites  dans  ces  canons  dressés 

LITURGIQUES  ,  ,  ,  .,  ,,,^     .  -  ,  ^ 

la  plupart  dans  des  conciles  d  Orient.  Vers  le  même  temps, 

Jean,  qui  fut  depuis  abbé  de  Biclar  et  évêque  de  Gironne, 
et  qui  était  Goth  de  nation,  s^en  alla  passer  dix-sept  ans  à 
Constantinople  oià  il  se  rendit  fort  savant.  Saint  Léandre 
avait  aussi  vécu  plusieurs  années  à  Constantinople  :  ce  fut 
même  dans  cette  ville  qu'il  se  lia  d'une  amitié  étroite  avec 
saint  Grégoire  le  Grand,  qui  résidait  alors  en  cette  ville, 
en  qualité  d'Apocrisiaire  du  Siège  apostolique,  et  avec  Jean 
le  Jeûneur,  patriarche  de  Constantinople,  qui  fut  si  fami- 
lier avec  saint  Léandre,  qu'il  lui  dédia  un  opuscule  litur- 
gique sur  le  baptême. 
La  conversion       Or,  les  Goths  étant  les  vainqueurs  de  l'Espagne,  et  ayant 
*à^rorthodox\e^  apporté  avec  eux  des  usages  liturgiques  spéciaux,  la  Litur- 
le  se^conciie    §^^  pratiquée  dans  cette  contrée  avant  la  conquête  ne  pou- 
'^5^8^^cf'^îd     ^^^^  longtemps  subsister  sans  mélange,   et  tout  portait 
le  triomphe     même  à  croire  qu'elle  finirait  par  succomber.  Il  veut,  sans 

des  rites  \  ^  ,  , 

orientaux      doute,  des  degrés, dans  cette  transformation  ;  des  réclama- 

en  Espagne.       . 

tions  durent  s  élever,  tant  de  la  part  des  conciles  que  de  la 
part  du  Siège  apostolique  :  la  lettre  du  pape  Vigile  à 
Profuturus  se  place  naturellement  à  cette  époque,  ainsi 
que  le  concile  de  Brague  de  563,  que  nous  avons  cité  plus 
haut.  Un  grand  événement  décida  du  triomphe  absolu  de 
la  Liturgie  gothique  sur  l'ancienne  :  ce  fut  la  conversion 
totale  de  la  nation  des  Goths  à  l'orthodoxie,  dans  le  troi- 
Saint  Léandre   sième  concile  de  Tolède,  en  589.  Saint  Léandre,  qui  fut, 

principal  •       •    i-  n  j  '        j 

rédacteur  de  la  pour  amsi  dire,  1  auteur  de  ce  grand  œuvre,  est  en  même 
gothi^que       temps  le  principal  rédacteur  de  la  Liturgie  gothique  qui, 
^^^  danïïa^^^^  ^^^  ^^^^^  époque,  devint  Tunique  Liturgie  d'Espagne.  Il  est 
^bérique^      naturel  de  penser  que  la  préférence  donnée,  dans  son  tra- 
vail et  dans  celui  des  autres  liturgistes  qui  vinrent  après 
lui,  aux  formes  orientales,  jusqu'alors  les  seules  suivies  par 
les  Goths,  fut  motivée  sur  la  nécessité  de  les  rallier  plus 
sûrement  au  symbole  de  l'ancienne  Église  espagnole,  en 
écartant  tout  ce  qui  aurait  pu  être  objet  de  tentation  pour 


DES   LITURGIES    PARTICULIERES   D  OCCIDENT  I99 

une  foi  encore  chancelante.  Au  reste,  comme  nous  venons       i  partie 

,        .       j/.v  CHAPITRE  VIII 

de  le  dire,  la  transformation  des  deux  rites  était  deja  pour  — =-- 

ainsi  dire  accomplie,  avant  même  le  concile  de  Tolède  ; 
mais  depuis  cette  grande  époque, l'Eglise  espagnole,  deve- 
nue église  purement  gothique,  s'appliqua  à  réunir  toutes 
les  provinces  dans  la  pratique  des  mêmes  usages,  et  c'est  à 
cette  intention  que  fut  porté,  dans  le  quatrième  concile  de 
Tolède,  en  633,  le  canon  dont  nous  avons  cité  les  dispo- 
sitions formelles,  ci-dessus,  au  chapitre  vi. 
Toutefois  cette  Liturgie  gothique  ne  se  composait  pas  Rapports  de  la 

,  .^  .  Liturgie 

uniquement  d'un  fonds  de  prières  orientales  :  on  y  ren-    gothique  avec 

,  -   .  .  ....  la  Liturgie 

contre  quelquefois,  quoique  en  petit  nombre,  des  oraisons,  romaine 
des  répons,  des  fêtes  d'une  origine  entièrement  romaine,  ^  gaiijcanef  ^ 
qui  montrent  la  première  source  des  rites  sacrés  en  Espagne, 
On  y  trouve,  en  outre,  beaucoup  d'analogies  avec  la  Li- 
turgie gallicane,  et  ce  dernier  fait  a  donné  matière  à  une 
controverse  entre  les  savants  qui  ont  traité  de  la  Liturgie 
gothique.  Les  uns,  comme  les  PP.  Lesleus  et  Pinius, 
soutiennent,  dans  les  ouvrages  déjà  cités,  que  la  Liturgie 
gallicane  est  émanée  de  la  gothique  ;  d'autres,  parmi 
lesquels  Dom  Mabillon  (i)et  le  P.  Lebrun,  prouvent  contre 
eux  que  la  Liturgie  gallicane  est  antérieure  à  l'époque  à 
laquelle  a  dû  se  former  la  gothique. 

Nous  avons  montré,  en  effet,  comment  l'origine  des 
principales  Églises  des  Gaules  est  orientale  :  ce  qui  explique 
suffisamment  l'existence  d'une  Liturgie,  dans  ces  contrées, 
totalement  différente  de  la  romaine,  et,  par  suite,  analogue 
en  quelque  chose  à  la  gothique,  dont  la  source  est  la  même. 
Nous  avons  donné  les  noms  des  principaux  auteurs  de  la 
Liturgie  gallicane,  saint  Hilaire,  Musseus,  saint  Sidoine 
Apollinaire,  etc.,  qui,  certes,  n'ont  pas  été  chercher  en 
Espagne  les  usages  antiques  qui  furent  corrigés  et  réformés, 
plutôt  qu'institués,  par  eux.  De  plus,  on  ne  s'expliquerait 

{i)  DeLiturgiaGallicana,  lib.  I,  cap.  iv. 


200  DIGRESSION   SUR   l'hISTOIRE 

INSTITUTIONS     pas  cctte  influence  si  intime  de  l'Eglise  d'Espagne  sur 

celle  des  Gaules,  influence  qui  ne  serait  justifiée  par  aucun 

monument  historique,  ni  même  rendue  possible  par  aucun 
genre  de  primauté  de  Tune  de  ces  Églises  à  l'égard  de  l'au- 
tre. Il  est  vrai  que,  dans  le  canon  du  quatrième  concile  de 
Tolède,  il  est  statué  qu'il  yi'y  aura  qu'un  inême  ordre  pout^ 
la  prière  et  la  psalmodie  dans  toute  l'Espagne  et  la  Gaule; 
mais  tout  le  monde  sait  qu'il  ne  peut  être  ici  question  que 
de  la  Gaule  narbonnaise,  soumise  alors  aux  mêmes  lois 
que  l'Espagne  elle-même.  Or,  outre  que  le  rite  gallican 
était  formulé  longtemps  avant  ce  concile,  et  qu'il  était  et 
est  resté,  en  somme,  différent  sur  beaucoup  de  points  du 
rite  gothique  proprement  dit,  il  serait  absurde  de  suppo- 
ser^ que  la  Gaule  narbonnaise  eût  fait  adopter  tous  ses 
usages  aux  autres  provinces  des  Gaules.  Tout  au  contraire, 
il  faudra  expliquer  les  incontestables  rapports  des  deux 
rites,  gallican  et  gothique,  par  l'intention  fort  raisonnable 
qu'eurent  les  compilateurs  de  ce  dernier  rite  d'y  retenir,  ou 
d*y  insérer  quelque  chose  qui  fût  analogue  aux  usages  de 
la  Gaule  narbonnaise,  par  le  même  motif  qui  leur  avait 
fait  garder  plusieurs  formules  et  fêtes  romaines,  et  qui  les 
avait  portés  à  conserver  pour  fond  principal  les  prières 
orientales  de  la  Liturgie  gothique. 

L'Église  Nous  terminerons  ce  que  nous   avions  à  dire  de  la 

p?î-v^em\      Liturgie  gothique,  appelée  plus  tard   mo\arabe  (du  nom 

iftur'^^^ue^dans  ^^^^  lequel  OU  désignait  les  chrétiens  qui  vivaient  sous 

son  sein,      \^  domination  des  Maures),  par  les  deux  observations 

mais  elle  ne  /  ^    a 

parvient  pas      suivantes  : 
à  garantir  , 

Torthodoxie  de       jo  L'Eglise  gothique  d'Espagne  parvint  à  établir  dans 

ses  livres 

son  sein  l'unité  liturgique;  elle  dut  cet  avantage  au  zèle 
de  ses  évêques  et  à  la  protection  de  ses  rois.  Mais  si 
elle  put  faire  qu'une  prière  uniforme  retentît  dans  tous  ses 
temples,  elle  ne  put  garantir  toujours  l'entière  pureté,  l'or- 

La  Liturgie        ,       ,       •        ,  .  ..  t        t  v         •  •      ' 

romaine  seule  thodoxie  de  ces  memes   prières.    La   Liturgie    romaine 

est  vierge  de  ,  .  ,  iit^    v  •    i 

toute  erreur,    seule  est  Vierge  de  toute  erreur,  comme  1  Eglise  qui  la 


DES   LITURGIES   PARTICULIERES   d'oCCIDENT  201 

promulgue.    Vers   la   fin   du   viii«   siècle,    Félix,  évêque       ^  partie 

Jr  O  7  7  1  CHAPITRE    VIII 

d'Urgel,  et  Elipand,  archevêque  de  Tolède,  troublèrent  " 

un  moment  l'Église  en  prêchant  une  hérésie  qui  aurait  fait     Vers  la  fin 

.         .  du  viii^  siècle 

rétrograder   le  christianisme    jusqu'aux    dogmes   impies    Félix,  évêque' 
d'Arius.  Non  contents  de  s'appuyer  sur  de  fausses  citations     et  Eii^paVd, 
des  Pères,  ils  alléguèrent  l'autorité  de  la  Liturgie  d'Espa-  "''tS!"^" 
gne,   produisant   plusieurs    passages    dans    lesquels    les    une^^ér'^^' 
termes  à'adoptif  et  à^ adoption  étaient  appliqués  à  Jésus-  ,    analogue 

J^     ^  ■*  ^  .  ,   .    ,  ^  larianisme  et 

Chrit,  et  ajoutant  que  ces  oraisons  avaient  été  récitées  et      cherchent 

,  .  ^  -TU  à  l'autoriser 

par  conséquent  approuvées  par  saint  Eugène,  saint  llde-   par  des  textes 

fonse  et  saint  Julien,  évêques  de  Tolède.  Il  est  possible    à  la  Liturgie 

aussi  que  Félix  et  Elipand  eussent  altéré  par  eux-mêmes      ^°    '^^^^' 

les  passages  susdits.  Quoi  qu'il  en  soit,  dans  l'une  et  l'autre 

hypothèse,  le  danger  des  Liturgies  nationales  n'en  était 

pas  moins  mis  dans  tout  son  jour.  C'est  ce  que  sentirent 

les   évêques   du  concile  tenu  à  Francfort  en   794,  qui, 

dans   les    paroles    suivantes,    montrèrent    éloquemment 

qu'une  seule  Liturgie  peut  être  citée  comme  vraiment  et 

nécessairement  pure  et  orthodoxe,  savoir  la  Liturgie  de 

l'Eglise  romaine.    «  Mieux   vaut,  »  disent-ils    aux   deux       Réponse 

,    ^  ,        .  ,  .  ,        .    du  concile  tenu 

eveques  prévaricateurs,  «  mieux  vaut  en  croire  le  temoi-     à  Francfort 

«  gnage  de  Dieu  le  Père  sur  son  propre  Fils,  que  l'auto-  '^^^^' 

«  rite  de  votre  Ildefonse,  qui  vous  a  composé,  pour  la 

«  solennité  des  messes,  des  prières  qui  sont  telles,  que  la 

«  sainte  et  universelle  Eglise  de  Dieu  les  ignore,  et  que 

«  nous-mêmes  ne  pensons  pas  que  vous  puissiez   être 

«  exaucés  en  les  prononçant.  Que  si  votre  Ildefonse,  dans 

«  ses  oraisons,  donne  au  Christ  le  nom  âiadoptif,  notre 

«  Grégoire,  pontife  du  Siège  de  Rome  et  docteur  illus- 

«  tre   dans  tout  l'univers,   l'appelle  toujours,   dans   ses 

«  oraisons.  Fils  unique  (i).  »  Les  Pères  du  concile  aliè- 


(ij  Melius  est  testimonio  Dei  Patris  credere  de  suo  Filio  quam  Ildefonsi 
vestri,  qui  taies  vobis  composuit  preces  in  missarum  solemniis,  quales 
universalis  et  sancta  Dei  non  habet  Ecclesia,nec  vos  in  illis  exaudiri  puta- 


202  DIGRESSION   SUR   l'hISTOIRE 

INSTITUTIONS    CTuciit  ciisuite  plusieurs  oraisons  du  Sacramentaire  gré- 

LITURGIQUES  ,  ^ 

~  '  gorien. 

Aicuin  compose      Peu  après,   Alcuin  composa  un  traité   en  sept  livres 

un  ouvrage  \  ^  ^  ^ 

contre  Félix    Contre  Felix,  et  il  ne  manqua  pas  dV  réfuter  Tobjection 

et  le  réfute  .  . 

par  rautorité   que  ces  sectaires  tiraient  des  oraisons  du  Missel  gothique. 

de  la  Liturgie        ^^  j.    «i    »     t-"i-  i^'    '  ' 

romaine.  «  ^l^^  VOUS  ayez,  dit-il  a  telix,  altère  ces  témoignages, 
«  ou  qu'ils  soient  réellement  tels  que  vous  les  proférez, 
«  il  n'y  a  pas  lieu  à  s'en  occuper  beaucoup.  C'est  bien 
«  plutôt  sur  Pautorité  de  Rome  que  sur  Tautorité  de  l' Es- 
te pagne  que  nous  souhaitons  appuyer  la  vérité  de  notre 
«  foi.  Ce  n'est  pas  néanmoins  que  nous  réprouvions  l'au- 
«  torité  de  l'Espagne,  dans  les  choses  sur  lesquelles  elle 
«  n'est  pas  en  désaccord  avec  l'Église  universelle.  Mais 
«  l'Eglise  romaine,  qui  doit  être  suivie  par  tous  les 
«  catholiques  et  tous  les  vrais  croyants,  professe  dans  la 
«  solennité  des  messes,  comme  dans  tout  ce  qu'elle  écrit, 
«  que  c'est  le  Fils  véritable  de  Dieu  qui  a  daigné  se  faire 
«  homme  pour  notre  salut  et  subir  le  tourment  de  la 
«  Croix  (i).  »  Alcuin  cite  ensuite  les  oraisons  de  la  messe 
de  Noël,  du  mercredi  de  la  Semaine  sainte,  etc.  Cet  évé- 
nement porta  les  évêques  d'Espagne  à  veiller  sévèrement 
sur  la  pureté  de  la  Liturgie  gothique,  et  aujourd'hui  ces 

mus.  Etsilldefonsus  vesterin  orationibus  suis  Christum  Adoptivumnomi- 
navit,  noster  vero  Gregorius,  Pontifex  Romanae  Sedis,  et  clarissi- 
mus  toto  orbe  Doctor,  in  suis  orationibus  semper  eum  Unigenitum 
nominare  non  dubitavit.  [Concil.  Franco  for diense.  Labb.,  tom.  VII, 
pag.  1034.) 

(i)  Sed  sive  mutata,  sive  ut  ab  eis  sunt  dicta  haec  eadem  testimonia  a  te 
sint  posita,  non  magnopere  curandum  est;  nos  enim  Romana  plus  auc- 
toritate  quam  Hispana,  veritate  adsertionis  et  fidei  nostrae  fulciri  deside- 
ramus;  licetnecilla  reprobemus,inhis  tamen  quaecatholicedicuntur.Unus- 
quisque  in  hoc  serefutatum  sciât,  in  quo  ab  universali  dissentit  Ecclesia. 
Romana  igitur  Ecclesia  quae  a  catholicisetrectecredentibus  sequenda  esse 
probatur,  se  per  verumFilium  Dei  et  in  missarum  solemniis.  etincaeteris 
quoque  omnibus  scriptissuis,vel  inepistolisfaterisolet,  eum  qui  pronostra 
salute  homo  fieri  dignatus  est,  et  crucis  subire  tormentum.  [Aîcuinus  con- 
tra Felicem  Urgelitanum,  lib.  VII,  Opp.  tom.  II,  pag.  856.) 


DES   LITURGIES   PARTICULIERES   d'OCCIDENT  2o3 

livres  ne  gardent  plus  aucune  trace  des  erreurs  ou  incor-       i  partie 

*-'  .  "^  ,  ^  CHAPITRE  VIII 

rections  que  Ton    eut   à  leur   reprocher   au  viii''  siècle.  

Toutefois,  on  voit  que  Rome  s'en  était  émue  ;  car  en  918,      Un  concile 
Ordogno,  roi  de  Léon,  et  Sisenand,  évêque  de  Compos-  à  Rome  en  918 
telle,  ayant  envoyé  un  prêtre  nommé  Jean,  vers  le  Siège  p^^j^  mrsTe/"^^ 
apostolique,  il  s'éleva  une  discussion  sur  le  Missel  gothi-       gothique. 
que,  et  il  fallut  le  jugement  d'un  concile   romain  tenu 
devant  le  Pape,  et  dans  lequel  on  examina  soigneusement 
les  prières  de  ce  Missel,  pour  en  certifier  la  pleine  ortho- 
doxie (i).   Nous  verrons  bientôt  la  sollicitude  du  Siège 
apostolique  s'alarmer  encore  des  dangers  de  cette   litur- 
gie particulière  d'une  grande  Église,  et  enfin  en  décréter 
Tabolition. 

2°  L'Église  gothique  d'Espagne  qui  fit,  comme  on  vient     ^^^^f^^^^^^^^ 
de  le  voir,   une  si  fâcheuse  expérience  des  dangers  qui    admis  par  le 

...  concile  de 

menaceront  toujours  l'orthodoxie  d'une  Liturgie  particu-   Braguede563 

,.^  .  •      ,/i  1  •  £  •    '  qi-^i  défend 

liere,  vit  aussi  s  élever  dans  son  sein  une  lausse  opinion  de  chanter  dans 
que  nous  retrouverons  ailleurs,  et  dont  l'application  serait      ^^au^unf  ^ 
destructive  du   caractère  traditionnel  do  la  Liturgie.  Le  „^2?^p°!^^*^^- 

c  poétique,  mais 

concile  de  Braque  tenu  en  563,  en  son  canon  douzième,    seulement  les 

^  '       ^  Psaumes 

s'exprimait  ainsi  :  «  Il  est  ordonné  que  l'on  ne  chantera  et  les  Écritures. 
a  dans  l'église  aucune  composition  poétique  :  rien,  hors 
tt  les  Psaumes  et  les  Ecritures  de  l'Ancien  et  du  Nouveau 
«  Testament;  ainsi  que  l'ordonnent  les  saints  canons  (2).  » 
Les  Pères  du  concile  font  sans  doute  allusion  à  une  dispo- 
sition du  concile  de  Laodicée,  en  3oo,  qui  ordonne  de 
rejeter  certains  psaumes  qui  avaient  été  fabriqués  et  avaient 
cours  dans  le  peuple  (3).  Mais  la  mesure  sage  et  précise 

(i)  Baronius,  Annal,  ad  ann,  gi8.  Ambros.  Morales,  Chron.  Hispan., 
lib.  XV,  cap,  XLVii. 

{2)  Item  placuit  ut  extra  Psalmos,  vel  canonicarum  Scripturarum  Novi 
et  Veteris  Testament!,  nihil  poetice  compositum  in  Ecclesia  psallatur: 
sicut  et  sancti  praecipiunt  canones.  [Concil,  Bracar.,  Canon.  XII.  Labb., 
Tom.  IV. 

(3)  De  privatis  et  vulgaribus  psalmis  rejiciendis.  {Conc.  Laodic, 
Canon  LIX,  Labb.,  tom.  I,  pag.  iboS.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Protestation 

du  iv*'  concile 

de  Tolède. 


204  DIGRESSION    SUR   l'hISTOIRE 

du  concile  de  Laodicée  n'avait  rien  de  commun  avec  la 
prohibition  vague  et  générale  du  concile  de  Brague  qui, 
au  reste,  n'arrêtera  point  les  développements  de  la  Litur- 
gie gothique  et  qui  fut  énergiquement  improuvée  par  la 
protestation  du  quatrième  concile  de  Tolède,,  dont  voici 
les  paroles,  au  canon  treizième  qui  est  intitulé  De  non 
renuendo  proniinciare  Hymnos, 

«  Que  Ton  doive  chanter  des  hymnes,  nous  avons  pour 
ce  cela  l'exemple  du  Sauveur  et  des  Apôtres  ;  car  le  Sei- 
«  gneur  lui-même  dit  une  hymne,  comme  saint  Matthieu 
c(  nous  l'atteste  :  Et  hy?nno  dicto^  exierunt  in  montem  Oli^ 
a  veti ;qx  l'apôtre  Paul  écrivant  aux  Ephésiens,  leur  dit: 
«  Implemini  Spiritu  Sancto,  loquentes  vobismetipsis  in 
«  psalmis  et  hj^mnis  et  canticis  spiritualibus.  Il  existe, 
«  en  outre,  plusieurs  hymnes  composées  par  un  art 
«  humain,  pour  célébrer  la  louange  de  Dieu  et  les  triom- 
«  phes  des  apôtres  et  des  martyrs,  comme  sont  celles 
«  que  les  bienheureux  docteurs  Hilaire  et  Ambroise  ont 
«  mises  au  jour.  Cependant  quelques-uns  réprouvent  ces 
«  hymnes  parce  qu'elles  ne  font  pas  partie  du  canon  des 
c<  saintes  Ecritures  et  ne  viennent  pas  de  tradition  aposto- 
«  lique.  Qu'ils  rejettent  donc  aussi  cette  autre  hymne 
«  composée  par  des  hommes,  que  nous  disons  chaque 
«  jour,  dans  l'office  public  et  privé,  à  la  fin  de  tous  les 
«  Psaumes  :  Gloria  Patri  et  Filio,  et  Spiritui  Sancto, 
«  in  secula  seculorum.  Amen.  Et  cette  autre  hymne  que' 
«  les  Anges  chantèrent  à  la  naissance  du  Christ  dans  la 
a  chair  :  Gloria  in  excelsis  Deo  et  in  terra  pax  hominibus 
«  bonce  voluntatis^  les  docteurs  ecclésiastiques  n'y  ont-ils 
a  pas  ajouté  une  suite  ?  Faut-il  donc  qu'on  cesse  de  la 
ce  chanter  dans  les  églises,  parce  qu'on  ne  trouve  point; 
ce  cette  suite  dans  les  Écritures  saintes  ?  On  compose  donc- 
ce  des  hymnes,  comme  on  compose  des  messes,  des, 
ce  prières  ou  oraisons,  des  recommandations,  des  impo- 
ce  sitions  de  mains  ;  et  si  on  ne  devait  plus  réciter  aucun( 


DES   LITURGIES   PARTICULIERES   d'oCCIDENT  2o5 

«  de   ces   formules  dans   l^Édise,   autant  vaudrait  faire       i  partie 

.  CHAPITRE  VIII 

a  cesser  les  offices  ecclésiastiques  (i).  »  ' 

Ce  sage  canon  vengea  les  véritables  principes  en  ma- 
tière de  Liturgie,  et  on  ne  voit  pas  que  ce  zèle  indiscret 
pour  les  Écritures  saintes,  comme  seule  matière  de  la 
Liturgie,  se  soit  permis,  depuis  lors,  en  Espagne,  de  nou- 
velles manifestations.  Nous  ne  tarderons  pas  à  le  rencon- 
trer en  France. 

Nous  nous  sommes  appliqué  dans  les  deux  chapitres 
précédents  à  recueillir  les  noms  et  les  travaux  des  Litur- 
gistes  de  FEglise  gothique  d^Espagne  :  nous  aurons  occa- 
sion, dans  la  suite,  de  faire  connaître  en  détail  ses  rites  et 
ses  offices. 

Si  nous  passons  maintenant  aux  Iles- Britanniques  pour     Les  Églises 

*'  des  IleS"* 

y  explorer  la  Liturgie  qu^on  y  observait,  avant  rétablisse-    Britanniques 

I        .  .  ,  1        j-zc      1    '     ont  dû  recevoir 

ment  du  rite  romain,  nous  trouvons  de  grandes  dimcultes       de  Rome 
pour   donner  quelque   chose  de  certain.   Cette  Liturgie  prfmitive,"  m'ais 
devait  être  venue  primitivement  de  Rome,  puisque  la  foi  ^^a^yofr'knkF^ 
fut  plantée  chez  les  Bretons  par  des  missionnaires  envoyés,  ^^^^aUJc^nr^^^ 
au  II*'  siècle,  par  le  pape  saint  Eleuthère,  sur  la  demande 
d^un  roi  de  cette  île,  nommé  Lucius.  Mais,  à  cette  époque, 
la  Liturgie   romaine   devait  être  encore  à  son  enfance; 
et,  transplantée  dans  une  région  si  écartée,  isolée  promp- 
tement  de  sa  source,  elle  avait  dû  subir  plus  d'une  altéra- 
tion, ou  au  moins  recevoir  quelques  développements  analo- 
gues aux  moeurs  de  la  contrée.  Il  y  a  également  des  raisons 
de  penser  que  la  Liturgie  gallicane  aurait  pu  fournir  aussi 
ses  formes  plus  ou  moins  complètes  aux  Églises  de  ces 
îles.  On  sait  que  saint  Patrice,  saint  Germain  d'Auxerre, 
saint  Loup  de  Troyes,  qui  ont  eu  tant  d'influence  sur  les 
églises  des  Iles-Britanniques,  étaient  Gaulois,  ou  du  moins 
avaient  été  élevés  dans  les  Gaules.  La  question  qu'adressa 
saint  Augustin  à  saint  Grégoire^  au  sujet  de  la  diversité  des 

(i)   Vid.  la  Note  G. 


206  DIGRESSION   SUR   L^HISTOIRE 

INSTITUTIONS    Litumles,  et  la  réponse  du  Pape  qui  lui  permet  d^unir 

LITURGIQUES  t    i        t  •  •  il-  11 

' ensemble  les  rites  romams  et  gallicans,  semble  montrer 

assez  clairement  que  saint  Augustin  avait  rencontré  quel- 
ques vestiges  de  ces  derniers  dans  Tîle  qu'il  évangélisait, 
et  qui,  bien  que  retombée  en  grande  partie  dans  Fidolâtrie, 
par  suite  de  Finvasion  saxonne,  gardait  cependant  un 
faible  débris  de  Tancienne  Eglise  des  Bretons.  Quant  à 
rirlande  considérée  à  part,  Mabillon  pense  que  lorsque 
saint  Bernard  raconte,  dans  la  vie  de  saint  Malachie,  que 
ce  grand  évêque  changea  les  coutumes  barbares  des  chré- 
tiens de  cette  île  pour  les  usages  romains,  il  faut  enten- 
dre que  jusqu'alors  on  avait  conservé  un  rite  particulier 
dans  cette  île  (i).  Nous  avons  parlé  ailleurs  de  FAntipho- 
naire  du  monastère  de  Benchor,  publié  par  Muratori,  seul 
débris  qui  nous  reste  des  formes  liturgiques  gardées  ancien- 
nement en  Irlande. 
V.  La  Liturgie  H  nous  reste  enfin  à  parler  de  la  Liturgie  monastique 
ou  bénédictine  OU  bénédictine.  De  même  que  la  Règle  de  saint  Benoît 

telle  que  saint  ,  .^^    i         -n  ^    i 

Benoît  l'a  fixée  remplaça   presque  aussitôt  .les    Règles    monastiques  qui 

^  t^a^règk^*^     Pavaient  précédée  en  Occident^  de  même  aussi  la  forme 

les^monasrères  d'office  qui  y  est  établie  succéda  bientôt  aux  autres  ordres 

d'Occident.     ^^  psalmodie  gardés  jusque-là  dans  les  monastères.  Nous 

détaillerons  ailleurs  les  particularités  de  cette  Liturgie  ; 

mais  nous  devons  expliquer  tout  d'abord  les  raisons  de  la 

dissemblance  qui  règne  entre  la  forme  de  l'office  monas- 

pafrfarche      tique  et  Celle  des  offices  de  Rome.  On  voit  par  le  texte 

sciemment  des  ^^'^'^^  ^^  ^^  Règle  de  Saint  Benoît,  que  ce  saint  patriarche 

usages  romams.  g'est  écarté  à  dessein  des  usages  romains,  comme  lorsqu'il 

dit  :  «  Chaque  jour^  on  chantera  à  Laudes  un  cantique  tiré 

«  des  Prophètes,  savoir  le  même  que  chante  l'Eglise  ro- 

«  maine,  sicut  psallit  Ecdesia  Romana  (2).  »  Amalaire 

Fortunat  dit  à  ce  sujet  :  «  Nous  ne  devons  pas  croire  que 

(i)  De  Liturgia  Gaîlicana,  lib.  I,   cap.  ii.  Gerbert,  de  Veteri  Liturgia 
Alemannica,  disquisit.  II,  cap.  i. 
{2)  Reg.  S.  Benedictiy  cap.  xiii. 


I 


DES   LITURGIES   PARTICULIERES   d'oCCIDENT  207 

«  cet  illustre  Père  ait  ainsi  disposé  toutes  ces  choses  sans 
«  mystère;  mais,  de  même  que  Toffice  des  clercs  ne  porte 
«  aucun  préjudice  à  celui  des  moines,  ainsi,  réciproque- 
«  ment,  Toffice  monastique  confirme  celui  des  clercs  (i).  » 
Walafride  Strabon  nous  donne  la  raison  de  cette  diffé- 
rence dans  les  offices  :  «  C'est  aussi,  dit-il,  un  ordre  d'offi- 
ce ces  louables  que  celui  qu'a  donné  aux  moines  le  Bien- 
oc  heureux  Père  Benoît,  lorsqu'il  a  voulu  que  ceux  que 
«  leur  profession  sépare  du  reste  des  hommes,  s'appli- 
«  quassent  aussi  à  payer,  dans  une  plus  forte  proportion 
«  que  les  autres,  le  tribut  accoutumé  du  divin  service  {2).  » 
Honorius  d'Autun  rendant  compte,  à  son  tour,  du  motif  de 
cette  divergence,  ajoute  encore  la  considération  suivante  : 
«  Il  faut  savoir,  dit-il,  que  c'est  avec  une  souveraine 
«  sagesse  que  cet  homme  rempli  de  l'esprit  de  tous  les 
«  justes  a  voulu  que  de  même  que  la  vie  contemplative 
«  est  distinguée  de  la  vie  active  par  l'habit,  elle  en  fût 
«  aussi  distinguée  par  l'office  divin,  rendant  plus  recom- 
«  mandable,  par  ce  privilège,  la  religion  de  la  discipline 
«  monastique  (3).  »  Aussi  voyons-nous  que  le  Siège 
apostolique  a,  dans  tous  les  temps,  sanctionné  la  forme 


I  PARTIE 
CHAPITRE   VIII 


Raisons  de  ces 
différences 

d'après 
Amalaire, 
Fortunat, 
Walafride 

Strabon 

et  Honorius 

d'Autun. 


(i)  Nequaquam  itaque  fatendum  est  hune  talem  patrem  absque  mys- 
terio  cuncta  disposuisse:  et  sicut  cléricale  officium  monastico  non  praeju- 
dicat,  ita  reciproco  actu  monasticum  cléricale  comprobat.  (Amalarius, 
De  Officiis  divinis,  cap.  xlviii.  D.  Mabillon,  Vet.  Analecta,  tom.  II, 
pag.  96.) 

(2)  Est  etiam  ille  ordo  officiorum  laudabilis  quem  beatus  Pater  Bene- 
dictus  monachis  constituit  observandum,  scilicet  ut  qui  proposito  a  ceete- 
ris  discernuntur,  etiam  continuas  servitutis  penso,  aliquid  ampiius  caete- 
ris  persolvere  studeant.  (Walafrid.  Strabo,  de  Rébus  ecclesiasticis, 
cap.  XXV.) 

(3)  Quaeritur  cur  sanctus  Benedictus  aliter  monachis  horas  ordinaverit, 
quam  mos  Ecclesise  habuerit,  vel  cur  praecipuus  Apostolicorum  Grego- 
rius  hoc  sua  auctoritate  probaverit.  Sed  sciendum  est  hoc  sapientissima 
dispositione  provisum,  utpote  a  viro  pleno  Spiritu  omnium  justorum, 
scilicet  ut  contemplativa  sicut  habitu,  ita  etiam  officio  ab  activa  discerne- 
,retur  et  monasticae  disciplinae  religio  hoc  privilégie  commendaretur.  (Ho- 
norius Augustodun.  Gemma  animœ,  lib.  II,  cap.  lxv.) 


208  DIGRESSION    SUR   l'hISTOIRE 

INSTITUTIONS    (Ic  l'Officc  bénédlctin,  comme  un  précieux  reste  de  Tan- 
LITURGIQUES  ^  ^j^^j^^  ^^  yj^  moHument  de  la  piété  monastique  qui  doit 

paraître  surtout  dans  la  célébration  incessante  des  offices 
divins. 
Points  de  D'un  autre  côté,  TOrdre  bénédictin,  pour  montrer  son 

'^^Lhurgie  ^    attachement  à  TÉglise  romaine,  s'est  fait  de  bonne  heure 
"^^la^UturgiT^^  ^1^   devoir   de   compléter  Fensemble  de    ses  offices,    en 
romaine.      adoptant,  aves  les  fêtes  du  Calendrier  romain,  toutes  les 
pièces  du  Responsorial  grégorien  qui  se  trouvaient  com- 
patibles avec  la  forme  de  l'office  monastique  ;  et,  quant  à 
ce  qui  est  du  saint  sacrifice  de  la  messe,  dans  tous  les 
temps  et  dans  tous  les  lieux,  il  s'y  est  toujours  servi  des 
Sacramentaires   et  Antiphonaires    romains.    Seulement, 
on  voit  par  plusieurs  anciens  manuscrits  des  principaux 
monastères  de  l'Europe,  que,  jusqu'à  une  époque  assez 
rapprochée,   les    Sacramentaires   dont    se  servaient    les 
moines,    quoique    formés    du    grégorien   pour    la   plus 
grande  partie,  avaient  retenu  plusieurs  choses  du  gélasien. 
Familles  La    Liturgie    monastique    est    suivie    par    toutes  les 

de    moines   qui  ^.,11  •  •  1  ^^.ii  «t^a 

suivent  familles  de  moines  qui  gardent  la  règle  de  saint  Benoit, 
monasd^que.  et  SOUS  ce  nom  il  faut  entendre,  non-seulement  les  moines 
noirs  proprement  dits,  mais  encore  les  camaldules,  les 
cisterciens,  les  olivétains,  ceux  de  Vallombreuse,  les 
célestins  et  même  les  chartreux,  quoique  ces  derniers 
aient  retenu  plusieurs  coutumes  qui  leur  sont  propres. 
Conclusions.  Nous  conclurons  ce  chapitre  en  faisant  ressortir, 
suivant  notre  usage,  les  inductions  qui  se  présentent  à  la 
suite  des  faits  qui  y  sont  énoncés. 

En  premier  lieu,  on  voit  qu'il  y  a  eu  dans  l'Occident  1 
plusieurs  Liturgies  plus  ou  moins  différentes  de  la  Litur- 
gie romaine,  et  qu'il  y  en  a  même  encore  quelques-unes, 
mais  que  ces  Liturgies  remontent  à  une  haute  antiquité  ; 

En    second  lieu,  que    ces    Liturgies   particulières  ont 
toujours    tendu    à    se  fondre  plus    ou   moins   dans  Isl  ^ 
romaine  ; 


DES   LITURGIES   PARTICULIERES   D^OCCIDENT  209 

En  troisième  lieu,  que  leur  qualité  de  Liturgies  parti- 
culières les  a  souvent  exposées  au  danger  de  Taltération 
et  de  la  corruption  ; 

En  quatrième  lieu,  que  c'est  une  idée  fausse  et  contra- 
dictoire, en  matière  de  Liturgie,  que  de  prétendre  n'em- 
ployer dans  les  offices  divins  que  les  seules  paroles  des 
saintes  Écritures,  à  Texclusion  du  langage  de  la  tradition  ; 

En  cinquième  lieu,  que  dans  toutes  les  églises,  la  Litur- 
gie a  toujours  été  considérée  comme  une  chose  capitale,  à 
laquelle  le  clergé  et  le  peuple  prenaient  le  plus  ardent 
intérêt;  en  sorte  qu'on  n'y  pouvait  toucher  sans  exciter 
des  troubles  considérables. 


I    PARTIE 
CHAPITRE   VIII 


T.    I 


H 


210  DIGRESSION   SUR   l'hISTOIRE 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


NOTES  DU  CHAPITRE  VIII 

NOTE  A 

Extrait  d'une  lettre  de  saint  Charles  Borromée,  à  Monseigneur  César 
Speciano,  Protonotaire  apostolique,  à  Rome.  (Lebrun,  Explication  de  la 
Messe,  tom.  II.) 

M.  R.  S.  Je  dois  avoir  et  je  conserve  tant  de  respect  pour  notre  Saint- 
Père,  qu'il  peut  être  assuré  que  je  prendrai  toujours  en  bonne  part  tout 
ce  qu'il  aura  ordonné;  je  me  sens  pourtant  obligé  de  lui  représenter 
combien  serait  opposé  au  service  de  Dieu  ce  que  je  vois  qui} résulterait  de 
la  résolution  qu'on  a  extorquée  avec  peu  de  sincérité,  et  par  des  vues 
peu  conformes  à  la  bonne  volonté  de  Sa  Sainteté.  Je  dis  ceci  à  l'occasion 
du  bref  accordé,  comme  vous  me  le  marquez,  au  gouverneur,  pour  faire 
dire  la  messe  selon  le  rite  romain  dans  toutes  les  églises  où  il  ira.  Si 
notre  Saint-Père  ne  remédie  à  cette  concession,  je  suis  persuadé  qu'elle 
produira  beaucoup  d'inconvénients  que  vous  pouvez  prévoir  vous-même, 
à  cause  de  l'usage  qu'il  pourra  faire  de  la  permission  qu'il  a  obtenue 
après  tant  d'empressement. 

Il  y  a  dans  cette  ville  un  grand  nombre  d'églises  de  réguliers  où  l'on 
peut  entendre  la  messe  à  l'usage  de  Rome.  Sa  Sainteté  lui  avait  déjà  per- 
mis de  la  faire  dire  dans  sa  chapelle,  et  je  ne  lui  ai  jamais  refusé  une 
semblable  permission.  Qu'est-ce  qui  l'a  pu  porter  présentement  à  abuser 
de  la  bonté  de  Sa  Sainteté  pour  obtenir  une  chose  qu'il  ne  s'était  jamais 
avisé  de  demander  depuis  tant  d'années  qu'il  est  gouverneur,  non  plus 
que  ses  prédécesseurs,  ni  le  Roi,  ni  les  souverains  de  cet  Etat,  ni  même 
les  légats  qui  ont  passé  par  ici,  ou  qui  y  ont  demeuré,  autant  que  je 
puis  le  savoir?  Je  puis  citer  un  exemple  dont  j'ai  été  témoin,  c'est  celui 
du  cardinal  Moroni  qui,  quoique  légat  avec  une  pleine  autorité,  étant 
venu  au  Dôme,  entendit  une  messe  basse  suivant  le  rite  ambrosien  ;  et  le 
Visiteur  apostolique  n'y  a  jamais  dit  la  messe,  pour  ne  pas  introduire 
dans  cette  église  un  usage  différent  de  celui  qui  est  si  ancien. 

Quand  il  a  été  nécessaire  pour  la  commodité  des  prêtres  étrangers, 
Ou  des  religieux  qui  faisaient  la  quête,  je  leur  ai  facilement  accordé  de 
dire  la  m.esse  suivant  leur  rite  dans  les  lieux  du  diocèse  où  il  n'y  a  ni 
église,  ni  chapelle  du  rite  romain,  et  quoique  je  l'aie  fait  avec  restric- 
tion, cela  n'a  pas  laissé  de  causer  quelquefois  des  murmures  et  du  déplai- 
sir au  clergé.  Lorsqu'une  fois  je  permis  de  la  dire  dans  l'église  de  Saint- 
Ambroise  de  Milan  pour  favoriser  la  dévotion  d'un  religieux,  qui  ne 
devait  la  dire  que  dans  une  chapelle  obscure  et  secrète,  on  en  fit  tant  de 


DES   LITURGIES   PARTICULIERES   d'oCCIDENT  2  I  I 

bruit  et  il  y  eut  tant  de  dépositions,   que  je  fus  d'abord  ^obligé  de  larévo-  i  PARTig 

quer,  en  sorte  qu'elle  n'eut  aucun  effet.  chapitre  yiii 

Je  laisse  à  juger  ce  que  produirait  cette  permission  accordée  à  un 
magistrat  aussi  considérable  qu'est  le  gouverneur  qui, 'sans  aucun  besoin, 
s'en  servirait  dans  les  principales  églises  de  la  ville  où  il  a  accoutumé 
d'aller  accompagné  d'un  grand  nombre  de  personnes,  particulièrement 
les  jours  de  fête  et  lorsqu'il  y  a  musique Vous  parlerez  à  notre  Saint- 
Père  conformément  à  cette  lettre,  afin  qu'il  remédie  à  cette  conces- 
sion...... 

De  la  Vallée  de  Gerça,  le  12  novembre  1578. 

NOTE  B 

Cœtus  honorifici  decus  et  gradus  ordinis  ampli, 

Quos  colo  corde,  fide,  religione  patres  : 
Jamdudum  obliti  desueto  carminé  plectri, 

Gogitis  antiquam  me  renovare  lyram. 
En  stupidis  digitis  stimulatis  tangere  chordas, 

Gum  mihi  non  solito  currat  in  arte  manus. 
Scabrida  nunc  resonat  mea  lingua  rubigine  verba, 

Exit  et  incompto  raucus  ab  ore  fragor. 
Vix  dabit  in  veteri  ferrugine  cotis  acumen, 

Aut  fumo  infecto  splendet  in  aère  color. 
Sed  quia  dulcedo  pulsans  quasi  malleus  instat; 

Et  velut  incude  cura  relisa  terit. 
Pectoris  atque  mei  succenditis  igné  caminum 

Unde  ministratur  cordis  in  arce  vapor; 
Obsequor  hinc,  quia  me  veluti  fornace  recocto, 

Artis  ad  officium  vester  adegit  amor. 
Gelsa  Parisiaci  cleri  reverentia  pollens, 

Ecclesiae  genium,  gloria,  munus,  honor. 
.  Carminé  Davidico  divina  poemata  pangens, 

Gursibus  assiduis  dulce  revolvit  opus, 
Inde  sâcerdotes,  Leviticus  hinc  micat  ordo, 

lllos  canities,  hos  stola  pulchra  tegit. 
lUis  pallor  inest,  rubor  his  in  vultibus  errât, 

Et  candent  rutilis  lilia  mixta  rosis. 
Illi  jam  senio,  sed  et  hi  bene  vestibus  albent, 

Ut  placeat  summo  picta  corona  Deo. 
In  medio  Germanus  adest,  antistes  honore. 

Qui  régit  hinc  juvenes,  subrigit  inde  senes. 
Levitae  praeeunt  ;  sequitur  gravis  ordo  ducatum  ; 

Hos  gradiendo  movet,  hos  moderando  trahit. 
Ipse  tamen  sensim  incedit,  velut  alter  Aaron; 

Non  de  veste  nitens,  sed  pietate  placens. 


212  DIGRESSION    SUR   L^HISTOIRE 

INSTITUTIONS  Non  lapidcs,  coccus  cidarim,  aurum,  purpura,  byssus, 

LITURGIQUES  E^^omaiit  humeros,  sed  micat  aima  fides. 

Iste  satis  melior  veteri  quam  lege  sacerdos, 

Hic  quia  vera  colit,  quod  prius  umbra  fuit. 
Magna  futura  putans,  praesentia  cuncta  refellens, 

Antea  carne  carens,  quam  caro  fine  ruens. 
Sollicitus,  quemquam  ne  devoret  ira  luporum, 

Colligit  ad  caulas  pastor  opimus  oves. 
Assiduis  monitis  ad  pascua  salsa  vocatus, 

Grex  vocem  agnocens,  currit  amore  sequax. 
Miles  ad  arma  celer,  signum  mox  tinnit  in  aures, 

Erigit  excusso  membra  sopore  toro. 
Advolat  ante  alios,  mysteria  sacra  requirens, 

Undique  quisque  suo  templa  petenda  loco. 
Flagranti  studio  populum  domus  irrigat  omnem, 

Certatimque  monent,  quis  prior  ire  valet. 
Pervigiles  noctes  ad  prima  crepuscula  jungens, 

Construit  angelicos  turba  verenda  choros. 
Gressibus  exertis  in  opus  venerabile  constans, 

Vim  factura  polo,  cantibus  arma  movet. 
Stamina  psalterii  lyrico  modulamine  texens, 
Versibus  orditum  carmen  amore  trahit. 
Hinc  puer  exiguis  attemperat  organa  cannis, 
Inde  senex  largam  ructat  ab  ore  tubam. 
Cymbalicse  voces  calamis  miscentur  acutis, 

Disparibusque  tropis  fistula  dulce  sonat. 
Tympana  rauca  senum  puerilis  tibia  mulcet, 

Atque  hominum  reparant  verba  canora  lyram. 
Leniter  iste  trahit  modulus,  rapit  alacer  ille, 

Sexus  et  aetatis  sic  variatur  opus. 
Triticeas  fruges  fervens  terit  area  Christi, 

Horrea  quandoquidem  construitura  Dei. 
Voce  Creatoris  reminiscens  esse  beatos, 

Quos  Dominus  vigiles,  dum  redit  ipse,  videt. 
In  quorum  meritis,  animo,  virtute,  fideque, 
Tegmine  corporeo  lumina  quanta  latenf  ! 
Pontificis  monitis  clerus,  plebs  psallit  et  infans, 

Unde  labore  brevi  fruge  replendus  erit. 
Sub  duce  Germano  felix  exercitus  hic  est, 
Moses,  tende  manus,  et  tua  castra  juva. 

(Venant a  Fort unati  opéra,  lib.  II,  caputxiii.  Edit.  Luchi.) 

NOTE  G 

De  hymnis  etiam  canendis,  et  Salvatoris  et  Apostolorum  habemus  exem- 
plum  :  nam  et  ipse  Dominus  hymnum  dixisse  perhibetur,  Matthseo  Evan- 


DES  LITURGIES  PARTICULIERES  D  OCCIDENT  2l3 

gelista  testante  :Et  hymno  dicto,  exierunt  in  montem  Oliveti.  (Matth.  xxvi.)  i  partie 
Et  Paulus  Apostolus  ad  Ephesios  scripsit,  dicens  :  Implemini  Spiritu,  lo-  chapitre  viii 
quentes  vos  in  psalmis,  et  hymnis,  et  canticis  spiritualibus.  (Ephes.  v.)  Et 
quia  nonnulli  hymni  hurnano  studio  in  laudem  Dei,  atque  Apostolorum 
et  Martyrum  triumphos  compositi  esse  noscuntur^  sicut  hi  quos  beatissimi 
Doctores  Hilarius  atque  Ambrosius  ediderunt,  quos  tamen  quidam  specia- 
liter  reprobant,  pro  eo  quod  de  Scripturis  sanctorum  canonum,  vel  apos- 
tolica  traditione  non  existunt;  respuant  ergo  et'illum  hymnum  ab  homi- 
nibus  compositum,  quem  quotidie  publico  privatoque  Officio,  in  fine  om- 
nium psalmorum  dicimus  :  Gloria  et  honor  Patri,  et  Filio,  et  Spiritui 
sancto,  in  secula  seculorum.  Amen.  Nam  et  ille  hymnus,  quem,  nato  in 
carne  Christo,  Angeli  cecinerunt  :  Gloria  in  excelsis  Deo,  et  in  terra  pax 
hominibus  bonce  voluntatis;  reliqua  quas  ibi  sequuntur,  ecclesiastici  Docto- 
res composuerunt.  Ergo  nec  idem  in  Ecclesiis  Scanendus  est,  quia  in  Scrip- 
turarum  sanctarum  libris  non  invenitur.  Componuntur  ergo  hymni,  sicut 
componuntur  missae,  sive  preces  vel  orationes,  sive  commendationes,  seu 
manus  impositiones  :  ex  quibus  si  nuUa  dicantur  in  Ecclesia,  vacant  Offi- 
cia omnia  ecclesiastica.  {Concil.  Toletanum  JVj  canon,  xiii.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  IX 

AUTRE  DIGRESSION  SUR  l'hISTOÏRE  DES  LITURGIES  ORIEN- 
TALES :  —  LITURGIES  APOSTOLIQUES  ;  —  GRECQUE  MEL- 
CHITE  ;  *—  COPTE,  ÉTHIOPIENNE,  SYRIENNE,  ARMÉNIENNE, 
POUR  LA  SECTE  MONOPHYSITE  ;  —  COPTE,  SYRIENNE,  ARMÉ- 
NIENNE UNIES  ;  —  MARONITE  ;  -^  ET  CHALDÉENNE,  POUR  LA 
SECTE  NESTORIENNE. 


Les  Églises  Lcs  Liturgîes  des  Églises  de  POrient  offrent  à  Tobserva- 

au^ixe  s?ède^  teur  un  spectacle  bien  différent  de  celui  que  lui  présentent 

toufSîfférent  ^^^  Liturgies  de  FOccident.  Déjà  notre  histoire  est  arrivée 

présentenïïe^s  ^^  ^^^  siècle,  et  les  progrès  de  la  Liturgie  dans  PÉglise 

Églises  latine,  loin  de  s'arrêter,  promettent  de  s'étendre  et  de  se 

d'Occident,  ,        '  .,  .  -      .  . 

spécialement    développer  dans  les  siècles  suivants  :  dans  PEglise  orien- 

au  point  de  vue      ,  .  i^i  -k    ^  ,  a*/-. 

de  la  Liturgie,  taie,  au  contraire,  des  le  ix*  siècle,  tout  s  apprête  a  finir 
pour  la  Liturgie,  comme  pour  Funité  et  la  dignité  du 
christianisme. 

Point  de  départ     Cependant  le  point  de  départ  de  la  Liturgie  dans  FOrient 

de  la  Liturgie    ^      .  ,,  t  •  •       i      ^  • 

imposant  fut  imposant  :  elle  commença,  comme  Liturgie  chrétienne, 
à  Jérusalem,  non-seulement  par  les  actes  et  les  paroles  du 
Rédempteur  des  hommes,  mais  encore  par  les  ordonnances 
des  Apôtres  qui  fixèrent,  ainsi  que  nous  Favons  dit,  la  forme 
dans  laquelle  devaient  être  célébrés  les  mystères  chrétiens. 
Devant  traiter,  dans  une  des  divisions  spéciales  de  cet 
ouvrage,  tout  ce  qui  a  rapport  aux  livres  liturgiques  de 
toutes  les  Eglises,  nous  ne  ferons  ici  qu'une  brève  énumé- 
ration  des  diverses  formes  usitées  dans  les  Églises  orien- 
tales, pour  les  offices  divins, 
aijostoilques        D'abord,    viennent   les   Liturgies    apostoliques.    Celle 


DIGRESSION   SUR  LES   LITURGIES   ORIENTALES  2x5 

attribuée  à  saint.  Jacques  est  la  principale  et  la  plus  authen-       i  partie 

/       /        ,.     /      1  ^,,        ^  CHAPITRE    IX 

tique,  au  moins  dans  la  générante  de  sa  teneur.  Elle  fut 

longtemps  suivie  dans  l'Église  de  Jérusalem,  à  Fexclusion 
de  toute  autre,  et  Ton  voit  assez  clairement  que  c'est  cette 
Liturgie  que  saint  Cyrille  explique  dans  ses  Catéchèses. 
Il  paraît  démontré  que  FEglise  de  Jérusalem  la  gardait  La  Liturgie  de 
encore  au  ix^  siècle,  puisque  Charles  le  Chauve,  dans  une   ^  ^^la  p^iuT^^' 
lettre  au  clergé  de  Ravenne,  atteste  avoir  fait  célébrer  en  usitée  encore^àu 
sa  présence  les  saints  mystères,  suivant  la  Liturgie  de  ^^^  rl^nse^^^ 
Jérusalem,  composée  par  l'apôtre  saint  Jacques,  Depuis  de  Jérusalem, 
lors,  l'autorité  du  patriarche  de  Constantinople  a  interdit,  célébrée  qu'une 

.  .  fois  par  an, 

même  à  Jérusalem,  l'usage  de  cette  Liturgie,  hors  le  23  d'oc- 
tobre, jour  où  cette  Église  célèbre  la  fête  de  saint  Jacques. 
Tous  les  autres  jours  de  l'année,  on  doit  employer  les 
Liturgies  usitées  à  Constantinople,  et  dont  nous  allons 
parler  bientôt. 

L'Église  d'Antioche,  dans  l'origine,  dut  se  servir  d'une       L'Éçiise 
forme  liturgique  instituée   par   saint  Pierre,  puisque  le     qui^a  dû  s^e 
Prince  des  apôtres  fut  le  premier  évêque  de  cette  ville.  ^dw^^iturfiS^ 
Cette  Liturgie  de  saint  Pierre  n'était-elle  point  la  même    saint^fer^4^ 
que  celle  de  saint  Jacques  ?  si  elle  en  différait,  quelle  était     lj!^^^  i^^^e 
sa  forme  ?  Ces  questions  sont  aujourd'hui  devenues  à  peu  Constantinople 

■^         comme  tous  les 

près  insolubles.  Il  est  vrai  que  les  jacobites  de  Syrie,  qui  Grecs meiçhites, 
ont  dans  leurs  livres  un  grand  nombre  de  Liturgies  ou 
Anaphores,  en  ont  une  qui  porte  le  nom  de  saint  Pierre  : 
mais  l'autorité  de  ces  sectaires  est  complètement  nulle  en 
matière  de  critique. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  patriarche  melchite  d'Antioche,  Origine 
ainsi  que  tout  le  clergé  de  son  ressort,  est  contraint  de  ^^^meicme, 
suivre,  comme  celui  de  Jérusalem,  la  Liturgie  de  Cons- 
tantinople, au  moins  depuis  le  xii^  siècle.  Nous  rappelle- 
rons ici  l'origine  du  nom  de  melchite.  Après  la 
condamnation  de  Dioscore,  patron  du  monophysisme,  dans 
le  concile  de  Chalcédoine,  il  s'éleva  entre  les  catholiques 
d'Alexandrie  et  d'Antioche  et  les  disciples  d'Eutychès,  un 


2l6  DIGRESSION   SUR  l'hISTOIRE 

INSTITUTIONS     schisiTie   violent    qui    dure    encore.    Les    monophysites 

LITURGIQUES 


donnèrent  aux  catholiques  le  nom  de  melchites^  formé  de 
Tarabe  melek^  qui  signifie  partisans  du  Prince^  parce 
qu'ils  se  conformaient  à  Tédit  de  Tempereur  Marcien  pour 
la  publication  et  la  réception  du  concile  de  Ghalcédoine. 
Longtemps,  ce  nom  de  melchite  a  été  le  synonyme  d'or- 
II  désigne      thodoxe  :  depuis  le  schisme  srec,  il  ne  désigne  plus  que  les 

aujourd'hui      ^  ,     ^  .  .1,2,. 

les  Grecs  unis  Grecs  qui  soiit  unis   au  patriarche   de   Constantinople. 

au  patriarche  de    .      .  m      •     i         mi       n  a       •      i  '   / 

Gonstantinopie.  Aujourd  hui,  la  Ville  d  Antioche  ayant  ete  presque  entiè- 
rement détruite,  soit  par  les  guerres,  soit  par  les  tremble- 
ments de  terre,  le  patriarche  melchite  a  transféré  son  siège 
à  Damas.  Mais  telle  est  Tignorance  et  la  dégradation  du 
clergé  de  ce  patriarcat,  que  Ton  est  obligé  de  traduire  la 
Liturgie  du  grec  en  arabe,  non-seulement  pour  Fusage  du 
peuple,  mais  afin  que  les  clercs  puissent  en  lire  et  en  com- 
prendre les  paroles. 
La  Liturgie        L' Église  d'Alexandrie,  fondée  par  saint  Marc,  s'est  servie, 

de  saint  Marc,     -  ,,..,,,  -  .  .  . 

usitée  à       dans  lantiquite,  d  une  Liturgie  qui  porte  le  nom  de  cet 
et  aboHe^u^xiie  évangéliste,   et    qui  a  été  complétée  par    saint   Cyrille, 
siècle.         Depuis  le  xii^  siècle,  l'usage  de  cette  Liturgie  est  entiè- 
rement aboli  dans  les  églises  qui  dépendent  du  patriarche 
melchite  d'Alexandrie.  Ce  patriarche,  qui  réside  au  Grand- 
Caire,  est  astreint,  ainsi  que  tout  son  clergé,  à  la  Liturgie 
de  Constantinople. 
II.  L'Église         Enfin,  le  siège  principal  de  l'Église  grecque  melchite,  la 
mlkhite^de    Nonvelîe  RoTfie^  Constantinople,  qui  fait  subir  le  joug  de  sa 
se^sert  deTdeif'  Liturgie  aux  églises  qui  lui  sont  restées  fidèles,  ne  connaît 
Liturgies      que  deux  Liturgies,  au  moyen  desquelles  elle  célèbre  le 

de  saint  Jean  ...  ,  . 

chrysostome  service  divin  toute  l'année.  La  première,  appelée  la  Liturgie 
saint  Basile,  de  saint  Jean  Chrysostome,  sert  tous  les  jours,  sauf  les 
exceptions  ci-après  ;  c'est  la  seule  qui  contienne  l'ordre  de 
la  messe  et  les  rubriques.  La  seconde,  qui  est  celle  de  saint 
Basile,  est  en  usage  seulement  la  vigile  de  Noël,  la  vigile 
des  Lumièr^es  ou  dejl'Épiphanie,  les  dimanches  du  Carême, 
sauf  le  dimanche  des  Rameaux  ;  la  sainte  et  grande  Férié 


DES   LITURGIES   ORIENTALES  217 

OU  le  jeudi  saint  ;  le  samedi  saint,  et  enfin  le  jour  de  la 
fête  de  saint  Basile.  Elle  est  plus  longue  que  la  première  ; 
mais  elle  ne  contient  pas  Tordre  de  la  messe  et  les  rubriques  : 
on  les  prend  dans  la  Liturgie  de  saint  Ghrysostome.  Ce  saint 
docteur  n'est  point  Fauteur  de  la  Liturgie  qui  porte  son 
nom  :  il  paraît  même  qu'on  Ta  appelée,  jusque  dans  le 
VI®  siècle,  la  Liturgie  des  Apôtres,  Quant  à  celle  qui  est 
connue  sous  le  nom  de  saint  Basile,  il  est  mieux  prouvé 
qu'elle  appartient  à  ce  saint  docteur. 

Le  premier  monument  dans  lequel  on  trouve  la  mani- 
festation du  pouvoir  du  patriarche  de  Gonstantinople  sur 
la  Liturgie  des  autres  Églises  patriarcales  melchites,  est 
un  passage  de  Théodore  Balsamon,  cité  par  Leunclavius 
au  livre  cinquième  de  son  Droit  gréco-romain.  Ce  juris- 
consulte, membre  distingué  de  TÉglise  de  Gonstantinople, 
fut  promu  au  siège  d'Antioche  en  1186.  Il  raconte  que 
Marc,  patriarche  d'Alexandrie,  étant  venu  àGonstantinople, 
prétendit  célébrer  les  saints  mystères  suivant  une  Liturgie 
particulière,  et  que  lui,  Balsamon,  en  présence  de  Tempe- 
reur,  disputa  contre  Marc,  et  soutint  comme  une  vérité 
incontestable  :  «  Que  toutes  les  Églises  de  Dieu  devaient 
«  suivre  la  coutume  de  la  nouvelle  Rome,  et  célébrer  le 
«  sacrifice  suivant  la  tradition  des  grands  docteurs  et 
«  luminaires  de  la  piété,  saint  Jean  Ghrysostome  et  saint 
«  Basile  (i).  » 

Non-seulement  la  Liturgie  proprement  dite,  c'est-à-dire 
la  forme  et  les  prières  de  la  messe,  à  l'usage  de  l'Église  de 
Gonstantinople,  est  suivie  dans  toutes  les  Églises  melchites, 
mais  encore  les  livres  des  offices  divins  dont  on  se  sert  à 
Gonstantinople  pour  la  célébration  des  fêtes  de  l'année 
chrétienne,   sont  les  seuls  qui  soient  en  usage  dans  les 


I  PARTIE 
CHAPITRE  IX 


Le  premier 

monument 

attestant 

le  pouvoir  du 

patriarche  de 

Gonstantinople 

sur  la  Liturgie 

des  autres 

Églises 

patriarcales  du 

rite  grec  est  un 

passage  de 

Théodore 

Balsamon, 

canoniste  du 

xii^  siècle. 


Les  livres 

liturgiques  de 

Gonstantinople 

adoptés  par 
toutes  les  Églises 
du  rite  grec  ^ 
uni  ou  non  uni. 


(i)  Quapropter  omnes  Ecclesiae  Dei  sequi  debent  morem  novas  Romae, 
nimirum  Gonstantinopolis,  et  sacra  celebrare  juxta  traditionem  magnorum 
doctorum,  et  luminarium  pietatis  sancti  Joannis  Ghrysostomi  et  sancti 
Basilii.  (Leunclavius,  Jiiris  Grœc.Rom.,  lib.  V,  pag.  263.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Les  livres 
liturgiques  de 
Constantinople 

traduits  en. 

slave  par  les 
saints  Cyrille  et 

Méthodius. 


Leur  extension 

sous  cette 

forme. 


L'Église 

ruthène  et  sa 

sœur  l'Eglise 

moscovite 

adoptent 

ces  livres. 


L'Église 

ruthène 

devenue  uniate, 

tandis  que 

l'Église 

moscovite 

restait 


2l8  DIGRESSION   SUR   l'hISTOIRE 

patriarcats  d^ Alexandrie,  d^Antioche  et  de  Jérusalem. 
L'influence  de  la  Liturgie  de  Constantinople  s'est  même 
étendue  au-delà  des  limites  trop  restreintes  de  ces  Eglises. 
C'est  elle  que  suivent  toutes  les  Eglises  du  rite  grec  uni  ou 
non  uni  qui  se  rencontrent  en  Occident,  à  Rome  même,  à 
Venise,  dans  la  Fouille,  la  Calabre,  la  Sicile,  la  Corse,  etc. 

La  Liturgie  de  Constantinople  a  eu  une  extension  plus 
grande  encore  sous  une  forme  nouvelle  que  lui  donnè- 
rent^ au  ix^  siècle,  les  saints  Cyrille  et  Méthodius.  Ces  deux 
vaillants  missionnaires,  frères  par  le  zèle  comme  par  le 
sang  et  la  profession  monastique,  commencèrent  Taposto- 
lat  des  Slaves  sur  les  bords  du  Danube;  et  pour  faciliter 
leurs  conquêtes,  ils  jugèrent  utile  d'adopter  dans  le  service 
divin  l'usage  de  la  langue  slavonne.  Tous  les  livres  de  la 
Liturgie  de  Constantinople  furent  traduits  dans  cet  idiome 
par  eux  ou  par  l(^urs  disciples;  et  sous  cette  forme,  ils 
sont  encore  en  usage  dans  la  Bulgarie,  la  Serbie,  l'Alba- 
nie^ la  Dalmatie^  l'Esclavonie  et  la  Hongrie.  Ils  étaient  de 
même  seuls  employés  dans  l'immense  métropole  de  Kiev, 
fondée  au  x®  siècle  et  séparée  de  l'unité  catholique 
vers  le  xiii^. 

Cette  province  ecclésiastique^  la  plus  vaste  de  la  chré- 
tienté, comprenait  la  Ruthénie  et  la  Moscovie.  Au  xiv^  siè- 
cle, à  la  suite  des  invasions  mongoles,  la  Ruthénie  fut  in- 
corporée  à  la  Pologne  ;  et,  grâce  à  cette  union  avec  un  Etat 
catholique,  les  Églises  ruthènes,  c'est-à-dire  la  métropole 
même  de  Kiev  et  ses  plus  anciennes  sufifragantes,  rentrè- 
rent aux  XVI®,  xvii^  et  xviii''  siècles  dans  le  sein  de  l'unité 
catholique.  Les  Églises  de  Moscovie,  au  contraire,  s'en- 
têtèrent de  plus  en  plus  dans  le  schisme  et  en  subirent  les 
conséquences  les  plus  humiliantes. 

Elles  eurent  un  instant  l'honneur  éphémère  d'un 
patriarcat  établi  à  Moscou  en  i588  par  le  patriarche  de 
Constantinople;  mais  Pierre  le  Grand  le  supprima  et 
obligea  les  évêques  de  ses  États  à  ne  plus  relever  que  d'un 


I    PARTIE 

CHAPITRE    IX 


DES  LITURGIES  ORIENTALES  219 

synode  de  prélats  nommés  par  lui.  L'Église  moscovite, 
devenue  l'Église  russe,  lorsque  Catherine  II  substitua  le 
nom  de  Russie  au  titre  ancien  de  son  empire,  n'a  aucun    schismatique, 

est  cIg 

lien  de  subordination  à  l'égard  de  Gonstantinople,  mais       nouveau 
elle  garde  fidèlement  sa  liturgie.   Il  en  était  de  même  des  ^rscEfsme,^et^ 
Églises  uniates  de  Pologne.  Nous  verrons  dans  la   suite  de"riterf?eries 
comment  cette  conformité  de  rites  avec  les  schismatiques  f^ciilt^sa^r^^ne 
de  Russie  leur  a  été  funeste.  Aujourd'hui  toutes  les  Églises 
uniates  des  anciennes  provinces  polonaises  soumises  à  la 
Russie  ont  été  successivement  absorbées  par  l'Église  schis- 
matique;   il  n'en  subsiste  plus   que  deux  qui,  situées  en 
Galicie,  dans  le  territoire  occupé  par  l'Autriche,  n'ont  pas 
eu  à  subir  la  persécution.  Elles  suivent  encore,  comme 
leurs  soeurs  infortunées,  la  Liturgie  de  Gonstantinople. 

Les  livres  de  cette  Eglise  ont  encore  ete  traduits  en  nturgiques  de 
géorgien  et  postérieurement  en  roumain.  Dans  le  premier  ^° ^aï^ts^en^^ 
idiome,  ils  n'ont  servi  qu'à  un  petit  peuple  du  Caucase,    géorgien  et  en 

'  ~i  r  r      r  ^  ^         roumain. 

réduit  aujourd'hui  à  quelques  centaines  de  mille  âmes; 
dans  le  second,  ils  sont  usités  aujourd'hui  en  Moldavie  et 
en  Valachie,  et  tendent  même  à  y  prévaloir  complètement 
sur  les  textes  originaux  en  langue  grecque. 

Si  nous  en  venons  maintenant  à  rechercher  les  Liturgies    ^^^'  ^^^^^^^ 
des  Églises  d'Orient  qui  ne  reconnaissent  point  l'autorité  monophysites. 
des  patriarches  melchites,  nous   trouvons  d'abord  celles 
dont  se  servent  les  Coptes,  qui  vivent  sous  la  juridiction  du 
patriarche  jacobite  d'Alexandrie.  On  sait  que  l'Église  copte       Liturgies 
est  un  débris   encore  considérable  de  l'hérésie  des  mono- 
physites. Ces  Liturgies  sont  :  celle  dite  de  saint  Grégoire  de 
Nazianze,  dont  ils  se  servent  aux  fêtes  de  Notre-Seigneur 
et  dans  les  jours  les  plus  solennels;  celle  de  saint  Cyrille, 
qui  est  en  usage   durant  le  Carême  et  l'Avent,  et  pour  la 
Commémoration  des  Défunts;  celle  enfin  de  saint  Basile^ 
qu'ils  emploient  aux  autres  jours  de  l'année.  Ces  Liturgies 
sont  traduites  en  langue  copte,  et  telle  est  l'ignorance  du 
clergé  jacobite,  que   les  livres  qui  les  contiennent^  pour 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Liturgies 
éthiopiennes. 


^  L'Eglise 
éthiopienne 
tombée  dans 

l'hérésie 
monophysite. 


Liturgie  des 

monophysites 

de  Syrie. 


Liturgie 
arménienne. 


220  DIGRESSION   SUR   l'hISTOIRE 

Tusage  de  Tautel,  ont  une  version  arabe  en  regard  du  texte 
copte,  qui  n'est  presque  jamais  entendu  des  prêtres. 

L'Eglise  éthiopienne,  ou  abyssinienne^  fondée  au 
iv"  siècle,  par  saint  Frumence,  envoyé  d'Alexandrie  par 
saint  Athanase,  après  s'être  préservée  de  l'arianisme, 
eut,  au  v^  siècle,  le  malheur  de  tomber  dans  le  mono- 
physisme,  et  depuis  lors,  elle  y  est  restée  plongée.  Elle 
n'a  qu'un  seul  évêque  qui  a  le  titre  de  métropolitain,  et 
reçoit  son  institution  du  patriarche  jacobite  d'Alexan- 
drie, résidant  au  Grand-Caire.  Outre  les  trois  Liturgies 
des  Coptes  dont  nous  venons  de  parler,  les  Ethiopiens  en 
emploient  dix  autres,  savoir  celles  de  saint  Jean  l'Évange- 
liste,  de  saint  Matthieu^  des  trois  cent  dix-huit  Pères  ortho- 
doxes,  de  saint  Epiphane,  de  Jacques  de  Sarug,  de  saint 
Jean  Chrysostome^  une  intitulée  de  Notre  Seigneur  Jésus-' 
Christ,  des  saints  Apôtres,  de  Cyriaque,  enfin  de  l'impie 
Dioscore.  Ces  Liturgies  sont  en  langue  éthiopienne,  dia- 
lecte qui  diffère  de  l'arabe  vulgaire. 

Outre  les  Coptes  et  leur  patriarcat  jacobite  d'Alexan- 
drie, la  secte  monophysite  compte  encore  de  nombreux 
adhérents  en  Syrie,  et  y  vit  sous  la  juridiction  d'un  pré- 
tendu patriarche  d'Antioche  qui  réside  dans  un  monastère 
nommé  Saphran,  à  deux  journées  de  Diarbékir.  Cette 
branche  d'eutychiens  se  sert  principalement  de  la  Liturgie 
de  saint  Jacques  :  mais  on  trouve  dans  leurs  livres  un  bien 
plus  grand  nombre  d'autres  Liturgies.  On  en  compte  au- 
delà  de  trente,  la  plupart  composées  par  les  coryphées  du 
monophysisme,  tels  que  Jacques  d'Edesse  et  Philoxène. 
Ces  Liturgies  sont  généralement  en  langue  syriaque. 

La  troisième  Eglise  infectée  de  l'eutychianisme,  après 
celle  des  Coptes  et  celle  des  Syriens,  est  l'Église  des  Armé- 
niens. Elle  est  présidée  par  un  patriarche  qui  porte  le 
titre  de  catholique  et  réside  à  Edchmiatsin,  près  d'Érivan. 
Trois  autres  patriarches  inférieurs  viennent  après  lui, 
savoir  ceux  de  Sys  en  Cilicie,  de  Cachabar  et  d'Achtamar 


DES   LITURGIES   ORIENTALES  221 

dans  l'Asie  Mineure.  L'Église  arménienne  a  une  Liturgie     cHApfTjE^ix 
qui  lui    est  particulière.  C'est  un   composé,    en    langue  ' 

arménienne,  de  diverses  prières  extraites  des  Liturgies 
grecques,  et  qui  sont  même  restées  sous  les  noms  de  Liturgie, 
saint  Basile,  de  saint  Athanase  et  de  saint  Jean  Chrysos- 
tome.  Le  reste  appartient  exclusivement  à  l'Eglise  armé- 
nienne, et  l'on  ne  peut  disconvenir  que  cette  Liturgie, 
qui  est  écrite  dans  la  langue  nationale,  ne  soit  d'une 
grande  beauté. 

Parmi   les  Coptes,  les  Syriens  et   les  Arméniens,  on     ^^Lri^nï^' 
compte  un  certain  nombre  de   catholiques  qui  reconnais-   ^^  Arméniens 

^  ^  ^  ^  catholiques 

sent  la  distinction  des  deux   natures  en  Jésus-Christ  et    .  suivent  la 

Liturgie  de  leur 

sont  soumis  à  l'autorité  du  Siège  apostolique.  Ils  obser-     nation,  sauf 

les  corrections 

vent   la   Liturgie  en  usage  dans   leur   nation,   sauf   les     exigées  par 

1  ^  •        ^   '^  '        j  '     X    -r»  l'orthodoxie. 

changements  qui  ont  ete  ordonnes  a  Rome^  pour  assurer 
l'orthodoxie. 

Nous  ne  devons  pas  non  plus  passer  sous  silence  la  ^^^'j^JJ^^^t^^ 
petite  nation  des  Maronites,  paisibles  habitants  du  mont 
Liban,  qui,  après  avoir  suivi  les  erreurs  du  monophy- 
sisme  et  du  monothélisme,  les  abjurèrent,  au  xif  siècle, 
pour  embrasser  la  foi  de  l'Église  romaine,  à  laquelle 
depuis  lors  ils  sont  restés  inviolablement  attachés.  Ils  sont 
régis  par  un  patriarche  qui  reçoit  de  Rome  le  pal  Hum. 
Leurs  Liturgies  qui  sont  en  langue  syriaque,  ont  été 
imprimées  à  Rome  pour  leur  usage  et  sont  au  nombre  de 
quatorze,  savoir  :  de  saint  Xyste,  pape  de  Rome,  de  saint 
Jean  Chrysostome,  de  saint  Jean  l'Évangéliste,  de  saint 
Pierre,  prince  des  apôtres,  des  douze  Apôtres,  de  saint 
Denys,  disciple  de  saint  Paul  (i),  de  saint  Cyrille,  de  saint 
Matthieu,  pasteur,  de  Jean  Barsusan,  de  saint  Eustache, 
de  saint  Maruthas,  de  saint  Jacques,  frère  du  Seigneur, 
de  saint  Marc,  et  une  seconde  de  saint  Pierre. 

Outre  les  Liturgies  qui  sont,  à  proprement   parler,  les 

(i)  C'est  plutôt  celle  de  Denys  Barsalibi,  célèbre  jacobite. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 

Des  livres  de 

l'office  divin 

dans  ces  Églises. 


V.  Liturgies 
des  nestoriens. 


Les  nestoriens 

appelés 

Chaldéens  ou 

chrétiens 

orientaux. 


L'archevêque 
deGoa,Menezès, 

corrige  au 
xvi^  siècle  une 
des  liturgies 
nestoriennes 
et  traduit  le 
Missel  romain 
en  syriaque, 

dans 

l'espérance 

de  faciliter  la 

conversion 
des  Chaldéens. 


Le  principe  de 

l'unité 

liturgique 


22!i  DIGRESSION   SUR   L  HISTOIRE 

prières  de  Tautel,  les  diverses  Églises  que  nous  venons  de 
nommer  ont  d'autres  livres  pour  les  offices  divins  et  la 
célébration  des  fêtes,  lesquels  s'écartent  en  beaucoup  de 
choses  de  ceux  de  PÉglise  melchite^  bien  qu'ils  conservent 
avec  ces  derniers  certains  rapports  dans  le  style  et  la  forme 
des  prières. 

II  nous  reste  encore  à  parler  des  nestoriens  et  de  leurs 
Liturgies.  Ces  tristes  débris  d'une  malheureuse  secte  non 
moins  subversive  du  mystère  fondamental  du  christia- 
nisme que  le  monophysisme  qui  lui  succéda  sans  la  détruire, 
portent  vulgairement  le  nom  de  Chaldéens  ou  Chrétiens 
orientaux.  Leur  patriarche  prend  le  titre  de  Catholique,  et 
réside  à  Bagdad.  L'Église  nestorienne,  qui  s'est, étendue 
autrefois  jusqu'aux  Indes,  et  qui  est  aujourd'hui  considéra- 
blement réduite,  a  trois  Liturgies:  celle  de  Théodore  de 
Mopsueste,  qui  sert  de  l'Avent  jusqu'à  Pâques  ;  celle  des 
douze  Apôtres,  qui  sert  de  Pâques  jusqu'à  l'Avent;  et  celle 
de  Nestorius,  qui  n'est  en  usage  que  cinq  jours  dans 
l'année.  Au  xvi"  siècle,  les  Portugais  ayant  formé  d'im- 
portants établissements  dans  les  Indes  Orientales,  et 
fondé  le  siège  archiépiscopal  de  Goa,  Menezès,  archevêque 
de  cette  ville,  s'appliqua  sérieusement  à  la  conversion 
des  chrétiens  nestoriens  du  Malabar,  et  pour  garantir 
l'orthodoxie  de  ceux  qu'il  avait  ramenés  à  la  vraie  foi,  il 
corrigea  la  Liturgie  des  dou^e  Apôtres^  comme  la  plus 
usitée  :  il  fit  même  traduire  le  Missel  romain  en  syriaque, 
qui  est  la  langue  de  la  Liturgie  nestorienne  ;  mais  on  ne 
voit  pas  que  de  grands  résultats  aient  été  produits  par 
ces  mesures,  qui  annonçaient  peut-être  plus  de  zèle  que  de 
discernement. 

Telle  est  la  statistique  générale  des  Liturgies  de 
l'Orient.  Nous  ajouterons  à  ce  tableau  les  considérations 
suivantes. 

D'abord,  on  a  dû  remarquer  le  principe  de  l'unité  litur- 
gique consacré  dans  l'Église  melchite  de  Constantinople, 


DES   LITURGIES   ORIENTALES  *  223 

Alexandrie,  Antioche,  Jérusalem,  etc.  Ce  fait  a  une  grande       i  partie 

'  T^  •  1-  -1  T  T  •         •  J        n  •  CHAPITRE   IX 

portée.  En  premier  heu,  il  explique  le  maintien  de  1  union • 

de  foi   et  de  discipline  entre  les  différentes  familles  du   consacré  dans 
schisme  grec.  Il  y  a  longtemps  qu'elles  se  fussent  scindées      mdfhfte 
entre  elles,  si  ce  lien  ne  les  eût  pas  retenues.  Mais  com-  „  ^5^^^5^^?l 

'  ^  ^  runite  de  foi  et 

ment  s'isoler  du  siège  de  Constantinople,  quand  on  est  de  discipline 
astreint  à  suivre  la  Liturgie  de  Constantinople  ?  L'autorité      diflpérentes 

,  -Il  '    ^•  11  1         familles  du 

du  patriarche  de  cette  église  ne  repose-t-elle  pas  sur  le  schisme  grec. 
texte  même  des  prières  sacrées  dans  lesquelles  on  lit  son 
nom,  la  grandeur  et  la  suprématie  de  son  siège  ?  Le  peuple, 
aussi  bien  que  le  clergé,  ne  connaît-il  pas  de  cette 
manière  les  droits  de  VÉvêqiie  œcuménique^  qui  confirme 
les  patriarches,  comme  ceux-ci  confirment  les  métropoli- 
tains et  les  évêques  ?  Voilà  pour  le  lien  de  discipline  et  de 
subordination.  L'unité  de  foi  s'est  gardée  aussi  par  la 
Liturgie.  Sans  aucun  doute,  si  l'Eglise  melchite  a  conservé 
jusqu'à  présent  la  foi  primitive,  à  l'exception  de  quelques 
articles,  elle  le  doit  à  l'inviolabilité  des  formules  saintes,  qui 
ne  sont  inviolables  que  parce  qu^étant  universelles,  on  ne 
pourrait  les  changer  sans  réclamation.  On  doit  se  rappeler 
le  soulèvement  qu'excita  en  1622,  dans  l'Église  melchite, 
le  patriarche  Cyrille  Lucaris,  qui  avait  embrassé,  sur 
l'Eucharistie,  la  doctrine  calviniste.  Les  autres  patriarches, 
dans  leur  concile  de  Jérusalem,  l'anathématisèrent  comme 
le  violateur  des  saintes  traditions,  un  novateur  qui  ren- 
versait l'autorité  des  Pères. 

En  second  Heu,  on  doit  observer  ce  qui  est  arrivé  à  L'unité  de  la  foi 

1  .  1      HT^    T  11'  •  constamment 

cette  grande  province  de  1  Eglise  melchite  qui  se  nomme  menacée  dans 
l'ÉgUse  russe.  C'est  que,  dans  son  sein,  l'unité  de  foi  est  dqfuifque^la 
constamment  menacée,  depuis  qu'elle  a  été  violemment     Liturgie  est 

T        r  ^  a  la  merci  du 

soustraite  par  Pierre  le  Grand  au  lien  qui  l'unissait  au       pouvoir 

■^  ^^  séculier. 

patriarche  de  Constantinople,  et  par  là  même  à  sa  Litur- 
gie. Il  est  vrai  que  cette  Liturgie  existe  encore  de  fait  dans 
les  Eglises  russes  :  mais  quelle  autorité  empêchera  le  saint 
Synode,  responsable  seulement  devant  l'Autocrate,  d'intro- 


224  DIGRESSION   SUR   l'hISTOIRE 

INSTITUTIONS    duirc  dans   cette   Liturgie,  désormais   sans   défense,  tels 

LITURGIQUES  ^  ^  ^ 

dogmes^  telles  pratiques  que  bon  lui  semblera  ?  Et  comme 

la  Liturgie  est  la  plus  populaire  et  en  même  temps  la 
plus  haute  prédication,  qui  retiendra  les  Églises  de  la 
Russie  entraînées  d'erreurs  en  erreurs,  par  Pascendant 
toujours  irrésistible  des  formes  liturgiques  ?  C'est  bien  ici 
le  lieu  de  reconnaître  que  Tunité  entretenue  par  l'autorité 
du  patriarche  de  \di  Nouvelle  Rome ^  ne  pouvait  durer  qu'un 
temps.  C'est  la  retraite  d'une  armée  en  déroute.  Tant  que 
les  Grecs  ont  vécu  sous  le  sceptre  de  l'islamisme^  leur 
orthodoxie  n'a  couru  aucun  risque  :  ni  le  Grand  Seigneur, 
ni  ses  pachas  ne  pouvaient  rien  prétendre  sur  la  forme  à 
donner  aux  mystères  d'une  religion  qu'ils  avaient  en  hor- 
reur. Mais  pour  les  Grecs  soumis  à  un  prince  chrétien,  il 
en  est  tout  autrement.  Leur  Eglise  n'ayant  qu'une  autorité 
humaine,  puisque  le  centre  sur  lequel  elle  repose  n'a 
point  de  sanction  divine,  le  prince  en  question  trouvera, 
tôt  ou  tard,  que  son  autorité  humaine  à  lui  vaut  bien  celle 
de  ses  prélats,  et  il  ordonnera  dans  l'Église  ce  qu'il  enten- 
dra. C'est  ce  que  ne  manquèrent  pas  de  faire  les  empe- 
reurs de  l'ancienne  Byzance  ;  c'est  ce  qu'ont  fait  en  Russie 
empereurs  et  impératrices;  c'est  ce  que  Ton  a  déjà  com- 
mencé de  voir,  dans  le  petit  royaume  de  Grèce,  que  son 
roi  Othon  vient  de  détacher  de  l'obéissance  du  patriarche 
de  Constantinople. 
L'unité  En  troisième  lieu,  sans  parler  même  de  Pépoque  de 

liturgique,         ,.        ,      .  ,.  •    ,    .    .     /^  .,,.,  , 

qui  donne  la  vie  dissolution  proprement  dite,  qui  doit  infailliblement  arriver 

'^Tatine,  ^^^    pour  toute  Eglise  séparée,  il  est  encore  une  considération 

'"^mainten?/^^  importante  à  faire  sur  le  genre  d'unité  conservé  par  PÉglise 

dans  l'Église    grecque  dans  sa  Liturgie.  Sans  doute  les  efforts  de  Tauto- 

grecque.  .    ,  . 

rite  patriarcale  pour  maintenir  cette  unité  et  les  avantages 
qu'elle  a  produits  en  retardant  la  ruine  entière  du  Christia- 
nisme en  Orient,  sont  louables,  en  même  temps  qu'ils  sont 
un  hommage  rendu  à  la  sainte  politique  du  Siège  aposto- 
lique dans  l'Occident;  mais  d'où  vient  que  l'unité  qui  donne 


DES   LITURGIES   ORIENTALES  225 

la  vie  dans  rÉdise  latine  est  impuissante  à  la  ranimer  en       i  partie 

^  .     ,  .  .    .  .  CHAPITRE    IX 

Orient  ?  G^est  que  Tunite^qui  est  la  condition  d'existence  de 

toute  société,  n'est  vraiment  constituante  qu'autant  qu'elle 
résulte  de  l'adhérence  des  membres  divers  à  leur  centre 
véritable  et  naturel.  Rome  est  la  force  vitale  de  l'Église  ca- 
tholique, parce  que  Rome  est  inamovible  dans  la  foi^  parce 
qu'elle  est  le  fondement  posé,  non  par  l'homme,  mais  par 
Jésus-Christ.  Une  Liturgie  conforme  à  celle  de  Gonstanti- 
nople  peut  donc  être  orthodoxe  de  fait  ;  une  Liturgie  con- 
forme à  celle  de  Rome  est  à  la  fois  orthodoxe  de  fait  et  de 
droit.  Il  est  vrai  que  jusqu'ici  la  Liturgie  des  Eglises  mel-    si  la  Liturgie 
chites  ne  renferme  pas  d'erreurs  par  affirmation,  mais  elle     ^meiclltes^ 
en  renferme  par  négation,  le  nom  du  Pape  ne  se  récitant  ^^  contient  pas 
plus  dans  les  Diptyques^  comme  aux  premiers  siècles,  et  par  affirmation, 
les  points  convenus  entre  les  deux  Eglises  à  Lyon  et  à  Flo-  pas  exempte  par 
rence,  n'étant  l'objet  d'aucune  confession  expresse  dans  les 
prières  de  l'office,  en  même  temps  qu'ils  sont  expressément 
niés  par  les  pasteurs  et  leurs  fidèles. 

Toutefois,  il  est  un  fait  curieux  à  observer  dans  les  mœurs       Quoique 
liturgiques  de  l'Église  grecque,  c'est  que,  tout  en  demeu-      ^TunTté  ^ 
rant  séparée  violemment  du  Siège  de  Rome,  tout  en  niant  pÉaU^e^g^^cque 
expressément  sa  principauté  sur  toutes  les  Églises,  dans       continue 
plusieurs  endroits  de  sa  Liturme,  elle  rend  un  hommage  hommage  dans 

■;  .      .  ,  ^  sa  Liturgie 

a  cette  principauté.  Joseph  de  Maistre,  dans  l'admirable  à  la 

y  1      rt  -11-  1  1      principauté  du 

livre  duPape^  a  recueilli  ces  passages,  que  tout  le  monde  siège  de  Rome. 

y  a  lus  avec  étonnement  (i),  et  qui  retentissent  à  la  fois  en 

langue  slavonne  sous  les  dômes  de  Kiev  et  de  Moscou,  et 

en   langue   grecque  dans   les  églises   de  Gonstantinople.  L'Église  grecque 

^-y^  .  .  ^  est  comme 

Que  prouve  cette  inconcevable  contradiction  ?  Deux  choses,     un  nouveau 

V  •       rxt   1        j     IV  •  1     1       1"    •  peuple  juif, 

a  notre  avis.  D  abord,  lintention  de  la  divine  Providence,  qui  atteste  par 

1        ,  iiT^    !•  ,  ses  usages  et  ses 

qui    a  voulu  donner   lEglise  grecque  en   spectacle  aux      croyances, 

^    .  •  ^     '    'r       r  1  '         •       l'antiquité  des 

nations,  comme  un  nouveau  peuple  juii,  afin  que,  deposi-    usages  et  des 
taire  des  témoignages  de  l'antiquité^  elle  attestât,  par  le  fait  lî^^HseTadnl 

(i)  Du  Pape^  liv.  I,  chap.  x. 

T.   I  i5 


INSTITUTIONS 
IITURGIQUES 


Les  Grecs 
en  conservant 


La  Liturgie 
grecque  a  un 

caractère 
d'immobilité 


226  DIGRESSION    SUR   l'hiSTOIRE 

même  de  ses  croyances  et  de  ses  usages,  l^antiquité  des 
croyances  et  des  usages  de  FEglise  latine,  à  laquelle  on  ne 
peut  la  soupçonner  d'avoir  emprunté  quoi  que  ce  soit. 
Nous,  nous  voyons,  en  outre,  dans  ce  fait,  une  preuve  de 
plus  du  sentiment  inné  dans  toutes  les  Eglises  ei  fondé  sur 
la  nature  des  choses,  du  sentiment,  disons-nous,  de  la 
nécessité  d'une  Liturgie  immuable,  du  moment  que  les 
formes  du  culte  ont  été  fixées  solennellement.  Les  Grecs 
lel^  condamnent  ^"^  préféré  garder  ces  textes  qui  les  condamnent,  plutôt  que 
obéissent  à  ce    (j^  scandaliser  les  peuples  par  des  chans-ements,  ou  de 

sentiment  inne  ^  .  '      . 

qui  demande    porter  atteinte  à  Tunité  de  leur  Église  en  attaquant,  par  un 
Liturgie  soit    funeste  exemple,  l'intégrité  de  la  Liturgie  qui  maintient 

immuable.  ,  .   , 

seule  cette  unité. 

En  quatrième  lieu,  on  doit  remarquer  dans  la  Liturgie 

grecque  un  caractère  particulier  qui  dénote  admirablement 

çiui  la  rend     la  dégradation  de  TEglise  qui  l'emploie.   Ce  caractère, 

àTom^^progrts,  opposé  à  la  marche  de  toute  véritable  orthodoxie,  est  une 

^^  ^^delia^^^"^  immobilité  brute  qui  la  rend  inaccessible  à  tout  progrès. 

^fS^'^4^V.°^     Dans  F  Église  latine,   en  même  temps  que  les  hérésies 

de  l'Eglise  .     ^  .  .  , 

au  sein  de     successives   Ont   fourni  matière  aux  développements  du 

laquelle  elle  est  1         j  '      1  .      a       a 

pratiquée,      dogme,  les  développements  du  dogme   eux-mêmes   ont 
cherché  leur  expression  dans  la  Liturgie.  De  nouvelles  fêtes 
sont  devenues  nécessaires  ;  de  nouveaux  rites,  de  nouveaux 
offices  sont  venus  tour  à  tour  enrichir  Tannée  chrétienne 
de  leurs  pompes,  sanctifier  le  peuple  fidèle  par  l'application 
des  grâces  dont  ils  sont  la  source.  En  outre,  non  moins 
féconde  que  dans  ses  anciens  Jours,  l'ÉgUse  a  produit  en 
chaque  siècle  de  nouveaux  apôtres,  de  nouveaux  martyrs, 
de  nouveaux  docteurs  :  des  pontifes,  des  confesseurs,  des 
vierges  sont  venus  ajouter  leurs  noms  à  la  liste  triomphante 
de  ces  héros  que  nous  avaient  légués  les  premiei's  âges  du 
christianisme.    La  Liturgie  latine  réfléchit  l'éclat  de   ces 
brillantes  constellations  dont  le  ciel  s'embellit  de  siècle  en 
siècle.  En  vain  chercherait-on  leurs  traces  dans  les  Menées 
des  Grecs  :  et  non-seulement  on  n'y  rencontre  pas  les  saints 


I   PARTIE 
CHAPITRE   IX 


DES  LITURGIES   ORIENTALES  22 7 

de  rÉglise  latine^  mais  l'Église  grecque  est  devenue  comme 
impuissante  à  en  proclamer  de  nouveaux,  dans  son  propre 
sein,  du  moment  que  le  schisme  et  Thérésie  Font  para- 
lysée au  cœur.  Depuis  huit  siècles,  son  calendrier  n'a  pas 
fait  un  pas  ;  depuis  huit  siècles,  pas  une  fête  nouvelle  n'est 
venue  attester  ou  Tamour,  ou  Tespérance,  ou  la  recon- 
naissance de  cette  Église  envers  celui  qui  Pavait  autrefois 
pour  épouse.  Elle  ignore  la  solennité  du  saint  Sacrement, 
les  pompes  de  ce  grand  jour  à  la  fois  si  magnifiques  et  si 
touchantes.  Elle  ignore  tout  ce  qui  s'est  passé  dans  le  monde 
chrétien  depuis  qu'elle  est  morte  à  la  grande  Unité 
romaine.  Encore  une  fois^  ces  livres  liturgiques,  rédigés 
à  l'âge  de  la  foi  et  de  la  vie,  maintenant  muets,  incompris, 
immobiles  aux  mains  des  pontifes  grecs,  ne  rappellent- 
ils  pas  la  Bible  conservée^  lue,  récitée  par  les  Juifs  avec  un 
respect  aussi  stérile  qu'il  est  inviolable  ?  Aussi,  cette  Liturgie     La  Liturgie 

^  ^  ^    ^  ^  '  ^  grecque 

qui  porte  les  noms  révérés  des  Basile,  des  Chrysostome,   impuissante  à 

tT  T^  «  '    '  '  •  V  -ini  préserver  de 

des  Jean  Damascene,  a  ete  impuissante  a  garantir  de  1  abru-  rabrutissement 

tissementle  malheureux  clergé  qui  la  célèbre  :  et  si,  dans  quel-  qui  la  célèbre. 

ques  lieux,  cet  abrutissement  n'est  pas  synonyme  d'ignorance 

crasse, sila  Russie,  par  exemple,  offre  unclergéde  jour  en  jour 

plus  éclairé^  on  sait  à  quoi  s'en  tenir  sur  la  moralité  de 

ces  prêtres  et  de  ces  pontifes  qui  ont  cessé  de  voir  le  Chef 

du  Christianisme  dans  l'évêque  de  Byzance,  pour  le^énérer 

dans  un  Pierre  dit  le  Grand,  dans  une  Catherine  II,  dans 

un  Nicolas  P^. 

Les  dimensions  de  cet  ouvrage  ne  nous  permettent  pas 
de  développer  davantage  ces  considérations,  en  même 
temps  qu'elles  nous  ont  contraint  de  nous  restreindre  au 
plus  strict  laconisme  dans  le  tableau  que  nous  avons  tracé 
de  la  situation  respective  des  diverses  Liturgies  de  l'Orient. 
Nous  finirons  ce  qui  regarde  celle  de  l'Eglise  grecque  par 
la  réflexion  suivante.  Supposons  que  dès  la  paix  de  l'Église, 
le  Siège  apostolique  eût  pu  librement  et  avec  discrétion 
amener  toutes  les  Eglises  de  l'Orient  à  la  pratique  de  la 


com 


228  DIGRESSION   SUR   l'hISTOIRE 

INSTITUTIONS  Llturgle  romaine,  à  Tusage  de  la  langue  latine;  que  les  sou- 

■  ^'^"^^^Q^^^  verains  pontifes  eussent,  comme  dans  l'Occident,  réglé  avec 

Si  les  pontifes  le  plus  minutieux  détail  toutes  les  particularités  de  l'office 

pu'érabil^^^^^^^^  divin,  reçu  toutes  les  consultations  des  Églises  d'Orient  à  ce 

liturgique  •  .    ^irimé  toutes  les  questions  relatives  aux  formules 

et  la  langue      '^^j^^i  "-^  ^  ^ 

^^?^^.        sacrées  ou  aux  cérémonies  ;   qu'ils   eussent  prévenu  ou 

dans  l'Orient  .  i  1       1  •  j 

comme        arrêté  le  danger  des  innovations  dans  la  doctrine  ou  dans 

^11  schSmT  '  la  discipline,  par  l'établissement  de  fêtes  nouvelles,  par  la 

"^^  ^Mkhei^^  "^^  promulgation  de  formules  de  prières  obligatoires,  en  un 

nt'ût^'pas      mot,  par  tous  ces  moyens  qui  ont  fait  du  calendrier  du 

^KcmpZT     Bréviaire  romain  une  sorte  de  tableau  des  nécessités  dans 

^^  ''deSeï  ^^'  lesquelles  TÉglise  s'est  trouvée  et  auxquelles  le  Saint-Siège 

d'une  moitié       satisfait  :  supposons,  disons-nous,  qu'il  en  eût  été  ainsi  ; 

du  monde,  ^^  .    1     1  /-i  /      1    •  1 

ompromisepar  qu'auraient  pu  faire  Photius  et  Michel  Gerulaire,  contre  la 

cette  révolte,     ^  ^  .  ,  a  ^      *.      -t-       *■ 

auraient  pris  simple  résistance  passive  que  leur  eut  opposée  tout  cet 
''''  c^'ours!'^'^  ensemble  à  la  fois  populaire  et  sacerdotal  ?  Il  est  grandement 
probable  que  le  schisme  n'eût  pas  si  aisément  remporté  une 
victoirequi,  d'ailleurs,  lui  a  été  longtemps  disputée,  quoique 
déjà  tant  de  causes  d'isolement  tirées  de  la  langue,  de  la 
nature  des  institutions  patriarcales,  semblassent  la  lui 
avoir  préparée.  Oui,  nous  le  disons  avec  conviction, 
Gonstantinople,  Alexandrie,  Antioche,  Jérusalem,  seraient 
encore  catholiques  aujourd'hui,  s'il  eût  été  possible 
d'astreindre  ces  Églises  au  rite  et  à  la  langue  des  Latins  ; 
et  si  ces  Églises  fussent  restées  unies  de  fraternité  à  celles 
de  l'Occident,  il  est  probable  encore  que  l'islamisme  n'eût 
point  asservi  les  heureuses  contrées  qu'elles  éclairèrent 
longtemps  de  la  vraie  lumière  ;  la  civilisation  n'y  eût  point 
péri,  la  race  humaine  n'eût  point  vu  s'éteindre  sa  dignité 
sous  le  joug  du  plus  ignoble  esclavage  ;  en  un  mot,  les 
destinées  de  l'Europe  et  de  l'Asie,  compromises  et  retardées 
de  mille  ans  par  le  schisme,  se  seraient  accomplies,  et  nul 
ne  sait  ce  qui  serait  résuhé  de  tant  de  gloire  et  de  tant  de 
force  réunies  à  tant  de  vérité  et  tant  d'amour.  Mais  des 
obstacles  invincibles  s'opposaient  à  cette  union  :  tant  de 


I    PARTIE 
CHAPITRE  IX 


DES   LITURGIES   ORIENTALES  229 

bonheur  n'était  pas  de  la  terre.  Nous,  du  moins,  catho- 
liques de  rOccident,  apprenons  de  là  à  estimer  Punité 
liturgique  dans  toutes  ses  conséquences^  cette  unité  qui 
sera  toujours  pour  nous,  tant  que  nous  y  serons  fidèles,  le 
premier  moyen  de  Torthodoxie,  et,  partant,  le  plus  fort  lien 
de  la  nationalité  catholique.  Si  elle  existe,  ne  soyons  pas 
assez  malheureux  pour  la  briser  :  si  elle  a  existé,  plaignons 
ceux  qui  ont  été  assez  téméraires  pour  lever  la  main  contre 
elle. 

La  plupart  des  considérations  que  nous  venons  de  faire    Les  Liturgies 
sur  la  Liturgie  de  TÉglise  grecque  melchite,  s'appliquent  ÉgHs^es^d'OHent 

sujettes  aux 

mêmes 
inconvénients 

que  celle 
des  melchites, 
sont  devenues 

en  outre 

l'expression  de 

dogmes 

hérétiques. 


naturellement  aux  Liturgies  des  Églises  copte,  éthiopienne, 
syrienne,  arménienne  et  chaldéenne.  Ajoutons  que  Tiso- 
lement  dans  lequel  vit,  à  Tégard  des  autres,  chacune  de 
ces  familles  d'un  christianisme  dégénéré,  les  a  mises  de 
bonne  heure  en  danger  de  voir,  chez  elles,  la  Liturgie  se 
corrompre  et  devenir  l'expression  des  dogmes  hérétiques. 
Sous  ce  rapport,  ces  malheureuses  Eglises  présentent  les 
traces  d'une  dégradation  qui  les  met  incontestablement  au- 
dessous  de  l'Église  melchite.  Du  moins,'  les  diverses  pro- 
vinces de  celle-ci,  tant  qu'elles  restent  à  l'état  d'Eglises 
unies  à  un  centre  ecclésiastique,  gardent  les  anciennes 
formes  du  culte  ;  les  erreurs  qui  les  paralysent  n'ont  pas 
même  une  expression  affirmative  dans  la  Liturgie.  Les 
monophysites  et  les  nestoriens,  au  contraire,  portent  de 
honteuses  traces  de  leur  défection  de  la  vraie  foi,  et  les 
noms  de  Dioscore,  de  Philoxène,  de  Jacques  d'Edesse,  de 
Théodore  de  Mopsueste,  et  enfin  de  Nestorius,  souillent 
jusqu'aux  livres  de  l'autel.  De  là  résulte  une  sorte  d'impos- 
sibilité de  revenir  à  l'orthodoxie  ;  car,  pour  cela,  il  faudrait 
changer  la  Liturgie,  et  la  Liturgie  est  de  sa  nature  une 
chose  immuable,  qui  a  sa  racine  dans  les  habitudes  les  d'impossibilité 

^    ^       ^  ^  ^  de  revenir 

plus   sacrées.    L'histoire  confirme  cette  induction   de  la  à  l'orthodoxie. 
manière  la  plus  lamentable.  On  a  vu  souvent  des  réunions 
partielles  de  ces  diverses  Églises  au  Siège  apostolique  : 


L'usage  d'une 

Liturgie 

hérétique  met 

une  Église  dans 

une  sorte 


aBo  DIGRESSION   SUR   l'hISTOïRE 

INSTITUTIONS    j^aîs  clks  ojit  toujours  échoué  contre  le  préjugé,  si  louable 

LITURGIQUES  /  ,  l         >      u     ' 

~~ — — ^ — ' —  en  lui-ms^me,  qui  poursuit  tout  changement  dans  la  Litur- 
Travaux       gie.  Cependant  Rome  ne  pouvait  recevoir  ces  familles 

des  souverains      ,,,  'ii^j         11  •/  1 

Pontifes  pour  separees  a  une  réelle  et  durable  unité,  qu  après  avoir  pris 
des^Liturgies  1^8  moyens  d'arrêter  le  règne  de  Phérésie,  en  réformant  le 
orientales,  ^^^te  de  la  Liturgie  dans  les  endroits  où  il  était  impur. 
Depuis  trois  siècles,  les  souverains  Pontifes  ont  établi  à 
Rome  une  Congrégation  spéciale  pour  la  correction  des 
livres  de  VEglise  orientale  :  mais  ces  Liturgies,  ainsi 
expurgées,  ont  été  souvent  une  pierre  de  scandale,  le  texte 
de  déclamations  furieuses  pour  les  sectaires  opiniâtres, 
l'occasion  de  rechute  pour  plusieurs  de  ceux  qui  avaient 
momentanément  ouvert  les  yeux  à  la  lueur  de  Tortho'- 
doxie. 

Concluons  de  Tensemble  des  faits  énoncés  dans  ce  cha- 
pitre, que  Tunité  et  Timmutabilité  de  la  Liturgie  sont  un 
si  grand  bien^  que  les  sectes  séparées  de  TOrient  lui  doi' 
vent  absolument  ce  qu'elles  ont  consçrvé  de  christia" 
nisme  ; 

Que  cette  unité  ne  peut  avoir  de  résultats  importants 
qu'autant  qu'elle  provient  de  la  conformité  des  usages  litur- 
giques des  diverses  ÉgHses,  avec  ceux  d'une  Eglise  mère 
et  principale; 

Que  cette  conformité  étant  détruite,  une  Eglise,  qui 
s'est  ainsi  isolée,  court  les  plus  grands  risques,  puisqu'elle 
demeure  sans  contrôle  et  ne  peut  plus  avoir  qu'une  ortho- 
doxie de  fait,  qui  n'est  même  pas  assurée  pour  le  lende» 
main  ; 

Que  la  Liturgie  tombe  au  pouvoir  du  prince,  en  pro- 
portion de  ce  qu'elle  se  sépare  de  l'autorité  du  chef  majeur 
ecclésiastique  ; 

Que  la  Liturgie,  même  d'une  grande  Eglise,  se  trouvant 
être  distincte  de  celle  que  promulgue  l'Eglise  mère,  devient 
par  là  même  étrangère  aux  perfectionnements  qui  s'opè-^ 
rent  dans  celle-ci  ; 


DES   LITURGIES   ORIENTALES  23  I 

Oue  la  Liturgie  qui  est  destinée  à  sceller  la  foi  des  peu-       ^  partie 

^~  c>         ^  i^  CHAPITRE   ÏX 

pies,  puisqu'elle  en  est  la  plus  haute  et  la  plus  sainte " 

expression,   devient^  quelquefois  Tinstrument  maudit  qui 
déracine  cette  foi,  et  en  empêche  le  retour  ; 

Qu'enfin  les  Églises  de  TOccident  doivent,  en  considé- 
rant les  malheurs  du  christianisme  en  Orient,  s'attacher 
fortement  à  l'unité  liturgique  qui,  à  elle  seule,  eût  pu  non- 
seulement  détourner,  mais  même  rendre  à  jamais  impos- 
sibles le  schisme  et  l'hérésie  qui  les  ont  préparés. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  X 


ABOLITION  DE  LA  LITURGIE  GALLICANE.  INTRODUCTION  DE  LA 
LITURGIE  ET  DU  CHANT  DE  l' ÉGLISE  ROMAINE  EN  FRANCE. 
PREMIÈRE  ORIGINE  DE  LA  LITURGIE  ROMAINE-FRANÇAISE. 
MODIFICATIONS  INTRODUITES  DANS  LE  CHANT.  AUTEURS  LITUR- 
GISTES  DES  IX®  ET  X®  SIECLES. 


A  partir 

du  ixe  siècle, 

tout  Fintérêt 

de  l'histoire 

de  la  Liturgie 

est  concentré 

sur  l'Église 

d'Occident. 


La  Liturgie 

romaine 

triomphe 

en  France 

de  la  Liturgie 

gallicane. 


L'Église  d'Occident  va  désormais  occuper  seule  notre 
attention;  nous  continuerons  néanmoins  d'enregistrer  les 
noms  et  les  travaux  du  petit  nombre  des  liturgistes  que 
rÉglise  d^Orient  compte  encore,  dans  le  cours  des  siècles 
qui  nous  restent  à  raconter.  Sous  le  point  de  vue  qui  nous 
occupe,  comme  sous  tous  les  autres,  Thistoire  ecclésiasti- 
que des  Grecs  et  des  autres  chrétiens  orientaux  tire  à  sa 
fin,  passé  l'ouverture  du  ix®  siècle  :  toute  la  vie,  tout 
Fintérêt  sont  transportés  en  Occident.  Aussi  verrons-nous 
que  la  Liturgie  y  est  appelée  à  prendre  de  grands  dévelop- 
pements, par  Tapplication  de  ces  principes  d'unité  que 
nous  avons  déjà  vus  maintes  fois  promulgués,  soit  par  le 
Siège  apostolique,  soit  par  les  conciles  des  différentes  pro- 
vinces de  la  chrétienté  occidentale. 

Nous  avons  laissé  notre  récit  au  moment  où  la  Liturgie 
romaine,  sortant  des  mains  de  saint  Grégoire  le  Grand, 
préludait  à  ses  futures  conquêtes,  par  son  introduction  pa- 
cifique  dans  les  nouvelles  Eglises  que  les  enfants  de  saint 
Benoît  fondaient,  de  jour  en  jour,  dans  la  Grande-Breui- 
gne,  la  Germanie  et  les  royaumes  du  nord  de  l'Europe. 
Maintenant  un  spectacle  nouveau  s'offre  à  nos  regards.  Une 


ABOLITION   DE  LA   LITURGIE   GALLICANE  233 

grande  Eglise,  toujours  demeurée  orthodoxe  depuis  son 
origine,  TÉglise  gallicanej,  pourvue  d'une  Liturgie  natio- 
nale^ rédigée  par  les  plus  saints  docteurs,  et  pure  de  toute 
erreur,  renonce  à  cette  Liturgie  et  embrasse  celle  de  Rome, 
afin  de  resserrer  davantage  les  liens  qui  Punissent  à  la  Mère 
et  Maîtresse  des  Églises,  et  d'assurer  à  jamais  dans  son 
propre  sein  la  perpétuité  d'une  inviolable  orthodoxie.  La 
France  dut  ce  bienfait  à  ses  grands  chefs.  Pépin  et  Charle- 
magne;  mais  il  est  juste  de  dire  que  le  clergé  seconda  avec 
zèle  et  franchise  les  pieuses  intentions  du  souverain.  Pour- 
quoi faut-il  qu'à  une  autre  époque  nous  ayons  à  raconter 
les  efforts  de  ce  même  clergé  pour  anéantir  cette  unité  li- 
turgique, si  chère  à  nos  pères  durant  tant  de  siècles 

La  race  carlovingienne,  qui  dut  au  Siège  apostolique, 
en  la  personne  du  pape  saint  Zacharie,  la  consolidation  de 
son  avènement  à  la  puissance  souveraine,  avait  été  desti- 
née par  la  Providence  à  rendre  à  la  société  chrétienne  le 
plus  grand  de  tous  les  services,  en  fondant  l'indépendance 
temporelle  des  Pontifes  romains,  et  en  prêtant  l'appui  de 
la  force  publique  à  la  réformation  du  clergé,  par  les  im- 
mortels Capitulaires  que  dressèrent  les  premiers  princes 
de  cette  dynastie.  Il  était  temps  pour  l'Europe  haletante 
de  se  reposer  dans  l'unité  d'un  gouvernement  fort  et  pro- 
tecteur. Charlemagne  allait  bientôt  paraître;  mais  Pépin 
devait  l'annoncer  au  monde  et  à  l'Eglise. 

Les  violences  des  Lombards,  que  ne  pouvaient  plus  ré- 
primer les  empereurs  d'Orient,  forçaient  désormais  les 
Papes  à  se  jeter  dans  les  bras  des  Français,  qu'ils  avaient 
toujours  trouvés  fidèles  au  Siège  apostolique,  et  qui  sem- 
blaient à  la  veille  de  recevoir  et  d'exécuter,  de  concert  avec 
l'Église,  la  haute  mission  d'organiser  un  nouvel  empire 
romain.  Les  rapports  de  Rome  avec  la  France  devenaient 
donc  plus  fréquents,  de  jour  en  jour,  et  la  majesté  du  Siège 
apostolique  ne  pouvait  manquer  de  subjuguer,  comme 
toujours,  ceux  qui  allaient  conclure  avec  lui  une  si  étroite 


I  PARTIE 
CHAPITRE    X 


Mission 

des  princes 

carlovingiens. 


Intimité  des 

rapports 

qui  s'établissent 

entre  le 

Saint-Siège 

et  les  princes 

francs, 
ses  défenseurs. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 

Pépin  le  Bref 

députe  au 

pape  Etienne  II, 

saint 

Ghrodegang, 

évéque 
de  Metz,  754. 


Ghrodegang 

instituteur 

des  chanoines 

réguliers. 


Il  introduit  dans 
sa  cathédrale 

le  chant 

et  l'ordre  des 

offices 

de  l'Église 

romaine. 


Etienne  II, 

réfugié 
en  France, 
demande  à 

Pépin  d'établir 
la  Liturgie 

romaine  dans 
les  Eglises 
de  ce  pays. 


284  ABOLITION 

alliance.  Il  se  trouva  que  Pépin  le  Bref  était  à  la  hauteur 
de  sa  mission  :  la  dureté  soldatesque  de  Charles-Martel 
envers  TEglise  n'avait  point  passé  dans  son  fils.  Il  accueil- 
lit avec  une  tendresse  filiale  la  demande  de  secours  que  lui 
fit,  en  764,  le  pape  Etienne  II,  opprimé  par  Astolphe,  roi 
des  Lombards,  et  ce  pontife  ayant  témoigné  le  désir  de 
venir  chercher  en  France  un  asile  momentané.  Pépin  dé- 
puta vers  lui  saint  Ghrodegang,  évêque  de  Metz. 

Cet  illustre  évêque  préparait  alors  une  œuvre  bien  im- 
portante pour  la  régénération  des  mœurs  du  clergé.  Tout, 
le  monde  sait  que  Finstitution  des  chanoines  vivant  sous 
une  règle,  desservant  Téglise  cathédrale,  et  observant  la  vie 
commune,  la  pauvreté  religieuse  et  le  vœu  d'obéissance  à 
l'archidiacre,  remonte  à  saint  Ghrodegang,  et  que  cette 
institution  si  féconde  en  fruits  de  salut  pour  le  peuple,  et 
d'édification  pour  le  clergé  lui-même,  fut  imitée  sous  Char— 
lemagne  par  la  plupart  des  évêques  de  France. 

Saint  Ghrodegang  étant  donc  allé  à  Rome  chercher  le: 
pape  Etienne,  se  confirma  dans  ses  projets,  sans  doute 
après  avoir  été  témoin  de  la  vie  exemplaire  des  divers  col- 
lèges ecclésiastiques  qui  desservaient  les  basiliques,  et  par- 
ticulièrement des  moines  du  Patriarchium  de  l'église  d( 
Latran.  Pour  unir  davantage  le  clergé  de  l'Église  de  Metz  àj 
l'Église  romaine,  et  donner  aux  offices  divins  une  form( 
plus  auguste,  il  introduisit  dans  sa  cathédrale  le  chant  el 
l'ordre  des  offices  de  l'Eglise  romaine  (r). 

Ce  fait  important,  mais  isolé,  ne  tarda  pas  à  être  suivi 
d'un  autre,  général  et  solennel.  Le  pape  Etienne  étant  en- 
tré en  France,  et  ayant  été  reçu  par  Pépin  avec  toute? 
sortes  d'honneurs,  traita  avec  ce  prince,  non -seulement 
de  la  liberté  et  de  la  défense  de  l'Église  de  Rome  contre  leî 
Lombards,  mais  aussi  des  nécessités  présentes  de  l'Église  d( 


(i)  Ipsumque  clerum  abundanter   lege   divina,   Romanaque  imbutui 
cantilena,  morem   atque   ordinem   Romanœ    Ecclesiae   servare   praecepit^ 
{Pàulus  Diaconus,  apud  Duchesne,  Hist,  Franc,  tom.  II,  pag.  204.) 


DE   LA   LITURGIE   GALLICANE  235 

France.  Il  demanda  au  roi,  en  signe  de  la  foi  qui  unissait       ^  partie 

'  ^  ^  CHAPITRE  X 

la  France  au  Siège  apostolique,  de  seconder  ses  efforts 
pour  introduire  dans  ce  royaume  les  offices  de  l'Eglise 
romaine,  à  Texclusion  de  la   Liturgie   gallicane.   Le  roi    Le  roi  accède 

,,    .,,  ,     />  1  aux  désirs 

seconda  ce  pieux  dessem,  si  conforme  d  ailleurs  a  la  tranche  du  pape, 
orthodoxie  de  son  cœur,  et  les  clercs  de  la  suite  d'Etienne 
donnèrent  aux  chantres  français  des  leçons  sur  la  manière 
de  célébrer  les  offices  (i).  Nous  citerons  à  ce  sujet  les  pa- 
roles de  l'auteur  des  Uvres  Carolins,  ouvrage  qui,  il  est 
vrai,  ne  fut  pas  écrit  par  Gharlemagne,  mais  dont  cet  em- 
pereur a  déclaré  depuis  adopter  le  fond  et  la  forme.  L'au-    Chariemagne 

^  r  r  ^  ^  atteste  dans 

teur  parle  donc  au  nom  de  ce  prince  :  «  Plusieurs  nations  ^    les  livres 

.,  '//Il  «j     Carolins  et  dans 

«  se  sont  retirées  de  la  sainte  et  vénérable  communion  de      un  de  ses 

,,T%    ,.  .  .  tA    T  •)  •  •        Capitulaires 

«  ILglise  romaine  ;  mais  notre  Eglise  ne  s  en  est  jamais  que  son  père 

«  écartée.   Instruite  de  cette  apostolique  tradition,  par  la  la^iturgie 

«  grâce  de  Celui  de  qui  vient  tout  don  parfait,  elle  a  tou-  ^p/ùf  gmnde^ 

«  jours  reçu  les  grâces  d'en  haut.  Étant  donc,  dès  les  pre-  "?/5^r 

f  >  <^  ^  ^    ^        avec  l'Eglise 

«  miers  temps  de  la  foi,  fixée  dans  cette  union  et  cette  reli-  romaine. 
«  gion  sacrée,  mais  s'en  trouvant  en  quelque  chose  sépa- 
«  rée  (ce  qui,  cependant,  n'est  point  contre  la  foi),  savoir 
«  dans  la  célébration  des  offices,  elle  a  enfin  connu  l'unité 
«  dans  l'ordre  de  la  psalmodie,  tant  par  les  soins  et  l'in- 
«  dustrie  de  notre  très-illustre  père,  de  vénérable  mé- 
«  moire,  le  roi  Pépin,  que  par  la  présence  dans  les  Gaules 
«  du  très-saint  homme  Etienne,  pontife  de  la  ville  de 
«  Rome;  en  sorte  que  l'ordre  de  la  psalmodie  ne  fût  plus 
«  différent  entre  ceux  que  réunissait  l'ardeur  d'une  même 
«  foi,  et  que  ces  deux  Églises,  jointes  ensemble  dans  la 
«  lecture  sacrée  d'une  seule  et  même  sainte  loi,  se  trou- 
ce  vassent  jointes  aussi  dans  la  vénérable  tradition  d'une 
«  seule  et  même  mélodie;  la  célébration  diverse  des  offices 
«  ne  séparant  plus  désormais  ce  qu'avait  réuni  la  pieuse 
«  dévotion  d'une  foi  unique  (2).   » 

(i)  Walafrid.  Strabo,  De  Rébus  ecclesiasticis,  cap.  xxv. 
(2)  Vid.  la  Note  A. 


236 


ABOLITION 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


La  puissance 

temporelle 

des  Pontifes 

romains 

constituée 

en  même  temps 

par  Pépin. 


Etienne  II 
envoie  douze 

chantres 

au  roi  pour 

établir 

en  France 

les  traditions 

grégoriennes. 

Sollicitude 

de  saint  Paul  1er 

pour  la  pureté 

des  usages 

liturgiques  et  le 

développement 

de  la 

civilisation 

en  France. 


Dans  le  capitulaire  dressé  en  789,  à  Aix-la-Chapelle, 
Charlemagne  exprime  formellement  Pacte  souverain  par 
lequel  Pépin  supprima  Toffice  gallican,  pour  plus  grande 
union  avec  l'Église  romaine,  et  afin  d'établir  dans  l'Eglise 
de  Dieu  une  pacifique  concorde  (i). 

Après  avoir  obtenu  ce  signalé  triomphe  en  faveur  de 
Funité  liturgique,  Etienne  repassa  les  monts,  et,  peu  de 
mois  après,  Fulrade,  abbé  du  Mont-Gassin,  déposait,  sur 
la  Confession  de  Saint- Pierre,  les  clefs  de  vingt-deux  villes 
que  Pépin  avait  arrachées  à  Astolphe.  Ainsi,  la  puissance 
temporelle  des  Pontifes  romains  commençait  avec  le 
règne  de  la  Liturgie  romaine  dans  les  Églises  du  royaume 
très-chrétien. 

Le  moine  de  Saint-Gall  nous  apprend,  dans  sa  Chro- 
nique, que  le  pape  Etienne,  pour  satisfaire  au  désir  de 
Pépin ,  lui  envoya  douze  chantres  qui ,  comme  douze 
apôtres,  devaient  établir  dans  la  France  les  saines  tradi- 
tions du  chant  grégorien  (2). 

Saint  Paul  P^  remplaça  peu  après  Etienne  sur  le  siège 
de  Rome.  Il  eut  aussi  des  rapports  avec  Pépin  au  sujet  de 
l'introduction  récente  des  usages  romains  dans  TEglise  de 
France.  Remédius ,  frère  de  Pépin  et  archevêque  de 
Rouen,  avait,  dans  le  même  but,  envoyé  à  Rome  quelques 
moines  pour  y  être  instruits  dans  le  chant  ecclésiastique; 
le  Pape  écrit  à  Pépin  que  ces  moines  ont  été  placés  sous  la 
discipHne  de  Siméon,  le  premier  chantre  de  TEglise  ro- 
maine, et  qu'on  les  gardera  jusqu'à  ce  qu'ils  soient  parfai- 


(i)  Monachi  ut  cantum  Romanum  pleniter  et  ordinabiliter  per  noctur- 
nale  et  gradale  officium  peragant,  secundum  quod  beatae  memoriae  genitor 
noster  Pipinus  rex  decertavit  ut  fieret,  quando  Gallicanum  cantum  tulit, 
ob  unanimitatem  apostoiicae  Sedis  et  sanctae  Dei  Ecclesiae  pacificam  con- 
cordiam.  (Baluz.  Capitul.  Aqiiisgranen.  789,  cap.  xc.) 

(2)  Stephanus  Papa  Pipini  bonae  voluntati  et  studiis  divinitus  inspiratis 
assensum  praebens,  secundum  numerum  XII  Apostolorum,  de  Sede  apos- 
tolica  duodecim  clericosdoctissimos  cantilenae  ad  eum  in  Franciam  direxit, 
(Chronicon  San-Gallense,  lib.  I,  cap.  x.) 


DE   LA    LITURGIE   GALLICANE  237 

tement  exercés  dans  le  chant  ecclésiastique  (i).  Dans  une       i  partie 

CHAPITRE   X 


autre  lettre,  le  Pontife  écrit  au  Roi  :  «  Nous  vous  envoyons 
«  tous  les  livres  que  nous  avons  pu  trouver,  savoir  VAn- 
«  tiphonaire,  le  Responsal,  la  Dialectique  d'Aristote,  les 
«  livres  de  saint  Denys  TAréopagite,  la  Géométrie,  TOr- 
«  thographe,  la  Grammaire,  et  une  horloge  nocturne  (2).  » 
On  voit  par  ce  passage  vraiment  curieux  avec  quel  détail 
les  Pontifes  romains  remplissaient  leur  tâche  de  civilisa- 
teurs de  rOccident,  et  comment  Tadoption  des  usages  litur- 
giques de  Rome  par  les  Églises  de  France,  tenait  à  cet 
ensemble  de  faits,  qui  devait  élever  si  haut  la  prépondé- 
rance de  notre  nation,  quand  le  grand  homme  appelé  à 
combiner  tant  et  de  si  riches  éléments  aurait  apparu. 
Charlemaffne  vint  enfin.  Il  n^est  point  de  notre  sujet  de    Chariemagne 

,     .        .    .  ,    .  .roi  des  Francs. 

décrire  ici  tant  de  grandeur,  tant  de  génie,  et  le  sublime 
et  saint  emploi  que  Chariemagne  sut  faire  de  cette  gran- 
deur et  de  ce  génie;  nous  donnerons  seulement  ici  quelques 
faits  de  sa  vie,  pris  dans  la  ligne  des  événements  que  nous 
racontons. 
On  sait  Tamour  filial  que  Chariemagne  porta  au  pape    ,     .^"^ 

^  Dr  -"^    -"^        les  instances 

saint  Adrien,  qui  monta    sur  le  Saint-Siège   en   772.  A      .du  pape 

.  .  .  .  A    .  saint  Adrien, 

peine  ce  saint  Pontife  fut  assis   sur  la  Chaire  de  Saint-  Charles  achève 

^.  VI       j  •    r^u      1        1  1  •  •  l'œuvre  d'unité 

Pierre,  qu  il  adressa  au  roi  Charles  les  plus  vives  ins-      liturgique 

1  ^    .      .         ,  1         1     -I-.  /    •  commencée  par 

tances  pour  le  porter  a  imiter  les  ex,emples  de  Pepin,  en       son  père. 

propageant  la  Liturgie  romaine  ;  c'est  ce  qui  est  rapporté 

dans  les  livres  Carolins,  à  la  suite  du  passage  que  nous 

avons  cité  plus  haut  :  «  Dieu,  y  est-il  dit,  nous  ayant  à 

«  notre  tour  conféré  le  royaume  d'Italie,  nous  avons  voulu 

«  exalter  la  grandeur  de  la  sainte  Eglise  romaine,  et  obéir 

«  aux  salutaires  exhortations    du   Révérendissime  Pape 

«  Adrien  ;  c'est   pourquoi  nous  avons  fait  que  plusieurs 

«  Eglises  de  cette  contrée,  qui  autrefois  refusaient  de  rece- 

(i)  Labb.  Concil.,  tom.  VI,  pag.  1688. 
(2    Pauli  J  Epist.  XXV.  Apud  Gretser. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Charlemagne 

demande 
à  saint  Adrien 

un  nouvel 
exemplaire  du 
Sacramentaîre 

grégorien 

et  en  prescrit 

l'usage  dans 

toutes 

les  Églises 

de  son  empire. 


Malgré  les  soins 
de  Pépin  et  de 
Charlemagne, 


238  ABOLITION 

«  voir  dans  la  psalmodie  la  tradition  du  Siège  apostolique^ 
-  «  Tembrassent  maintenant  en  toute  diligence,  et  adhèrent 
«  dans  la  célébration  des  chants  ecclésiastiques  à  cette 
c(  Église,  à  laquelle  elles  adhéraient  déjà  par  le  bienfait 
ce  de  la  foi.  C'est  ce  que  font  maintenant,  comme  chacun 
«  sait,  non-seulement  toutes  les  provinces  des  Gaules,  la 
c(  Germanie  et  P Italie,  mais  même  les  Saxons,  et  autres 
«  nations  des  plages  de  T Aquilon^  converties  par  nous, 
«  moyennant  les  secours  divins,  aux  enseignements  de  la 
«  foi  (t).  » 

Afin  d'employer  dans   rétablissement  de  Tunité   litur- 
gique  des    sources    d'une  pureté  incontestable,  quoique 
déjà  on  eût  envoyé  de  Rome  à  Pépin  diverses  copies  du 
Sacramentaire  grégorien,  Charlemagne  ne  laissa  pas  d'en 
demander  un  nouvel  exemplaire  à  saint  Adrien  (2).  Nous 
venons  de  citer  le  Capitulaire  d'Aix-la-Chapelle,  en  789, 
dans  lequel  ce  prince  requiert  l'observation  du  rite  ro- 
main, tant  dans  les  offices  divins  qu'à  la  messe  elle-même, 
per  nocturnale  et  gradale  officium.  Les  Capitulaires  sont 
remplis  d^allusions  à  cette  mesure,  prise  dans  toutes  ses 
conséquences.  C'est  aussi    sous   l'inspiration  de  Charle- 
magne que   le  concile  de  Mayence,  en  81 3,  décrète  que 
l'on  suivra  fidèlement  le  Sacramentaire  grégorien,  dans 
l'administration  du  baptême  (3). 

Mais  il  était  un  point  sur  lequel  le  génie  français  résis- 
tait, malgré  lui-même,  aux  pieuses  intentions  de  Charle- 


(i)   Vid.  la  Note  B. 

(2)  De  Sacramentario  vero,  a  sancto  praedecessore  nostro  deifluo  Gre- 
gorio  Papa  disposito,  jampridem  Paulus  grammaticus  a  nobis  eum  pro 
vobis  petiit,  et  secundum  sanctae  nostrae  Ecclesiae  traditionem  per  Joannem 
abbatem  Excellentiae  vestrae  emisimus.  (Duchesne,  Hist,  Franc.,,  tom.  III, 
pag.  798O 

(3)  Sacramenta  itaque  Baptismatis  volumus,  ut  sicut  sancta  vestra  fuit 
admouitio,  ita  concorditer  atque  uniformiter  in  singulis  parochiis,  secun- 
dum Romanum  ordinem  inter  nos  celebreistur.  (Conc.  Magunt in.,  can.  IV. 
Labb.,  tom.  VII,  pag«  1242.) 


t>E    LA   LITURGIE    GALLICANE  2?>g 

magne  et  de  Pépin,  Ce  dernier  avait  pu,  sans  doute,  intro- 
duire  le  chant  de  PEglise  romaine  dans  les  Eglises  de 
France;  mais  il  n^était  pas  en  son  pouvoir  de  le  faire  exé- 
cuter avec  la  perfection  des  chantres  romains,  ni  de  le  dé- 
fendre, dans  toutes  les  localités,  des  prétendues  améliora- 
tions dont  rhabileté  des  clercs  français  croirait  devoir 
Fenrichir.  Il  arriva  donc  qu'en  peu  d'années  les  sources  si 
pures  des  mélodies  grégoriennes,  contenues  dans  les  anti- 
phonaires  envoyés  par  Etienne  II  et  Paul  P"",  s'étaient  déjà 
corrompues.  Jean  Diacre,  dans  la  vie  de  saint  Grégoire 
le  Grand,  donne,  avec  la  franchise  d'un  artiste,  les  raisons 
pour  lesquelles  le  chant  grégorien  ne  s'était  pas  main- 
tenu, sans  altération,  dans  nos  églises.  Voici  ses  paroles 
pleines  de  naïveté  et  sentant  quelque  peu  l'invective. 
Le  lecteur  d'aujourd'hui  jugera,  à  son  loisir,  jusqu'à 
quel  point  nos  chantres  de  cathédrales,  renforcés  par  les 
serpents  et  les  ophicléides,  méritent  ou  ne  méritent  pas  le 
reproche  d'avoir  continué  les  barbares  que  l'historiographe 
de  saint  Grégoire  immole  avec  tant  de  sévérité. 

ce  Entre  les  diverses  nations  de  l'Europe,  les  Allemands 
«.  et  les  Français  ont  été  le  plus  à  même  d'apprendre  et 
«  de  réapprendre  la  douceur  de  la  modulation  du  chant  ; 
ce  mais  ils  n'ont  pu  la  garder  sans  corruption,  tant  à  cause 
«  de  la  légèreté  de  leur  naturel,  qui  leur  a  fait  mêler  du 
ce  leur  à  la  pureté  des  mélodies  grégoriennes,  qu'à  cause 
ce  de  la  barbarie  qui  leur  est  propre.  Leurs  corps  d'une 
ce  nature  alpine,  leurs  voix  retentissant  en  éclats  de  ton- 
ce  nerre,  ne  peuvent  reproduire  exactement  l'harmonie 
ce  des  chants  qu'on  leur  apprend  ;  parce  que  la  dureté  de 
ce  leur  gosier  buveur  et  farouche,  au  moment  même  où 
ce  elle  s'applique  à  rendre  l'expression  d'un  chant  mélo- 
c«  dieux,  par  ses  inflexions  violentes  et  redoublées,  lance 
«  avec  fracas  des  sons  brutaux  qui  retentissent  confusé- 
«  ment,  comme  les  roues  d'un  chariot  sur  des  degrés;  en 
<e  sorte   qu'au   lieu    de    flatter   l'oreilk    dea  ayditeuxs^ 


1   PARTIE 
CHAPITRE    X 


les  chantres 
français 

dénaturent 
le  chant 

grégorien. 


Plaintes  que 
ces  altérations 

arrachent 

au  biographe  de 

saint  Grégoire. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Dispute  entre 

les  chantres 

romains 

et  les  chantres 

français 

pendant  le 

séjour  de 

Charles  à  Rome 

en  787. 


Le  Roi  demande 

au  Pape 

des  chantres 

habiles 

pour  rétablir 

les  traditions 

grégoriennes 

en  France. 


240  ABOLITION 

«  elle   la   bouleverse    en  l'exaspérant   et    en    Pétourdis- 
«  sant  (i).  » 

Charlemagne,  qui  sentait  profondément  les  beaux-arts, 
ne  put  souffrir  longtemps  une  dissonance  qui  ne  tendait  à 
rien  moins  qu'à  détruire  tout  le  fruit  des  nobles  efforts 
qu'il  avait  entrepris  pour  avancer  la  civilisation  des  Fran- 
çais par  rharmonie  des  chants  de  l'Eglise,  les  plus  moraux 
et  les  plus  populaires  de  tous.  Étant,  en  787,  à  Rome,  à 
la  fête  de  Pâques,  il  fut  témoin  d'une  dispute  entre  les 
chantres  romains  et  les  français.  Ceux-ci  prétendaient 
que  leur  chant  avait  l'avantage,  et,  fiers  de  la  protection 
du  roi,  ils  critiquaient  sévèrement  les  romains.  Ces  der- 
niers, au  contraire,  forts  de  l'autorité  de  saint  Grégoire  et 
des  traditions  dont  son  antiphonaire  n'avait  cessé  d'être 
accompagné  à  Rome,  se  riaient  de  l'ignorance  et  de  la 
barbarie  des  chantres  français.  Charlemagne  voulut  mettre 
fin  à  cette  dispute,  et  il  dit  à  ses  chantres  :  «  Quel  est  le 
«  plus  pur,  de  la  source  vive  ou  des  ruisseaux  qui,  en 
«  étant  sortis,  coulent  au  loin  (2)?  »  Ils  convinrent  que 
c'était  la  source.  Alors  le  roi  reprit  :  «  Retournez  donc  à 
«  la  source  de  saint  Grégoire  ;  car  il  est  manifeste  que  vous 
«  avez  corrompu  le  chant  ecclésiastique  (3).  » 

Voulant  remédier  aussitôt  à  cet  inconvénient,  Charle- 
magne demanda  au  Pape  des  chantres  habiles  qui  pussent 
remettre  les  Français  dans  la  ligne  des  saines  traditions. 
Saint  Adrien  lui  donna  Théodore  et  Benoît,  qui  avaient 
été  élevés  dans  l'école  de  chant  fondée  par  saint  Grégoire, 
et  il  présenta  en  outre  au  roi  les  antiphonaires  du  même 
saint  Grégoire,  notés  par  Adrien  lui-même,  suivant  la  no- 


(i)  Ff^.  laNoteC. 

(2)  Quis  purior  est  et  quis  melior,  aut  fons  vivus,  aut  rivuli  ejus  longe 
decurrentes?  (Caroli  Magni  vita  per  monachum  Engolismen.  Duchesne, 
tom.  II,  pag.  75.) 

(3)  Revertimini  vos  ad  fontem  sancti  Gregorii,  quia  manifeste  corru- 
pistis  cantilenam  ecclesiasticam.  {Ibidem.) 


DE  LA   LITURGIE   GALLICANE 


241 


I   PARTIE 
CHAPITRE   X 


tation  romaine.  Il  y  avait  donc  dès  lors  une  manière  de 
noter  le  chant  ecclésiastique.  Gharlemagne  étant  de  retour 
en  France,  plaça  un  de  ces  deux  chantres  à  Metz  et  Pautre 
à  Soissons,  et  donna  ordre  à  tous  les  maîtres  de  chant 
des  autres  villes  de  France  de  leur  présenter  à  corriger 
leurs  antiphonaires,  et  d'apprendre  d'eux  les  véritables 
règles  du  chant.  Ainsi  furent  rectifiés  les  antiphonaires  de 
France  que  chacun  avait  corrompus  à  sa  guise,  ajoutant 
ou  retranchant  sans  règle  et  sans  autorité,  et  tous  les 
chantres  de  France  apprirent  la  note  romaine  qui,  depuis, 
a  été  appelée  note  française  (i).  Nous  avons  suivi,  dans 
cet  intéressant  récit,  le  moine  d'Angoulême,  historio- 
graphe de  Gharlemagne,  dont  le  récit  est  confirmé  par 
Jean  Diacre  dans  la  vie  de  saint  Grégoire  le  Grand, 
et  par  Ekkehard ,  dans  la  vie  du  B.  Notker,  dit  le 
Bègue  (2). 

Ges  trois  auteurs  ajoutent  que  ce  fut  à  Metz  que  le 
chant  grégorien   sMleva  à  un  plus  haut  point  de  perfec- 

.  devient  la  plus 

tion,  en  sorte  que  lecole  de  Metz  remportait  autant  sur  célèbre  de  toute 
les  autres  écoles  de  France  qu^elle  le  cédait  elle-même  à 
celle  de  Rome.  Le  chroniqueur  d'Angoulême  ajoute  que 
les  chantres  romains  instruisirent  aussi  les  français  dans 
Tart  de  toucher  Torgue  (3). 


L'école 

des  chantres 

de  Metz 


(i)   Vid,  la  Note  D. 

(2)  ActaSS.Aprilis.,  tom.  I,  ad  diem  VI,  pag,  582. 

(3)  Similiter  erudierunt  Romani  cantores  supradicti  cantores  Franco- 
rum  in  arte  organandi.  Ibidem. 

Les  trois  écrivains  que  cite  ici  l'auteur,  parfaitement  d'accord  sur  le 
fond  de  cette  histoire,  diffèrent  sur  quelques  détails.  Ils  rapportent  do 
la  même  façon  la  dispute  des  chantres  romains  et  français,  l'intervention 
et  la  sage  décision  de  Gharlemagne.  Le  moine  d'Angoulême  raconte 
ensuite  que  le  Pape  donna  à  l'empereur  deux  chantres  romains,  Théodore 
et  Benoît,  qui  vinrent  à  Metz  fonder  l'école  de  chant.  Jean  Diacre  et 
Ekkehard  disent,  au  contraire,  que  Charles  laissa  près  du  Pape  deux  clercs 
de  sa  chapelle,  qu'Adrien  les  instruisit  de  la  tradition  romaine  et  que, 
revenus  en  France,  ils  l'enseignèrent  â  l'école  de  Metz.  Après  leur  mort, 
la  confusion  se  mit  de  nouveau  dans  les  usages  des  églises  de  France. 

T.    I  16 


242  INTRODUCTION   DU   CHANT 

INSTITUTIONS        Ccttc  supédorité  dont  Técole  de  Metz  conservait  encore 

LITURGIQUES  ^ 

la   réputation   au   xii®   siècle,    sur    les    écoles   de    chant 
La  supériorité  des  autres  Cathédrales  de  France,  est  due  sans  doute  à  la 

de  l'école  de 

Metz,         discipline  que  saint  Ghrodegang  avait  établie  parmi  ses 

maintenue         ,  .  t  i-  •  i  i         • 

jusqu'au  chanomes.  Les  traditions  de  ce  genre  devaient  se  conser- 

^"^en^  p^artie  ^^  ^'^i*  plus  pures  dans  cette  église  dont  le  clergé  gardait  avec 

^  introduite^^  ^^^^  ^^  régularité  les  observances  de  la  vie  canoniale.  Il  y 

cErode^Tn  ^  longtemps  qu'on  a  remarqué  que  les  traditions  du  chant 

parmi  ecclésiastique  se  gardaient  mieux  dans  les  corps  religieux 

ses  chanoines.  ,       ,        .  i  o 

que  dans  le  clergé  séculier.  Les  exemples  ne  nous  man- 
queraient pas  ;  mais  nous  avons  voulu  simplement  ici 
constater  un  fait  qui  a  son  genre  d'importance. 


V 


I  Charlemagne  recourut  alors  une  seconde  fois  à  Adrien,  qui  lui  envoya 

deux  chantres  de  l'école  fondée  par  saint  Grégoire.  Jean  Diacre  ne  les  nomme 
pas  et  dit  seulementqu'ils  trouvèrent  la  tradition  beaucoup  mieux  conservée 
à  Metz  que  dans  les  autres  églises  et  que  par  leurs  leçons  ils  assurèrent  à 
cette  école  une  complète  et  durable  supériorité.  Ekkehard  est  plus  explicite; 
il  nomme  les  deux  chantres  envoyés  par  Adrien,  Pierre  et  Romain,  et  il 
ajoute  que  le  Pape  leur  donna  deux  antiphonaires  parfaitement  conformes 
à  l'exemplaire  authentique  de  saint  Grégoire.  Les  deux  envoyés  se  mirent 
en  route;  mais,  en  traversant  les  Alpes,  au  passage  du  mont  Septmer,  prè"5 
du  lac  de  Constance,  Romain  tomba  malade  et  n'eut  pas  la  force  de  con- 
tinuer sa  route.  Il    atteignit  à  grand'peine  l'abbaye  de  Saint-Gall ,  où  il 
arriva  avec  l'un  des  deux  antiphonaires,    que  son  compagnon  lui  avait 
laissé,  quoiqu'à  contre-cœur.  Les  moines  l'accueillirent  comme  un  envoyé' 
du  ciel  ;   ils   désiraient,    en   effet,  réformer  le  chant   de  leur  monastère 
d'après  la  pure  tradition  grégorienne;  la  Providence  leur  envoyait  de  la 
manière  la  plus  inattendue  le  moyen  d'accomplir  ce  dessein.  Charlemagner" 
vit  de  même  dans  ce  qui  s'était  passé  un   signe  de  la  volonté   du  ciel. 
Quand  Pierre  lui  eut  raconté  l'aventure  de  son  compagnon,  il  ordonna 
à  celui-ci  de  rester  à  Saint-Gall  pour  y  former  une   école  de  chant.  A 
Rome,  l'Antiphonaire  authentique  de  saint  Grégoire  était  placé  dans  une 
custode  appelée  cantarium  et  dans  un  lieu  où  chacun  pouvait  le  consulter, 
afin  de  corriger  les  fautes  des  antiphonaires  et  de  relever  les  erreurs  des 
chantres  ignorants.  On  fit  de  même  à  Saint-Gall,  et  le  précieux  manuscrit 
de  Romain  fut  placé  près  de  l'autel  des  Apôtres,  dans  un  riche  écrin.  Il 
a  échappé,  dit-on,  au  temps  et  aux  révolutions,  et  on  croit  le  reconnaître 
dans  cet  antiphonaire  du  viii^  siècle,  que  le  P.  Lambillotte,  de  la  Com- 
pagnie de  Jésus,  a  publié  en  fac-similé  à  Paris,  en   i85i,   sous  le  titre 
d^ Antiphonaire  de  Saint  Grégoire.  (Note  de  l'éditeur.) 


I  PARTIE 
CHAPITRE  X 


DE  l'Église  romaine  en  frange  243 

Ainsi  Charlemagne  se  montra  zélé  pour  le  chant  ecclé- 
siastique, et    ne  craignit  pas  de  donner  à  ce  grand  objet 
une  importance  majeure,  suivant  en  cela  l'exemple  si  frap-    charlemagne 
pant  de  saint  Grégoire,  qui  ne  trouva  point  au-dessous  de    pour  le  chant 
lui  d'enseigner  lui-même  le  chant  aux  enfants.  C'est  ainsi    ^'^parce^^ue^' 
qu'ont  agi  toujours  les  grands  législateurs  du  genre  hu-  ^^^^^  à^ses  yeux 
main  :  ils  ont  saisi  avec  bonheur  les  choses  principales  et  ^^  pKÎr°e"^cace 
ils  s'y  sont  appliqués  avec  constance.  Plus  tard,  le  vul-  ^e  civilisation. 
gaire  n'y  a  rien  compris,  et  le  vulgaire  est  nombreux;  car 
qui,  aujourd'hui,  consentirait  à  voir  dans  la  Liturgie  le 
plus  grand  mobile  de  la  civilisation  d'un  peuple  ?  Il  est 
vrai  que  nous  avons  aujourd'hui  des  peuples  sans  habi- 
tudes liturgiques  :  la  postérité  prononcera  sur  la  moralité 
des  moyens  qu'on  a  pris  pour  leur  ouvrir  d'autres  sources 
du  beau  et  de  l'enthousiasme. 
Il    Disons  encore  un  mot  de  Charlemagne,  ce  grand  per-    Assiduité  du 

,.  .  ^  .,1  ^-1  j     grand  empereur 

sonnage  liturgique.  On  a  vu  ailleurs  qu  il  est  auteur  de        à  tous 
l'hymne  Veni,  Creator  Spiritus  :  ajoutons  qu'il  assistait       du  jour 
fidèlement  aux  offices,  tant  de  jour  que  de  nuit,  dans  la  ^^^   ^  ^  ^^^^' 
chapelle  du  palais.  Sa  vie,  par  Eginhard,  renferme  les 
plus  précieuses  particularités  sur  le  zèle  de  cet  incompa- 
rable prince  pour  le  service  divin.  On  y  voit  que  Charle- 
magne présidait  aux  offices,  dans  l'attitude  qui  convenait 
à  un  prince  chrétien,  rempli,  comme  il  l'était,  du  plus  grand 
respect  pour  le  sacerdoce.  Il  ne  se  permettait  pas  de  faire 
entendre  sa  voix,  comme  il  appartient  aux  prêtres  :  il  ne 
chantait  qu'à  voix  basse,  et  encore  dans  les  moments  où 
les  laïques  pouvaient  se  joindre  au  chœur  ;  mais  il  s'était 
réservé  le  soin  de  désigner  les  leçons  que  ses  clercs  de- 
vaient lire,  afin  qu^ils  se  tinssent  toujours  prêts  à  remplir 
cet  office  correctement.    Il  n^en  souffrait   aucun  dans  sa 
chapelle   qui  ne   sût   lire  et  chanter  convenablement.  Il 
invita  Paul  Diacre,  célèbre  moine  du  Mont-Cassin,  à  com- 
poser un   recueil   d'homélies  choisies  des  saints   Pères, 
pour  servir  aux  offices  de  l'Eglise,  pendant  tout  le  cours 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Extension 

de  la  Liturgie 

romaine 

à  la  mort  de 

Charlemagne. 


Louis  le  Pieux 

imitateur 

du  zèle  de  son 

père  pour 

la  Liturgie. 


Il  envoie 

à  Rome 

Amalaire,  prêtre 

de  l'Église 

de  Metz, 

avec  mission 

d'en  rapporter 

un  nouvel 
exemplaire  de 
l'Antiphonaire. 


Amalaîre 

compose  son 

livre 

de  Ordine 
Antiphonarii, 


244  PREMIERE   ORIGINE 

de  Tannée.  On  ne  finirait  pas  si  on  voulait  rapporter  tout 
■  ce  que  Charlemagne  a  fait  en  faveur  de  la  Liturgie  :  la 
matière  est  si  abondante  qu'elle  demanderait,  pour  ainsi 
dire,  un  ouvrage  spécial. 

L'Église  et  le  monde  le  perdirent  en  814.  A  sa  mort,  la 
Liturgie  romaine  régnait  dans  tout  FOccident,  à  Texcep- 
tion  de  l'Espagne,  qui  ne  devait  pas  tarder  à  Tembrasser 
aussi;  à  grand'peine  Milan  avait  pu  sauver  son  rite  am- 
brosien. 

Louis  le  Pieux  offrit  dans  son  caractère  peu  de  traits  de 
la  grandeur  de  son  père;  mais  il  en  avait  au  moins  hérité 
la  piété  et  le  zèle  pour  le  service  divin.  C'était  beaucoup 
pour  cet  âge  de  la  civilisation  par  le  christianisme.   Les^ 
capitulaires  de  Louis  le  cèdent  à  peine  à  ceux  de  Charle- 
magne, pour  la  sagesse  des  règlements  qu'ils  contiennent. 
Il  s'occupa  de  bonne  heure  du  chant  ecclésiastique  et  des- 
moyens d^en  assurer  la  pureté  :  c'est  pourquoi  il  députa  à 
Rome  le  célèbre  liturgiste  Amalaire,  prêtre  de  l'église  de 
Metz,  avec  charge  d'en  rapporter  un  nouvel  exemplaire 
de  TAntiphonaire,  devenu  sans  doute  nécessaire  par  suite] 
de  nouvelles  altérations  qu'on  avait  déjà  faites  au  texte  et 
à   la  note  de    saint   Grégoire.  Le  pape   Grégoire  IV  sej 
trouva  hors  d'état  de  satisfaire  Tempereur,  ayant  précé- 
demment disposé  du    seul  exemplaire  de  l'Antiphonaire] 
qui  lui  restât  libre,  en  faveur  de  Vala,  moine  de  Corbie. 
Amalaire,  à  son  retour  en  France,  se   rendit  dans   cette j 
illustre  abbaye  :  il  y  conféra  l'Antiphonaire  nouvellement! 
apporté  de  Rome  avec  ceux  qui  étaient  en  usage  en  France, 
et,  après   cette  confrontation,  il  fut  en  état  de  composer 
son  précieux  livre  de  Ordine  Antiphonarii. 

Quand  nous  disons  que  la  Liturgie  gallicane  demeura! 
détruite  sans  retour  en  France,  nous  n'entendons  pas  dire 
qu'il  n'en  resta  point  quelques  débris,  qui  se  fondirent  dans 
les  usages  romains.  Les  Églises  de  Lyon  et  de  Paris  furent, 
sans  doute,  celles  qui  gardèrent  un  plus  grand  nombre  de 


DE  LA   LITURGIE   ROMAINE-FRANÇAISE  246 

ces  antiques  formes  gallicanes  ;  mais  les  autres  Eglises  en 
conservèrent  toutes  plus  ou  moins  quelques  parties.  On 
en  peut  encore  retrouver  la  trace  dans  les  usages  déroga- 
toires au  rite  romain  qui  se  retrouvent  dans  la  généra- 
lité des  livres  d'offices  suivis  autrefois  en  France.  Ainsi, 
nous  signalerons,  avec  Grancolas  et  le  P.  Lebrun,  comme 
des  pratiques  de  la  Liturgie  gallicane,  dans  l'office  divin, 
l'usage  de  répéter  l'Invitatoire  en  entier,  entre  les  versets 
du  Psaume  XCIV,  d'ajouter  un  répons  après  la  neuvième 
leçon  de  Matines,  de  dire  Gloria  Patri  à  la  fin  de  chaque 
répons    des  Nocturnes,    et    de    répéter    les    troisième, 
sixième  et  neuvième  de  ces  répons,  dans  les  principales 
fêtes;  de  dire  un  verset  appelé  sacerdotal ,  entre  Matines 
et  Laudes  ;  de  ne  dire  qu'une  antienne  à  Vêpres,  quand  il 
n'y  en  a  pas  de  propres  tirées  des   Psaumes  ;  de  dire  les 
Psaumes  de  la  férié  aux  premières  Vêpres  des  fêtes  so- 
lennelles; de   chanter  un  répons  à  Vêpres,  etc.  Pour  la 
Messe,  le  principal  rite  gallican  qui  se  fût  conservé,  et  qui 
ne  se  pratique  plus  guère  aujourd'hui  qu'à  Paris,  est  la 
bénédiction  épiscopale  après  le  Pater  ;  nous  indiquerons 
encore  les  prières  générales  que   l'on   fait   au  Prône;  la 
coutume  déporter  le  livre  des  Evangiles  à  baiser  au  clergé; 
de  mêler  l'eau  et  le  vin  dans  le  calice,  en  disant  une  orai- 
son qui  rappelle  le  sang  et  l'eau  qui  sortirent  du  côté 
ouvert   de   Jésus-Christ  ;  l'usage  de  suspendre   le  saint 
Sacrement  au-dessus  de  l'autel,  dans  un  vase,  ordinairement 
en  forme  de  colombe,  etc.  Aujourd'hui,  plusieurs  de  ces 
usages  sont  tombés  en  désuétude,  et  l'on  ne  se  met  guère 
en  peine  de  savoir  l'origine  de  ceux  qu'on  a  conservés. 
Nous  dirons  comment,  au  xviii^  siècle,  l'Eglise  de  Lyon, 
celle  de  toutes   qui   avait  conservé  un  plus  grand  nom- 
bre d'anciens  usages   gallicans,    les  vit  succomber  sans 
retour,  sous  les  coups  du  gallicanisme.  Mais  revenons  à 
Amalaire. 
Son  ouvrage  était  une  compilation,  que  nous  avons  en- 


I    PARTIE 
CHAPITRE    X 


Usages 

gallicans 

conservés  dans 

un  grand 

nombre 

d'iiglises  de 

France, 

spécialement 

à  Lyon 

et  à  Paris, 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Nature  du 

travail 

d'Amalaire  sur 

PAntiphonaire, 


Son  livre 

devient 

le  régulateur 

du  chant 

ecclésiastique 

en  France. 


Agobard, 
archevêque 

de  Lyon, 
critique  avec 

violence 

le  travail 
d'Amalaire. 


246  PREMIÈRE   ORIGINE 

core,  de  diverses  pièces  des  Antiphonaires  romain  et  fran- 
•  çais,  dont  il  fit  un  tout,  en  les  corrigeant  les  unes  sur  les 
autres  :  mais  afin  que  l'on  pût  reconnaître,  du  premier 
coup  d'œil,  les  sources  auxquelles  il  avait  puisé,  il  eut 
soin  de  placer  en  marge  la  lettre  R,  lorsqu'il  suivait  l'An- 
tiphonaire  romain,  et  la  lettre  M,  quand  il  s'attachait  à 
celui  de  Metz.  Dans  quelques  endroits  où  il  avait  jugé  à 
propos  de  s'éloigner  de  l'un  et  de  l'autre,  il  avait  mis  en 
marge  un  I  et  un  C,  comme  pour  demander  Indulgence 
et  Charité  [i).  Ce  recueil,  qui  constate  la  manie  incorri- 
gible des  Français  de  retoucher  sans  cesse  la  Liturgie,  de- 
vint le  régulateur  du  chant  ecclésiastique  dans  nos  Églises; 
on  ne  retourna  plus  désormais  à  Rome  chercher  de  nou- 
veaux Antiphonaires,  et  telle  fut  Torigine  première  de 
cette  Liturgie  romaine-française  dont  nous  aurons  occa- 
sion de  parler  dans  la  suite  de  cette  histoire.  Toutefois, 
pour  être  juste,  il  faut  convenir  que,  dans  le  plus  grand 
nombre  des  offices  de  Tannée,  la  compilation  d'Amalaire 
ne  présente  pas  de  variantes  avec  les  livres  purement  ro- 
mains. Le  petit  nombre  d'offices  dans  lesquels  ces  diffé- 
rences se  remarquent  ne  s'éloignent  du  romain  que  pari 
la  substitution,  ou  l'addition  de  quelques  répons  ou  an- 
tiennes, à  d'autres  répons  ou  antiennes  de  l'Antiphonairej 
grégorien.  Le  Siège  apostolique  trouva  ces  nuances  sil 
légères  qu'il  ne  jugea  pas  à  propos  de  réclamer  :  la  Liturgie, 
gallicane  n'en  était  pas  moins  détruite  sans  retour,  et  les 
usages  romains  introduits  (mais  non,  hélas!  sans  retour) 
dans  le  florissant  empire  des  Francs. 

Le  travail  d'Amalaire  essuya  néanmoins  une  vive  criti-' 
que  dans  l'Eglise  de  Lyon.  Ce  siège  était  occupé  par  le  fa^ 
meuxAgobard,  prélat  que  son  Église  honore  d'un  culte  que 
le  Siège  apostolique  n'a  pas  ratifié.  Il  se  déchaîna  avec 
violence  contre  Amalaire,  dans  un  opuscule  qu'il  intitula 


(i)  Biblioth.  Max,  Patrum,  tom.  XIV,  pag.  io32-io6i» 


DE   LA   LITURGFE    ROMAINE-FRANÇAISE  247 

de  la  divine  Psalmodie,  et  lui  reprocha  d'avoir  attaqué  la 
sainte  Eglise  de  Lyon,  non-seulement  de  vive  voix^  mais 
par  écrit,  comme  ne  suivant  point  Pusage  légitime  dans  la 
célébration  des  offices.  Agobard  avait  à  venger  en  ceci  une 
querelle  personnelle.  Il  avait  corrigé  aussi,  à  sa  manière, 
TAntiphonaire,  en  y  retranchant,  disait-il,  les  choses  vaines, 
superflues,  ou  approchant  du  blasphème  et  du  mensonge, 
pour  n'y  laisser  que  ce  qui  était  de  V Ecriture  sainte,  sui- 
vant r intention  des  Canons  (i). 

L'Antiphonaire  de  Metz,  au  contraire,  offrait  un  certain 
nombre  de  pièces  en  style  ecclésiastique,  et  qui  n'étaient 
point  formées  des  paroles  de  l'Ecriture. 

Il  est  assez  étrange  que  l'Antiphonaire  romain,  que  Pé- 
pin et  Gharlemagne  avaient  établi  à  Lyon,  si  peu  d'années 
auparavant,  renfermât  tant  de  choses  répréhensibles;  mais 
rétonnement  cesse  quand  on  lit  le  livre  du  même  Agobard, 
de  Correctione  Antiphonarii .  On  voit  que  cet  évêque  n'était 
point  étranger  aux  théories  qui  furent  improuvées  en  Es- 
pagne, dans  ce  quatrième  concile  de  Tolède,  dont  nous 
avons  ci-dessus  rapporté  un  canon  intéressant.  Agobard 
soutenait  aussi  qu'on  ne  devait  chanter  dans  les  offices  que 
les  seules  paroles  de  la  sainte  Ecriture,  et  pour  mettre  la 
Liturgie  d'accord  avec  son  système,  il  avait  commencé  par 
retrancher  des  livres  grégoriens  tout  ce  qui  pouvait  y  être 
contraire. 

Dans  ce  dernier  ouvrage  dont  nous  venons  de  parler,  il 
attaque  principalement  le  livre  d'Amalaire,  de  Ordine  An- 
tiphonarii^ et  fait  une  critique  amère  et  violente  de  plu- 
sieurs antiennes  et  répons  qu'il  prétend  être  de  la  com- 
position du  liturgiste  de  Metz.  Il  est  fâcheux  pour  la 
réputation   d'Agobard,  qui,  au  reste,  n'a  jamais  joui  de 


I  PARTIE 
CHAPITRE    X 


Agobard  dans 

son  livre 

de  Correctione 

A  ntiphonariif 

soutient  qu'on 

ne  doit  chanter 

dans  les  Offices 

que  les 

seules  paroles 

de^  la  sainte 

Ecriture, 

et  il  applique 

cette  théorie 

aux  livres 
de  son  Eglise. 


Injustice  des 

attaques 

d'Agobard 

contre 
Amalaire. 


(l)  Antiphonarium  pro  viribus  nostris  magna  ex  parte  correximus,  am- 
putatis  his  quae  vel  superflua,  vel  levia,  vel  mendacia,  aut  blasphéma  vide- 
bantur.  (Agobard.  De  Correctione  Antiphonarii,  Biblioth.  Max.  Patrum, 
tom.  XIV,  pag.  322.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Le  système 
d'Agobard  ne 
lui  survit  pas, 

même 
dans  son  Église. 


Les  tropes, 

prélude 

des  séquences, 

introduits  dans 

la  Liturgie. 


248  PREMIÈRE   ORIGINE 

celle  d'un  homme  impartial,  que  la  plupart  des  pièces 
qu'il  impute  à  Amalaire,  aient  fait  partie  de  tout  temps  de 
TAntiphonaire  même  de  saint  Grégoire,  ainsi  que  le 
B.  Tommasi  l'a  fait  remarquer  dans  ses  notes  sur  les  livres 
Responsoriaux  et  Antiphonaires  [i]-^  sur  quoi  notre  illustre 
D.  Mabillon  dit  ces  paroles  :  «  Ainsi^  de  rigides  censeurs 
«  provoquent  quelquefois  contre  eux-mêmes  la  juste  cen- 
«  sure  d'autrui  (2).  »  Si  donc  Amalaire  était  répréhensible 
pour  avoir  inséré  quelque  chose  dansrAntiphonaire,Ago- 
bard  Pétait  bien  davantage,  lui  qui  n'avait  pas  craint  de 
retrancher  de  son  autorité  privée  tout  ce  qui  n'était  pas 
tiré  des  paroles  mêmes  de  l'Écriture  sainte.  L'un  avait 
attenté,  du  moins  en  quelque  chose,  à  la  pureté  de  la  Li- 
turgie ;  l'autre  y  avait  attenté  gravement,  et,  de  plias,  avait 
osé  contester  un  des  principaux  caractères  de  toute  Litur- 
gie, le  caractère  traditionnel. 

Au  reste,  Pœuvre  d'Amalaire  resta,  parce  qu'elle  était 
dans  le  vrai,  malgré  certaines  hardiesses  ;  celle,  au  con- 
traire, d'Agobard,  ne  lui  survécut  pas,  au  moins  dans  la 
partie  systématique.  On  trouve,  en  effet,  dans  l'ancienne 
Liturgie  lyonnaise,  grand  nombre  de  pièces  en  style  ecclé- 
siastique; nous  nous  contenterons  de  rappeler  ici  la  ma- 
gnifique Antienne  :  Venite,  populi,  ad  sacrum  et  immor-- 
taie  mjsterium,  etc. ,  qui  se  chantait  pendant  la  commu-j 
nion.  Quant  aux  offices  de  l'Eglise  de  Lyon,  tels  qu'ils'' 
s'étaient  conservés  jusqu'au  siècle  dernier,  nous  en  donne- 
rons une  idée  suffisante  dans  une  autre  partie  de  cet  ou- 
vrage. 

La  controverse  d' Amalaire  et  d'Agobard  nous  amène  à] 
parler  d'un  développement  que  leur  époque  vit  naître  dans 
la  Liturgie.  Il  s'agit  des  tropes^  qui  furent  comme  une] 


(i)  Ven.  viri  Josephi-Mariae  Tommasii,  S.  R.  E.  Cardinalis  Operà^ 
tom.  IV  et  V,  passim. 

(2)  Sic  rigidi  censores  aliquando  in  se  provocant  justam  censuram  alio-] 
rum.  {Musœum  Jtalicum,  tom.  II,  pag.  4.) 


DES  TROPES  ET  DES  SEQUENCES  249 

première  ébauche  des  séquences  qui  leur  succédèrent.  Les       i  partie 

^  ^  ^  CHAPITRE  X 


tropes  étaient  une  sorte  de  prologue  qui  préparait  à  Vlu'  " 
troït.  Nous  avons  cité,  au  chapitre  vu,  celui  qu^on  chan- 
tait le  premier  dimanche  de  TAvent,  en  Fhonneur  de  saint 
Grégoire.  Plus  tard,  on  intercala  des  tropes  dans  les 
pièces  de  chant,  dans  le  corps  même  des  Introït^  entre  les 
mots  K/rïe  et  eleison,  à  certains  endroits  du  Gloria  in 
excelsis,  du  Sanctiis  et  de  VAgnus  Dei.  On  en  plaça  aussi 
à  la  suite  du  verset  Alléluia,  en  prenant  pour  motif,  dans 
le  chant,  la  modulation  appelée  Neuma  ou  Jubilus^  qui 
suit  toujours  ce  verset.  Cette  dernière  espèce  de  trope  fut 
appelée  séquence^  du  nom  qu'on  donnait  alors  à  cette^suite 
de  notes  sur  une  même  dernière  syllabe  (i). 

Le  cardinal  Bona  et  la  plupart  des  auteurs  s'accordent     L'invention 
assez  généralement  à  attribuer  Tinvention  première  des       attribuée' 
séquences  au  B.  Notker  Balbulus,  moine  de  Saint-Gall,    au  b.  Notker 
dont  nous  allons  parler  plus  loin  ;  mais  une  précieuse  dé-       remonte' 
couverte  faite  par  Tabbé  Lebeuf,  sur  un  manuscrit  de  la     vineTiè^cie. 
bibliothèque  du  roi ,  nous  contraint  de  '  placer  plus  haut 
rinstitution  des  tropes  qui,  à  le  bien  prendre,  ne  forment 
point  un  genre  différent  des  séquences  mêmes.  Le  docte 
sous-chantre  d'Auxerre  indique  un  manuscrit  du  Liber 
pontijîcalis  {ouvrage  attribué,  comme  on  sait,  à  Anastase 
le  Bibliothécaire),  à  la  suite  duquel  se  trouve  la  vie  du 
pape  Adrien  II  (2);  mais,  à  la  différence  des  manuscrits 
édités  par  Bianchini,  Vignoli  et  Muratori,  la  vie  de  ce 
pape  que  ces  derniers  nous  présentent  tronquée,  offre,  sur 
le  manuscrit  cité  par  Lebeuf,  des  particularités  curieuses 
qui  ne  se  trouvent  point  sur  ceux  qu'ont  publiés  ces  au- 
teurs. Nous  renvoyons  ce  passage  dans  les  notes  du  pré- 
sent chapitre  (3).  Il  y  est  dit  qu'Adrien  II,  à  l'exemple  du 

(i)  Bona,  Rerum  îiturgicarum  lib.  II,  cap.  m  et  vi,  Edit.  Sala,  tom.  III, 
pag.  54  et  137. 

(2)  Lebeuf,  Traité  historique  sur  le  Chant  ecclésiastique,  pag.  io3. 

(3)  Vid.  la  Note  E. 


250  PREMIÈRE   ORIGINE 


INSTITUTIONS    premier  pape  de  son  nom,  compléta  en  divers  endroits 


LITURGIQUES 

PAntiphonaire  romain,  quUl  plaça,  en  tête  de  la  messe  du 
premier  dimanche  de  PAvent,  un  prologue  en  vers  hexa- 
mètres, destiné  à  être  chanté  ;  que  ce  prologue  commence 
de  la  même  manière  que  celui  qu'Adrien  P'^  avait  composé, 
mais  qu'il  renferme  un  plus  grand  nombre  de  vers.  On 
doit  donc  faire  remonter  au  viii®  siècle  la  première 
origine  de  cet  éloge  de  saint  Grégoire  que  nous  avons  rap- 
porté ci-dessus,  et  par  là  même  des  tropes;  car  cet  éloge 
est  un  véritable  trope  (i). 
Adrien  II,  au  La  chronique  ajoute  qu'Adrien  II  ordonna  que,  même 
Liber        dans  les  monastères,  à  la  messe  solennelle,  aux  princi- 

pontificalis  ^       r^  i  •  i  y^/       •      • 

rétablit  l'usage  paies  letes,  on  chanterait  non-seulement  au  Gloria  in  ex- 
qui^tombalent  c^^^is^  mais  eucore  à  Vlntroït^  ces  hymnes  intercalées  que 
en  désuétude.  |çg  Romains  appellent  festivœ  landes^  et  les  Français 
tropes.  Le  même  pape  voulut  aussi  qu'avant  l'Evangile 
on  chantât  ces  mélodies  qu'on  appelle  séquences;  et  comme, 
ajoute  la  chronique,  «  ces  chants  festifs  avaient  été  premiè- 
«  rement  établis  par  le  seigneur  Grégoire  P*"  et,  plus  tard, 
«  par  Adrien,  aidé  de  l'abbé  Alcuin,  ami  particulier  du 
«  grand  empereur  Charles,  qui  prenait  un  singulier  plaisir 
«  à  ces  chants,  mais  qu'ils  tombaient  déjà  en  désuétude 
«  par  la  négligence  des  chantres,  l'illustre  pontife  dont 
«  nous  parlons  les  rétablit  à  l'honneur  et  gloire  de  Notre 
«  Seigneur  Jésus-Christ  ;  en  sorte  que  désormais  on  em- 
«  ploya,  pour  les  chants  de  la  messe  solennelle,  non  plus 

(i)  Voici  les  vers  qu'on  trouve  sur  la  plupart  des  anciens  manuscrits  de 
l'Antiphonaire  grégorien.  D'après  la  chronique  que  nous  suivons,  ils 
doivent  être  de  saint  Adrien  l^^  puisqu'ils  sont  moins  nombreux  et  moins 
complets  que  ceux  que  nous  avons  rapportés. 

Gregorius  Prœsul  meritis  et  nomine  dignus, 
Unde  gemis  duxit  summum  conscendit  honorem, 
Renovavit  monumenta  patrumque  priorum, 
Tune  composuit  hune  libellum  musicœ  artis 
Seholœ  eantorum  anni  eireuli.  Eia,  die  Domine,  eia. 


DES  TROPES  ET  DES  SÉQUENCES  25  ï 

«  seulement  le  Livre  des  antiennes,  mais  aussi  le  Livre       ^  partie 

'  CHAPITRE   X 

«  des  tropes,  »  "  ^ 

Il  résulte  de  cet  important  fragment,  que  les  séquences 
existaient  déjà  au  temps  d'Adrien  II,  qui  siégea  en  867,  et 
que  ce  pape  en  renouvela  l'usage  déjà  assez  ancien.  Nous 
ne  pensons  pas  au  reste  qu'on  puisse  soutenir  ce  qui  est  dit 
ici  de  saint  Grégoire,  comme  ayant  institué  cette  forme  de 
chant;  il  en  serait  resté  quelque  autre  trace  dans  l'anti- 
quité. Peut-être  pourrait-on,  avec  quelque  probabilité,  en- 
tendre ceci  de  saint  Grégoire  II,  qui  paraît  s'être  occupé 
du  chant  ecclésiastique.  Quoi  qu'il  en  soit,  Notker  ne  fut 
donc  point  l'auteur  des  tropes  et  des  séquences^  bien  qu'il 
ait  contribué  à  en  répandre  l'usage,  ainsi  que  nous  le  rap- 
porterons plus  loin. 

Les  conséquences  de  l'institution  de  ces  sortes  de  récits  L'introduction 

de  ces  pièces 

poétiques  et  ornés  d'un  certain  rhythme,  furent  impor-      rhythmées 

.  •       Tx»    1  consacre  de  plus 

tantes,  pour  1  avenir  de  la  Liturgie.  D  abord,  sous  le  rapport       en  plus 

de  la  composition  des  formules  saintes,  elles  consacrèrent  l'usage'^du  ^styie 

de  plus  en  plus  le  principe,  contesté  par  Agobard  et  le   ^^^  ^danï^^^ 

concile  de  Brague^  que  les  chants  sacrés  ne  sont  pas  exclu-     ^^  Liturgie. 

sivement  composés  des  paroles  de  l'Écriture  sainte.  Sans 

doute,  comme  nous  venons  de  le  dire,  V Antiphonaire  et  le 

Responsorial   romains  renfermaient    déjà    une    certaine 

quantité  de  pièces  en  style  ecclésiastique  ;  mais  le  nombre 

toujours  croissant  des  tropes  et  des  séquences  mettait  de 

plus  en  plus  le  principe  dans  tout  son  jour.   Rome,  qui       L'Église 

,        .  1,   ,        T      ,         .   ,       1  ^  .     .      .   ,    de  Rome,  qui 

n  avait  pas  d  abord  adopte  les  hymnes,  parait  avoir  imite      n'avait  pas  ^ 
en  cela,  au  plus  tard  vers  le  xi®  siècle,  les  églises  ambro-   ^^s°hymnes, 

11*  ^         ^u-  11  '^   -^         '         '  ^  les  admet 

Sienne,  gallicane  et  gothique;  elle  y  était  préparée  natu-  ^u  plus  tard 
Tellement  par  l'emploi  des  tropes  et  des  séquences.  Bien  ^^^^^^^^^^^^^'^' 
plus,  l'Église  de  Lyon,  en  dépit  d' Agobard,  adopta  aussi  de 
bonne  heure  ces  poétiques  superfétations,  et  a  gardé  plus 
longtemps  que  toute  autre  les  tropes  du  Kyrie  eleison  et 
du  Sanctus.  On  ne  pouvait  donner  un  plus  énergique  dé- 
menti à  ceux  qui  se  scandalisaient  d'entendre  parfois  reten- 


252  MODIFICATIONS   INTRODUITES 

INSTITUTIONS    ^jj.  j^  grande  voix  de  l'Église  elle-même,  dans  les  inter- 


LITURGIQUES 


mèdes  de  la  psalmodie. 


L'institution        Une  autre  conséquence  de  Tinstitution  des  tropes  fut 

des  tropes  /      i      •         i  i 

détermine  une  une  revolution  dans  la  marche  du  chant  ecclésiastique.  On 

révolution  ,  .  i-,   i         i    ^  ^         i 

dans  la  marche  n  en  Vint  pas  tout  d  abord  a  y  chercher  une  mesure  pro- 
ecclésiastique, prement  dite;  mais  la  composition  cadencée  et  presque 
toujours  rimée  de  ces  pièces,  pour  être  sentie  dans  le  chant, 
demandait  une  autre  facture  à  la  phrase  grégorienne.  La 
physionomie  primitive  du  [chant  se  trouva  donc  nécessai- 
rement modifiée,  dans  ces  parties  nouvelles;  le  caractère 
Le  génie       des  diverses  nations  de  TOccident,  ou  plutôt  le  sénie  de  la 

des  nouveaux  ,  .         ,  .  . 

peuples       chrétienté  occidentale,  se  fit  jour  par  ses  propres  forces 

de  l'Occident  se  .  .  ,  .     .       ^ 

fait  jour  dans  dans  ces  essais  encore  mal  assures.  Les  français  jouèrent 
compositions  un  grand  rôle  dans  cette  puissante  innovation,  qui  était 
nouve  es.  arrivée  à  sa  pleine  maturité  à  l'ouverture  du  xi«  siècle,  ,^ 
époque  qui  vit  la  lutte  du  sacerdoce  et  de  l'empire,  les 
croisades  et  la  reconstruction  de  nos  cathédrales  sur  un 
plan  si  mystérieusement  sublime.  On  garda  toutefois  assez 
fidèlement,  sauf  les  variantes  inévitables  dont  nous  avons 
signalé  la  cause,  les  pièces  du  répertoire  grégorien  ;  mais 
elles  contrastèrent  désormais  avec  le  genre  des  morceaux 
qu'on  y  accola  pour  célébrer  les  fêtes  nouvelles,  celles  des 
patrons  et  autres  solennités  locales.  Un  ouvrage  spécial 
serait  ici  nécessaire,  nous  le  sentons  :  les  matériaux  ne  nous 
manqueraient  pas.  Pour  le  présent,  nous  dirons  seulernent 
que  l'on  peut  ranger  les  morceaux  de  chant  ecclésiastique 
composés,  du  viii®  au  xi®  siècle,  en  deux  grandes  classes  : 
l'une  composée  des  pièces  traitées  en  tout  ou  en  partie 
dans  le  grand  style  grégorien  (i),  l'autre  empreinte  d'un 
caractère  nouveau,  à  la  fois  rude  et  pesamment  mélo- 
dieux (2).  Cette  dernière  classe   se   subdivise  encore   en 

(i)  Le  graduel,  V alléluia  et  la  communion  de  la  Toussaint;  les  an- 
tiennes de  la  même  fête.  Il  est  possible  aussi  que  ces  pièces  aient  été 
composées  à  Rome. 

(2)  Les  antiennes  de  la  fête  de  la  sainte  Trinité,  l'hymne  Gloria  laus, 


DANS   LE  CHANT   ECCLESIASTIQUE  253 

pièces  ornées  de  rimes  et  d'une  certaine  mesure,  et  en       ^  partie 

^  ^  '  CHAPITRE  X 

pièces  de  prose,  mais  revêtues  d'une  mélodie  recherchée 
et  totalement  étrangère,  pour  le  caractère,  à  celle  de  la 
phrase  grégorienne. 

Cette  révolution,  dans  une  partie  si  capitale  de  la  Litur-      Malgré  les 

'  ^  ^  travaux 

gie,  agita  grandement  les  compositeurs  du  chant,  surtout    ^^  nombreux 
dans  les  monastères  qui  ont  été  pendant  de  longs  siècles,  qui  cherchent 

.  .à  résumer 

avec  les  cathédrales,  les  seules  écoles  de  musique  en  Occi-  la  synthèse 

dent.  De  nombreux  auteurs,  en  ces  deux  siècles,  cherché-  les  traditions' 

rent  à  résumer  la  synthèse  de  la  musique,  ou  à  formuler  en  souffrance 

de  nouveaux  moyens  de  l'écrire.  Mais  au  milieu  de  cette  révoîution"et 

agitation,  les  vraies  traditions  étaient  en  souffrance,  et  l'on  ^^^^^  péd^^^"^ 

peut  affirmer  que  si  les  livres  romains  n'eussent  été  déjà  complètement 

,  ,  '         SI  les  livres 

introduits  en  France,  par  la  puissante  volonté  de  Pépin    ,    rçmains  ^  ^ 

.  ,  .  ^^  n'avaient  pas  ete 

et  de  Gharlemagne  ;  si  toute  l'économie  des  fêtes  de  Tan-  introduits 
née  chrétienne  n'eût  déjà  reposé  sur  ce  répertoire  admi- 
rable; aujourd'hui,  nous  ne  connaîtrions  qu'en  théorie 
les  antiques  modes  de  la  musique,  et  nous  ignorerions, 
dans  cet  art,  un  passé  de  deux  mille  ans.  C'est  ainsi 
qu'en  toutes  choses,  le  catholicisme  a  su  marier  aux  effets 
de  l'activité  propre  de  chaque  nation,  l'immobilité  de  ses 
formes  :  d'où  résulte  ce  mélange  de  mouvement  et  de  so- 
lidité, qui  est  l'ordre  vivant.  Il  n'y  a  eu  dégradation  que 
quand  on  a  voulu  isoler  ce  que  Dieu  et  son  Eglise  avaient 
uni. 

P'ils  et  successeur  de  Louis  le  Pieux,  Charles  le  Chauve  Zèle  de  Charles 

,, ,  ,         1     ^    j  le  Chauve 

ne  se  montra  pas  moins  zèle  que  les  chefs  de  sa  race  pour  pour  la  Liturgie 
l'établissement  des  usages  romains  dans  toute  la  France.       i"0"^aine. 
Il  dit  dans  une  lettre  au  clergé  de  Ravenne  :  «  Jusqu'au 
«  temps  de  notre  aïeul  Pépin,  les  Églises  gaUicanes  celé- 
«  braient    les    divins     offices    autrement    que    l'Église 
«  romaine,  ou  celle  de  Milan.  Nous  avons  vu  des  clercs 

du  dimanche  des  Rameaux,  celle  O  Redemptor,  dans  la  consécration  des 
saintes  Huiles,  etc. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Plusieurs 
princes  de  cette 

époque 
témoignent  un 

respect 

admirable  pour 

les  offices 

divins. 

Lothaire,  fils  de 
Louis  le  Pieux. 


L'empereur 
Othon  1er. 


Alfred  le  Grand, 

roi 

d'Angleterre. 


264  AUTEURS  LITURGISTES 

«  de  l'Église  de  Tolède  célébrer  en  notre  présence  les 
«  saints  offices  suivant  la  coutume  de  cette  Église  ;  pareil- 
«  lement,  on  a  célébré  devant  nous  la  messe  solennelle 
«  selon  la  coutume  de  Jérusalem,  d'après  la  Liturgie  de 
«  saint  Jacques,  et  selon  la  coutume  de  Constantinople, 
«  d'après  la  Liturgie  de  saint  Basile  ;  pour  nous,  nous 
«  jugeons  que  c'est  l'Eglise  romaine  qu'il  faut  suivre 
«  dans  la  célébration  de  la  messe  (i).  » 

Ces  paroles  de  Charles  le  Chauve,  qui  montrent  si  bien 
l'intérêt  que  cet  empereur  portait  aux  choses  de  la  Litur- 
gie, nous  engagent  à  mentionner  ici  les  princes  de  cette 
époque  qui  témoignèrent  le  plus  grand  respect  pour  les 
offices  divins.  Ainsi,  nous  rappellerons  la  piété  de 
Lothaire,  fils  aîné  de  Louis  le  Pieux,  qui,  au  rapport  de 
Léon  d'Ostie,  entendait  chaque  jour  trois  messes  (2). 
Othon  P%  empereur  en  962,  assistait  tous  les  jours  à  tout 
l'office,  et  dans  les  solennités,  suivant  Ditmar,  historien 
contemporain,  il  se  rendait  à  l'église  avec  pompe  et  en 
procession,  accompagné  des  évêques  et  de  tout  le  clergé, 
avec  les  croix,  les  reliques  et  les  encensoirs,  pour  assister 
à  vêpres,  à  matines  et  à  la  messe,  et  il  ne  se  retirait  jamais 
avant  la  fin.  En  Angleterre,  au  ix®  siècle,  florissait 
Alfred,  prince  qui  fut  aussi  grand  que  le  lui  permit  le 
théâtre  trop  restreint  de  sa  gloire.  Il  aima  aussi  les  offices 
divins,  et  ce  grand  guerrier,  ce  puissant  législateur,  ce 
sage  véritable,  partageait  les  vingt-quatre  heures  du  jour 
en  trois  parties  égales,  en  donnant  huit  à  la  prière  et  à  la 
lecture,  huit  aux  nécessités  du  corps,  huit  aux  affaires  de 
son  royaume.  Sur  les  huit  heures  consacrées  à  la  prière, 
il  assistait  à  tous  les  offices  du  jour  et  de  la  nuit,  et  Guil- 
laume de  Malmesbury  nous  apprend  qu'il  avait  toujours 
le  livre  des  offices  divins  dans  son  sein,  afin  d'y  recourir 


(i)  Baluze,  Capitulafîa  Regum  Francorum,  t.  Il,  p.  730.  V»  la  Note  F* 
(2)  Chronic.  Cassinense,  lib*  IV,  cap*  i25* 


I    PARTIE 
CHAPITRE    X 


DU    IX®    ET   DU    X*"   SIÈCLE  255 

pour  prier,  dans  tous  les  moments  de  loisir  qu'il  pouvait 
avoir.  Telle  était  la  religion  profonde  de  ces  grands  chefs 
des  peuples  qui  travaillèrent,  de  concert  avec  l'Eglise,  à 
tirer  l'Europe  de  la  barbarie. 

Pendant  que  Tunité  liturgique  et,  par  elle,  l'orthodoxie     La  décision 

-,  ri  •  1  ii/-\      •  ii-i^    !•         du  vue  concile 

jetaient  de  si  profondes  racines  dans  lOccident,  1  Eglise        général 
d'Orient  était  ensanglantée  par  les   fureurs  de   l'hérésie  saintes  images 
iconoclaste.  La  décision  du  septième  concile  général  en      desVands 
faveur  des  saintes  images  fut  un  grand  fait   liturgique.  a^J^œtte^é^lique! 
Par  cette  décision,  l'Église  sanctionna  pour  jamais  l'em- 
ploi de  la  forme  extérieure  dans  les  objets  du  culte  chré- 
tien, et  sauva  l'art  près  d'expirer  sous  les  coups  du  plus 
brutal  fanatisme.  La  place  nous  manque  ici  pour  raconter 
en  détail  cette  victoire;  mais  nous  devions  au  moins  Ten- 
registrer  dans  notre  récit.  Le  même  sentiment  qui  portait 
les  fidèles  à  vénérer  les  reliques  des  saints,  les  devait  con- 
duire naturellement  à  honorer  leurs  images.  Nous  verrons 
rhérésie  antiliturgiste  parcourir  la  même  ligne  dans  ses 
blasphèmes  et  ses  violences. 

Il  est  temps  de  donner  la  liste  des  auteurs  qui  ont  tra-       Auteurs 

litursistes  des 

vaille  sur  la  Liturgie,  à  l'époque  qui  nous  occupe,  c'est-  ixe  et  x^  siècles. 
à-dire,  durant  les  ix®  et  x®  siècles. 

Nous  commencerons  notre  liste  àOldibert,  ou  Odelpert,       Oïdibert, 

archevêque 

qui  fut  fait  archevêque  de  Milan  vers  804.  Il  composa,  à      de  Milan. 
la   demande   de   Gharlemagne,  comme   plusieurs  autres 
évêques  de  son  temps,  un  livre  de  Baptismo. 

(808).  Joseph  Studite,  frère  de  saint  Théodore  Studite,  Joseph  studite, 

^  .  .  archevêque  de 

et  archevêque  de  Thessalonique,  est  auteur  de  plusieurs  Thessaionique. 
hymnes  dans  la  Liturgie  grecque* 

(810).  Philoxène,  évêque  de  Bagdad,  écrivit  un  traité  Phiioxène, 
sur  les  offices  divins,  et  composa  une  Anaphore  qui  se  ^e  Bagdad. 
trouve  dans  la  collection  de  Renaudot. 

(810).  Amalaire  Fortunat,   archevêque  de  Trêves,   est      Amalaîre 

1,        1-  7     7^      •  •  .  T^         .  .  Fortunat, 

auteur  a  un  livre  de  Katione  rituum  sacri  Baptismatis.        archevêque  de 
(812).  Amalaire,  prêtre  de  l'église  de  Metz,  est,  dans 


256 


AUTEURS   LITURGISTES 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Saint  Théodore 
Studite. 


Agobard, 

archevêque 

de  Lyon. 


Maxence, 
patriarche 
d'Aquilée. 


Théodore 

et  Théophane 

Graptus. 


Josué^ 
patriarche 
nestorien. 


Icasie,  princesse 
grecque. 


l'ordre  des  temps,  après  saint  Isidore  de  Séville,  l'auteur  le 
plus  important  sur  l'ensemble  de  la  Liturgie.  Ses  quatre  j 
livres  de  Ecclesiasticis  Officiis,  sont  du  plus  grand  prix 
pour  l'explication  des  mystères  de  l'office  divin.  Nous  y 
puiserons  souvent  dans  la  suite.  La  place  nous  manque 
pour  insérer  ici  la  table  des  chapitres  de  cet  ouvrage,  ainsi 
que  nous  l'avons  fait  pour  les  Origines  ecclésiastiques  de 
saint  Isidore.  On  a  reproché  à  Amalaire  d'avoir  poussé  à 
l'excès  la  recherche  des  sens  mystiques  dans  les  choses  de 
la  Liturgie.  Il  peut  y  avoir  quelque  fondement  à  ce 
reproche  :  nous  examinerons  ailleurs  les  règles  à  suivre  "| 
dans  l'explication  mystique  des  particularités  du  service 
divin,  pour  se  tenir  éloigné  de  tout  excès  dans  .un  sens  | 
comme  dans  l'autre.  Nous  avons  parlé  ci-dessus  du  livre 
d' Amalaire,  intitulé  de  Ordine  Antiphonarii,  Baluze,  à  la 
suite  de  ses  Capitulaires,  a  publié,  du  même  auteur,  un 
opuscule  intitulé  :  Eclogœ  in  Canonem  Missœ. 

(8i3).  Saint  Théodore  Studite,  archimandrite,  intrépide 
défenseur  des  saintes  images,  a  composé  une  grande  quan- 
tité d'hymnes  et  de  prières  qui  sont  en  usage  dans  la 
Liturgie  grecque,  pendant  le  carême. 

(8i3).  Agobard,  archevêque  de  Lyon,  a  écrit,  comme, 
nous  l'avons  rapporté,  contre  Amalaire  de  Metz,  i^  de\ 
Psalmodia  ;  2^  de  Correctione  Antiphonarii  ;  3°  Liber \ 
adversus  Amalarium. 

(81 3).  Maxence,  patriarche  d'Aquilée,  composa  aussi,  k 
la  prière  de  Gharlemagne,  une  lettre  de  Ritibus  Baptismi, 
eoj^umque  signijicatu, 

(818).  Théodore  et  Théophane  Graptus,  moines  de' 
saint  Sabbas,  illustres  défenseurs  des  saintes  images,  sont 
auteurs  de  plusieurs  hymnes  de  la  Liturgie  grecque. 

(820).  Josué,  patriarche  des  nestoriens,   écrivit  de  la\ 
Distinction  des  Offices  ;  de  leur  interprétation^  et  de  la 
Vertu  des  hymnes. 

(82Q).  Icasie,  princesse  grecque,  qui  fut  au  moment  de 


DU    IX*^    ET   DU    X®   SIÈCLE  267 

ceindre  le  diadème  d'impératrice  et  d'obtenir  la  main  de       ^  partie 
l'empereur  Théophile,  acheva  sa  vie  dans  les  loisirs  de  ■ 
rétude  et  de  la  contemplation.   Elle  composa  plusieurs 
hymnes  ecclésiastiques  dont  quelques-unes  sont  entrées 
dans  la  Liturgie  grecque. 

(83o).   Hélisacar,   chancelier  de   Louis  le  Débonnaire^  Hélisacar,  abbé 
abbé  de  Saint-Riquier   et  ensuite  de  Saint-Maximin  de       Maximin 

.  •  •  ■  cic  Trcvcs 

Trêves,  mit  en  ordre  l'Antiphonaire  romain,  à  l'usage 
de  plusieurs  églises. 

(837).  Florus,  diacre  de  Lyon,  a  laissé  une  Exposition  diacr^^de^i!yon. 
du  Canon  de  la  messe. 

(840).  Loup,  abbé  de    Ferrières,  est    auteur  de  deux  ^^perHères  "^"^ 
hymnes  en  l'honneur  de  saint  Vigbert. 

(841).  Grimoald,  abbé  de  Saint-Gall,  archichapelain  ^Jbbé^de^' 
de  Louis  le  Débonnaire,  fit  une  révision  du  Sacramen-  Saint-Gali. 
taire  de  saint  Grégoire. 

(842).   Walafrid  Strabon,    abbé  d'Auffie-la-Riche,  est      Waiafrid 

,  ,    .  .  ,         ^  7      .    .  Strabon. 

auteur  d  un  précieux  opuscule  mtitule  :  De  Officiis  divinis^ 
sive  de  exordiis  et  incrementis  rerum  ecdesiasticarum. 
Ce  livre  est  encore  une  des  principales  sources  de  la 
science  liturgique  du  mo3^en  âge. 

(846).   Eldephonse  ou   Ildephonse,  évêque  espagnol,  a     Eldephonse, 
laissé  un  opuscule  dans  lequel  il  traite  des  hosties  desti-      espagnol. 
nées  au  sacrifice  eucharistique,  et  explique  les   mystères 
signifiés  par  leur  figure,  leur  poids,  leur  nombre,  leur  ins- 
cription, etc. 

(847).  Rhaban  Maur,  d'abord  abbé  de  Fulde,  puis  ar-  Rhaban  Maur, 

^  .  archevêque 

cheveque  de  Mayence,  est  aussi  un  des  principaux  litur-  de  Mayence. 
gistes  du  moyen  âge.  Il  mérite  ce  titre  par  ses  trois  livres 
de  Institutione  clerïcali,  qui  renferment  la  plus  riche  ins- 
truction. Il  y  faut  joindre  plusieurs  hymnes,  un  opuscule 
de  Sacris  Ordinibus,  sacramentis  divinis  et  vestimentis 
sacerdotalibuSy  et  enfin  le  Martyrologe  qui  porte  le  nom  de 
Rhaban  Maur. 


T.  I 


17 


258  AUTEURS    LITURGISTES 

INSTITUTIONS        (85o).  Waiidelbcrt ,   moine  de  Prum,  est  auteur  d'un 

LITURGIQUES  ^  ' 

~        Martyrologe  en  vers. 

^moîli^^"^^'        (85o).  Aurélien,  moine  de  Moutier-Saint-Jean,  a  com- 
de  Prum.        ^^^  ^^  ^^^.^^  ^^^  ^^  chant,  qu'il  dédia  à  Bernard,  archi- 

Aurelien,  moine  ^ 

de  Moutier     chantre.  Nous  n'avons  plus  cet  ouvrage. 

Saint-Jean. 

Rodrade,  prêtre      (853).  Rodrade,  prêtre  d'Amiens,  fit,  à  1  usage  de  cette 
d'Amiens.      ég^se,    une  révision  du   Sacramentaire  grégorien,   qu'il 
divisa  en  deux  livres. 
Joseph  (853).  Joseph,  de  Sicile,  surnommé  VHymnographe,  est 

l'Hymnographe.  ^^^^^^  ^^  beaucoup  d'hynines  en  usage  dans  la  Liturgie 
grecque.  Sa  fécondité  dans  ce  genre  fut  si  grande,  qu'il 
n'en  a  pas  laissé  moins  de  six  cents,  en  l'honneur  de  la 
sainte  Vierge.  Ces  cantiques  sont  d'une  grande  onction, 
et  souvent  d'une  poésie  sublime. 
Angeiome,  (856).  Angelome,  moine  de  Luxeuil,  en  Bourgogne, 
de  Luxeuil.     écrivit  un  livre  de  Dwinis  Officiis. 

Adon,  (85q).  Adon,  archevêque  de  Vienne,  est  auteur  du  fa- 

archevêque  ^^  , 

de  Vienne,      meux  Martyrologe  qui  porte  son  nom. 

L'empereur         (86o).  Charles  le  Chauve,  empereur,  passe  pour  avoir 
^Chauve!^      composé  un  Office  en  l'honneur  du  saint  suaire,   dont 
réghse  de  Compiègne  fut  enrichie  de  son  temps.  On  lui 
attribue  aussi  un  répons  de  saint  Martin,  qui  commence 
par  ces  mots  :  O  qiiam  admirabilis. 
Saivus,  abbé        (862).  Salvus,  abbé  d'Alvelda,  en  Navarre,  composa  des 
d'Aivelda.      j^y^^^^^s  et  des  oraisons  ecclésiastiques. 
Moyse  (863).  Moyse  Barcepha,  nommé  aussi  Sévère,  évêque  de 

évêque%^c^obite.  Mosul,  de  la  secte  des  jacobites,  est  auteur  d'une  ana- 
phore  au  Missel  syriaque;  de  deux  traités,  l'un  sur  le  saint 
Chrême,  l'autre  sur  le  Baptême,  et  d'une  explication  des 
cérémonies  usitées  dans  la  tonsure  des  moines. 
L'empereur         (867).  Basile  le  Macédonien,  empereur   de  Constantii| 
Macédonien,  et  nople,  fit  faire  une  édition  du  Ménologe,  augmentée  et  ornée 
sonMénoioge.   ^^^  images  des  saints.   C'est  celle  qui  porte  son  nom  et 
qui  a  été  pubHée,  par  ordre  de  Benoît  XIII,  à  Urbin^en 


DU    IX*   ET   DU    X®   SIECLE  269 

1727.  Allatius  attribue  ce  Ménolose  à  Basile  le  Jeune,  qui       i  partie 

-      /       /  "  ^    ^  CHAPITRE    X 

régna  en  977.  " 

(876).  Usuard,  moine  de  Saint-Germaîn-des-Prés,  com-  Usuard,  moine 

^         ,  .  _  ,  de  Saint- 

pila,  par  ordre  de  Charles  le  Chauve,   un  Martyrologe   Germain-des- 
formé  de  ceux  qui  avaient  déjà  été  publiés. 

(878).  Adelhelme,  évêque  de  Séez,  composa  un  recueil     Adeiheime, 

,',,-..  1       -i/r  •  1,  •      ,        évêque  de  Séez. 

de  bénédictions  pour  la  Messe,  suivant  1  usage  qui  s  en 
était  conservé  en  France,  même  après  l'introduction  des 
usages  romains.  Ce  recueil  en  contient  trente-six;  elles 
sont  pour  les  dimanches  qui  suivent  Noël  et  l'Epiphanie, 
jusqu'au  Carême  exclusivement. 

(880).  Rémi,  moine  de  Saint-Germain  d'Auxerre,  fut  un  Rémi,  moine  de 

,  ,  .  *  j  1  Saint-Germain 

chantre  de  premier  ordre,  comme  le  prouve  son  commen-      d'Auxerre, 
taire  manuscrit  sur  le  traité  de  Miisica  de  Martianus  Capel-     la'^tradi^Ion 
la.  L'abbé  Lebeuf  dit  de  lui  qu'il  tenait  d^Héric  la  science  du   ecdésiasdque 
chant;  qu'Héric  la  tenait  de  Rhaban  et  d'Haymon  d^Hal- 
berstadt,  lesquels  avaient  conversé  avec  les  chantres  ro- 
mains venus  en  France  sous  Charlemagne,  ou  avec  leurs  pre- 
miers élèves.  On  lui  donne,  dans  la  Bibliothèque  des  Pères 
de  Lyon,  une  exposition  de  la  Messe.  Trithème  lui  attri- 
bue aussi  un  livre  de  Festivitatibus  Sanctorum;  enfin,  on 
trouve  dans  le  grand  ouvrage  de  D.  Martène,  de  anti- 
quis  Ecclesiœ  Ritibus,  un  petit  traité  attribué  au  même 
Rémi  d'Auxerre,  et  intitulé  :  de  Dedicatione  Ecclesiœ. 
(880).  Georges,  archevêque  de  Nicomédie,  est  auteur  de       Georges, 

.  ^  .  .  archevêque 

plusieurs  hymnes  de  la  Liturgie  grecque.  de  Nicomédie. 

(886).  Léon  le  Philosophe,  empereur  de  Constantinople,     L'empereur 
a  composé  aussi  plusieurs  pièces  du  même  genre,  qui  se  ^^  philosophe. 
trouvent  pareillement  dans  les  livres  d'offices  des  Grecs. 
■    (892).   Réginon,  abbé  de  Prum,  adressa  à  Radbod,  ar-       Réginon 
chevêque  de  Trêves,  un  traité  de  harmonica  Institîitio72ey  ^^^^  ^^  Prum. 
et  compila  un  Lectionnaire  pour  toute  l'année. 

(899).  Hucbald,  moine  de  Saint-Amand,  au  diocèse  de       Hucbaid, 
'  Tournay,  fut  un  chantre  fameux.  Pendant  un  séjour  qu'il    Saint-Amand. 
fit  à  Reims,  il  composa  le  chant  et  les  paroles  d'un  office 


200  AUTEURS    LITURGISTES 

INSTITUTIONS    eii  Thonneur  de  saint  Thierry,  pour  les  moines  de  cette 

LITURGIQUES  •     i    .  /     !•  i  /, 

abbaye.  Il  enrichit  encore  d  autres  églises  de  ses  mélo- 
dies^   principalement   celles   de  Meaux  et  de   Nevers.  11 
avait  composé  deux  traités  sur  la  musique,  dans  l'un  des- 
quels il  avait  ûxé  des  signes  pour  marquer  les  différents 
tons  de  l'octave. 
Aurélien,  (900).  Aurélien,  clerc  de  l'Eglise  de  Reims,  écrivit  de 
mis.  j^^^^^i^^  modulationiim,  quas  tonos,  sive  tenores  appellant, 
et  de  earum  vocabidis. 
Marc,            (901)-  Le  moine  Marc  a  composé  beaucoup  d'hymnes 

moine  erec.  .  j  1      t  •  •  m  :\ 

qui  se  trouvent  dans  la  Liturgie  grecque,  aux  offices  de 
la  semaine  sainte. 

Etienne,  évêque      (qoS).  Etienne,  évêque  de  Liège,  est  auteur  d'un  office 

'^^^'       en  rhonneur  de  la  sainte  Trinité,  dont  une  grande  partie 

se  trouve  dans  celui  que  l'Eglise  romaine  emploie  en  cette 

solennité.  Il  en  composa  aussi  le  chant,  et  fit  en  outre  un 

office  pour  la  fête  de  l'Invention  de  saint  Etienne. 

Heipéric,  moine  (9o3).  Helpéric,  moine  de  Saint-Gall,  écrivit  un  livre 
de  Musica^  et  un  autre  de  Compitto  ecclesiastico. 

Notker  le  Bègue,      (904).  Notker  le  Bègue,  moine  de  Saint-Gall,  a  donné 

moine  -,/r  1  •  t-  m 

de  Saint-Gall.  un  Martyrologe  qui  porte  son  nom.  En  outre,  11  composa 
un  grand  nombre  de  séquences  et  d'hymnes,  que  l'on 
peut  voir  dans  le  tome  II  des  Lectiones  aritiquœ  de  Gani- 
sius,  et  dans  le  tome  I  des  Anecdotes  de  D.  Bernard  Pez. 
Nous  ne  les  indiquons  pas  plus  explicitement,  parce  que 
ces  pièces  ne  sont  pas  employées  dans  les  Offices  de 
l'Église.  Notker  écrivit  aussi  un  traité  sur  les  notes  usitées 
dans  la  musique  ;  il  fut  un  des  plus  fameux  chantres  dans 
l'abbaye  de  Saint-Gall,  qui  était  une  académie  de  chant 
ecclésiastique  pour  les  [moines,  comme  l'école  de  l'Eglise 
de  Metz  en  fut  une  pour  le  clergé  séculier  de  la  France. 

Etienne,  abbé  (910).  Etienne,  abbé  de  Lobbes,  nota  le  chant  d'un  Of- 
fice en  l'honneur  de  saint  Lambert. 

Saint  Ratbod,  (917).  Saint  Ratbod ,  évêque  d'Utrecht,  composa  le 
d'Utrecht.      chant  d'un  Office  en  l'honneur  de  saint  Martin;  il  a  laissé 


DU    IX®   ET   DU   X®   SIÈCLE  20 1 

aussi  deux  hymnes,  à  l'honneur  de  saint  Switbert  et  de       i  partie 

''  CHAPITRE  X 

saint  Lebwin.  " 

(926).  Saint  Odon,  illustre  abbé  de  Gluny,  et  le  fonda-    Saint  odon, 
teur  de  l'Ordre  de  ce  nom,  est  auteur  de  sept  antiennes       ^    ^     ^^^' 
en  l'honneur  dô  saint  Martin,  de  deux  hymnes  pour  la 
fête  du  même  saint,  et  d'une  autre  sur  sainte  Marie-Mag- 
deleine. 
(q3o).  Gobert,   évêque  de  Laon,  écrivit  une  sorte  de  Gobert,  évêque 

,     ^  .  .  .         ,      .  de  Laon, 

poëme  de  1  onsura^  pestunentîs  et  vita  clericorum, 

(944.)  Foulques  II,  dit  le  Bon,  comte  d'Anjou,  fut  un       Foulques 
grand  prince;  mais  ses  qualités  élevées  ne  l'empêchèrent  comte  d'Anjou, 
pas  de  montrer,  comme  Pépin,  Gharlemagne  et  Alfred  le       pour  les 

>^  j  v,  ,  1  r/-  j-    •  Ti  Offices  divins. 

Grand,  un  zèle  empresse  pour  les  omces  divins.  Il  y  as- 
sistait en  habit  clérical,  et  chantait  Tofiice  avec  le  clergé  ; 
sur  quoi  le  roi  Louis  d'Outremer  l'ayant  raillé,  le  comte 
lui  fit  dire  qw'un  roi  sans  lettres  est  un  âne  couronné.  — 
La  Liturgie  était  regardée  par  ces  grands  chefs  des  peu- 
ples comme  le  plus  noble  et  le  plus  puissant  véhicule  des 
idées  de  progrès.  Foulques  était  habile  dans  le  chant,  et 
composa  douze  répons  en  Thonneur  de  saint  Martin. 

(945).   Georges,   patriarche  des  nestoriens,    écrivit  un       Georges, 

.      ,      .  f        y-,  ^   -  .  ,  -         -^  -  _  .  .    .  patriarcne 

livre   intitule  :  Déclaration  de  tous  les  Offices  ecclesias-  des  nestoriens. 
tiques  y  et  leur  objet  ;  avec  V  explication  de  la  divine  éco- 
nomie et  des  fêtes  du  Seigneur. 

(945).  Guy,   évêque  d'Auxerre ,  travailla  sur  le  chant     Guy,  évêque 

,        ,  cl  Auxerre. 

ecclésiastique,  et  appliqua  sur  des  paroles  de  son  choix,  en 
l'honneur  de  saint  Julien  de  Brioude,  la  mélodie  du  chant 
des  répons,  qu'Héric  et  Rémi,  moines  de  l'abbaye  de 
Saint-Germain,  avaient  composés  pour  la  fête  de  leur 
saint  patron. 

(949).  Constantin  Porphyrogénète,  empereur  d'Orient,     L'empereur 
écrivit  un  Cérémonial,  tant  à  l'usage  de  la  cour  de  Cons-  Porphyrogénète 
tantinople,  que  pour  marquer  ce  qui  concernait  les  pro- 
cessions  et  les  autres  rites  de  l'Eglise,  dans  les  fêtes  so- 
lennelles. 


202  AUTEURS   LITURGISTES 

INSTITUTIONS        (qôi).  Saiiit  DuHstan ,  archevêque  de  Cantorbéry,  est 

■'  auteur  d'un  Bênédictional  archiépiscopal. 

^^IvchtYèan^'       (970-  Notker,  ou  Notger,  évêque  de  Liège,  auparavant 
de  Cantorbéry.  niojne  de  Saint-Gall,  comme  son  homonyme,  a,  comme 
^^de^Liége^^^  lui,  travaillé  ^ur  la  musique  ecclésiastique,  et  fait  un  re- 
cueil de  séquencçs. 
Hartmann  (97^)-  Hartmann  et  Ekkehard,  moines  de  Saint-Gall, 

^^  moines^  '    formés  à  l'école  de  Notker  Balbulus,  composèrent  diverses 
de  Saint-Gaii.   hymnes,  litanies  en  vers,  et  autres  morceaux  rimes  et 
mesurés  qui  se  trouvent  recueillis,  au  tome  II  des  Lec- 
tiones  antiquœ  de  Canisius. 
Éiie,  évêque        (980).   Elle,  évêque  de  Cascare,  écrivit  des  Bénédictions 

f\  fit     I      Q  Ci^O  T*^ 

/    '     et  oraisons  y  un  livre  de  V  Usage  des  Psaumes^  et  un  autre 

des  Sacrements  ecclésiastiques. 

Jean,  abbé  de       (982).  Jean,  abbé  de  Saint-Arnould  de  Metz,  composa  des 

de  Metz.       chants  pour  la  fête  de  sainte  Lucie  et  de  sainte  Glosside. 

Sabarjésus,         (985).  Sabarjésus,  prêtre  nestorien,  écrivit  une  Bénédic- 

nestor[en.      tion,  OU  formule,  pour  renvoyer  le  peuple  à  la  fin  de  la 

Messe. 
Robert,  (997)-  Robert,  roi  de  France,  est  auteur  de  plusieurs 

roi  de  France.       •  v  ,        1  ,  ,        .  . 

pièces  de  chant  dont  nous  parlerons  au  chapitre  suivant. 
Létaide,  moine      (007).  Létalde,  moine  de  Micy,  étant  venu  au  Mans 

de  Micy.  ^-^^//  7  j  ■>  ■ 

pour  voir  l'abbaye  de  Saint- Pierre  de  la  Couture,  fut  prié 
par  l'évêque  Avesgaud  de  revoir  la  vie  de  saint  Julien. 
Lorsqu'il  eut  accompli  ce  travail,  le  même  évêque  lui  de- 
manda de  composer  un  office  entier  en  l'honneur  de  ce 
saint  apôtre  du  Maine.  Létalde  en  nota  aussi  le  chant,  et, 
dans  ce  travail,  il  s'attacha  au  style  ancien  du  chant  gré- 
gorien qu'on  altérait  déjà  en  plusieurs  lieux;  «  car,  dit-il, 
«  je  n'aime  pas  la  nouveauté  de  certains  musiciens  qui 
«  introduisent  un  genre  tellement  à  part,  qu'ils  dédaignent) 
f(  de  suivre  les  anciens  (i),  »  Cet  office,  si  précieux  pour^ 

(i)  Non  enim  mihi  placet  quorumdam  musicorum  novitas,  qui  tantaJ 
dissimilitudine  utuntur,  ut  veteres  sequi  omnino  dedignentur  auctores.j 
{Annal,  ord.  S.  Bened.,  tom.  IV,  pag.  iio.) 


DU    IX''    ET    DU    X®    SIÈCLE  263 

le  chant  et  les  paroles,  est  resté  en  usage  dans  l'Eglise  du 
Mans^  jusqu'en  1760,  qu'il  lui  a  fallu  disparaître,  avec 
toutes  les  antiques  mélodies  si  chères  à  nos  pères,  devant 
la  muette  et  lourde  compilation  de  Lebeuf. 

(999).  Héribert,  archevêque  de  Cologne,  qui  clôt  la  liste 
des  liturgistes  du  x''  siècle,  a  composé  un  livre  de  Eccle- 
siasticis  Officiis. 

Concluons  ce  chapitre  par  les  observations  suivantes  : 

Au  VIII®  siècle,  le  Siège  apostolique  commence  à  poser 
en  principe  la  nécessité  pour  les  anciennes  églises  d'Occi- 
dent d'embrasser  la  Liturgie  romaine  dans  toute  sa 
plénitude. 

L'Église  gallicane  voit  tomber  ses  anciens  usages  devant 
ceux  de  Rome  et  abjure  des  traditions  vénérables  saris 
doute,  mais  c'est  pour  en  embrasser  de  plus  sacrées  encore. 

Le  but  des  papes  et  des  princes  français,  dans  ce  grand 
œuvre,  est  de  resserrer  le  lien  de  l'unité,  en  détruisant 
une  divergence  liturgique  jugée  par  eux  dangereuse  dans 
ses  conséquences. 

L'esprit  français  adopte  volontiers  ce  nouveau  régime 
liturgique,  mais  il  ne  tarde  pas  à  manifester  sa  mobilité 
qu'il  déguise  souvent  sous  couleur  de  perfectionnement,  en 
altérant  en  plusieurs  choses  le  dépôt  delà  Liturgie  romaine. 

Néanmoins,  ces  variantes  n'affectent  point  le  fond,  et  le 
viii^  siècle  voit  commencer  la  période  d'environ  mille 
ans,  durant  laquelle  l'Eglise  de  France  se  fera  gloire  d'avoir 
une  seule  et  même  prière  avec  l'Église  romaine. 

L'époque  de  l'unité  liturgique  devient  une  époque  de 
haute  civilisation  chrétienne;  Charlemagne  s'aide  de  ce 
moyen  puissant  dans  l'accomplissement  de  ses  grands 
projets  :  au  chapitre  suivant,  nous  verrons  le  Charlema- 
gne  de  l'Eglise,  saint  Grégoire  VII,  hâter  les  grandes 
destinées  de  l'Espagne,  en  la  faisant  participer,  au  moyen 
de  la  Liturgie  romaine,  aux  mœurs  de  la  chrétienté 
occidentale, 


I    PARTIE 
CHAPITRE    X 


Héribert, 
archevêque 
de  Cologne. 


Conclusions. 


264  INTRODUCTION   DE   h\    LITURGIE   ET   DU   CHANT 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


NOTES  DU  CHAPITRE  X 


NOTE  A 

A  cujus  Romanae  Ecclesiae  sancta  et  veneranda  communione  multis 
recedentibus,  nostrae  tamen  partis  nunquam  recessit  Ecclesia,  sed  ea  apos- 
tolica  traditione  instruente,  et  eo  a  quo  est  omne  donum  optimum  tri- 
buente,  semper  suscepit  reverenda  charismata.  Quse  dum  a  primis  fidei 
temporibus  cum  ea  perstaret  in  religionis  sacrae  unione,  et  ab  ea  paulo 
distaret,  quod  tamen  contra  fidem  non  est,  in  Ofïiciorum  celebratione, 
vener.  mem.  genitoris  nostri  illustrissimi  Pipini  régis  cura  et  industria, 
sive  adventu  in  Gallias  sanctissimi  viri  Stephani  Romanae  urbis  Antistitis, 
est  ei  etiam  in  psallendi  ordine  copulata,  ut  non  esset  dispar'ordo  psal- 
lendi_,  quibus  erat  compar  ardor  credendi,  et  quae  unitae  erant  unius 
sanctae  legis  sacra  lectione,  essent  etiam  unitae  unius  modulationis  vene- 
randa traditione,  nec  sejungeret  Officiorum  varia  celebratio,  quas  con- 
junxerat  unicae  fidei  pia"devotio.  {Contra  Synodum  Grcecorum  de  imagin., 
lib.  I.) 

NOTE  B 

Quod  quidem  et  nos,  collato  nobis  a  Deo  regno  Italiae,  fecimus,  sanctae 
Romanae  Ecclesiae  fastigium  sublimare  cupientes,  reverendissimi  Papae 
Adriani  salutaribus  exhortationibus  parère  nitentes  :  scilicet  ut  plures 
illius  partis  Ecclesiae,  quae  quondam  Apostolicae  Sedis  traditionem  in  psal- 
lendo  suscipere  recusabant,  nunc  eam  cum  omni  diligentia  amplectantur; 
et  cui  adhœserant  fidei  munere,  adhaereant  quoque  psallendi  ordine.  Quod 
non  solum  omnium  Galliarum  provinciae,  et  Germania,  sive  Italia,  sed 
etiam  Saxones,  et  quaedam  Aquilonaris  plagae  gentes,  per  nos,  Deo  an- 
nuente,  ad  fidei  rudimenta  conversae,  facere  noscuntur.  {Ibidem.) 

NOTE  G 

Hujus  modulationis  dulcedinem  inter  alias  Europae  gentes,  Germani,  seu 
Galli,  discere,  crebroque  rediscere  insigniter  potuerunt  :  incorruptam  vero 
tam  levitate  animi,  quia  nonnulla  de  proprio  Gregorianis  cantibus  mis- 
cuerunt,  quam  feritate  quoque  naturali,  servare  minime  potuerunt.  Alpina 
siquidem  corpora,  vocum  suarum  tonitruis  altisone  perstrepentia,  sus- 
ceptae  modulationis  dulcedinem  proprie  non  résultant  :  quia  bibuli  gut- 
turis  barbara  feritas,  dum  inflexioriibus  et  repercussionibus  mitem  nititur 


I 


CHAPITRE     X 


DE  l'Église  romaine  en  frange  265 

edere  caiitilenam,  naturali  quodam  fragore,  quasi  plaustra  per  gradus  con-         i  partie 
fuse  sonantia  rigidas  voces  jactat,  sicque  audientium  animos,  quos  mul- 
"cere  debuerat,  exasperando  magis  ac  obstrependo  conturbat,  (Johan.  Diac. 
Vitçi  S.  Grçgorii,  lib,  II,  cap.  vu.) 


NOTE  D 

Reversus  est  (e  ducatu  nempe  Beneventano)  rex  piissimus  Garolus,  et 
celebravit  Romae  Pascha  cum  Domno  Apostolico.  Ecce  orta  est  contentio 
per  dies  festos  Paschae  inter  cantores  Romanorum  et  Gallorum.  Dicebant 
se  Galli  melius  cantare  et  pulchrius  quam  Romani.  Dicebant  se  Romani 
doctissime  cantilenas  ecclesiasticas  proferre,  sicut  docti  fuerant  a  sancto 
Gregorio  Papa;  Gallos  corrupte  cantare,  et  cantilenam  sanam  destruendo 
dilacerare.  Quae  contentio  ante  Domnum  Regem  Garolum  pervenit.  Galli 
vero,  propter  securitatem  régis  Garoli,  valde  exprobrabant  cantoribus 
Romanis.  Romani  vero  propter  auctoritatem  magnae  doctrinae,  eos  stultos, 
rusticos  et  indoctos,  velut  bruta  animalia,  affirmabant,  et  doctrinam  sancti 
Gregorii  praeferebant  rusticitati  eorum.  Et  cum  altercatio  de  neutra  parte 
finiret,  ait  Domnus  piissimus  Rex  Garolus  ad  suos  cantores  :  Dicite  palam, 
quis  purior  est,  et  quis  melior,  aut  fons  vivus,  aut  rivuli  ejus  longe  de- 
currentes  ?  Responderunt  omnes  una  voce,  fontem,  velut  caput  et  origi- 
nem,  puriorem  esse;  rivulos  autem  ejus,  quanto  longius  a  fonte  recesse- 
rint,  tanto  turbuîentos,  et  sordibus  ac  immunditiis  corruptos.  Et  ait 
Domnus  Rex  Garolus  :  Revertimini  vos  ad  fontem  sancti  Gregorii,  quia 
manifeste  corrupistis  cantilenam  ecclesiasticam.  Mox  petiit  Domnus  rex 
Garolus  ab  Adriano  Papa  cantores,  qui  Franciam  corrigèrent  de  cantu.  At 
ille  dédit  ei  Theodorum  et  Benedictum,  Romanae  Ecclesiae  doctissimos 
cantores,  qui  a  sancto  Gregorio  eruditi  fuerant,  tribuitque  Antiphonarios 
sancti  Gregorii,  quos  ipse  notaverat  nota  Romana.  Domnus  vero  Rex  Garo- 
lus revertens  in  Franciam,  misit  unum  cantorem  in  Métis  civitate,  alterum 
in  Suessionis  civitate,  praecipiens  de  omnibus  civitatibus  Franciae  magis- 
tros  scholae  Antiphonarios  eis  ad  corrigendum  tradere,  et  ab  eis  discere 
cantare.  Gorrecti  sunt  ergo  Antiphonarii  Francorum,  quos  unusquisque 
pro  arbitrio  suo  vitiaverat  addens  vel  minuens,  et  omnes  Franciae  cantores 
didicerunt  notam  Romanam,quam  nunc  vocant  notam  Franciscam,  excepto 
quod  tremulas,  sive  tinnulas,  sive  collisibiles  vel  secabiles  voces,  in  cantu 
non  poterant  perfecte  exprimere  Franci,  naturali  voce  barbarica  frangentes 
in  gutture  voces  potius  quam  exprimentes.  Majus  autem  magisterium 
cantandi  in  Métis  civitate  remansit.  Quantumque  magisterium  Romanum 
superat  Metense  in  arte  cantilenae,  tanto  superat  Metensis  cantilena  cœte- 
ras  scholas  Gallorum.  Similiter  erudierunt  Romani  cantores  supradicti 
cantores  Francorum  in  arte  organandi.  Et  Domnus  Rex  Garolus  iterum  a 
Roma  artis  grammatices  et  computatoriae  magistros  secum  adduxit  in 
Franciam,  et  ubique  studium  litterarum  expandere  jussit.   Ante  ipsum 


206  INTRODUCTION   DE   LA    LITURGIE   ET   DU   CHANT 

INSTITUTIONS      cnim  Domnum  regem  Carolum,  in  Gallia  nullum  studium  fuerat  libera- 
LiTURGiQUEs      y^^^^^  artium.   {Caroli  Magni  vîta  per  monachum  Engolismensem,  apiid 
Duchesne,  tome  IL) 

NOTE  E 

Adrianus  Papa  GVIII.  Sedit  ann.  V.  ilatione  Romanus,  pâtre  Julio.  Hic 
Ecclesiis  ornamenta  multa  pretiosa  superadministravit.  Hic  Antiphona- 
rium  Romanum^  sicut  anterior  Adrianus,  diversa  per  loca  corroboravit, 
et  secundum  prologum  versibus  hexametris  ad  missam  majorera  in  die 
primo  AdventusDomini  J.-C.  decantandum  instituit,  qui  similiter  incipit 
sicut  anterioris  Adriani  proaemium,  quod  ille  ad  omnes  missas  in  eadem 
Dominica  prima  Adventus  decantandum  strictissimum  confecerat;  sed 
pluribus  iste  constat  versibus.  Hic  constituit  per  monasteria  ad  missam 
majorem  in  solemnitatibus  praecipuis,  non  solum  in  Hymno  Angelico 
Gloria  in  excelsis  Deo  canere  Hymnos  interstinctos  quos  Laudes  appellant 
verum  etiam  in  Psalmis  Davidicis,  quos  Introitus  dicunt,  interserta  can- 
tica  decantare,  quae  Romani  Festivas  Laudes,  Franci  Tropos  appellant  : 
quod  interpretatur,  Figurata  ornamenta  in  landibus  Domini,  Melodias 
quoque  ante  Evangelium  concinendas  tradidit,  quas  dicunt  Sequentias) 
quia  sequitur  eas  Evangelium.  Et  quia  a  Domino  Papa  Gregorio  primo  et 
postmodum  ab  Adriano  una  cum  Alcuino  Abbate,  delicioso  magni  Impe- 
ratoris  Caroli,  hae  cantilenae  festivales  constitutae  accomodatae  fuerant, 
multum  in  his  delectato  supradicto  Caesare  Carolo,  sed  negligentia  can- 
torum  jam  intermitti  videbantur  j  ab  ipso  almifico  Praesule  de  quo  loqui- 
mur,  ita  corroboratae  sunt  ad  laudem  et  gloriam  Domini  nostri  J.-C.,  ut 
diligentia  studiosorum  cum  Antiphonario  simul,  deinceps  et  Tropiarius 
in  solemnibus  diebus  ad  missam  majorem  cantilenis  frequentetur 
honestis. 

Hic  constituit  ut  çlerici  Romani  instruerent  pauperes  Domini  nostri 
J.-C,  fratres  nostros,  ut  ante  Dominicum  sacratissimum  diei  Paschae  tribus 
diebus,  hoc  est,  Domini  Cœna,  Parasceve,  et  sancta  sepultura  Domini 
nostri  Jesu  Ghristi,  non  aliter  peterent  eleemosymam  per  urbem  hanc 
Romanam  (i),  nisi  excelsa  voce  cantilenam  dicendo  per  plateas  et  ante 
monasteria  et  Ecçlesias  hujusmodi  j  Kyrie,  eleison  ;  Christe,  eleison  ; 
Domine,  miserere  nobis  ;  Ghristus  Dominus  factus  est  obediens  usque  ad 
mortem.  [Apud  Lebeuf,  Traité  historique  et  pratique  sur  le  Chant  ecclésias- 
tique. 1741,  pag.  io3  et  suiv.) 

NOTE  F 

Nam  et  usque  ad  tempora  abavi  nostri  Pipini  Gallicanae  et  Hispanicae 
Ecçlesias  aliter   quam  Romana  vel  Mediolanensis  Ecclesia  divina  officia 

(i)  Ces  paroles,  Urbem  hanc  Romanam^  montrent  évidemment  que  ceci 
a  été  écrit  à  Rome. 


i 


DE   L  EGLISE    ROMAINE    EN    FRANCE  267 

celebrabant  sicut  vidimus'  et  audivimus  ab  eis,  qui  ex  partibus  Toletanae  i  partie 

Ecclesias  ad  nos  venientes,  secundum  morem  ipsius  Ecclesiae  coram  nobis  chapitre  x 
sacra  Missarum  officia  celebrarunt.  Celebrata  sunt  etiam  coram  nobis 
sacra  Missarum  officia  more  Hierosolymitano,  auctore  Jacobo  Apostolo, 
et  more  Constantinopolitano,  auctore  Basilio.  Sed  nos  sequendam  duci- 
mus  Romanam  Ecclesiam  in  Missarum  celebratione.  (Baluze,  Capitidaria 
Regum  Francorum,  t.  II,  p.  ySo.  Glossarium  Fr.  Pittaei  in  Epistola  Caroli 
Caivi  imperatoris  ad  Glerum  Ravennatum.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  XI 


ABOLITION  DU  RITE  GOTHIQUE  OU  MOZARABE  EN  ESPAGNE. 
TRAVAUX  DE  SAINT  GREGOIRE  VII  SUR  LA  LITURGIE.  PROGRES 
DU  CHANT  ECCLÉSIASTIQUE.  RITE  ROMAIN-FRANÇAIS.  AUTEURS 
LITURGISTES   DES   XI®    ET    XII®    SIECLES. 


La  situation  de      Un  grand  événement    liturgique   signale   l'époque  que  j 

l'Espagne  ,  ,  .        .  _.        ^  .  .  ,  . 

chrétienne     nous  embrassons  dans  ce  chapitre.  La  Liturgie  gothique 

de^man^de^qu'eiie  OU  mozarabe  succombe  en  Espagne  sous  les  efforts  de 

aux^bienÇaits    ^^^^^^^   Grégoire   vu,  comme  la  Liturgie  gallicane  avait 

de  l'unite      succombé  en  France  sous  les  coups  de  Charlemaene.  Il 

liturgique  -t  o 

de  l'Occident,  ^^^jt  temps,  en  effet,  que  TEspagne  chrétienne,  déjà,  sinon 
affranchie,  du  moins  agrandie  par  les  conquêtes  de  ses 
héroïques  chefs,  comptât  dans  la  grande  unité  européenne. 
Sa  Liturgie  particulière  faisait  obstacle  à  cette  réunion 
intime.  La  prière  qui,  dans  ces  temps  de  foi,  était  le  lien 
des  nations^  la  prière  n'était  point  commune  entre  l'Es- 
pagne et  les  autres  provinces  de  la  chrétienté  européenne. 
Le  Sacrifice,  quoique  le  même  au  fond,  différait  essentiel- 
lement dans  les  formes  qui  frappent  les  yeux  du  peuple  : 
les  chants  et  les  formules  saintes  étaient  totalement  dis- 
semblables. En  outre,  Thérésie  avait  espéré  un  moment 
s'appuyer  sur  les  paroles  d'une  Liturgie  dont  rien  ne  ga- 
rantissait la  pureté,  puisqu'elle  émanait  d'une  autorité  qui 
ne  saurait  compter  sur  rinfaillibilité.  Il  était  temps  que 
l'Église  d'Espagne  sortît  de  Tenfance  et  passât  à  l'âge  ; 
parfait. 

Ce  changement      Ce   grand  changement  fut   préparé    de  longue    main, 

préparé  de  .  . 

longue  main.    Comme  il  arrive  toujours,  et  le  Pontife  qui  le  consomma 


romaine. 


ABOLITION  DU  RITE  GOTHIQUE  OU  MOZARABE  EN  ESPAGNE      269 

ne  fut  qu'un  instrument  conduit  par  la  Providence,  qui       ^  partie 

^  ,         ^  ^  -"^  ^     ^  CHAPITRE   XI 

veut  que  TEglise  montre,  principalement  dans  les  formes 
du  culte,  Tunité  qui  est  sa  vie.  L'œuvre  de  Pépin  et  de 
Charlemagne  avait  dû  retentir  puissamment  en  Espagne, 
seule  contrée  de  l'Occident  qui  ne  fût  pas  soumise  aux 
lois  de  la  Liturgie  romaine.  On  savait  que  l'Eglise  galli- 
cane n'avait  plus  désormais  un  autre  rite  que  celui  de 
l'Église  romaine  :  jusque-là  que  les  chroniqueurs  espa- 
gnols, dont  on  peut  voir  les  passages  dans  la  dissertation 
du  P.  Pinius^  que  nous  avons  citée  ci-dessus  (i), se  servent 
du  mot  Offîcium  Gallicanum ,  pour  exprimer  le  rite 
romain. 

On  voit  d'abord,  en  io63,  un  concile  tenu  à  Jacca,  en  Le  concile  de 
Aragon  (2),  sous  don  Ramire  P%  ou  Sanche  Ramirez,  ordonne  de  ne 
son  fîls^  dans  lequel  est  rendu  un  décret,  portant  qu'on  ne  ^\^  manier^^ 
célébrera  plus  à  la  manière  gothique  ,  mais  à  la  ro- 
maine (3).  L'histoire  ne  dit  point  expressément  quelles 
furent  les  causes  directes  de  cette  mesure;  l'influence  de 
Rome  dut  y  être,  sans  doute,  pour  quelque  chose.  On  en 
jugera  par  ce  qui  se  passa,  six  ans  après,  à  Barcelone. 
Cette  ville,  conquise  avec  son  territoire,  en  801,  par  Char- 
lemagne, avait  adopté,  sans  aucun  doute,  la  Liturgie  ro- 
maine, et  ceci  même  nous  explique  la  qualification  de  gaU 
//ca^z^,  appliquée  en  Espagne  àla  Liturgie  romaine, pendant 
le  moyen  âge  ;  les  Espagnols  désignant  sous  cette  dénomi- 
nation la  Liturgie  en  usage  dans  la  colonie  française  de 
Catalogne.  Mais  cette  vaste  province  n'était  pas  tout  entière 
soumise  aux  Français,  et  la  Liturgie  gothique  y  régnait 
encore  en  plusieurs  endroits.  L'année  1068  la  vit  abolir 
pour  jamais,  par  les  soins  du  cardinal  Hugues  le  Blanc, 

(i)  Chapitre  viii,  pag.  ig5. 

(i)  D'Aguirre,  Coyic.  Hispan,  lom.  III,  pag.  228. 

(3)  Data  sacerdotibus  lex,  ne  quo  alio  more  quam  Romano  precarentur; 
neque  Gothica,  utpote  peregrina,  piacula  exsolverentur.  (Conc.  Labb., 
tom.  IX,  pag.  1 112.) 


270  ABOLITION   DU   RÎTE   GOTHIQUE 

INSTITUTIONS    j^ffat  d'Alcxanclre  II.  Dans  un  concile  tenu  à   Barcelone, 

LITURGIQUES  <^  ' 


cette  grande   mesure  fut   consommée.    L'Église    dut  ce 
La  Liturgie     bienfait  au  grand  zèle  de  la  princesse  Adelmodis,  femme 

mozarabe  abolie  j       ^  ^    r,  ^  jt-.i  t-.ii'' 

en  Catalogne,   de   Raymond  Berenger,  comte  de  Barcelone.  Elle   était 

^^  soins  du       Française,  et  toutes  les  chroniques  du  temps  s'accordent  à 

Te^Bianc^^ega?  la  montrer  comme  une  princesse  d'un  grand  caractère.  Son 

d'Alexandre  IL  autorité,  Combinée  avec  celle  du  légat,  décida  du  triomphe 

de  la  Liturgie  romaine  dans  la  Catalogne  (i). 

Saint  L'illustre  successeur  d'Alexandre  II,  celui  qui  avait  été 

^^^p?end         rame  de  son  pontificat,  saint  Grégoire  VII  monta  bientôt 

^Vachever^'^    ^^^  ^^  chaire  de  saint  Pierre,  et  il  résolut  d'achever  la  vic- 

la  victoire      toire  de  l'Éfflise  romaine  sur  la  Liturgie  gothique.  Les 

de  la  Liturgie  .         ^  ^  ,  .  . 

romaine       florissants  rovaumes  de  Castille  et  de  Léon  la  pratiquaient 

en  Espagne.  ....  .     ,  - 

encore  avec  un  patriotisme  chevaleresque  :  mais  le  grand 
Hildebrand ,  qui  poursuivait  sans  relâche  l'œuvre  de 
l'unité  européenne,  ne  pouvait  être  arrêté  par  des  consi-  1 
dérations  de  nationalité  étroite,  dans  une  matière  aussi 
grave  que  la  Liturgie.  Nous  trouvons  dans  la  collection 
de  ses  lettres,  celle  qu'il  adresse,  en  l'an  1074,  a  Sanche 
Ramirez,  roi  d'Aragon.  Il  y  félicite  ce  prince  de  son  zèle 
pour  les  usages  romains,  en  ces  termes  si  expressifs,,  qui 
montrent  bien  le  fond  de  ses  dispositions  sur  l'important 
Sa  lettre  à      objet  qui  nous  occupe  :  «  En  nous  faisant  part  de  votre  i 

Sanche  Ramirez,  *i  i  t  i  /  r     i  t» 

roi  d'Aragon.  «  zele  et  des  ordres  que  vous  avez  donnes  pour  établir 
«  l'Office  suivant  l'ordre  romain^  dans  les  lieux  de  votre 
«  domination,  vous  vous  faites  connaître  pour  enfant  de 
(c  l'Eglise  romaine  ;  vous  montrez  que  vous  avez  avec 
ce  nous  la  même  concorde  et  amitié  qu'autrefois  les  rois 
«  d'Espagne  entretenaient  avec  les  Pontifes  romains. 
«  Soyez  donc  constant,  et  ayez  ferme  espérance  pour 
«  achever  ce  que  vous  avez  commencé  ;  parce  que  nous 
«  avons  l'espoir  en  le  Seigneur  Jésus-Christ,  que  le  bien- 

(i)  Pinius,  Tractafus  historico-chronologicus.  De  Liturgia  artfiqua  His" 
panica,  cap.  vi,  pag.  48  et  seq. 


ou   MOZARABE   EN   ESPAGNE  271 

«  heureux  apôtre   Pierre,  qu^il   a  étabîT  prince   sur   les       ^  partie 

^  ^  ^  CHAPITRE   XI 

«  royaumes  du  monde,  et  auquel  vous  vous  montrez  fidèle, 
«  vous   mènera    avec  honneur'    à    Paccomplissement   de 
«  vos  désirs,   et  vous  rendra  victorieux  de  vos  adver* 
«  saires  (i).   » 
La  même  année,  le  Pape  écrivit  la  lettre  suivante  à  Al-   Grégoire  écrit 

sur  le  rnêine 

phonse  VI,  roi  de  Gastille  et  de  Léon,  et  à  Sanche  IV,  roi         sujet 

à  Alphonse  VI, 

de  Navarre  :  roi  de  Castiiie 

y-i    /       •  /A  .  j  .  j     -rx-  et  à  Sanche  IV, 

«  Grégoire,  eveque,  serviteur  des  serviteurs  de  Dieu,  roi  de  Navarre! 
«  à  Alphonse  et  Sanche^  rois  d'Espagne,  et  aux  évêques 
«  de  leurs  Etats.  Le  bienheureux  apôtre  Paul,  déclarant 
«  qu'il  a  dû  visiter  TEspagne,  et  Votre  Sagesse  n'ignorant 
«  pas  que  les  apôtres  Pierre  et  Paul  ont  envoyé,  plus  tard, 
«  de  Rome,  sept  évêques,  pour  instruire  les  peuples  d'Es- 
«  pagne,  et  que  ces  évêques  ayant  détruit  Fidolâtrie,  fon- 
«  dèrent  en  votre  pays  la  chrétienté,  plantèrent  la  reli- 
re gion,  enseignèrent  Tordre  et  l'Office  à  garder  dans  le 
c(  culte  divin,  et  dédièrent  les  églises  avec  leur  propre 
«  sang;  on  voit  assez  clairement  quelle  concorde  a  eue 
«  l'Espagne  avec  la  ville  de  Rome,  dans  la  religion  et 
ce  l'ordre  des  divins  Offices  :  mais  quand,  par  suite  de 
ce  l'irruption  des  Goths,  et,  plus  tard,  de  l'invasion  des 
«  Sarrasins,  le  royaume  d'Espagne  fut  longtemps  souillé 
c<  par  la  fureur  des  priscillianistes,  dépravé  par  la  perfidie 
«  des  ariens,  et  séparé  du  rite  romain,  non -seulement  la 
ce  religion  y  fut  diminuée,  mais  les  forces  temporelles  de  ' 
ce  cet  Etat  se  trouvèrent  grandement  affaiblies.  C'est  pour- 

(i)  In  hoc  autem  quod  sub  ditione  tua  Romani  ordinis  ofïîcium  fieri 
studio  et  jussionibus  tuis  asseris,  Romanae  ecclesiae  te  filium,  ac  eam 
concordiam  et  eamdem  amicitiam  te  nobiscum  habere,  quam  olim  reges 
Hispaniae  cum  Romanis  pontificibus  habebant,  cognosceris.  Esto  itaque 
constans,  et  fiduciam  firmam  habeas,  et  quod  cœpisti  perficias;  quia  in 
Domino  Jesu  Christo  confidimus,  quia  beatus  Petrus  Apostolus,  quem 
Dominus  Jésus  Christus,  rex  glorise,  principem  super  régna  mundi  cons- 
tituit,  cui  te  fidelem  exhibes,  te  ad  honorem  desiderii  tui  adducet,  ipse  te 
victorem  de  adversariis  tuis  efïiciet.  (Labb.,  tom.  X,  pag,  bi.) 


272  ABOLITION    DU    RITE   GOTHIQUE 

INSTITUTIONS    ((  quoi,  comme  des  enfants  très-chers,  je  vous  exhorte  et 

LITURGIQUES  .  ,  ^  ^  ^  y 

'  «  avertis  de  reconnaître  enfin  pour  votre  mère,  après  une 

«  longue  scission,  P Eglise  romaine  dans  laquelle  vous 
«  nous  trouverez  vos  frères  ;  de  recevoir  Tordre  et  l'Office 
«  de  cette  sainte  Église  et  non  celui  de  Tolède  ou  de  toute 
«  autre  Église  ;  gardant,  comme  les  autres  royaumes  de 
«  rOccident  et  du  Septentrion  ,  les  usages  de  celle 
«  qui,  établie  par  Pierre  et  Paul,  consacrée  par  leur 
«  sang,  a  été  fondée  sur  la  pierre  ferme  par  le 
«  Christ^  et  contre  laquelle  les  portes  de  Tenfer,  c'est- 
«  à-dire  les  langues  des  hérétiques,  ne  pourront  jamais 
«  prévaloir.  Car  de  la  source  même  où  vous  ne  doutez  pas 
«  avoir  puisé  le  principe  de  la  religion,  il  est  juste  que 
«  vous  en  receviez  aussi  rOffi.cQ.  divin  dans  Tordre  ecclé- 
«  siastique  :  c^est  ce  que  vous  apprend  et  la  lettre  du  Pape 
«  Innocent  à  Tévêque  d^Eugubium,  et  les  décrets  d'Hor- 
«  misdas  envoyés  à  TÉglise  de  Séville,  et  les  conciles  de 
«  Tolède  et  de  Brague;  c'est  ce  que  vos  évêques  eux-- 
«  mêmes,  qui  sont  venus  récemment  vers  nous,  ont 
«  promis  par  écrit,  et  signé  entre  nos  mains,  après  la 
«  décision  d'un  concile  (i).  » 
Énergie  avec        Une  résistance  vive  s'étant  élevée  en  plusieurs  lieux, 

laquelle  saint 

Grégoire  VII     comme  on  devait  s'y  attendre,  le  Pontife   n'en  fut  point 

lutte  contre  les 

résistances  ébranlé.  Nous  avons  une  autre  lettre  de  lui  dans  laquelle 
parTa^decfslon.  écrivant  à  un  évêque  espagnol,  il  montre  toute  Ténergie  de 
son  âme  apostolique  dans  la  défense  des  ordonnances  du 
Saint-Siège.  Elle  est  conçue  en  ces  termes  : 

«  Grégoire,  évêque,  serviteur  des  serviteurs  de  Dieu,  à 
«  Siméon,  évêque  en  Espagne,  salut  et  bénédiction  apos- 
«  tolique. 

a  Ayant  lu  les  lettres  de  Votre  Fraternité,  nous  avons 
«  été  rempli  de  joie,  parce  que  nous  y  avons  reconnu  avec 
«  plénitude  cette  foi  et  cette  dévotion  que  vous  portez  à 

(i)   Vid.  la  Note  A. 


I    PARTIE 
CHAPITRE     XI 


OU   MOZARABE   EN    ESPAGNE  278 

«  rÉglise  romaine,  que  vous  ne  voulez  point  délaisser, 

«  à  la  manière  des  adultères,  mais  bien  embrasser  tou-  "         ' 

«  jours  comme  la  source  de  toute  filiation  légitime.  C'est         Lettre 

«  pourquoi,  Frère  très-cher,  il   est   nécessaire  que   vous    gfniéo^nïans 

«  marchiez  droit  dans  la  voie  que  vous  avez  prise  :  caria       lac^ueiie 

^  y  ^         Grégoire 

«  perversité  des  hérétiques  ne  doit  point  amoindrir  ce  qui        réclame 

^  ^  ^   _      ^  ^  1  obéissance 

«  a  été  sanctionné  par  la  tradition  apostolique.  En  effet,       en  vertu 

_.  ,  ,.  ,  ,1  .      .  de  l'autorité 

«  le  Siège   apostolique    sur    lequel,   par   la    permission   apostolique  et 

...  ,    .  ,  .  •      1-  1  /delà  tradition 

c(  divine,  nous  présidons,   quoique  indigne,  est  demeure       ancienne 
a  ferme  depuis  son  origine,   et  restera  sans  tache  jusqu'à     d^Espaine! 
«  la  fin,  le  Seigneur  qui  le  soutient  ayant  dit  :  T ai  prié 
«  pour  toi  afin  que  ta  foi  ne  manque  pas;  et  quand  tu  seras 
«  converti,  coyijîrme  tes  frères.  Forte  d'un  tel  concours, 
«  rÉglise  romaine  veut  que  vous  sachiez  qu'elle  n'a  point 
«  intention  d'allaiter,  à  diverses  mamelles,  ni  d'un  lait  dif- 
«  férent,  les  enfants  qu'elle  nourrit  pour  le  Christ,  afin 
«  que,  selon  l'Apôtre,  ils  soient  un,  et  qu'il  n'y  ait  point 
«  de  schisme  parmi  eux  :  autrement,  elle  ne  serait  pas  ap- 
c(  pelée  mère,  mais  scission.  A  ces  causes,  qu'il  soit  donc 
«  connu  de  vous  et  de  tous  les  fidèles  sur  lesquels  vous 
«  avez  consulté,  que  nous  entendons  et  que  nous  voulons 
«  que  les  décrets  qui  ont  été  rendus  ou  confirmés  par  nous, 
ce  ou   plutôt  par   l'Eglise    romaine,   portant  pour  vous 
«  Tobligation   de  vous  conformer  aux   Offices    de  cette 
«  même  Église,  demeurent  inébranlables,  et  que  nous  ne 
«  voulons  point  acquiescer  à  ceux  qui  désirent  vous  faire 
«  sentir  leurs  morsures  de  loups  et  d'empoisonneurs.  Nous 
«  ne  doutons  aucunement  que,  suivant  l'Apôtre,  il  n'y  ait 
«  parmi  vous  des  loups  dangereux,  rapaces,  qui  n'épar- 
«  gnent  rien,  auxquels  il  faut  résister  fortement  dans  la 
«  foi.  C'est  pourquoi.  Frère  bien-aimé,  combattez  et  tra- 
a  vaillez  avec  ardeur,  jusqu'à  l'effusion  de  votre  sang,  s'il 
«  était  nécessaire  :  car  il  serait  indigne,  et  on  trouverait 
«  ridicule,  que  les   séculiers,  pour    des  choses  d'un  prix 
«  vil,  pour  un  commerce  qui  déplaît  à  Dieu,  s'exposassent 
T  I.  18 


!274  ABOLITION    bU    RITE   GOTHIQUE 

INSTITUTIONS     ^^  voloiitiers  aux  périls,  et  que  le  fidèle  ne  sût  que  céder 

LITURGIQUES  r  ^  l  1 


lâchement  à  Teffort  de  ses  ennemis.  En  effets  ceux-là  ne 
«  pouvant  acquérir  la  vertu,  tombent  facilement  dès  qu'on 
«  les  attaque.  Quant  à  ce  que  disent  ces  enfants  de  mort, 
«  au  sujet  des  lettres  qu'ils  auraient  reçues  de  nous,  sachez 
«  que  cela  est  faux  de  tous  points.  Ainsi,  faites  en  sorte 
«  que  par  toute  TEspagne  et  la  Gallice,  en  un  mot, 
«  partout  où  vous  le  pourrez ,  TOffice  romain  soit 
«  observé  ,  avant  toutes  choses,  avec  plus  de  fidé- 
«  lité  (i).  » 
Richard,  abbé       Pour  presser  avec  plus  d'efBcacité  l'accomplissement  de 

de  Saint-Victor  ,/•  •/-«'•tt-tt  •  j' 

de  Marseille     ses  desirs,  saint  Grégoire   VU,  suivant  son  usage,  députa- 
ilga^deTaint    ^^  légat  vers  les  Églises  d'Espagne,  et  choisit,  pour  cette 
?r&T^Lyi^    mission,  Richard,   abbé  de  Saint-Victor  de  Marseille,  et 

en  xi(Spcigne^  ' 

,,^^b.oiit         cardinal  de  l'Église  romaine,  qui  fît  jusqu'à  deux  fois  le 

définitivement  ^  ^  ~i  j       i 

le  rite  gothique  vovage  d'Espasue  pour  un  si  important  objet.   Dans  un 

avec  le  concours  .  \  , 

du  roi  concile  tenu  à  Burgos,  en  io85,  le  légat,  appuyé  de  l'auto- 
de  son  épouse  rite  d' Alphonse  VI,  promulgua  plus  solennellement  encore 
de  Bm-irgogne.  TaboUtion  de  la  Liturgie  gothique,  dans  les  royaumes 
soumis  à  ce  grand  prince.  Alphonse  même  ne  s'arrêta  pas 
là;  on  le  vit,  en  1091,  ordonner,  pour  l'uniformité  et  la 
facilité  du  commerce  avec  les  nations  étrangères,  l'abolition 
des  caractères  gothiques  (2),  et  l'adoption  des  latins,  tels 
qu'ils  étaient  alors  en  usage,  quoique  un  peu  altérés,  en 
France  et  dans  les  principales  provinces  de  l'Europe.  Dans 
l'accomplissement  de  toutes  ces  mesures  si  énergiques, 
Alphonse  fut  puissamment  soutenu  par  les  conseils  de 
Constance  de  Bourgogne,  qu'il  avait  épousée  en  1080,  et  à 


(i)   Vid.  la  Note  B. 

(2)  On  n'a  pas  besoin  sans  doute  d'avertir  que  les  caractères  gothiques  \ 
dont  il  est  ici  question  ne  sont  pas  ceux  vulgairement  désignés  sous  ce 
nom,  mais  bien  ceux  que  l'évêque  Ulphilas  paraît  avoir  donnés  aux 
Goths,  au  ive  siècle.  La  qualification  de  gothique  donnée  aux  carac- 
tères latins  du  moyen  âge  est  aussi  absurde  que  lorsqu'on  l'applique  à 
l'architecture  chrétienne  de  la  même  période. 


ou    MOZARABE    EN    ESPAGNE  2^5 

Pinfluence  de  laquelle  Thistorien  Rodrigue  attribue  princi-       i  partie 

^  O  X  CHAPITRE     XI 


paiement  Tintroduction  de  la  Liturgie  romaine  en  Es- 
pagne (i)  :  ce  que  Ton  doit  entendre  surtout  de  la  destruc- 
tion du  rite  gothique  à  Tolède,  puisque  les  premières 
attaques  qu'il  a  éprouvées  en  Espagne  eurent  lieu,  comme 
nous  Pavons  vu,  au  concile  de  Jacca,  en  io63. 

Le  25  mai    io85,   jour  auquel  mourut  le   Pontife  saint    Alphonse  vi, 

'    '  ^  maître 

Gréffoire  VIL  Alphonse  VI  entrait  victorieux  à  Tolède.  Il   de  Tolède  par 

.  .  ,  .  la  victoire, 

mit  aussitôt  tous   ses  soins  pour  rétablir,  dans  sa  haute       y  établit 
dignité,  l'Église  de  cette  illustre  cité.  Il  la  dota  libérale-  romaine  malgré 

1  1  -r»  1       1  1   '   j     o  1^  résistance 

ment  et  appela,  pour  la  gouverner,  Bernard,  abbe  de  ba-  du  clergé 
hagun  et  Français  de  nation.  Mais  le  prince  devait  ren-  ^^  ^  ^^^^  ^' 
contrer  de  grandes  difficultés  dans  son  projet  d'abolir  le 
rite  mozarabe  à  Tolède,  où  il  était  tellement  établi,  qu'on 
l'appelait  d'ordinaire,  par  toute  l'Espagne,  le  rite  de  To- 
lède, Nous  empruntons  la  narration  de  l'historien  Ro- 
drigue, pour  raconter  ce  grand  fait,  avec  les  circonstances 
si  dramatiques  qui  l'accompagnèrent. 

«  Le  clergé  et  le  peuple  de  P' Espagne  entière  furent 
«  troublés,  parce  que  le  légat  Richard  et  le  roi  Alphonse 
«  voulaient  les  contraindre  à  recevoir  TOffice  gallican.  Au 
«  jour  marqué,  le  roi,  le  primat,  le  légat  et  une  grande 
«  multitude  de  clergé  et  de  peuple  se  trouvant  rassemblés, 
«  il  s'éleva  une  longue  altercation,  par  suite  de  la  résistance 
«  courageuse  duclergé,  delamilice^et  du  peuple,  qui  s'oppo- 
«  saient  à  ce  qu'on  changeât  TOffice.  De  son  côté,  le  roi, 
«  conseillé  par  la  reine,  faisait  retentir  des  menaces  ter- 
«  ribles.  Enfin,  la  résistance  du  soldat  fut  telle,  qu'on  en 
«  vint  à  proposer  un  combat  singulier  pour  terminer  cette 

(i)  Et  quia  adhuc  littera  Gothica,  et  translatio  psalterii_,  et  Oiïîcium 
missae  institutum  ab  Isidoro  et  Leandro  pontificibus,  quod  cum  transla- 
tione  et  littera  dicitur  Toletanum,  per  totam  Hispaniam  servabantur,  ad 
instantiam  uxoris  suae  reginae  Constantiae,  quœ  erat  de  partibus  Gallia- 
rum,  misit  Romam  ad  Gregorium  Papam  VII,  ut  in  Hispaniis,  omisso 
Toletano,  Romanum  seu  Gallicanum  Officium  servaretur.  (Rodericus  To- 
letanus,  de  Rébus  Hispanicis,  lib,  VI,  cap.  xxv.) 


276 


ABOLITION    DU  RITE    GOTHIQUE 


INSTITUTIONS     «  disscnsion.  Deux  chevaliers  ayant  été  choisis,  l'un  par 

LITURGIQUES  ^  •'  ?  JT 

«  le  roi,  pour  l'Office  gallican,  l'autre  par  la  milice  et  le 


Duel  entre  deux  ^*  peuple,  pour  l'Office  de  Tolède,  le  chevalier  du  roi  fut 

chevaliers 
combattant, 


l'Office 
de  Tolède. 


vaincu,  au  grand  applaudissement  du  peuple,  de  ce  que 
,,^L^^  P°^^-     «  le  champion  de  l'Office  de  Tolède  avait  remporté  la  vic- 

rOmce  romain,  ■•■  ^         ^  ^  ^ 

l'autre  pour  «  toire.  Mais  le  roi,  stimulé  par  la  reine  Constance,  ne 
a  renonça  pas  pour  cela  à  son  dessein,  disant  que  duel 
«  n'était  pas  droit.  Le  chevalier  qui  combattit  pour  TOf- 
a  fice  de  Tolède  était  de  la  maison  de  Matanza,  près  de 
«  Pisorica,  où  sa  famille  existe  encore  (i).  » 

Quoi  qu'il  en  soit  de  la  vérité  de  cette  histoire,  qui  n'au- 
rait de  valeur  pour  démontrer  le  droit  de  l'Office  de  To- 
lède, qu'autant  qu'on  admettrait  le  jugement  des  combats 
singuliers,  comme  le  jugement  irréfragable  de  Dieu  même, 
le  P.  Lebrun  s'est  trompé,  lorsqu'il  a  écrit  qu'on  ne  trou- 
vait ce  fait  que  dans  l'histoire  de  Rodrigue,  mort  en 
1247  {2).  La  Chronique  de  saint  Maixent,  antérieure  d'un 
siècle  à  la  mort  de  Rodrigue,  puisqu'elle  finit  à  l'an  1 184, 
rapporte,  quoique  en  abrégé,  la  même  histoire  (3).  Le  car- 
dinal Bona  paraît  aussi  avoir  ignoré  ce  second  témoi- 
gnage (4).  Au  reste,  nous  n'avons  pas  tout  dit  encore  sur 
les  oppositions  que  le  ciel  sembla  mettre,  si  l'on  en  croit 
Rodrigue,  à  la  destruction  du  rite  vénérable  qui  rappelait 
à  l'Église  espagnole  les  noms  chéris  de  saint  Isidore  et  de 
saint  Léandre. 

«  Une  grave  sédition,  continue  l'historien,  s'étant  donc 

Rodrigue,      «  élevée  dans  le  peuple,  il  parut  convenable  d'allumer  un 

Liturgies  rivales  «  grand  feu  et  d'y  placer  le  livre  de  l'Office  de  Tolède  et 

â°i'épre™e'du   «  ^^  livre  de  l'Office  gallican  (romain).  Après  un  jeûne 

^Tedéckrf^    «  indiqué  par  le  primat,  le  légat  et  le  clergé;  après  les 

pour  le  rite 
gothique. 

(i)   Vid,  la  Note  G. 

(2)  Explication  de  la  Messe,  tom.  II,  pag.  296. 

(3)  Chronicon  S.  Maxentii,  vulgo  Malleacense,  apud  Labbeum.  Biblioth. 
Mss.,  tom.  II,  pag.  190. 

(4)  Rerum  Liturgicarum,  lib,  \,  cap.  xi. 


Au  rapport 
de  l'historien 


I  PARTIE 
CHAPITRE  XI 


OU   MOZARABE   EN   ESPAGNE  277 

«  prières  accomplies  dévotement  par  tous,  le  livre  de  l'Of- 
«  fice  gallican  (romain)  est  consumé  par  le  feu  ;  tandis 
«  que  le  livre  de  l'Office  de  Tolède  s'élance  du  bûcher, 
«  intact,  exempt  de  toute  trace  de  brûlure,  aux  yeux  de 
«  l'assemblée,    et     au    chant    des    louanges     du     Sei- 

(i  gneur  (i).  » 

Ce  double  prodige  doit  rappeler  au  lecteur  celui  que    ^L'autonté^ 
nous  avons   rapporté,  au   chapitre  viii,  sur  la  Liturgie    .  ^^es^^^po^^^^ 
ambrosienne.  On  verra  du  moins,  dans  le  récit  de  Ro- 
drigue, un  nouveau  témoignage  du  zèle  que  mettaient 
autrefois  les  peuples  et  le  clergé  à  tout  ce  qui  concernait 
la  Liturgie,  zèle  qui  contraste  bien  tristement  avec  l'indif- 
férence profonde  qui,  de  nos  jours,  a  accueilli  et  accueille 
encore  en    France   les   plus    graves  changements    sur  le 
même  objet.  Quant  à  l'épreuve  du  feu,  nous  devons  re- 
marquer avec  le  P.  Pinius  (2),  que  Pelage  d'Oviédo,  con- 
temporain d'Alphonse  VI,  et  qui  a  rapporté  les  actions  de 
ce  prince  dans   un  grand  détail,  n'en  a  pas  dit  un  seul 
mot,  non  plus  que  Luc  de  Tude,  qui  vivait  au  siècle  de 
l'archevêque  Rodrigue.  Il  est  d'ailleurs  difficile  de  croire 
que  si  un  véritable  prodige  eût  eu  lieu,  le  Siège  aposto- 
lique eût  persisté  dans  l'intention  de  détruire  l'Office  go- 
thique. Ce  serait  le  premier  miracle  en  opposition  avec 
les  volontés   de  l'Église.  Quant  au  fait  en  question,  s'il 
était  démontré  (ce  qui  n'est  pas),  la  théologie  catholique 
trouverait  peut-être  encore  à  l'expliquer,  sans  recourir  à 
l'intervention  divine. 

Rodrigue  conclut  ainsi  sa  narration  :  «  Tous  pleurant  ^,Q^^f  ^^^^^\^ 
«  et  gémissant  d'une   issue   si  malheureuse,  alors  com-  est 

&  77  définitivement 

a  menca  le  proverbe  :  Quod  volunt  reges,  vadunt  leges  :         adopté 

'  .        ,  1       1    •      T-     j         •    1  en  Espagne. 

a  quand  veulent  les  rois,  s'en  vont  les  lois.  Et  depuis  lors, 
«  l'Office  gallican  (romain),  qui  n'avait  jamais  été  reçu 

(i)  Vid.  la  Note  C. 

(2)    Tract.    Hist.    Chron.  de  Liturgia  antiq.    Hispan.,  cap,    vi,  §  v, 

pag.  5o. 


278  ABOLITION   DU    RITE   GOTHIQUE 

INSTITUTIONS     «  nî  DOUF  Ic  PsauticF,  ni  pour  le  rite,  fut  observé  en  Es« 

LITURGLQUES  -"^  ^  ^ 


pagne;  quoique,  en  quelques  monastères^  on  ait  gardé 
.«  encore,  un  certain  temps,  celui  de  Tolède,  et  que  l'an- 
«  cienne  version  du  Psautier  soit  encore  récitée  aujour- 
«  d'hui  dans  plusieurs  églises  cathédrales  et  monas- 
«  tères(i).  » 
Cette  mesure,       Telles   furent    les   circonstances   qui    accompagnèrent 

qui  détruisait    i,,,..  iit-  •  i-  t-.  ^      ^ 

de  précieuses   labolition  de  la  Liturgie  gothique,  en  Espagne.  Ce  fut 
était  une'      donc  un  acte  solennel  du  zèle  des  Pontifes  romains,  de  la 

d'ordre^public  pî^té  des  rois,  une  des  nécessités  qu'imposait  le  sublime 
européen,  pj^j^  ^^  l'unité  sociale  catholique.  Dans  cette  mesure, 
sans  doute,  de  précieuses  traditions  nationales  périrent, 
mais  l'Église  ne  reconnaît  point  de  nations  :  elle  ne  voit, 
qu'une  famille  dans  le  genre  humain,  et  si  les  chrétientés 
d'Orient  se  sont  rompues  en  tant  de  morceaux,  et  ont  vu 
s'affadir  en  elles  le  sel  du  christianisme,  de  si  grands 
malheurs  n'eussent  point  eu  lieu,  si  Rome^  ainsi  que  nous 
l'avons  dit  ailleurs,  eût  pu  enchaîner  ces  vastes  provinces 
à  celles  de  la  chrétienté  européenne,  par  le  double  lien 
d'une  langue  commune  et  d'une  Liturgie  universelle.  Ce- 
pendant, s'il  en  est  ainsi,  quel  sera  le  jugement  de  l'his- 
toire sur  ceux  qui,  plus  tard,  en  Europe,  en  France,  se 
sont  plu  à  détruire  l'œuvre  des  siècles,  le  résultat  des 
efforts  des  pontifes  et  des  princes  les  plus  pieux,  cette  unité 
liturgique  si  chèrement  achetée,  si  laborieusement  con- 
quise ? 

La  Providence       Quoi  qu'il   en  soit,  la  Providence  ne  voulut  pas   que 

pas  que  l'Église  l'EgUse  d'Espagne  perdît  à  tout  jamais  le  souvenir  de  ses 

perdft^^      anciennes  gloires  gothiques.  Quand  le  danger  fut  passé, 

entièrement 

ces  anciennes        ^^^  ^^  ^^^^  cunctis  flentibus  et  dolentibus  inolevit  proverbium  :   quod 
gloires.  volunt  reges,  vadunt  leges.  Et  ex  tune  Gallicanum  officium  tam  in  psal- 

terio  quam  in  aliis  numquam  ante  susceptum,  fuit  in  Hispaniis  observa- 
tum.  Licet  in  aliquibus  monasteriis  Toletanum  fuerit  aliquanto  tempore 
custoditum  :  et  etiam  translatio  psalterii  in  plurimis  ecclesiis  cathedra- 
libus  et  monasteriis,  adhuc  hodie  recitatur.  (Roderic.  Toletan.  de  Rébus 
Hispanicis.  Ibidem.) 


l  PARTIK 
CHAPITRE    XI 


OU  MOZARABE  EN  ESPAGNE  279 

quand  l'Espagne  affranchie  tout  entière  du  joug  sarrasin 

et  fondue  désormais  dans  la  société  européenne,  eut  mé-  ~ 

rite,  à  tant  de  titres,  le  nom  de  Rq/amne  Catholique^  ce 

qui  n'était  jamais  arrivé  pour  aucune  autre  nation  arriva 

pour  elle.  Le  passé  fut  exhumé  de  la  poudre,  et  Tolède 

tressaillit  de  revoir  célébrer  au  grand  jour  les  augustes 

mystères  des  Isidore  et  des  Léandre. 

Un  de  ces  hommes  qui  n'appartiennent  pas  tant  à  la     Le  cardinal 
nation  qui  les  a  produits  qu'à  l'humanité  tout  entière,  le  archevêque  de 

.  :      ,  1        ^  1     rr.    IX  ,  .,,.    Tolède,  rétablit 

grand  cardinal  Ximenès,  archevêque  de  Tolède,  recueillit         le  rite 

,        ^  .,  ,  ,  ,  .  ,      mozarabe  dans 

avec  amour  les  laibles  restes  des  mozarabes  qui,  sous  la       quelques 
tolérance  des  rois  de  Gastille,  avaient  continué,  dans  quel-  ae  Tofèck,^  avec 
ques  humbles  sanctuaires  de  Tolède,  à  pratiquer  les  rites   ^^  5u^^Jpe  °^ 
de  leurs  pères.  Il  fit  imprimer  leurs  livres  que  l'injure  du       ^^'^^^^  ^^• 
temps  avait  mutilés  en  quelques  endroits  ;  il  leur  assigna, 
pour  l'exercice  de  la  Liturgie  gothique,  une  chapelle  de 
la  cathédrale  et  six  églises  dans  la  ville,   et  pourvut  à 
l'entretien   du    culte  et   de  ses  ministres.    Mais  afin  de 
rendre  légitime  cette  restauration,  Ximénès  s'adressa  au 
souverain   Pontife,  et   Jules  II  rendit  deux  bulles,  à  la 
prière  du  cardinal,  pour  instituer  canoniquement  le  rite 
gothique  dans  les  églises  qui  lui  étaient  affectées.  Dans 
la  première  de  ces  bulles^   qui  est  du    12   des  calendes 
d'octobre  de  l'année   i5o8,  le  Pape  loue  grandement  le 
zèle  de  Ximénès  pour  le  service  divin,  et  qualifie  l'Office 
mozarabe  de  très-ancien  et  rempli  d'une  grande  dévotion, 
antiquissimiim  et  magnœ  devotionis  (i). 

Les  esprits  superficiels,  qui  croiraient  voir  ici  Jules  II 
en  contradiction  avec  saint  Grégoire  VII,  n'auraient  pas 

(i)  Outre  les  églises  de  la  ville  de  Tolède  autorisées  à  suivre  le  rite 
gothique,  Pinius  en  cite  encore  deux  autres  :  la  petite  église  de  Saint- 
Sauveur,  à  Salamanque,  et  une  chapelle  de  l'église  paroissiale  de  Sainte- 
Marie-Magdeleine,  à  Valladolid.  Léon  X  confirma  la  première,  et  Pie  IV  la 
seconde,  en  permettant  d'y  célébrer  les  saints  mystères  suivant  le  rite 
gothique,  mais  seulement  à  certains  jours  de  l'année, 


28o 


TRAVAUX   DE   SAINT   GREGOIRE   VIT 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


La  conduite 

de  Jules  II  en 

cette  rencontre 

n'est  pas  en 

contradiction 

avec  celle 

de  saint 

Grégoire  VII. 


Cette 

concession, 

avantageuse 

à  l'Église,  _ 

ne  nuit  en  rien 

au  principe 

de  l'unité 

liturgique. 


apprécié  les  raisons  de  diverse  nature  qui  dictèrent  la 
conduite  de  ces  deux  pontifes.  L'unité,  dans  toutes  ses 
conséquences,  est  le  premier  des  biens  pour  l'Eglise;  son 
développement  social,  ses  heureuses  influences  pour  le 
bien  de  l'humanité,  la  conservation  du  dépôt  de  la  foi,  sont 
à  ce  prix;  on  y  doit  donc  sacrifier,  dans  certains  cas,  le 
bien  même  d'un  ordre  secondaire.  Or  l'antiquité,  la 
beauté  de  certaines  prières  sont  un  bien,  mais  non  un 
bien  qui  puisse  entrer  en  parallèle  avec  les  nécessités  gêné- 
raies  de  l'Eglise.  Telles  sont  les  idées  sous  l'influence  des- 
quelles agit  saint  Grégoire  VIL  Mais,  d'un  autre  côté, 
quand  Tunité  est  sauvée  avec  tous  les  biens  qui  en  décou- 
lent, rien  n'empêche  qu'on  n'accorde  quelque  chose,  beau- 
coup même,  à  des  désirs  légitimes  dont  l'accomplissement 
ne  peut  porter  atteinte  à  ce  qui  a  été  si  utilement  et  si 
difficilement  établi.  Dans  les  six  ou  sept  églises  de  Tolède 
où  il  est  relégué,  le  rite  gothique  ne  fait  plus  obstacle  à 
la  fusion  du  royaume  d'Espagne  dans  les  mœurs  de  la 
catholicité  d'Occident.  A  Tolède  même,  la  Liturgie  ro- 
maine, loin  d'en  être  obscurcie,  en  est  plutôt  rehaussée. 
Nos  dogmes  antiques  célébrés  dans  le  langage  pompeux 
des  grands  et  saints  docteurs  de  Séville  et  de  Tolède,  n'en 
deviennent  que  plus  inviolables  aux  attaques  des  nova- 
teurs. 

Réduit  à  ces  proportions,  le  rite  gothique  ne  pouvait 
nuire  et  pouvait  être  utile  ;  telle  fut  la  raison  de  l'indul- 
gence que  montra  Jules  IL  Rome  n'a  jamais  eu  peur  de 
l'antiquité  :  c'est  le  plus  ferme  fondement  de  ses  droits, 
comme  de  ceux  de  l'Église  dont  Rome  est  la  pierre  fon- 
damentale. Elle  aime  à  voir  les  deux  rites  ambrosien  et 
gothique  demeurés  debout,  comme  deux  monuments  an- 
tiques de  l'âge  primitif  du  christianisme.  Elle  ne  souffri- 
rait pas  que  d'autres  églises,  rétrogradant  vers  leur  ber- 
ceau, abjurassent  les  formes  de  l'âge  parfait  pour  revêtir 
celles  de   l'enfance  ;  mais  elle  se  plaît  à  mettre  les  nova- 


I    PARTIE 
CHAPITRE  XI 


Saint 
Grégoire  VII 

réforme 

la  Liturgie 

romaine. 


SUR.  LA   LITURGIE   ROMAINE  28 1 

teurs  à  même  de  comparer  les  croyances  et  les  symboles 
en  usage  dans  ces  antiques  Liturgies,  avec  les  symboles 
et  les  croyances  que  renferme  cette  autre  Liturgie  que 
l'univers  catholique  a  vu  croître  avec  les  siècles.  Il 
est  vrai  que  si  les  Liturgies  ambrosienne  et  gothique 
remontaient,  comme  celles  d'un  certain  pays,  au  xviii% 
voire  même  au  xix®  siècle ,  Rome  n'aurait  pas  lieu 
d'en  vanter  la  haute  antiquité,  ni,  tranchons  le  mot,  la 
vénérable  autorité.  Mais  reprenons  le  fil  de  notre  his- 
toire. 

Saint  Grégoire  VII  ne  nous  apparaît  pas  seulement, 
dans  l'histoire,  comme  le  zélé  propagateur  de  la  Liturgie 
romaine;  son  nom  vient  aussi  se  placer  à  la  suite  de  ceux 
des  Léon,  des  Gélestin,des  Gélase,des  Grégoire  le  Grand, 
chargés  par  l'Esprit-Saint  de  la  réformer.  Quatre  siècles 
s'étaient  écoulés  depuis  l'œuvre  du  dernier  de  ces  Pon- 
tifes; il  était  temps  qu'une  main  forte  intervînt  pour  une 
amélioration.  Ainsi  qu'il  arrive  toujours  dans  les  grandes 
choses,  saint  Grégoire  VII  n'eut  peut-être  pas  la  con- 
science entière  de  ce  qu'il  accomplissait  pour  les  âges  sui- 
vants. Ses  travaux  qui,  du  reste,  ne  paraissent  pas  s'être 
portés  sur  le  Sacramentaire,  aujourd'hui  Missel  romain, 
partie  la  plus  antique  et  la  plus  immuable  de  la  Litur- 
gie, eurent  pour  objet  la  réduction  de  l'Office  divin.  Les 
grandes  affaires  qui  assiégeaient  un  Pape,  au  xi®  siè- 
cle, les  détails  infinis  d'administration  dans  lesquels  il 
lui  fallait  entrer,  ne  permettaient  plus  de  concilier  avec 
les  devoirs  d'une  si  vaste  sollicitude  l'assistance  exacte 
aux  longs  offices  en  usage  dans  les  siècles  précédents. 
Saint  Grégoire  VII  abrégea  l'ordre  des  prières  et   sim- il  abrège  l'office 

.  .  divin  à  l'usage 

plifia  la  Liturgie  pour  l'usage  de  la  cour  romaine.  Il 
serait  difficile  aujourd'hui  d'assigner  d'une  manière  tout  à 
fait  précise  la  forme  complète  de  l'office  avant  cette  réduc- 
tion; mais  depuis  lors,  il  est  resté,  à  peu  de  chose  près, 
ce   qu'il    était   à   la    fin   du    xi®   siècle.  Nous  en    avons 


de  la  cour 
romaine. 


282  TRAVAUX   DE   SAINT   GRÉGOIRE   VII 

,  INSTITUTIONS    pouT  témoiii  l'ancien  auteur  connu  sous  le  nom  àt  Micro* 

LITURGIQUES         ^ 

logite,  du  titre  de  son  livre,  qui  paraît  avoir  été  écrit  vers 
Forme        l'an  10Û7  (i).   Cet  auteur  donne  à  entendre  que  c'est  sur 

de  l'Office  .  ,  . 

sanctionné  par  l'Office  sanctionné  par  saint  Grégoire  VII,  qu'il  a  établi 
Grégoire  VII    ses  observations.  Or  on  trouve  dans  ce  précieux  opuscule 

\QM?crofo^ue.  ^^^  particularités  suivantes  :  l'auteur  y  compte  des  offices 
ciim  pleno  qfficio,  ou  à  trois  répons,  ou  à  neuf  leçons  ;  il 
en  mentionne  de  dominicaux,  de  fériaux^  de  votifs.  Il 
marque  à  matines  trois  psaumes  et  trois  leçons,  du  jour 
de  Pâques  jusqu'au  samedi  in  albis^^l  du  jour  de  la  Pen- 
tecôte jusqu'au  samedi  de  la  même  semaine.  Aux  autres 
jours  de  Tannée,  si  c'est  une  fête,  neuf  psaumes,  neuf 
leçons  et  autant  de  répons;  aux  dimanches,  dix-huit 
psaumes  et  neuf  leçons.  Ces  détails  montrent  que  le  Bré- 
viaire de  saint  Grégoire  VII  était  conforme  à  celui  d'au- 
jourd'hui. Mais  outre  les  particularités  fournies  par  le 
Micrologue,  il  existe  un  document  important  qui  nous 
apprend  dans  le  plus  grand  détail  l'ordre  établi  par  ce 
grand  Pape,  d'après  les  traditions  antérieures,  pour  le 
partage  des  leçons  de  matines,  et  cet  ordre  est  conforme  à 
celui  que  nous  gardons  encore  présentement. 
Canon  Ce  document    est  un   canon   inséré  au  décret  de  Gra- 

règiant^rordre  tî^i^  (2),  à  la  suite  du  canoH  de  saint  Gélase,  sur  les  Livres 

de  i^Écrkure    ^P^cryphes.  Les  plus  savants  liturgistes,  Grancolas,  Me- 

sainte         pati,  Azevedo,  Zaccaria,  s'accordent   à    reconnaître  saint 

a  matines. 

Grégoire  VII  pour  l'auteur  de  ce  second  canon.  En  voici 
la  teneur  : 

ce  Nous  avons  jugé  à  propos,  pour  l'édification  des 
«  fidèles,  d'indiquer  les  livres  qui  sont  lus  par  plusieurs, 
«  dans  les  offices  ecclésiastiques,  durant  le  cercle  de 
«  Tannée.  Ce  rite  est  celui  que  le  Siège  apostolique  ob- 
«  serve    lui-même,  bien   loin  de   le  réprouver.  Il  en  est 

(i)  Micrologus,  de  ecclesiasticis  observationibus.  Biblioth.  vet.  Patrum 
Lugdunen.,  tom.  XVIII,  pag.  472-490. 

(2)  Decretum.  Cap.  Sancta  Romana  Ecclesia, 


CHAPITRE   IX 


SUR   LA   LITURGIE   ROMAINE  283 

«  donc   qui,  à  la  Septuagésime,  placent  le  Pentateuque,     f.„\lt^^i^, 

«  jusqu^au  quinzième  jour  avant  Pâques.  Ce  quinzième 

(c  jour,  ils  placent  Jérémie,  jusqu'à  la  Cène  du  Seigneur. 

«  A  la  Cène  du  Seigneur,  ils  lisent  trois  leçons  de  la  La- 

«  mentation  de  Jérémie (Qz/omo<io  sedet  sola  civitas,  etc.)^ 

«  et  trois  du  traité  de  saint  Augustin  sur  le  psaume  LIV 

«  ÇExaudi,  Deus,  orationem  meam,  et  ne   despexeris),  et 

«  trois  de  TApôtre,  à  l'endroit  où  il  dit  dans  l'Épître  aux 

a  Corinthiens  :  Convenientibus  vobis  in  iiniim.  La  seconde 

«  leçon  commence  ainsi  :  Similiter  et  calicem,  postquam 

a  cœnavit.  La  troisième,  De  spiritalibiis  aiitem  nohimns 

a  vos  îgnorare,  fratres.  Au  vendredi  saint,  trois  leçons 

«  de  la  Lamentation  de   Jérémie,  et  trois   du  traité    de 

«  saint  Augustin  sur  le  psaume  UKUlÇExaudi,  Deus  y  ora- 

(i  tionem   meam  cum  deprecor);  et  trois  de  l'Apôtre,  à 

«  l'endroit  où  il  dit,  dans  l'Épître  aux  Hébreux  :  Festine» 

«  mus  ingredi  in  eam  t^equiem,  etc.    La  seconde  leçon  : 

«  Omnis  namque  Pontifex,  La  troisième  :  De  qiio  grandis 

«  nobis  sermo.  Au  samedi  saint,  trois  leçons  de  la  La- 

«  mentation   du    prophète   Jérémie,    trois   du  traité   de 

«  saint  Augustin  sur  le  même  psaume  LXIII,  et  trois  de 

«  TApôtre,  à  l'endroit  où  il  dit,   dans  l'Épître  aux  Hé- 

«  breux  :  Christus   assistens  Pontifex  fiitiirorum.    La 

«  seconde  leçon:  Ubi  enim  testamentiim  est. ha.  troisième: 

a   Umbram  enim  habens  lex  fiituroriim  bonorum.  En  la 

«  Pâque  du  Seigneur,  les  homélies  qui  appartiennent  à  ce 

«  jour  :  pendant  la  semaine,  les   homélies  convenables. 

«  A  l'octave  de  Pâques,  ils  placent  les  Actes  des  Apôtres, 

«  les  Epîtres  canoniques  et  l'Apocalypse  jusqu'à  l'octave 

«  de  la  Pentecôte.  A  Toctave  de  la  Pentecôte,  ils  placent 

«  les  livres  des  Rois  et  les  Paralipomènes,  jusqu'aux  ca- 

«  lendes  de  septembre.  Au  premier  dimanche  de  septem- 

«  bre,  ils  placent  Job,  Tobie,  Esther  et  Esdras  jusqu'aux 

«  calendes  d'octobre.  Au  premier  dimanche  du  mois  d'oc- 

«  tobre,  ils  placent  le   livre   des  Machabées,  jusqu'aux 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


La  réduction 

de  l'office  divin 

accomplie 

par  saint 

Grégoire  VII, 

adoptée  dans 

toutes  les 

églises  de  Rome 

excepté  la 

basilique  de 

Latran. 


284  TRAVAUX   DE   SAINT   GREGOIRE   VU 

«  calendes  de  novembre.  Au  premier  dimanche  du  mois 
«  de  novembre,  ils  placent  Ezéchiel,  Daniel  et  les  petits 
«  Prophètes,  jusqu'aux  calendes  de  décembre.  Au  premier 
«  dimanche  du  mois  de  décembre,  ils  placent  le  prophète 
«  Isaïe  jusqu'à  la  Nativité  du  Seigneur.  En  la  Nativité 
«  du  Seigneur,  ils  lisent  d'abord  trois  leçons  d'Isaïe.  Pre- 
«  miQTQleçoniPrïmo tejnpore  aîlepiata  est  terra  Zabulon; 
a  seconde  ;  Consolamini ,  consolamini ;  troisième  :  CoU' 
a  surge,  consurge.  On  lit  ensuite  des  sermons  ou  homélies 
«  appartenant  à  ce  jour.  En  la  fête  de  saint  Etienne,  l'ho- 
«  mélie  de  ce  jour.  En  la  fête  de  saint  Jean,  de  même.  En  la 
«  fête  des  Innocents,  de  même.  En  la  fête  de  saint  Sylvestre, 
«  de  même.  En  Toctave  de  la  Naissance  du  Seigneur, 
«  ils  placent  les  Épîtres  de  saint  Paul  jusqu'à  la  Septua- 
«  gésime.  En  l'Epiphanie,  trois  leçons  d'Isaïe,  la  première 
«  commence  :  Omnes  si  tient  es;  la  seconde  :  Siirge,  illu- 
«  minare  Jérusalem;  la  troisième  :  Gaudens  gaudebo  in 
«  Domino.  Ensuite  on  lit  les  sermons  ou  homélies  appar- 
«  tenant  à  ce  jour  (i).   » 

La  réduction  de  l'office  divin,  accomplie  par  saint  Gré- 
goire VII,  n'était  destinée,  dans  le  principe,  qu'à  la  seule 
chapelle  du  Pape  :  par  le  fait,  elle  ne  tarda  pas  à  s'établir 
dans  les  diverses  églises  de  Rome.  La  basilique  de  Latran 
fut  la  seule  à  ne  la  pas  admettre  ;  c'est  ce  qu'atteste  déjà, 
au  siècle  suivant,  Pierre  Abailard,  dans  une  lettre 
apologétique  contre  saint  Bernard  (2).  Le  livre  responso- 
rial  de  la  basilique  de  saint  Pierre,  publié  par  le  B.  Tom- 
masi,  sur  un  manuscrit  du  xii^  siècle,  prouve  maté- 
riellement que  cette  seconde  église  de  Rome  avait  aussi 
adopté  l'ordre  nouveau  de  l'office.  Les  Églises  du  reste  de 


{i\  Vid.  la  Note  D. 

(2)  Antiquam  Romanse  sedis  consuetudinem  nec  ipsa  civitas  tenet,  sed 
sola  Ecclesia  Lateranensis,  quae  mater  est  omnium,  antiquum  tenet  offi- 
cium,  nuUa  filiarum  suarum  in  hoc  eam  sequente,  nec  ipsa  etiam  Romani 
Palatii  Basilica.  [Abailardi  opéra,  Epist.,  V,  pag.  232.) 


SUR   LA   LITURGIE   ROMAINE  285 

l'Occident  demeurèrent  plus  ou  moins  étrangères  à  cette     chapitre^  xi 
innovation;  il  faut  remarquer  que  Fauteur  du  Micrologue,  ' 

qui  semble  avoir  été  Ives  de  Chartres,  a  écrit  hors  de  Rome,      Les  autres 
et  qu^il  parle  néanmoins  des  ordonnances  de  saint  Gré-    ^^  rocddent 
goire  VII,  comme  faisant  droit  sur  la  Liturgie.  Toutefois,    J^én^^^artfeks 
il  ne  paraît  pas  que  ce  grand  Pape  ait  jamais  obligé  les    ordonnances 
Églises  à  recevoir  ses  règlements  sur  cette  matière  :  c^est      Grégoire. 
ce  que  l'on    peut  conclure    d'une  remarque  de    Raoul, 
doyen  de  Tongres,  auteur  du  xiv®  siècle,  qui  dit  ces  pa- 
roles, au  sujet   de  la   réduction  de   l'office   divin  :  «  Les 
«  autres  nations   de  Funivers  ont  leurs   livres  et  leurs 
«  offices,  tels   qu'ils  sont  venus  des  églises  de  Rome^  et 
«  non  de  la  chapelle  du  Pape,  ainsi  qu'on  le  conclut  avec 
«  évidence  des  livres  et  traités  d'Amalaire,  de  Walafride, 
«  du  Micrologue  (i),  du  Gemma,  et  autres  qui  ont  écrit 
«  sur  l'Office  (2).  » 
Ce  mot  de  Raoul  de  Tongres  nous  ramène  naturelle-    ^^  ^î^  résulte 

^         ^  ^  _  que  beaucoup 

ment  à  parler  de  Tétat  de  la  Liturgie  dans  l'Occident,       d'Églises 

de  France  et 

pendant  les  xi^  et  xii®  siècles.  Il  arriva  donc,  par  le  fait,      d'ailleurs 

I  11/    1»  T-«  11  conservent 

que  beaucoup  d  églises  en  rrance  et  dans  les  autres  pro-    une  Liturgie 
vinces  de  la  chrétienté   se   trouvèrent  avoir  une  Litur-  ^  ^twoc  ceiîe°^^ 
gie  plus  en  rapport,  au  moins  en  quelque  chose,  avec  celle     Grégoire^ 
de  saint  Grégoire  le  Grand,  qu'avec  la  nouvelle  que  saint  Grand  qu'avec 

^  7  T  T.  celle  de  saint 

Grégoire  VII  avait  inaugurée  dans  Rome.  Du  reste,  tout   Grégoire  vil. 
ce  que  renfermait  cette  dernière  se   trouvait   dans  F  an- 
cienne,   dont  elle  était   Fabrégé   :    les    usages    romains 

(i)  Raoul  de  Tongres  est  fondé  à  citer  ici  le  Micrologue  avec  Amalaire 
et  les  autres,  parce  que  cet  opuscule,  quoiqu'il  y  soit  parlé,  en  plusieurs 
endroits,  de  l'office  suivant  la  réforme  de  saint  Grégoire  VII,  offre  un 
grand  nombre  de  traits  qui  tiennent  à  une  forme  de  Liturgie  anté- 
rieure. 

(2)  Aliae  autem  nationes  orbis  libros,  et  officia  sua  habent  e  directo  ab 
ipsis  Ecclesiis  Romanis,  et  non  a  Capella  Papae,  sicut  ex  libris  et  tracta- 
tionibus  Amalarii,  Walafridi,  Micrologi,  Gemmae,  et  ceterorum  de  officio 
scribentium  colligitur  evidenter.  (Radulph.  Decani  Tungren,  de  Canonum 
observantia.  Propositio  XXII.  Biblioth.  Patrum.,  tom.  XXVI,  pag.  3i3.) 


286  FORMATION   DU   RITE   ROMAIN-F*RANGAiS 

INSTITUTIONS    régnaient  donc  toujours.  Toutefois,  le  respect  qu'on  avait 

LITURGIQUES  ^  '  ^  T  1 


pour  ces  formules  saintes  n'empêcha  pas  qu'en  certains 
Nombreuses    pays,  mais  principalement  en  France,  on  n'insérât,  par  le 

superfétations    .  ,  .  i  j         -v  i,    /r> 

ajoutées  aux    laps  du  temps,  un  certam  nombre  de  pièces  et  d  offices 
romain^es  avec  même,  qui  portaient  le  cachet  du  siècle  et  du  pays  qui  les 
au'^mofns^Tdte  avaient  produits.  Rome,comme  au  temps  d'Amalaire,  cou- 
des souverains  tinua  de  voir  ces  superfétations  nationales  sans  improba- 
tion  ;  de  même  qu'aujourd'hui  elle  approuve  encore  les 
offices  et  les  usages  locaux,  dans  le  diocèse  où  règne  le 
Bréviaire  romain.  Bien  plus,  il  arriva  plus    d'une  fois 
qu'elle  adopta  des  prières,  des  chants  et  des  offices  em- 
pruntés   aux  livres  de  quelque  Église  particulière.    Les 
diverses  Églises  de  l'Europe  échangeaient  aussi  les  usages 
liturgiques  qui,  dans  le  pays  de  leur  origine,  avaient  ob- 
^ ,,   .  tenu  une  plus  grande  popularité.  Mais  autant,  parmi  ces 

de  Paris       diverses  Eglises,  celle  de   France    avait  l'avantage    pour 
^éga^rTà toutes  la  fécondité  de  son  génie  liturgique  et  pour  la  beauté  de 
^^^^^^et^de'^^^^^  ses   chants,   autant,  au  sein  de    notre  patrie,  l'Église  de 
la  chrétienté,    p^^is,  à  l'époque  qui  nous  occupe,  posséda  et  mérita  une 
supériorité  incontestable. 
Cette  Une  des  causes  qui  maintinrent  la  Liturgie  romaine- 

^^Sécïdée^     parisienne  dans  cet  état  si  florissant,  fut  l'influence  de  la 
en  partie  par   cour  de  nos  rois  d'alors,  dont  la  chapelle  était  desservie 

rinfluence  de  la  ,         .  . 

chapelle  des    avec  uue  pompe  et  une  dévotion  merveilleuses.  Gharle- 

*  magne,  Louis  le  Pieux,  Charles  le  Chauve,  trouvèrent  de 

dignes  successeurs   de  leur  zèle  pour  les  divins  offices, 

dans  les  rois  de  la  troisième  race.  A  leur  tête,  nous  pla- 

zèle  de        cerous  Robert  le  Pieux  et  saint  Louis.  Le  premier,  monté 

^^0%^ l'office^^  ^^^  ^^  trône  en  996,  régla  tellement  son  temps,  qu'il  en 

divin.         donnait  une   partie   aux  œuvres   de  piété,  une  autre  aux 

affaires  de  l'Etat,  et  l'autre  à  l'étude  des  lettres.  Chaque 

jour,    il  récitait  le  Psautier,  et  enseignait  aux  clercs    à 

chanter  les  leçons  et  les  hymnes  de  l'office.  Assidu  aux 

offices  divins,  et  plus  zélé  encore  que  Charlemagne,  il  se 

mêlait  aux  chantres,  revêtu  de  la  chape  et  tenant  son 


FORMATION   DU   RITE   ROMAIN-FRANÇAIS  287 

sceptre  en  main.  Le  xi^  siècle,  si  illustre  par  la  réédifi- 
cation de  tant  d'églises  cathédrales  et  abbatiales,  s'ou- 
vrit sous  les  auspices  de  ce  pieux  roi,  qui  fonda  lui-même 
quatorze  monastères  et  sept  églises.  Gomme  il  était  grand 
amateur  du  chant  ecclésiastique,  il  s'appliqua  à  en  com- 
poser plusieurs  pièces,  d'une  mélodie  suave  et  mystique, 
que  Ton  chercherait  vainement  aujourd'hui  dans  les  livres 
parisiens,  d'où  elles  furent  brutalement  expulsées  au  dix- 
huitième  siècle,  mais  qui  régnèrent  dans  toutes  les  églises 
de  France,  depuis  le  temps  de  Robert  jusqu'à  la  régéné- 
ration gallicane  de  la  Liturgie.  Ce  pieux  prince,  qui  se 
plaisait  à  enrichir  les  offices  de  Paris  des  plus  belles 
pièce„s  de  chant  qui  étaient  en  usage  dans  les  autres  églises, 
envoyait  aux  évêques  et  aux  abbés  de  son  royaume  les 
morceaux  de  sa  composition,  que  leur  noble  harmonie, 
plus  encore  que  son  autorité,  faisait  aisément  adopter 
partout.  Étant  allé  par  vœu  à  Rome,  vers  l'an  1020,  et 
assistant  à  la  messe  célébrée  par  le  Pape,  lorsqu'il  alla  à 
Toffrande,  il  présenta,  enveloppé  d'une  étoffe  précieuse, 
son  beau  répons,  en  Thonneur  de  saint  Pierre,  Cornélius 
Centurio.  Ceux  qui  servaient  le  Pontife  à  l'autel,  accou- 
rurent incontinent,  croyant  que  ce  prince  avait  offert 
quelque  objet  d'un  grand  prix,  et  trouvèrent  ce  répons 
écrit  et  noté  de  la  main  de  son  royal  auteur.  Ils  admirè- 
rent grandement  la  dévotion  de  Robert,  et  à  leur  prière, 
le  Pape  ordonna  que  ce  répons  serait  désormais  chanté 
en  l'honneur  de  saint  Pierre  (i). 

Robert  lia  une  étroite  amitié  avec  le  grand  Fulbert, 
évêque  de  Chartres,  si  célèbre  à  tant  de  titres,  mais  aussi 
par  les  admirables  répons  qu'il  composa  en  l'honneur  de 
la  Nativité  de  la  sainte  Vierge.  La  fête  de  ce  mystère  fut 
en  effet  établie  en  France,  sous  le  règne  de  Robert,  qui 
rendit  un   édit   portant   obligation  de  la   solenniser.  Ces 


I  PARTIE 
CHAPITRE  XI 


Robert 

compositeur 

de  chant 

liturgique. 


Amitié  du  roi 
pour  Fulbert, 

évêque 

de  Chartres, 

auteur  de 

répons    célèbres 

en  l'honneur 
de  la  Nativité  de 
la  sainte  Vierge. 


(1)  Trithem.  Qhronic.  Hirsaug.,  tom.  I,  pag.  141 


288  FORMATION    DU    RITE   ROMAIN-FRANÇAIS 

INSTITUTIONS    tfols  répons  sont  tout  à  fait,  pour  le  chant,  dans  le  style 

LITURGIQUES 

du  roi  Robert.  Il  est  probable  que  Fulbert  les  lui  avait 

communiqués,  pour  les  répandre  par  ce  moyen  dans  tout 
le  royaume.  On  les  trouve  dans  tous  les  livres  liturgi- 
ques de  France,  antérieurs  au  xviii^  siècle,  même  dans 
ceux  de  la  Provence  et  du  Languedoc.  Tel  était  le  mode 
de  propagation  qu'employait  Robert  pour  les  chants  qu'il 
affectionnait  :  il  les  faisait  exécuter  dans  la  chapelle  de  son 
palais,  ou  dans  l'abbaye  de  Saint-Denys,  puis  dans  l'église 
même  de  Paris,  et  de  là  ils  passaient  aux  autres  cathé- 
drales. 

Les  plus  grands      La  piété  de  Robert  pour  les  offices  divins  n'avait  rien 

sucrners 

de  cette  époque  de  singulier  dans  ces  siècles  de  foi.  Les  plus  grands  guer- 

ferveur  pour    ^iers  se  montraient  tout  aussi  dévots  que  ce  roi  pacifique. 

omce  ûivin.    g-^  ^^  effet,  nous  passons  en  Angleterre,  nous  retrouvons 

les  mêmes  exemples  dans  un   prince  tel  que  Guillaume 

Guillaume     ]e  Conquérant.  Guillaume  de  Malmesbury  nous  apprend 

le  Conquérant.  .  t       o  .... 

que  ce  vamqueur  des  Saxons  assistait  chaque  jour  non- 
seulement  à  la  messe,  mais  à  matines  et  aux  autres  heures 
de  l'office  (i).  Il  attribue  la  catastrophe  qui  affligea  P An- 
gleterre à  la  négligence  des  seigneurs  saxons  qui  n'avaient 
pas  renoncé,  il  est  vrai,  à  entendre  la  messe  et  l'office,  mais 
qui  ne  remplissaient  plus  ce  dQVOiv  journalier  que  d'une 
manière  lâche  et  négligente  (2).  Matthieu  Paris  s'exprime 
Godefroy      dans  les  mêmes  termes.  Godefroy  de  Bouillon,  partant  pour 

de  Bouillon.     ,  .       ,  .  ,  ,    .  -         ,.    . 

la  croisade,  avait  emmené  avec  lui  une  troupe  de  religieux 
exemplaires,  qui,  durant  toute  la  marche,  récitèrent  de- 
vant lui  tous  les  divins  offices  de  jour  et  de  nuit  (3).  Telle 

(i)  Religionem  christianam  quantum  saecularis  poterat  ita  frequentabat, 
ut  quotidie  missae  assisteret,  vespertinos  et  matutinos  hymnos  audiret. 
(Guillelm.  Malmesb.  de  Gestis  Regum  Anglor.,  lib.  III.) 

(2)  Optimates  gulas  et  veneri  dediti,  Ecclesiam  more  christiano  mane 
non  adibant,  sed  in  cubiculo  et  inter  uxorios  amplexus,  matutinarum 
solemnia  et  missarum  a  festinante  presbytère  auribus  tantum  libabant, 
[Ibidem.) 

(3)  De  claustris  bene  disciplinatis  monachos  insignes  adduxerat,  qui  toto 


i 


FORMATION   DU    RITE   ROMAIN-FRANÇAIS  289 

fut  aussi  la  conduite   du   pieux   et  invincible  Simon  de       i  partie 

n/r  r  1  1  «1  111..  CHAPITRE  XI 

Montrort,  dans  la  croisade  contre  les  albigeois  (i).  Nous ' 

choisissons  de  préférence   les  exemples  de  ces    illustres        Simon 
guerriers    qui  savaient   imiter,  dans    les  camps,  la  piété     ^    °"^  °^^' 
paisible  d'un  saint  Gérauld,  comte  d'Aurillac,  d'un  saint  Saint  Gérauid 
Elzéar   de   Sabran,  dont  la   vie,   proclamée   sainte   par  ^^  ^^^"^ 
les  peuples,   s'écoulait  au    milieu    des    actes  de   la  plus 
expansive  charité  et  des   plus   augustes  pratiques  de  la 
Xiturgie. 

Le  xti^  siècle  ne  fut  pas  moins  fécond  que    le  xi^  en  Au  xne  siècle, 
heureuses    innovations    dans  la  Liturgie  romaine,   telle  envers^ies  safnts 
que   les  Français,   les   Allemands,  les   Belges  la  prati-  ^XqIux  d!ants' 
quaient.  La  dévotion  à  certains    saints  inspira  les    plus    compositeurs 
beaux  chants  en  leur  honneur  ;  nous  citerons  principale-     liturgiques. 
ment  saint  Nicolas   et  sainte  Catherine,   qui  fournirent 
matière  à  des  antiennes  et  à  des  répons  d'une  mélodie 
ravissante.  Gavanti,  appuyé  sur  l'autorité  de  saint  Anto- 
nin  et  de  Démocharès  rapporte  à  cette  même  époque  la 
composition  ou  au  moins  le  complément   de  l'Office  des  Contrairement 

,,     ,  j.  .  j         ,       .  ,  à  l'opinion 

morts  par  raddition  de  plusieurs  nouveaux  répons  et  en     de  quelques 
fait  honneur  à  Maurice  de  Sully,  évêque  de  Paris,  qui  au-     roffice  des 
rait  fait  chanter  ces  pièces  de    sa  composition  dans  son    ^été^compiét? 
église  en  1 196.  Malheureusement  cette  attribution  est  dif-  ^  cette  époque. 
ficile  à  soutenir.  Plusieurs  répons  de  l'Office  des  morts 
se  trouvent  déjà  dans  les  antiphonaires  et  responsoriaux 
grégoriens,  publiés  par  le  B.  Tommasi;  les  autres,  à  sa- 
voir :  Domine^  quando  veneris;  Peccantein  me;  Domine,  se- 
ciindum  actum  meum;  Libéra  me  ^Domine,  de  viis  inferni  ; 
et  Libéra  me,  Domine,  de  morte  œterna,  sont,  il  est  vrai, 
plus  modernes,  mais  on  les  trouve  cependant  dans  les 

itinere,  horis  diurnis  et  nôcturnis,  Ecclesiastîco  more,  divina  illi  minis- 
trabant  officia.  (Guillelm.  Tyi*.,  lib.  IX,  eap.  ix;) 

(i)  Gum  esset  in  bellis  strenuissimus,  omni  tamen  die  missam  et  horas 
canonicas  omnes  audiebat,  semper  sub  armis.  (Rigord.,  in  Philipp.August. 
anno  I2i3.) 


T.   I 


19 


2Q0  FORMATION   DU    RITE    ROMAIN-FRANÇAIS 

INSTITUTIONS     Antiphonaircs  du  x®  siècle,  près  de  deux  cents  ans  avant 

LITURGIQUES  ^ 

~  Maurice  de  Sully, 

L'influence  Si  nous  sommes  obligé  de  rectifier  cette  opinion  de 
^^  France  ^  Gavanti  et  de  Démocharès  (i),  l'influence  de  l'Église  de 
^^universeU?^  France  sur  la  Liturgie  universelle    reste    incontestable. 

sert  à  coinpiéter  £jjg  servit  à  compléter,  à  perfectionner,  à  enrichir  le  ré* 

et  a  enrichir  r  •>        r  7 

le  répertoire    pertoire  grégorien,  dont  le  fond  resta    toujours  intact; 

grégorien,  dont    ^  ... 

le  fond  ces  additioiis,  ne  consistant  qu'en  quelques  proses  et  ré- 
pons pour  embellir  les  offices  divins,  ou  encore  dans  Tad- 
jonction  d^un  certain  nombre  de  fêtes  de  saints,  au  calen- 
drier romain.  Le  Livre  des  Messes^  tant  pour  les  formules 
récitées  que  pour  les  parties  chantées,  demeura  toujours 
le  même,  sauf  les  tropes  et  les  séquences,  que  l'inspira- 
tion de  ces  siècles  de  foi  et  de  mélodie  produisit  en  grand 
nombre.  Mais  ces  dernières  pièces  ne  s'étendirent  pas, 
pour  l'ordinaire,  hors  du  pays  qui  les  avait  produites  : 
l'inspiration  en  était  généralement  trop  nationale;  tandis 
Les  tropes     que  les  répons  composés  dans  un  caractère  plus  ffrave,  se 

et  les  séquences    \  .  ,.,.. 

de  composition  répandirent  par  toute  la  chrétienté  occidentale.  Il  est  vrai 

nouvelle 

se  répandent    que  leur  propagation  fut  due  en  grande  partie  à  l'influence 

moins  j  1  t    •  i  m 

que  les  répons,  des  nouveaux  ordres  religieux;  c  est  ce  que  nous  racon*  ; 

terons  au  chapitre  suivant. 

Action  de  Nous  ne  devons  pas  terminer  le  tableau  de  l'époque  : 

l'ordre  1.  •  ,  ..    ,  r    ^       « 

bénédictin      liturgique  dcs  XI*'  et  xii^  Siècles,   sans  dire^   en  quelques 

sur  la  Liturgie  ^^      r        n       •  in       1        1   /     /  i-     • 

durant  les  xie  mots,  quelle  lut  laction  de  Tordre  bénédictin  en  cette 
partie  de  la  discipline  ecclésiastique.  Il  suffira,  pour 
mettre  cette  influence  en  état  d'être  appréciée^  de  rap« 
peler  au  lecteur  que  les  moines,  du  viii^  au  xii®  siècle,; 
remplirent  tous  les  postes  principaux  dans  l'Église,, 
en  même  temps  qu'ils  furent  presque  les  seuls  dépo- 
sitaires de  la  science  et  des  traditions.  Ils  donnèrent 
des  papes  comme  saint  Grégoire  le  Grand,  saint  Boni- 
face  IV,  saint  Agathon,  saint  Léon  III,  saint  Pascal  I^% 

(i)  Note  de  l'éditeur. 


FORMATION    DU    RITE    ROMAIN-FRANÇAIS  29 1 

saint  Léon  IV,  saint  Léon  IX^  Alexandre  II,  saint  Gré- 
goire VII,  Urbain  II,  Pascal  II,  Galixte  II  et  Inno- 
cent IV;  des  docteurs  sur  la  Liturgie  et  sur  tout  genre  de 
doctrine,  comme  saint  Léandre,  saint  Ildephonse,  Bède, 
Alcuin,  Walafrid  Strabon,  Rhaban  Maur,Usuard,  Remy 
d'Auxerre,  Notker  le  Bègue,  Herman  Contract,  saint  Pierre 
Damien,  Bruno  d'Asti,  Hildebert  du  Mans  et  de  Tours, 
Guy  d'Arezzo,  Rupert  de  Tuit,  saint  Bernard,  Pierre  le 
Vénérable,  etc.  Il  advint  de  là  que  plusieurs  usages  béné- 
dictins se  fondirent  dans  la  Liturgie  d'Occident.  Ainsi, 
l'Office  du  chapitre  à  Prime,  la  Leçon  brève  et  le  Confi- 
teor  avant  Compiles,  l'oraison  Visita,  quœsiimus,  les 
antiennes  Salve,  Regina,  Aima  Redemptot^is,  etc.  ;  le 
petit  Office  de  la  sainte  Vierge  ajouté  à  l'Office  du  jour  ; 
Pusage  des  hymnes,  des  séquences;  l'Aspersion  et  la 
Procession,  le  dimanche,  avant  la  messe  ;  tous  ces  usages 
et  beaucoup  d'autres  ont  une  origine  monastique.  On  sait 
aussi  que  la  Commémoration  de  tous  les  Défunts,  au 
deuxième  jour  de  novembre,  a  passé  de  l'abbaye  de  Gluny, 
où  elle  fut  instituée  par  saint  Odilon,àtoute  l'Eglise  d'Oc- 
cident; de  même  que  la  coutume  de  chanter  l'hymne  Veni, 
Creator,  à  Tierce,  durant  l'octave  de  la  Pentecôte,  avait 
été  établie  dans  le  même  monastère  par  saint  Hugues, 
avant  d'être  adoptée  à  Rome  et  étendue  à  toutes  les  pro- 
vinces de  la  catholicité.  Nous  aurons  ailleurs  l'occasion 
d'indiquer  beaucoup  d'autres  détails  du  même  genre,  nous 
avons  voulu  seulement,  dans  ce  coup-d'œil  général,  signaler 
une  des  sources  principales  des  usages  liturgiques  de 
l'Occident. 

Si  nous  considérons  maintenant  l'office  divin  tel  qu'il 
se  célébrait  dans  les  monastères,  à  Tépoque  qui  nous  oc- 
cupe, nous  voyons  que  le  chant  ecclésiastique,  en  particu- 
lier, y  était  de  plus  en  plus  florissant.  Les  offices  des 
saints  patrons  s'y  célébraient  par  des  hymnes,  des  ré- 
pons, des  antiennes  nouvellement:  composés  par  les  abbés, 


I   PARTIE 
CHAPITRE  XI 


Nombreux 

usages 

bénédictins 

introduits   dans 

la  Liturgie 

générale 

de  rOccident. 


Le  chant 

ecclésiastique 

très-florissant 

dans 

les   monastères. 


292  FORMATION   DU    RITE  ROMAIN-FRANÇAIS 

INSTITUTIONS    q^  pgr.  jg  savaiits  moines.  On  y  tenait  beaucoup  plus  que  '^ 
dans  les  cathédrales,  à  la  pureté  grégorienne  ;  on  consul- 
tait les  divers  exemplaires  anciens,  et  on  cherchait  avec 
zèle  à  maintenir  les  traditions.  Nous  en  voyons  unexemplefj 
célèbre  dans  la  conduite   des  premiers  pères  de  Cîteaux. 
Une  lettre  de  saint  Bernard  nous  apprend  que  la  réputa- 
tion de  l'Antiphonaire  de  Metz  n'étant  pas  encore  éteinte 
au    XII®    siècle,    les   moines    de   cette    réforme  l'avaient 
copié  pour  leur  usage.  Mais  bientôt  ils  reconnurent  que 
le  chant  était  défectueux  et  avait  souffert,  tant  de  l'injure  ' 
^^^^ciw^^^^^   du  temps  que  de    l'esprit  d'innovation.  Le  Chapitre  de 
par  le  Chapitre  Pordre  confia  à  saint  Bernard  la  commission  de  corriger 

de  son  ordre  ^ 

de  reviser      les  livres  du  chœur.  Il  s'adjoignit  à  cet  effet  ceux^  de  ses  ■ 

l'Antiphonaire  .  .  t  1        1     1  m 

cistercien,  copié  confreres  qui  passaient  pour  les  plus  habiles  ;  l'Antipho- 

primitivement         .  .      .  r  /  1      /-n        • 

sur  celui       naire,  ainsi  revu,  tut  approuve  par  le  Chapitre,  et  injonc- 


de  Metz. 


tion  fut  faite  à  tous  les  monastères  cisterciens  de  s'en  ser- 
vir. A  la  suite  de  la  lettre  de  saint  Bernard,  dont  nous  ve* 
nons  de  parler,  on  trouve  parmi  les  œuvres  du  saint  doc- 
teur un  traité  fort  curieux,  de  Ratione  cantus^  destiné  à 
servir  de  préface  à  TAntiphonaire  de  Cîteaux.  Il  y  a  des 
raisons  de  douter  que  cet  ouvrage  soit  de  l'abbé  de  Clair- 
vaux";  mais,  quoi  qu'il  en  soit,  il  est  d'un  haut  intérêt,  pour 
le  détail  qu'on  y  trouve  des  principes  qui  présidèrent  à  la 
correction  du  chant  cistercien.  On  voit  que  les  premiers 
pères  de  Cîteaux  furent  d'habiles  musiciens;  mais  peut- 
être  pourrait-on  dire  que  quelquefois,  de  leur  propre  aveu, 
ils  réformèrent  l'Antiphonaire  de  Metz,  plutôt  d'après  des 
théories  que  sur  la  confrontation  des  divers  exemplaires 
des  églises.  Il  est  évident  néanmoins  que  si  l'on  est  quel- 
quefois en  droit  de  croire  qu'on  possède  la  phrase  grégo- 
rienne dans  sa  pureté  sur  un  morceau  en  particulier,  c'est 
lorsque    les  exemplaires  de    plusieurs    églises   éloignées 
s'accordent  sur  la  même  leçon;  mais  ceci  nous  entraînerait 
trop  loin  et  donnerait  matière  à  des  discussions  totale- 
ment étrangères  à  Tobjet  de  notre  récit. 


I   PARTIE 
CHAPITRE  XI 


FORMATION   DU   RITE   ROMAIN-FRANÇAIS  298 

On  voit,  par  les  plus  anciens  bréviaires  de  Cîteaux,  que 
cette  réforme  adopta,  en  manière  de  supplément  à  PAn- 
tinhonaire  grégorien,  plusieurs  usages  et  pièces  de  chant     Les  ordres 

^  00  j.^      ^  •      r       de  Cîteaux  et  de 

qui  appartenaient  aux  Eglises  de  France,  et  en  particulier      prémontré 

.       ^,  )  ^  r  •    ^   A^^        ajoutent  au 

à  celle  de  Pans.  C'est  une  remarque  qu  on  peut  taire  ega-  ^^^^  grégorien 
lement  au  sujet  de  Tordre  de  Prémontré,  fondé  en  1 120,    tmprînffeï 
et  dont  les  livres  présentent  matière  à  la  même  observa-  p^^^^J^^^^^j^^J^^^^^ 
tion.  Ces  livres  sont  restés  purs,  et  comme  l'un  des  réper-     ^  Églises^ 
toires  de    l'ancienne  Liturgie  romaine-française,  jusqu'à  spécialement' de 

fpllf^Hp  Pfi  fis 

la  fin  du  xviii^  siècle,  où  le  dernier  abbé  général  (M.  Lecuy, 
mort  il  y  a  peu  d'années,  grand  vicaire  de  Paris),  jugea 
à  propos  de  les  abolir,  pour  leur  substituer  des  usages 
puisés  dans  ce  que  présentait  de  plus  exquis  la  moderne 
régénération  gallicane. 
Il  nous  reste  encore  à  dire  un  mot  sur  le  chant  pendant      Caractère 

,  ,  du  chant 

les  XI"  et   xii^   siècles.  Il  se  maintint,   pour   la  couleur     pendant  les 

.  1    •  xi^  et  xii^  siècles. 

générale,  dans  le  caractère  que  nous  lui  avons  reconnu 
au  chapitre  précédent,  et  dont  les  répons  du  roi  Robert 
sont  la  plus  complète  expression.  Une  mélodie  rêveuse 
et  quelque  peu  champêtre,  mais  d'une  grande  douceur, 
en  fait  le  caractère  principal.  Elle  est  produite  par  de 
fréquents  repos  sur  la  corde  finale  et  sur  la  dominante, 
dans  rintention  de  marquer  une  certaine  mesure  vague,  et 
par  une  longue  tirade  dénotes  sur  le  dernier  mot,  qui  n'est 
pas  sans  quelque  charme. 

Le  répons  de  sainte  Catherine,  Virgo  Jlagellatur,  offre 
une  marche  plus  vive  et  plus  animée,  jusqu'au  verset  qui 
.  forme  un  intermède  d'une  mélodie  tendre  et  suave  ;  mais 
toutes  ces  pièces  n'ont  plus  la  simplicité  grandiose  des  mo- 
tifs dont  l'Antiphonaire  grégorien  a  puisé  Tidée  dans  la 
musique  des  Grecs. 

A  cette  époque,  la  séquence  se  perfectionna.  Elle  cessa    La  séquence 

1       ,  11  •      '       1:^^    prend  sa  forme 

d'être  un  trope  à  la  marche  lente,  au  rhythme  irreguuer.  ^  définitive. 
Elle  devint  une  sorte  d'hymne  à  mesure  égale,  et  offrit  par 
là  l'occasion  d'un  précieux  développement  à  la  musique 


î294  AÛTÈUkS   LitURGISTËS 

INSTITUTIONS    ccclésiastique.    Au    xif   siècle,    la   séquence   d^Abailard 

LITURGIQUES  -^  .  -"^ 

Mitiit  ad    Virginem^   fut  ornée,  probablement  par  son 

auteur,  de  ce  délicieux  chant  que  les  Parisiens  modernes^ 
ont  du  moins  conservé  sur  les  modernes  paroles  de  la  prose 
actuelle  :  Humani  gêner is.  Nous  touchons  à  Fépoque  du 
Dies  irœ  et  du  Lauda,  Sion, 
Guy  d'Arezzo       ^e   xi^  siècle  vit  en  outre  s'accomplir  un  grand  évé^ 
iwTJîlement  ^^^"^^"t    pour    le    chant    ecclésiastique.     Guy    d'Arezzo^ 
du  chant       simplifia  et  améliora  la  méthode  d'enseignement  du  chant- 

en  fixant  l'usage  ^  <^ 

de  la  portée     en  fixant  Fusage  de  la  portée  musicale,  composée  désor- 

musicale,  ,  iiv» 

mais  de  quatre  lignes  parallèles  superposées  sur  lesquelles 
il  échelonna  les  notes.  On  dit  assez  généralement  qu'il  fut 
le  premier  à  donner  une  méthode  d'écrire  le  chant  :  c'est 
une  erreur  ;  on  avaitfdes  notes  avant  lui^  comme  On  a  pu  • 
le  voir  ci-dessus.  Seulement,  sa  méthode  soulageait 
beaucoup  Toeil  et  la  mémoire,  et  fit  tomber  toutes  les 
autres. 
Auteurs  Cette  période  fut  donc  véritablement  féconde   pour  la 

liturfiistes  •  •  . 

duxie  et  du     Liturgie  :  on  en  jugera  mieux  encore  en  parcourant  l'énu- 
xiie  siec  e.      niération  des  travaux   qui   furent  alors  exécutés  en  cette 
partie.  Nous  l'ouvrirons  donc,  sans  tarder  davantage. 

Le  roi  Robert.  A  la  tête  des  Liturgistes  du  xi^  siècle,  nous  plaçons  i 
le  roi  Robert,  dont  nous  avons  déjà  tant  parlé  dans  de 
chapitre.  Il  composa  des  séquences  pour  diverses  fêtes. 
Outre  celle  de  la  Pentecôte  :  Sancti  Spiritus  adsit  nobis 
gratia,  que  plusieurs  ont  confondue  avec  l'hymne  Veni, 
Creator  Spiritus^  qui  est  de  Charlemagne,  il  en  composa 
d'autres,  pour  Noël,  Pâques,  l'Ascension,  la  Nativité  de  la 

Ses  séquences   sainte  Vierge,  les  fêtes  de  saint  Martin,  de  saint  Denvs, 

et  ses  répons.  /  ^ 

de  saint  Agnan,  evêque  d'Orléans,  etc.  Il  célébra  la  sainte 
Vierge  en  vers  latins,  dans  lesquels  il  excellait,  et  avait 
coutume  de  la  nommer  VÉtoile  de  son  Royaume.  Nous 
avons  parlé  de  son  beau  Répons  :  Cornélius  centurio. 
Un  autre  qui  commençait  par  ces  mots  :  Judœa  et  Jéru- 
salem^ n'était  pas  moins  goûté  dans  nos  églises  de  France 


i 


I  PARTIE 
CHAPITRE     XI 


DU   XI®   ET   DU   XII*'    SIÈCLE  296 

au  moyen  âge.  Tout  le  monde  sait  le  tour  innocent  que 
Robert  joua  à  la  reine  Constance,  lui  faisant  croire  qu'il  ' 

était  question  'd'elle  dans  un  répons  qu'il  avait  composé 
et  qui  commençait  par  ces  mots  :  O  constantia  martf- 
rum.  Nous  plaçons  ici  les  paroles  de  ce  répons  que  les 
voûtes  de  nos  cathédrales  ont  oublié,  et  que  certainement 
bien  peu  de  nos  lecteurs  connaissent.  Il  est  triste  qu'un 
siècle  ait  suffi  pour  effacer  presque  tous  les  points  de  con- 
tact que  la  Liturgie,  en  France,  avait  avec  l'histoire.  On 
nous  a  donné  des  rites  nationaux  que  nos  pères  n'avaient 
point  connus. 

^.  O  constantia  martyr um  laiidabilis,  o  char ii as  inex- 
tingidbilis,  o  patient ia  invincibilis^  qiiœ  licet  inter  pres- 
suras perseqiientium  visa  sit  despicabilis,  ^  Invenietur  in 
laiidem^et  gloriam^et  honorent, in  tempore  retribiitionis. 

f.  Nobis  ergo  petimus piis  subveniant  meritis,  honorifi- 
cati  a  Pâtre  qui  est  in  cœlis.  "  Invenietnr.  Gloria  Patri. 
O  constantia  martjyrum. 

Ce  beau  répons,  dont  le  chant  est  aussi  touchant  que 
les  paroles  en  sont  nobles,  était  le  neuvième  des  Matines, 
au  Commun  de  plusieurs  martyrs,  dans  certains  bré- 
viaires romains-français.  Heureux  temps  où  les  rois  com- 
posaient des  chants  pour  leurs  sujets,  où  les  mélodies  na- 
tionales étaient  d'innocents  répons,  ou  des  antiennes 
pleines  de  paix  et  d'onction  ! 

(1007).  L'ami  de  Robert,  Fulbert,  évêque  de  Chartres,  Fulbert,  évêque 
composa,  comme  nous  l'avons  dit,  trois  répons  de  la  plus 
grande  beauté,  pour  la  Nativité  de  la  sainte  Vierge.  Ils 
sont  en  vers,  mais  non  rimes,  comme  ce  fut  plus  tard  la 
mode,  au  xiii«  siècle.  Nous  les  insérons  ici,  parce  qu'ils 
ont  péri  dans  toute  la  France  (i)  :  nous  voudrions  pou- 
voir en  donner  le  chant  plein  d'une  suave  mélodie. 

(i)  L'Église  du  Mans  chante  encore  le  second,  Stirps  Jesse  :  mais  en 
dehors  de  l'office,  à  la  procession  du  jour  de  l'Assomption  de  la  sainte 
Vierge,  avant  la  messe. 


INSTITUTION* 
LITURGIQUES 


Ses  répons 
en    l'honneur 
de  la  Nativité 

de  la 
sainte  Vierge. 


Bernon,  abbé 
de  Reichenau. 


296  AUTEURS  LITURGISTES 

I.  ^.  Solemjustîtiœ  Regem paritura  stipremum,'^ Stella 
Man'a  maris  hodie  processif  ad  ortum. 

f  .Cerneredipimim  lumen gaudete,Jideles^  Stella  Maria. 

IL  ^.  Stirps  Jesse  virgam  produxit,  virgaque  florem,"^ 
et  super  hune  florem  requiescit  Spiritus  almus. 

f.  Virgo  Dei  genitrix  virga  est^Jlos  Filiusejus.  *  Et 
super  hune, 

III.  %  Ad  nutum  Domini  nostrum  ditantis  honorem,"^ 
sicut  spina  rosam  genuit  Judœa  Mariam, 

y.  Ut  vitium  virtusloperiret ^  gratia  culpam,  ^  Sicut 
spina. 

Tels  sont  ces  admirables  répons  composés  pour  TÉglise 
de  Chartres,  par  le  Pontife  qui  posa  les  fondements  de  la 
merveilleuse  cathédrale  qui  brille  d'une  si  sublime  auréole. 
Un  roi  les  nota  en  chant;  la  France  entière  les  adopta; 
l'Europe  les  répéta  après  la  France.  Aujourd'hui,  ces 
doux  chants  ne  retentissent  plus  dans  les  divins  offices,  et 
Chartres  même,  infidèle  à  son  Fulbert  et  à  la  douce  Vierge 
qu'il  chanta,  les  ignore  I 

Nous  nous  sommes  permis  d'insérer  ces  quelques  lignes 
de  l'antique  Liturgie  de  nos  pères  :  ne  pouvant  résister 
au  désir  de  donner  à  nos  lecteurs  quelques  traits  de  cette 
Liturgie  romaine-française  qui  gît  maintenant  incomplète 
dans  la  poussière  des  bibliothèques.  C'est  de  là  que,  dès 
longues  années,  nous  avons  entrepris  de  l'exhumer.  Les 
volumes  suivants  nous  fourniront  plus  d'une  fois  l'occa- 
sion d'en  mettre  en  lumière  les  inspirations  qui,  nous  en 
sommes  sûr,  seront  trouvées  nobles  et  touchantes. 

Fulbert  a  composé  en  outre  plusieurs  séquences  et  plu- 
sieurs hymnes.  Parmi  ces  dernières,  on  remarque  celle 
du  temps  pascal  :  Chorus  novœ  Jérusalem. 

(1008).  Bernon,  abbé  de  Reichenau,  est  auteur  d'un  pré- 
cieux traité  intitulé  :  De  institutione  missarum;  d'un  dia- 
logue, sous  ce  titre  :  De  Quatuor  Temporum  jejuniis.)  per 
sua  sabbat  a  obserpandis^  ad  Aribonem.,  Archtepiscopum 


DU   XI®   ET   DU   XII®   SIÈCLE  297 

Mogîintinum ;  d^une  épître  au  même  Aribon,  De  quatuor 
Adventus  dominicis.  Il  écrivit  aussi  un  livre  sur  le  chant, 
intitulé  Libellus  tonarius,  ou  Opiis  symphoniarum  et 
tonorum,  et  le  dédia  à  Piligrin,  archevêque  de  Cologne. 
Trithême  parle  de  trois  ouvrages  de  Bernon  sur  le  chant, 
savoir  :  De  musica,  seu  de  tonis  ;  De  instrumentis  musi" 
cis,  et  De  mensura  monochordi, 

(loio).  Adelbode,  évêque  d'Utrecht,  composa  le  chant 
de  rOffice  de  la  nuit  pour  la  fête  de  saint  Martin.  Il  écri- 
vit de  Rome  une  lettre  curieuse  sur  la  célébration  de 
PAvent;  il  ne  faut  pas  la  confondre  avec  un  traité,  en  forme 
de  dialogue,  qu^avait  composé  sur  le  même  sujet  Hériger, 
abbé  de  Lobbes. 

(10 12).  Arnold,  prévôt  de  Saint-Emmeran  de  Ratis- 
bonne,  composa  des  antiennes  et  des  répons,  pour  la 
fête  de  ce  saint  évêque. 

(10 14).  Guy  d^Arezzo,  abbé  de  Saint-Pierre-d'Avellane, 
fut  appelé  à  Rome  par  Benoît  VIII,  et  travailla  sous  ce 
Pape  et  son  successeur  Jean  XIX,  au  perfectionnement  de 
la  musique  ecclésiastique.  Il  fixa,  comme  nous  Pavons  dit, 
Tusage  de  la  portée  musicale,  et  pour  graver  dans  la  mé- 
moire de  ses  élèves  l'échelle  des  sons,  il  eut  l'idée  d'em- 
ployer le  chant  de  la  première  strophe  de  Thymne  de  saint 
Jean- Baptiste  : 

Ut  queant  Iaxis  resonare  flbris 
Miv2i  gestorum/^muli  tuorum, 
SoIyq  polluti  lah'n  reatum, 
Sancte  Johannes. 

Dans  cette  strophe,  l'intonation  de  la  note  s'élevait  d'un 
degré  sur  chacune  des  syllabes  ut,  ré,  mi,  fa,  sol,  la;  en  la 
répétant,  les  élèves  apprenaient  à  distinguer  les  différentes 
notes  de  la  gamme.  Ils  prirent  naturellement  l'habitude  de 
les  désigner  par  ces  syllabes  qui  les  leur  rappelaient  ;  plus 
tard  on  ajouta  si  pour  désigner  la  septième  note,  et  le  sys- 
tème de  notre  gamme  actuelle  fut  inventé.  Cette  méthode 


I  PARTIE 
CHAPITRE    XI 


Adelbode, 

évêque 

d'Utrecht  et 

Hériger,  abbé 

de  Lobbes. 


Arnold,  prévôt 

de 
Saint-Emmeran 
de    Ratisbonne. 


Guy  d'Arezzo. 


Invention  du 
système 

de  la  gamme 
actuelle. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES- 


Oldert,  abbé 
de  Gemblours. 


298  AUTEURS   LITURGISTES 

si  simple,  réduisant  au  pur  mécanisme  la  pratique  de  la 
gamme,  simplifia  prodigieusement  Tétude  du  chant,  en 
sorte  qu'on  '  pût  l'apprendre  aux  enfants  avec  autant  de 
facilité  qu'on  leur  enseigne  à  épeler  et  à  lire  l'écriture.  Ce 
moine,  véritablement  digne  du  nom  de  Grand,  pour  un 
si  éminent  service,  écrivit  un  traité  de  la  musique,  en  deux 
livres,  sous  le  nom  de  Micrologiie,  qu'il  dédia  à  Théo- 
dalde,  évêque  d'Arezzo,  et  un  opuscule  De  mensura  mo-' 
nochordi.  Enfin  il  arrangea  un  antiphonaire,  d'après  sa 
méthode  de  notation,  et  Benoît  VIII  fut  tellement  frappé 
de  la  supériorité  de  ce  travail,  qu'au  rapport  de  Guy  lui- 
même,  il  regardait  cette  œuvre  comme  une  espèce  de 
prodige. 

(io2o).  Olbert,  abbé  de  Gemblours,  fut  habile  dans  la 
science  du  chant  ecclésiastique.  Entre  autres  compositions 
de  ce  genre  qui  lui  appartiennent,  la  chronique  de  son 
monastère  lui  attribue  les  chants  et  les  hymnes  de  saint 
Véron  et  de  sainte  Vandru. 

(102b).  Saint  Odilon,  abbé  de  Cluny,  instituteur  de  la 
Commémoration  des  Défunts ,  au  2  novembre,  nous  a 
laissé  des  hymnes  en  l'honneur  de  la  sainte  Vierge,  de 
sainte  Adélaïde  et  de  saint  Mayeul,  son  illustre  prédé- 
cesseur. 
Arnoui,  moine       (1026).  Arnoul,  moine  de  Saint- André  d'Andaone, outre 

de    Saint-Andre        ^    ^      /  '  ^  ' 

d'Andaone.  ses  écrits  sur  le  comput  ecclésiastique,  composa  un  mar- 
tyrologe abrégé,  ou  plutôt  un  calendrier  des  saints  de 
l'année. 

(1027).  Saint  Léon  IX,  auparavant  Brunon,  évêque  de^ 
Toul,  fut  très-habile  dans  le  chant  ecclésiastique,  et  com- 
posa avec  un    grand    art  les   répons  de  l'office  de  saintj 
Grégoire  le  Grand,  de  saint  Cyriaque,  martyr,  de  saint( 
Odile,  vierge,  de  saint  Nicolas,  de  saint  Hydulphe,évêqu< 
de  Trêves.   On  a  chanté,    jusqu'en    1775,   cet  office  d( 
saint  Hydulphe,  dans  l'abbaye  de  Moyenmoutier.  Depuisj 
qu'il  fut   élevé  à  la  papauté,  se  trouvant  à  Metz,  il  yj 


Saint  Odilon, 
abbé  de  Cluny. 


Saint  Léon  IX. 


DU  Xi^  Et  Dt  xii^  SIÈCLE  î^gg 

composa    des  répons,    pour   l'office    de    saint    Gorgon,       i  partie 
martyr. 

(io3o).  Adhémar,  moine  de  Saint-Martial  de  Limo^res,      Adhémar, 

\  c      /         moine  de 

est  regardé  par  plusieurs  comme  Fauteur  du  supplément    Saint-Martial 

14         i«       r\      1  •    '    '     ^ /Y-    '  -       X  '  T^Ti/r  ^^  Limoges. 

à  l'ouvrage  d  Amalaire  De  divinis  Ojjiciis,  donne  par  D.  Ma- 
billon,  au  tome  deuxième  des  Analecta. 

(to35).  Angelran,  abbé  de  Saint-Riquier,  mit  en  chant  Angeiraji^,  abbé 
Toffice  de  saint  Valéry  et  celui  de  saint  Vulfran.  Saint-Riquier. 

(io3q).  Godescalc,  prévôt  d^Aix-la-Chapelle,  chapelain      Godescalc, 

^         ^'  '  ^  11  prévôt  d'Aix-la- 

de  Henri  III,  composa   un   grand   nombre  de  séquences      chapelle. 
pour  la  messe. 

(1040).  Herman  Gontract,  élevé  d'abord  à  Saint-Gall.  ^    Herman  ^ 

\      ^   '  .  ^  ''  Gontract,  moine 

puis, moine  de  Reichenau,  fut  un  prodige  de  science  pour  de  Reichenau. 
son  temps.  Nous  ne  devons  parler  ici  que  de  ses  travaux 
liturgiques.  Il  écrivit  sur  le  chant  trois  traités,  savoir  : 
De  musica,  De  monochordo,  De  conflictii  sonorum.  Pas- 
sant ensuite  de  la  théorie  à  la  pratique,  il  composa  les  pa- 
roles et  le  chant  si  mélodieux  des  Antiennes  Salve^  Ré- 
gi na  ;  Aima  Redemptoris  Mater;  les  séquences  Ave^ 
prœclara  maris  Stella;  O  florens  rosa;  Rex  omnipotens, 
du  jour  de  l'Ascension,  et  beaucoup  d'autres,  parmi  les- 
quelles plusieurs  mettent  le  Veni^  Sancte  Spiritiis,  attri- 
bué par  d'autres  à  Innocent  III;  le  répons  Simon  Bar- 
jona  pour  saint  Pierre,  ceux  de  l'Annonciation,  des  saints 
Anges,  etc. 

(1040).  Aaron,  abbé  de  Saint-Martin,  puis    de  Saint- Aaron,  abbé  de 

^      ^/  '  Vf         -T-  Saint-Pantaléon 

Pantaléon  de  Gologne,  écrivit  un  livre  De  utilttate  can--     de  Cologne. 
tus  vocalis  et  de  modo  cantandi  et  psallendi, 

(1040).  Jean  de  Garland,  Anglais,  composa  un  poëme,  jeandeGarland. 
intitulé  Z)e  mysteriis  Missœ^  et  le  dédia  à  Foulques,  évêque 
de  Londres. 

(io5o).  Michel   Psellus,  qui  avait  été  le    précepteur  de  Michel  Pseiius. 
l'empereur  Michel  Ducas,  embrassa  plus  tard  la  vie  mo- 
nastique. Allatius  nous  fait  connaître  de  lui  les  ouvrages 
suivants  qui  ont  rapport  à  la  Liturgie  :  Expositio  in  illud 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Jean 
le  Géomètre, 


Humbert, 

moine  de 

Moyenmoutier 


Odon,  moine 

de  Saint-Maur- 

des-Fossés. 


Jean  Mauropus 


Saint 
Pierre   Damien 


3 00  AUTEURS   LITURGISTES 

quod  in  solemni  Christi  Ascensionis  die  dicitur  :  Hodie 
■  Sancta  Condura  et  cras  Ascensio  ;  Expositio  in  illud  :  Do" 
mine,  Jesu  Ghriste,  Deus  noster,  miserere  nostri,  Amen  ; 
Paraphrasis  carminé  iambico  i?i  canonem  S.  Cosmce, 
Maiumœ  episcopi,  sancta  et  magna  feria  quinta  canen^ 
dum. 

(io5o).  Jean,  dit  le  Géomètre,  souvent  cité  par  saint 
Thomas  d'Aquin,  dans  sa  Catena  aurea  sur  les  Évan- 
giles, vécut  au  xr^  siècle.  Il  est  auteur  de  quatre  grandes 
hymnes  en  l'honneur  de  la  sainte  Vierge,  qui  se  trouvent 
dans  la  Bibliothèque  des  Pères  de  Lyon  et  ailleurs.  Alla- 
tius  nous  apprend  qu'il  avait  composé  d'autres  hymnes 
pour  les  différentes  fêtes  de  Tannée. 

(io5o).  Humbert,  moine  de  Moyenmoutier,  nota  plu- 
sieurs antiennes,  en  Fhonneur  de  saint  Grégoire,  pape, 
de  saint  Hydulphe  et  de  saint  Colomban. 

(io5o).  Odon,  moine  de  Tabbaye  des  Fossés,  près  Pa- 
ris, est  auteur  des  répons  que  Ton  chantait  autrefois  le 
jour  de  la  fête  de  saint  Babolein,  premier  abbé  de  ce  mo- 
nastère. 

(1054).  Jean,  dit  Mauropus  (aux  pieds  noirs),  d'abord 
moine,puis  métropolitain  d'Euchaïte,dans  l'Asie  Mineure, 
composa  beaucoup  d'hymnes,  savoir  vingt-quatre  Canons 
paraclétiques  au  Christ  Sauveur,  deux  autres  cantiques 
adressés  pareillement  au  Verbe  incarné ,  soixante-sept  à 
la  sainte  Vierge,  un  au  saint  Ange  gardien,  deux  à  saint 
Jean-Baptiste,  d'autres  pour  les  fêtes  des  saints  Basile, 
Grégoire  de  Nazianze  et  Jean  Chrysostome. 

{1057).  Saint  Pierre  Damien,  d'abord  moine  et  abbé, 
puis  cardinal  et  évêque  d'Ostie,  a  laissé  de  nombreux  mo- 
numents de  son  génie  et  de  son  savoir  liturgiques.  Nous' 
citerons  ici  le  traité  De  septem  horis  canonicis  ;  le  livre  sur^ 
Dominus  vobiscum;  un  autre  Contra  sedentes  tempore  Di* 
vini  Officii;  enfin  une  grande  quantité  d'hymnes,  an- 
tiennes et  autres  pièces  liturgiques  que  l'on  peut  voir  ei 


I  PARTIE 
CHAPITRE     XI 


DU   XI®   ET   DU   XII*   SIÈCLE  3oi 

tête  du  quatrième  tome  de  ses  œuvres  publiées  par  Cons- 
tantin Gaetani.  Nous  citerons  parmi  celles-ci  les  belles 
hymnes  de  la  Croix,  de  Pâques,  de  TAnnonciation  et  de 
TAssomption  de  la  sainte  Vierge,  de  saint  Pierre,  de 
saint  Paul,  de  saint  André^  de  saint  Jean  TÉvangéliste, 
de  saint  Vincent,  de  saint  Grégoire  le  Grande  de  saint  Be- 
noît, etc. 
(1057).  Albéric,  moine  du  Mont-Cassin^  et  depuis  car-  AibéHc,  moine 

,.,/..  j'    1  r\  •  1       1  du  Mont-Gassin. 

dmal,  écrivit  un  dialogue  De  musica,  et  des  hymnes  pour 
Pâques,  l'Ascension,  les  fêtes  de  la  Sainte-Croix,  de  TAs- 
somption  de  la  sainte  Vierge,  de  saint  Paul,  de  saint  Apol- 
linaire^ etc. 
(  10.57).  Einhard  11^  d'abord  moine  et  abbé,  puis  évêque    Einhard  11, 

1        o    •  1-  ^  évêque 

de   bpire,  composa    en  quatre   livres  un  ouvrage  très-       de  Spire, 
important  De  cœremoniis  Ecdesiœ. 
(io58).  Gosselin^  moine  de  Saint-Bertin,  suivit  en  An-  Gosselin,  moine 

,  TT  '    ^  j      c   1-   u  ^  j-^      '    de  Saint-Bertin. 

gleterre  Hermann,  eveque  de  balisbury,  et  se  rendit  cé- 
lèbre dans  ce  pays,  par  sa  grande  science  du  chant  ecclé- 
siastique. Il  composa  une  séquence  en  Phonneur  de  sainte 
Étheldrède. 

(1060).  Vitmond,  moine  de  Saint-Évroul^  fut  aussi  un      Vitmond, 
habile  compositeur  de  chant  ecclésiastique.  Orderic  Vital   Saint-Evroui. 
dit  que  l'on  chantait  encore  de  son  temps^  à  Saint-Évroul, 
des    antiennes   et  des   répons  de   la  façon   de  Vitmond, 
et  des    hymnes  qu'il  avait   notées    sur    des   airs    très- 
mélodieux. 

(1060).  Lambert,  abbé  de  Saint-Laurent  de  Liége,com-      Lamben, 

^  '  ^  ^  abbe  de 

posa  le  chant  et  les  paroles  d'un  office,  en  l'honneur  de  Saint-Laurent 

.  de  Liège. 

saint  Héribert,  archevêque  de  Cologne. 

(1060).  Francon,  écolâtre  de  la  cathédrale  de  Liège, écri-  Francon, 

vit,  au  rapport  de  Sigebert,  un  traité  sur  le  chant  ecclé-  ^'^  Lfége. 
siastique. 

(1060).  Alphane,  moine  du  Mont-Cassin,  archevêque  de  Alphane, 

Salerne,  a  laissé  des  hymnes  en  l'honneur  de  sainte  Chri*  ^^^saîem^! 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Jean, 
archevêque 
de  Rouen. 


Jean  Bar-Susan, 
patriarche 

jacobite 
d'Antioche. 


Guillaume, 

abbé 
d'Hirsauge. 


Bonizon, 

évêc[ue 

de  Plaisance. 


Osberne, 

chantre 

de  Gantorbéry. 


Le  B.  Victor  III, 
pape. 


Raynald, 
évêque  de 
Langres. 


Nicolas  III, 

patriarche  de 

Gonstantinople, 


302  AUTEURS   LITURGISTES 

stine,  de  sainte  Sabine,  de  saint"  Matthieu,  de  saint  Nico- 
colas,  de  saint  Maur,  etc. 

{1061).  Jean,  comte  de  Bayeux,  d'abord  évêque  d'Avran- 
ches,  puis  archevêque  de  Rouen,  a  écrit  un  Hvre  célèbre 
De  divinis  Officiis. 

(1064).  Jean  Bar-Susan,  patriarche  jacobite  d'Antioche, 
est  auteur  d'une  anaphore,  qui  se  trouve  au  Missel  chai» 
daïque^  et  d'un  livre  dans  lequel  il  prétend  justifier  contre 
les  Coptes,  Tusage  de  mêler  du  sel  et  de  Fhuile  au  pain 
eucharistique. 

(1068).  Guillaume,  abbé  d'Hirsauge,  composa  un  traité 
De  miisica  et  tonis,  et  un  autre  De  psalterio.  Il  recueillit 
aussi  les  coutumes  de  son  monastère,  et  ce  recueil 
renferme  beaucoup  de  particularités  liturgiques  intéres- 
santes. • 

(1070).  Bonizon,  évêque  de  Plaisance,  massacré  cruelle- 
ment par  les  schismatiques ,  fauteurs  de  Pempereur 
Henri  IV,  écrivit  un  livre  De  Sacramentis^  adressé  à 
Gaultier,  prieur  du  monastère  de  Léon,  et  publié  par 
Muratori. 

(1070).  Osberne,  chantre  et  sous-prieur  de  Gantorbéry, 
ami  de  l'archevêque  Lanfranc,  publia  un  traité  De  mu- 
sica. 

(1070).  Didier,  abbé  du  Mont-Gassin,  et  depuis  Pape 
sous  le  nom  de  Victor  III, fut  fort  zélé  pour  le  chant  ecclé- 
siastique et  pour  la  splendeur  des  offices  divins.  Il  composa 
lui-même  des  chants,  ou  des  hymnes  en  l'honneur  de  saint 
Maur. 

(1071).  Raynald,  évêque  de  Langres,  rédigea  lui-même 
l'office  de  saint  Mammès,  martyr,  patron  de  son  Eglise. 
Il  en  prit  le  texte  dans  les  poésies  de  Walafrid  Strabon,et 
composa  lui-même  le  chant. 

(1074).  Nicolas  III,  patriarche  de  Gonstantinople,  est 
auteur  d'un  poëme  De  jejuniis  et  festis  totius  anni,  et 
d'un  règlement  ecclésiastique  De  oblationibus  liturgicis. 


■  DU   XI^    ET    DU    XII*'    SIÈCLE  3o3 

(1075).  Lanfranc,  moine  du  Bec,  puis    archevêque  de       i  partie 

,  .  .  CHAPITRE  XI 

Gantorbéry,  ayant  fait  confirmer  les  moines  dans  la  pos-  ■" ■ 

session  où  ils  étaient  de  desservir  les  cathédrales  en  Angle-       Lanfranc, 

,  j.  .,   j  1       1-      •    1-  moine  du  Bec 

terre,  rédigea  un  recueil  de  statuts  concernant  la  discipline  et  archevêque 

,.  1         .        ,  ,  1  V  j  de  Gantorbéry. 

que  1  on  devait  observer  dans  tous  les  monastères  de  ce 
royaume,  et  principalement  la  célébration  des  offices  divins. 
Ces  statuts  sont  une  des  plus  précieuses  sources  où  Ton 
doive  puiser  la  connaissance  des  usages  liturgiques  des 
moines,  au  moyen  âge. 

{107 5).  Thomas,  archevêque  d^York,  composa  le  chant      Thomas, 
d'un  grand  nombre  d'hymnes.  Guillaume  de  Malmesbury       d'York. 
dit  de  ce  prélat  qu'il  avait  la  voix  très-belle,  et  que  lorsqu'il 
entendait  un  air  agréable,   il  l'accommodait  aussitôt  aux 
hymnes  et  aux  chants  ecclésiastiques  ;  mais  il  ne  voulait 
pas  souffrir  dans  l'Église  une  musique  efféminée  et  sans  , 

gravité. 

(1080).  Durand,  abbé  de  Saint-Martin  de  Troarn,  com-  Durand,  abbé 

^  '  ,  de  Saint-Martin 

posa  des   antiennes  et  des  répons  avec  leur  chant  pour     de  Troarn. 
diverses  fêtes  de  l'année,  et  en  l'honneur  de  Notre-Seigneur, 
de  la  sainte  Vierge,  des  Anges,  des  Apôtres,  des  Martyrs, 
et  autres  saints  révérés  dans  l'Église. 

(1080).  Udalric,  moine  de  Gluny,  recueillit  les  usages  de  Udairic,  moine 

.  ,    .  ,  ,  de  Gluny. 

cet  illustre  monastère,  et  son  travail  publie  par  dom  Luc 
d'Achery,  est  un  des  plus  importants  monuments  de  la 
Liturgie  bénédictine. 

(1080).  Irène,  femme  de  l'empereur  Alexis  Gomnène,  Irène,  femme  de 

,  .1  V         1      /-n  1  l'empereur 

ayant  fonde  à  Gonstantmople  un  monastère  de  filles,  leur  Alexis  Gomnène 
donna  des  constitutions  qui  sont  contenues  dans  le  livre 
appelé  Typique.  Le  cérémonial  contenu  dans  ce  livre  çst 
du  plus  haut  intérêt  pour  la  connaissance  des  usages  claus- 
traux des  monastères  de  filles,  en  Orient. 

(1091).  Aribon,  personnage  dont  Tétat  et  la  qualité  sont  Anbon,  auteur 

,,,      .     .  ,      .    .  •    /     T-w  •  VI        d'un  traité 

aujourd  hui   inconnus,  écrivit  un  traite  IJe  mustca.,  qu  il     De  musiea. 
dédia  à  un   évêque,  nommé   Ellenhard.  Il  y  parlait  avec 
enthousiasme  de  Guillaume,  abbé  d'Hirsauge,  àoni  nous 


3  04  AUTEURS   LITURGISTES 

INSTITUTIONS    avoDs  fait  mention  plus  haut,  et  le  qualifiait  le  premier  des 

LITURGIQUES  ^     ,  ^  ^ 

musiciens,  FOrphée  et  le  Pythagore  modernes. 

Jean  Saïd  (1094).  Jean  Saïd  Bar-Sabuni,  évêque  jacobite  de  Méli- 

évêque  jacobite.  tine,  est  auteur  d'une  hymne  acrostiche,  que  les  jaco- 
bites  chantent  durant  la   cérémonie  de   la   tonsure   des 
moines. 
Néveion,  (1096).  Névelon,  moine  de  Corbie,  rédigea  un  Martyro- 

deCorbie.  loge,  abrégé  de  celui  d'Adon. 
Bruno  d'Asti.  {1097).  Bruno  d'Asti,  abbé  du  Mont-Cassin,  puis  évê- 
que de  Segni,  est  un  des  grands  liturgistes  du  xi®  siècle. 
On  lui  doit  les  livres  suivants  :  De  ornamentis  ecdesiœ; 
De  Sacrificio  a^ymi,  et  De  Sacramentis  ecdesiœ^  myste- 
riisy  atque  ecdesiasticis  ritibus. 
L'auteur  (lOQ?).  Microloffus.  tel  est  le  titre  d'un   ouvrage  ano- 

inconnu  \       ^  /  /  ^  .    .      .        ,  .       .  . 

Qu  Micrologus.  nyme  qui  est  aussi  intitulé  De  observationibiis  ecdesias- 
tîds.  Ce  livre,  qui  est  un  des  monuments  principaux  de 
la  science  liturgique,  a  été  écrit  peu  après  la  mort  de  saint 
Grégoire  VII,  arrivée  en  io85.  On  y  trouve  l'explication 
de  rOffice,  suivant  la  forme  en  laquelle  ce  Pape  Pavait  ré- 
duit. Il  ne  faut  pas  confondre  cet  opuscule  avec  le  MicrO" 
logue  de  Guy  d'Arezzo,  qui  ne  traite  que  de  la  musique 
et  du  chant.  Zaccaria  croit  pouvoir  l'attribuer  à  Ives  de 
Chartres. 
Ives,  évêque  (1097).  Ives,  d'abord  abbé  de  Saint-Quentin,  puis  évêque  . 
de  Chartres,  fut  un  des  plus  grands,  des  plus  doctes  et  des 
plus  saints  prélats  de  son  temps.  Il  excella  dans  l'explica- 
tion des  mystères  de  la  Liturgie,  comme  on  peut  le  voir 
par  la  lecture  d'un  grand  nombre  de  ses  sermons,  qui 
font  autorité  en  cette  matière.  L'indication  de  ces  sermons 
nous  entraînerait  trop  loin  :  on  peut  consulter  la  biblio- 
thèque des  Pères,  ou  la  collection  d'Hittorp. 

Saint  Anselme,      (1097).  Saint  Anselme,  abbé  du  Bec,  et  ensuite  arche- 
archevêque  de      ^  1     i-i  1  '  ,,         .  . 
Cantorbéry.     veque  de  Cantorbery,  composa,  avec  Fonction  qui  se  re- 
marque dans  tous  ses  écrits,  des  hymnes  et  un   Psautier 
de  la  sainte  Vierge* 


(lOQi).  Le  vénérable  Hildebert  de  Lavardin,  évêquedu        i  partie 

^         -^  '  *■  CHAPITRE   XI 


DU   XI®   ET    DU    XII^   SIÈCLE  3o5 

érable  Hildebert  de  Lavardin,  évêquedu 
Mans,  puis  archevêque  de  Tours,  a  laissé,  entre  autres 
compositions  qui  vont  à  notre  sujet,  un  poëme  infiniment  archevêque 'de 
précieux,  intitulé  :  Versus  de  mysteriis  et  ordïne  Missœ.  Tours. 
Nous  citerons  encore  les  opuscules  suivants  :  Libei%  seit 
prosa  de  Natali  Domini;  De  Sacramentis  ;  De  utraque 
parte  altaris;  De  tribus  Missis  in  Natali  Domini. 

(iio5).  Odon,  écolâtre  d'Orléans,  puis  abbé  de  Saint-         odon, 
Martin  de  Tournay,  enfin  évêque  de  Cambrai,  est  auteur      ^cambrai! 
d'une  courte  exposition  du  Canon  de  la  Messe. 

(i  i  lo).  Geoffroy,  abbé  de  la  Trinité  de  Vendôme,  a  com-       Geoffroy, 
posé  quatre  hymnes,  dont  la  première  en  l'honneur  de  la        Trinité 

_^.  ,  .  ,  .  .        de  Vendôme. 

sainte  V  lerge,  et  les  trois  autres  sur  la  conversion  de 
sainte  Marie-Magdeleine.  Plusieurs  de  ses  opuscules  ren- 
ferment des  traits  importants  pour  la  compréhension  des 
doctrines  liturgiques  de  cette  époque. 

(il  lo).  Marbode,  évêque  de  Rennes,  est  auteur  de  trois      Marbode, 

^      ^  ^  ^  eveque  de 

hymnes  en  l'honneur  de  sainte  Marie-Magdeleine.  Rennes, 

(il  II).  Robert,  prieur  de  Saint- Laurent  de  Lié^e,  écri-  Robert,  prieur 

/  ^     .    ,  :.    .  ..  ^  deSaint-Laurent 

vit  un  traité  i)(?  divims  Offlciis.  de  Liège. 

(il  II).  Rupert,  abbé  de  Tuy,  se  recommanda,  comme  ,,^^T^^i 
liturgiste,  par  son  ouvrage Z)^  diinnis  Officiis per  annicir- 
cidum,  divisé  en  douze  livres.  Il  a  composé  en  outre 
plusieurs  hymnes,  savoir  deux  en  l'honneur  du  Saint- 
Esprit,  et  les  autres  pour  la  fête  de  plusieurs  saints 
martyrs. 

fj"  (m 3).  Etienne,  évêque  d'Autun,  et  qui  mourut  moine  Etienne,  évêque 
de   Cluny,   a    laissé    un  livre  De  Sacramento   Altaris^ 
et  a  s   quœ  ad  illud  variosqiie  Ecclesiœ  ministros  per- 
tinent. 

fiii5).  Saint  Bernard,  abbé  de  Clairvaux  et  docteur  de  Saint  Bernard, 
i  Eglise,  outre  les  travaux  qu  il  accomplit  sur  1  Antipho-     oiairvaux  et 

^rn  -m  1  •  docteur  de 

naire,  a  compose  un  Omce   entier  en  1  honneur  de   saint        r  Église. 
Victor,  confesseur,  à  la  prière  de  Guy,  abbé  de  Montier- 
Ramey.  Cet  Office^  d'un  style  élégant  et  plein  d'onction, 

T.    I  20 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Principes  de 

saint   Bernard 

sur  la 

composition 

liturgique. 


^Q§  AUTEURS    LITURGISTES 

mais  peu  conforme  à  la  couleur  de  Tantiquité,  renferme 
des  h3/mnes  totalement  dépourvues  4^  mesure  et  de  quan- 
tité. C'est  le  reproche  qu'on  peut  faire  également  à  Thymne 
de  saint  Malachie,  composée  aussi  par  saint  Bernard  et 
publiée  par  dom  M^rtène.  Ces  hymnes  contrastent  singu- 
lièrement avec  le  petit  poëme  de  mesure  ïambique  et  si 
mélodieux,  qui  commence  par  ces  n|ots  :  Jesu,  duleis 
meînona,  dont  TÉglise  a  tiré  les  trois  hymnes  de  TOffice 
du  sajnt  Nom  de  Jésus.  Dom  Mabillon  a  placé  parmi  les 
œuvres  probables  de  saint  Bernard,  Thymne  à  Phonneur 
des  Cinq  Plaies  de  N.  S.,  qui  commence:  Salve^  mundi 
sqliitare^  et  une  touchante  prière  au  Christ  et  à  Marie,  dont 
le  premier  vers  est  ainsi  conçu  :  Siimme  summi  tu  Patris 
iinice.  Quant  à  la  gracieuse  prose  de  Noël  :  Lœtabundiis^ 
on  la  trouve  dans  tous  les  anciens  Missels,  sous  le  nom  de 
saint  Bernard. 

Les  principes  de  saint  Bernard,  sur  la  composition 
liturgique,  sont  trop  importants  pour  n'être  pas  rappelés 
dans  cet  ouvrage  :  il  serait  à  désirer  qu'on  ne  les  eût  jamais 
perdus  de  vue.  Voici  quelques  traits  du  sainjt  docteur 
sur  ce  sujet,  tirés  de  sa  lettre  à  Guy,  abbé  de  Montier- 
Ramey  : 

«  Ce  n'est  point  votre  affection  pour  moi  que  vous  de- 
ce  vez  considérer,  dans  une  affaire  si  grave  que  la  compo- 
«  sition  d'un  Office,  mais  le  peu  d'importance  que  j'ai 
«  dans  l'Église.  Un  si  haut  sujet  exige  non  simplement 
«  un  ami,  mais  un  homme  docte  et  digne  d'une  pareille , 
«  mission^  dont  l'autorité  soit  compétente,  la  vie  pure,  le" 
«  style  nourri,  en  sorte  que  l'oeuvre  soit  à  la  fois  noble  et 
«  sainte.  Qui  suis-je,  dans  le  peuple  chrétien,  pour  que 
«  mes  paroles  soient  récitées  dans  les  églises  1  Quelle  est 
«  donc  ma  pauvre  éloquence  pour  qu'on  vienne  me  de- 
ce  mander  des  chants  de  fête  et  de  triomphe?  Quoi  donc! 
ce  celui  dont  les  cieux  célèbrent  les  louanges,  il  faut  que, 
ce  moi,  je  m'essaye  à  les  redire  sur  la  terre  ?  Vouloir  ainsi 


DU   XI^    ET   DU   XII®   SIÈCLE 


307 


I  PARTIE 
CHAPITRE   XI 


«  ajouter  à  la  gloire  du  ciel,c'est  la  diminuer.  Ce  n^est  pas 
«  pourtant  que  les  hommes  doivent  s'interdire  de  chanter 
«  les  louanges  de  ceux  que  déjà  les  Anges  glorifient;  mais 
«  dans  une  auguste  solennité,  il  ne  convient  pas  de  faire 
«  entendre  des  choses  nouvelles,  ou  légères  d'autorité  ;  il 
«  faut  des  paroles  authentiques,  anciennes,  propres  à  édi- 
«  fier  rÉglise  et  remplies  de  la  gravité  ecclésiastique.  Que 
«  si,  le  sujet  l'exigeant,  il  était  nécessaire  d'employer 
((  quelque  chose  de  nouveau,  il  me  semble  qu'il  faut, 
«  dans  ce  cas,  que  la  dignité  de  l'élocution  jointe  à  celle 
«  de  l'auteur,  rende  les  paroles  aussi  agréables  qu'utiles 
«  au  cœur  des  auditeurs.  Que  la  phrase  donc  resplendis- 
«  santé  de  vérité  fasse  retentir  la  justice,  persuade  l'humi- 
«  lité,  enseigne  l'équité  ;  qu'elle  enfante  la  lumière  de  vé- 
«  rite  dans  les  cœurs;  qu'elle  réforme  les  mœurs,  crucifie 
«  les  vices,  enflamme  l'amour,  règle  les  sens.  S'il  s'agit 
«  de  chant,  qu'il  soit  plein  de  gravité,  également  éloigné 
«  de  la  mollesse  et  de  ;la  rusticité.  Qu'il  soit  suave,  sans 
c(  être  léger;  doux  aux  oreilles,  pour  toucher  le  cœur* 
«  Qu'il  dissipe  la  tristesse,  calme  la  colère  ;  qu'au  lieu 
«  d'éteindre  le  sens  de  la  lettre,  il  le  féconde  :  car  ce  n'est 
«  pas  un  léger  détriment  de  la  grâce  spirituelle  que  d'être 
«  détourné  de  goûter  l'utilité  du  sens  par  la  frivolité  du 
«  chant,  de  s'appliquer  davantage  à  produire  des  sons  ha- 
«  biles  qu'à  faire  pénétrer  les  choses  elles-mêmes  (i).  » 

(1118).  Théotger,  évêque  de  Metz,  écrivit  un  traité  du 
chant  ecclésiastique. 

(11 20).  Hugues,  chanoine  régulier  de  Saint- Victor  de 
Paris,  un  des  plus  illustres  écrivains  mystiques  du  moyen 
âge,  a  passé  pour  être  l'auteur  de  plusieurs  écrits  sur  la  ^^^^^pIhs!^^  ^^ 
Liturgie  qu'on  trouve  dans  ses  œuvres.  Mais  il  est  impos- 
sible de  lui  laisser  les  trois  livres  De  cceremonïts,  Sacra- 
mentis  et  Officiis  ecclesiasticis,  qui  sont  de  Robert  Paulu- 


Théotgef) 

évêque 

de  Metz. 

Hugues, 

chanoine 

régulier    de 


(i)   Vid.  la  NoteE, 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Hugues 

Métellus, 

chanoine 

régulier  de 

Toul. 


Gilbert,    évêque 
de  Limerik. 


3 08  AUTEURS   LITURGISTES 

lus;  ni  Popuscule  intitulé  Z)e  Canone  Mystici  libaminis, 
ejusqiie  ordinibiis,  qui  est  de  Jean  de  Cornouailles.  Le 
Spéculum  de  Mysteriis  Ecclesiœ  ne  paraît  pas  beaucoup 
plus  assuré  à  Hugues  de  Saint- Victor. 

(1120).  Hugues  Métellus,  chanoine  régulier  de  Toul,  a 

laissé  cinquante-cinq  lettres  sur  différents  sujets.  LaLIP  et 

la  LHP  ad  Constantinum,  ont  pour  objet  l'explication  des 

rites  de  PEglise  pendant  le  carême  et  les  trois  semaines  qui 

le  précèdent. 

Le  bienheureux      (ii2o).  Le  bienheureux  Guigues,  cinquième  prieur  de 

^^^^de 'la^^  ^^^   la  Chartreuse,  rédigea  les  fameux  Statuts  qui  portent  son 

^^^  l'euse.     i^Q^^  e^  qyi  forment  aussi  un  des  plus  curieux  monuments 

de  ]a  Liturgie  monastique. 

(1120).  Gilbert,  évêque  de  Limerik,  voulant  aidera 
rétablissement  de  Tunité  liturgique,  en  Irlande,  publia 
une  lettre  circulaire  à  tous  les  évêques  et  prêtres  de  ce. 
pays.  Cette  lettre  est  le  prologue  d'un  opuscule  intitulé: 
De  Statu  Ecclesiœ^  dans  lequel  Gilbert  expose  avec  unj 
détail  intéressant  les  fonctions  sacrées  de  l'évêque  et 
du  prêtre. 

(ii23).  Suger,  illustre  abbé  de  Saint-Denis  en  France, a 
laissé  un  opuscule  sur  la  Dédicace  de  Téglise  de  son  abbaye 
qu'il  avait  rebâtie. 

(i  1 23).  Pierre  Maurice^  dit  le  Vénérable^  abbé  de  Cluriy, 
a  laissé  plusieurs  hymnes,  et  en  particulier  celles  que 
tout  rOrdre  de  Saint-Benoît  chante  dans  la  fête  de  son, 
saint  Patriarche  :  Laudibus  cives  resonent  canojHs  ;  Inter^ 
œternas  superum  coronas,  et  Quidqiiid  antiqui  cecinere^ 
vates.  Les  bénédictins  français  chantent  aussi  celle  que  le] 
même  Pierre  le  Vénérable  a  composée  sur  la  Translation] 
des  reliques  de  saint  Benoît  en  France  et  sur  leur  illation: 
Claris  coiy'ubila,  Gallia,  laudibus. 
Drogon,  (il 28).    Drogon,    abbé    de    Laon,  puis   évêque    d'Os-^ 

eveque  d'Ostie.  ^-^^  ^  laissé  un  livre  De  divinis  Officiis^  seu  hormis  Cano- 

nicis. 


Suger,  abbé 

de 
Saint-Denis. 


Pierre 

le  Vénérable, 

abbé 

de  Cluny. 


DU   XI®   ET    DU    XTI^    SIECLE  SoQ 

(ii3o).  Honorius,  écolâtre  de  Féglise  d^Autun,  est  au-       i  partie 

.  .  .         .  ,  CHAPITRE     XI 

teur  de  la  belle  Somme  liturgique,  intitulée  :  Gemma  ani- 

mœ.  Dom  Bernard  Pez,  en  publiant,  au   deuxième  tome     écoiâ°re^de 
de   son  Thésaurus  anecdotorum  novissimus^  l'importan^       d'Autun 
écrit  intitulé  :  Sacramentarium  o[x  De  Sacramentis^sive  de 
causis  et  signijicatu  mystico  rituum  diviiii  in  Ecclesia 
OJficii,  a  presque  doublé  les  richesses  liturgiques  que  nous 
devons  à  Honorius  d'Autun. 

(ii3o).  Bérold,  gardien    et  Cicendelarius  de.  l'église  de  Béroid,  gardien 
Milan,  écrivit  un  livre  curieux,  intitulé  :  Ordo  et  cœremo-   ^^  U\\-aju 
niœ  Ecclesiœ  Ambrosianœ  Mediolaneîisis. 

(i  i3o).  Hervé  du  Mans,  moine  de  Déols,  au  diocèse  de  Hervé  du  Mans, 

T^  "  1  ,,,..,  .  11  1  moinedeDéols 

-Bourges,  donna  1  explication  des  cantiques  que  Ion  chante 
dans  les  Offices  divins,  et  écrivit  un  livre  de  remarques 
sur  les  altérations  que  le  texte  de  la  Bible  avait  souffertes 
dans  les  Z.^c/'/o/^/ia/re^  de  certaines  églises. 

(i  i3o).  Guillaume    de    Sommerset,  moine  de  Malmes-   Guillaume  de 
,  bury,  fit  un  abrégé  des  livres    d'Amalaire  sur  les  Offices      moine  de  ' 

,.    .  Malmesbury. 

'divins. 

{ti3o).  Pierre  Abailard  qui,  après  une  carrière  aussi  Pierre  Abaiiard. 
brillante  qu'agitée,  embrassa  la  vie  monastique  à  Saint- 
Denis,  fut  abbé  de  Saint-Gildas  de  Ruys,  et  mourut  dans 
l'ordre  de  Cluny,  composa  à  la  prière  d'Héloïse  un  petit 
livre  d'hymnes  et  de  séquences  pour  l'usage  du  monastère 
du  Paraclet.  La  plus  célèbre  de  ces  séquences  est  celle 
pour  la  fête  de  l'Annonciation  :  nous  en  avons  parlé  ci- 
dessus. 

(i  i3o).  Rodulphe,  abbé  de  Saint-Trond,  fut  très-habile  Roduiphe,  abbé 

de 

dans  le  chant  ecclésiastique  et  nota  un  Office  en  l'honneur    Saint-Trond. 
de  saint  Quentin, 
(i  i36).  Rinald   H,  abbé  du  Mont-Gassin    et  cardinal,  Rinaid  ii,  abbé 

.  .  .du   Mont-Cassin 

composa  trois  h3^mnes  en  l'honneur  de  saint  Maur,  trois     et  cardinal. 
pour  saint  Placide  et  une  pour  saint  Sévère,  abbé  du  Mont- 
Gassin. 
(il 40).  Anselme,  archevêque  de  Magdebourg, et  ensuite       Anselme, 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 

archevêque  de 
Ravenne. 

Benoît^ 
chanoine  de 
3aint-Pierre, 


^10  AUTEURS  LITURGISTES 

de  Ravenne,  écrivit  un   traité  De  ordine  pronuntiandœ 
Litaniœ, 

(i  143).  Benoît^  chanoine  de  Saint- Pierre,  écrivit  le  livre 
intitulé  Pollicitus,  dans  lequel  il  rend  compte  des  Offices 
de  toute  Tannée  et  principalement  de  ce  qui  a  rapport  aux 
fonctions  papales.  Dom  Mabillon  a  placé  cet  opuscule 
parmi  les  Ordres  romains,  entre  lesquels  il  occupe  le  on-j 
zième  rang. 

(i  147).  Isaac,  abbé  de  Stella  au  diocèse  de  Poitiers,  écri-1 
vit  une  Épître  assez  longue  sur  le  Canon  de  la  Messe. 

(i  i5o).  Aelrède,  abbé  de  Rhienvall,  au  diocèse   d'York^ 
a  laissé  un  livre  De  Officiis  ministrorum. 

(i  i5o).  Hugues,  abbé  de  Prémontré,  rédigea  le  livre  des; 
cérémonies  de  cet  Ordre,  sous  ce  titre:  Ordinariiim  Prœ-\ 
monstratensïs  Ecclesiœ. 

(i  j5o).  Richard,  chanoine  régulier  de  Saint- Victor  de] 
Paris,  et  Tami  de  Hugues, écrivit, au  rapport  de  Trithème,! 
urt  livre  De  Officiis  Ecclesiœ. 

(ii5o).  Damien,  prémontré,  aux  Pays-Bas,  passe  pour] 
avoir  composé  des  chants  admirables  en  Thonneur  dis  saint; 
Corneille  et  de  saint  Cyprien. 

(  1 1 5o).  Nous  plaçons  à  cette  date  Fanonyme  du  douzièm( 
siècle,  dont  Zazzera  a  publié  en  1784,  d'après  un  ma- 
nuscrit du  Vatican,  un  intéressant  ouvrage  intitulé  :  Sanc- 
tœ  Ecclesiœ  Rituum  ,  divinorumque  Officiorum  expli- 
catio. 
Adam,  chanoine      (i  i5o).  Adam,  chanoine  régulier  de  Saint- Victor  de  Pa- 

régulier  de         /  /,,  i       u   n  '  vi 

Saint-Victor  de  ris,  est  lUustre  par  les  belles  séquences  qu  il  a  composées, 
parmi  lesquelles  on  distingue  celles  de  saint  Etienne,  de  la 
Purification  de  la  sainte  Vierge,  de  la  sainte  Croix,  de  la 
sainte  Trinité,  de  saint  Nicolas,  de  saint  Jean-Baptiste,  de 
saint  Pierre  et  de  saint  Paul,  de  saint  Laurent,  de  saint 
Martin,  sans  oublier  celle  de  saint  Denys  :  Gaude  proie, 
Grœcia,  si  indignement  travestie  par  les  Parisiens  mo- 
dernes. 


Isaac,  abbé  de 
Stella. 


Aelrède,  abbé 
de  Rhienvall. 


Hugues,   abbé 
de  Prémontré. 


Richard, 

chanoine 

régulier  de 

Saint-Victor    de 

Paris, 

Damien, 
prémontré. 


Anonyme  du 
xii®  siècle. 


I  PARTIE 
CHAPITRE  XI 


DU   Xl^   Et   DU    XII''   SIÈCLE  3  I  T 

(i  i5o).  Lisiard,  clerc  de  Téglise  de  Tours,  rédigea  ï Or- 
dinaire^ ou  livre  des  cérémonies  pour  l'usage   de  Téglise  ~ 

Lisiard,  clerc  de 
de  Laon.  *  l'église  de 

(1154).    Denys    Bar-Salibi,    évêqué  [jacobite    d'Amida, 

.    .       ;  .  t  j  1  benys 

a  laisse  en    syriaque    beaucoup    de  monuments    de   sa      Bar-Saiibl, 

t'^         •  -vT  "^         -     1    -  •         i        évêque  Jacobite 

science  liturgique.  Nous  citerons  les  ouvrages  suivants  :  d'Amida. 
Exposition  des  mystères  qui  sont  contenus  dans  le  Saint- 
Chrême,  Exposition  des  mystères  qui  sont  contenus  dans 
V imposition  des  mains ,  ou  l'ordination.  Exposition  de  la 
Messe,  ou  commentaire  de  la  Liturgie  de  saint  Jacques. 
Trois  Anaphores,  dont  l'une  s'est  glissée,  jusque  dans  le 
Missel  des  Maronites,  comme  nous  l'avons  observé  en 
son  lieu,  etc. 

(11 60).  Comme  nous  l'avons  dit  plus  haut,  on  a  attri-  ^  ^^^^î^t^^t^. 

^  '  ^  '        .  Sully,  evequedc 

bué  à  Maurice  de  Sully,  évêque  de  Paris,  plusieurs  ré-  Paris, 
pons  de  l'Office  des  morts.  Peut-être  a-t-il  été  l'auteur  de 
quelques-uns  des  nombreux  versets  ajoutés  à  cette  époque 
au  répons  Libéra  me,  Domine,  de  morte  œterna;  mais 
toutes  les  pièces  qui  composent  actuellement  l'Office  des 
morts  semblent  antérieures  à  ce  prélat. 

(1162).  Jean  Beleth,  recteur  de  l'Université  de  Paris,  a    JeanBeieth, 

V    .      ,  '  recteur. de  . 

publié  Rationale  divinorum  officiorum,  qui  est   un  traité  l'Université  de 
liturgique  très-important. 

(1164).  Michel,  dit  le  Grand,  patriarche  des  Jacobites,  ^^'"^o^and '^  ^*^ 

mit   en  ordre  le  Pontifical  et  le  Rituel  des  Syriens   jaco-  ^  patriarche 

•^  '  des  Jacobites. 

bites  et  composa  une  Anaphore. 
(1166).    Nersès,    natriarche    d'Arménie,    se    réunit    à        Nersès, 

.    j  '  ^  ^  patriarche 

l'Église  romaine   et   publia  un  livre  entier  d'hymnes  de     d'Arménie. 
la  plus  grande  beauté,  qui    sont  encore  en   usage    dans 
l'Église  d'Arménie. 

(1169).    Thomas    de    Bayeux ,    surnommé    l'Anglais,     Thomas  de 
composa  des  chants   pour    l'Eglise,   et  mit   en   ordre    le     surnommé 

i'  nr-  ^m    '       ■  i  l'Anglais. 

livre   d'offices  (Officiarium)   à  l'usage   de    la   cathédrale 
d'York. 
(11 70).  Jean  dé  Gornouailles,  Anglais,  est  auteur  du  livre    cornouaiiks. 


INSTITUTIONS 

LITURGIQUES 


^^2  AUTEURS    UTURGISTES 

intitulé  :  Suiiima  qualiter  fiât  Sacramenium  Altaris  pe?^ 
pirtUie77î  Saiictœ  Crucis  et  deseptem  Canonihiis,  vel  ordi- 
7iibiis  Missœ. 

Robert^         (1170).  Robert  Paululus,  prêtre  d'Amiens,  a  composé 
d'Amiens,      les  trois  livres  De  Cœreinomis,  Sacramentis  et  Officiis, 
qui  se  trouvent  parmi  les  œuvres  de    Hugues  de  Saint- 
Victor. 
Arnuiçhe,  (nyo).  Arnulphe,  chanoine  régulier  d'Arras,  adressa  à 

ciiâ.noinc 

régulierd'Arras.  fVumald,    évêque    de    cette   ville,    un   commentaire  du 

Canon  de  la  Messe, 
sicard,  évoque       (i  i85).  Sicard,  évêque  de  Crémone,  est  auteur  d'un  pré- 

de  Crémone.        .  ^  '  -r 

cieux  ouvrage,  intitulé  :  Mitrale,  vel  siimma  de  divinis 
Officiis, 

^e'^CeUa-Sova'^      (ii^9)-  Ordonius,   moine   espagnol,   prieur  de  Cella- 
Nova,  en  Galice,  publia  une  sorte  de  Rational  des  divins 
offices. 
Adam  de  (i  iQo).  Adanl  de  Corlandon,  moine  de  Citeaux,  doyen 

Corlandon,  \      ^    /  1  •>         j 

moine  de      de  Notre-Dame  de  Laon,  écrivit  un  Ordinaire  de  l'office 
Cîteaux.  .  1     i,tA,   ,. 

divm,  pour  1  usage  de  1  Eglise  de  Laon. 

Conrad,  moine      (iiqo).  Conrad,  moine  d'Hirsauge,  au  rapport  de  Tri- 

d  Hirsauge.  l  ^ 

thème,  composa  un  traité  De  Musica  et  tonis. 

d^J'^Prémontr^       (i  ^ 9<^)-  Richard,  Anglais,  abbé  de  Prémontré,  composa 

un  livre  De  Canone  Missœ. 
Etienne,  évêque      (i  iqi).  Etienne,  évêque  de  Tournay,  nota  le  chant  d'un 

de  Tournay.  -        r->  '         iiir>  . 

omce  de  saint  Gérard  de  la  Sauve-Majour. 
CencideSabeiii,      (1192).    Cenci   de  Sabelli,   cardinal-diacre  du  titre   de 

cardinal-diacre.        .  .  1         1      •  ,  ,. 

sainte  Lucie,  chancelier  de  plusieurs  papes,  rédigea  un 
livre  De  Censibus  Sanctœ  Roinanœ  Ecclesiœ^  dont  une 
partie  considérable  roule  sur  les  cérémonies  de  la  Cour 
romaine;  c'est  cette  partie  que  D.  Mabillon  a  insérée 
parmi  les  Ordres  romains,  au  douzième  rang.  , 

Reiner,  moine       (i  197)-  Reiner,  moiiie  bénédictin,  qui  assista  au  con-  ^ 
cile  de  Latran,  en  i2i5,  écrivit   un    commentaire  sur  les 
neuf  Antiennes  que    l'on  chante  avant  Noël,  et  composa 
sept  hymnes  en  l'honneur  du  Saint-Esprit. 


7 .  — , 

bénédictm, 


i 
i 


DU   XI^   ET   DU   XII®   SIÈCLE 


3l3 


(1198).  Innocent  III  a  laissé,  parmi  ses  écrits,  trois 
livres  De  Mysteriis  Missœ^  qui  le  mettent  au  rang  des 
plus  profonds  liturgistes  du  moyen  âge.  Cet  ouvrage, 
vraiment  digne  de  son  illustre  auteur,  n'a  pas  eu  d'édition 
depuis  celle  d'Anvers,  en  1640  :  aussi  est-il  devenu  presque 
impossible  à  trouver  aujourd'hui.  Il  serait  à  désirer  qu'on 
entreprît  une  édition  complète  des  œuvres  de  ce  grand 
pape  :  il  n'existe  même  pas  de  recueil  qui  contienne 
toutes  ses  lettres.  Plusieurs  le  font  auteur  des  séquences  : 
Vefii^  Sancte  Spiritiis,  et  Stabat  Mater  dolorosa. 

Si  nous  en  venons  mciintenant  à  résumer  les  considé- 
rations qui  se  présentent  à  la  suite  des  faits  si  importants 
racontés  dans  ce  chapitre,  nous  trouvons  que  l'unité  litur- 
gique, recherchée  avec  tant  d'efforts  par  les  plus  saints 
papes  et  par  les  plus  grands  princes,  pourrait  bien  être 
une  des  nécessités  de  la  société  catholique.  Saint  Adrien  P^' 
et  Charlemagne,  saint  Grégoire  VII  et  Alphonse  VI:  c'est 
bien  de  quoi  faire  balance  à  des  théories  modernes 
inventées  et  propagées  par  des  noms  obscurs  ou  sus- 
pects ; 

Qu'il  est  quelquefois  des  sacrifices  d'orgueil  national  à 
faire  pour  amener  un  grand  bien  dans  l'ordre  religieux 
et  social  ; 

Que  les  peuples  catholiques  du  moyen  âge  n'auraient 
peut-être  pas  vu  le  bouleversement  de  la  Liturgie  avec 
le  même  sang-froid  que  les  Français  des  xvni®  et 
xix^  siècles  ; 

Que  la  France,  toute  romaine  d'ailleurs  dans  sa  Litur- 
gie, n'en  fut  pas  moins  féconde  dans  les  embellissements 
que  son  génie  lui  suggéra  d'adjoindre  à  l'ensemble  des 
chants  antiques;  que  l'unité  liturgique  n'étouffe  donc  pas 
le  génie  national;  que  les  siècles  de  foi  produisirent  des 
chants  nationaux  dans  la  Liturgie,  ceque  n'ont  certes  pas 
fait  les  siècles  de  l'innovation  ; 

Enfin,  que  ceux  qui  ont  la  charge  de  composer    les 


.    I  PARTIE 
CHAPITRE    XI 

Innocent  III. 


Conclusions. 


Bi4 


AUTEURS  LITURGISTES 


INSTITUTIONS    pièces  dé  là  Liturgie  doivent  unir  à  l'inspiratiori  dii  génie 

LITURGIQ^UES  ,     , 

"""■"" — "  la  gravité,  l'autorité,  la  sainteté  de  la  vie;  et  si  saint 
Bernard  n'ajoute  pas  à  ces  conditions  celle  de  Vortho- 
doxie  dans  la  foi ^  c'est  que  personne  n'eût  pu  s'imaginer^ 
avant  une  certaine  époque,  que  l'on  en  viendrait  à  char- 
ger des  hérétiques  de  composer  les  hymnes  de  l'office,  et 
d'en  régler,  à  leur  fantaisie,  le  fond,  l'ordre  et  la  distri- 
bution. 


I 


DU   XI*   ET   DU   XII*   SiÈÇbE  3l5 


I    I^ÀRTIÈ 
CHAPITRE  XI 


N0TES  DU  CHAPITRE  XI 


NOTE  A 

Gfegorius  episcdpus|  sérvus  serVorurii  Dei,  Alphonse  et  Sancio  regibus 
Hispaniae,  a  paribus,  et  epîscopis  in  ditione  sua  constitutîs,  salutem  et 
apôstolicam  benedittionèm. 

Cum  beatus  Apostolus  Paulus  Hispaniam  se  adiisse  significet,  ac  postea 
septem  Episcopos  ab  urbe  Roma,  ad  instruendos  Hispaniae  populos,  a 
Petro  et  Paulo  Apostolis  directes  fuisse,  qui,  destructa  idololatria,  Ghris- 
tiânitatem  fundavérunt,  religionem  plantaverunt,  ordinem  et  officium  in 
divinis  cultibtis  agendis  ostenderunt,  et  sanguine  suo  Ecclesias  dedicavere, 
vestra  diligèntia  non  ignoret,  qùaritam  concoi-diam  cum  Romand  urbe 
Hispania  in  religione  et  ordine  divini  Ofïicii  habuisse  satis  patet  :  sed 
postquam  vesania  Priscillianistarum  diu  pollutum,  et  perfidia  Arianorum 
depravatum,  et  a  Romano  ritu  separatum,  irruentibus  prius  Gothis,  ac 
demùm  invadentibus  Sarracenis;  regiium  Hispaniee  fuit,  non  solum  reli- 
gio  est  diminuta,  verum  etiam  mundanae  sunt  opes  labefactatae.  Quaprop- 
ter  ùt  filios  carissimos  vos  adhortor  et  moneo,  ut  vos  sicut  bonae  soboles 
etsi  post  diuturnas  scissuras,  demum  tamen  ut  matrem  rêvera  vestram, 
Romanam  Ecclesiam  recognoscatis,  in  qua  et  nos  fratres  reperiatis,  Ro- 
manae  Ecclesiae  ordinem  et  Officium  recipiatis,  non  Toletanae,  vel  cujus- 
libet  aliae,  sed  istius  quae  a  Petro  et  Paulo  supra  firmam  petram  per 
Christum  fundata  est,  et  sanguine  consecrata,  cui  portae  inferni,  id  est 
linguae  haereticorum,  nunquam  praevalere  potuerunt,  sicut  cetera  régna 
Occidentis  et  Septentrionis  teneatis.  Unde  enim  non  dubitatis  vos  susce- 
pisse  religionis  exordium,  restât  etiam  ut  inde  recipiatis  in  Ecclesiastico 
ordine  divinum  Officium;  quod  Innocentii  Papas  ad  Eugubinum  directa 
Episcopum  vos  docet  epistola,  quod  Hormisdae  ad  Hispalensem  missa  dé- 
créta insinuant,  quod  Toletanum  et  Bracaretise  demonstrant  concilia  : 
quod  etiam  Episcopi  vestri,  ad  nos  nuper  venientes,  juxta  constitutionem 
conciliij  per  scripta  sua  facere  promiserunt,et  in  manu  nostra  firmaverunt. 
(Labb.,  tom.  X,  pag.  53.) 

NOTE  B 

Gregorius  episcopus,  servus  servorum  Dei,  Simeoni  Hispanorum  epis- 
copo,  salutem  et  apôstolicam  benedictionem. 

Cognitis  fraternitatis  tuae  litteris,  gaudio  sumus  repleti,  quoniam  eârri 
quam  erga  Romanam  Ecclesiam  fidem  et  devotionem  geris,  in  eis  plene 


3l6  AUTEURS   LITURGISTES 

ITt^Igiq^es      f §^^^^^^^^/  ^'  ^^^^  /^^^  adulterino  eam  more  deserere,  sed  légitima  pro^ 


lis  successione  amplecti  desideras.  Quapropter,  carissime  frater,  necesse 

est  ut  bene  inceptum  recto  itinere  gradiatur  :  nec  hœretica  débet  pravitate 

minui,    quod   apostolica   constat   traditione   sancitum.    Apostolica    enim 

Sedes,  cui,  quamvis  immeriti,  Deo  auctore  preesidemus,  ipso  gubernante 

firma  permansit  ab  ipsis  primordiis,  eoque  tuente  illibata  perpetuo  per- 

manebit,  testante  eodem  Domino  :  Ego  pro  te  rogavi,  ut  non  deficiat  fides 

tua  ;    et  tu    aliquando  conversus  confirma  fratres  tuos.   His  itaque  fulta 

praesidiis  Romana  te  cupit  scire  Ecclesia,  quod  filios  quos  Ghristo  nutrit, 

non  diversis  uberibus,  nec  diverso  cupit  alere  lacté,  ut  secundum  Apos- 

tolum  sint  unum,  et  non  sint  in  eis  schismata  :  alioquin  non  mater,  sed 

scissio  vocaretur.  Quapropter  notum  sit  tibi  cunctisque  Christi  fidelibus 

super  quibus   consuluisti,    quod    décréta,  quœ  a  nobis,    imo   a  Romana 

constat  Ecclesia  prolata  sive  confirmata,   in   peragendis  a  vobis  ejusdem 

Ecclesiœ  Officiis  inconcussa  volumus  permanere,  nec  eis  acquiescere,  qui  J 

luporum  morsibus  et  veneficiorum  molimine  vos  inficere  desiderant.  Nec  - 

dubitamus  quod,  secundum  Apostolum,  introeant  in  vos  lupi  graves,  lupi 

rapaces,  non  parcentes,  quibus  resistendum  fortiter  est  in  fide.  Ideoque, 

dilectissime  frater,  certa,  et  usque  ad  sanguinis  efFusionem,  si  opportu- 

num  fuerit,  desuda.  Indignum  enim  et  pro  ridiculo  potest  haberi,  quod  ' 

saeculares  homines,  pro  tam  vili  pretio,  tamque  Deo  odibili  commercio,  \^ 

se  ipsos  periculo  ultraneos  exhibeant,  et  fidelis  quisque  irruentibus  cedat  ■ 

hostibus  terga.  Non  enim  ab  eis  poterit  acquiri  virtus  qui  facile  corruunt 

quo  trahuntur.    Quod  autem  filii  mortis  dicuntse  a  nobis  litteras  acce- 

pisse,  sciatis  per  omnia  falSum  esse.  Procura  ergo,  ut  Romanus  ordo  per 

totam  Hispaniam  et  Galliciam,  et  ubicumque  poteris,  in  omnibus  rectius 

teneatur.   Data   Romae,   mense  maii,  indictione  décima  quarta.   (Labb., 
tom.  X,  p.  144.) 

NOTE  G 

Ante  revocationem  (legati  Richardi)  clerus  et  populus  totius  Hispaniae 
turbatur,  eo  quod  Gallicanum  Officium  suscipere  a  legato  et  principe 
cogebantur;  et  statuto  die,  rege,  primate,  legato,  cleri  et  populi  maxima 
multitudine  congregatis,  fuit  diutius  altercatum,  clero,  militia  et  populo 
firmiter  resistentibus,  ne  Officium  mutaretur,  rege  a  regina  suaso,  con- 
trarium  minis  et  terroribus  intonante.  Ad  hoc  ultimo  res  pervenit,  mili- 
tari pertinacia  decernente,  ut  haec  dissensio  duelli  certamine  sedaretur. 
Cumque  duo  milites  fuissent  electi,  unus  a  rege,  qui  pro  Officio  Gallicano; 
alter  a  militia  et  populis,  qui  pro  Toletano  pariter  decertarent,  miles 
régis  illico  victus  fuit,  populis  exultantibus,  quod  victor  erat  miles 
Officii  Toletani.  Sed  rex  adeo  fuit  a  regina  Gonstantia  stimulatus,  quod  a 
proposito  non  discessit,  duellum  indicans  jus  non  esse.  Miles  autem  qui 
pugnaverat  pro  Officio  Toletano,  fuit  de  domo  Matantiae  prope  Pisori- 
cam,  cujus  hodiegenus  exstat.  (Rodericus  Toletanus,  de  Rébus  Hispanice, 
lib,  VI,  cap.  XXVI.) 


DU    Xl^   ET    DU   XII*   SIÈCLE  Siy 

Gumque  super  hac  magna  seditio  in  populo  oriretur,  demum  placuit,  i  partie 

ut  liber  Officii  Toletani,  et  liber  Officii  Gallicani  in  magna  ignis  congerie  chapitre  xi 
ponerentur.  Et  indicto  omnibus  jejunio  a  primate  et  legato,  et  clero,  et 
oratione  ab  omnibus  dévote  peracta,  igné  consumitur  liber  Officii  Galli- 
cani; et  prosiliit  «uper  omnes  flammas  incendii,  cunctis  videntibus  et 
Dominum  laudantibus,  liber  Officii  Toletani  illaesus  omnino  (et)  a  com- 
bustione  incendii  alienus.  [Ibidem.) 

NOTE  D 

Ceterum,  quilibri  in  Ecclesiasticis  Officiis  per  anni  circulum  a  nonnullis 
legantur   (quod    ritum  illum    Apostolica    non    reprobat,    sed    sequitur 
Ecclesia),   pro   fidelium     aediticatione    adnotandum    censuimus.    Quidam, 
quod  in  Septuagesima  ponunt    Pentateuchum  usque  in    XV  diem    ante 
Pascha,  XV  die    ponunt  Hieremiam  usque  in  Cœnam  Domini.  In  Cœna 
Domini  legunt  très  lectiones  de  Lamentatione  Hieremiae  :  Qiiomodo  sedet 
sola  civitas ,  etc.,  et  très   de  Tractatu  S.   Augustini    in  Psalmum   LIV  : 
Exaiidi,  Deus ,  orationem  meam,    et  ne  despexeris  et  très   de  Apostolo, 
ubi  ait  in  Epistola  ad  Corinthios  Convenientibus  vobis  in  unum.  Secunda 
ilectio   sic   incipit  :  Similiter  et  calicem,  postquam  cœnavit.    Tertia  :  De 
Spiritalibus    aiiteni    noliimus   vos    ignorare ,  fratres.    In    Parasceve    très 
lectiones  de  Lamentatione  Hieremiae,  et  très  de  Tractatu  Sancti  Augustini 
in  Psalmum  LXill:  Exaudi,  Deus,  orationem  meam  ciim  deprecor;et  très 
de  Apostolo,  ubi  ait  in  Epistola  ad  Hebraeos  :  Festinemus  ingredi  in  illam 
requiem,  etc..    Secunda  lectio  :  Omnis  namque  Pontifex.   Tertia  :  De  quo 
grandis  nobis  sermo.  In  Sabbato  Sancto  très  lectiones   de   Lamentatione 
Hieremiae  Prophetae,    et   très  de  tractatu   Sancti  Augustini    in    eumdem 
•  Psalmum  LXIII  :  Exaudi,  Deus,  orationem  meam  cum  deprecor,  et  très 
de  Apostolo,  ubi  ait  in  Epistola  ad  Hebraeos  :  Christus  adsistens  Pontifex 
futurorum.  Secunda  lectio  :  Ubi  enim  testamentum  est.  Tertia  :    Umbram 
enim   habens    lex  futurorum   bonorum.    In    Pascha  Domini    homilias   ad 
ipsum  diem  pertinentes,  infra  hebdomadam  homilias.  In  Octavis  Paschas 
ponunt  Actus  Apostolorum,  et  Epistolas  Canonicas,  et  Apocalypsim  usque 
n  Octavas  Pentecostes.  In  Octavis  Pentecostes  ponunt  libros  Regum,  et 
Paralipomenon    usque  in  kalendas  septembris.  In  Dominica  prima  sep- 
tembris  ponunt  Job,  Tobiam,  Hester,  Esdram  usque  in  kalendas  octo- 
bris.  In  Dominica  prima  mensis  octobris   ponunt   librum  Machabœorum 
usque   in  kalendas    novembris.   In  Dominica    prima   mensis    novembris 
ponunt  Ezechielem,  et  Danielem,  et  minores  Prophetas  usque  in  kalendas 
decembris.  In   Dominica   prima   mensis  decembris  ponunt  Esaiam  pro- 
phetam  usque  ad  Nativitatem  Domini.  In  Natali  Domini  legunt  primum 
de  Isaia  très  lectiones.   Prima  lectio   Primo  tempore   alleviata   est  terra 
Zabulon,    etc.    Secunda  :  Consolamini ,    consolamini.    Tertia  :  Consurge, 
consurge.   Deinde  leguntur  sermones,  vel  homiliae  ad  ipsum  diem  per- 
tinentes. In  natali  sancti  Stephani  homilia  de  ipso  die.  In  natali  sancti 


3(8  AUTEURS   LITURGISTE^ 

INSTITUTIONS  Johannis  similiter.  In  nat9.1i  Innocentium  similiter.  In  natali  sancti  Sil- 
LiTURGiQUgs  ^estri  similiter.  In  Octava  natalis  Domini  homilia  de  ipso  die.  In  Domi- 
ïiica  prima  post  Nativitatem  Domini  ponunt  Epistolas  Pauli  usque  ir 
Septuagesimam.  In  Epiphania  lectiones  très  deEsaia.  Prima lectio  incipit: 
Omnes  sitientes.  Secunda  :  Surge,  illuminare,  Hierusalem.  Tertia  :  Gau- 
den§  gaudebo  in  Domino.  Deinde  leguntur  sermones,  vel  homiliae  ad  ipsum 
diem  pertinentes.  {Decretum.  Part.  I,  Distinct.  XV,  cap.  Sancta  Romana.) 

NOTE  E 

Venerabili  Guidoni  abbati  Ar^remarensi ,  et  sanctis  qui  cum  eo  sunt 
fratribus ,  Bernardus  servus  sanctitatis  eorum  ^  servire  Domino  in 
sanctitate. 

Petis,  carissime  mihi  Guido  abbas,  et  tecum  pariter  qui  tecum  sunt 
fratres,  dictare  me  aliqua  vobis  legenda  solemniter,  vel  canenda  in  fes- 
tivitatej  sancti  Victoris,  cujus  apud  vos  corpus  sacratissimum  requiescit. 
Cunctanti  instas",  dissimulantem  urges,  meam  etsi  justam  vefecundiam 
dissimulans  ipse  :  adhibes  mihi  et  alios  precatores,  quasi  sit  aliquid  ad 
inclinandum  me  tuae  voluntati,  tua  ipsa  voluntate  cogentius.  Verum  tu 
vel  proprio  judicio  consulens,  cogitare  debueras  non  afFectum  erga  me 
tuum,  sed  meum  in  Ecclesia  locum.  Sane  altitudo  negotii  non  amicum 
desiderat,  sed  eruditum,  sed  dignum  ;  cujus  auctoritas  potior,  vita  sanc- 
tior,  Stylus  maturior  et  odus  illustret,  et  consonet  sanctitati. 

Quantulusego  in  populo  christiano,  cujus  litterae  in  Ecclesiis  lectitenturr 
Aut  quantula  mihi  ingenii  eloquiive  facultas,  ut  a  me  potissimum  festiva 
et  plausibilia  requirantur?  Quid  ?  quem  cœli  habent  laudabilem  et  lau- 
datum,  ego  de  novo  laudare  incipio  super  terram  ?  Supernis  velle  addere 
laudibus,  detrahere  est.  Non  quod  glorificatos  ab  Angelis,  homines  jam 
laudare  non  audeant;  sed  quia  in  solemnitate  celebri  non  novella  audiri 
decet  vel  levia,  sed  certe  authentica  et  antiqua,  quae  et  Ecclesiam  sedifi- 
cent,  et  ecclesiasticam  redoleant  gravita tem.  Quod  si  nova  audire  libet, 
et  causa  requirit,  ea,  utdixi,  recipienda  censuerim,  quse  cordibus  audien- 
tium  quo  gratiora,  eo  utiliora  reddat  et  eloquii  dignitas  et  auctoris.  Porro 
sensa  indubitata  resplendeant  veritate,  sonent  justitiam,  humilitatem 
suadeant,  doceant  aequitatem  :  quae  etiam  lumen  veritatis  mentibus  pa- 
riant, formam  moribus,  crucem  vitiis,  afFectibus  devotionem,  sensibus 
disciplinam.  Cantus  ipse  si  fuerit,  plenus  sit  gravitate,  nec  lasciviam 
resonet,  nec  rusticitatem.  Sic  suavis,  ut  non  sit  levis;  sic  mulceat  aures^ 
ut  moveat  corda.  Tristitiam  levet  :  iram  mitiget;  sensum  litteras  non  eva- 
cuet,  sed  fœcundet.  Non  est  levis  jactura  gratiae  spiritualis,  levitate  cantus 
abduci  a  sensuum  utilitate  et  plus  sinuandis  intendere  vocibus  quam 
nsinuandis  rébus. 

En  qualia  oportet  esse  quae  in  audieiitiam  Ecclesiae  veniunt,  qualemve 
horum.  auctorem.  Numquid  talis  ego,  aut  talia  quae  paravi  ?  Et  tamen  de  j 
paupertate  mea,    te  puisante,   te  inquiétante,  etsi  non  quia  amicus  es, 


DU   XT^    ET   DU    XII*   SIÈCLE  SlQ 

certe  ob  tuam  oportunitatem  surgens,  juxta  verbum  Domini,  prœstit 
quod  petisti.  Prasstiti  dico,  non  quod  tibi  ad  votum,  sed  quod  mihi  ad 
manum  venire  potuit,  pro  posse  utique  meo,  non  pro  velle  tuo.  Servata 
tamen  antiquorum  veritate  scriptorum,  quae  tu  mihi  transmiseras,  de 
vita  Sancti  duos  sermones  dictavi  qualicumque  sermone  meo  :  illud 
quantum  potui  cavens,  ut  nec  brevitas  obscuros,  nec  prolixitas  reddere^- 
onerosos.  Deinde  quod  ad  cantum  spectat,  Hymnum  composui,  metri  ne- 
gligens,  ut  sensui  non  deessem.  Responsoria  XII,  cum  Antiphonis  XXVII, 
suis  in  locis  disposui,  addito  responsorio  uno  quod  prioribus  vesperis 
adsignavi,  itemque  duobus  aliis  brevibus  ipso  die  festo  pro  vestra  regu- 
lari  consuetudine,  uno  ad  Laudes,  altero  adVesperas  decantandis.Et  pro 
his  omnibus  mercedern  flagito,  sequor  retributionem.  Quidni  sequar  ? 
Sive  placeant,  sive  non,  mea  non  refert,  qui  quod  habui,  dedi.  Ergo 
merces  njea,  oratio  vestra.  (S.  Bernardi  Opéra,  tom.  I,  Epist.  CCCXII.) 


I    PARTIE 
CHAPITRE  XI 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  XII 


REVISION   DE  L  OFFICE  ROMAIN   PAR  LES  FRANCISCAINS.    —  BRE- 
VIAIRE DES    DOMINICAINS^     DES    CARMES,    ETC.  OFFICE    DU 

SAINT  SACREMENT. CARACTERE  DU  CHANT  ECCLESIASTIQUE, 

AU       XIII®      SIÈCLE.    —      AUTEURS      LITURGISTES      DE      CETTE 
ÉPOQUE. 


L'unité 

liturgique 

menacée  dans 

le  patriarcat 

d'Occident 

au  moins   pour 

l'office  divin 

par  la  diversité 

et  la 

multiplicité 

des  usages 

locaux. 


Remède   opposé 

à  ce  mal  par 

la  Providence. 


Saint  Grégoire  VII,  en  réformant  les  livres  de  Toffice 
romain,  avait  eu  principalement  en  vue  la  chapelle  pa- 
pale. La  plupart  des  églises  de  Rome  avaient  pu  adopter 
par  le  laps  du  temps,  cette  forme  réduite  de  l'office; 
mais,  ni  ce  grand  Pontife,  ni  ses  successeurs  n'avaient 
exigé  que  les  diverses  Eglises  de  l'Occident,  soumises  à 
la  Liturgie  romaine,  réformassent  leurs  livres  d'après 
cette  dernière  révision.  Il  en  était  donc  résulté  une  sorte 
de  confusion  qui  devait  nécessiter  plus  tard  une  so- 
lennelle et  dernière  correction.  Cette  confusion  était 
encore  accrue  par  les  offices  des  Saints  que  Ton  ajoutait 
de  toutes  parts  à  Pancien  calendrier  :  ce  qui,  joint  aux 
usages  d^une  Liturgie  antérieure  qui  s'étaient  conservés,  f 
quoiqu'en  petit  nombre,  menaçait  de  plus  en  plus  Tunité 
liturgique  dans  le  patriarcat  d'Occident,  au  moins  pour 
les  offices  divins;  car,  nous  ne  nous  lassons  pas  de  rap- 
peler que  le  Sacramentaire  grégorien,  qui  allait  bientôt 
changer  son  nom  en  celui  de  Mme/ 7'omam,  était  demeuré 
généralement  intact. 

En  attendant  les  mesures  vigoureuses  qui  ne  devaient 
venir  qu'au  xvi*"  siècle,  il  était  donc  grandement  à 
désirer  que  le  bréviaire   de  la  chapelle  papale,   qui,  dès 


RÉVISION  DE  l'office  ROMAIN  PAR  LES  FRANCISCAINS.         .321 

le  XII®  siècle,    avait   déjà  conquis   toutes  les  Églises  de       i  partie 
Rome,  hors  la  basilique  de  Latran,  et  qui  devait  tôt  ou 


tard  succéder  partout  à  l'ancien  office,  s'étendît  de  fait  ou  saint  François 

de    droit   dans   le  reste  de  TOccident.    La    Providence,  ^^dlsclpfer^ 

pour  procurer  cette  fin  si  désirable,  se  servit  de  Tinfluence  to^t^r    d^^ 
que  prit  tout  à  coup  sur  les   sociétés  du  moyen  âse   un     l'office  suivi 

•        •         j  1       u        ui  ^  ^    .  par  l'Eglise 

institut  dont  les  humbles  commencements  ne  montraient  romaine,  12 lo. 
que  mieux  la  sagesse  admirable  de  Celui  qui  se  sert  de 
ce  qu'il  y  a  de  plus  faible  pour  confondre  ce  qu'il  y  a  de 
plus  fort.  Saint  François  d'Assise  parut  sur  la  terre.  Ce 
grand  .patriarche  destinant  ses  nombreux  enfants  à  la  pré- 
dication apostolique,  leur  enjoignit  expressément  de 
garder  inviolable  fidélité  à  l'Eglise  romaine,  et  afin  de 
sanctionner  cette  loi  fondamentale  par  un  lien  extérieur, 
il  ordonna  qu'ils  garderaient  en  tout  l'ordre  de  l'of- 
fice suivi  par  cette  mère  et  maîtresse  de  toutes  les 
Eglises  (i). 

Saint  François    ayant  donné   cette  loi    à  ses   enfants.      Les  frères 
dans  l'année  12 10,  il  était  naturel  que  ceux-ci,  deman- prennent  Poffice 
dant  à  Rome  l'office  qu'ils  devraient  suivre,  elle  leur  assi-   de  la  chipeiie 
gnât   celui   que   gardaient   et   la  chapelle  papale  et   les        P^P^^ie. 
diverses  Eglises  de  cette  capitale  du  christianisme.  «  C'est 
«  donc  l'office   abrégé,   dit   Raoul  de    Tongres,    qu'ont 
«  suivi  les   frères  mineurs.  Ils  intitulent  leurs   bréviaires 
«  et  leurs  divers  livres   d'office,  selon  la  coutume   de  la 
«  Cour     romaine,     secundum    consuetudinem   Romance 
«  Curiœ  (2).  »  En  outre,   cet   office,  étant  plus  court  que 
l'ancien,  susceptible  par  là  même  d'être  transcrit  à  moins 
de  frais,  et  son  volume  devant  causer  moins  d'incommo- 
dité  dans   les  voyages,     les    franciscains   ne    pouvaient 

(i)  Régula  S.  P.  Francisci,  cap.  m. 

(2)  Et  îstud  Officium  breviatum  secuti  sunt  fratres  minores.  Inde  est, 
quod  breviaria  eorum,  et  libros  Officii  intitulant  secundum  consuetudi- 
nem Romance  curiœ  ;  non  autem  curaverunt  mores  aliarum  ecclesiarum 
urbis  Romae  recipere,  et  observare.  {De  Canonum  observantia.  Propositio 
XXII,pag.  3i3.) 

T.  I  21 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Les  bréviaires 

de  la  plupart 

des  églises 

d'Europe  au 

%i\^  et    au  xv^ 

siècle     sont 

distribués 

uivant  la  forme 

de  l'office 

abrégé. 


Révision 
du  bréviaire 

romain 

par  Haymon, 

quatrième 

général    des 

franciscains. 


322  RÉVISION    DE   l'oFFICE    ROMAIN 

manquer  de  le  préférer  à  Tancien  que  gardait  encore 
l'église  de  Latran. 

Déjà  un  grand  nombre  dé'glises  en  Italie  avaient 
adopté  l'office  abrégé.  La  propagation  merveilleuse  de 
l'Institut  des  frères  mineurs  par  toute  l'Europe  et  au 
delà,  fit  bientôt  connaître  en  tous  lieux  cette  nouvelle 
forme  de  la  Liturgie.  Il  serait  difficile,  impossible  même, 
aujourd'hui,  d'apprécier  l'influence  que  ce  fait  exerça 
dans  les  diverses  contrées  de  l'Occident.  Elle  fut  variable 
suivant  les  lieux;  mais  il  est  naturel  de  croire  que  les 
franciscains  que  l'on  vit  en  si  grand  nombre  dès  le  xiii® 
et  le  xiv^  siècle,  élevés  à  l'épiscopat,  n'oublièrent  pas 
tous,  en  changeant  d'habit,  la  forme  d'office  divin  qu'ils 
avaient  jusqu'alors  pratiquée.  Quoi  qu'il  en  soit,  qu'on 
l'attribue  à  l'influence  des  franciscains,  ou  à  la  faveur 
qui  devait,  à  la  longue,  s'attacher  à  l'office  le  plus  abrégé, 
pour  peu  qu'on  ait  feuilleté  les  livres  de  Liturgie  dans  les 
bibliothèques,  on  doit  reconnaître  que  les  bréviaires 
de  toutes  ou  presque  toutes  les  églises  de  l'Europe,  écrits 
OU  imprimés  au  xiv^  et  au  xv®  siècle,  ou  même  dans  la 
première  moitié  du  xvi®,  par  conséquent  avant  la  Bulle 
de  saint  Pie  V,  sont  généralement  distribués  suivant  la 
forme  de  l'office  abrégé,  et  non  plus  suivant  celle  qui 
était  en  usage  antérieurement  à  saint  Grégoire  VII. 

Mais  les  frères  mineurs  attachèrent  leur  nom  au  bré^ 
viaire  romain,  à  un  autre  titre  encore  qu'à  celui  de 
simples  propagateurs.  Haymon,  leur  quatrième  général, 
doit  être  compté  en  la  liste  des  correcteurs,  auxquels  il  est 
redevable  de  la  forme  qu'il  a  gardée  depuis.  Nous 
n'avons  pas  de  détails  précis  sur  les  circonstances  qui 
amenèrent  ce  fait  ;  mais  il  n'en  est  pas  moins  incontes- 
table. Wading  pense  que  cette  commission  fut  donnée  à 
Haymon  par  Grégoire  IX  (i).  Quoi  qu'il  en  soit,  la  cor- 


(i)  Annaîes  Minonun.  Ad  annum  1244  et  Religionis  'i'-j. 


PAR   LES    FRANCISCAINS  323 

rection  du  bréviaire  romain  par  ce  général  des  francis-       i  partie 

,  ^  T  1        T-k  CHAPITRE  XII 

çains,  est  expressément  attestée  par  Jean  de  Parme,  son  - — ■■ 


successeur,  dans  une  lettre  qu'il  écrivit  aux  supérieurs  de 
son  ordre  (i). 
Maintenant,  en  quoi  consista  la  correction  que  fit  Hay-       En  quoi 

,     î      /    .    .  .     .   ^  .  ,  ,  consiste  la 

mon  sur  le  bréviaire  romain  ?  Cette  question  nous  semble  correction  que 
aujourd'hui  insoluble  ;    mais  si   légers    que   fussent  les  aymon. 

changements  ou  améliorations  introduits  par  Haymon, 
ils  étaient  néanmoins  assez  considérables  pour  que  les 
livres  en  usage  à  cette  époque  dans  les  églises  de  Rome, 
quoique  conformes,  suivant  le  témoignage  d'Abailard,  à 
ceux  de  la  chapelle  papale,  ne  se  trouvassent  plus  d'ac- 
cord avec  ceux  des  frères  mineurs.  C'est  ce  que  nous 
apprend  Raoul  de  Tongres,  qui  dit  en  parlant  de  Nico- 
las III  :  «  Il  fit  ôter  des  églises  de  la  ville  cinquante 
«  antiphonaires,  graduels,  missels  (2),  et  autres  anciens 
«  livres  d'office,  et  ordonna  que  ces  mêmes  églises  se  ser- 
«  vissent  à  l'avenir  des  livres  et  bréviaires  des  frères 
«  mineurs,  dont  il  avait  confirmé  la  règle  ;  c'est  pourquoi 
«  aujourd'hui  à  Rome,  tous  les  livres  sont  nouveaux  et 
«  franciscains  (3).    »    Plusieurs   auteurs  ont  révoqué  en 

(i)  Quia,  sicut  indubitanter  cognovi^nonnulli  fratresOfïicium  divinum, 
qui  {sic)  de  régula  nostra  secundum  or4inem  S.  R.  E.  celebrare  debernus 
iji  littera  mutare  interdum,  sed  id  cantu  maxime  variare  praesumunt,  etc. 
duxi  praesentibus  injungendum,  quod  praeter  id  solum,  quod  ordi- 
narium  Missalis,  et  Breviarium  a  fratre  Haymone  sanctae  recordationis 
praedecessore  nostro  pio  correctum  studio  per  sedem  apostolicam  confir- 
matum,  et  approbatum  postea  nihilominus  per  générale  capitulum  nos- 
citur  continere,  ut  nihil  omnino  in  cantu,  vel  littera  sub  alicujus  festi 
seu  devotionis  obtentu  in  hymnis ,  seu  responsoriis....  in  choro  mutari...i 
modo  aliquo  permittatis.  (Wading.  Annales  M inorum.  Ad  annum  124g.) 

(2)  Il  y  a  ici  quelque  exagération  ;  car  nous  ne  voyons  dans  aucun 
autre  historien  que  les  frères  mineurs  aient  touché  au  Missel,  dont  Tin- 
tégrité  est  clairement  démontrée  par  les  manuscrits. 

(3)  Fecit  (Nicolaus)  In  ecclesiis  urbis  amoveri  Antiphonarios,  Gradualia, 
Missalia  et  alios  libros  Oflicii  antiquos  quinquaginta,  et  mandavit,  ut  de 
cetero  fçclesiae  urbis  uterentur  libris,  et  Breviariis  fratrum  mjnorum, 
quorum  regulam  etiam  confîrmavit;  unde  hodie  in  Roma  omnes  libri 
sunt   novi  et   fraacis€ani.  (Radulphus.  Ibid.,  pag.  314.) 


324  RÉVISION   DE    L^OFFICE   ROMAIN 

INSTITUTIONS     doutc   ccttc   asscrtion    de    Raoul   de    Tongres,    appuyés 

LITURGIQUES  ^  ^  o  1  X       J 

sur  ce  que  dit  Abailard,  que,  dès  le  xii^  siècle,  les  églises 

de  Rome,  celle  de  Latran  exceptée,  ne  suivaient  plus 
Tancien  office;  mais  nous  répondons  quelles  pouvaient 
néanmoins  avoir  retenu  les  anciens  livres,  en  ayant  soin 
d^omettre,  dans  le  chant  du  chœur,  les  parties  retranchées 
par  saint  Grégoire  VII.  La  correction  d'Haymon  ayant 
entraîné  de  plus  grands  changements,  des  additions  peut- 
être,  ces  livres,  si  on  les  eût  conservés,  pouvaient  devenir 
un  obstacle  à  Tuniformité. 

La  correction        Raoul  de  Tongres,  qui,  du  reste^   se   montre  très-peu 

franciscaine,      /•  i  i  r  ^  •  •  i  •  i 

quoiqu'en  dise  lavorable  aux    ireres  mineurs,   signale  avec  aigreur  les. 
de  Tongres,     défauts  de  la  correction  d'Ha37mon.  Il  accuse  les  francis- 
^'^deïraSdeï"^  cains  d'avoir  défiguré  Toffice  romain,  disant  que  leur  bré- 
modifications    yiaire  présente  de  grandes  différences  avec  Tantiphonaire, 

dans  la  Liturgie  r  o  r  ^ 

romaine.      tel  qu'on  le  trouve  dans  Amalaire,  Walafrid  Strabon  et 
les  autres  liturgistes  du  ix®  et  du  x®  siècle  ;  il  leur  reproche 
amèrement  d^avoir^ augmenté  le  nombre  des  ièîQs  doubles, 
inséré    beaucoup    de   saints    qui    n^appartiennent  qu'au 
calendrier  local  de  Rome,  etc.  Sur  ces  dernières  imputa- 
tions, il  est  fondé,   sinon  en  raison,    du  moins   en  fait  ; 
quant  à  la  première,  elle  tombe  devant  la  réalité.  Nous 
avons  dans  la  collection  liturgique  du  B.  Tommasi,  un 
Antiphonaire  entier,  à  l'usage  de  Péglise  de  Saint-Pierre, 
et  écrit   sous  le   pontificat  d'Alexandre    III,  qui  siégea 
en  r  169  :  or,  cet  antiphonaire,  qui  renferme  l'office  réduit 
par  saint  Grégoire  VII,  est  presque  entièrement  semblable 
au   bréviaire    romain  actuel,    lequel   est   tout   à   la   fois 
l'abrégé  de  l'antiphonaire  grégorien  et  le  bréviaire  des 
frères  mineurs.  Si  donc  il  existe  des  différences   entre  les 
livres  romains  tels  qu'on  les  voit  dans  Amalaire,  et  lebré- 
viaire     des  franciscains,   il   faut  les    attribuer    principa- 
lement aux  réductions  faites  par  saint  Grégoire  VII,  et  se 
rappeler  aussi  que  l'antiphonaire  de  Metz  renfermait  plu- 
sieurs pièces  qui  n'étaient  pas   d'origine  romaine.  Con- 


PAR   LES   FR.\NCISCAINS  *  325 

cluons  donc  de  tout  ceci  que  la  correction    franciscaine       i  partie 

CHAPITRE   XII 

n'a  pas  entraîné  de  grandes  modifications  dans  la  Liturgie " 

romaine,  et  que  l'ancien  fonds  grégorien  est  toujours  de- 
meuré le  même. 

Les  frères  mineurs  ajoutèrent  au  'propre  du  bréviaire  Les  frères 

les  offices  des  saints  que  leur  ordre  ne  tarda  pas  à  enfan-  ajouterft^pour 

ter,  et  particulièrement  celui  de  saint  François.  Tous  ces  au^propr?du 

offices  composés  en  prose  cadencée  et  rimée,  sont  une  des  ^  bréviaire 

,  ,  des  omces  de 

richesses  littéraires  du  xiii®  et  du  xiv^  siècle.  Nous  regret-  leurs  saints  en 

^  prose  rhvthmée 

tons    que    l'espace  nous    manque   pour    en    insérer   ici         d'une 

...  .  .  onction  naïve. 

quelques  traits  d  une  onction  naïve,  comme  toutes  les  oeu- 
vres de  Tordre  séraphique,  à  cette  époque  de  sa  grande 
gloire.  Depuis,  le  xviii^  siècle  a  soufflé  son  vent  glacé  sur 
ces  fleurs  si  fraîches  et  si  tendres  :  les  franciscains  des 
provinces  de  France,  avant  de  s'éteindre  sous  les  coups  de 
la  sécularisation,  élaborèrent  pour  leur  ordre  une  série  de 
nouveaux  offices  dans  lesquels  on  ne  trouve  plus  la 
moindre  trace  de  ces  touchants  cantiques  que  Tâge  hé- 
roïque des  frères  mineurs  avait  consacrés  à  la  gloire 
de  saint  François,  de  sainte  Glaire,  de  saint  Bonaventure, 
de  saint  Antoine  de  Padoue^  etc.  Clément  XIV,  Francis- 
cain conventuel,  accéda  aux  vœux  de  son  ordre,  en 
approuvant  les  offices  réformés  qu'on  lui  présenta. 

Les  frères  prêcheurs  que  Dieu  donna  à  son  Église  par      Les  frères 

prêcheurs 

le  ministère    de  saint   Dominique,  quelques  années  avant    adoptent  un 
les    frères    mineurs,  méritent  une  place  distinguée  dans  et  unVréviaîre, 
les  annales  de  la  Liturgie.  Fondés  en  France   et  bientôt  fondSe^romain 
établis  à  Paris  par  saint  Louis,  dans  leur  illustre  couvent   je^emprunts 
de  la  rue  Saint-Jacques,  d'où  ils  ont  pris  le  nom  de   faco-  nombreux  faits 

■^         ^  ^         ^  ^  aux  usages 

bins,  leurs  usages  liturgiques,  auxquels  ils  sont  demeurés   des  Églises  de 

'      .  d.Q  France 

fidèles,  nous  font  connaître  ceux  des  Eglises  de  France  et  et  spécialement 
particulièrement  de  TEgUse  de  Paris,  au  xm^  siècle.  Pour       ^e  Paris. 
la  messe,  ils  ont  gardé  plusieurs   rites  et  prières  dont  la 
plupart  se  retrouvent  dans  les  missels  français  du  xiii*'  au 
xv^  siècle  :     le  texte   du  missel  est  d'ailleurs  le   romain 


326  BRÉVIAIRE 

INSTITUTIONS     pyj-^    g^uf  quclqucs  légères    différences.   Quant  au   bré- 

LITURGIQUES  .... 

'  viaire,  il  fut  rédigé  dans  le  couvent  de  la  rue  Saint-Jacques, 
eri  1253,  par  Humbert  de  Romans,  qui  fut  depuis  gé- 
néral de  l'ordre.  A  l'exception  des  fêtes  d'ordre,  et  de 
quelques  rites  peu  nombreux,  tout  ce  qui,  dans  ce  bré- 
viaire, paraît  surajouté  au  romain,  se  retrouve  dans 
Pancien  parisien  (i)  :  c'est  ce  qui  rend  ce  bréviaire  infini- 
ment  curieux,  surtout  depuis  que  FEglise  de  Paris  a 
abjuré  la  masse  de  ses  traditions. 
L'inspiration        Les  offices  des  saints  de  l'ordre,  au  bréviaire  domini- 

liturgique  que         .  ^  ,  i-    /    i,  ,  .       , 

les  dominicains  cain,  sont  formes  en  totalité  d  une  prose  mesurée  et  rimee, 

^conservée^^    comme  ceux  des   frères  mineurs;  mais  l'accent  de  triom- 

^"^^manTère^^^  P^^'  ^^  pompe  du  langage  qui  en  font  le  principal  caracv 

'^ar^Fa^c^ent^d^  ^^^^'    Contrastent  d^une   manière  caractéristique   avec  la 

triomphe      simplicité  naïve  des  offices    franciscains.  Il  faut  dire,   de 

et  la  pompe  ^  ... 

du  langage  avec  plus,  à  la  louange  de  Tordre  dominicain,  qu'il  a   su  de- 
là simplicité  i     ^    •    •        j  •        •  j      i,  •       n- 

naïve  des  offices  tendre  son  bréviaire  des  tentatives  de  lesprit  d  innova- 
tion,  et  qu'il  est  le  seul  qui,  dans  ces  derniers  temps,  ait 
conservé  l'inspiration  liturgique  dans  les  compositions 
que  les  fêtes  de  ses  nouveaux  saints  ont  exigées.  Les  of- 
fices de  saint  Pie  V,  de  sainte  Rose  de  Lima,  de  saint 
Louis  Bertrand,  de  sainte  Catherine  de  Ricci,  sont  aussi 
parfaitement  dans  la  couleur  du  xiii®  siècle,  que  les  plus 
anciens  du  Répertoire  dominicain.  L'office  du  saint  Ro- 
saire, rédigé  dans  ces  dernières  années,  montre  que  cet 
ordre  illustre  n'a  point  perdu  ses  traditions;  seulement, 
on  regrette  de  ne  plus  retrouver  en  entier,  dans  la  nou- 
velle édition  du  bréviaire  dominicain,  qui  est  de  i834, 
l'admirable  office  de  tous  les  Saints  de  l'ordre^  qu'on 
lisait  dans  les  éditions  précédentes.  On  a  malheureuse- 
ment changé  plusieurs  antiennes  et  huit  leçons,  inspirées, 
par  ce  noble  esprit  de  corps,  qui  doit  animer  tous 
les  ordres  religieux,  mais  qui  est  si  bien  à  sa  place  dans 

(i)  Liturgia  Domenicana  spiegata  in  tutte  le  sue  parti,  da  fra  Luigi 
Vincenzo  Cassitto.  Tom.  I,  pag.  li. 


DES  DOMINICAINS^   DES  CARMES,   ETC.  827 

cette  fête  qui  leur  est  commune  à  tous  et  qui  est  destinée 
à  célébrer  toutes  les  faveurs  dont  Dieu  les  a  honorés,  tous 
les  grands  hommes  qu'ils  ont  produits. 

Le  bréviaire  des  carmes  offre  aussi  beaucoup  de  rap- 
ports avec-  le  bréviaire  romain-parisien.  Il  est  vrai  que 
ces  religieux  ont  prétendu  que  leur  office  était  celui  de 
l'Église  latine  de  Jérusalem,  qu'ils  avaient  reçu  de  saint 
Albert,  leur  restaurateur,  et  qu'ils  avaient  apporté  avec 
eux,  en  passant  en  Occident.  Mais  cet  office,  pour  avoir 
été  celui  de  Jérusalem,  n'en  était  pas  moins  d'origine 
française.  Guillaume  de  Tyr  rapporte  expressément  que 
Godefroy  de  Bouillon,  instituant  le  rite  latin  dans 
l'église  du  Saint  Sépulcre,  établit  Toffice  divin  et  les  céré- 
monies, comme  dans  les  grandes  églises  de  France,  et 
nomma  chantre  de  la  basilique,  Anselme,  chanoine  de 
Paris  (i). 

Les  trinitaires,  les  augustins,  les  religieux  de  Sainte- 
Croix  et  plusieurs  autres  corps  fondés  vers  la  même  épo- 
que, ont  pareillement  fait  l'office,  pendant  plusieurs 
siècles,  suivant  l'usage  de  Paris. 

On  comprendra  aisément,  diaprés  tous  ces  faits,  l'ex- 
tension donnée  à  la  Liturgie  romaine-française^  bien  au- 
delà  des  limites  du  royaume.  Les  instituts  que  nous 
venons  de  nommer,  et  qui,  joints  aux  ordres  de  Gîteaux 
et  de  Prémontré,  s'étendirent  avec  tant  de  rapidité,  ache- 
vèrent de  faire  connaître  à  l'Europe  les  beaux  chants  que 
la  France  avait  ajoutés  aux  mélodies  grégoriennes;  de 
toutes  parts  on  les  adopta,  et  ils  se  marièrent  aisément 
au  bréviaire  réformé  de  saint  Grégoire  VII  et  des  frères 
mineurs.  Chaque  Église  puisa  avec  plus  ou  moins 
d'abondance  à  cette  source  féconde,  et  l'on  vit,  ce  qui  ne 
s'est  jamais  reproduit  depuis,  les  nations  qui  avaient  mis 
en  commun  les  trésors  de  la  foi  et   de  l'unité,  cimenter 


I  PARTIE 
CHAPITRE  tlt 


Bréviaire    des 

carmes. 

son    origine 

française. 


Autres 

bréviaires 

suivant  l'usage 

de  Paris. 


Extension 
de  la  Liturgie 
romaine- 
française  en 

dehors 
du  royaume. 


(i)  Grancolas.    Commentaire    historique    sur    le     Bréviaire    Romain. 
Tom  I,  p.  93. 


328  PROPAGATION 

ut^Jrgiques  ^^"^  merveilleuse  union  par  un  échange  de  cantiques  re* 
■  ligieux.  Mais  on  ne  saurait  trop  le  dire,  la  France  eut  la 
principale  part  dans  la  suprématie  des  chants;  il  lui  fut 
donné  de  conipléter  Foeuvre  de  saint  Grégoire,  et  si, 
depuis,  elle  a  oublié  cette  gloire,  elle  pourra,  quand  elle 
voudra,  consulter  les  livres  liturgiques  des  Églises  étran- 
gères, ou  ceux  encore  des  ordres  religieux  qu'elle  a  expul- 
sés de  son  sein  ;  elle  y  retrouvera  les  douces  mélodies 
que  ses  évêques,  ses  moines  et  ses  rois,  composaient 
pour  TEurope  entière,  durant  le  xi®  et  le  xii^  siècle. 

La  Liturgie        C'est  ici  le  lieu  de  parler  plus  en  détail  de  la  propasa- 

romaine-  •         j     i      t  ■  •  •        r  r      r    d 

française  tiou  de  la  Liturgie  romaine-française.  Nous  venons  de  la 
dansTÉptise    ^^^^  établie,  suivant   l'usage  de    Paris,  dans  l'Église  de 

^"  eïsiÉ?  ''  Jérusalem,  par  Godefroy  de  Bouillon.  Elle  Pavait  été, 
auparavant,  en  Sicile,  par  les  princes  normands,  comme 
d'anciens  manuscrits  liturgiques  en  font  foi.  Les  ducs 
d'Anjou  Py  maintinrent,  ainsi  que  le  prouvent  des  mis- 
sels et  bréviaires  contemporains  de  leur  domination  sur 
cette  île  (i);  et,  ce  qui  est  plus  remarquable,  il  existe 
encore  plusieurs  missels  imprimés  à  Venise,  dans  la  pre- 
mière moitié  du  xvi^  siècle,  qui  portent  ce  titre  :  Missah 
Gallicanum  juxta  usum  Messanensis  Ecclesiœ,  et  un  bré- 
viaire de  1 5 12,  également  imprimé  à  Venise,  et  intitulé  : 
Breviarium  Gallicanum  ad  usum  Ecclesiarum  Sicula* 
rum, 

dans  les  Éelises      La  bulle  de  saint  Pie  V,  dont  nous  parlerons  bientôt, 

de  Rhodes  ^      ^  '        - 

et  de  Malte,  put  seule  déraciner  de  cette  contrée  les  usages  liturgiques 
que  nos  armes  y  avaient  introduits,  et  qui  survécurent, 
comme  Pon   voit,  à  la  domination  française. 

Nous  retrouvons  encore  ailleurs  la  liturgie  parisienne. 
Des  monuments  positifs  nous  apprennent  que  les  grands 
maîtres  français  de  Pordre  de  Saint-Jean  de  Jérusalem 
Pinstituèrent    jusque  dans  les  Églises  de   Rhodes  et  de 

(i)  Johannes  de  Johanne,  Z)e  Divinis  Siculornm  Officiis,  Cap.  V,  VIII,  X, 
XII  et  seq. 


DE   LA   LITURGIE   ROMAINE-FRANÇAISE  329 

Malte  (i).  Saint  Louis,   dans  ses  voyages  d'outre-mer,  la       i  partie 

^     '  '  *^      C)  7  CHAPITRE  XII 

faisait  célébrer  devant  lui  avec  toute  la  pompe  dans  les  ""'"' 

cérémonies  et  toute  l'exactitude  dans  les  chants  que  com- 
portait la  commodité  plus  ou  moins  grande  de  ses  divers 
campements. 

L'estime  que  nos  anciens  rois  faisaient  de  cette  Liturgie       H^He  smt 

,     .^  ,  .  T  1       ^^  chapelle  du 

les  avait  portés  à  en  étendre  Tusage  à  plusieurs  lieux  du     roi  dans  ses 

^  ji'-         JJ--        j-n-      déplacements,et 

royaume,  en  dehors  même  des  limites  du  diocèse  de  Pans,  est  adoptée  dans 
D'abjDrd,  en  quelque  endroit  qu'ils  se  trouvassent,  ils  fai-  royaux  et 
saient  célébrer  devant  eux^  suivant  l'ordre  de  ce  rite  ^^^^égîffes.^^^^^^ 
observé  minutieusement,  et  ne  se  contentaient  pas  des 
Liturgies  des  autres  Eglises  qui  mêlaient  leurs  usages  à 
ceux  de  Paris.  En  outre,  le  bréviaire  de  cette  Eglise  était 
le  seul  que  l'on  pût  suivre  dans  les  saintes  chapelles,  du 
Palais,  de  Vincennes,  de  Dijon,  de  Champigny  au  dio- 
cèse de  Chartres,  de  Ghâteaudun,  et  généralement  dans 
toutes  celles  des  châteaux  royaux.  Il  faut  ajouter  encore  à 
ce  compte,  les  églises  royales  de  Bourges,  de  Bourbon, 
du  Gué-de-Maulny  ou  de  Saint-Pierre-Ia-Cour,  au  Mans, 
de  Saint-Clément  de  Compiègne,  de  Saint-Firmat  de 
Mortain,  au  diocèse  d'Avranches.  Grancolas,  à  qui  nous 
empruntons  cette  précieuse  énumération,  nomme  encore 
plusieurs  églises  de  la  ville  et  du  vicariat  de  Pontoise, 
comme  la  collégiale  et  les  paroisses  de  Saint-André,  de 
Saint-Maclou  et  de  Saint-Pierre  ;  et  enfin  les  paroisses  d'An- 
nery,  de  Nivelières,  de  Génicourt,  d'Osny  et  de  Pizeux, 
qui  dépendaient  du  chapitre  de  Saint-Mellon  (2).  Nous  ver- 
rons plus  loin  comment  la  Liturgie  de  Paris  fut  ôtée  de  la 
chapelle  du  roi,  pour  y  faire  place  aux  livres  contenant 
l'office  romain  dans  toute  sa  pureté. 

Ce  genre  de  détails  nous  amène  naturellement  à  parler  zèle  déployé  par 

11  ./^i  '      \     ^}  ^  j''  ^^    les  rois  à  cett» 

de  la  piete  des  rois  a  1  époque  que  nous  décrivons,  et  a        époque 

pour  la  Liturgie. 

(i)  Paciaudi,  De  Cultu  S.  Joannis  Baptistœ,  pag.  413. 
(2)  Grancolas,     Commentaire    historique     sur     le    Bréviaire    romain, 
tom.   I,  pag.  64. 


3^0  PROPAGATION 

o^S^    ^^^^^^^^  ^''  ^^tes  de  leur  zèle  pour  la  Liturgie.  A  la  tête 

~  des  souverains  du  xiii«  siècle  qui  se  sont  montrés  les  plus 

dévots  pour  les  saints  offices,  nous  devons  placer  le  plus 

Saint  Louis,  dévot  d'entre  eux,  saint  Louis,  d'héroïque  mémoire.  On 
peut  dire  que  l'histoire  de  ce  grand  prince,  sous  le  rapport 
de  sa  piété,  n'a  point  encore  été  écrite  :  nous  emprunte- 

Son  affection    ^'^^s  à  lun   de  ses   biographes   contemporains  quelques 

^""dlvin.  ""^  t^^its  propres  à  le  montrer  sous  le  point  de  vue  qui  nous 
occupe.  Geoffroy  de  Beaulieu,  qui  fut  le  confesseur  de 
saint  Louis,  rapporte,  entre  autres  choses,  que  ce  pieux 
roi  observa,  pendant  quelque  temps,  la  coutume  de  se 
lever  à  minuit;  s'étant  ainsi  arraché  au  sommeil,  il  chan- 
tait matines  avec  ses  chapelains  et  restait  ensuite  en 
prière  autant  de  temps  qu'il  savait  que  les  mêmes  ma- 
tines avaient  coutume  de  durer  dans  Téglise  cathédrale. 
Ces  longues  veilles  devenant  préjudiciables  à  sa  santé,  il 
prit  le  parti  de  se  lever  de  manière  à  pouvoir  entendre 
bientôt  prime,  la  messe  et  les  autres  heures,  sitôt  qu'on 
aurait  achevé  le  chant  des  matines.  Il  faisait  assister 
les  princes  ses  enfants,  dès  leur  jeunesse,  à  toutes  les 
heures  canoniales.  Après  compiles,  on  chantait  l'antienne 
à  la  sainte  Vierge,  usage  qui  fut  adopté  depuis  dans  le 
reste  de  FÉglise,  et  tout  se  terminait  par  l'aspersion  de 
Teau  bénite.  Il  obligeait  en  outre  ses  fils  à  réciter  en  par- 
ticulier le  petit  office  de  la  sainte  Vierge. 
Il  n'interrompt       Pendant  la  navigation  pour  la  croisade,  il  avait  obtenu 

pas  ses   pieuses  ,  .      .  ]:  .  ' 

habitudes      ia  permission  de  faire  porter  l'Eucharistie  sur  son  vais- 

pendant  ti       r  •      •       i  11 

la  croisade,  seau.  11  y  îaisait  chanter  les  heures  canoniales,  et  la  messe 
même  :  on  omettait  seulement  le  Canon;  mais  les  prêtres 
et  les  ministres  étaient  revêtus  de  leurs  ornements  sacrés. 
Nous  voudrions  pouvoir  suivre  le  royal  chevalier  dans  la 
visite  des  saints  lieux  et  raconter  avec  quelle  ferveur  il 
faisait  célébrer  les  sacrés  mystères  dans  les  lieux  mêmes 
où  ils  se  sont  accomplis.  Nous  nous  contenterons  de  citer 
un  seul  trait  du  récit  de  Geoffroy  de  Beaulieu.  Il  raconte 


DE   LA   LITUjlGIE   ROMAINE-FRANÇAISE  33  I 

comment  le  saint  roi  célébra  la  fête  de  l'Annonciation  à     J^f^^^^^^^ 

Nazareth,  et  dit  ces  paroles  :  «  Combien  dévotement  il  se  - 

«  comporta  en  ce   lieu,  combien  solennellement  et  glo- 

«  rieusement  il  y  fit  célébrer  vêpres,  matines,   la   messe 

«  et  les  autres  offices  d'une  si  auguste  solennité  !  Ceux-là 

«  peuvent  en  témoigner  qui  y  furent  présents;  et,  certes, 

«  plusieurs  ont  pu  dire  en  toute  vérité,  que  depuis  le  jour 

«  auquel  le  Fils  de    Dieu,  dans  ce  même  lieu,  prit  chair 

(c  de- la  glorieuse  Vierge,  jamais  si  solennel  ni  si   dévot 

«  office  n'y  fut  accompli  (i).  » 

Le  glorieux  contemporain  de  saint  Louis,  roi  et  cheva-  p^,^?^^;;^,  roi 
lier  comme  lui,  saint  Ferdinand,  roi  de  Castille  et  de  de  Castiiie. 
Léon,  ne  fut  pas  moins  zélé  pour  les  divins  offices.  Ro- 
drigue rapporte  en  détail  les  actions  de  sa  piété; 
comment  il  assistait  à  toutes  les  heures  du  jour  et  de  la 
nuit,  même  dans  ses  campagnes  ;  comment  il  chantait  avec 
les  clercs  les  divins  cantiques,  et  ne  dédaignait  pas  de 
remplir  lui-même  quelquefois  Toffice  de  chantre  (2). 

Parlerons-nous  de  cet  autre  brillant  chevalier,  Richard  (.^^^^^^^'^^Lion. 
Cœur  de  Lion,  qui  remplit  l'Orient  et  TOccident  du 
bruit  de  sa  gloire?  Les  chroniques  d'Angleterre  nous 
disent  comment  il  se  levait  chaque  jour  de  grand  matin 
pour  chercher  d'abord  le  royaume  de  Dieu  et  sa  justice; 
comment  il  se  rendait  à  TÉglise  et  n'en  sortait  point  qu'il 
n'eût  entendu  tout  l'office  ecclésiastique  (3). 

Henri  III,  l'un  de  ses  successeurs,  entendait  tous  les      Henri  Iil, 
jours    trois  messes  en  note,  c'est-à-dire  en  plain-chant, 

(1)  Quam  dévote  ibidem  se  habuerit,  quam  solemniter  et  gloriose 
fecerit  celebrari  vesperas,  matutinas,  missam,  et  cetera,  quae  ad  solem- 
nitatem  tam  celebrem  pertinebant,  testes  esse  possunt,  qui  affuerunt,  de 
quibus  nonnulli  attestari  veraciter,  sive  edere  potuerunt,  quod  postquam 
Filius  Dei  in  eodem  loco  de  gloriosa  Virgine  carneni  assumpsit,  nunquam 
tam  solemne,  tamque  devotum  Officium  fuerit  ibi  factum.  [S.  Ludovici 
vita  per  Gaufridum  de  Bello  loco,    cap.  iv.) 

(2)  Roderic.  Toletan.  Dt  Rébus  Hispan. 

(3)  Roger.  Pag.  753. 


332  OFFICE 

ut'ukoi'Zs  ^^^^^  ^^'  "^^ss^s  basses  auxquelles  il  avait  assisté.  Saint 
Louis  rayant  exhorté  à  employer  au  moins  une  partie  de 
ce  temps  à  écouter  des  prédications,  le  pieux  roi  d'An- 
gleterre lui  fît  cette  admirable  réponse  qui  peint  si  bien  la 
tendre  piété  du  moyen  âge  :  «  J'aime  encore  mieux  voir 
c(  plus  souvent  celui  que  j^aime,  que  d'entendre  seulement 
«  parler  de  lui  (i).  » 

eJctZr  le.      ^^^'  ^^^'^""^  ^''^''''^  ^"^  ""''''  ^^^^^^  l^s  rois  de  la  catho- 
princes        ^cite.  (^ommeut  les  peuples  n'auraient-ils  pas  eu  une  inef- 

sur  les  peuples.  ^^^^^^  intelligence  des  choses  de  la  vie  mystique,  quand  un 
Louis  IX  et  un  Richard  P^',  par  exemple,  princes  si  dif- 
férents  d'ailleurs,  se  réunissaient  dans  l'amour  passionné 
des  chants  et  de  la  prière  liturgique,  et  passaient  chaque 
jour  de  longues  heures  à  vivre  d'une  vie  de  foi  et  d^amour 
des  choses  célestes  ?  Mais,  après  le  xiii«  siècle,  cette  géné- 
ration de  princes  qu'on  appelait  liturgistes,  et  dont 
la  série  commence  à  Pépin  et  à  Charlemagne,  se  brise 
tout  à  coup.  Philippe  le  Bel  avait  bien  autre  chose  à  faire 
que  de  chanter  des  répons  :  les  Pierre  Flotte  et  les  Guil- 
laume de  Nogaret  lui  semblaient  recrues  plus  avanta- 
geuses que  les  frères  prêcheurs  et  les  frères  mineurs  de 
son  aïeul. 

chréîienne         ^^  ^"^'  ^^^^^^  ^^^  ^^  théâtre  d'un  événement  liturgique 

coi^iilFau  "^'^^^  ^^  ^^^^^  portée,  que,  depuis,  un  semblable  ne  s'est 

^"""^HieTiède '''' P^s  encore  reproduit.  Nous  voulons  parler  de  l'institution 

^"dVii^^iJ^du  ""  ^^  1^  ^^te  du   saint  Sacrement  ;  car  les  fêtes  universelles 

Sacrem^ent.     établies^ dans  la  suite   par   le  Siège  apostolique  ne  sont. 

point  d'un  degré  aussi    élevé,  n'ont  point   d'octave,   et 

n'emportent  point  l'obligation  de  cesser  les  œuvres  ser- 

viles.  On  peut  donc  dire  que   c'est  à  l'époque  que  nous 

racontons  dans  le  présent  chapitre,  que  l'année  chrétienne 

a   reçu    son   complément,  au  moins   pour    les   grandes 

lignes  du  calendrier. 

(i)  Thomas  de  Walsingham,  tom.  II,  pag.   67. 


DU   SAINT  SACREMENT  333 

Cette  solennité,  si  chère  à  toute  la  catholicité,  fut  éta-       ^  partie  , 

A  11/'  '         •  CHAPITRE  XII 

blie  pour  être  un  solennel  témoignage  de  la  foi*  de  l'Eglise      ~ 

dans  l'auguste   mystère   de    l'Eucharistie.    L'hérésie   de    ^^53-^^1??^ 
Bérenger,  dès  le  xi^   siècle,  avait   rendu    nécessaire  une   ^^  ^'^H^  cette 

'-^  ...  solenniteestune 

nouvelle  protestation  liturgique  en   faveur   de    l'antique     protestation 
croyance  :  le  rite  de  l'élévation    de  l'hostie  et  du  calice,     les  hérésies 

A^  j      r  1  i''j'^  ^  ^1     sacramentaires. 

pour  être  adores  par  le  peuple,  unmediatement  après  la 
consécration,  avait  été  promptement  institué  et  s'était  ré- 
pandu en  tous  lieux.  Au  xin®  siècle,  de  nouvelles  attaques 
se  préparaient  contre  ce  dogme  capital  d'une  religion 
fondée  sur  le  mystère  du  Verbe  incarné  pour  s'unir  à  la 
nature  humaine.  Déjà  les  précurseurs  des  sacramentaires 
avaient  paru;  les  Vaudois,  les  Albigeois,  préparaient  la 
voie  à  Wicleff,  à  Jean  Huss,  précurseurs  eux-mêmes  de 
Luther  et  de  Calvin.  Il  était  temps  que  l'Église  fît 
entendre  sa  grande  voix  :  la  fête  du  saint  Sacrement  fut 
donc  décrétée  par  Urbain  lY,  en  1264,  ^^^^  ^^s  circons- 
tances merveilleuses  qui  seront  racontéees  ailleurs:  et, 
non-seulement  une  solennité  du  premier  ordre  fut  ajoutée 
aux  anciennes  fêtes  instituées  par  les  Apôtres,  mais  une 
procession  splendide,  dans  laquelle  on  porterait  le  Corps 
du  Seigneur,  ne  tarda  pas  à  être  adjointe  aux  antiques 
processions  du  dimanche  des  Rameaux  et  des  Rogations. 

Pour  célébrer  un  si  grand  mystère,  il  était  nécessaire  Composition  de 
qu^un  nouvel  office  fût  composé  qui  répondît  à  l'enthou-         saint 
siasme  de  l'Église  et  à  la  grandeur  du  sujet.  La  Liturgie   feï^noTateurs^ 
ne  manqua   point  dans  cette   circonstance  à  l'attente  du     ^eurinêines^ 
peuple   chrétien,  et    l'office   du    saint  Sacrement   est  un     ^"^  respecte. 
monument  tellement  imposant,  que  les  novateurs  du  der- 
nier siècle,  qui  ont  renversé  la  Liturgie  antique  pour  en 
créer  une  autre  de  fond  en  comble  à  l'usage  des  Églises 
de    France,  ont  jugé  à  propos  d^en  conserver  plusieurs 
parties,  alors  même  qu'ils  déchiraient  sans  pitié  les  of- 
fices  que   tout   le   reste    de   la  chrétienté   latine,  moins 
l'Eglise    de  Milan,   emploie     dans    la   célébration    des 


334 


OFFICE 


'I^ZÏJZI    "^y^^^^^^  ^^  Noël,  de  Pâques,  deTAscension  et  de  la  Pen- 
tecôte. 

Cet  office  Mais  il  est  arrivé  au  sujet  de  Toffice  du    saint  Sacre- 

parait  devoir  .  .  '  «^i^wj.^, 

être  attribué    ment,  Ce  qui  arrive  à  l'égard  de  tous  les  grands  monu- 

à  saint  Thomas  i  •  j     ii  ^ 

d'Aquin.  ments,  objets  de  1  amour  des  peuples  ;  une  sorte  de  mys- 
tère en  a  voilé  l'origine.  On  a  disputé  pour  en  connaître 
le  véritable  auteur.  Personne,  il  est  vrai,  n'a  jamais  douté 
que  le  docteur  angélique,  saint  Thomas  d'Aquin,  n^ 
eût  eu  la  part  principale;  mais,  en  rédigeant  cet  office, 
n'avait-il  point  sous  les  yeux  celui  qui  était  déjà  en  usage 
dans  l'Église  de  Liège,  où  la  fête  du  saint  Sacrement  avait 
commencé  ?  C'est  ce  que  les  monuments  du  xiii'  siècle  ne 
nous  ont  point  éclairci  suffisamment  :  bien  qu'il  soit 
rendu  indubitable,  par  tous  les  témoignages  de  l'histoire, 
que  saint  Thomas  fut  chargé,  par  Urbain  IV,  de  ré- 
diger pour  l'Église  universelle  l'office  de  cette  nouvelle 
fête  (i). 

^^^forme^  ^^        ^^  ^^^  frappe  principalement  dans  cet  office,  tel  qu'il 

scoiastique     est  sorti  des  mains  de  saint  Thomas,  c'est  la  forme  majes- 

mélange  des    tueusemeiit    scolastique  qu'il  présente.    Chacun  des  ré- 

sentences  de  i  • 

l'Ancien  P^^s  de  matmes  est  composé  de  deux  sentences,  tirées 
Tlsïm^en^dans  ^'^^^  ^^  l'Ancien,  et  l'autre  du  Nouveau  Testament,  qui 
composTtion.  ^^^^^^"^^  ^i^^i  témoignage  conforme  sur  le  grand  mystère 
qui  fait  l'objet  de  la  solennité.  Cette  idée,  qui  a  quelque 
chose  de  grandiose,  a  été  inconnue  à  saint  Grégoire  et 
aux  autres  auteurs  de  l'ancienne  Liturgie;  et  on  doit  con- 
venir qu'autant  elle  est  puérile  et  forcée  dans  les  nou- 
veaux bréviaires  qui  en  font  une  règle  générale,  autant 
elle  est  belle  et  solide,  si  on  ne  l'applique  qu'avec  mesure 
et  dans  de  grandes  occasions. 

mélhodfque         ^^  ^^^^  S^^"^^^  méthodique  du  xiji«  siècle  paraît  dans 
dans  le  Lauda,  la  prose  Lûuda,  SioH,  oeuvre  étonnante  qui  est  incontes- 

iSion,  de  saint  ^ 

Thomas.       tablement  de  saint  Thomas.  C'est  là  que  la  haute   puis- 

(i)  Bênédict.  XiV,  Defestis  D.  N.  J.  C,  lib.  I,  cap.  xiii. 


\ 


DU    SAINT  SACREMENT 


335 


sance  d'une  scolastique,  non  décharnée  et  tronquée, 
comme  aujourd'hui,  mais  complète  comme  au  moyen 
âge,  a  su  plier  sans  effort  au  rhythme  et  aux  allures  de  la 
langue  latine,  Texposé  fidèle,  précis,  d'un  dogme  aussi 
abstrait  pour  le  théologien,  que  doux  et  nourrissant  au 
cœur  du  fidèle.  Quelle  majesté  dans  Pouverture  de  ce 
:poème  sublime!  quelle  précision  délicate  dans  l'exposé  de 
la  foi  de  l'Eglise  !  et  avec  quelle  grâce,  quel  naturel  sont 
rappelées,  dans  la  conclusion,  les  figures  de  l'ancienne  loi 
qui  annonçaient  le  Pain  des  anges,  l'Agneau  pascal  et  la 
Manne  !  Enfin,  quelle  ineffable  conclusion  dans  cette 
prière  majestueuse  et  tendre  au  divin  Pasteur  qui  nourrit 
ses  brebis  de  sa  propre  chair,  et  dont  nous  sommes  ici- 
bas  les  commensaux,  en  attendant  le  jour  éternel  où  nous 
deviendrons  ses  cohéritiers  !  Ainsi  se  vérifie  ce  que  nous 
avons  dit  plus  haut,  que  tout  sentiment  d^ordre  se  résout 
Jiécessairement  en  harmonie.  Saint  Thomas,  le  plus 
parfait  des  scolastiques  du  xin^  siècle,  s'en  est  trouvé  par- 
là  même  le  poëte  le  plus  sublime. 

Nous  avons  encore  une  production  du  même  temps,  et 
dont  l'appréciation  doit  être  la  même  ;  c'est  la  séquence 
Dies  irœ.  On  n'est  pas  d'accord  sur  le  nom  du  poëte  ins- 
piré qui  dota  la  chrétienté  de  ce  cantique  si  tendre  et  si 
sombre  qui,  sans  doute,  accompagnera  l'Eglise,  en  ce 
dernier  jour  dont  les  terreurs  y  sont  si  lamentablement 
exprimées;  mais  quelle  majesté,  quelle  onction,  quel 
rhythme  digne  d'un  si  redoutable  sujet!  On  se  sent  porté  à 
croire  qu'une  assistance  spéciale  de  l'Esprit-Saint  a  dû 
conduire  les  auteurs  du  Dies  irœ  et  du  Laiida,  Sion^  et 
Içur  découvrir  les  accents  célestes  qui  seuls  étaient  en  har- 
monie avec  de  pareils  objets. 

Si,  maintenant,  nous  en  venons  à  considérer  le  chant 
lui-même  dont  ces  incomparables  poèmes  sont  revêtus  et 
encore  embellis,  nous  sommes  forcés  de  reconnaître 
qu'aucun  siècle  n'a  surpassé  le  xin^  dans  l'art   de  rendra 


I    PARTIE 
CHAPITRE    XII 


Le  Dies  irce, 

autre  chef- 
d'œuvre  de  la 
même  époque. 


Apogée  du  chant 

liturgique 
au  xiiie  siècle; 
sa  supériorité 
éclate  surtout 

dans 
les  séquen^res. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Défaut 

d'originalité 

dans  les 

chants  de 

l'office  et  de 

la  messe  du 

saint 

Sacrement; 

le  xiiie  siècle 

dédaigne 

de  s'exercer  sur 

les  morceaux 

en  prose. 


336  CARACTÈRE    DU    CHANT    ECCLESIASTIQUE 

les  passions  de  la  Liturgie,  avec  les  ressources  en  appa- 
rence si  bornées  du  chant  ecclésiastique.  Nous  ferons  une 
seule  remarque"  :  c^est  que  le  xiii^  siècle  a  réussi  principa- 
lement dans  les  séquences,  plutôt  que  dans  les  répons  et 
autres  pièces  en  prose.  Ceci  tient  aux  observations  que 
nous  avons  faites  au  chapitre  xi.  Les  compositeurs  du 
moyen  âge  étaient  plus  à  l'aise,  dans  ces  morceaux  qu'ils 
pouvaient  traiter  en  suivant  le  génie  national,  que  dans 
les  pièces  sans  rhythme,  que  les  réminiscq^ices  de  la 
musique  grecque,  appliquées  par  saint  Grégoire,  ont  re- 
vêtues d'ailleurs  de  tant  de  majesté.  Déjà,  un  fait  antérieur 
à  Toffice  du  saint  Sacrement  avait  attesté  cette  faculté 
musicale  au  xii*'  siècle;  le  beau  chant  de  la  prose  d'Abai- 
lard,  Mittit  ad  Virginem^  n'était  déjà  plus  de  la  famille 
des  anciennes  séquences.  Il  ne  se  peut  rien  voir  de  plus 
tendre  et  de  plus  mystiquement  joyeux.  Nous  avons  dit 
que  ce  chant  appartient  à  la  France,  comme  les  paroles 
sur  lesquelles  il  a  été  mis.  L'Italie  nous  a,  en  revanche, 
donné  le  Lauda,  Sion^  et  le  Dies  irœ;  quant  aux  répons, 
antiennes,  et  autres  pièces  de- l'office  du  saint  Sacrement, 
la  France  et  la  Belgique  les  ont  fournis. 

On  ne  peut  rien  voir,  sans  doute,  de  plus  remarquable* 
ment  mélodieux  que  ces  répons  et  ces  antiennes;  mais, 
pour  être  juste,  il  faut  ajouter  qu'elles  ne  sont  rien  moins 
qu'originales.  Nous  surprendrons  même  plus  d'un  lecteur 
en  disant  que  toutes,  ou  presque  toutes  les  pièces  en  prose 
de  l'office  du  saint  Sacrement  ne  sont  que  les  pastiches 
de  morceaux  plus  anciens,  et  presque  tous  du  xi*  et  du 
xii^  siècle.  Ainsi,  le  répons  Homo  quidam  est  pris  sur 
Vïrgojlagellatur  de  sainte  Catherine;  Immolabit,  sur 
Te  Sanctum  Deum  des  saints  Anges;  Comedetis^  de 
Stirps  Jesse  de  la  Nativité  de  la  sainte  Vierge;  Unus 
PaniSy  de  Ex  ejus  tumba  de  saint  Nicolas;  Misit  me, 
de  Verbum  caro  du  jour  de  Noël  ;  l'antienne  O  quain 
suavis,  est  calquée  sur  0  Christi  pietas  de  saint  Nico- 


AU    XIII®   SIÈCLE  337 

las,  etc.  La  messe,   si  belle  et  si   mélodieuse,  n'est  pas       i  partie 

'  .  •  .  .  .  CHAPITRE  XII 

plus  originale.  L'introït  Cibavit  appartient,  en  propre,  au ^ 

Lundi  de   la   Pentecôte  ;  le   graduel  Ociili   omnium^   au 
vingtième  dimanche  après   cette  fête;   Toffertoire  Sacer- 
dotes  est  pris  sur  Confirma  hoc^  et  la  communion  Quo- 
tiescumque   sur    Factiis  est  repente,   pièces   qui   appar- 
tiennent toutes  deux  à  la  messe  du   jour  de  la  Pentecôte. 
Ce  n'est  pas  tout;  plusieurs  de  ces  pièces  présentent,  dans 
la  composition,  d'énormes  contre-sens  avec   les  paroles  ; 
par  exemple,  les  antiennes  O  quam  suavis  est  ;  Sapientia; 
O  Sacrum  conviviiim,  etc.  ;  ce  qui  donne  lieu  de  penser 
qu'elles  ont  été  traitées  par  des  compositeurs  habiles  dans 
la  mélodie  des  sons,  mais  ignorants  de  la  langue  latine. 
De  cette  double  observation,  il   est   permis   de  conclure 
que  le  xiii®  siècle,  si  divinement  inspiré  dans  les  compo- 
sitions rhythmiques, dédaigna  de  s'exercer  sur  les  morceaux 
en  prose,  et  ne  fit  guère  d'autres  frais  que  de  transporter 
sur  des  paroles  nouvelles  des  motifs  déjà  connus;  travail 
presque  matériel,  et  que  des  musiciens  illettrés  pouvaient 
remplir. 

S'il  est  permis  de  rechercher  les  analogies  que  présen-  Analogies  que 

,  •    •      •       1  1  1        ^  1  '    •      ^'  présentent 

tent  les    vicissitudes  du   chant   ecclésiastique,  au   moyen  jes  vicissitudes 
âge,    avec   la   marche   de  l'architecture  religieuse,  qui  a  ecclésiastique, 
toujours   suivi  les  destinées  de  la  Liturgie  dont  elle  fait  ^^^^  ^^^^P^^^ ^^^^^ 
une  si  grande  partie  et  comme  l'encadrement,  nous  sou-  ^  /'ardii^tecture 
mettrons  à  nos  lecteurs    les  considérations  suivantes.  Le      religieuse. 
X®  et  le  xi^  siècle  enfantèrent  des    pièces  de  chant  graves, 
sévères  et  mélancoliques,  comme  ces  voûtes  sombres  et 
mystérieuses  que  jeta  sur  nos  cathédrales  le  style  roman, 
surtout   à   répoque   de   cette   réédification   générale  qui 
marqua  les  premières  années  du  xi®  siècle.  Ainsi,  on  re- 
trouve  encore  la  forme   grégorienne  dans  les  répons  du 
roi   Robert,  comme  la  basilique  est  encore  visible  sous 
les  arcs  byzantins  du  même  temps.  Le  xu''  siècle,  époque 
de  transition,  que   nous  appellerions,  dans  l'architecture, 
T.  i  22 


338  AUTEURS    LITURGISTES 

INSTITUTIONS     le   romaii    fleuri    et   tendant  à  l'ogive,    a   ses  délicieux 

LITURGIQUES  ,  ,  ,  , 

■ offices  de  saint  Nicolas  et  de  sainte  Catherine,  la  séquence 

d'Abailard,  etc.,  où  la  phrase  grégorienne  s'efface  par 
degrés  pour  laisser  place  à  une  mélodie  rêveuse.  Vient 
ensuite  le  xiii^  siècle  avec  ses  lignes  pures,  élancées  avec 
tant  de  précision  et  d'harmonie;  sous  des  voûtes  aux 
ogives  si  correctes,  il  fallait  surtout  des  chants  mesurés, 
un  rhythme  suave  et  fort.  Les  essais  simplement  mélo- 
dieux, mais  incomplets,  des  siècles  passés,  ne  suffisent 
plus  :  le  Laiida,  Sion^  le  Dïes  irœ  sont  créés.  Cependant 
cette  période  est  de  courte  durée.  Une  si  exquise  pureté 
dans  les  formes  architectoniques  s'altère,  la  recherche 
la  flétrit;  l'ornementation  encombre, embarrasse, et  bientôt 
brise  ces  lignes  si  harmonieuses  ;  alors  aussi  commence 
pour  le  chant  ecclésiastique  la  période  de  dégradation 
dont  nous  allons  parler  tout  à  l'heure.  Malheureusement, 
tous  nos  lecteurs  ne  seront  pas  à  même  de  suivre  ces 
rapports  et  d'étudier  les  progrès  et  la  décadence  du  chant; 
les  livres  où  se  trouvent  les  monuments  que  nous  rappe- 
lons disparaissent  chaque  jour  ;  mais  il  faut  pourtant  que 
l'on  rache  quels  trésors  de  mélodie  furent  sacrifiés  au 
jour  où  l'on  inaugura  dans  nos  églises  des  chants  que 
n'avaient  jamais  entendus  nos  pères,  et  qui  éclatent  à 
grand  bruit  sous  des  voûtes  longtemps  accoutumées  à  en 
répéter  d'autres. 
Liste  des  Nous  donnerons   maintenant  la  bibliothèque  des  Li- 

liturgistes  du  /  .  ^    i 

xiiie  siècle,     turgistes  qui  ont  fleuri  à  la  grande  époque  du  xin®  siècle. 
Alain  de  Lille,      Nous  trouvons  d'abord  Alain  de  Lille,  moine  de  C& 
Steaux.^      teaux,   qui  florissait  en  TUniversité  de    Paris,  au  com- 
mencement du  xiii^  siècle,  et  qui   fut  appelé  le  Docteur 
universel.  On  trouve  parmi  ses  œuvres   deux  séquences, 
Pune  sur  l'Incarnation  du  Verbe,  l'autre  sur  la  fragilité  de 
la  nature  humaine. 
Hugues  des        (1206).  Husues  des  Noyers,  évêque  d'Auxerre^  com- 

Noyers,    évêque        \  /  o  j  w        t>,i       j       r^ 

d'Auxerre.      posa  plusieurs  hymnes,   parmi   lesquelles  Flauae^  Lari' 


DU    XIII*    SIÈCLE  339 

ium^ia.  en  Thonneur  de  saint  Thomas  de  Gantorbéry,  qui       i  partie 

.  CHAPITRE    XII 

fut  longtemps  en  usage  dans  le  bréviaire  d'Auxerre,  dit  — 

Hurler.  {Tableau  des  institutions  au  moyen  âge,  t.  I, 
p.  384.) 

([2o8).  Jean,  appelé  le  Scribe  ou  PAcémète^  patriarche  Jean  le  Scribe 
des  jacobites,  paraît  être  l'auteur  d'une  anapJiore  insérée      l'Acémète, 
par  Renaudot  au  deuxième  tome  de  son  recueil  des  Litur-       jacobites.  ^^ 
gies  orientales. 

(121 5).  Saint  François  d'Assise,  patriarche  de   l'Ordre  Saint  François 

,        1  .  '  •    a  '  1      T  V         •  d'Assise. 

seraphique^,  a  eu  une  influence  marquée  sur  la  Liturgie, 
en  obligeant  ses  enfants  à  embrasser  le  rite  de  TÉglise 
romaine.  On  trouve  dans  ses  œuvres  un  opuscule  inti- 
tulé :  Or  do  récit  andi  officium  dominicœ  Passionis. 

(1220).  Guillaume  deSeignelay,  évêque  d'Auxerre,  puis  Guillaume  de 
transféré  sur  le  siège  de  Paris,  avait  composé  un  livre.  De  évoque  de  Paris. 
Divinis  Officiis,  qui  n'a  point  été  imprimé. 

(1222).  Germain  II,  patriarche  de  Constantinople,  est    Germain  11, 

.     ' ,  ,....,         patriarche   de 

auteur  d'un  opuscule  intéressant  sur  la  Liturgie,  intitule  :  Constantinople. 
Théorie  des  choses  ecclésiastiques.  Malheureusement,  nous 
ne  Tavons  point  tel  qu'il  est  sorti  des  mains  de  son  auteur  ; 
il  a  subi  de  graves  interpolations. 

(i23o).  Godefro}^  évêque  de   Gam.brai,  écrivit  un  livre      Godcfroy, 
J)e  Divinis  OfficiiSy  que  nous  n'avons  plus.  de  ^Camb^rai. 

(i23o).  Jacques,  évêque  de  Tagrite,  de  la  secte  des  Nés-  Jacques,  évêque 
toriens,  est  auteur   d'une   Exposition  des   Offices  et  des       Tagrite. 
,  Oraisons, 

(i238).  Guyard  de  Laon,  chancelier  de  l'Université  de  GuyarddeLaon, 

T^      •  M       '       1  .j    V    i>'    ^   u'      1       r-        u      •  '\        chancelier 

I  Pans,  et  eleve  plus  tam  a  1  eveche   de  Cambrai,  parait  de  rumversité 
I  être  auteur  d'un  opuscule  De  Officiis  divinis,  sive  eccle- 
I  siasticiSyQX  d'un  autre  De  Officiis  sacerdotum. 

(i23q).  Havmon  de  Feversham,  ministre   général    des     Haymon  de 

.       .  Feversham 

frères    mineurs,  corrigea  le  bréviaire  romain,  ainsi  que  ministre  général 
nous  l'avons  dit,  et,  en  outre,  écrivit  un  livre  De  Missœ  f^^^-es  'mineurs. 
cœy^emoniis . 
(1240).  Simon  Taylor,  dominicain,  fut  habile  dans  la  Simon  Tayior^ 

dominicain. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Vincent  de 

Coventer, 

franciscain. 

Jean 
Bar-Maadani, 

patriarche 
des  Jacobites. 

Humbert 

de  Romanis, 

cinquième 

général 

des 

dominicains. 


Théodore 

Lascaris  II, 

empereur  grec, 


Grégoire 

Bar-Hebraeus, 

primatd'Orient 


Hugues 

de  Saint-Gher 

dominicain, 

cardinal. 


Latinus 
Frangipani, 
dominicain, 

cardinal. 


Saint  Thomas 

d'Aquin, docteur 

angélique. 


Guibert    de 

Tournay, 

franciscain. 


340  AUTEURS   LITURG1STES 

théorie  du  chant  ecclésiastique,  et  composa  deux  livres  De 
-  Pentachordis,  deux  De  Tenore  Musicali^  et  un  De  Cantu 
Ecclesiastico  corrigendo. 

(i25i).  Vincent  de  Coventer,  franciscain,  professeur  à 
Cambridge,  est  auteur  d'une  Exposition  de  la  messe. 

(i  253).  Jean  Bar-Maadani,  patriarche  des  Jacobites,  com- 
posa une  anaphore  qui  se  trouve  au  recueil  de  Renaudot. 

(1254).  Humbert  de  Romanis,  cinquième  général  des 
dominicains,  compilateur  du  bréviaire  de  son  ordre, 
rédigea  sur  les  offices  qu'il  contient,  des  Commentaires 
qui  étaient  gardés,  au  rapport  de  Schulting,  dans  la  biblio- 
thèque des   frères  prêcheurs  de  Cologne. 

(i255).  Théodore  Lascaris  II,  empereur  grec,  a  com- 
posé, en  l'honneur  de  la  sainte  Vierge^  un  canon  ou 
hymne  qui  se  trouve  dans  le  livre  que  les  Grecs  nomment 
Paraclétiqiie. 

(1260).  Grégoire  Bar-Hebrôeus,  primat  d'Orient,  pour 
la  secte  des  jacobites,  est  auteur  d'une  anaphore  qui  se 
trouve  au  recueil  de  Renaudot,  et  d'un  abrégé  de  la  Litur- 
gie de  saint  Jacques. 

(1260).  Hugues  de  Saint-Cher,  dominicain,  cardinal, 
auteur  de  la  Concordance  de  la  Bible,  a  aussi  travaillé  sur 
la  Liturgie.  Il  composa  un  livre  sous  ce  titre  :  Specidum 
sacerdotum  et  Ecdesiœ,  de  Symbolo  et  Officio  missœ . 

(1270).  Latinus  Frangipani,  dominicain,  cardinal, 
neveu  du  pape  Nicolas  III,  passe  pour  être  Fauteur  de  la 
séquence  de3  morts,  Dies  irœ.^  et  de  plusieurs  autres  en 
l'honneur  de  la  sainte  Vierge. 

(1270).  Saint  Thomas  d'Aquin,  docteur  angélique,  outre 
l'office  du  saint  Sacrement,  écrivit  un  livre  intitulé  :  Ex- 
positio  missœ. 

(1270).  Guibert  de  Tournay,  franciscain,  a  laissé  un  ou- 
vrage très-curieux  sous  ce  titre  :  De  officio  Episcopi  et 
Ecclesiœ  cœvemoniis.  Il  est  dédié  à  Guillaume,  évêque 
d'Orléans. 


DU    XIII^    SIÈCLE  H^ 

(1270)   Érard  de  Lésignes,  cardinal,  évêque  d'Auxerre,     JJ^''^^^^,, 
étant  allé  à  Rome,  y   entendit   de   si  beaux  répons    de        ,^^^^  ^^ 
l'histoire  de  Noé  et   d^Abra^am,    pour  les  semâmes  de  ^^^Lésigne^s,^^^^ 
Sexagésime  et  de  Quinquagésime,  quUl  les  mtroduisit  dans     d'Auxçrre. 

(,270).  Sanche,  infant  d'Aragon,  archevêque  de  Tolède,  Sanche>fa,u 
composa  des  litanies  et  des   hymnes  en   l'honneur  de  la  arch^vé3ue  de 

sainte  Vierge.  ,      ,■  ,  Saint 

(1272)   Saint  Bonaventure,  docteur  seraphique,  est  au-    Bo^^^enture, 

teur  d'une  Exposition  de  la  Messe  et  d'un  office  de  la    J°^^y^^^^ 
Passion  de  Jésus-Christ.  On  lui  a  attribué  aussi  l'office 

de  saint  François.  p^^i^^^ 

(1280)   Peckam,franciscain,  archevêque  de  Cantorbery,     f^aneiscain, 

laissa  deux  traités  liturgiques  imitulés,  l'un  De  Ratione  ^^^^f^ 
diei  Dominiez,  l'autre  Spéculum  Ecdesiœ  de  Mtssa.  ^^^^^^^^^^ 

(1290).    Guillaume    Durand,    dommicam,     eveque   de       D,,rand, 
Mende   composa  le  fameux,  Rationale  divinorum  Officio-     ''l.^^q"  e^à"' 
rum,  ouvrage  dans  lequel  il  explique  tout  l'ensemblede  la        Mende. 
litursie   à  l'aide  des   auteurs  qui  l'ont  précédé,  en  ajou-     i,  ^^^^^  ie 

•'^''      0     ^  .  j  /  1*  dernier  mot 

tant  ses  propres  observations.  On  peut  considérer  ce  livre  ^^  ^^^^^  ^^^ 
comme  le  dernier  mot  du  moyen  âge  sur  la  Mystique  du    ^^^^V^J^  ^„ 
culte  divin,  et  s'il  est  si  oublié  aujourd'hui,  il  ne  le  faut    culte  dum. 
attribuer  qu'à  cette    triste    indifférence  pour  les  formes 
religieuses    qui  avait    glacé   nos    pères,  jusque-là  qu'au 
xviii"  siècle,  on  a  pu  renverser,   en  France,  toute  l'an- 
cienne liturgie  et  en  substituer  une  nouvelle,  sans  que  les 
populations  s'en  soient  émues.  Les  offices  qu'expose  Durand 
ne  sont  plus  ceux  qu'on  célèbre  dans    nos  églises,  et  c'est 
ce  qui  embarrassera  tant  soit  peu  nos  modernes   archéo- 
logues qui,  ayant  par   hasard  rencontré  Durand,  dans  la 
poudre  des  bibliothèques,  essayeront  de  s'en  servir  pour 
expliquer  le  culte  exercé  aujourd'hui  dans  nos  cathédrales. 
Au  reste,  si  quelqu'un  d'entre  eux  devait  un  jour  parcou- 
rir ces  lignes,  nous  prendrons  la  liberté  de  lui  dire  que 
Durand,  qui  peut  être  d'un  si  grand  secours  pour  Tinter- 


^42  AUTEURS.  LrTURGISTES  ■ 

Z%Zo:à^Ts     Prétation  des  mjthes  (comme  l'on  dit)  du  Catholicisme  at 
moyen  âge,  n'est  que  le  compilateur  des  avis  émis  par  le- 
Liturgistes    qui  l'ont  précédé,  depuis  l'âge  des  Pères  de 
l'Eglise  ;   et  que,  dans   la  partie   de  son  travail  qui  lui 
appartient  en  propre,  il  n'est  pas  toujours  sur  de  prendre 
pour  le  génie  de  l'Église,  les  explications    qu'il    donne' 
Son  nvre  est  une  Somme,  il  est  vrai  ;  mais  tout  ce  qu'il 
renferme  doit  être  jugé  dans  ses  rapports  avec  les  tradi^ 
tions  de  l'antiquité.  En  un  mot,  le  Rational  de   Durand 
est  un  monument  dont,   après  tout,  la  science  liturgique 
pourrait  se  passer;  car  l'origine  de  cette  science  remonte 
aux  premières  traditions  du  Christianisme,    d'où  elle  est 
venue  jusqu'ici  de   bouche   en   bouche,  toute  vivante,  et 
sans  avoir  besoin  que  la  science  profane  la  restaure.  L'état 
de  la  France,  quant  à  la  Liturgie,  n'est  qu'un  fait  isolé  et 
passager,  nous  l'espérons  du  moins  ;  car  s'il  est  vrai  de 
dire  que  Durand,  s'il  revivait  aujourd'hui,  ne  compren- 
drait plus  rien  à  la  Liturgie  de  Mende,  sa  propre  Église, 
de  Lyon,  de  Paris,  etc.,  il  pourrait,   du   moins,  en  fran- 
chissant les  frontières   de  notre  pays,  retrouver  en  tous 
heux  de  l'Occident  ces  formules  saintes  qu'il  a  commen- 
tées avec  tant  d'amour. 

'°";;-7miir  '^  ,    N°"^  '^^^«"^  ^i^-^'  ^  la  gloire  de  la  science  liturgique  et 
dTci'?iti;'e1  l'f"  ,de  Guillaume    Durand,    en    particulier,   que   le 
métalliques.    Kattonale  dtvinorum    Officiorum   fut  le    premier   livre 
imprimé  avec  des  caractères  métalliques,  préférence  qui 
montre  grandement  le  respect  qu'on  lui  portait.  Il  parut 
en  1459  à  Mayence,  et  on  lit,  sur  la  dernière  page  de  cette 
édition,  les  paroles  suivantes  :  Prœsens  Rationalis  divino- 
rum  Codex  Officiorum,  venustate  capitaliim  decorattis,- 
ritbricationibusque  distincttts ,   adinventione   artificiosa 
imprimendi  ac  caracteriiandi,  absque  calami  exaratione 
SIC  effigiatus,  et  ad  Eusebiam  Dei  industrie  est  consum- 
matusper  Johannem  Fust,  civem  Maguntinum,  et  Petrum 
Gernzheim  Clericum  Diœcesis  ejusdem,    anno  Domini 


DU  Xlir'   SIÈCLE.   CONCLUSIONS  343 

millesimo  quadringentesimo  quinquagesimo  nom.  Sexto    ^JJ^'.YeIu  _ 
die  octobris.  On  voit,  par  cette  inscription  que  nous  avons 
conservée  avec  toutes  ses  incorrections,  comment  les  sou- 
venirs de  la  science  liturgique  s'unissent  à  Tune  des  plus 
grandes  et  des  plus  glorieuses  entreprises  de  Thumanité. 

(1293).   Ignace  V,  patriarche  des  jacobites,  a  composé  pJ^g-^/jes 
une    anaphore   qui   est   comprise   dans  la  collection  de      jacobites. 

Renaudot. 

(1296).   Ébédiesu,  métropolitain  de  Soba,  pour  la  secte    J^^f^^^^^^^^ 
des  nestoriens,  a  laissé  un  livre  intitulé  :  Margaritœ  de      de  Soba, 
veritate  Jîdei,  dans  lequel  il  traite  un  grand  nombre  de 
questions  de  liturgie. 

(1297).  Engelbert,  abbé  bénédictin  en  Styrie,  écrivit  une  .^btfélîSc'tin 
explication  des  sept  grandes  antiennes.  ^^  Styne. 

(i  297).  Jean  Diacre,  chanoine  de  la  Basilique  de  Latran,  ^^J^^^^^J^^^^'i, 
dédia  au  Pape  Alexandre  IV   un  livre   curieux  intitulé  :     BasUiquede 
De  Sanctîs  Sanctorum,  dans  lequel  il  parle  des  antiquités 
liturgiques  de  cette  mère  et  maîtresse  des  Eglises. 

(i3oo).    Pierre,   chantre   et   chancelier  de  PÉglise   de  Pie-e^^^charu^^ 
Chartres,  a  laissé  un  traité  sous  ce  titre  :  Spéculum  Eccle-    ^^^e^i:Égiise^ 
siœ,  sive  Maniiale  mysteriorum  Ecclesiœ. 

Nous  conclurons  ce  chapitre  par  les  remarques  sui- 
vantes : 

La  Liturgie,  au  xiii'  siècle,  comme  dans  tous  les 
autres,  fut  l'expression  de  TÉglise.  Les  nouveaux  Ordres 
religieux  qu'elle  enfanta  montrèrent  leur  action  sur  la 
Liturgie,  comme  sur  le  principal  théâtre  des  institutions 
ecclésiastiques  :  le  bréviaire  universel  fut  franciscain;  la 
solennité  nouvelle  du  saint  Sacrement  reçut  de  la  main 
d'un  dominicain  une  partie  de  sa  grandeur. 

Cette  époque  de  synthèse  théologique  produisit  aussi  la 

-synthèse  liturgique  de  Durand. 

'  L'antique  dépôt   de  la   Liturgie   demeura  intact  dans 

toutes  ses  parties,  et  après  la  correction  franciscaine,  on 

put   dire   encore   que   l'Église  d'Occident  ne  connaissait 


Conclusions. 


^44  CONCLUSIONS 

'uriroJ^Ts  P°i"t'  quant  à  la  substance,  d'autres  formes  liturgiques 
que  celles  qu'avait  résumées  saint  Grégoire  le  Grand  et 
que  Charlemagne  et  saint  Grégoire  VII  avaient  achevé 
d  établir  dans  l'Eglise  latine. 

Le  chant  ecclésiastique  fit  des  progrès  en  rapport  avec 
la  beauté,  la  noblesse,  l'harmonie  des  lignes  de  l'architec- 
ture de  ce  plus  brillant  des  siècles  de  la  Chrétienté  occi- 
dentale. 


I   PARTIE 
CHAPITRE  XIII 


CHAPITRE  XIII 


xVLTERATION  DE  LA  LITURGIE  ET  DU  CHANT,  DURANT  LE 
XIV''  ET  LE  XV*  SIÈCLE.  NECESSITE  D^UNE  REFORME.  — LEON  X. 
CLÉMENT  VII.  PAUL  III.  —  FERRER!  ET  QUIGNONEZ.  — 
BURCHARD  ET  PARIS  DE  GRASSI.  —  LITURGISTES  DU  XIV*^  ET 
DU  XV®  SIECLE. 


Il  était  difficile  que  la  Liturgie,  après  la  correction  fran-        Causes 

Al  .^  ,  ^.  ,         d'altération  de 

ciscaine^  se  maintint  dans  une  entière  pureté.  Le  Siège  la  Liturgie  au 
apostolique  n  avait  point  oblige  les  Lglises  a  recevoir  les  siècle. 
livres  ainsi  réformés,  et  Tadoption  qu'on  en  avait  faite  en 
plusieurs  lieux  avait  été  purement  facultative.  D'un  autre 
côté,  dans  les  endroits  où  cette  adoption  avait  lieu,  on 
retenait  beaucoup  d'anciens  usages  qui  accroissaient 
encore  la  confusion  ;  en  même  temps  qu'une  dévotion 
ardente  chargeait  de  jour  en  jour  le  calendrier  de  nou- 
veaux saints,  avec  des  offices  plus  ou  moins  corrects. 

Quoique  l'ancien  fonds  de  la  Liturme   romaine  restât     Corruption 

^         ^  ^  Y  ^  provenant  des 

toujours,  ainsi  qu'on  peut  s'en  convaincre  en  feuilletant        copies 

manuscrites 

les  livres  qui  nous  restent  encore,  il  est  facile  de  penser 
quelle  anarchie  de  détail  devait  exister  dans  les  usages  des 
différents  diocèses.  L'imprimerie  manquant  pour  multi- 
plier des  exemplaires  uniformes,  on  était  réduit  au  dan- 
gereux procédé  des  copies  manuscrites  dont  il  fallait  subir 
toutes  les  incorrections.  Ces  copies  n'étaient  pas  seule- 
ment corrompues  par  l'ignorance,  ou  l'incurie  de  leurs 
auteurs  ;  mais  elles  se  chargeaient  d'une  foule  d'additions 
grossières  et  même  superstitieuses,  ainsi  qu'on  le  peut  voir 


346  ALTÉRATION    DE    LA   LITURGIE   ET   DU   CHANT 

INSTITUTIONS    p^j;»  jgs  ordoiinanccs  des  conciles  qui  se  plaignent  souvent, 

LITURGIQUES         ^  1  r  O  7 


durant  le  xiv^  et  le  xv«  siècle,  des  abus  en  ce  genre. 
La  Liturgie        Ces  additions  consistaient  principalement  en  des  his- 

CCSS6    d'être    la. 

règle  vivante    toires  apocryphes,  inconnues  aux  siècles  précédents,  quel- 

ciu  peuple  r  '         ^  '      '  ■»  .     .  ,    . 

chrétien.  quetois  même  rejetees  par  eux,  et  qu  on  avait  introduites 
dans  les  leçons,  les  hymnes  ou  les  antiennes;  en  des 
formules  barbares  insérées  pour  complaire  à  un  peuple 
grossier;  en  des  messes  votives  qui  prenaient  la  place  des 
messes  ordinaires  et  qui  présentaient  des  circonstances 
superstitieuses  dans  leur  nombre  ou  dans  le  rite  qu'on 
devait  y  garder  ;  en  des  bénédictions  inconnues  à  toute 
Fantiquité,  et  placées  furtivement  dans  les  livres  ecclésias- 
tiques par  de  simples  particuliers.  En  un  mot,  au  lieu 
d'être  la  règle  vivante,  renseignement,  la  loi  suprême  du 
peuple  chrétien,  la  Liturgie  était  tombée  au  service  des 
passions  populaires,  et  certaines  fictions  qui  étaient  par- 
faitement à  leur  place  dans  les  Mystères  que  représen- 
taient les  clercs  de  la  Basoche,  avaient  trop  souvent  envahi 
les  livres  de  Tautel  et  ceux  du  chœur.  Pour  comprendre 
toute  rétendue  des  abus  dont  nous  parlons,  il  ne  faut  que 
se  rappeler  le  sang-froid  avec  lequel  le  clergé  livrait  les 
cathédrales  aux  farces  étranges  de  la  fête  de  l'Ane  et  de 
la  fête  des  Fous  ;  on  pourra  s'imaginer  alors  jusqu'à  quel 
point  cette  familiarité  dans  les  choses  les  plus  sacrées  du 
culte  divin  compromettait  la  pureté  de  la  Liturgie. 
Appréciation  de      Au  siècle  dernier,  c'était  la  mode  de  vilipender  le  moyen 

cette  époque,     a  /  j     i       i       •  •         jn      •  ^ 

^  ^  âge,  comme  une  époque  de  barbarie  ;  aujourd  hui,  et  tres- 
heureusement,  la  mode  semble  être  d'exalter  les  siècles 
qu'on  appelle  siècles  catholiques.  Assurément  il  y  a  un 
grand  progrès  dans  ce  mouvement  ;  mais  quand  on  aura 
étudié  davantage,  on  trouvera  que  le  xii^  et  le  xiif  siè- 
cle, bien  supérieurs  sans  doute  à  ceux  qui  les  ont 
suivis  jusqu'ici,  nous  en  convenons  de  grand  cœur, 
eurent  aussi  leurs  misères.  Si  donc  nous  relevons  en  eux 
les  inconvénients  graves  et  nombreux  de  l'ignorance  et  de 


I   PARTIE 
CHAPITRE   XIII 


DURANT   LE   XÎV®    ET   LE   XV*^   SIECLE  847 

la  superstition,  nous  parlons  comme  les  Conciles  et  les 
Docteurs  de  ces  temps  héroïques  ;  mais  par  la  nature 
même  des  reproches  que  nous  leur  adressons,  nous  les 
mettons  déjà  infiniment  au-dessus  des  siècles  que  dégra- 
dent  le  rationalisme  et  les  doctrines  matérialistes. 

L'antique  dépôt  de  la  Litureie  courait  donc  de  grands         .V^^ 

.  ,  ^  empiétements 

risques,  au  milieu    de  cette  effervescence   d'un  zèle  peu     cies  nouvelles 

,   ,    .    ,         .  ,    .      .       ,       .  .  .  formes 

éclaire  qui  produisait  de  jour  en  jour,  en  tous  lieux,  des     liturgiques 

w.  1  ,  TT-  •  1^-1/     portent  atteinte 

dévotions  chevaleresques.  La  Liturgie,  comme  la  foi  chre-  à  l'œuvre  des 
tienne,  appartient  à  tous  les  siècles.  Tous  font  professée,  précidents, 
tous  Font  ornée  de  quelques  flieurs  ;  mais  il  n'eût  pas  été 
juste  que  Tantique  fonds  élaboré  par  les  Léon,  les  Gélase, 
les  Grégoire  le  Grand,  fût  totalement  recouvert  par  les 
superfétations  de  deux  ou  trois  siècles  privilégiés  qui, 
ravisseurs  injustes  de  la  gloire  des  âges  précédents,  enle- 
vassent aux  suivants  l'honneur  et  la  consolation  d'écrire 
aussi  leur  page  au  livre  des  prières  de  TEglise,  et,  par 
elle,  du  genre  humain.  La  fête  et  Toffice  du  saint  Sacre- 
ment sont  la  seule  œuvre  liturgique  que  TÉglise  ait  voulu 
garder  de  ce  xiii*  siècle  si  fécond  d'ailleurs  en  toute 
sorte  d'inspirations  pieuses  ;  et,  certes,  la  gloire  de  ce 
siècle  est  grande  d'avoir  doté  le  peuple  chrétien  d'une  si 
sublime  institution,  que  l'on  serait  tenté  de  la  regarder 
comme  le  complément  de  l'année  liturgique,  si  l'on  ne 
savait  d'ailleurs  que  l'époux  ne  cesse  jamais  de  révéler 
à  l'épouse  de  nouveaux  secrets. 

Un  ffrave  péril,  outre  celui  dont  nous  parlons,  était  né  ^},  '^^  menacent 

c  i-  ^  ^  ^  l  œuvre  a  unité 

de   l'anarchie   en    matière    liturgique.    L'oeuvre  d'unité  accomplie  par 

.^  .  les  Pontifes 

accomplie  par  Charlemagne  et  les  Pontifes  romains,  en  romains  et  les 

Princes 

même  temps  qu'elle  garantissait  la  pureté  de  la  foi,  con-  chrétiens. 
solidait  une  nationalité  unique  en  Occident.  C'était  ce 
grand  bien  que  les  rois  guerriers  et  législateurs  de  l'Es- 
pagne, d'accord  avec  saint  GrégoireVII,  avaient  voulu  assu- 
rer à  leurs  peuples,  en  embrassant  la  Liturgie  romaine. 
Mais  si    cette  Liturgie,  livrée  aux  caprices  des  hommes. 


348  ALTÉRATION   DE    LA   LITURGIE    ET   DU    CHANT 

INSTITUTIONS    vcnaît  à  se  morceler  non-seulement  par  nations,  mais  par 

LITURGIQUES  ^  7  r 


diocèses  et  par  églises,  où  était  le  fruit  de  tant  d'efforts 
entrepris  pour  détacher  de  leurs  anciens  usages  les  peuples 
retombant  dans  un  état  au-dessous  du  premier?  Dans  un 
temps  plus  ou  moins  long,  la  prière  cessait  d^être  com- 
mune entre  les  diverses  races  européennes,  Pexpression  de 
la  foi  s'altérait,  la  foi  même  était  menacée.  Nous  verrons 
plus  loin  les  mesures  que  prit  Rome  pour  ramener  l'unité, 
et  le  succès  dont  elles  furent  couronnées. 
La  Liturgie  suit      Au  reste,  en  subissant  une   dégradation^  dans  le  xiv® 

les  vicissitudes 

de  la  Papauté,  et  le  XV®  siècle,  la  Liturgie  suivit,  comme  toujours,  le 
sort  de  l'Église  elle-même.  L'abaissement  de  la  Papauté 
après  Boniface  VIII,  le  séjour  des  Papes  à  Avignon,  le 
grand  Schisme,  les  saturnales  de  Constance  et  de  Baie, 
expliquent  plus  que  suffisamment  les  désordres  qui 
servirent  de  prétexte  aux  entreprises  de  la  prétendue 
Réforme.  Nous  plaçons  Taltération  de  la  Liturgie  au  rang 
des  malheurs  que  Ton  eut  alors  à  déplorer.  Aussi  ver- 
rons-nous le  saint  concile  de  Trente  préoccupé  du  besoin 
d'une  réforme  sur  cet  article,  comme  sur  les  autres.  Mais 
nous  ne  devons  point  anticiper  sur  ce  qui  nous  reste  à 
dire  :  nous  n'avons  pas  encore  signalé  tous  les  abus  qui 
s'introduisirent  dans  les  formes  du  culte,  au  xiv^  et  au 
XV®  siècle.. 
Décadence  L' architecture  religieuse,    surtout  durant  le  xv®  siècle 

simultanée  de  ^'      j  a  '        a.        '^   *^       11  1      j 

l'architecture  ^t  une  partie  du  xvi%  présenterait  a  elle  seule  de  graves 
religieuse,  sujets  ^q  plainte.  Cet  art  si  pur,  si  inspiré,  si  divin  au 
XIII®  siècle,  se  prostitua  bientôt  jusqu'à  donner  l'igno- 
ble caricature  des  choses  saintes,  non-seulement  sur 
les  galeries  extérieures,  mais  jusque  sur  les  chapiteaux  et 
les  boiseries  du  sanctuaire.  Des  images  indécentes  de  clercs 
et  de  moines  souillèrent  les  abords  de  ces  niches  où  l'âge 
de  saint  Louis  avait  placé  l'effigie  placide  et  pure  des  Bien- 
heureux et  de  la  Reine  des  Anges.  Rabelais  n'est  pas  plus 
cynique,  pas  plus  indignement  contempteur  du  sacerdoce 


DURANT   LE   XIV®    ET    LE  XV*'    SIECLE  849 

chrétien^  que  certains  architectes  et  sculpteurs  de  Tépoque       i  partie 

A   .  K  1        1  r        '  1        t    •  CHAPITRE    XIH 

que  nous  racontons.  Ajoutons  a  cela  la  confusion,  la  bizar- 


rerie,  le  caprice  de  l'ornementation,  ouvrant  la  porte  aux 
formes  païennes,  aux  mélanges  si  déplacés  des  symboles 
mythologiques  les  plus  charnels  avec  les  emblèmes  mys- 
tiques  de  notre  culte.  Nous  ne  faisons  qu^indiquer  ici  les 
traits  généraux  ;  mais  il  faut  bien  comprendre  que  si  le 
paganisme  recommença  dans  les  arts,  au  xvi^  siècle, 
la  place  lui  avait  été  préparée  de  longue  main  par  la  fri- 
volité et  Fextrême  liberté  dans  lesquelles  s'était  jeté  déjà 
Fart  du  moyen  âge.  Sachons-le  bien,  il  y  avait  deux  peu- 
ples, dans  nos  siècles  catholiques,  comme  aujourd'hui  : 
seulement  les  enfants  de  Dieu  étaient  plus  forts  que  les 
enfants  des  hommes. 

Le  chant  ecclésiastique,  non-seulement  se  transforma  à  Altération  du 
cette  époque,  mais  faillit  périr  à  jamais.  Ce  n'était  plus  le    ecclésiastique 

^     1      -r»  '  •  '         •  j  •  P^^  suite  de 

temps  ou  le  Répertoire  grégorien  demeurant  intact,  on  l'introduction 
ajoutait  pour  célébrer  plus  complètement  certaines  solen- 
nités locales,  ou  pour  accroître  la  majesté  des  fêtes  univer- 
selles, des  morceaux  plus  ou  moins  nombreux,  d'un  carac- 
tère toujours  religieux,  empruntés  aux  modes  antiques,  ou 
du  moins  rachetant,  par  des  beautés  originales  et  quel- 
quefois sublimes,  les  dérogations  qu'ils  faisaient  aux 
règles  consacrées.  Le  xiv^  et  le  xv®  siècle  virent  le  Déchant ^ 
c'est  ainsi  que  l'on  appelait  le  chant  exécuté  en  parties 
sur  le  motif  grégorien,  absorber  et  faire  disparaître 
entièrement,  sous  de  bizarres  et  capricieuses  inflexions, 
toute  la  majesté,  toute  l'onction  des  morceaux  antiques. 
La  phrase  vénérable  du  chant,  trop  souvent,  d'ailleurs, 
altérée  par  le  mauvais  goût,  par  l'infidéhté  des  copistes, 
succombait  sous  les  eftbrts  de  cent  musiciens  profanes  qui 
ne  cherchaient  qu'à  donner  du  nouveau,  à  mettre  en  évi- 
dence leur  talent  pour  les  accords  et  les  variations.  Ce 
n'est  pas  que  nous  blâmions  Temploi  bien  entendu  des 
accords  sur  le  plain-chant,  ni  que  nous  réprouvions  abso- 


35o  NÉCESSITÉ  D^UNE  RÉFORME 

INSTITUTIONS    lumcnt  tout  chant  orné^  par  cela  seul  qu'il  n'est  pas  à 

LITURGIQUES        ,,.  ^  i5li'Tir 

lunisson ;  nous  croyons  même,  avec  rabbe  Lebœuf,  que 


l'origine  première  du  Déchanta  qu'on  appelle  aujourd'hui 
contrepoint,  ou  chant  sur  le  livre^  doit  être  rapportée  aux 
chantres  romains  qui  vinrent  en  France,  au  temps  de 
Charlemagne  (i).  Mais  l'Esprit-Saint  n'avait  point  en  vain 
choisi  saint  Grégoire  pour  Vorgane  des  mélodies  catho- 
liques ;  son  œuvre,  réminiscence  sublime  et  inspirée  de  la 
musique  antique^  devait  accompagner  l'Eglise  jusqu'à  la 
fin  des  temps.  Il  devint  donc  nécessaire  que  la  grande  voix 
du  Siège  apostolique  se  fît  entendre,  et  qu'une  réproba- 
tion solennelle  fût  portée  contre  les  novateurs  qui  voulaient 
donner  une  expression  humaine  et  terrestre  aux  soupirs 
célestes  de  l'Eglise  du  Christ.  Et  afin  que  rien  ne  manquât 
à  la  promulgation  de  l'arrêt^  il  dut  être  inséré  au  corps  du 
Droit  canonique,  où  il  condamne  à  jamais  non-seule- 
ment les  scandales  du  xiv^  siècle,  mais  aussi  et  à  plus 
forte  raison  ceux  qui,  de  nos  jours  encore,  profanent  un 
si  grand  nombre  d'Églises,  en  France  et  ailleurs.  Or,  voici 
les  paroles  de  Jean  XXII,  dans  sa  fameuse  Bulle  Docta 
sanctorum,  donnée  en  1822,  et  placée  en  tête  du  troisième 
livre  àç.s  Extravagantes  Communes,  sous  le  Xixvt  de  Vita 
et  Honestate  clericornm. 
Le  pape  «  La  docte   autorité  des  saints  Pères    a  décrété   que, 

condamne  les    ^^  durant  les  offices  par  lesquels  on  rend  à  Dieu  le  tribut 
innovauon^s   en  ^^  ^^  j^  louange  et  du  service  qui  lui  sont  dus,  l'âme  des 
^\uîiT  Z)ocL^^  ^^  fidèles  serait  vigilante,  que  les   paroles  n'auraient  rien 
sanctorum.     «  d'offensif,   que   la    gravité    modeste  de    la  psalmodie 
«  ferait  entendre  une  paisible  modulation  ;  car  il  est  écrit  : 
«  Dans  leur  bouche  résonnait  un  son  plein  de  douceur. 
«  Ce  son  plein  de  douceur   résonne    dans   la  bouche  de 
«  ceux    qui  psalmodient,   lorsqu'en   même  temps  qu'ils 
«  parlent  de  Dieu,  ils  reçoivent  dans   leur  cœur  et    allu- 

(i)  Traité  historique  du  Chant  ecclésiastique ,  pag.  j3i 


DELA     LITURGIE  ET  DU  CHANT  35  I 

«  ment,  par  le  chant  même,  leur  dévotion  envers  lui.  Si       i  partie 

1  J  It^T  iTx«  11  t  CHAPITRE  XIII 

«  donc,  dans  les  Eglises  de  Dieu,  le  chant  des  psaumes  — 

«  est  ordonné,  c'est  afin  que  la  piété  des  fidèles  soit  exci- 
«  tée.  C'est  dans  ce  but  que  Tofiice  de   nuit  et   celui  du 
«  jour,  que  la  solennité  des  messes,   sont    assidûment  cé- 
((  lébrés   par  le  clergé  et  le  peuple,  sur  un  ton  plein  et 
«  avec  gradation  distincte  dans  les  modes,  afin  que  cette 
«  variété  attache  et  que    cette  plénitude  d'harmonie   soit 
«  agréable.   Mais    certains  disciples  d'une   nouvelle  école 
«  mettant  toute  leur  attention  à  mesurer  le  temps,  s'ap- 
«  pliquent,  par  des  notes  nouvelles,  à  exprimer  des  airs 
«  qui  ne  sont  qu'à  eux,   au  préjudice  des  anciens  chants 
«  qu'ils   remplacent  par    d'autres    composés    de    notes 
«  demi-brèves   et  comme  imperceptibles.  Ils  coupent  les 
«  mélodies  par  des  hoquets^  les  efféminent  par  le  Déchant, 
«  les  fourrent  quelquefois  de   triples    et  de  motets  vul- 
«  gaires  ;  en  sorte  qu'ils  vont  souvent   jusqu'à  dédaigner 
«   les    principes  fondamentaux  de  l'Antiphonaire  et  du 
«  Graduel, ignorant  le  fonds  même  sur  lequel  ils  bâtissent, 
«  ne  discernant  pas  les  tons,  les  confondant  même,  faute 
«  de  les  connaître.  La  multitude  de  leurs  notes   obscurcit 
«  les  déductions  et  les  réductions  modestes  et  tempérées, 
«  au  moyen  desquelles  ces  tons  se  distinguent  les  uns  des 
«  autres  dans  le  plain-chant.  Ils  courent  et  ne  font  jamais 
«  de  repos;    enivrent  les  oreilles  et  ne  guérissent  point; 
«  imitent  par  des  gestes  ce  qu'ils  ffont  entendre  :  d'où  il 
«  arrive  que  la  dévotion  que  l'on  chercnait  est  oubliée,  et 
«  que  la  mollesse    qu'on  devait  éviter  est  montrée   au 
«  grand  jour.  Ce  n'est  pas  en  vain  que  Boëce  a  dit  :   Un 
«  esprit  lascif  se  délecte   dans    les   modes  lascifs,  ou  au 
«  moins,    s'amollit   et   s'énerve  à  les  entendre  souvent. 
«  C'est  pourquoi.  Nous   et  nos  Frères^  ayant  remarqué 
«  depuis  longtemps  que  ces  choses  avaient  besoin  de  cor- 
«  rection,  nous  nous  mettons  en  devoir  de  les  rejeter  et 
«  reléguer  efficacement   de  l'Eglise  de  Dieu.  En  consé- 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Il   permet 
toutefois  les 
accords  qui 

respectent 

l'intégrité  du 

chant. 


352  NÉCESSITÉ  d'une  RÉFORME 

«  quence  du  conseil  de  ces  mêmes  Frères,  nous  défen- 
«  dons  expressément  à  quiconque  d'oser  renouveler  ces 
(c  inconvenances,  ou  semblables  dans  lesdits  offices,  prin- 
ce cipalement  dans  les  Heures  canoniales,  ou  encore  dans 
«  la  célébration  des  messes  solennelles.  Que  si  quel- 
ce  qu'un  y  contrevient,  qu'il  soit,  par  l'autorité  du  présent 
ce  Canon,  puni  de  suspension  de  son  office  pour  huit  jours, 
c(  par  les  ordinaires  des  lieux  où  la  faute  aura  été 
ce  commise,  ou  par  leurs  délégués,  s'il  s'agit  de  personnes 
ce  non  exemptes;  et,  s'il  s'agit  d'exempts,  par  leurs  pré- 
ce  vôts  ou  prélats,  auxquels  appartiennent  d'ailleurs  la 
ce  correction  et  punition  des  coulpes  et  excès  de  ce  genre 
ce  ou  seri^blables,  ou  encore  par  les  délégués  d'iceùx.  Ce- 
ce  pendant  nous  n'entendons  pas  empêcher  par  le  présent 
((  canon  que,  de  temps  en  temps,  dans  les  jours  de  fête 
ce  principalement  et  autres  solennités,  aux  messes  et  dans 
ce  les  divins  offices  susdits,  on  puisse  exécuter,  sur  le 
ce  chant  ecclésiastique  simple  quelques  accords,  par 
ce  exemple  à  l'octave,  à  la  quinte,  à  la  quarte  et  sem- 
ée blables  (mais  toujours  de  façon  que  l'intégrité  du  chant 
ce  demeure  sans  atteinte,  et  qu'il  ne  soit  rien  innové 
ce  contre  les  règles  d'une  musique  conforme  aux  bonnes 
ce  mœurs);  attendu  que  les  accords  de  ce  genre  flattent 
ce  Toreille,  excitent  la  dévotion,  et  défendent  de  l'ennui 
ce  l'esprit  de  ceux  qui  psalmodient  la  louange  divine  (i).  » 
Sage  discrétion  C'est  ainsi  que  dans  tous  les  temps,  à  Avignon  comme 
par  ^-appm'^t  t  à  Roiiie,  la  Papauté  enseignait  le  monde,  avec  cette  admi- 
rable précision  qui  concilie  l'inviolabilité  des  principes 
catholiques  et  le  véritable  progrès  de  l'art.  Elle  maintient 
fortement  la  dignité,  la  gravité  du  chant  ;  mais  elle  ne 
proscrit  pas,  elle  encourage  même  une  musique  sainte  et 
mélodieuse  qui  élève  l'âme  à  Dieu^  sans  la  dissiper,  quj 
fait  valoir  et  n'étoufï^  pas  l'antique  et  sacré  rythme  que 


par   rapp 
l'art    musical. 


(i)   Vid.  U  Note  A. 


DE   LA   LITURGIE   ET    DU    CHANT  353 

toutes  les  générations  ont  répété.  Nous  verrons  plus  loin 
la  suite  des  efforts  que  firent  les  Pontifes  romains  pour 
l'amélioration  de  la  musique  à  l'époque  de  la  grande  ré- 
forme catholique. 

Cette  réforme  catholique  fut  précédée,  comme  l'on  sait, 
de  plusieurs  tentatives  infructueuses,  mais  qui  attestaient 
le  malaise  qu'on  éprouvait  de  toutes  parts.  Les  auda- 
cieuses ordonnances  de  Constance  et  de  Baie,  pour  la  réfor- 
mationdeTÉglise  dans  son  Chef  et  dans  ses  membres  ^corcwno, 
on  parlait  alors,  rencontrèrent  dans  les  Pontifes  romains  la 
résistance  qu'elles  devaient  rencontrer,  et  Eugène  lY,  Ni- 
colas V  et  Pie  II,  seront  à  jamais  bénis  pour  n'avoir  pas 
tenu  compte  des  insolentes  fulminations  qui  furent  lancées 
de  leur  temps  contre  la  Chaire  de  Saint-Pierre.  Toutefois, 
les  successeurs  de  ces  immortels  Pontifes  ayant  dégénéré 
de  leur  vertu,  après  Sixte  IV,  Innocent  VIII,  Alexan- 
dre VI,  on  vit  Jules  II  et  Léon  X,  qui  pourtant  n'étaient 
pas  de  la  race  des  hommes  par  lesquels  devait  être  sauvé 
Israël,  entreprendre  l'œuvre  de  la  réformation.  Le  cin- 
quième concile  de  Latran,  et  les  bulles  qui  l'accompagnent, 
sont  un  monument  de  ce  zèle  auquel  il  ne  manqua  que  la 
persévérance  pour  opérer  des  fruits  durables. 

La  Liturgie  sembla  dès  lors  un  objet  fait  pour  attirer 
Inattention  des  réformateurs  apostoliques;  mais  comme  le 
malheur  de  ces  temps  était  qu'on  n'apercevait  pas  toute 
la  grandeur  de  la  plaie  à  guérir,  il  arriva  aussi  que,  faute 
de  maturité  dans  les  jugements,  on  ne  se  préoccupa  guère 
que  de  la  forme  extérieure  qui,  en  effet,  était  vicieuse. 
Mais  le  moment  était  mal  choisi  pour  décider  sur  la  forme 
la  meilleure,  alors  que  Rome  subissait  les  influences  de 
cette  littérature  profane  que  l'étude  trop  exclusive  des 
classiques  grecs  et  latins  avait  enfantée.  La  première 
pensée  de  corriger  la  Liturgie  vint  à  Léon  X,  au  moment 
où  la  cour  romaine  était  peuplée  de  poètes  et  de  prosa- 
teurs  dont  le   goût   ne   pouvait   supporter  la    barbarie 

T.   I  23 


I     PARTIE 
CHAPITRE   XIII 


Tentatives 

infructueuses 

de  réforme. 


Efforts  de 

Jules  II 

et  de  Léon  X. 


Préoccupation 
exclusive  de 

la  forme 

classique  qui 

fait  avorter  les 

premiers   essais 

de  réforme 

liturgique. 


354  PREMIERS   ESSAIS   DE    REFORME 

INSTITUTIONS    du  latin  ecclésiastique.  Celui-ci  désignait  le  Dieu  des  chré- 

LITURGIQUES  .  i         %  7 

-—-^ tiens  sous  le  nom  de  Numen^  la  vierge  Marie  sous  celui 

dCAlma  Parens;  celui-là  récitait  ses  Heures  en  grec  ou  en 
hébreu  ;  tel  autre  avait  suspendu  la  lecture  des  Epîtres  de 
saint  Paul,  dans  la  crainte  de  compromettre  la  pureté  de 
son  goût.  On  trouva  donc  que  le  principal  défaut  de  la 
Liturgie  était  l'incorrection  du  style,  et,  sans  se  préoccu- 
per des  droits  que  l'antiquité  donne  aux  formules  sacrées^ 
sans  songer  que  le  respect  de  cette  vénérable  antiquité 
exigeait  simplement  qu'on  élaguât  les  additions  et  inter- 
polations indiscrètes,  on  crut,  dans  ce  siècle  de  poésie^ 
que  la  principale  chose  à  réformer  tout  d'abord  était 
VHymnaire.  Mais  veut-on  savoir  comment  on  s'y  prit? 
Le  génie  du  catholicisme,  dans  tous  les  temps,  a  été  d'amé- 
liorer, de  compléter,  de  réformer;  la  destruction  violente 
d'usages  suivis  durant  des  siècles,  et  la  substitution 
soudaine  de  formes  toutes  nouvelles  aux  anciennes  est 
sans  exemple  dans  ses  annales.  C'est  pourtant  ce  qui  serait 
Léon  X  ordonne  arrivé  si  la  Providence  eût  permis  que  le  projet  de  Léon  X  ^ 
Ferred^^évêque  ^ût  réussi.  Ce  pontife  donna  ordre  à  Zacharie  Ferreri  de  i 
de  œmpoTer  un  Viccuce,  évêque  de  la  Guarda,  de  composer  un  recueil 
h  '^mnaîre  d'hymnes  pour  toutes  les  fêtes  de  Tannée,  et  d'y  employer 
un  style  qui  fût  digne  de  la  littérature  du  xvi*^  siècle.  Le 
prélat  mit  tous  ses  soins  à  cette  œuvre;  mais  Léon  X,  en- 
levé par  la  mort,  ne  put  jouir  par  lui-même  du  fruit  des  î 
travaux  de  Ferreri.  L'ouvrage  ne  vit  le  jour  que  sous  Clé-  '; 
ment  VII,  successeur  de  Léon  X,  et^  comme  lui,  grand 
amateur  de  l'ingénieuse  antiquité. 
Ce  travail  publié      En  i525,  on  vit  paraître  à  Rome   le  recueil   tant  at- 

à  Rome  en  1 525  ^       j         «i  v        .♦  '^  ^  •  i 

SOUS         tendu  ;  il  portait  ce  titre  magnifique  que  nous  transcrivons  J 
en  entier,  attendu  que  l'ouvrage  est  devenu  rare  : 

Zacharice  FerreHi  Vicentini,  Pont,  Gardien,  Hymni 
novi  ecclesiastici,  jiixta  veram  metri  et  latinitatis  nor- 
mam  a  beatissimo  Pâtre  Clémente  VIL  Pont,  Max.  lit  in 
divinis  qidsque  eis  uti  possit  approbati^  et  novis  Ludovici 


Clément  VII. 


L^HYMNAIRE   DE   FERRERI  355 

Vicentini^  ac  Lautitii  Pey^usini  characteribus  in  lucem       ^  partie 

.  .  CHAPITRE  XIII 

tradîtî.  Sanctu?n  ac  necessariiim  opus.  

Breviarium  Ecdesiasticum  ab  eodem  Zacharia  longe 
brevius  et  faciliiis  redditum  et  ab  omni  errore  pnrgatiim 
prope  diem  exibit. 

A  la  fin  du  volume,  on  lit  ces  paroles  :  Impressum  hoc 
divimim  opus  Romœ^  in  œdibiis  Liidovici  Vicentini  et 
Lautitii  Perusiniy  non  sine  privilegio.  Kal.  Fe- 
bru.MDXXV. 

L'ouvrage  lui-même  répond  parfaitement  à  une  si  fas-  Les  hymnes  de 
tueuse  annonce.  Les  hymnes  qu'il  contient  sont  telles  qu'on  caïquéersuV  les 
avait  droit  de  les  attendre  du  siècle  et  de  Tauteur.  Tout  y  n^on^'^'den'''de 
est  nouveau.  Les  mystères  de  la  naissance,  de  la  passion,  avec°ies"œuvres 
de  la  résurrection  du  Sauveur  :  ceux  de  la  Pentecôte,  du      ^^^  Ppëtes 

.  .  .     ^  de  l'Eglise 

saint  Sacrement  ;  les  fêtes  de  la  sainte  Vierge  et  des  saints;  catholique, mais 
tout,  en  un    mot,    y  est    splendidement  célébré  dans  des     supérieures 

1  .      ,  .  ,  1       r  •  cependant  à 

odes  qui  n  ont  rien  de  commun  pour  la  forme,  m  pour  celles  des 
l'expression,  avec  les  antiques  hymnes  de  saint  Am-  des^brlvia^re? 
broise,  de  Prudence  et  des  autres  poètes  de  T Église  ca-  ^^  xvnïe^^sfècle. 
tholique.  En  revanche,  on  y  trouve,  dans  la  plus 
incroyable  naïveté,  toutes  les  images  et  les  allusions  aux 
croyances  et  aux  usages  païens  qu'on  pourrait  rencontrer 
dans  Horace.  Nous  ne  citerons  qu'un  seul  trait  :  Ferreri 
ayant  à  raconter  l'élection  de  saint  Grégoire  à  la  papauté, 
dit  naïvement  que  les  Flainines  le  choisirent  pour 
Pontife  souverain.  Toutefois,  pour  être  juste,  il  faut  dire 
aussi  que  plusieurs  de  ces  hymnes  sont  simples  et  belles, 
par  exemple,  celle  des  Apôtres^  Gandete^  mundi princi- 
pes ;  celle  en  l'honneur  de  la  sainte  Vierge  :  O  noctis  illus- 
traiio.  Dans  un  grand  nombre  d'autres,  les  figures  tirées 
de  l'Écriture  sainte,  les  souvenirs  empruntés  aux  tradi- 
tions catholiques  sur  les  saints,  leurs  actions  et  leurs  attri- 
buts, jettent  un  certain  charme  sur  ces  compositions, 
en  dépit  de  la  forme  trop  servilement  imitée  des  œuvres 
d'une  littérature  païenne.  En  un  mot,  telles  qu'elles  sont. 


356 


PREMIERS   ESSAIS   DE    REFORME 


Approbation 

des  hymnes 

de 


INSTITUTIONS     CCS  hymncs  sont  certainement  préférables  à  la  plupart  de 

LITURGIQUES  ,  .  ,        ,      .     .  , 

celles  qui  ornent   les  modernes  bréviaires  de    France,  et 

parce  qu'elles  sont  au  fond  Toeuvre  d'une  inspiration 
forte  et  pure  qui  se  reconnaît  encore  à  travers  le  masque 
de  la  diction  classique,  et,  surtout,  parce  qu'elles  ont  été 
approuvées  par  le  Saint-Siège  qui,  s'il  a,  plus  tard,  révo- 
qué cette  sanction,  ne  Peut  du  moins  jamais  donnée,  si 
ces  hymnes  n'eussent  renfermé  une  doctrine  pure. 

Par  un  bref  du   ii    décembre  i525.   Clément  VII   ap- 
prouva les  hymnes  de  Ferreri.  Voici  les   paroles  remar- 

Qéme^nt'  Vil  ^^^^les  du  Pontife  :  «  L'évêque  Ferreri,  afin  d'ac- 
«  croître  la  splendeur  du  culte  divin^  ayant  récemment 
«  composé  pour  sa  consolation  spirituelle,  et  pour  celle 
c(  des  fidèles  chrétiens  et  principalement  des  prêtres  let- 
«  très,  plusieurs  hymnes  d'une  vraie  mesure  pour  le  sens 
«  et  la  latinité,  lesquelles  sont  destinées  aux  diverses  fêtes 
«  du  Dieu  tout-puissant,  de  Marie  toujours  vierge, 
«  de  plusieurs  saints^  et  aussi  pour  tout  le  cercle  de  l'an- 
«  née;  et  après  les  avoir  réunies  dans  un  seul  volume,  et 
«  soumises  à  l'approbation  de  plusieurs  hommes  doctes 
«  et  même  de  quelques-uns  de  nos  cardinaux  de  la  sainte 
«  Église  romaine,  les  ayant  dédiées  et  offertes  à  Nous 
«  et  au  Siège  apostolique;  Nous,  sachant  qu'il  est  écrit 
c(  parmi  les  paroles  saintes,  que  le  fruit  des  travaux  ex- 
«  cellents  est  plein  de  gloire^  et  voulant  que  tant  de  soins 
«  n'aient  pas  été  dépensés  inutilement,  mais,  au  contraire, 
«  que  leur  produit  paraisse  en  lumière  et  serve  pour 
«  l'avantage  commun  et  l'utilité  spirituelle  de  tous,  spé- . 
«  cialement  des  chrétiens  lettrés;  de  notre  propre  mou- 
«  vement  et  de  notre  science  certaine.  Nous  concédons  et^ 
«  mandons  d'autorité  apostolique,  par  la  teneur  des  pré- 
«  sentes,  que  tout  fidèle,  même  prêtre,  puisse  user  de  ces 
«  hymnes,  même  dans  les  offices  divins  (i).  » 


ï 


(i)  Cum  nupcr  pro  divini  cultus  splendore  hymnos  ecclesiasticos  variîs 
omnipotentis  Dei,  et  Mariae  semper  virginis,  et  plurium  sanctorum  diebus 


CHAPITRE  XIII 


;eri  annonce 


l'hymnaire  de  ferreri  357 

Ainsi,  par  cette  mesure,  unique  jusqu'alors,  il  était  per-  i  partie 
mis  à  tout  ecclésiastique  de  se  servir  en  particulier  d'une 
forme  liturgique  qui  n'était  point  universelle;  le  choix  des 
prières  à  réciter,  au  moins  dans  une  certaine  proportion, 
était  livré  à  la  volonté  de  chacun;  à  des  maux  publics  il 
était  apporté  un  remède  privé.  C'était  donc  encore  là  un 
de  ces  palliatifs  qui  ne  réformaient  rien  et  qui  n'appelaient 
que  plus  haut  la  grande  et  solide  réformation  du  Concile 
de  Trente,  et  des  Pontifes  qui  en  interprétèrent  et  en  ap- 
pliquèrent si  énergiquementles  décrets. 

On  a  dû  remarquer  sur  le  titre  de  V Hymnaire  de  Fer-  Fern 
reri,  l'annonce  d'un  nouveau  bréviaire  élaboré  par  le  ^^  pubhcation 
même,  et  qui  est  recommande  comme  devant  paraître  ^02^5  eVexmirgé!^^ 
une  forme  abrégée^  plus  simplifiée  que  l'ancien,  et  devant 
être  exempt  de  toute  erreur.  C'est  qu'en  effet,  il  ne  suffi- 
sait pas  de  donner  un  nouveau  recueil  d'hymnes,  si  k^fond 
de  l'office  lui-même  avait  besoin  de  réforme.  Toutefois 
on  conviendra  que  c'est  une  singulière  idée  de  mettre  en 
évidence,  comme  la  première  des  recommandations,  la 
brièveté  du  bréviaire  expurgé  qu'on  veut  substituer  à 
l'ancien.  La  longueur  des  prières  du  divin  service  ne  peut 
pas  être  mise  au  rang  des  abus,  au  même  titre  que  les  in- 
terpolations  de  faits   apocryphes   qui  pouvaient  s'y  être 

festis,  ac  totius  anni  circule,  et  tempori  congruentes  veris  metris,  sen- 
sibus,  ac  latinitate  perspicuos  pro  suo,  et  fidelium  Christianorum,  peri- 
torumque  praecipue  sacerdotum  solatio  spiritual!  texuerit  (Ferrerius),  et 
excusserit,  eosque  uno  volumine  congestos,  et  a  plerisque  viris  doctis, 
etiam  nonnullis  ex  fratribus  nostris  S.  R.  E.  cardinalibus  celebratos^ 
Nobis  et  Apostolicae  Sedi  dicaverit,  et  obtulerit;  Nos  animo  tenentes  in 
sacro  eloquio  scriptum  esse  bonorum  laborum  gloriosuni  esse  fructum, 
cupientesque  tôt  studia  frustra  non  esse  impensa,  sed  pro  communi  om- 
nium praecipue  peritorum  Christianorum  fruge  ac  spiritual!  utilitate  in 
lucem  et  publicam  editionem  prodire  et  in  usum  esse,  motu  proprio  et 
ex  certa  nostra  scientia,  ut  quilibet  etiam  sacerdos  eosdem  hymnos  etiam 
in  divmis  légère,  et  eis  uti  possit,  tenore  prœsentium,  auctoritate  Apos- 
tolica  concedimus,  et  mandamus.  (Ce  Bref  se  trovive  à  la  tête  du  recueil 
des  Hymnes  de  Ferreri.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


-     Clément  VII 

confie 

l'exécution  decQ 

projet  à 

François 

Quig;nonez, 

cardinal   de 

Sainte-Croix. 


Paul  III 

approuve 

en    i535    le 

nouveau 

bréviaire. 


Dans  son  épître 

dédicatoire  au 

Pape, 

Quignonez 

expose  le  plan 

de  son 

ouvrage. 


358  PREMIERS   ESSAIS   DE    REFORME 

glissées.  Mais  tel  était  l'esprit  général,  durant  la  première 
moitié  du  xvi^  siècle.  On  sentait  qu'il  y  avait  quelque  chose  à 
faire,  et,  pour  le  découvrir,  on  tâtonnait,  on  cherchait  bien' 
loin  ce  qu'on  avait  sous  la  main.Saint  Pie  V  fit  autrement. 

Ferreri  étant  mort,  sans  avoir  pu  donner  son  bréviaire 
abrégé j  Clément  VII  chargea  de  l'exécution  de  ce  projet 
le  cardinal  François  Quignonez,  connu  sous  le  nom  de 
cardinal  de  Sainte-Croix,  parce  qu'il  était  titulaire  de 
Sainte-Croix  en  Jérusalem. Ce  prélat  qui  était  franciscain-; 
et  avait  été  général  de  son  ordre,  s'occupa  activement  de  ; 
remplir  cette  mission,  et  enfin,  en  i535,  il  put  présenter 
son  travail  à  Paul  III,  successeur  de  Clément  VII.  Ce  i 
pape  l'ayant  approuvé,  le  bréviaire  de  Quignonez  parut  ; 
à  Rome,  sous  ce  titre  :  Breviarium  Romanum  ex  sacra 
potissimum  Scriptura  et  probatis  sanctorum  historiis 
collectum  et  concinnatiim.  Pour  mettre  le  lecteur  plus  à  •' 
même  de  juger  cet  ouvrage,  nous  traduirons  ici  une  partie  i 
de  répître  dédicatoire  à  Paul  III,  que  le  cardinal  a  placée 
en  tête  de  son  bréviaire. 

Quignonez  expose  d'abord  les  raisons  pour  lesquelles 
rÉglise  a  fait  un  devoir  aux  clercs  de  réciter  l'office  cano- 
nial. Il  en  reconnaît  trois.  La  première  se  tire  de  la  consé- 
cration spéciale  qui  les  lie  au  service  de  Dieu  ;  la  seconde, 
du  besoin  qu'ils  ont  d'un  secours  contre  les  tentations  du 
démon.  «  La  troisième,  dit-il,  est  qu'étant  appelés  à  être 
ce  les  précepteurs  de  la  Religion,  il  est  nécessaire  qu'ils  . 
ce  s'instruisent  par  la  lecture  journalière  de  la  sainte  Ecri- 
cc  ture  et  des  histoires  ecclésiastiques,  et  que,  comme  dit  . 
ce  Paul,  ils  acquièrent  une  diction  fidèle,  conforme  à  la 
ce  doctrine,  devant  être  puissants  pour  exhorter  dans  une 
ce  saine  doctrine  et  pour  reprendre  ceux  qui  contredisent, 
ce  Que  si  quelqu'un  considère  avec  soin  le  mode  de  prière 
ce  établi  par  la  tradition  des  anciens,  il  verra  clairement 
ce  s'ils  ont  pris  garde  à  toutes  ces  choses  ;  mais  il  est 
ce  arrivé,  je  ne  sais  comment,  par  la  négligence  des  hommes, 


LE   BRÉVIAIRE   DE   QUIGNONEZ  359 

«  que  Ton  a  décliné  peu  à  peu  de  ces  très-saintes  institu- 
«  tions  des  anciens  Pères.  En  effet,  les  livres  de  T  Écriture 
a  sainte,  qui  devaient  être  lus  à  des  temps  marqués  de 
({  l'année,  à  peine  sont-ils  commencés  dans  TOffice^  qu'on 
«  les  interrompt.  Nous  citerons  en  exemple  le  livre  de  la 
«  Genèse  qui  commence  dans  la  Septuagésime,  et  le  livre 
«  d'Isaïe^  dansPAvent;  à  peine  en  lisons-nous  quelques 
«  chapitres,  et  il  en  est  de  même  des  autres  livres  de 
«  l'Ancien  Testament^  que  nous  dégustons  plutôt  que  nous 
«  ne  les  lisons.  Quant  aux  Evangiles  et  autres  Ecritures 
«  du  Nouveau  Testament,  on  les  a  remplacés  par  d'autres 
«  choses  qui  n"*}^  sont  comparables  ni  pour  Putilité,  ni 
a  pour  la  gravité,  et  qui,  chaque  jour,  sont  plutôt  Tobjet 
tt  de  Tagitation  de  la  langue  que  de  Fintention  de  l'âme. 
<i  Des  psaumes  étaient  destinés  pour  chaque  jour  de  la 
a  semaine,  la  plupart  du  temps  ils  ne  sont  d'aucun  usage; 
«  seulement,  il  en  est  quelques-uns  que  Ton  répète  presque 
a  toute  Tannée.  Les  histoires  des  saints,  placées  dans  les 
a  Leçons,  sont  écrites  d'une  manière  si  inculte  et  si  négli- 
«  gée,  qu'elles  semblent  n'avoir  ni  autorité,  ni  gravité.  De 
a  plus.  Tordre  et  la  manière  de  prier  sont  si  compliqués 
«  et  si  difficiles,  que,  parfois,  on  mettra  presque  autant  de 
«  temps  à  rechercher  ce  qui  doit  être  lu  qu'à  le  lire.  Clé- 
ce  ment  VII,  souverain  Pontife  d'heureuse  mémoire,  ayant 
«  considéré  ces  choses  et  compris  que,  s'il  était  de  sa 
«  charge  de  pourvoir  à  Tavantage  de  tous  les  chrétiens,  il 
«  se  devait  principalement  aux  clercs,  dont  il  se  servait 
«  comme  de  ministres  dans  le  sein  du  troupeau  commis  à 
«  sa  garde,  m'exhorta  et  me  chargea,  autant  que  le  pou- 
c(  valent  comporter  mes  soins  et  ma  diligence,  de  disposer 
«  les  prières  des  Heures,  en  sorte  que  les  difficultés  et 
«  défauts  dont  je  viens  de  parler  étant  retranchés,  les  clercs 
«  fussent  engagés  à  la  prière  par  l'attrait  d'une  plus  grande 
«  facilité.  J'acceptai  volontiers  cette  commission,  tant  par 
«  obéissance  au  souverain  Pasteur  qui   commandait  une 


I   PARTIE 
CHAPITRE  XIII 


Critique   de 

l'ancien 

bréviaire, 


36o  PREMIERS   ESSAIS  DE   REFORME 

iNSTiTUTiGws     «  chosc  sî  convetiable,  que  pour  contribuer,  suivant  mes  .■ 

— ■  «  forces,  au  bien  public.  Ayant  donc  emplo^^é  le  concours  ' 

«  de  plusieurs  de  mes  familiers^  hommes  prudents,  habiles  • 

«  dans  les  saintes  lettres  et  le  droit  canonique,  autant  que  ] 

«  savants  dans  les  langues  grecque  et  latine,  j'ai  mis  tous 

«  mes  soins  à  remplir  ma  commission  pour  l'avantage  et 

«  Futilité  publique  ainsi  qu'il  suit. 

Ordonnance  du  «  On  a  omis  les  antiennes,  capitules,  répons,  beam- 

brévffire.       ^^  ^^^P  d'hymnes  et  beaucoup  d'autres  choses  du  même  ; 

«  genre  qui  empêchaient  la  lecture  de  l'Écriture  sainte  ; 

«  en  sorte  que  le  bréviaire  est  composé  des  Psaumes,  de  ^. 

«  l'Écriture  sainte  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Testament,  : 

«  et  des  histoires  des  saints  que  nous  avons  tirées  d'au- 

«  teurs  grecs  et  latins,  approuvés  et  graves,  ayant  eu  soin  ^ 

«  de  les  orner   d'un  style  un  peu  plus  châtié,  mais  sans  \ 

«  recherche.  On  a  laissé  celles  des  hymnes  qui  ont  semblé 

«  avoir  plus  d'autorité  et  de  gravité.  Les  Psaumes  ont  été  - 

«  distribués  de  façon  qu'en  retenant,  autant  qu'il  a  été 

«  possible,  l'institution  des  anciens  Pères,  on  les  puisse 

«  tous  lire,  chaque  semaine   de -l'année,  savoir,  trois  à 

«  chaque  heure,  la  longueur  des  uns  étant  ainsi  compensée 

«  par  la  brièveté  des  autres  ;  ce  qui  fait  que  le  travail  de  la 

«  récitation  journalière  est   complètement  le  même  pour 

«  toute  la  semaine  comme  pour  toute  l'année 

«... Par  suite  des 

«  variations  du  temps  pascal  et  des  autres  fêtes  qu'on 

«  appelle  mobiles,  nous  n'avons  pu  éviter  entièrement  de 

a  statuer  quelques-unes  de  ces  règles  dont  auparavant  le 

«  bréviaire  était  tellement  rempli,  qu'à  peine  la  vie  d'un 

«  homme  suffisait  pour  les  apprendre  parfaitement  ;  mais 

«  nous  les  avons  rendues  si  graves  et  si  claires,  qu'il  est 

«  facile  à  chacun  de  les  comprendre 

Avantages  «  Cette  manière  de  prier  a  trois  grands  avantages.  Le 

de  cette  manière  .  .     ,  .y  , 

de  prier.       «  premier,  que  ceux  qui  s  en  servent  y  acquièrent  la  con- 
«  naissance  de^^ieux  Testaments.  Le  second,  que  l'usage  en 


LE    BRÉVIAIRE   DE    QUIGNONEZ  36 1 

«  est  très-expéditif,  tant  pour  la  grande  simplicité  de  Par-       i  partie 

CHAPITRE  XIII 

«  rangement  que  pour  une  certaine  brièveté.  Le  troisième, 

«  que  les  histoires  des  saints  n'y  présentent  rien  qui,  comme 
a  auparavant,  offense  les  oreilles  graves  et  doctes  .... 

«  La  différence  entre  ce  bréviaire  et  celui  dont  nous  chaque  année 
«  avons  usé  précédemment  est  donc  que,   dans  Tancien,  l'Écrîtlire^sainte 
«  contrairement  à  la  volonté  des  anciens  Pères,  qui  vou-     ^^^ent^e^r.  ^'^ 
«  laient  qu'on  lût,  chaque  année,  presque  toute  l'Écriture 
«  sainte,  on  lisait  à  peine   une  petite  partie  des  livres; 
«  tandis  que  dans  le  nôtre,  tous  les  ans,  on  lit  la  grande 
«  et   principale   partie  de  l'Ancien  Testament  et  tout  le 
«  Nouveau,  moins  une  partie  de  TApocalypse  :  on  répète 
«  même  les  Épîtres  et  les  Actes  des  Apôtres 

«  Quoique  nous  ne  nous  soyons  pas  proposé  la  brièveté     Le  nouveau 

^      1^    ne  «1  j''j  ./•  bréviaire   à  la 

((  de  1  oince,  mais  la  commodité  de  ceux  qui  récitent,  nous  fois  plus  court 

«  espérons  cependant  avoir  atteint  l'une  et  l'autre.  Les      commode. 

«  leçons  sont  plus  longues  dans  ce  bréviaire,  il  est  vrai, 

«  mais  il  n'y  en  a  jamais  plus  de  trois  ;  tandis  que,  dans 

«  l'ancien,  les  Leçons   sont  au  nombre   de  douze,  avec 

«   autant  de  versets  et  de  répons,  si  l'on  compte  Fofïice  de 

«  la  sainte  Vierge.  Que  si  quelques  Psaumes,  dans  notre 

«  bréviaire,  sont  plus  longs,  dans  l'autre  on  en  lit  chaque 

«  jour  un  beaucoup  plus  grand  nombre,  en  comptant  ceux 

«  qu'on  répète 

«  L'ordre  que  nous  avons  établi  est  très-propre  à  mena- 
ce ger  le  temps  et  à  soulager  la  fatigue.  La  première  et  la 
«  seconde  Leçon  sont  disposées  invariablement  pour  toute 
«  l'année,  qu'il  tombe  une  fête  ou  non.  La  seule  différence 
«  de  l'office  d'une  fête,  d'un  dimanche  ou  d'un  jour  de 
«  férié,  est  dans  la  variation  de  l'invitatoire,  des  hymnes 
«  à  Matines  et  à  Vêpres,  de  la  troisième  Leçon  et  de 
«  l'Oraison  :  le  reste  demeure  toujours  sous  la  même 
«  forme  (i).  » 

(i)  Vid.  la  Note  B. 


362  PREMIERS   ESSAIS   DE   REFORME 

INSTITUTIONS        Tclles  étaient  les  intentions  de  Quignonez,  tel  avait  été 

LITURGIQUES  ,  ,  o 

le  but  de  Léon  X,  de  Clément  VII,  de  Paul  III,  savoir  :  de 


Cette  réforme  réformer  l'office  en  l'abrégeant,  et,  pour  ne  point  fronder 
tom\rpassé^de  l^s  usages  extérieurs  de  la  Liturgie ,  d'introduire  une  dis- 
^^désas^tre^use!^^  tinction  entre  Toffice  célébré  au  chœur,  et  Toffice  récité  en 
particulier.  Au  moyen  d'une  certaine  variété  dans  les 
prières  et  les  lectures,  en  évitant,  autant  que  possible,  les 
répétitions,  en  retranchant  tout  ce  qui  se  rapporte  à  l'as- 
semblée des  fidèles,  comme  n'ayant  plus  de  sens  dans  la 
récitation  privée,  on  pensait  ranimer  le  goût  de  la  prière 
chez  les  clercs,  et  l'on  ne  voyait  pas  que  c'était  aux  dépens 
de  la  Tradition  ;  que  Tantique  dépôt  des  prières  liturgiques 
une  fois  altéré,  ne  tarderait  pas  à  périr  ;  que  cette  forme 
d'office,  inconnue  à  tous  les  siècles  chrétiens,  pénétrerait 
bientôt  dans  les  Eglises,  au  grand  scandale  des  peuples  ; 
en  un  mot,  que  c'était  une  Réforme  désastreuse  que  celle 
à  laquelle  on  sacrifiait  tout  le  passé  de  la  Liturgie. 
Caractère  Si    aujourd'hui  nous   nous   permettons  de  juser  aussi 

delapprobation  '        -  ^  ^     ^  .  . 

donnée  par     sévèrement  uue  oeuvre  qui  appartient  à  plusieurs  Pontifes 

les  souverains  .  •  i       /»  •  i  •         •        • 

Pontifes  à      romains,  puisqu  elle  fut  accomplie  sous  leur  inspiration, 

Fœuvre  de  ,  /      i  •  n 

Quignonez.  ce  n  est  certes  pas  que  nous  ne  soyons  résolu  toujours  d  ac- 
cepter comme  le  meilleur  tout  ce  qui  vient  de  la  Chaire 
suprême  sur  laquelle  Pierre  vit  et  parle  à  jamais  dans  ses 
successeurs  :  mais  il  s'agit  d'une  œuvre  qui  ne  reçut  jamais 
des  trois  pontifes  que  nous  venons  de  nommer,  qu'une 
approbation  domestique,  qui  ne  fut  jamais  promulguée 
dans  l'ÉgUse,  et  qui,  plus  tard,  par  l'acte  souverain  et  for- 
mel d'un  des  plus  grands  et  des  plus  saints  papes  des  der- 
niers temps,  fut  solennellement  improuvée  et  abolie  sans 
retour. 

Le  caractère  de  l'influence  que  le  Siège  apostolique 
exerça  sur  la  publication  du  bréviaire  de  Quignonez,  con- 
traste avec  tout  ce  qu'on  a  pu  voir  dans  tous  les  siècles^ 
avant  ou  après.  Rome  semble  désirer  qu'on  embrasse  cette 
forme  d'office,  et  craindre,  d'un  autre  côté,  d'en  faire  une 


LE    BRÉVIAIRE   DE    QUIGNONEZ  363 

loi.  On  sent  comme  un  état  de  passage  qui  doit  durer  jus-       i  partie 

^  <-'        ^  CHAPITRE    XIII 


qu'à  ce  que  le  pontife  désigné  de  Dieu  pour  successeur  des 
Léon,  des  Gélase,  des  Grégoire^  dans  Tœuvre  liturgique, 
paraisse  et  réforme  saintement  le  culte  divin^  comme  parle 
rÉfflise  (i).  En  attendant,  Paul  III  explique  en  ces  termes  Paul  m  permet 

•  •  •         j        u    '    •    •       ^       ^    •  rusagedece 

ses    mtentions   au    sujet   du    bréviaire    de    Quignonez  :       bréviaire 
«  Nous  accordons  à  tous  et  à  chacun  des  clercs  ou  prêtres  récitation  privée 
«  séculiers  seulement  (2),  qui  voudront  réciter  cet  office,      ^^^aux^^ 
«  de  n'être  plus  tenus  à  la  récitation  de  Tancien  office  qui  sécuHer^sfqïi  en 
«  est  maintenant  en  usage  dans  la  Cour  romaine  ou  dans  u^e^perm^ssion 
«  toute  autre  Église  ;  mais  ils  seront  censés  avoir  satisfait       spéciale. 
«  à  la    récitation  de  l'office  et    des   heures   canoniales, 
«  comme  s'ils  eussent  récité  l'ancien  office,  pourvu  que 
«  chacun  d'eux  ait   soin   d'obtenir  du  Siège  apostolique 
«  une  licence   spéciale  pour   ce  pouvoir  faire  ;  laquelle 
«  licence  nous  ordonnons  devoir  être  expédiée  par  simple 
«  signature  et  sans  autres  frais  (3).  » 

Dans  l'année  même  où  il  paraissait  à  Rome,  en  i535,  d^^Q^Snonez 
le  bréviaire  de  Quignonez  ayant  pénétré  en  France,  y  fut  pun^^-^^^'^-  ^^^ 
l'objet  d'une  attaque  vigoureuse  et  rudement  motivée  de      Paris,  à  la 

,  .    ,  .  .      ,   ,  sollicitation    du 

la  part  des  docteurs  de  l'Université  de  Pans.  Il  avait  été     parlement. 

(i)  Deus  qui  ad  conterendos  Ecclesiae  hostes  et  ad  divinum  cultiim  repa-^ 
randum,  Beatum  Pium,  Pontificem  maximum,  eligere  dignatus  es,  etc. 
{Brev.  Rom.  ad  diem  V.  Maii.) 

(2)  On  voit  que  Rome  craignait  d'énerver  la  milice  régulière,  en  lui 
permettant  l'usage  de  cet  Office  abrégé,  et  aussi  d'ébranler  les  traditions 
antiques  qui  se  conservent  dans  les  cloîtres  mieux  que  partout  ailleurs. 

(3)  Et  insuper  omnibus  et  singulis  clericis,  et  presbyteris  duntaxat  secu- 
laribus,  qui  illud  recitare  voluerint,  concedimus,  ut  ad  veteris  Officii 
secundum  usum  Romanae  curiae,  vel  alterius  Ecclesiae,  quod  nunc  in  usu 
habetur,  recitationem  minime  teneantur,  sed  recitationi  officii  et  horarum 
canonicarum,  perinde  ac  si  vêtus  officium  recitassent,  satisfecisse  cen- 
seantur,  dummodo  singuli  specialem  super  hoc  licentiam  a  sede  Aposto- 
lica  obtineant,  quam  per  solam  signaturam  absque  alia  impensa  expediri 
mandamus,(Ge  bref,  joint  à  la  première  édition  du  Bréviaire  de  Quignonez, 
de  i535,  porte  cette  suscription  :  «  Dilectis  filiis  Thomasio  et  Benedicto 
Junctae,  Antonio  Blado,  et  Antonio  Salamanca  Romœ  librorum  impres- 
soribus.  ») 


364  PREMIERS   ESSAIS   DE    REFORME 

INSTITUTIONS    déféré  à  la  Faculté  par  le  Parlement  de  Paris  :  nous  ex- 

UTURGIQUES  .  . 

-"• trairons   quelques   parties   de  la   censure.    Elle    débute 

ainsi  : 

La  Faculté  «  I^  f^ut  d'abord  remarquer  que  ledit  bréviaire  est  en 

^*m)uveau^^     «  contradiction  avec  tous  les  autres  bréviaires  de  quelque 

qutYrejette  une  "  <^iocèse  que  ce  soit,  et  particulièrement  de  l'Église  ro- 

foule  «  maine  :  car  tous  les  autres  bréviaires  renferment  beau- 

d  anciennes 

prières        «  coup  de  choses  saiutes,  salutaires  et  propres  à  entretenir 

consacrées  par  ,.,/,,. 

la  tradition.     «  la  piete  et  la  dévotion  des  fidèles;  lesquelles  choses  ne 

tt  se  trouvent  point  dans   ledit  bréviaire;  tels  sont,  par 

«  exemple,  les  Heures  de  la  sainte"  Vierge,  les  antiennes, 

a  les  répons,  les   capitules,  les  homélies  ou  expositions 

«  des  docteurs  catholiques   sur  les    Évangiles  et    autres 

«  Ecritures,  Tordre  et  le  nombre  des   Psaumes,  le  mode 

«  de  les  réciter  dans  l'Église,  enfin  Tordre   observé  jus- 

«  qu'ici  dans  TEglise  dans  la  lecture  des  saintes  Ecritures, 

«  aux  Matines,  suivant  la  différence  des  temps.  Ces  insti- 

«  tutions  salutaires  ayant  été  gardées  dans  les  offices  ecclé- 

«  siastiques  depuis  l'origine  de  TEglise,  pour  ainsi  dire, 

«  jusqu'à  nos  temps,   on  a  droit  de  s'étonner  en  voyant 

«  que  celui  qui  a  fait  ce  nouveau  bréviaire  rejette  toutes 

«  ces  choses  et  décide  qu'elles  doivent  être  rejetées  comme 

«  ne  conduisant,  dit-il,  ni  à  la  piété,  ni  à  la  connaissance 

«  de  la  sainte  Ecriture.  A  Ten  croire,  les  antiennes,  les 

«  répons  et  autres  choses  susnommées  ne  seraient  d'au- 

«  cune  utilité  dans  TEglise,  et  on  les  devrait  retrancher 

«  comme  superflues  et  inutiles.  Cependant  cette  doctrine 

«  est  erronée  et  nullement  conforme  à  cette  piété  qui  est 

«  suivant  la  doctrine. 

Uauteur  préfère  «  H  nous  a  semblé  aussi  ne  montrer  point,  en  sa  sagesse, 

sentiment  aux    ^^  ^^^  sobriété  suffisante,  quand  on  le  voit  préférer  sans 

Père^à^^'Lfsa2e  "  l'otigir  SOU  Sentiment  à  lui  seul  aux  décrets  des  anciens 

conimun  de     „  Pères,  à  Tusage  commun  et   approuvé  de  TÉslise,  aux 

l'Eglise,  aux  .        .  ^  ,  ^^  o         > 

histoires  les  plus  «  histoires  les  plus  authentiques.  Afin  donc  que  tous  con- 

authentiques.  .  ,  .  .  •        1/      i_i      i  ur 

«  naissent  combien  est  dangereuse  et  intolérable  la  publi- 


LE   BRÉVIAIRE    DE    QUIGNONEZ  365 

«  cation  de  ce  bréviaire,  nous    allons   montrer  d'abord       ^  partie 

.  CHAPITRE  XIII 

«  qu  il  n  est  permis  à  personne  de  s'écarter  des  règlements ' 

«  antiques  des  Pères  et  des  statuts  universels  de  TÉglise,     De  pareilles 

1  1  ^  i-^j  'l'/'T-i  1  libertés  ne  sont 

«  lesquels  ont  pour  but  de  soutenir  la  piete.    En  second    pas  permises 

«  lieu,  qu'il  faut  garder  le  rite  commun    et  approuvé  de    catiion'ques! 

«  FEglise.   De  plus,  que  dans    les  choses  dont  il  s'agit, 

«  l'Eglise  ne  s'écarte  point  des  maximes  professées  dans 

«  les  livres  des  docteurs  de  la  foi.  Enfin  nous  exposerons 

«  les  maux  qui  résultent  de  la  curieuse  nouveauté  de  ce 

«  bréviaire.  » 

Les  docteurs  s'attachent  ensuite  à  démontrer,  avec  l'éru- 
dition de  leur  temps^  ces  trois  propositions  et  discutent  en 
détail  les  divers  reproches  qu'ils  font  au  bréviaire  de  Qui- 
gnonez,  rapportant  les  raisons  de  Tinstitution  de  toutes 
les  particularités  de  l'office  qu'il  a  cru  pouvoir  supprimer; 
et,  venant  enfin  aux  inconvénients  qui  peuvent  s'ensuivre 
de  l'adoption  de  cette  nouvelle  forme  liturgique,  ils  s'ex- 
priment ainsi  : 

«  Enfin  ce  changement  du  bréviaire  semble  une  chose  Le  changement 

..  y  .     .  .  ,  .  du  bréviaire 

«  dangereuse  ;  car  il  est  a  craindre  que  si  on  le  recevait,  on     ^  amènera 

,  A,i  11  A  '^l'i^   nécessairement 

«  n  en   vint  a  changer  de  la  même  manière   le  missel  et  un 

«  l'office  de  la  Messe,  et  qu'on  n'en  ôtât  des  choses  saintes  ^"""Jo^ardria"^ 
«  et  salutaires  ;  ce  qui  serait  pour  la  destruction  et  non       Liturgie. 
«  pour  l'édification. 

«  Avec  la  même  facilité  on  pourrait  retrancher  aussi  les 
«  cérémonies  et  solennités,  ainsi  que  les  autres  sacramen- 
«  taux,  comme  sont  les  consécrations  d'églises,  d'autels, 
«  de  calices,  le  chant  ecclésiastique,  les  fêtes  des  saints, 
«  l'eau  bénite,  et  beaucoup  d'autres  choses  semblables  : 
«  d'où  l'on  voit  clairement  quelle  voie  dangereuse  est 
«  ouverte  par  ce  changement  de  bréviaire  et  cette  nou- 
«  veauté. 

«  De  plus  ce  serait  un  péril  imminent  et  considérable,    ^^^   P^^îl 


'abandonner 

ulier,  on  en  venait  l'u 

...  .     .  de 

«  à  abandonner  l'usage  commun  jusqu 


«  si,  sous  la  signature  d'un  simple  particulier,  on  en  venait  l'usage  commun 

.    .  ,  de  toute  l'Eglise 

iner  l'usage  commun  jusqu'ici   observé  dans     pour  suivre 


366  PREMIERS   ESSAIS   DE    REFORME 

INSTITUTIONS     «  l'EgUse,  Cil  soFte  que  les  églises  cathédrales,  collégiales 

LITURGIQUES  ...  , 

«  et  paroissiales,  ayant  accepte  ce  nouveau    bréviaire, 

^^^s?mpie  ^^^   ^^  l'Église  se  trouvât  en  possession  d'un  office  garanti  uni- 

particuher.      ^^  quement  par  la  signature  dont  nous  parlons  ;  ce  qui 

«  tournerait  à  grand  scandale  pour  le  peuple  et  entraîne- 

«  rait  péril  de  sédition,  desquels   malheurs   Dieu   nous 

«  veuille  garder  (i).  » 

Quignonez  Cette  vigoureuse  critique,  si  gravement  motivée,  tom- 

présente  son  .  .  >^    • 

apologie  dans  bait  à  la  fois  et  sur  Quignonez  et  sur  l'autorité  qui  sem- 
nouvelle       blait  Pavoir  mis   en  avant.  Le  cardinal  fit  seul  semblant 

édition    de    son  j        ,  •         ti    •    ^       j     •    •      j  i 

bréviaire,  de  S  en  apercevoir.  11  introduisit  dans  son  œuvre  quel- 
^de\égè^ir  ^^^^  changements  presque  imperceptibles;  mais  ce  qui 
^en^TôSô"^  dut  surtout  désarmer  les  docteurs,  fut  le  ton  significatif  de 
simplicité  avec  lequel  il  s^exprima,  l'année  suivante,  dans 
la  préface  de  sa  nouvelle  édition  de  i536.  Il  s'adresse  à 
Paul  III,  comme  dans  la  première  édition,  et  s'exprime 
ainsi  (2)  : 

«  Le  bréviaire  romain,  composé  par  nous,  suivant  le 
«  désir  de  Clément  VII,  ou  plutôt   ramené  à  la  lecture 
«  plus  abondante  des  saintes  Écritures  et  à  la  forme  pri- 
«  mitive  des  saints  Pères  et  des  anciens   conciles,  enfin, 
«   publié  par  votre  volonté,  très-saint  Père,  a  été  reçu  et 
«  approuvé  avec  une  si  grande  faveur  de  la  plupart  des 
«  hommes  graves  et  doctes  (ainsi  que   je  l'ai  remarqué), 
«  qu'ils  n'y  ont  rien  trouvé  à  changer.    En  même  temps, 
«  j^ai  connu  que  d'autres,  graves  et  prudentes  personnes, 
<(  n'approuvant  pas  la  forme  de  ce  bréviaire,  affirmaient 
«  qu^il  y  manquait  plusieurs  choses.  Ce  n'est  pas  que  j'aie  j 
«  jamais  douté  que  sur  un  si  grand  nombre  de  personnes, 
«  il  ne  s'en  trouvât  qui,  ayant  vieilli    dans  la  pratique; 
«  d'une  forme  différente  de  prières,  n'auraient  pas  pour^ 
«  agréable  notre  travail,  pensant  qu'en  aucune  façon  il  nei 

(i)  Vid.  la  Note  C. 

(2)  La  préface  de  cette  seconde  édition  est^  comme  la  première,  adressée  1 

Paul  III. 


LE    BRÉVIAIRE   DE    QUIGNONEZ  867 

pourrait   être    permis    aux    clercs    de    s'écarter   de  la       i  partie 
coutume  envieillie  de  prier.   De  plus,  en  publiant   la 


CHAPITRE     XIII 


censure. 


«  première  édition  du  bréviaire,  nous  n'avions  pas  eu  in-  ii  convient  avec 
c(  tention    de    faire  une    sorte  de  promulgation  de  loi,   son^^brév?a^?e 
«  mais  plutôt  d'ouvrir  une  délibération  publique,  à  l'effet  coSme  un^Imre 
«  de  recueillir  le  jugement  de  plusieurs,  proposant  ainsi      ^^^^^^  ^  ^^ 
«  le  premier  notre  sentiment,  et  résolu  de  suivre  le  parti 
«  qui  de  tous  semblerait  le  plus  avantageux  et  le  plus  con- 
«  forme  à  la  religion  et  à  la  piété,  suivant   le   jugement 
«  du  plus   grand    nombre    des    hommes    prudents     et 
«  graves 

«  C'est  pourquoi,  ayant  pesé  les  avis  que  beaucoup  nous 
a  ont  adressés,  les  uns  de  vive  voix,  les  autres  par  écrit, 
«  et  voulant  déférer  aux  avis  de  ceux  qui  ont  semblé  avoir 
«  fait  preuve  d'une  prudence  plus  remarquable,  nous 
«  avons  volontiers  ajouté  certaines  choses,  changé  quel- 
«  ques-unes,  et  revu  avec  soin  tout  Pensemble,  mais  en  re- 
«  tenant  toujours  la  forme  générale  de  ce  bréviaire.  Toute- 
ce  fois,  puisque  c'est  une  chose  fondée  sur  la  nature,  que 
«  rien  de  ce  qui  est  à  l'usage  des  hommes,  quelque  légi- 
«  time  et  raisonnable  qu'il  soit,  s'il  est  nouveau,  ne  peut 
«  éviter  de  déplaire  à  quelques-uns,  ce  ne  sera  point  une 
«  témérité  de  notre  part  si,  dans  cette  seconde  édition, 
«  nous  expliquons  avec  un  peu  plus  de  soin  et  d'étendue 
«  le  plan  de  tout  notre  travail  que  nous  n'avions  d^abord 
«  développé  qu'en  abrégé  (i).  » 

On  voit  que  Quignonez  ne  dédaigne  pas  de  se  disculper 
devant  la  Faculté,  et  on  a  lieu  d'être  frappé  de  la  naïveté 
avec  laquelle  il  convient  que  son  bréviaire  est  un  livre 
comme  un  autre,  destiné  à  subir  la  critique  du  public,  su- 
jet à  la  censure,  œuvre  toute  humaine^  en  un  mot,  et  qui 
ne  pouvait  avoir  de  vie  dans  l'Église  éternelle.  Moins  de 
quarante  ans  suffirent   à   sa  durée;  mais  en   attendant, 

(i)  Fîi.  laNoteD. 


368  PREMIERS    ESSAIS   DE    REFORME 

INSTITUTIONS    la  bnèvcté  de  cette  forme  d^office  séduisit  grand  nombre 

— ■ —  de  personnes.  La  Sorbonne  elle-même,  avec  la  légèreté 

dont  son  histoire  offre  tant  de  traits,  souffrit  que,  sous  ses 

En    dépit  de    la  ,  j      u    '    •    •  i  in 

censure  de  la  yeux  memes,  une  édition  du  bréviaire  contre  lequel  elle 

n^ouv^eaii       avait  tonué  si  fortement,  s'imprimât  à  Paris,  dès  1539.  On 

imprimé  à  Lyon  ^^"^  trouve  encore  trois  autres  publiées  dans  cette  capitale, 

et  a  Pans,      g^j-^g   parler  de  dix,  au    moins,  qui   furent    imprimées    à 

Lyon,  et  dont  la  dernière  est  de  1557(1).  Ilyena,  en  outre, 

un   grand  nombre  d'autres  publiées  à  Rome,  à  Venise,  à 

Anvers  ;  ce  qui  fait  que  Ton  trouve  encore  assez  facilement 

aujourd'hui  des  exemplaires  de  ce  fameux  bréviaire,  en 

difterents  formats. 

Il  se  glisse        Si  le  règne  de  cette  étrange  Liturgie  eût  été    long,  on 

jusque    dans    le  ,,    ^  ,  i*  i»         •  r  t 

chœur  de      1  eut  vue  remplacer  en  tous   lieux  lancienne  forme  des 
cathé^draies^  en  ofïices  romains,  et  briser  le  lien  qui  unissait  les  siècles  de 
granS^l^andaie  l'^utiquité  aux  âges  modemes.   En  effet,  du    cabinet  du 
du  peuple,     bénéficier  ce  bréviaire  s'était  glissé  jusque  dans  le  chœur, 
et,  pour  ne  parler  que  de  l'Espagne,  les  cathédrales  de 
Saragosse,  de  Tarragone,  de  Palencia,    avaient  renoncé 
à  l'antique  office  pour  inaugurer,   aux  yeux  des  peuples, 
une   manière   de   prier  que    nul     ne    connaissait.     Des 
troubles  mêmes  s'étaient  élevés  dans  Saragosse  à  ce  sujet, 
et  le  peuple,  scandalisé,  désertait  l'église  cathédrale  pour   J 
aller  entendre  l'office  des  moines.  C'est  ce  que  nous  ap- 
prenons d'un  document  précieux,  manuscrit  de  la  biblio- 
thèque  vaticane,    indiqué   par  Montfaucon  (2),   et  dont  , 
Arevalo  a  donné  d'importants  fragments  dans  sa  disserta-   ' 
tion  spéciale  sur  le  bréviaire  de  Quignonez  (3).  C'est  une  : 
consultation  d'un  docteur  espagnol  nommé  Jean  de  Arze, 
qui  fut  rédigée  à  Trente,  durant  la  tenue    du  concile,  en 
i55i,  et  qui  porte  ce  titre  :  De  novo  breviario  Romano    ' 
tollendo  coyisultatio. 

(i)  Zaccaria,   Biblioth.  Ritualis,  tom.  I,  pag.  ii3.  Arevalo,  Hymnodia, 
Hispanica.  Appendix  II,  pag.  3g  i. 

(2)  Biblioth.  Bibliothecarum  MSS.,  \.ov!\.  I,  pag.  122. 

(3).  Hymnodia  Hispan.  ad  calcem.  Appendix  II,  pag.  423  et  suiv. 


Xavier. 


LE   BRÉVIAIRE   DE    QUIGNONEZ .  SÔQ 

Quelque  facilité  que  Ton  mît  à  permettre  Tusage  du        ^  partie 

^      ^  ,  ^    ^  ^  '^  CHAPITRE    XIII 

bréviaire  de  Quignonez,  facilité  devenue  si  excessive,  au  " 

rapport  de  Jean  de  Arze,  que  Tunique  clause  de  l'induit  que  rencontre  le 
qui  s'accordait  non  plus  seulement  à  Rome,  mais  dans  les      bréviaire 
légations   et  les  nonciatures,  était  que  Vorateiir  fût    ca-     focififéVv^ec 
pable  de  s'en  servir,   iit  possit  tali  novo  breviario  uti;  laquelle  l'usape 

^  ^  r  -^  en  est  concède. 

néanmoins,  on  voit  sur  la  consultation  en  question,  que 
plusieurs  personnes  graves  résistaient  de  tous  leurs 
efforts  à  ce  relâchement;  que  des  évêques  s'opposaient 
vigoureusement  à  l'introduction  de  cette  nouvelle  forme 
dans  les  offices  publics.  Mais  la  plus  imposante  de  toutes 
ces  improbations  est  celle  que  donna  saint  François 
Xavier  qui,  au  rapport  de  son  biographe  Tursellini, 
«  fournit  un  grand  exemple  de  religion  au  sujet  de  l'of-  Exemple  donné 
«  fice  divin,  si  l'on  considère  la  licence  de  ces  temps.  On  François 
«  venait  de  publier  un  nouveau  bréviaire  à  trois  leçons, 
«  appelé  le  bréviaire  de  Sainte-Croix,  et  destiné  au  sou- 
«  lagement  des  gens  occupés.  On  en  avait  dès  le  com- 
«  mencement  concédé  l'usage  à  François,  à  cause  de  ses 
%  travaux  :  mais  il  ne  voulut  jamais  user  de  cette  per- 
«  mission,  malgré  ses  soins  immenses  et  ses  affaires  si 
«  compliquées  ;  il  récita  constamment  l'ancien  bréviaire  à 
«  neuf  leçons,  quoiqu'il  fût  beaucoup  plus  long  (i).  » 

Certes  l'autorité  de  Pincomparable  apôtre  des  Indes 
est  d'un  grand  poids  dans  la  question,  et  nous  aimons 
à  la  rapprocher  de  celle  non  moins  sainte,  et  plus  grave 
encore,  de  Pie  V  et  de  tous  ses  successeurs  sans  excep- 
tion. Au  reste  Toeuvre  de  Quignonez,  outre   les  tristes 

(i)  Insignem  vero  ejus  in  hoc  génère  religionem  fecit  illorum  licentia 
temporum.  Nuper  novum  ternarum  lectionum  Breviarium  (sanctae  Crucis 
dicebatur)  ad  occupatorum  hominum  levamen  editum  erat;  ejusque  usus 
Francisco  propter  occupationes  ab  initio  concessus.  Ille  tamen  quamvis 
ingentibus  curis  negotiisque  distentus,  nunquam  permissa  uti  voluit 
licentia;  vetusque  Breviarium  novenarum  lectionum  haud  paulo  longius 
perpetuo  recitavit.  (Tursellini,  Vita  S.  Francisa  Xaverii,  lib.  VI, 
cap.  y.) 

T.  I  24 


SyO  JEAN    BURCHARD    ET    PARIS   DE    GRASSI 

INSTITUTIONS     fruits  doiit  nous  avons  parlé,   en  eût  produit,  si  elle  eût 
duré,  un  plus    lamentable  encore.    Le    bréviaire  abrégé 


abfég^'^TiXrTte  enfanta  un  missel  abrégé  qui   fut  imprimé  à  Lyon,   en 

abré'gériympli   ^^^^'>  ^^  ^^^  renfermait  grand  nombre  de  nouveautés  des^ 

des  nouveautés    j^3  audacieuses  (i).  Ainsi  l'envie  de  simplifier  l'office  ' 

les  plus  A  ^   ^  ^  ^ 

audacieuses,     privé  des  ecclésiastiques  avait  donné  naissance  à  un  bré-- 
viaire  par  lequel  était  répudiée   la   forme  antique    des 
divins  offices,  par  lequel  le  prêtre  cessait  d'être  en  com-. 
munion  avec  les  prières  du  chœur,  et  voilà  qu'en  suivant 
une  pente  toute  naturelle,  on  était  amené  à  défigurer  le 
livre  sacré  qui  renferme  les  rites  du   sacrifice,  et  dont  lai 
forme,  si  elle  est  maintenue  pure  et  inviolable,  est  d'uni 
si  grand  poids  pour  prouver,  contre  les  sectaires,  l'anti- 
quité vénérable  des  mystères  de  l'autel. 
Publication         En  attendant  le  récit  que  nous  ferons  bientôt  de  la  ré- 
corps'dTrftes  génération  liturgique,   commencée  par.  le  saint  concile  de" 
^'  °s^a'c'ré™'^'  Trente  et  accomplie  par  les  grands  Pontifes  qui  en  appli- 
Rub'rTues.     quèrent  les  décrets,  nous  placerons  ici  un  événement  prin- 
cipal dans  la  Liturgie,  qui  marqua   la  fin    du    xv^   et  le 
commencement  du  xvi^  siècle.  C'est  la  publication  défini- 
tive du  corps  de  rites   et  observances  sacrées,  connu  sous 
le  nom  de  Rubriques  :  ensemble  admirable   de  lois  à  la 
fois  mystérieuses  et  rationnelles,  que  ceux-là  ^euls  mépri- 
sent qui  ont  perdu  le  sentiment  de  la  foi,  ou   le  goût  des 
choses  sérieuses.  Ces  lois,  dont  l'origine  se  perd  dans  la 
nuit  des  temps,  et  dont  le  commentaire  complet  nécessite- 
rait une  histoire  générale  des  formes  du  culte  catholique^ 
dont  elles  sont  l'expression,  se  montrent  de  plus  en  plus 
détaillées  dans  la  série  des  Oj^d?-es  7-omams,  à  l'usage  de  la 
chapelle  du  Pape.  Mais  il  manquait  un  recueil  dans  lequel 
elles  se  trouvassent  traitées  à  l'usage   de  tous  les  prêtres, 
et  qui  renfermât  les  particularités  que  les  Ordres  romains, 
dont  l'objet  est  tout  spécial,  ne   contenaient  pas,  et  qui 

i)  Arevalo,  ibid.,  424 


RÉDACTION    DES    RUBRIQUES  87 1 

avaient  été  jusqu'alors  confiées  à  la  tradition  orale.  Cette       i  partie 

CHAPITRE  XIII 

œuvre  fut  entreprise  et  accomplie  par  Jean  Burchard,  de 

Strasbourg,  qui  exerça  l'importante  charge  de  maître  des  ^^^^'^  Burchard, 
cérémonies     pontificales,    dans    la   chapelle     des    papes     cérémonies 
Sixte  ÎV,  Innocent  VIII  et  Alexandre  VI.  C'est  le  même      rédige  les' 

,    .       ,  .  1      •    •  •  •     rubriques  de  la 

qui  a  laisse  un  journal  si  important  sur  les  actions  pri-  messe. 
vées  de  ces  trois  souverains  Pontifes.  Son  travail  fut  im- 
primé en  i5o2,  à  Rome,  sous  ce  titre  :  Oi^do  servandus 
per  sacerdotem  in  celebî^atïone  Missœ  (i).  Merati  et  Zac- 
caria  en  indiquent  encore  d'autres  éditions  postérieures 
à  la  mort  de  Burchard,  qui  mourut  évêque  de  Citta  di 
Castello,  en  i5o3;  elles  portent  un  titre  différent  de  la 
première.  Enfin,  dès  i534,  on  vit  des  missels  auxquels 
cet  appendice  était  joint;  c'est  ce  qu'atteste  le  cardinal 
Bona. 

Quant  aux  rubriques  du  bréviaire,  elles  ont  tant  d'affi-   Les  rubriques 

.    ,  1111  1  <^u  missel  et 

nite  avec  celles  de  la  messe,  et  les  unes  et  les    autres  se    du  pomificai 

1  .    .  1    •       A^  rédigées  à  la 

supposent  si  constamment,  que  leur  origine  doit  être  même  époque. 
jugée  la  même.  On  en  trouve  le  principe  dans  les  ordres 
romains,  et  leur  rédaction  définitive,  si  elle  n'appartient 
pas  à  Burchard,  doit  avoir  eu  lieu  au  temps  de  cet  illustre 
cérémoniaire,  qui  donna  aussi  celles  du  pontifical,  en 
1485.  Les  bréviaires  antérieurs  à  celui  de  saint  Pie  V,  les 
présentent  à  peu  près  dans  la  forme  sous  laquelle  ce  saint 
Pontife  les  promulgua. 
Nous  laisserons  les  esprits  superficiels  blasphémer  ce        Depuis 

,.,      .  •  1.       1  1-11'        \.\:o\s  siècles 

qu  ils  Ignorent,  et  tourner  en   ridicule  cet  admirable  re-  qu'elle  existe, 
sumé  de  toutes  les  traditions  liturgiques.  Nous  nous  con-  ^de?RTtef'^n'a^^ 

i.      A.  j  •    •  r   '^  •  j-..-,^  ru:r.4-^i,--^  jamaiseu  besoin 

tenterons  de  remarquer  ici  ce  fait  unique  dans  1  nistoiie  ^  j^  modifier 
des   législations  :   c'est  que,   depuis  bientôt  trois  siècles    "^^ l^f^\\xnT^ 
qu'un  tribunal  a  été  établi  à  Rome,  sous  le  nom  de  con-    ^"^^^";iP^::^^^'' 
grégation  des  Rites,   pour  dirimer  toutes    les  difficultés 


(i)  Merati,  Annotât,  in  Gavantum,   tom.  I,    p.  4.    Zaccaria,   Biblioth. 
Ritualis,  tom.  I,  p.  58* 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Paris  de  Grassi, 
successeur    de 

Burchard, 

dans  la  charge 

de  cérémoniaire 

pontifical, 

contribue 

comme  lui  à 

sauver  la 

tradition 

liturgique  de 

l'Eglise 

romaine. 


372  JEAN    BURCHARD    ET    PARIS    DE    GRASSI 

d'application,  ou  d'interprétation  des  rubriques,  tant  du 
missel  que  du  bréviaire  romains,  après  plus  de  six  mille 
consultations  et  réponses  qui  ont  été  imprimées,  il  est 
inouï  que  les  juges  aient  été  obligés  de  s'écarter  du  texte 
de  la  loi  dans  les  arrêts  qu'ils  ont  rendus.  C'est  ainsi 
qu'une  des  institutions  de  l'Église  romaine^  celle  qui  sem- 
blerait 1^  moins  grave,  la  moins  sérieuse,  à  ceux  du 
moins  qui  ne  savent  pas  la  haute  importance  du  dépôt 
des  traditions  rituelles,  peut  défier  en  solidité,  en  immu- 
tabilité, tout  ce  que  les  sociétés  les  plus  civilisées  ont  éta- 
bli de  plus  sage  dans  leurs  formes  gouvernementales. 

Après  Burchard,  nous  mentionnerons  ici  son  succes- 
seur dans  la  charge  de  cérémoniaire  pontifical,  Paris  de 
Grassi,  qui  fut  plus  tard  évêquede  Pesaro,  et  qui  a  laissé 
à  l'exemple  de  Burchard,  un  journal  fameux  qui  contient 
les  événements  privés  des  pontificats  de  Jules  II  et  de 
Léon  X.  Il  était  digne  de  recevoir  et  de  transmettre  à 
d'autres  les  traditions  liturgiques  que  Burchard  avait  lui- 
même  reçues  de  ses  prédécesseurs.  Sans  ces  deux 
hommes  fameux,  dont  l'un  clôt  les  fastes  de  la  chapelle 
papale  au  xv®  siècle,  et  l'autre  les  rouvre  au  xvi%  tout  le 
passé  liturgique  de  Rome  était  en  danger  de  périr,  à  cette 
époque  où  le  besoin  de  nouveautés  travaillait  tout  le 
monde,  où  Quignonez,  organe  de  Clément  VII  et  de 
Paul  III,  ne  voyait  dans  la  science  des  règles  du  culte 
divin  qu'une  matière  à  d'inutiles  fatigues,  et  dans  la  réci- 
tation de  l'ofiîce,  qu'une  lecture  privée  de  la  Bible  et  de 
quelques  Psaumes.  Burchard  et  Paris  de  Grassi  étaient 
les  hommes  qu'il  fallait  pour  dominer  cette  tendance,  et 
quoique  déjà  morts  à  l'époque  du  fameux  bréviaire  de 
Sainte-Croix,  leur  œuvre,  qui  d'ailleurs  avait  ses  raci- 
nes dans  le  passé,  avait  revêtu  assez  de  solidité  pour 
échapper  à  l'anarchie  liturgique  dont  nous  avons  fait  le 
récit. 

La  raison  du  succès  qui  s'attacha  ainsi  à  l'œuvre  de  ces 


RÉDACTION   DES    RUBRIQUES  3^3 

deux  grands  cérémoniaires,  et  la  sauva  de  la  destruction,       i  partie 

,11/'  VI  •  ,  ,.  CHAPITRE    XIII 

est  dans  le  sérieux  qu  us  surent  toujours  mettre  dans  Tac- 

complissement  de  leurs  fonctions  minutieuses  aux  yeux 
des  gens  légers,  mais  si  graves  pour  Phomme  de  foi^  et  si 
intéressantes  pour  l'antiquaire.  Nous  avons  un  monument 
fameux  de  cette  fidélité  inviolable  et  même  passionnée  aux 
traditions  liturgiques,  qui  est  du  génie  pour  un  cérémo-     Publication 
niaire/  dans  la  conduite  de  Paris  de  Grassi,  lors  de  la  cé/éiîiollal'des 
publication  du  livre  contenant  les  Cérémonies  de  VÉglise     a^aîes^rédVé 
romaine.    Ce    recueil     avait    été    rédigé    par    Augustin  J?^^.  Augustin 

<=>       i  n  Patnzi,    eveque 

Patrizi,  évêque  de  Pienza,  en  Toscane,  d'après  les  ordres  <^e  Pienza. 
dlnnocent  VIII  ;  mais'  on  n'avait  pas  jugé  à  propos  de 
l'imprimer.  En  i5io,  sous  Léon  X,  Christophe  Marcelli, 
évêque  de  Corfou,  à  Finstigation  d'un  cardinal,  se  permit 
de  le  faire  imprimer  à  Venise,  où  il  parut  sous  ce  titre  : 
Rituum  ecclesiasticorum,  sive  sacrarum  Cœremoniarum 
Sanctœ  Romance  Ecdesiœ  libri  très  non  ante  impressi. 
Rien  ne  pourrait  peindre  Tindignation  de  Paris  de  Grassi 
à  cette  nouvelle.  En  effet  l'impression  de  ce  livre  ne  pou- 
vait se  justifier  par  des  raisons  d'utilité  publique,  puis- 
qu'il s'agissait  d'un  ensemble  de  rites  exclusivement 
propres,  pour  la  plupart  du  moins,  à  la  personne  du  Pape. 
C'était,  de  plus,  un  attentat  contre  la  majesté  de  cérémo- 
nies si  augustes,  que  de  les  livrer  ainsi  au  contrôle  du 
public  et  même  des  hérétiques,  en  les  dépouillant  pour 
jamais  du  mystère  qui  les  avait  jusqu'alors  enveloppées  ; 
l'office  de  préfet  des  cérémonies  pontificales  se  trouvait 
par  là  déshonoré,  soumis  à  la  critique  du  premier  venu 
qui  aurait  feuilleté  le  livre,  et  par  là  à  une  véritable  dé- 
considération; enfin,  ce  qui  était  plus  fâcheux  encore,  cet 
ouvrage,  livré  furtivement  aux  imprimeurs,  renfermait 
des  fautes,  des  méprises,  des  altérations  de  la  véritable 
tradition  liturgique. 

Paris  de  Grassi  porta  devant  Léon  X  les  plaintes  les  plus  indignation  de 

,  .  ,  /         .  .  1^ ^  TV/r«u;il^,-.  Pîii'is  de  Grassi. 

énergiques,  dans  un  mémoire  curieux  que  dom  Mabillon 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


374  AUTFX'RS   LITURGISTES 

nous  a  conservé  (i).  ïl  ne  demandait  rien  moins  au  Pape 
que  défaire  brûler  Fauteur  avec  son  livre^oz^  tout  an  moins 
de  le  corriger  et  châtier  convenablement.  Librum  cœre- 
moniariim  miper  impressnm  omnino  comburi  simul  cum 
falso  anctore;  aut  saltem  ipsum  auctorem  corrigi  et  cas- 
tigari.  Léon  X  était  pltis  porté  à  choisir  le  dernier  parti, 
comme  on  devait  bien  le  croire  ;  cette  affaire,  toute  fâcheuse 
qu'elle  était,  s'assoupit  d'elle-même.  Comment,  en  eifet, 
arrêter  les  diverses  éditions  qui  ne  pouvaient  manquer  de 
sortir  de  celle  de  Venise,  ainsi  qu'il  arriva  en  effet?  Car 
ce  livre,  tout  imparfait  qu'il  est,  toute  frauduleuse  que  soit 
son  origine,  est  et  doit  être  recherché  de  tous  ceux  qui 
veulent  prendre  une  connaissance  tant  soit  peu  profonde 
de  la  Liturgie. 
Paris  de  Gras«i,      Paris  de  Grassi  a  laissé  en  manuscrit  un  Ordr^e  romain 

auteur  du  .  1      j         •         1  •         ^    '  lt  '  j 

dernier  Ordre   qui  est  le  dernier  de  tous ,  et  qui  a  ete  publie   par  dom 

romain,  une  des  Ti«-v-  ....  1  i  1      a     l' 

bases         Martene,  au  troisième  tome  de  son  grand  ouvrage  de  Antt- 
^cSémonfai '^  ^^^^^  Ecclesiœ  Ritibus  (2).  Il  a  servi  de  base,  ainsi  que  les 
romain,        précédents,  au  cérémonial  romain,  qui  n'est  autre  chose 
que  la  forme  des  usages  de  la  chapelle  papale,  adaptée  aux 
diverses  églises  cathédrales  et  collégiales  du  monde  chré- 
tien, ainsi  que  nous  le  dirons  ailleurs.    Il  est  temps  de 
passer  à  la  bibliothèque  des  auteurs  liturgistes  du  xiv^  et 
du  XV®  siècle. 
Auteurs  (i3o6).  Nous  placerons  à  la  tête  de  notre  liste  le  B.  Jac- 

liturgistes  du  ^  '^  ^ 

xive  et  du  xve  ques  de  Benedictis,  plus  connu  sous  le  nom  de  Jacôpone, 
Le  B.  Jacôpone.  de  l'ordre  des  frères  mineurs,  mort  en  i3o6.  On  lui  attri- 
bue la  prose  Stabat  Mater,  et  plusieurs  autres. 

(i3o7).   Hermann,Grethus,   chanoine  et  écolâtre  d'une 

Hermann  .  .    . 

Grethus.       collégiale    d'Allemagne ,    écrivit    de   Notabilibus   divini 

Officii Dominicariim  et Festoriim  de  tempore  et  de  sanctis. 

Le  cardinal         (i 3 lo).  Jacques  Gaétan,  cardinal,  composa  un  Ordina- 

Gaétan. 

(i)  Musœum  Italicum,  tom.  IL  Appendix,  pag.  587  et  seq. 
(2)  Tom.  III,  cap.  xxxiv,  pag.  607  et  seq. 


ji 


DU   XIV®   ET   DU   XV^   SIECLE  SyÔ 

rium  sanctœ  Romance  Ecclesiœ,  ouvrage  du  plus  grand 
intérêt,  qui  forme  le  quatorzième  Ordre  romain  dans  la 
collection  de  dom  Mabillon. 

{i3i2).  Nicolas  de  Treveth,  dominicain  anglais,  a  écrit, 
entre  autres  choses,  huit  livres  de  Missa  et  ejus  partibus, 
et  un  autre  livre  de  Offîcio  Missœ. 

(i3i5).  Thomas  de  Cabham,  archevêque  de  Cantorbéry, 
écrivit  une  somme  de  Ecclesiasticis  Offîciis,  et  un  livre  de 
Baptismo. 

(i32o).  Timothée  II,  patriarche  des  nestoriens,  est  au- 
teur de  l'ouvrage  en  sept  chapitres,  de  Septem  caiisis  Sa- 
crament  or  um  ecclesiasticorum . 

(i333).  Nicéphore  Galliste,  moine  de  Sainte-Sophie  à 
Constantinople,  a  laissé  des  hymnes  et  autres  pièces  pour 

(les  offices  ecclésiastiques. 
^  (i335).  Mathieu  Blastares,  moine  grec,  a  écrit  un 
ÏCatalogue  des  Offices  de  la  grande  Église  de  Constanti- 
nophy  et  un  traité  de  Appositione  cocti  frumenti  in  Officio 
pro  morttiis. 
«^  {1340).  Hermann  de  Schilde^  ermite  augustin,  écrivit 
une  Exposition  de  la  Messe,  un  Mannale  Sacerdotum^  un 
traité  de  Horis  Canonicis,  et  un  autre  de  Comparatione 
Missœ. 

(i35o).  Nicolas  Cabasilas,  Grec  schismatique,  a  laissé 
une  Exposition  de  la  Liturgie. 


I    PARTIE 
CHAPITRE    XIII 


Nicolas  de 
Treveth. 


Thomas  de 
Cabham. 


Timothée  II, 

patriarche  des 

nestoriens. 


Nicéphore 
Calîiste. 


Mathieu 
Blaslares. 


Hermann  de 
Schilde, 


Nicolas 
Cabasilas. 


(i35o).  Le  Bienheureux  Charles  de  Blois,  duc  de  Bre-  Le  bienheureux 

,,•      •  1  •  ^'    '  j       .  Charles  de 

tagne^  se  montra  r  imitateur  des  princes  religieux  dont  nous   bioïs,  duc  de 


Bretagne, 


ivons  parlé  dans  les  chapitres  précédents.  Il  ne  se  con-  compositeur  de 
^enta  pas  d'assister  avec  grand  zèle  à  tous  les  actes  de  la  litJJ-aiq^ues 
Liturgie,  mais,  à  l'exemple  de  Charlemagne,  du  roi  Robert 
et  de  Foulques  d'Anjou,  il  composa  plusieurs  pièces  de 
chant  ecclésiastique.  On  cite,  entre  autres,  une  prose  en 
l'honneur  de  saint  Yves,  dont  il  accompagna  les  paroles 
d'un  chant  si  mélodieux,  qu'elle  fut  chantée  en  divers 
lieux  de  Bretagne,  et  même  produite  devant  les  commis^ 


INSTITUTr.ONS 
LITURGIQUES 


Philotée, 

métropolitain 

d'Héraclée. 


Pierre 
Amélius, 


Philippe  de 

Maceriis, 

chancelier   du 

royaume  de 

Chypre. 


Arnauld 
Terreni. 


Raymond  de 
Capoue. 


Raoul  de   Rivo, 
doyen  de 
Tongres. 


Ignace  IV, 

patriarche  des 

jacobites. 


Henri  de 
Langestein. 

Siméon, 

archevêque  de 

Thessalonique. 


376  AUTEURS    LITURGISTES 

saires  députés  pour   instruire  le  procès  de  sa  canonisa- 
tion. 

(i362).  Phiiothée,  archimandrite  du  Mont-Athos,  et 
depuis  métropolitain  d'Héraclée,  a  laissé  une  formule  inti- 
tulée :  Liturgia  et  Ordo  institiiendi  Diaconum^  et  plu- 
sieurs hymnes  et  parties  d'office  à  l'usage  des  Grecs. 

(iSyo).  Pierre  Amélius^  augustin, patriarche  de  Grade  et  ^ 
d'Alexandrie^  a  laissé  un  livre  de  Cœremoniis  sanctœ  Roma' 
nœ  Ecclesiœ,  qui  fait  le  quinzième  Ordre  romain  dans  la 
collection  de  dom  Mabillon. 

(iSyo).  Philippe  Maceriiis  ou  de  Maceriis,  chevalier 
picard,  qui  devint  chancelier  du  royaume  de  Chypre,  com- 
posa^ sous  le  nom  de  Phiiothée  Achillinus,  l'office  de  la 
Présentation  de  la  sainte  Vierge. 

(iSyS).  Arnauld  Terreni,  canoniste  attaché  à  l'Eglise 
d'Elne,  écrivit  un  traité  de  M/sterio  Missœ  et  Horis 
Canonicis. 

(i38o).  Raymond  (ie  Fme/^,  appelé  vulgairement  Ray- 
mond de  Capoue,  composa  un  office  pour  la  Visitation  de 
la  sainte  Vierge. 

(i38o).  Raoul  de  Rivo,  doyen  de  Téglise  de  Tongres,  a 
laissé,  outre  son  Calendarium  Ecclesiasticum^  un  curieux 
livre  intitulé  :  De  Canonum  observantia  in  ecclesiasticis 
Officiis. 

(1400).  Jean,  appelé  aussi  Ananie,  patriarche  des  jaco- 
bites, sous  le  nom  d'Ignace  IV,  composa  une  anaphore 
qui  se  trouve  dans  le  livre  de  ces  hérétiques. 

(14 10).  Henri  de  Langestein,  chartreux,  écrivit  un  livre 
de  Horis  canonicis. 

(141  o).  Siméon,  moine,  puis  archevêque  de  Thessalo- 
nique, fanatique  ennemi  des  Latins,  a  laissé,  outre  un 
recueil  intitulé  :  Precationes  sacrœ^  un  ouvrage  impor- 
tant sous  ce  titre  :  Comment ariiis  de  Divino  Templo,  de 
ejiis  Ministris,  de  sacris  eorum  vestibns,  de  sacrosancta 
Mystagogia,  sive  missa,  ad  pios  quosdam  Cretenses. 


DU    XIV^    ET   DU    XV®   SIECLE.  877 

(141 1).  Pierre  d'Ailly,  cardinal,   évêque  de  Cambrai,        i  partie 

,,vi  1  1  ne    '  ,,     .  .  .  CHAPITRE  XIII 

célèbre   dans    les   aiiaires  ecclésiastiques  de  son  temps, 


publia  un  Sacramentale.  Pierre  d'AïUy. 

(1420).    Ignace    Behenam ,    patriarche     des   iacobites,  ^g^^^^^^^h^^^"^ 

^  '         ^  ^  '  ^     patriarche  des 

composa  une   anaphore  remarquable   par  la  beauté   du       jacobites, 
style. 

(1440).  Nicolas  Kempht,  chartreux,  écrivit  une  Exposi-  Nicolas  Kempht. 
tion  du  Canon  et  de  la  Messe  entière. 

(1446).  Troïle  Malvetius,  docteur  de  Bologne,  a  laissé      Malvenus 
•  un  livre  de  Sanctorum  Canoniiatione. 

(i45o).    Fernand  de  Cordoue,  sous-diacre  de   TEglise    Femand  de 

.  .  .  .  .    .  Cordoue. 

romaine,  adressa  au  cardinal  François  Piccolomini,    un 
traité  de  Pontijîcii  Pallii  mysterio. 

(1456).  Jacques  GiL  dominicain,  maître  du  sacré  Palais,     JacquesGii, 

^  ^      I  ^  '  '^  _  '  auteur  de  l'office 

composa  Foffice  de  la  Transfiguration  de  Notre-Seigneur,         de  la 

A       A     n    w    .     TTT  Transfiguration 

par  ordre  de  Lallixte  111. 

(1460).   Jean  de  Torquemada,  dominicain,   maître  du     Le  cardinal 

J  ean 

sacré  Palais,  cardinal  et  évêque  de  Sabine,  a  laissé  un  livre  de  Torquemada. 

intitulé  :  De  Efficacia  Aqitœ  Benedictœ. 
(1460).  Georges  Codinus,  surnommé  Curopalate,  publia,       ccxUmas 

depuis  la  prise  de  Constantinople  par  les  Turcs,  un  livre 

sous  ce  titre  :  De  Ciiriœ  et  Ecdesiœ  Constantinopolitanœ 
.officiis  et  qfficialibus. 
^     (147 1).  Anse  de  Brunswick,  Saxon,  écrivit  un  livre  sur  _,      Ange 

\   ^'     I  o  11  ^Q  Brunswick. 

le  Canon  de  la  Messe. 

(1474).  Michel  Lochmayr,   recteur  de    l'Académie    de      Lc^chim-r 
Vienne,  rédigea  le  Parochiale  parochoriim,  qui  renferme 
beaucoup   d'instructions  dans  le  genre  de  celles  de   nos 
rituels  modernes. 

(1475).  Jean  de  Dursten,  augustin,  écrivit  :  De  Mono-  Jean 

^   ^'     '  '         c>  '  de  Dursten. 

cordo;  de  Modo  bene  cantandi  ;  et  de  collectarum  conclii' 
sionibiis. 

(1480).  Gabriel  Biel,  docteur  de  l'Université  de  Tubin-    Gabriel  Biei. 
gen,  a  laissé  une  Exposition  du  Canon  de  la  Messe. 

(1483).  Jean  Trithème,   abbé  de  Saint-Martin  de  Span-  jean  Trithème. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Jérôme 
Savonarole. 


Jean 
de  Lanshem. 

Nicolas 
de  Alfentia. 

Balthazar 
de  Leipsick. 


Conclusions 

importantes 

pour  le 

développement 

de  la  véritable 

doctrine 
sur  la  Liturgie. 

Principes 

qui   doivent 

présider  à  toute 

réforme 

liturgique. 


378  AUTEURS   LITURGISTES 

heim,  puis  de  Saint-Jacques  de  V/urtzbourg,  la  grande 
lumière  de  l'ordre  de  Saint-Benoît  en  son  siècle,  fut  aussi 
un  liturgiste  remarquable.  Outre  plusieurs  séquences,  il 
composa  un  office  en  l'honneur  de  sainte  Anne  et  de  saint 
Joachim,  et  plusieurs  messes  pour  la  Compassion  de  la 
sainte  Vierge,  pour  l'Ange  Gardien,  pour  saint  Pierre, 
saint  André,  saint  Jean  l'Evangéliste,  sainte  Marie-Made- 
leine, sainte  Marthe,  etc. 

(1490).  Jérôme  Savonarole,  dominicain,  ajoute  à  ses 
autres  titres  de  célébrité,  celui  d'avoir  traité  les  matières 
liturgiques  avec  élévation  et  onction.  Il  a  composé  un 
traité  de  Sacrijîcio  Missœ  et  Mjsteriis  ejus,  et  un  autre 
de  Mjsterio  Crucis,  avec  un  office  de  la  sainte  Croix. 

(1495).  Jean  de  Lanshem,  augustin  allemand,  écrivit 
un  Spéculum  Missœ. 

(1495).  Nicolas  de  Alfentia,  carme,  composa  un  volume 
très-étendu  sur  TOrdinaire  de  la  Messe  et  le  Canon. 

(1497).  Balthazar  de  Leipsick,  abbé  cistercien,  est  auteur 
d'une  Exposition  du  Canon  de  la  Messe,  qui  fut  imprimée 
à  Leipsick  en  1497. 

En  terminant  ce  chapitre,  nous  trouvons  un  grand  nom-  ; 
bre  de  considérations  à  recueillir  pour  l'instruction    du 
lecteur,  et  pour  le  développement  de  la  véritable  doctrine 
sur  la  Liturgie. 

1°  Ce  n'est  point  une  forme  liturgique  durable  que  celle 
qui  a  été  improvisée  pour  satisfaire  à  de  prétendues  exi- 
gences littéraires. 

2°  La   réforme   de   la  Liturgie,  pour  durer,  a  besoin 
d'être  exécutée  non  par  des  mains  doctes,  mais  par  des  \ 
mains  pieuses    et  investies  d'une   autorité   franchement 
compétente. 

3°  Dans  la  réforme  de  la  Liturgie  on  doit  se  garder  de 
l'esprit  de  nouveauté,  restaurer  ce  qui  se  serait  glissé  de 
défectueux  dans  les  anciennes  formes,  et  non  les  abolir. 

4°  Ce  n'est  point  réformer  la  Liturgie  que  de  Tabréger; 


DU    XIV^    ET    DU    XV''    SIECLE  879 

sa  longueur   n'est  point  un  défaut  aux  yeux  de  ceux  qui        i  partie 

,      .  .  ,        1  .  V  "  CHAPITRE    Xi  II 

doivent  vivre  de  la  prière.  


5°  Lire  beaucoup  d'Écriture  sainte  dans  l'office  n'est 
pas  remplir  toute  Tobligation  de  la  prière  sacerdotale;  car 
lire  n'est  pas  prier. 

6°  Il  n'y  a  pas  de  fondement  à  la  distinction  de  Toffice  Une  distinction 

j      ,,    rn  '     '  -1       )  1  -v  entre  l'office 

public  et  de  1  omce  prive  :  car  il  n  y  a  pas  deux  prières  public  et  l'office 
qui  soient  à  la  fois  la  prière  officielle  de  P Église.  Le  clerc  ^^fonciemen?.^^^ 
légitimement  absent  du  chœur,  de  même  qu'il  y  est  réputé 
présent,  doit  se  tenir  uni  à  ses  frères  en  récitant  avec  eux 
ce  qu'ils  chantent  en  union  avec  lui.  Les  lectures  qu'il 
fera  dans  un  bréviaire  savant  l'isolent  de  cette  prière  com- 
mune. 

7°  Ce  n'est  pas  un  mal  que  les  règles  du  service  divin    inconvenance 

.  .        ,  ,        .  de  tout 

soient  nombreuses  et  compliquées,  afin  que  le  clerc  ap-  reproche 
prenne  avec  quelle  diligence  il  faut  accomplir  Tœuvre  du  ^  ongueui. 
Seigneur.  Toute  satire  sur  les  Rubriques  annonce  un 
homme  prévenu,  ou  superficiel,  et  l'Église  répond  à  ces 
nouvelles  et  molles  théories,  en  promulguant  plus  haut 
que  jamais  l'ensemble  de  ses  lois  si  belles  d'harmonie  et 
d'unité. 

8°  Enfin,  s'il  n'y  a  pas  à  balancer  pour  la  conscience   Conséquences 

,  "^         ^  .  ,  .  de  cette 

entre  saint    Pie  V,  souverain  Pontife  rétablissant  solen-   doctrine  et  de 

.  f^      '  l'histoire  du 

nellement    1  ancien  office,  et  le  cardinal  de  bainte-Lroix,       bréviaire 

,~^    .  /  ,.  111,  \     m       '  de  Sainte-Croix 

Quignonez,  éditeur  responsabled  un  nouvel  omce  inconnu     par  rapport 
à  tous  les  siècles,  quel  choix  doit- on  faire  entre  l'office  de    '"^^francaVsIs^^ 
l'Église  catholique,  et  celui  ou  ceux  qu'auraient  improvisés  ^^^  ^^'"^'  ^-^''^^^• 
en  leur  propre  nom,  ou,  si  l'on  veut,   sous  un  patronage 
qu'il  faut  bien  reconnaître  inférieur  à  celui  de  Clément  Vil 
et  de  Paul  III^  quelques  prêtres  obscurs,  suspects  dans  la 
foi,  et  quelques-uns  même  frappés  des  foudres  de  l'Eglise  ? 
N'est-il  pas  à  craindre  que  le  jugement  de  la  Sorbonne, 
de  i535,  ne  leur  soit  devenu  applicable  ? 

La  suite  de  cette  histoire  mettra  le  lecteur  en  état  de 
conclure, 


38o  PREMIERS   ESSAIS   DE    REFORME    LITURGIQUE 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


NOTES  DU  CHAPITRE  XIII 


NOTE  A 

Docta   sanctorum  Patrum   decrevit  auctoritas ,    ut   in    divinae   laudis-^ 
Officiis,  quae  debitae  servitutis    obsequio  exhibentur,   cunctorum  mens 
vigilet,  sermo  non  cespitet,  et  modesta  psallentium  gravitas  placida  modu- 

latione   decantet.    Nam    in   ore   eorum   dulcis   resonabat    sonus.   Dulcis 

< 

quippe  omnino  sonus  in  ore  psallentium  resonat,  cum  Deum  corde  sus- 
cipiunt,  dum  loquuntur  verbis;  in  ipsum  quoque  cantibus  devotionem 
accendunt  :  inde  etenim  in  Ecclesiis  Dei  psalmodia  cantanda  praecipitur, 
ut  fidelium  devotio  excitetur;  in  hoc  nocturnum  diurnumquc  Officium 
et  Missarum  celebritates  assidue  Clero  ac  populo  sub  maturo  tenore,  dis- 
tinctaque  gradatione  cantantur,  ut  eadem  distinctione  collibeant,  et  ma- 
turitate  délectent.  Sed  nonnuUi  novellae  scholae  discipuli,  dum  tempo- 
ribus  mensurandis  invigilant,  novis  notis  intendunt,  fingere  suas,  quam 
antiquas  cantare  malunt;  in  semibreves  et  minimas  Ecclesiastica  can- 
tantur, notulis  percutiuntur  ;  nam  melodias  hoquetis  intersecant,  discan- 
tibus  lubricant,  triplis  et  motetis  vulgaribus  nonnunquam  inculcant,  s 
adeo  ut  interdum  Antiphonarii  et  Gradualis  fundamenta  despiciant, 
ignorent  super  quo  aedificant,  tonos  nesciant,  quos  non  discernunt,  imo 
confundunt  ;  cum  ex  earum  multitudine  notarum  ascensiones  pudicae» 
descensionesque  temperatae,  plani  cantus,  quibus  toni  ipsi  secernuntur,, 
ad  invicem  obfuscuntur;  currunt  enim,  et  non  quiescunt  ;  aures  ine- 
briant,  et  non  medentur  ;  gestibus  simulant  quod  depromunt,  quibus 
devotio  quaerenda  contemnitur,  vitanda  lascivia  propalatur.  Non  enim' 
inquit  frustra  ipse  Boëtius,  lascivus  animus,  vel  lascivioribus  delectatur 
modis,  vel  eosdem  sœpe  audiens  emollitur,  et  frangitur.  Hoc  ideo  dudum- 
nos,  et  Fratres  nostri  correctione  indigere  percepimus,  hoc  relegare,  imo' 
prorsus  abjicere,  et  ab  eadem  Ecclesia  Dei  profligare  efficacius  propera- 
mus.  Quocirca  de  ipsorum  Fratrum  consilio  districte  praecipimus,  ut 
nullus  deinceps  talia,  vel  his  similia  in  dictis  Officiis,  prœsertim  Horis 
Canonicis,  vel  cum  Missarum  solemnia  celebrantur,  attentare  praesumat. 
Si  quis  vero  contra  fecerit,  per  Ordinarios  locorum  ubi  ista  commissa 
fuerint,  vel  deputandos  ab  eis  in  non  exemptis,  in  exemptis  vero  per 
pr^epositos  seu  praelatos  suos,  ad  quos  alias  correctio,  et  punitio  culpa- . 
rum,  et  excessuum  hujusmodi ,  vel  similium  pertinere  dignoscitur,  vel; 
deputandos  ab  eisdem,  per  suspensionem  ab  Officio  per  octo  dies,  auc- 
toritate  hujus  Canonis,  puniatur.  Per  hoc  autem  non  intendimus  pro-J 
hibere,  quin  interdum  diebus  festis  praecipue,  sive  solemnibus  in  Missis,' 
et  praefatis  divinis  Officiis  aliquae  consonantiae,  quae  melodiam   sapiunt, 


LE   BRÉVIAIRE   DE    QUIGNONEZ  38 1 

puta  octavae,  quintœ,  quartae,  et  hujusmodi  supra  cantum  Ecclesiasticum         i  partie 
simplicem  proferantur  :  sic   tamen,  ut   ipsius  cantus  integritas  illibata     chapitre  xiii 

ermaneat,  et  nihil  ex  hoc  de  bene  morata  musica  immutetur,  maxime 
cum  hujusmodi  consonantiae  auditum  demulceant,  devotionem  provocenl, 
et  psallentium  Deo  animos  torpere  non  sinant.  Actum  et  datum,  etc. 
{Extravagant.  Commun,  lib.  III,  tit.  I.) 

NOTE  B 


I 


Ad  Sanctiss.  Patrem,  et  D.  N.  Paulum  III.  Pont.  Max.  Francisci  Qui- 
gnonii  tit.  S.  Crucis  in  Jerus.  presb.  card.  in  breviarium  proxime  con- 
fectum  Praefatio. 

Cogitanti  mihi,  Pater  Sanctiss.,  atque   animo  repetenti  initia  veteris 
nstituti,    quo   sancitum   est,   ut  clerici    sacris   initiati,    vel    sacerdotiis 
prœsidentes,  singulis  diebus  perlegant  horarias  preces,  quas  Canonicas 
etiam    appellamus;   très   omnino    causae   spectatae    fuisse  videri   soient. 
Quarum  ea  prima  est,  quod  cum  ceteri  homines  in  quaque  civitate  aut 
suum  quisque  negotium  agant,  aut  in  republica  administranda  sint  oc- 
cupati,  clericis  ex  eo  vocatis,    ut  Hieronymus  testatur,  quod  de  sorte 
Domini  sint_,  quique  bonis  ecclesiasticis  aluntur  hoc  potissimum  nego- 
tium divinis  et  humanis  legibus  est  injunctum,  ut  in  commissum  sibi 
populum,  ac  de  se  bene  merentem  Deum  propitium  habere  cunctis  ratio- 
nibus  enitantur.  Quod  non  solum  sacrificiis  efficitur,  sed  etiam  precibus, 
quae  a  pio  corde  proficiscantur,  teste  Jacobo,  qui  nos  ad  precandum  co- 
hortans,   orate    (inquit)  pro  invicem  ut  salvemini ,    multum  enim  valet 
deprecatio  justi  assidua.  Altéra  causa  est,  ut  qui  reliquo  populo  exemplo 
debent   esse  virtutis,   et  sanctimoniae,    assidua   precatione   Deum    allo- 
quentes,  minus  opportuni  reddantur  tentatori  diabolo,  si  eos  invenerit, 
ut   Hieronymus    ait,    occupatos,  et   a  cogitationibus  caducarum   rerum 
subinde  avocati,    contemplationi  divinarum  assuescant.   Tertia,  ut  Reli- 
gionis  quoque  futuri  magistri  quotidiana  sacrae  Scripturœ,  et  ecclesias- 
ticarum  historiarum  lectione  erudiantur,  complectanturque,  ut  Paulus 
ait,  eum,   qui  secundum  doctrinam  est,   fidelem  sermonem,    et   potentes 
sint  exhortari  in  doctrina  sana,  et  eos,  qui  contradicunt,  arguere.  Et  pro- 
fecto  si  quis  modum  precandi  olim  a  majoribus  traditum  diligenter  con- 
sideret,  horum  omnium  ab  ipsis  habitam  esse  rationem  manifesto  depre- 
hendet.   Sed    factum    est    nescio    quo    pacto    hominum    negligentia,   ut 
paulatim  a  sanctissimis  illis  veterum  Patrum  institutis  discederetur,  Nam 
primum  libri  sacrae  Scripturae,  qui  statis  anni  temporibus  erant  perle- 
gendi,  vix  dum  incœpti  a  precantibus  praetermittuntur.  Ut  exemplo  esse 
possunt  liber  Genesis,  qui  incipitur  in  Septuagesima,  et  liber  Isaiae,  qui 
in  Adventu ,  quorum  vix  singula  capitula  perlegimus,   ac  eodem  modo 
cetera  Veteris  Testamenti  volumina  degustamus  magis  quam  legimus  : 

nec  secus  accidit  in  Evangelio,  et  reliquam  Scripturam  Novi  Testamenti, 

quorum  in  loco   successerunt  alia,   nec  utilitate  cum  his,  nec  gravitate 


382  PREMIERS    ESSAIS    DE    REFORME    LITURGIQUE 

INSTITUTIONS  comparaiida,  quœ  quotidie  agitatione  linguae  magis  quam  intentione 
LITURGIQUES  mentis  inculcantur.  Deinde  Psalmorum  plerisque,  qui  singulis  hebdo- 
madae  diebus  erant  destinati,  rejectis,  pauci  quidam  toto  fere  anno  repe- 
tuntur.  Tum  historiae  Sanctorum  tam  inculte,  et  tam  negligenti  judicio 
scriptae  leguntur,  ut  nec  auctoritatem  habere  videantur  nec  gravitatem. 
Accedit  tam  perplexus  ordo,  tamque  difficilis  precandi  ratio,  ut  interdum 
paulo  minor  opéra  in  inquirendo  ponatur,  quam  cum  inveneris,  in 
legendo.  Quibus  rébus  animadversis,  felicis  recordationis  Clemens  VII, 
Pontifex  maximus,  cum  intelligeret  officii  sui  esse,  cum  aliorum  Ghris- 
tianorum  commoditatibus  prospicere,  tum  imprimis  Clericorum,  quibus 
ministris  uteretur  in  commisso  sibi  grege  administrando,  me  hortatus 
est,  negotiumque  dédit,  ut  quantum  cura  et  diligentia  niti  possem,'}3reces 
horarias  ea  ratione  disponerem,  ut  sublatis,  quas  dixi,  difficultatibus,  et 
dispendiis,  clerici  majoribus  etiam  commodis  ad  precandnm  allicerentur. 
Quam  ego  provinciam  libentissime  suscepi,  simul  ut  bono  publico  pro 
mea  virili  parte  servirem.  Adhibitis  igitur  quibusdam  meorum  domes- 
ticorum  prudentibus  hominibus  sacrarum  litterarum,  et  Pontifîcii  juris 
doctrina  praeditis,  eisdemque  grœce,  et  latine  eruditis,  dedi  operam  quam 
maxime  potui,  ut  commode  ac  ex  utilitate  publica  rem  conficerem  in 
hune  maxime  modum. 

Omissis  antiphonis,  capitulis ,  et  responsoriis,  ac  multis  hymnis, 
ceterisque  id  genus  rébus  Scripturae  sacrœ  lectionem  impedientibus,  Bre- 
viarium  constat  ex  Psalmis,  et  Scriptura  sacra  Veteris  et  Novi  Testamenti, 
et  Sanctorum  historiis,  quas  ex  probatis,  et  gravibus  auctoribus  graecis 
et  latinis  decerpsimus,  easdemque  stylo  paulo  quidem  cultiore,  non 
tamen  fucato,  exornare  curavimus.  Relicti  sunt  etiam  ex  hymnis,  qui 
plurimum  omnium  habere  visi  sunt  auctoritatis,  et  gravitatis.  Psalmi 
sunt  itadistributi,  retento,  quatenus  licuit,  veterum  Patrum  instituto,  ut 
omnes  perlegantur  singulis  hebdomadis  anni,  terni  singuli  horis,  unius 
longitudine  cum  alterius  brevitate  sic  compensata,  ut  labor  legendi 
diurnus  par  propemodum  sit  tota  hebdomada,  et  perinde  toto  anno. 

Quod  pertinet  ad  ceteram  Scripturam  sacram  ex  Veteri  Testamento, 
perleguntur  utilissimi,  et  gravissimi  quique  libri.  Ex  Novo  autem  nihil 
prastermittitur,  prœter  Apocalypsim,  cujus  principium  tantum  legitur  : 
quin  potius  Epistolae  Pauli  cum  Canonicis,  et  Actis  Apostolorum  repe- 
tuntur.  Ex  lectionibus  enim  ternis,  quae  singulis  diebus  totius  anni 
leguntur,  prima  est  ex  Veteri  Testamento,  secunda  ex  Novo,  qua  totum 
ipsum  (dempta,  ut  diximus,  parte  Apocalypsis)  absolvitur,  tertia  ex  his- 
toria  Sancti,  si  cujus  festum  celebratur;  quod  si  nullum  fuerit,  Aposto- 
lorum Acta,  et  Epistolee  tertia  lectione  repetuntur  ordine  notato  in 
Gaiendario. 

Propter  inconstantiam  temporîs  Paschalis,  et  aliorum  festorum,  quee 
mobilia  dicuntur,  fieri  non  potuit,  ut  régulas  omnino  vitaremus,  quarum 
tam  plénum  erat  prius  Breviarium,  ut  vix  œtas  hominis  ad  earum  ratio- 
nem  perdiscendam  sufïiceret,  sed  nos  tam  raras,  et  perspicuas  régulas 
disposuimus,  ut  eas  cuivis  facile  sit  intelligere. 


LE    BRÉVIAIRE    DE    QUIGNONEZ  383 

Officium    beatse  Virginis    quotidianum  non  legitur,  scd    loco  ejus    ad  i  partie 

,,  .  n  •  .-j-  .  -u  Ul  „4-;^        CHAPITRE    XIII 

Vesperam,  et  Matutinum  fit  commemoratio  quotidie,  et  omnibus  sabbatis  

totum  Officium  eidem  Virgini  praestatur,  nisi  festum  inciderit. 

Habet  haec  precandi  ratio  très  maximas  commoditates.  Primam,  quod 
precantibus  simul  acquiritur  utriusque  Testamenti  peritia.  Secundam, 
quod  res  est  expeditissima^  propter  summam  ordinis  simplicitatem,  et 
nonnullam  brevitatem.  Tertiam,  quod  historiae  Sanctorum  nihil  habent, 
ut  prius,  quod  graves,  et  doctas  aures  ofFendat.  Hic  autem  est  ordo,  et 
precandi  ratio. 

AD    MATUTINUM. 

Pater  noster  cum  signo  crucis,  Gonfiteor  Deo,  etc..  Domine  labia  mea, 
etc.  Deus,  in  adjutorium,  etc.  Deinde  sequitur  Invitatorium  tempori,seu 
festo  conveniens.  Psalmus,  Venite,  exultemus,  etc.  In  cujus  fine  duntaxat 
Invitatorium  repetitur,  non  autem  in  medio.  Tum  Hymnus  destinatus. 
Post  heec  sine  Antiphona  leguntur  très  Psalmi,  deinde  Lectiones  très 
quarum  quaeque  incipitur  a  benedictione,  et  desinit  in  :  Tu  autem, 
Domine,  etc.  Benedictio  ante  primam  Lectionem,  quae  est  ex  Veteri  Tes- 
tamento,  Deus  Pater  omnipotens,  etc.  Ante  secundam,  quse  ex  Novo, 
Unigenitus  Dei,  etc.  Tertia  Lectio  est  vel  ex  historiis  Sanctorum,  cum 
dies  est  festus,  et  tune  praecedit  benedictio,  Cujus  festum  colimus,  etc.  Vel 
ex  Epistolis,  vel  Actis  Apostolorum  repetendo,  et  tune  prœcedit  bene- 
dictio, Spiritus  Sancti  gratia,  etc.  In  sabbatis  autem,  in  quibus  tribuimus 
Officium  beatce  Virgini,  dicitur  benedictio,  Per  Virginem  matrem,  etc, 
Post  tertiam  Lectionem,  Te  Deum  laudamus,  cujus  loco  in  Adventu,  et 
Quadragesima  dicitur  Psalmus,  Miserere  mei,  praeterquam  in  festis  Sanc- 
torum, in  quibus  dicitur  etiam  tune  Te  Deum  laudamus. 

AD    LAUDES. 

Deus,  in  adjutorium,  deinde  terni  Psalmi  cum  cantico,  Benedictus, 
quod  canticum  nullo  die  preetermittetur.  Domine,  exaudi,  etc.  Oratio 
conveniens.  Postremo,  nisi  totum  Officium  tribuatur  beatae  Virgini,  fit 
de  ipsa  commemoratio,  item  de  Apostolis,  et  omnibus  Sanctis.  Benedi- 
camus  Domino,  et,  Fidelium  animas,  etc. 

AD    PRIMAM. 

Pater  Noster,  cum  signo  crucis.  Deus,  in  adjutorium.  Hymnus  consuetus. 
Terni  Psalmi,  diebus  autem  Dominicis  additur  symbolum  Quicumque 
vult,  aliis  vero  symbolum.  Credo  in  Deum,  Domine,  exaudi,  Oratio  con- 
sueta,  Benedicamus  Domino,  et,  Fidelium  animœ. 

Ad  Tertiam,  Sextam,  et  Nonam  eodem  modo,  exceptis  symbolis,  et 
dicitur  Oratio  quae  dicta  fuerit  ad  Laudes. 

AD  VESPERAM. 

Pater  noster,  cum  signo  crucis.  Deus,  in  adjutorium.  Hymnus.  Psalmi 
terni.  Canticum  Magnificat,  quod  nullo  die  prœtermittitur.  Oratio  et 
commemorationes,  ut  ad  Matutinum. 


INSTITUiIONS 
LITURGIQUES 


384  PREMIERS   ESSAIS  DE  REFORME    LITURGIQUE. 

AD    COMPLETORIUM. 

Cpnverte  nos,  Deus.  Deus,  in  adjutorium.  Hymnus  Te  lucis.  Psalmi 
terni,  cum  cantico,  Nunc  dimittis,  quod  etiam  dicitur  singulis  diebus. 
Oratio  Visita.  Salve  Regina.  Oratio  Omnipotens  sempiterne  Deus.  Quae 
omnia  supra  dicta  latius  explicantur  in  prima  Dominica  Adventus. 

Discrimen  igitur  inter  illud,  quo  hactenus  usi  sumus,  et  hoc  Breviarium 
est,  quod  in  illo,  quanquam  veteribus  Patribus  placuisset,  totam  fere 
sacram  Scripturam  legi  singulis  annis,  tamen  vix  una  particula  legitur 
carptim  libros  degustando.  In  hoc  autem  legitur  singulis  annis  magna,  et 
prœcipua  pars  Veteris  Testamenti,  et  totum  Novum  praeter  partem  Apo_ 
calypsis,  ut  diximus,  Epistolis  et  Actis  Apostolorum  etiam  repetitis. 

Quod  pertinet  ad  Psalterium,  in  illo  Breviario  pauci  quidam  Psalmi 
saspissime  repetuntur,  plerique  ne  semel  quidem  leguntur  toto  anno.  In 
hoc  omnes  leguntur  singulis  hebdomadis,  sine  taedio,  nam  singulis  horis 
terni  psalmi  accommodantur_,  nullo  eadem  hebdomada  repetito.  Deinde 
in  illo  Sanctorum  historiée  non  paucae  leguntur  tam  rudi  stylo,  ,tam  sine 
rerum  delectu  et  gravitate,  ut  sint  interdum  contemptui,  atque  derisui 
legentibus.  In  hoc  nihil  taie  relictum  est,  omnia  sunt  cultiora,  graviora,  et 
ex  historia  ecclesiastica,  et  auctoribus  probatis  gravibusque  decerpta. 

Postremo  in  illo  summa  erat  confusio  propter  regularum  multitudinem, 
et  perplexitatem ,  et  Festorum  translationem,  et  varias  commemora- 
tionum,  versiculorum,  responsoriorum,  antiphonarum,  et  similium 
rerum  laboriosas  ac  parum  graves  incultationes,  et  iterationes,  quae  nec 
ad  pietatem,  nec  ad  cognitionem  Scripturae  sacrae  magnopere  conducebant. 
In  hoc  talibus  omnibus  impedimentis  sublatis,  in  sacrae  Scripturae  con- 
tinua lectione  potissimum,  et  gravibus  Sanctorum  historiis  versamur, 
paucis  et  perspicuis  regulis  appositis. 

Itaque  si  quis  diligenter  animadvertat,  et  vêtus  Patrum  consilium, 
institutumque  consideret,  plane  intelliget  hoc  Breviarium  non  tam  esse 
novum  inventum,  quam  Breviarii  veteris  in  commodiorem  et  cultiorem 
formam  restitutionem,  sublatis  quibusdam  rébus,  quae  medio  tempore 
praeter  judicium  et  gravitatem  obrepserant. 

Porro  quanquam  non  fuit  nobis  propositum  brevitati,  sed  commoditati 
precantium  consulere,  utrumque  tamen,  ut  speramus,  consecuti  sumus. 
Nam  licet  lectiones  singulas  longiores  sint  in  hoc  Breviario,  sunt  tamen 
très  duntaxat,  cum  in  priore  adjuncto  Officio  beatae  Virginis  sint  duo- 
decim  cum  totidem  versiculis,  et  responsoriis,  et  licet  quidam  Psalmi  in 
hoc  sint  longiores,  in  illo  tamen  singulis  diebus  leguntur  multo  plures, 
si  repetitos  numeres  tamque  diverses. 

Accedit,  quod  in  illo  magna  est  perplexitas,  et  longitudo  Officii  tum 
feriae,  tum  etiam  dominicae  diei.  In  hoc  nullum,  aut  minimum  est 
dierum  ^totius  anni  discrimen;  nec  enim  interest  ad  longitudinem  de 
dominica,  seu  feria  agatur,  an  de  festo.  In  illo  Psalmi  hinc  inde  cum 
difficultate,  mora  et  taedio  volvendis  chartis  exquiruntur.  In  hoc  perdies 
et  horas  totius  hebdomadae  dispositi  sunt.  Qui  noster  ordo  non  parum 


LE   BRÉVIAIRE   DE    QUIGNONEZ  385 

facit  ad  temporis  brevitatem,  et  laboris  levamen.  Adjuvat  et  idem  ordo         i  partie 

,.,.•.•  .    u-1-  j-  j-  CHAPITRE   XIII 

lectionum;  nam  prima  et  secunda  simphci  et  immutabili  ordine  dispo-  — - — ■ 

sitae  sunt  in  totum  annum,  sive  festum  incidat,  sive  non.  Diversitas  enim 
Officii  festi,  dominicae,  et  ferialis  diei  consistit  in  mutatione  invitatorii, 
et  hymnorum  ad  Matutinum,  et  Vesperam,  et  tertiae  lectionis,  et  ora- 
tionis,  cetera  sunt  ejusdem  rationis  utrobique. 

Si  cui  autem  laboriosum  in  hoc  Breviario  videbitur  pleraque  omnia  ex 
libro  legi,  cum  multa  in  alio,  quse  propter  frequentem  repetitionem 
ediscuntur,  memoriter  pronuntientur,  compensât  cum  hoc  labore  cogni- 
tionem  Scripturae  sacrae,  quae  sic  in  dies  augescit,  et  intentionem  animi, 
quam  Deus  ante  omnia  in  precantibus  requirit  (hanc  enim  majorem 
legentibus,  quam  memoriter  proferentibus  adesse  necesse  est),  et  hujus- 
modi  laborem  non  modo  fructuosum,  sed  etiam  salutarem  judicabit. 
Habes,  Pater  Sanctiss.,  instituti  nostri  rationem,  habes  formulam  Bre- 
viarii,  superest,  ut  si  tibi  res,  quemadmodum  speramus,  non  improba- 
bitur,  ipse  quoque  faveas  incœptis  nostris,  et  labori  publicas  commoditatis 
gratia  suscepto.  Vale. 

NOTE  C 

Rationes  et  motiva  propter  qiiœ  videtur   Universitati  Parisiensi  non 
recipiendum  Breviarium,  nuper  edituni  et  promulgatum. 

In  primis  advertendum  est,  quod  dictum  Breviarium  discrepat  et 
dissonum  est  aliis  omnibus  Breviariis  quarumcumque  diœceseon,  etiam 
Romanae  Ecclesiae  ;  cum  alia  omnia  Breviaria  pleraque  sancta  et  salutaria 
ad  pietatem  et  devotionem  fidèles  inducentia  contineant  quee  istud  Bre- 
viarum  non  habet  ;  cujus  generis  sunt  Horee  Beatae  Marias,  antiphonee, 
responsoria,  capitula,  homiliae,  sive  expositiones  catholicorum  Docto- 
rum  super  Evangeliis  et  aliis  Scripturis,  ordo  et  numerus  Psalmorum,  et 
modus  legendi  illos  in  Ecclesia,  nec  non  et  ordo  legendi  sacras  Scripturas 
in  Matutinis,  juxta  varietatem  temporum  ab  Ecclesia  hactenus  observatus. 
Cum  autem  haec  usque  adeo  salutaria  Ecclesiae  instituta  in  Ecclesiasticis 
Officiis  a  primordiis  ferme  Ecclesiae,  ad  hœc  usque  tempora  servata  fuerint, 
mirum  quonam  pacto  is  qui  hoc  novum  Breviarium  condidit,  haec  omnia 
rejiciat  et  rejicienda  décernât,  tamquam,  ut  inquit,  nec  ad  pietatem,  nec 
ad  cognitionem  sacrae  Scripturae  magnopere  conducant.  Quod  si  verum 
esset,  nulla  utique  esset  antiphonarum,  responsoriorum,  et  reliquorum 
praenominatorum  in  Ecclesia  utilitas,  forentque  haec  omnia  ut  superflua 
et  inutilia  resecanda.  Quod  tamen  erroneum  est,  nec  ei  quae  secundum 
doctrinam  est,  pietati  consentaneum.  Parum  quoque  sobrie  sapere  visus 
est  hujusmodi  scriptor,  dum  suam  unius  sententiam  antiquis  Patrum 
decretis,  communi  et  approbato  usui  Ecclesiae  et  authenticis  historiis 
minime  erubuit  praeferre.  Proinde  ut  quam  periculosa  sit  nec  ferenda 
hujusmodi  Breviarii  editio,  cognoscant  omnes,  operae  pretium  in  primis 
est  ostendere,   quod    a   veteribus    Patrum   ordinationibus  et    Catholicis 

T.    I  25 


386  PREMIERS  ESSAIS   DE    REFORxME   LITURGIQUE 

INSTITUTIONS      Ecclesiac  statutis  ad  pietatem  conferentibus  nemini  liceat  discedere.  Deinde 

LITURGIQUES      quod  scrvandus  sit  communis  et  prôbatus  Ecclesiœ  ritus.  Ad  haec,  in  his 

de  quibus  agitur,  nequaquam  a  receptae  Fidei  Doctorum  scriptis  Ecclesia 

dissideat.  Denique  mala,  quae  ex  hac  curiosa  hujusmodi  Breviarii  novitate 

sequuntur,  explicanda  sunt 

Caeterum  periculosa  videtur  talis   Breviarii 

mutatio.  Nam  timendum  est,  si  talis  mutatio  suscipiatur,  ne  eadem 
ratione  immutetur  Missale  et  Officium  Missae,  et  multa  ex  eo  sancta  et 
salutaria  detrahantur,  non  in  œdification&m,  sed  in  destructionem. 

Eadem  quoque  facilitate  auferri  possent  caeremoniae  et  solerrinitates 
Sacramentorum,  et  alia  sacramentalia,  cujusmodi  sunt  consecrationes 
ecclesiarum,  altarium,  calicum,  cantus  Ecclesiae ,  festa  Sanctorum, 
aqua  benedicta,  et  alia  id  genus  multa.  Ex  quo  clare  apparet  quali  via, 
et  quam  periculosa  sequantur  ex  ista  mutatione  Breviarii  et  novitate. 

Periculum  insuper  imminet  non  médiocre,  si  sub  signatura  particularis 
hominis  ecclesiastici,  non  religiosi,  communem  usum  Ecclesias  hactenus 
observatum  relinquant ,  ut  accipiant  hoc  novum  Breviariùm  ecclesiae 
Cathédrales,  Collégiales  et  Parochiales,  consimili  signatura  receptum 
Officium  relinquant  Ecclesiae,  id  quod  in  magnum  scandali  populi 
cederet,  et  periculum  immineret  inducendi  seditionem,  a  quibus  Deus  nos^ 
avertat.  (D'Argentré,  CoUectio  Judiciorum,  tom.  II,  pag.  12-126.) 

NOTE  D 

kd  Sanctissimum  Patrem  et  Dominum  nostrum  Paulum  tertium, 
Pontificem  maximum,  Francisci  Quignonii  tit.  Sanctae  Crucis  in  Jéru- 
salem presbyteri  cardinalis,  in  Breviariùm  proxime  confectum  ac  denuo 
recognitum  praefatio. 

Breviariùm  Romanum  nuper  a  nobis  felic.  recor.  démentis  VII 
Pontif.  Max.  hortatu  confectum,  ac  potius  in  ampliorem  sacrarum 
Scripturarum  lectionem  ad  veterem  Sanctorum  Patrum,  et  Conciliorum^ 
antiquorum  formam  revocatum,  tuaque  voluntate,  Sanctissime  Pater, 
aditum,  graves  plerosque  ac  doctos  viros  ita  probasse  et  récépissé  in- 
tellexi,  ut  nihil  in  eo  mutandum  existimarent.  Alios  item  animadverti 
graves  etiam  et  prudentes  homines,  qui  ejus  rationem  magnopere  pro- 
bantes, nonnihil  tamen  in  eo  desiderari  adfirmarent.  Illud  vero  numquam 
dubitavi,  fore  in  tanta  multitudine  nonnullos,  ex  iis  videlicet,  qui  in 
diverso  precandi  ritu  consenuissent,  quibus  labor  ille  noster  non  esset 
perinde  gratus,  existimantibus  ab  inveterata  illa  cousuetudine  precandi 
nuUa  ratione  clericisesse  discedendum.  Imo  vero  nobis  primam  editionenl 
Breviarii  non  tahquam  promulgationem  legis  esse  placuerat,  sed  quasi 
publicam  quamdam  deliberationem,  ut  sic,  proposita  nostra  sententia, 
judicia  multorum  exquireremus,  et  quod  omnium  commodissimum  ei 
religioni  ac  pietati  convenientissimum  plerisque  prudentibus  gravibusque 
viris  esset  visum,  sequeremur...  Itaque  multorum  sententiis  collatis,  quae 
nobis   partim   vocibiis,  partim   scriptis  innotuerunt,    judicium    eorum 


LE   BRÉVIAIRE   DE    QUIGNONEZ  387 

secuti  qui  omnium  prudentissime  sentire  visi  sunt,  libenter  quasdam  ad-  i  partie 

didimus,  alia  mutavimus ,  et  omnia  diligenter  recognovimus,  retejita  chapitre  xiii 
.'  tamen  summa  forma  Breviarii.  Sed  quoniam  sic  fert  natura  rerum,  ut 
'-.  nihil  sit  tam  rectum,  nihil  tanta  ratione  in  vitam  usumque  hominum 
inductum,  cujus  novitas  non  sit  aliquibus  ingrata,  non  temere  facturi 
esse  videmur,  si  rationem  totius  instituti  nostri  a  nobis  prius  summatim 
redditam,  nunc  adcuratius  recognito  Breviario,  paulo  latius  explicabimus. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  XIV 


DE  l'hérésie  antiliturgique  et  de  la  réforme  protes- 
tante DU  XVI^  SIÈCLE,  considérée  DANS  SES  RAPPORTS  AVEC 
LA  LITURGIE. 


La  Liturgie 

nécessairement 

en  butte  aux 

attaques  de 

l'hérésie. 


Les  notions 

traditionnelles 

conservées    avec 

le  sentiment 

de  la  foi  par 

les  sectes 

orientales. 


La  Liturgie  est  une  chose  trop  excellente  dans  TEglise, 
pour  ne  pas  s'être  trouvée  en   butte  aux  attaques>de  Phé- 
résie.  Mais  de  même  que  l'autorité  de  l'Église  ne  fut  point 
combattue  directement,  comme  notion,  par  les  sectes  de 
rOrient  qui  déchirèrent  d'ailleurs  le  Symbole  en  tant  de 
manières,  aussi   n'a-t-on  point  vu   dans  cette  patrie  des 
mystères,  le  rationaliste  poursuivre    les  formes  du  culte 
par  système.  Scindées  entre  elles  par  de  violents  dissenti- 
ments, les  sectes   orientales  ont  marié  au  christianisme^ 
les   unes  un  panthéisme  déguisé,  les  autres  le  principe 
même  du  dualisme  ;  mais,  par-dessus  tout,  elles  ont  besoin 
de  croire  et  d'être  chrétiennes  ;  leur  Liturgie  est  l'expres- 
sion  complète    de    leur   situation.  Des   blasphèmes   sur. 
rincarnation  du  Verbe  déshonorent  certaines  formules;' 
mais  ce  désordre  n'empêche  pas   que  les  notions  tradi- 
tionnelles de  la  Liturgie   ne  soient   conservées  dans   ces 
formules  et  dans  les  rites  qui   les   accompagnent  :    bien 
plus,  la  foi,  si  défigurée  qu'elle  soit, a  été  féconde,  presque 
jusqu'à  nos  jours,  chez  ces  hommes  qui  croientmal,  mais 
qui  pourtant  veulent  croire;  et  les  jacobites,  les  nestoriens, 
seulement  depuis  Tan  looo,  ont  produit  plus  de  formules 
liturgiques,  d'anaphores,  par  exemple,  que  les  Grecs  mel- 
chites,  dont  les  livres  n'ont  rien  gagné  depuis  leur  sépara- 
tion de  l'Église  romaine,  si  l'on  excepte  certains  recueils 


l'hérésie  antiliturgique  389 

d^hymnes  composées  par  toute  sorte  de   personnes,   et     ^^'J^^J^l^^ 
adjointes  aux  livres  d^offices.  Mais  encore  ce  dernier  genre 
de  prières  ne  tient  point  au  fond  de  la  Liturgie,  comme    Ljinspiration 
\Qs  anaphores,  les  bénédictions,  etc.,  composées   par  les  toujours  féconde 
jacobites  et  les  nestoriens  modernes,  et  dont  nous  trou-     hérétiques. 
vons  le  texte  ou  la  notice  dans  l'ouvrage  de  Renaudot  sur 
les  Liturgies  d'Orient,  ou  dans  la  bibliothèque  orientale 
d'Assemani.    Le  lecteur    se   tromperait   néanmoins,    s'il 
pensait  que  nous  entendons  donner   cette  abondance  ex- 
trême comme  l'indice  d'un  progrès  ;  l'antiquité,  Timmuta- 
bilité  des  formules  de  l'autel,  est  la  première  de  leurs  qua- 
lités;  mais  cette  fécondité  est  du  moins  un  signe  de  vie,  et 
Ton  ne  peut  s'empêcher  de  reconnaître  que  le  style  ecclé- 
siastique de  ces  anaphores,  même  des  plus  récentes,   est 
parfaitement     conforme    à    celui    que    les    siècles    ont 
consacré.  Quant  aux  traditions  sur  les  rites  et  cérémonies, 
les  sectes    d'Orient    les   ont   toutes  conservées  avec  une 
.rare  fidélité,  et  si  des  circonstances  superstitieuses  s'y  trou- 
vent quelquefois  mêlées,  elles  attestent  du  moins  un  fonds 
primitif  de  foi,  comme  chez  nous  la  diminution  progres- 
sive des  pratiques  extérieures    accuse   la   présence  d'un 
I'  rationalisme  secret  qui  montre  ses  résultats. 

^'     L'Église  grecque  a  généralement  conservé  avec  grand  i^l^^^ 
soin,  sinon  le  génie,  du  moins  les  formes  de  la  Liturgie,    le^schisme  les 
Nous  avons   dit  ailleurs  comment   Dieu  l'a  prédestmee,  ^^^u^^^,^ 
t  pour  un  temps  du  moins,  à  rendre,  par  l'immobilité  de  eiie  reste  stérile. 
ses  usages  antiques,  un  irrécusable  témoignage  à  la  pureté 
des    traditions    latines.    C'est  pourquoi   Cyrille    Lucaris 
échoua  si  honteusement   dans  son  projet  d'initier  l'Eglise 
orientale  aux  doctrines  du  rationalisme  d'Occident.^  Tou- 
tefois, l'esprit  disputeur  et  pointilleux  de  Marc  d'Ephèse 
est  demeuré  au  sein  de  l'Église  grecque,  et  produira  ses 
fruits  naturels,  du  moment  que  cette  Église  sera  appelée  à 
se  fondre  dans  nos  sociétés  européennes.  L'Église  grecque 
doit  infailliblement  passer  par  le  protestantisme  avant  de 


INSTITUTION* 
LITURGIQUES 


L'hérésie 

antiliturgique, 

ennemie  des 

formes  du  culte, 

ne  peut 
fermenter  qu'au 

sein  de^  la 
véritable  Église, 


Au  viije  siècle, 

les    iconoclastes 

sont  les 

premiers 

représentants 

de  cette  hérésie 

en  Orient; 
mais    elle    se 

développe 

principalement 

en  Occident. 


La  vitalité 

propre  au 

cnristianisme 

romain  et  le 

caractère  des 

nations 

occidentales 

favorisent    cette 

tendance. 


^9^  l'hérésie  antiliturgique 

revenir  à  Funité,  et  l'on  a  bien  des  raisons  de  croire 
■  que  la  révolution  est  déjà  faite  dans  le  cœur  de  ses  Pon- 
tifes. Dans  un  pareil  ordre  de  choses,  la  Liturgie,  forme 
officielle  d'une  croyance  officielle,  demeurera  stable,  ou 
variera  suivant  qu'il  plaira  au  souverain.  Ainsi,  point 
d'hérésie  liturgique  possible  là  où  le  Symbole  est  déjà 
miné,  où  Ton  ne  trouve  plus  qu'un  cadavre  de  christia- 
nisme auquel  des  ressorts  ou  un  galvanisme  impriment 
encore  quelques  mouvements,  jusqu'au  moment  où,  tom- 
bant en  lambeaux  de  pourriture,  il  deviendra  tout  aussi 
incapable  de  recevoir  les  impulsions  externes,  qu'il  l'est 
depuis  longtemps  de  sentir  les  touches  de  la  vie. 

C'est  donc  seulement  au  sein  de  la  vraie  Église  que  doit 
fermenter  l'hérésie  antiliturgique  ^  c'est-à-dire  celle  qui  se 
porte  l'ennemie  des  formes  du  culte.  C'est  là  seulement  où 
il  y  a  quelque  chose  à  détruire,  que   le  génie  de  la  des- 
truction tâchera  d'infiltrer  ce  poison   délétère.    L'Orient 
n'en  a  éprouvé  qu'une  fois,  mais  violemment,  les  atteintes, 
et  c'était  aux  jours  de  l'unité.  Une  secte  furieuse  s'éleva, 
au  viii^  siècle,  qui,  sous  prétexte  d'affranchir  l'esprit  du 
joug  de  la  forme,  brisa,  déchira,  brûla  les  symboles  de  la 
foi  et  de  l'amour  du  chrétien;  le  sang  coula    pour  la  dé- 
fense de  l'image  du  Fils  de  Dieu,  comme  il  avait  coulé 
quatre  siècles  plus  tôt,  pour  le  triomphe  du  vrai  Dieu  sur 
les  idoles.  Mais  il  était  réservé  à  la  chrétienté  occidentale 
de  voir  organiser  dans  son  sein  la  guerre  la  plus  longue, 
la  plus  opiniâtre,  qui  dure  encore,  contre  l'ensemble  des 
actes  liturgiques.  Deux  choses  contribuent  à  maintenir  les 
EgUses  de  l'Occident  dans  cet  état  d'épreuve  :  d'abord, 
comme  nous  venons  de  le  dire,  la  vitalité  propre  au  chris- 
tianisme romain,  le  seul  digne  du  nom  de  christianisme, 
et  par  conséquent  celuij  contre  lequel  doivent  se  tourner  ' 
toutes  les  puissances  de  l'erreur;  en  second  lieu,  le  carac- 
tère rationnellement  matériel  des  peuples  de  l'Occident 
qui,  dépourvus  à  la  fois  de  la  souplesse  de  l'esprit  grec  et 


ET   LA   RÉFORME    PROTESTANTE  DU  XV f   SIECLE  SqI 

:-du  mysticisme  oriental,  ne  savent  que  nier,  en  fait  de 
"croyances,  que  rejeter  loin  d'eux  ce  qui  les  gêne  ou  les 
^humilie,  incapables,  pour  cette  double  raison,  de  suivre, 
comme  les  peuples  sémitiques,  une  même  hérésie  pendant 
de  longs  siècles.  Telle  est  la  raison  pour  laquelle,  chez 
nous,  si  Ton  excepte  certains  faits  isolés^  l'hérésie  n'a 
jamais  procédé  que  par  voie  de  négation  et  de  destruc- 
tion. C'est,  ainsi  qu'on  va  le  voir,  la  tendance  de  tous  les 
efforts  de  l'immense  secte  antiliturgiste. 

Son  point  de  départ  connu  est  Vigilance,  ce  Gaulois  im- 
mortalisé par  les  éloquents  sarcasmes  de  saint  Jérôme.  Il 
déclame  contre  la  pompe  des  cérémonies,  insulte  grossiè- 
rement à  leur  symbolisme,  blasphème  les  reliques  des 
saints,  attaque  en  même  temps  le  célibat  des  ministres  sa- 
crés et  la  continence  des  vierges;  le  tout  pour  maintenir 
la  pureté  du  christianisme.  Gomme  on  voit,  cela  n'est  pas 
mal  avancé  pour  un  Gaulois  du  iv^  siècle.  L'Orient,  qui 
n'a  produit  en  ce  genre  que  l'hérésie  iconoclaste,  épargna 
du  moins,  quoique  par  inconséquence,  les  rites  et  lés  usages 
de  la  Liturgie  qui  n'avaient  pas  un  rapport  immédiat  avec 
les  saintes  images. 
fc  Après  Vigilance,  l'Occident  se  reposa  pendant  plusieurs 
siècles  ;  mais  quand  les  races  barbares,  initiées  par 
l'Eglise  à  la  civilisation,  se  furent  quelque  peu  familiari- 
sées avec  les  travaux  de  la  pensée,  il  s'éleva  des  hommes 
d'abord,  puis  des  sectes  ensuite,  qui  nièrent  grossière- 
ment ce  qu'elles  ne  comprenaient  pas,  et  dirent  qu'il  n'y 
avait  point  de  réalité  là  oià  les  sens  ne  palpaient  pas  immé- 
diatement. L'hérésie  des  sacramentaires,  à  jamais  impos- 
sible en  Orient,  commença  au  xi^  siècle,  en  Occident,  en 
France,  par  les  blasphèmes  de  l'archidiacre  Bérenger.  Le 
soulèvement  fut  universel  dans  TEglise  contre  une  si 
monstrueuse  doctrine;  mais  on  dut  prévoir  que  le  ratio- 
nalisme, une  fois  déchaîné  contre  le  plus  auguste  des  actes 
du  culte  chrétien,  n'en  demeurerait  pas  là.  Le  mystère  de 


I    PARTIE 
CHAPITRE  XIV 


Le  point  de 

départ  de 

l'hérésie 

antiliturgique 

en  Occident 

remonte  au 

iv*^  siècle,  à 

Vigilance, 


Les  blasphèmes 

de  Bérenger 

contre  le  dogme 

de  l'Eucharistie 

au  xio  siècle, 

signe  de 

l'insurrection 

du  rationalisme 

contre  le  culte 

chrétien  au  sein 

des  nations 

occidentales. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Terrible 

déchaînement 

de  Satan  après 

Fan  1000. 


L'hérésie 

-Tnanichéenne 

reparaît  en 

Occident, 

toujours 

ennemie  des 

formes 
extérieures  du 
culte,   comme 
au  temps   des 

Léon,  des 

Gélase  et  des 

Augustin. 


392  l'hérésie  antiliturgique 

la  présence  réelle  du  Verbe  divin  sous  les  symboles  eucha-; 
ristiques,  allait  devenir  le  point  de  mire  de  toutes  les  at-, 
taques  ;  il  fallait  éloigner  Dieu  de  l'homme,  et,  pour  atta- 
quer plus  sûrement  ce  dogme  capifal,  il  fallait  fermer 
toutes  les  avenues  de  la  Liturgie  qui,  si  Ton  peut  parler 
ainsi,  aboutissent  au  mystère  eucharistique. 

Bérengern'avait  donné  qu'un  signal  :  son  attaque  allait  i 
être  renforcée  en  son  siècle  même  et  dans  les  suivants,  et 
il  en  devait  résulter,  pour  le  catholicisme,  la  plus  longue 
et  la  plus  épouvantable  attaque  qu'il  eût  jamais  essuyée. 
Tout  commença  donc  après  Tan  1000  :  C était  peut- 
être,  dit  Bossuet,  le  temps  de  ce  terrible  déchaînement 
de  Satan  marqué  dans  P Apocalypse,  après  mille  ans  ; 
ce  qui  peut  signifier  d'extrêmes  désordres  :  mille  ans 
après  que  le  fort  armé,  c'est-à-dire  le  démon  victorieux, 
fut  lié  par  Jésus-Christ  venant  au  monde  (i). 

L'enfer  remua  la  lie  la  plus  infecte  de  son  bourbier,  et^ 
pendant  que  le  rationalisme  s'éveillait,  il   se  trouva  quel 
Satan  avait  jeté  sur  l'Occident,  comme  un  secours  diabo- 
lique, l'impure  semence  que  l'Orient  avait  sentie,    avec] 
horreur,  dans  son  sein,  dès  l'origine,  cette  secte  que  saint 
Paul  appelle  le  mjstère  d'iniquité,  l'hérésie  manichéenne. 
On  sait  comment,  sous  le  faux  nom  de  gnose,  elle  avait 
souillé  les  premiers  siècles  du  christianisme  ;  avec  quelle 
perfidie  elle  s'était,  suivant  les  temps,  cachée  au   sein  de 
l'Eglise,  permettant  à  ses  sectateurs  de  prier,  de  commu- 
nier même  avec  les  catholiques,  et  pénétrant  jusque  dans 
Rome  même,  où  il  fallut,  pour  la  découvrir,  l'œil  péné- 
trant d'un  saint  Léon  et  d'un  saint  Gélase.  Cette  secte 
abominable,  livrée  sous   le   prétexte  de  spiritualisme   à 
toutes  les  infamies  de  la  chair,  blasphémait  en  secret  les 
plus  saintes  pratiques  du  culte  extérieur,  comme   gros- 
sières  et  trop  matérielles.    On  peut  voir  ce  que   saint 


(i)  Histoire  des  Variations,  livre  XI,  §  17. 


I    PARTIE 
CHAPITRE     XIV 


ET   Lx\   RÉFORME    PROTESTANTE  DU   XVI^   SIECLE  SqS 

Augustin  nous  en  apprend,  dans  le  livre  contre  Fauste  le 
Manichéen,  qui  traitait  d'idolâtrie  le  culte  des  saints  et  de  ' 

leurs  reliques. 

Les  empereurs  d'Orient  avaient  poursuivi  cette  secte  in-  Dès  le  ixe  siècle 

^  ,    ^  .       on  la  retrouve 

famé  par  les  ordonnances  les  plus  sévères,  sans  pouvoir  en  Arménie 
réteindre.  On  la  retrouve,  au  ix'  siècle,  en  Arménie,  sous  des  pauHciens. 
la  direction  d'un  chef  nommé  Paul,  d'où  le  nom  à^  pau- 
Hciens fut  donné  à  ces  hérétiques  en  Orient;  et  ils  y  de- 
viennent assez  puissants  pour  soutenir  des  guerres  contre 
les  empereurs  de  Constantinople.  Pierre  de  Sicile,  envoyé 
vers  eux  par  Basile  le  Macédonien,  pour  traiter  d'un 
échange  de  prisonniers,  eut  le  loisir  de  les  connaître,  et 
écrivit  un  livre  sur  leurs  erreurs. 

c(  Il  V  désigne  ces  hérétiques,  dit   Bossuet,  par  leurs  Dans  le  portrait 

•J  o  i-  ^      ^  -de   ces  sectaires 

«  propres  caractères,  par   leurs  deux   principes,   par  le      tracé  par 

^      ^  .  iw        •  rr-i  Bossuet,  d'après 

«  mépris  qu  ils  avaient  pour  lAncien    1  estament,  par  pjerre  de  Sicile, 
c(  /ez/r  adresse  prodigieuse  à  se  cacher  quand  ils  voit-    ^es  nSrs^'de 

l'hérésie 

c<  laient,  et  par  les  autres  marques  que  nous  avons  vues,    ^ntiiiturgiste. 

c(  Mais  il  en  remarque  deux  ou  trois  qu'il  ne  faut  pas  ou- 

«  blier    :    c  était    leur   aversion    particulière   pour    les 

«  images  de  la  croix^  suite  naturelle  de  leur  erreur,  puis- 

«  qu'ils  rejetaient  la  passion  et  la  mort  du  Fils  de  Dieu; 

«  leur  mépris  pour  la  sainte    Vierge^  qu'ils  ne  tenaient 

«  point  pour  Mère  de  Jésus-Christ,  puisqu'il  n  avait  pas 

«  de  chair  humaine;   et  surtout  leur  éloignement  pour 

«  r Eucharistie  (i).  Ils  disaient  encore  que  les  catholiques 

«  honoraient  les  saints  comme  des  divinités,  et  que  c'était 

«  pour  cette  raison  qu'on  empêchait  les  laïques  de  lire  la 

c(  sainte  Écriture,  de  peur  qu'ils  ne  découvrissent  plu- 

«  sieurs  semblables  erreurs  (2).  » 

C'était  bien  déjà,  comme  l'on  voit,  l'hérésie    antilitur- 
giste  toute  formée.  Il  ne  lui  manquait  que  des  populations 


(i)  Histoire  des  Variations,  livre  XI,  g  14. 
(2)  Ibidem. 


394  l'hérésie  antiliturgique 

INSTITUTIONS    disposécs  à  l'accueillir.  Pour  arriver  en  Europe,  la  secte 

LITURGIQUES  1T>1-vi1'  J  ri 

passa  par  la  Bulgarie  ou  elle  jeta  de  profondes  racines;  ce 


Les  manichéens  ^^'^  ^^^  cause  qu'on  donna,  dans  l'Occident,  le  nom  de 

OcdllnTpavH  ^^i^g^^^^  à  ses  adeptes.  En  loiy^sous  le  roi  Robert,  on  en 

Bulgarie  et  sous  découvrit  plusieurs  à  Orléans,  et  peu  après^  d'autres  dans 

cathares,  de    le  Languedoc,  puis  en  Italie,  où  ils  se  faisaient  nommer 

pubhcains,  t  \     t- 

d'albigeois,  de  cuthares^  c  est-a-dire  purs;  enfin  jusqu^au  fond  de  l'Aile- 

patarins,  ils  ^  i      •    ta  •  •     '  j 

infestent       magne.  Leur  parole  intame  avait  mine  en  dessous  comme 
v\^\\i^^'    le  chancre  (i),  et  leur  doctrine  était   toujours  la  même, 
surtout^^ie^mfdi  fondée  sur  la  croyance  aux  deux  principes,  et  sur  la  haine 
de  la  France,    j^  ^^^^  l'extérieur  du  culte,  renforcée  de  toutes  les  abomi- 
nations gnostiques.  Du  reste,  fort  dissimulés,  confondus 
dans  l'Eglise  avec  les  orthodoxes,  prêts  à  toute  sorte  de 
parjures,    plutôt  que  de   se  laisser  deviner,  quand  une 
fois  ils  avaient  résolu  de  ne  pas  parler.  Ils  étaient  déjà 
très-puissants,  au  xii^  siècle,  dans  le  midi  de  la  France,  et 
l'on  ne  peut  douter  que  Pierre  de  Bruis  et  Henri,  dont  les 
doctrines  eurent  pour  adversaires  saint  Bernard  et  Pierre 
le  Vénérable,  ne  fussent  leurs  deux  chefs  principaux.  On  les 
voit  en  ii  60  passer  en  Angleterre,  oia  ils  furent  appelés 
poplicains  ou  publicains.  En  France,  on  les  désigne  sous 
les  noms  d'albigeois^  à  cause  de  leur  puissance  dans  une 
de  nos  provinces,  et   les  plus  profondément  initiés   aux 
dégoûtants  mystères  de  la  secte  sont  appelés  jc'^^f^rm^.  On 
La  croisade     sait  avec  quel  zèle  les  populations  catholiques  du  moyen 

prêchée  contre    ^  .      v  .  ii-ri    i« 

les  albigeois    âge  se  jetèrent  contre  ces  sectaires  :   lEglise    crut    pou- 

comprime  •  i  i-  ^  ,  .       , 

l'expansion  du  voir    publier  coutre  eux   la     croisade,   et    une     guerre 

"^^^mafs^"^^'  d'extermination  commença,   à   laquelle  prirent  part,   di- 

reste  cachée^  recte  OU  indirecte,  tous  les  grands  personnages  de  l'Église 

comme  une  et  de  l'État.   On  étouffa   la   doctrine  des    albigeois,  au 

semence  ^  ^  ^ 

des  erreurs     moins    quant  à  sa  prédominance  extérieure:  elle  resta 

qui  éclatent  au 

xvie  siècle  et     sourdemeut  comme  semence  de  toutes  les  erreurs  qui  de- 

surtout  du  .  ,    ,  .,    .  11.  1 

quiétisme.      vaient  éclater  au  xvi^  siècle,  et  les  doctrines  de  son  mons- 

(i)  II  Tim.  II,  17. 


ET   LA   RÉFORME    PROTESTANTE  DU  XVI®  SIECLE  SgS 

trueux  mysticisme  se  perpétuèrent  jusqu'à  nos  jours  dans       ^  partie 

•^  ^  ^  .  ^  CHAPITRE     XIV 

l'hérésie  quiétiste,  plus  dangereuse  ennemie  peut-être  de 

la  vraie  doctrine  liturgique,  que  le  pur   rationalisme  lui- 
même. 

Une  nouvelle  branche  de   la  secte,  moins  mystique  et  Au  xne  siècle,  la 

secte  des 

par  conséquent  plus  appropriée  aux  mœurs  de  TOccident,       v  audois, 

^  .»-r  ,A  j  '   \   f'  •         nouvelle    forme 

poussait  a  Lyon,  sur  le  même  tronc  du  manichéisme  im-     de  l'hérésie 

,     ,,^>,    .  .        ^  *    1  •  antiliturgiste, 

porté  d  Orient,  au  moment  même  ou  le  premier  rameau  sape 

était  menacé  d'une  destruction  violente.  En  j  i6o,  à  Lyon,  SufrlS'^d^u 
Pierre  Valdo,  marchand,  formait  la  secte  de  ces  fanati-  ^athoUque. 
ques  turbulents,  connus  sous  le  nom  de  pauvres  de  Lyon^ 
mais  surtout  sous  celui  de  vaudois,  du  nom  de  leur  fon- 
dateur. Ce  fut  alors  qu'on  put  présager  l'alliance  de 
l'esprit  de  la  secte  avec  celui  dont  Bérenger  avait  été  chez 
nous  le  premier  organe.  Dégagés  bientôt  des  opinions 
manichéennes,  impopulaires  chez  nous,  ils  prêchent  sur- 
tout la  réforme  de  l'Église,  et,  pour  l'effectuer,  ils  sapent 
audacieusement  tout  l'ensemble  de  son  culte.  D'abord, 
pour  eux,  il  n'y  a  plus  de  sacerdoce,  tout  laïque  est  prêtre; 
le  prêtre,  en  péché  mortel,  ne  consacre  plus;  par  consé- 
quent, plus  d'Eucharistie  certaine;  les  clercs  ne  peuvent 
posséder  les  biens  de  la  terre;  on  doit  avoir  en  horreur 
les  églises,  le  saint  Chrême,  le  culte  de  la  sainte  Vierge  et 
des  saints,  la  prière  pour  les  morts.  Il  faut  en  réfé- 
rer sur  toutes  choses  à  l'Écriture  sainte,  etc.  Les  vaudois 
trouvent  la  morale  de  l'Église  scandaleuse  pour  son  relâ- 
chement, et  affichent  même  une  rigueur  de  conduite  qui 
contraste  avec  les  débordements  des  albigeois. 

Mais  la  France  n'était  pas  le  seul  théâtre  de  cette  réac-  Au  xiye  siècle, 

^  .    .  Vi^iclef 

tion  violente  contre  la  forme  dans  le  catholicisme.  A  la  dogmatise  de  la 

r  '      -        môme  façon 

fin  du  xiv^  siècle,  Wiclef  se  levait  en  Angleterre  et  taisait   en  Angleterre. 
entendre  presque  tous  les  blasphèmes  des  v  audois.  Ce- 
pendant,   comme   tout    système    d'erreur   en   religion  a 
besoin,  pour  avoir   quelque  consistance,  de  s'appuyer  de 
près  ou  de  loin  sur  le  panthéisme,  le  mysticisme  gnos- 


396  l'hérésie  antiliturgique 

INSTITUTIONS    tique  ne  pouvant  convenir  aux  masses,  chez  nous,  comme 

LITURGIQUES  ,  '  ^,^^  1 

— '  nous  1  avons  remarque,  W iclei  imagma  d  etayer  ses  doc- 
trines dissolvantes   sur  un  système  de  fatalisme  dont  la 
source  était  une  volonté  immuable  de  Dieu  dans  laquelle 
se  trouvaient  absorbées  toutes  les  volontés  des  créatures. 
Jean  Huss  Vers  le  même  temps,  Jean  Huss  dogmatisait  en  AUe- 

prépare  en  ,  .  .  /      i  •       n    •         / 

Allemagne  une  magne  et  préparait  cette  immense  révolte  qui  allait  sepa- 

révo/S^contre   ^^^?  pour  des  siècles,  des  nations  entières  de  la  commu- 

l'Egiise        j^Jqj^  romaine.  Lui  aussi  appuyait  fortement  sur  des  con- 

romaine.  ^^    */ 

séquences  exagérées  du  dogme  de  la  prédestination,  et 
passant  à  la  pratique,  humiliait  le  sacerdoce  devant  le  laï- 
cisme,  prêchait  la  lecture  de  F  Écriture  sainte  aux  dépens  de 
la  Tradition,  et  rompait  en  visière  à  Tautorité  souveraine 
en  matière  liturgique,  par  les  réclamations  qu'il  faisait 
entendre  pour  l'usage  du  calice  dans  la  communion 
laïque. 
Luther  arrive        Vint  enfin  Luther,  qui  ne  dit  rien  que  ses  devanciers 

avec  Calvin  et       ,  , .  ,    .  .  /         t       rp  i  •  ^ 

Zwingie  pour  n  eussent  dit  avant  lui,  mais  prétendit  anranchir,  en  même 

l'homme^  de  la  temps,  Thomme  de  la  servitude  de  la  pensée  à  l'égard  du 

servhude^du     po^voir  enseignant,  de  la  servitude  du  corps  à  l'égard  du 

pouvoir        pouvoir  liturgique.  Calvin  et  Zwinde  le  suivirent,  traî- 

enseignant    et    ^  c>  ^  o  ' 

du  pouvoir     nant  après  eux  Socin,  dont  le  naturalisme  pur  était  lacon- 

liturgique.  ,  .  ,    .  .  , 

séquence  immédiate  des  doctrines  préparées    depuis  tant  :j 

de  siècles.  Mais  à  Socin  toute  erreur   liturgique  s'arrête;  - 

la  Liturgie,  toujours  de  plus  en  plus  réduite,  n'arrive  pas 

jusqu'à  lui.  Maintenant,  pour  donner  une  idée  des  ravages 

dernier^terme   ^^  ^^  sccte  antiUturgiste,  il  nous  a  semblé  nécessaire  de 

"^^  l'hérésie  ^^    résumer  la  marche  des  prétendus  réformateurs  du  chris- 

antiiiturgiste    tianisme  depuis  trois  siècles,  et  de  présenter  l'ensemble 

s  arrête  a   lui.  *■  ^  ^ 

de  leurs  actes  et  de  leur  doctrine  sur  l'épuration  du  culte 
divin.  Il  n'est  pas  de  spectacle  plus  instructif  et  plus  propre 
à  faire  comprendre  les  causes  de  la  propagation  rapide 
du  protestantisme.  On  y  verra  l'œuvre  d'une  sagesse  dia- 
bolique agissant  à  coup  sûr,  et  devant  infailliblement  ame- 
ner de  vastes  résultats. 


ET   LA   RÉFORME    PROTESTANTE   DU    XVI*   SIECLE  397 

1°  Le  premier  caractère  de  Thérésie  antilitursique  est  la       i  partie 

^  .      .  CHAPITRE     XIV 

haine  de  la  Tf^adition  dans  les  formules  du  culte  divin. 


On  ne  saurait  contester  ce  caractère  spécial  dans  tous  les     Résumé  de 

,  ,  .      -jT-.    .,  la    doctrine    de 

hérétiques    que  nous    avons  nommes,    depuis  Vigilance   ces  prétendus 

,.^1.  1  •  ^r'i>  r  1^4.     réformateurs 

jusqu'à  Calvin,  et  la  raison  en  est  facile  a  expliquer,  lout  du  culte  divin 
sectaire  voulant  introduire    une   doctrine    nouvelle,    se  ^^  ''phéré^ie^  ^^ 
trouve  infailliblement  en  présence  de  la  Liturgie,  qui  est  j?[;!,^'\;^;^^;^^^'^'j^ 
la  tradition  à  sa  plus   haute   puissance,  et  il  ne  saurait     la^t^i^adidon 
avoir  de   repos  qu'il  n'ait  fait  taire  cette  voix,  qu'il  n'ait     formules  du 
déchiré  ces  pages  qui  recèlent  la  foi  des  siècles  passes.  Ln 
effet,  comment  le  luthéranisme,  le  calvinisme,  l'anglica- 
nisme se  sont-ils  établis  et  maintenus  dans  les  masses  ?  Il 
n'a  fallu  pour  cela  que  la  substitution  de  livres  nouveaux 
et  de  formules  nouvelles,  aux  livres  et  aux  formules  an- 
ciennes, et  tout  a  été  consommé.    Rien  ne  gênait  plus 
les  nouveaux  docteurs;  ils  pouvaient  prêcher  tout  à  leur 
aise  :  la   foi  des  peuples  était  désormais    sans    défense. 
Luther  comprit  cette  doctrine  avec  une  sagacité  digne  de 
nos  jansénistes,  lorsque,  dans  la  première  période  de  ses 
innovations,  à  l'époque  où  il  se  voyait  obligé  de  garder 
encore  une  partie  des  formes  extérieures  du  culte  latin,  il  ^ 
établit  le  règlement  suivant  pour  la  messe  réformée  : 

«  Nous  approuvons  et  nous  conservons  les  introït  des   Règlement  de 

^^  •     j     -oA  Luther  pour 

ce  dimanches  et  des  fêtes  de  Jésus-Christ,  savoir  de  Pâques,      la    messe 

,     ,  T  ^  /-,         •  j      -t  '  réformée. 

«  de  la  Pentecôte  et  de  Noël.  Nous  préférerions  volontiers 

«  les  psaumes  entiers  d'où  ces  introït  sont  tirés,  comme 

«  on  faisait  autrefois  ;  mais  nous  voulons  bien  nous  con- 

«  former  à  l'usage  présent.  Nous  ne  blâmons  pas  même 

«  ceux  qui  voudront   retenir  les  introït  des  Apôtres,  de 

«  la  Vierge  et  des  autres  Saints,  lorsque  ces  trois  introït 

«    SONT  TIRÉS  DES  PSAUMES  ET  d'aUTRES    ENDROITS   DE    L  ECRI- 

«  TURE  (i).  «  Il  avait  trop  en  horreur  les  cantiques  sacrés 
composés  par  l'Église  elle-même  pour  l'expression  pu- 

(i)  Lebrun,   ExpUcation  de  la  Messe,  tom.  IV,  pag.  i3. 


398  l'hérésie  antiliturgique 

INSTITUTIONS     bliquc  dc  sa  foi.  Il  sentait  trop  en  eux  la  vigueur  de  la 

LITURGIQUES  ^  ,  ^  ^  ^  , 

Tradition  qu'il  voulait  bannir.  En  reconnaissante  TEglise 

le  droit  de  mêler  sa  voix  dans  les  assemblées  saintes 
aux  oracles  des  Écritures,  il  s'exposait  par  là  même  à  en- 
tendre des  millions  de  bouches  anathématiser  ses  nou- 
veaux dogmes.  Donc,  haine  à  tout  ce  qui,  dans  la  Litur- 
gie,  n'est  pas  exclusivement  extrait  des  Ecritures  saintes. 

2°  Suppression       2°  C'est  en  effet  le  second  principe  de  la  secte   antilitur- 

des  formules         .  t         y-  11  1  7  >    •         • 

de  style        giste,  de  remplacer  les  jormules  de  style  ecclésiastique 

rempfacées'^par  par  dcs  lectures  de  FÉcriture  sainte.  Elle  y  trouve  deux 

l'Écriture^  sain  te  avantages  :  d'abord,  celui  de  faire  taire  la  voix  de  la  Tra- 

choisies       dition  qu'elle  craint  toujours:  ensuite,  un  moven  de  pro- 

trop  souvent  ^  f  ^  ^  j  r 

avec  un  art     pager  et  d'appuyer  ses  dogmes,  par  voie  de  négation   ou 
de  manière  à    d'affirmation.  Par  voie  de  négation,  en  passant  sous   si- 

inculquer  ji  1      •  j       •       1  •  • 

l'erreur.  lence,  au  moyen  d  un  choix  adroit,  les  textes  qui  expri- 
ment la  doctrine  opposée  aux  erreurs  qu'on  veut  faire 
prévaloir;  par  voie  d'affirmation,  en  mettant  en  lumière 
des  passages  tronqués  qui,  ne  montrant  qu'un  des  côtés 
de  la  vérité,  cachent  l'autre  aux  3^eux  du  vulgaire.  On  sait 
depuis  bien  des  siècles  que  la  préférence  donnée,  par 
•  tous  les  hérétiques,  aux  Ecritures  saintes  sur  les  défini- 
tions ecclésiastiques,  n'a  pas  d'autre  raison  que  la  facilité 
qu'ils  ont  de  faire  dire  à  la  parole  de  Dieu  tout  ce  qu'ils 
Motifs  de  la    Veulent,  en  la  laissant  paraître  ou  l'arrêtant  à  propos.  Nous 

préférence  ...  ,  -,  .  ,         .         ,    . 

donnée  par  les  verrons  ailleurs  ce  qu  ont  fait  en  ce  genre  les  jansénistes, 

hérétiques  des       i_r     '        j^         *       1       ^  ^^  ^  j         1      i*  ^'    • 

derniers   temps  obliges,  d  apres  leur  système,  a  garder  le  lien  extérieur 

saînte'^sur^^^ies   ^^^^  TEglise  ;  quant  aux  protestants,  ils  ont  presque  ré- 

définitions      ^^uj^  j^  Liturffie  tout  entière  à  la  lecture  de  l'Écriture, 

ecclésiastiques  <^  ' 

et  libertés  qu'ils  accompagnée  de  discours  dans  lesquels  on  l'interprète  par 

prennent  a  .  .  ,.. 

l'égard         la  raison.  Quant  au  choix  et  à  la  détermination  des  livres 

des  livres  sacrés.  .  .  .  •        1         //• 

canoniques,  ils  ont  fini  par  tomber  au  caprice  du  refor- 
mateur, qui,  en  dernier  ressort,  décide  non  plus  seule- 
ment du  sens  de  la  parole  de  Dieu,  mais  du  fait  de  cette 
parole.  Ainsi  Martin  Luther  trouve  que,  dans  son  sys- 
tème de  panthéisme,  l'inutilité  des  œuvres  et  la  suffisance 


ET    LA    RÉFORME    PROTESTANTE    DU  XVI^  SIECLE  399 

de  la  foi  sont  dogmes  à  établir,  et  dès  lors  il  déclarera       i  partie 

Df^^^J  '^T  ,     ^.  7  -TT  CHAPITRE  XIV 

que  1  Epitre  de  saint  Jacques  est  une  e^itre  de  'paille^  et 

non  une  épître  canonique,  par  cela  seul  qu'on  y  enseigne 
la  nécessité  des  oeuvres  pour  le  salut.  Dans  tous  les 
temps,  et  sous  toutes  les  formes,  il  en  sera  de  même; 
point  de  formules  ecclésiastiques;  l'Écriture  seule,  mais 
interprétée,  mais  choisie,  mais  présentée  par  celui  ou 
ceux  qui  trouvent  leur  profit  à  l'innovation.  Le  piège  est 
dangereux  pour  les  simples,  et  ce  n'est  que  longtemps 
après  que  l'on  s'aperçoit  qu'on  a  été  trompé^  et  que  la 
parole  de  Dieu,  ce  glaive  à  deux  tranchants,  comme  parle 
l'Apôtre,  a  fait  de  grandes  blessures,  parce  qu'elle  était 
maniée  par  les  fils  de  perdition. 

3°  Le  troisième  principe  des  hérétiques  sur  la  réforme  3°  introduction 

,  cie  formules 

de  la  Liturgie  est,  après  avoir  expulsé  les  formules  ecclé-   nouvelles  qui 

.        .  ,         .  1  >  .    .      1  ^^de^t   au 

siastiques  et  proclame  la  nécessite  absolue  de  n'employer    maintien  de 

'      ,  l'erreur, 

que  les  paroles  de  l'Ecriture  dans  le  service  divin^  voyant 
ensuite  que  l'Ecriture  ne  se  plie  pas  toujours,  comme  ils 
le  voudraient,  à  toutes  leurs  volontés;  leur  troisième 
principe,  disons-nous,  est  ào,  fabriquer  et  d'introduire 
des  formules  diverses^  pleines  de  perfidie,  par  lesquelles 
les  peuples  sont  plus  solidement  encore  enchaînés  à  Ter- 
reur, et  tout  rédifice  de  la  réforme  impie  sera  consolidé 
pour  des  siècles. 
4°  On.  ne  doit  pas  s'étonner  de  la  contradiction  que  4°  Contradiction 

,,,,,.,  •      •    j  j  habituelle 

Iheresie  présente  ainsi  dans  ses  œuvres,  quand  on  saura  des  hérétiques 
que  le  quatrième  principe,  ou,  si  l'on  veut,  la  quatrième    leurs  propres 
nécessité  imposée  aux  sectaires  par  la  nature   même   de      principes. 
leur  état  de  révolte,  est  une  habituelle  contradiction  àveC 
leurs  propres  principes.  Il  en  doit  être  ainsi  pour  leur 
confusion  dans  ce  grand  jour,  qui  vient  tôt  ou  tard,  où 
Dieu  révèle  leur  nudité  à  la  vue  des  peuples  qu'ils  ont 
séduits,  et  aussi  parce  qu'il  ne  tient  pas  à  l'homme  d'être 
conséquent;  la  vérité  seule  peut  l'être.  Ainsi,  tous  les  sec- 
taires, sans  exception,   commencent  par   revendiquer  les 


400  L  HERESIE   ANTILITURGIQUE 

INSTITUTIONS     droits  de  l'antiquité  ;  ils  veulent  dégager  le  christianisme 

LITURGIQUES  ,  ,,  i  •  i  i 

de   tout    ce    que   1  erreur    et  les  passions  des   hommes 


y  ont  mêlé  de  faux  et  d'indigne  de  Dieu  ;  ils  ne  veulent 
rien  que  de  primitif,  et  prétendent  reprendre  au  berceau 
l'institution  chrétienne.  A  cet  effet,  ils  élaguent,  ils  effa- 
cent, ils  retranchent;  tout  tombe  sous  leurs  coups,  et 
lorsqu^on  s'attend  à  voir  reparaître  dans  sa  première  pu- 
reté le  culte  divin,  il  se  trouve  qu'on  est  encombré  de 
formules  nouvelles  qui  ne  datent  que  delà  veille,  qui  sont 
incontestablement  humaines,  puisque  celui  qui  les  a  rédi- 
gées vit  encore.  Toute  secte  subit  cette  nécessité;  nous 
l'avons  vu  chez  les  monophysites,  chez  les  nestoriens  ; 
nous  retrouvons  la  même  chose  dans  toutes  les  branches 
de  protestants.  Leur  affectation  à  prêcher  l'antiquité  n'a 
abouti  qu'à  les  mettre  en  mesure  de  battre  en  brèche 
tout  le  passé,  et  puis  ils  se  sont  posés  en  face  des  peuples 
séduits,  et  leur  ont  juré  que  tout  était  bien,  que  les 
superfétations  papistes  avaient  disparu,  que  le  culte  divin 
était  remonté  à  sa  sainteté  primitive.  Remarquons  encore 
une  chose  caractéristique  dans  le  changement  de  la  Li- 
Non-seulement  turgie  parles  hérétiques.  C'est  que,  dans  leur  rage  d'inno- 
suppriment^îes  vation,  ils  ne  se  contentent  pas  d'élaguer  les  formules 
°^^tyfe  ^  ^^  style  ecclésiastique  qu'ils  flétrissent  du  nom  de  parole 
ecclésiastique,   ^m-Q^iiie.  mais  ils  étendent  leur  réprobation  aux  lectures 

IIlcllS    lis  '  -'- 

Changent  tout   ^^  ^y^  prières  memes  que  TEglise  a  empruntées  à  l'Ecri- 

ce  que  l'Eglise  a  .  .  . 

emprunte  aux   ture;  ils  changent,  ils  substituent,  ne  voulant  pas  prier 

saintes  i,-.^    t  •  •      •  a 

Écritures.      avec  1  bglise,  S  excommuniant  ainsi  eux-mêmes,  et  aussi 
craignant  jusqu'à  la  moindre  parcelle  de  l'orthodoxie  qui 
a  présidé  au  choix  de  ces  passages. 
5o  Retranche-       5"  La  réforme  de  la  Liturgie  étant  entreprise  par  les 

ment  de  tout  ce         ^    .  ,  i  a  ,  i  /r  i         i 

qui  dans  le     sectaires  dans  le  même    but    que  la   reforme  du   dogme 

eTpr?me™s     ^^^^  ^^^^    ^^^  ^'^  conséquence,  il   s'ensuit  que,  de  même 

mystères.      q^£  |ç5  protestants   se  sont   séparés   de  l'unité    afin   de 

croire  moins,  ils  se  sont  trouvés    amenés  à    retrancher 

dans  le  culte  toutes  les  cérémonies,  toutes  les  formules  qui 


DANS    SES    RAPPORTS   AVEC    LA    LITURGIE  4OI 

expriment  des  mystères.    Ils  ont   taxé   de   superstition,       i  partie 

jr  J      TA^     •  ^  ^  •  1  1    ,     .  CHAPITRE   XIV 

d  idolâtrie,   tout  ce    qui  ne  leur   semblait  pas  purement  " 

rationnel,  restreignant  ainsi  les  expressions  de  la  foi,  obs- 
truant par  le  doute  et  même  la  négation  toutes  les  voies 
qui  ouvrent  sur  le  monde  surnaturel.  Ainsi,  plus  de 
sacrements,  hors  le  baptême,  en  attendant  le  socinianisme 
qui  en  affranchira  ses  adeptes  ;  plus  de  sacramentaux,  de 
bénédictions,  d'images,  de  reliques  des  saints,  de  proces- 
sions, de  pèlerinages,  etc.  Il  n'y  a  plus  d'autel,  mais  sim- 
plement une  table;  plus  de  sacrifice,  comme  dans  toute 
religion,  mais  seulement  une  cène;  plus  d'église,  mais 
seulement  un  temple,  comme  chez  les  Grecs  et  les  Ro- 
mains; plus  d'architecture  religieuse,  puisqu'il  n'y  a  plus 
de  mystères;  plus  de  peinture  et  de  sculpture  chrétiennes, 
puisqu'il  n'y  a  plus  de  religion  sensible  ;  enfin,  plus  de 
poésie  dans  un  culte,  qui  n'est  fécondé  ni  par  l'amour,  ni 
par  la  foi. 
6°  La  suppression  des  choses  mystérieuses  dans  la  Li-    6»  Extinction 

totale  de  cet 

turgie  protestante  devait  produire  infailliblement  VextinC'  esprit  de  prière 
tion  totale  de  cet  esprit  de  prière  quon  appelle  onction  onction  ïan^s  le 
dans  le  catholicisme.  Un  cœur  révolté  n'a  point  d'amour,    catholicisme. 
et  un  cœur  sans  amour  pourra  tout  au  plus  produire  des 
expressions  passables  de  respect  ou  de  crainte,  avec  la 
froideur  superbe  du  pharisien;  telle  est  la  Liturgie  pro- 
testante.   On   sent   que    celui    qui    la  récite   s'applaudit 
de  n'être  pas  du  nombre  de   ces  chrétiens  papistes  qui 
rabaissent   Dieu   jusqu'à    eux  par  la  familiarité  de  leur 
langage  vulgaire. 

7"  Traitant  noblement    avec  Dieu,   la  Liturgie  protes-  70 Proscription 

.  .  .  /  1.    •  '/        T--n  •      •  du  culte  de 

tante  n  a  point  besoin  d'intermédiaires  crées.   Llle  croirait  la  sainte  yierge 

A  ,  ,  pf  des  saints 

manquer  au  respect  dû  à  l'Etre  souverain,  en  invoquant 
l'intercession  de  la  sainte  Vierge,  la  protection  des  saints. 
Elle  exclut  tonte  cette  idolâtrie  papiste  qui  demande  à  la 
créature  ce  qu'on  ne  doit  demander  qu'à  Dieu  seul;  elle 
débarrasse  le  calendrier  de  tous  ces  noms  d'hommes  que 
T.  I  26 


402  DE   LA    REFORME   PROTESTANTE   DU   XVr   SFECLE 

INSTITUTIONS    l'Église  romaiile  inscrit  si  témérairement  à  côté  du  nom 

LITURGIQUES  i       ta  •  1 1  i  • 

de  Dieu  ;  elle  a  surtout   en  horreur  ceux  des  mornes  et 

autres  personnages  des  derniers  temps  qu'on  y  voit  figu- 
rer à  côté  des  noms  révérés  des  apôtres  que  Jésus-Christ 
a  choisis,  et  par  lesquels  fut  fondée  cette  Eglise  primi- 
tive, qui  Seule  fut  pure  dans  la  foi  et  franche  de  toute 
superstition  dans  le  culte  et  de  tout  relâchement  dans  la 
morale. 

8°  Revendication  8°  La  réforme  liturgique  ayant  pour  une  de  ses  fins 
de^ia  langue    principales  l'abolition  des  actes  et  des  formules  mystiques, 

^service  dfvin/  ^^  s'ensuit  nécessairement  que  ses  auteurs  devaient  reven- 
diquer r usage  de  la  langue  vulgaire  dans  le  service 
divin.  Aussi  est-ce  là  un  des  points  les  plus  importants 
aux  yeuxdes  sectaires.  Le  culte  n'est  pas  une  chose  secrète, 
disent-ils;  il  faut  que  le  peuple  entende  ce  qu'il  chante.  La 
haine  de  la  langue  latine  est  innée  au  cœur  de  tous 
les  ennemis  de  Rome;  ils  voient  en  elle  le  lien  des  catho- 
liques dans  l'univers^  l'arsenal  de  Torthodoxie  contre 
toutes  les  subtilités  de  Tesprit  de  secte,  Parme  la  plus 
puissante  de  la  papauté.  L'esprit  de  révolte  qui  les  pousse 
à  confier  à  Tidiomede  chaque  peuple,  de  chaque  province, 
de  chaque  siècle^  la  prière  universelle,  a,  du  reste,  produit 
ses  fruits,  et  les  réformés  sont  à  même  tous  les  jours  de 
s'apercevoir  que  les  peuples  catholiques,  en  dépit  de  leurs 
prières  latines,  goûtent  mieux  et  accomplissent  avec  plus 
de  zèle  les  devoirs  du  culte  que  les  peuples  protestants. 
A  chaque  heure  du  jour,  le  service  divin  a  lieu  dans  les 
églises  catholiques;  le  fidèle  qui  y  assiste  laisse  sa  langue 
maternelle  sur  le  seuil;  hors  les  heures  de  la  prédication, 
il  n'entend  que  des  accents  mystérieux  qui  même  cessent 
de  retentir  dans  le  moment  le  plus  solennel,  au  canon  de 
la  messe;  et  cependant  ce  mystère  le  charme  tellement, 
qu'il  n'envie  pas  le  sort  du  protestant,  quoique  l'oreille 
de  celui-ci  n'entende  jamais  que  des  sons  dont  elle  perçoit 
la  signification.  Tandis  que  le  temple  réformé  réunit,  à 


CONSIDÉRÉE    DANS    SES  RAPPORTS   AVEC    LA    LITURGIE      4o3 

grand^peine,  une  fois  la   semaine,  les  chrétiens  puristes,       i  partie 

,,-/,,.  .  .  CHAPITRE    XIV 

1  Eglise  papiste  voit  sans  cesse  ses  nombreux  autels  assié- ' 

gés  par  ses  religieux  enfants;  chaque  jour, ils  s'arrachent  à 
leurs  travaux  pour  venir  entendre  ces  paroles  mystérieuses 
qui  doivent  être  de  Dieu,  car  elles  nolirrissent  la  foi  et 
charment  les  douleurs.  Avouons-le, c'est  un  coup  demaître 
du  protestantisme  d'avoir  déclaré  la  guerre  à  la  langue 
sainte;  s^il  pouvait  réussir  à  la  détruire,  son  triomphe 
serait  bien  avancé.  Offerte  aux  regards  profanes,  comme 
une  vierge  déshonorée,  la  Liturgie,  dès  ce  moment,  a 
perdu  son  caractère  sacré,  et  le  peuple  trouvera  bientôt 
que  ce  n^est  pas  trop  la  peine  qu'il  se  dérange  de  ses  tra- 
vaux ou  de  ses  plaisirs  po^r  aller  entendre  parler  comme 
on  parle  sur  la  place  publique.  Otez  à  V Eglise  française 
ses  déclamations  radicales  et  ses  diatribes  contre  la  pré- 
tendue vénalité  du  clergé,  et  allez  voir  si  le  peuple  ira 
longtemps  écouter  le  soi-disant  primat  des  Gaules  crier  : 
Le  Seigneur  soit  avec  vous;  et  d'autres  lui  répondre  :  Et 
avec  votre  esprit.  Nous  traiterons  ailleurs,  d'une  manière  , 
spéciale,  de  la  langue  liturgique. 

9°   En  ôtant  de  la  Liturgie  le  mystère  qui  abaisse  la  90  AflPranchisse- 

k,         .  j       15       1  T       1  '  ment    des 

protestantisme  n  avait  garde  d  oublier  la  conse-      pratiques 

quence  pratique,  savoir  V affranchissement  de   la  fatigue     Va^piVte^et^^ 
et  de  la  gêne  qu  imposent  au  corps  les  pratiques  de  la  Li-  ^'^^  gomme "^^ 
turgie papiste.  D'abord,  plus  de  jeûne,  plus  d'abstinence;      des  prières^ 
plus  de  génuflexion  dans  la  prière;  pour  le  ministre  du    particulières. 
temple,  plus  d'offices  journaliers  à  accomplir,  plus  même 
de  prières  canoniales  à  réciter,  au  nom  de  TEglise.  Telle 
est  une  des  formes  principales  de  la  grande  émancipation 
protestante  :  diminuer  la  somme  des  prières  publiques  et 
particulières.  L'événement  a  montré  bientôt  que  la  foi  et 
la  charité,  qui  s'alimentent  par  la  prière,  s'étaient  éteintes 
dans  la  réforme,  tandis  qu'elles  ne  cessent,  chez  les  catho- 
liques, d'alimenter  tous  les  actes  de  dévouement  à  Dieu  et 
aux  hommes,  fécondées  qu'elles  sont   par  les  ineffables 


10°  Haine  de  la 
puissance 

papale 

commune 

à  toutes  les 

sectes 
dissidentes. 


404  DE   LA   RÉFORME    PROTESTANTE   DU    XVI®    SIECLE 

INSTITUTIONS     ressourccs  de  la  prière  liturgique  accomplie  par  le  clergé 

LITURGIQUES  ^  \  '^     ^  J.  JT  O 

■  séculier  et  régulier^    auquel    s'unit  la  communauté  des 

fidèles. 

10°  Comme  il  fallait  au  protestantisme  une  règle  pour 
discerner  parmi  les  institutions  papistes  celles  qui  pou- 
vaient être  les  plus  hostiles  à  son  principe,  il  lui  a  fallu 
fouiller  dans  les  fondements  de  l'édifice  catholique,  et 
trouver  la  pierre  fondamentale  qui  porte  tout.  Son  instinct 
lui  a  fait  découvrir  tout  d'abord  ce  dogme  inconciliable 
avec  toute  innovation  :  la  puissance  papale.  Lorsque 
Luther  écrivit  sur  sa  bannière  :  Haine  à  Rome  et  à  ses 
lois,  il  ne  faisait  que  promulguer  une  fois  de  plus  le 
grand  principe  de  toutes  les  branches  de  la  secte  anti- 
liturgiste.  Dès  lors,  il  a  fallu  abroger  en  masse  le  culte 
et  les  cérémonies,  comme  l'idolâtrie  de  Rome;  la  lan- 
gue latine,  l'office  divin,  le  calendrier,  le  bréviaire,  toutes 
abominations  de  la  grande  prostituée  de  Babylone. 
Le  Pontife  romain  pèse  sur  la  raison  par  ses  dogmes, 
sur  les  sens  par  ses  pratiques  rituelles  ;  il  faut  donc 
proclamer  que  ses  dogmes  ne  sont  que  blasphème  et 
erreur,  et  ses  observances  liturgiques  qu'un  moyen 
d'asseoir  plus  fortement  une  domination  usurpée  et 
tyrannique.  C'est  pourquoi,  dans  ses  litanies  émanci- 
pées,  l'Eglise  luthérienne  continue  déchanter  naïvement  ; 
De  r  homicide  fureur,  calomnie,  rage  et  férocité  du  Turc 
et  du  Pape ^  délivrez-nous.^  Seigneur  [i).  C'est  ici  le  lieu 
de  rappeler  les  admirables  considérations  de  Joseph  de 
Maistre,  dans  son  livre  du  Pape^  où  il  montre,  avec  tant 
de  sagacité  et  de  profondeur,  qu'en  dépit  des  dissonances 
qui  devraient  isoler  les  unes  des  autres  les  diverses  sectes 
séparées,  il  est  une  qualité  dans  laquelle  elles  se  réunissent 
toutes,  celle  de  non  romaines.  Imaginez  une  innovation 
quelconque^  soit  en  matière  de  dogme,  soit  en  matière  de 


(i)  LutheHsches  Gesangbuch.  Leipzig.  Pag.  667. 


Il 


H  DANS   SES   RAPPORTS   AVEC   LA   LITURGIE  405 

discipline,  et  voyez  s'il  est  possible  de  l'entreprendre  sans       i  partie 

,  '  1  '       1  1  .  .        CHAPITRE     XIV 

encourir,  bon  gre,  mai  gre,  la  note  de  non  romain^  ou  si  ■ 

vous  voulez  de  moins  romain^  si  on  manque  d'audace. 
Reste  à  savoir  quel  genre  de  repos  pourrait  trouver  un 
catholique  dans  la  première,  ou  même  dans  la  seconde  de 
ces  deux  situations. 

11°  L'hérésie  antiHturgiste,  pour  établir  à  jamais  son    u»  Un  vaste 
règne,  avait  besoin  de  détruire  en  fait  et  en  principe  tout    nisme^esuâ 
sacerdoce  dans  le  christianisme;  car  elle  sentait  que  là  où  imSilt'e^dria 
il  y  a  un  pontife,  il  y  a   un  autel,  et  que  là  où  il  y  a  un    du^p^o^ntffi?rt 
autel,  il  y  a  un  sacrifice,  et  partant  un  cérémonial  mysté-      souverain. 
rieux.   Après  donc    avoir  aboli    la   qualité    du    Pontife 
suprême,  il  fallait  anéantir  le  caractère  de  Tévêque,  duquel 
émane  la  mystique  imposition  des  mains  qui  perpétue  la 
hiérarchie  sacrée.  De  là  un  truste  presbytérianisme^  qui 
n'est  que  la  conséquence  immédiate  de  la  suppression  du 
Pontificat  souverain.   Dès  lors,  il   n'y  a  plus  de  prêtre 
proprement  dit;  comment  la  simple  élection,  sans  consé- 
cration, ferait-elle  un  homme  sacré  ?  La  réforme  de  Luther 
et  de  Calvin  ne  connaîtra  donc  plus  que  des  ministres  de 
Dieu,   ou   des  hommes,   comme  on  voudra.  Mais    il  est 
impossible  d'en  rester  là.  Choisi,  installé  par  des  laïques, 
portant  dans  le  temple  la  robe  d'une  certaine  magistrature 
bâtarde,  le  ministre  n'est  qu'un  laïque  revêtu  de  fonctions 
accidentelles;  il  n'y  a  donc  plus  que  des  laïques  dans  le 
protestantisme;  et  cela  devait  être,  puisqu'il  n'y  a  plus  de 
Liturgie;  comme  il  n'y  a  plus  de  Liturgie,  puisqu'il  n'y  a 
plus  que  des  laïques. 

1 2°  Enfin,  et  c'est  là  le  dernier  degré  de  Tabrutissement,     i^"  Toute  la 

^  ^  ^  .  ,  .  hiérarchie 

le  sacerdoce   n'existant    plus,    puisque    la   hiérarchie  est  résumée  dans  la 

,  personne 

morte,  le  prince,  seule  autorité  possible  entre  laïques,  se      du  prince 
proclamera  chef  de  la  Religion,  et  l'on  verra  les  plus  fiers      le  PoTuVe 
réformateurs,  après  avoir  secoué  le  joug  spirituel  de  Rome,       suprême, 
reconnaître  le  souverain  temporel  pour  pontife  suprême, 
et  placer  le  pouvoir  sur  la  Liturgie  parmi  les  attributions  du 


406         DE    LA    RÉFORME    PROTESTANTE    DU   XVf   SIECLE 

INSTITUTIONS    droît  mdj estatîûîte .  Il  n'y  aura  donc  plus  de  dogme,  de 

LITURGIQUES  j  m  j  l  ai 

~  morale,  de  sacrements,  de  culte,  de  christianisme,  qu'au- 
tant qu^il  plaira  au  prince,  puisque  le  pouvoir  absolu  lui  ' 
est  dévolu  sur  la  Liturgie  par  laquelle  toutes  ces  choses  ont 
leur  expression  et  leur  application  dans  la  communauté  des 
fidèles.  Tel  est  pourtant  PaxiomeTondamental  delà  Réforme 
et  dans  la  pratique  et  dans  les  écrits  des  docteurs  protes- 
tants. Ce  dernier  trait  achèvera  le  tableau,  et  mettra  le 
lecteur  à  même  de  juger  de  la  nature  de  ce  prétendu 
affranchissement,  opéré  avec  tant  de  violence  à  l'égard  de 
la  papauté,  pour  faire  place  ensuite^  mais  nécessairement, 
à  une  domination  destructive  de  la  nature  même  du  chris*^ 
tianisme.  Il  est  vrai  que,  dans  les  commencements,  la  secte 
antiliturgiste  n'avait  pas  coutume  de  flatter  ainsi  les 
puissants  :  albigeois,  vaudois,  v^iclefites,  hussites,  tous 
enseignaient  qu'il  fallait  résister  et  même  courir  sus  à  tous 
princes  et  magistrats  qui  se  trouvaient  en  état  de  péché, 
prétendant  qu'un  prince  était  déchu  de  son  droit,  du 
moment  qu^il  n'était  pas  en  grâce  avec  Dieu.  La  raison  de 
ceci  est  que  ces  sectaires  craignant  le  glaive  des  princes 
catholiques,  évêques  du  dehors,  avaient  tout  à  gagner  en 
minant  leur  autorité.  Mais  du  moment  que  les  souverains, 
associés  à  la  révolte  contre  l'Eglise,  voulaient  faire  de  la 
religion  une  chose  nationale,  un  moyen  de  gouvernement, 
la  Liturgie  réduite,  aussi  bien  que  le  dogme,  aux  limites 
d'un  pays,ressortissait  naturellement  à  la  plus  haute  auto- 
rité de  ce  pays,  et  les  réformateurs  ne  pouvaient  s'empê- 
cher d'éprouver  une  vive  reconnaissance  envers  ceux  qui 
prêtaient  ainsi  le  secours  d'un  bras  puissant  à  l'établisse- 
ment et  au  maintien  de  leurs  théories.  Il  est  bien  vrai  qu'il 
y  a  toute  une  apostasie  dans  cette  préférence  donnée  au 
temporel  sur  le  spirituel,  en  matière  de  religion;  mais  il 
s'agit  ici  du  besoin  même  de  la  conservation.  Il  ne  faut 
pas  seulement  être  conséquent,  il  faut  vivre.  C'est  pour 
cela  que  Luther,  qui  s'est  séparé  avec  éclat  du  pontife  de 


CHAPITRE    XIV 


DANS    SES    RAPPORTS   AVEC    LA    LTTURGTE  407 

Rome,  comme  fauteur  de  toutes  les  abominations  de  Baby-  ^„'J*^^"^'^ 
ione,  ne  rougit  pas  lui-même  de  déclarer  théologiquement 
la  légitimité  d'un  double  mariage  pour  le  landgrave  de 
Hesse,  et  c'est  pour  cela  aussi  que  Tabbé  Grégoire  trouve 
dans  ses  principes  le  moyen  de  s'associer  tout  à  la  fois  au 
vote  de  mort  contre  Louis  XVI  à  la  Convention,  et  de  se 
faire  le  champion  de  Louis  XIV  et  de  Joseph  II  contre  les 
Pontifes  romains. 

Telles  sont  les  principales  maximes  de  la  secte  anti- 
liturgiste.  Nous  n'avons^  certes,  rien  exagéré;  nous  n'avons 
fait  que  relever  la  doctrine  cent  fois  professée  dans  les 
écrits  de  Luther,  de  Calvin,  des  Centuriateurs  de  Magde- 
bourg,  de  Hospinien,  de  Kemnitz,  etc. -Ces  livres  sont 
■  faciles  à  consulter,  ou  plutôt  Toeuvre  qui  en  est  sortie  est 
sous  les  yeux  de  tout  le  monde.  Nous  avons  cru  qu'il  était 
utile  d'en  mettre  en  lumière  les  principaux  traits.  Il  y  a 
toujours  du  profit  à  connaître  l'erreur;  renseignement 
direct  est  quelquefois  moins  avantageux  et  moins  facile. 
C'est  maintenant  au  logicien  catholique  de  tirer  la  contra- 
dictoire. 


1 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  XV 


REFORME  CATHOLIQUE  DE  LA  LITURGIE.  —  PAUL  IV.  PIE  IV, 
—  CONCILE  DE  TRENTE.  SAINT  PIE  V.  BREVIAIRE  ROMAIN. 
MISSEL  ROMAIN.  —  INTRODUCTION  DE  LA  LITURGIE  REFORMEE 
EN  ITALIE^  EN  ESPAGNE,  EN  FRANCE  ET  DANS  LE  RESTE  DE  ^ 
l'occident.  —  PALESTRINA.  —  SIXTE-QUINT.  CONGREGATION 
DES  RITES.  —  GRÉGOIRE  XIII.  REFORME  DU  CALENDRIER. 
MARTYROLOGE  ROMAIN.  CLEMENT  VIII.  PONTIFICAL  RO- 
MAIN. CÉRÉMONIAL  ROMAIN.  —  AUTEURS  LITURGISTES  DU 
XVI®  SIÈCLE. 


Le  XVI®  siècle,  "au  sein  duquel  les  véritables  doctrines 
liturgiques  avaient  souffert  de  si  rudes  atteintes,  et  qui 
avait  été  témoin  des  réformes  malavisées  de  Ferreri  et  de 
Quignonez,  devait  néanmoins  voir  s'accomplir  une  véri- 
table, solide  et  légitime  réforme;  mais  c'était  aux  pontifes 
romains  qu'il  était  réservé  de  l'entreprendre  par  eux- 
mêmes  et  de  la  consommer.  Gomme  toujours,  le  clergé 
régulier  dut  influer  sur  une  œuvre  si  importante  ;  mais  ce 
n'étaient  déjà  plus  les  franciscains.  A  l'action  insuffisante 
des  ordres  mendiants  s'était  adjoint  le  zèle  de  cette  nou- 
velle branche  qui  venait  de  pousser  au  grand  arbre  de 
l'état  religieux,  et  qu'on  désignait  sous  le  nom  de  Clercs 
réguliers.  Les  plus  anciens  de  cette  milice,  les  théatins. 
Clément  VII     fondés  par  saint  Gaétan  deThienne,  attachèrent  leur  nom 

charge  -^ 

saint  Gaétan  et  à  la  première  tentative  de  réforme  liturgique  qui  puisse 

Jean— r  lerre  ^  ^         ^  1/1 

Caraffa        être   prise  au  sérieux,  et  préparèrent  le   grand  résultat 
au  projet  d'un  obtenu  plus  tard  par  saint  Pie  V.  Glément  VII,  le  même 

nouveau  .      ,  r^    •  1  «n        x  i.    ' 

bréviaire,      qui  chargea  Quignonez  de  travailler  a  un  nouveau  bre- 


I 


REFORME  CATHOLIQUE  DE  LA  LITURGIE  409 

viaire,  avait  donné  la  même  commission  à  saint  Gaétan       ^  ^^^"^^^ 


et  à  Jean-Pierre  Garaffa,  l'un  de  ses  premiers  associés, 
qui  plus  tard  fut  pape  sous  le  nom  de  Paul  IV.  Le  Bref 
qui  leur  confère  cette  marque  de  haute  confiance  aposto- 
lique existe  encore  dans  les  annales  des  théatins  (i),  où  il 
porte  la  date  du  21  janvier  1529.  Le  bréviaire  de  Quignonez 
fut  préféré,  parce  que  sans  doute  il  était  moins  long,  et  dis- 
posé dans  une  forme  plus  élégante  :  celui  des  théatins,  dû  en 
partie  à  Garaffa,  alors  évêque  de  Ghieti,  ne  se  recomman- 
dait que  par  le  maintien  des  antiques  et  vénérables  usages, 
par  l'épuration  des  histoires  apocryphes,  la  correction  des 
rubriques,  la  substitution  des  vraies  leçons  des  saints 
Pères  à  des  homélies  tirées  d'auteurs  hétérodoxes^  tels  que 
Origène,  Eusèbe  Emissène,  etc.  (2).  Garaffa  était  trop  grand 
amateur  de  l'antiquité  et  trop  grave  pour  ne  pas  dédaigner 
l'œuvre  de  Quignonez;  il  suivit  donc  l'exemple  de  sain^ 
François  Xavier,  et  montra,  même  ouvertement,  son  mé- 
pris pour  le  bréviaire  de  ce  cardinal  (3).  Il  vint  à  monter  Devenu  Pauliv, 
en  i555,  sur  la  chaire  de  Saint-Pierre,  et  l'un  de  ses  pre-  ^Y^^tVenir^^ 
miers  soins  fut  de  déclarer  qu'on  n'accorderait  plus,  à  ^d'Sseî^dïTa^ 
l'avenir,  la  permission    d'user  de  cette  liturgie  abrégée.  Liturgie  abrégée 

\        ^  D  D      7    de  Quignone?: 

bien  qu'il  ne  jugeât  pas  encore  à  propos  de  retirer  les     et  continue 

^  .  .  ,    ,  .  son  travail  su 

facultés  d'en  user  qui  avaient  été  antérieurement  obtenues.  i«  bréviaire. 
Il  se  remit  ensuite  à  travailler  avec  ardeur  à  la  rédaction 
de  son  bréviaire  réformé  ;  mais,  comme  il  voulait  accom- 
plir par  lui-même  cette  œuvre  si  importante  et  si  digne 
d'un  pape,  il  arriva  qu'étant  détourné  par  les  nombreuses 
et  graves  préoccupations  de  la  dignité  suprême,  il  ne  put 
arriver  à  mettre  ce  bréviaire  en  état  d'être  promulgué.  Il 

(i)  Silos.  Hist.    Theatin.,  lib.  III.   Apud   Bolland.,    tom.    II,    August 
die  VII,  pag.  25 1. 

(2)  Vita  e  gesti  di  Giovanni  Pietro  Caraffa,  cioè  di  Paolo  IV  Pon- 
tefice  Massimo,  raccolti  dal  P.  D.  Antonio  Caracciolo.  Mss.  de  l'an  i633, 
cité  par  Arevalo.  Hymnodia  Hispanica,  pag.  392  et  seq. 

(3)  Ibidem. 


sur 


410  REFORME  CATHOLIQUE  DE  LA  LITURGIE 

INSTITUTIONS    nr^Qurut  en  t55q,  après  quatre  ans  d'un  pontificat  éner- 

LITURGIQUES  J^         l  i-  x 


gique,  qu'il  avait  commencé  ayant  déjà  atteint  sa  soixante- 
dix-neuvième  année. 
Paul  IV  ne         Après  la  mort  de  Paul  IV,  Pie  IV,  son  successeur,  mit 

consent  pas  a  la  -r^ 

reprise  des     tous  ses  soins  à  la  Continuation  du  concile  ouvert  à  Trente 

travaux  .  v     i. 

du  concile     sous  Paul  III,  en   1545,  et  depuis  suspendu  à  diverses 

de  Trente 

et  veut  que 'la  fois.  Paul  IV^  dans  son  zèle  ardent  pour  les  droits  du  Siège 
de  PÉgiise  soit  apostolique,  n'avait  pas  voulu  consentir  à  la  reprise  des 
TaSîon^^      travaux  de  ce  concile,  persuadé  que  Fautorité  du  Pontife 
immédiate  des  j^Qj-Q^in,  employée  avec  fermeté  et  persévérance,  suffisait 
pontifes.       ipouv  accomplir  la  réforme  de  l'Eglise.  Au  reste,  Paul  IV 
était  digne  de  concevoir  une  pareille  espérance;  mais  il 
était  dans  les  plans  de  la  divine  Providence  que,  pour 
s^accommoder  davantage  aux  idées  et  aux  prétentions  de 
ce  siècle,  un  concile,  entravé  d'ailleurs  en  mille  manières 
par  les  puissances  et  les  nationalités  temporelles,  eût  la 
plus  grande  part  à  Toeuvre  de  la  réforme  catholique.  Il  est 
vrai  aussi  d'ajouter  que  cette  assemblée  eut  le  bonheur  de 
se  sentir  dirigée  par  des  légats  dévoués  au  Siège  aposto- 
lique, dont  ils  recevaient  et  transmettaient  les  instructions, 
et  qu'une   suite  de   grands    pontifes,    saint  Pie  V,  Gré- 
goire XIII,  Sixte-Quint,  Clément  VIII,  Grégoire  XV,  se 
montra  disposée  à  appliquer  les  canons  de  Trente  avec 
cette  vigueur  inviolable  qui  en  a  fait  pénétrer  l'esprit  et 
les  maximes  dans  toutes  les  institutions  catholiques,  depuis 
cette  grande  époque. 
Dans  le  dessein      Paul  IV  avait  pensé  que  la  réforme  de  la  liturgie  ne 
laWorme     pouvait  se  faire  qu'à  Rome;  qu'elle  devait  être  Poeuvre 
devfdtXe     propre  d'un  pontife  romain,  successeur  des  Gélase  et  des 
dïn  YucceTseur  Grégoire.  Il  ne  tint  pas  à  Pie  IV,  comme  nous  verrons, 
et  deÏGré^o?  e  ^^^  ^^^^^  réforme  ne  se  fît  à  Trente  ;  mais  le  divin  auteur 
de  l'Église,  qui  a  établi  Rome  métropole  du  gouvernement 
ecclésiastique,  et  son   Église  la  mère  de  tous  les  fidèles, 
sut  bien  amener  les  choses  au  point  oià  elles  devaient  être, 
et  la  publication  delà  Liturgie  réformée  se  fit  définitivement 


RÉFORME  CATHOLIQUE  DE  LA  LITURGIE  41  I 

par  l'autorité  du  souverain  Pontife,  dans  cette  capitale  du       ^  partie 

T1--  A^J  ^  1//  .,  CHAPITRE   XV 

catholicisme.  Avant  de  raconter  ce  grand  événement,  il 

est  nécessaire  que  nous  donnions  quelques  détails  sur  les 
dispositions  daiTS  lesquelles  se  trouvait  le  concile  au  sujet 
de  la  réforme  liturgique. 

Nous  avons  parlé,  au  chapitre  précédent,  des  nécessités         Projet 

,,../.  1,  .  ,  de  réforme 

qui  réclamaient  impérieusement  1  attention  des  pasteurs  liturgique  ' 
de  rÉglise,  sur  la  matière  si  grave  du  culte  divin.  Dès  ^^cœicik  ^ 
Pan  i536,  on  avait  tenu  à  Cologne  un  concile  dont  les  ^InfssT.^ 
canons,  très-expressifs,  sont  de  la  plus  haute  importance 
pour  caractériser  les  éléments  qui  se  remuaient  alors  au 
sein  de  l'Eglise.  Il  fut  assemblé  par  le  fameux  archevêque 
Hermann,  qui  eut  depuis  le  malheur  d'embrasser  le 
luthéranisme.  Cette  circonstance  explique  plus  que  suffi- 
samment  l'extrême  liberté  avec  laquelle  la  discipline  de 
cette  époque  se  trouve  parfois  qualifiée  dans  les  actes  de 
ce  concile.  Sur  l'article  de  la  Liturgie,  aux  sixième  et  au 
onzième  canon  de  la  seconde  partie,  on  articule  le  projet 
d'une  réforme  ;  on  affirme  que  le  bréviaire  se  trouve  con- 
tenir des  histoires  dépourvues  d^autorité  et  de  gravité, 
plainte  qui  n'aurait  rien  eu  que  de  très-légitime;  mais  on 
émet  hardiment  le  vœu  de  voir  supprimer  même  les  his- 
toires authentiques,  pour  les  remplacer  par  de  simples 
lectures  de  TEcriture  sainte  (i).  Quant  au  missel,  les  Pères 
réprouvent,  avec  raison,  plusieurs  innovations  qu'on  y 
avait  introduites,  et  qui  offensaient  le  respect  dû  au  plus 
auguste  des   mystères  (2).  La  prétention    émise  ici    sur 

(i)  Nam  cum  olim  a  sanctissimis  Patribus  institutum  sit,  ut  solae 
Scripturœ  sacrae  in  Ecclesia  recitarentur,  nescimus  qua  incuria  acciderit, 
ut  in  earum  locum  successerint  alia  cum  his  neutiquam  comparanda, 
atque  intérim  historiée  sanctorum  tam  inculte  ac  tam  negligenti  judicio 
conscriptae,  ut  nec  auctoritatem  habere  videantur,  nec  gravitatem.  Deo 
itaque  auctore,  deque  concilio  capituli  nostri,  ac  theologorum,  alio- 
rumque  piorum  virorum,  reformationem  Breviariorum  meditabimur. 
{Conc.  Labb.,  tom.  XIV,  p.  504.) 

(2  Peculiaria  missarum  argumenta,  recens  praeter  veterum  institu- 
tionem  inventa,  etiam  Patribus  displicuerunt,  quod  tantum  mysterium 


412  RÉFORME    CATHOLIQUE   DE   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS    TEcriture  sainte,  comme  matière  unique  de  la  Litursie, 

LITURGIQUES  .  ,.         ,     ,  t>       ' 

"— — ■  avait  déjà  été  exprimée  en  Allemagne,  dans  les  articles  de 

réforme  proposés  par  Tempereur  au  concile  de  Bâle  (i). 
Réclamations        Dans  la   première   période  du    concile   de  Trente,  les 
le  bréviaire     Pères  n'eurent  pas  le  loisir  de  s'occuper  de  la  Liturgie; 
et  d enf a^iKie?   ^^îs   OU   a  VU  plus    haut  que  déjà  des  réclamations  en 
de^hTutuJ^e  f^^i^^^  avaient  été  déposées  contre  le  bréviaire  de  Quigno- 
présentées  au   j^^^^    ^^  concile   ayant   été    momentanément    suspendu, 
de  Trente,     nous  retrouvons  encore  des  réclamations   concernant  la 
Liturgie,  dans  un  projet  de  réforme  dressé  par  Charles- 
Quint,  à  Augsbourg.  On  y  demande  que  la  forme  des 
prières  de  l'Eglise  soit  ramenée  aux  institutions  des  anciens 
Pères  ;  que  l'on  donne  à  des  hommes  pieux  et  doctes  le 
soin  de  purger  les  bréviaires  de  tout  ce  quMls  contiennent 
d'apocryphe  et  de  moins  conforme  à  la  pureté  du  culte 
divin  (2).  A  la  reprise  du  concile,  sous  Pie  IV,  on  trouve 
dans  un  mémoire  donné  au  cardinal  de  Lorraine,  qui  se 
rendait  à  Trente,  en  i562,  l'injonction  faite  à  ce  prélat  par 
le   roi  et  les  états  généraux  du  royaume  d'insister  for- 
tement auprès  des  Pères  du  concile  sur  la  nécessité  d'épu- 
rer le  service  divin,  de  retrancher  les  superstitions  et  de 
revoir  les  prières  et  les  cérémonies  (3).  Tous  ces  faits  qui 
attestent  déplus  en  plus  l'urgence  de  la  réforme  liturgique 

pro  affectu  cujuslibet  tractari  non  deceat.  Prosas  indoctas  nuperius  mis- 
salibus  caeco  quodam  judicio  invectas  prasterniittere  per  nos  liceret.  Vide- 
bimur  ergo  operae  pretium.  facturi ,  si  Missalia  perinde  atque  Breviaria 
pervideri  curemus,  ut  amputatis  tantum  superfluis,  et  quae  superstitiosius 
invecta  videri  possint,  ea  tantum,  quas  dignitati  Ecclesias  et  priscis  insti- 
tutis  consentanea  fuerint  relinquantur.  (Ibidem.) 

(i)  Breviaria  et  Missalia  expurganda,  resecandaque  omnia  quœ  non  ex 
divinis  sint  desumpta  Litteris,  et  taediosam  prolixitatem  psalmorum  et  ora- 
tionum,  habito  delectu,  contrahendam.  Articul.  XIL  [Vid.  Grandcolas, 
Commentaire  hist.  sur  le  Brév.  Rom.,  tom.  I,  pag.  20.) 

(2)  Breviarium    in    formam   precum  et  orationum  ab  antiquis  Ecclesiae 

Patribus  et  rectoribus  traditampraescriptamque  redigendum;  insuper  apo- 
crypha,  parumque  ad  sincerum  cultum  pertinentia  a  Breviariis  resecanda. 

[Vid.  Benedict.  XIV,  De  Canoni^atione Sanctoriim,\\h.  IV, part.  II,  cap.  j3. 
(3)  Histoire  ecclés .  de  Fleury .  Continuation.  Tom.  XXXIII,  pag.  14. 


RÉFORME    CATHOLIQUE    DE    LA    LITURGIE  4l3 

et  le  zèle  que  les  peuples  catholiques  mettaient  encore  au       i  partie 

CHAPITRE  XV 

XVI®  siècle  à  ce  qui  concernait  le  culte  divin,  montrent  en 


même  temps  toute  la  gravité  de  la  situation  dans  laquelle 
allait  se  trouver  le  concile,  au  milieu  de  toutes  ces  préten- 
tions, parmi  lesquelles  on  ne  pouvait  s^empêcher  de 
démêler  certaines  inspirations  plus  ou  moins  suspectes. 

Pie  IV,  qui  montra  toujours  dans  la  direction  du  con-    Pie  iv  envoie 

.,  ,  ,  -A  •    •  •        n-  ^^^x  Pères 

cÛQ^  par  ses  légats,  un  tact  si  sur  et  une  si  juste  mteili-    du  concile  le 

gence  des  véritables  besoins  de  l'Église,   voulant   mettre     de  Paul  iv, 

les  Pères  en  mesure   d'accomplir,  suivant  toutes  les  con-   inspiré  ^^deS a 

venances  canoniques,  Tœuvre  tant  désirée  de  la  réforme     grégo'rienne. 

liturgique,  leur  envoya  le  travail  de  Paul  IV.  C'était  leur 

tracer  la  ligne  la  plus  sûre,  puisque  ce  grand  Pape  n'avait 

eu  en  vue  dans  sa  réforme  que  de  rapprocher  le  bréviaire 

des  sources  grégoriennes  et  de  le  dégager  des  additions 

arbitraires,  ou  peu  séantes,  qu'on  s'était  permis  d'y  faire 

dans  les  derniers  siècles.  Le  concile,  préoccupé  des  graves 

objets  qui  remplissaient  ses  sessions,  de  la  dix-huitième  à 

la   vingt-cinquième,    se  trouva  être  arrivé  à  Tan    i563, 

avant  que  la  commission  chargée  par  lui  de  la  réforme  du 

bréviaire  eût  eu  assez  de  loisir  pour  terminer  son  œuvre. 

Deux  sentiments  semblaient  partager  l'assemblée  :  les  uns 

voulaient  qu'on  établît  une  parfaite  unité  liturgique  dans 

toute  l'Eglise^  les  autres  soutenaient  les  rites  particuliers 

des   diocèses.   La  décision  d'une  si   importante   affaire.      Le  concile 


renvoie 


jointe  à  la  lenteur  qu'entraînerait  infailliblement  la  correc-      au  Pontife 
tion  faite  en  détail  de  l'ensemble  de  la  Liturgie,  devait  exi-     de  réformer 

,  j  .,  ,      .        .  ,  l'ensemble 

ger  beaucoup  de  temps  ;  car  il  ne  s  agissait  pas  seulement   de  la  Liturgie, 
du  bréviaire,  mais  encore  du  missel;  or  il  était  urgent  de  poppo^iti^on  de 
terminer  enfin  le  concile.  Pour  éviter  de  nouveaux  retards       ^r^rékts^* 
les  légats  proposèrent  de  renvoyer  le  soin  de  la  réforme 
liturgique  au  Pontife  romain  ;  ce  qui  fut  approuvé  dans  la 
vingt-cinquième  session  (i).  Il  y  eut  bien  quelques  prélats 

(i)  Conc.  Trid.  Sess.  XXV.  Decretum  de  Indice  librorum  et  Catechismo, 
Breviario  et  Missali. 


414  REFORME   CATHOLIQUE   DE   LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS     qui  maiiifestèrent  de   Topposition.    Uévêque  de  Lérida, 

LITURGIQUES  1  i- 

entre  autres,  prononça   un   long    discours  pour  prouver 

qu'on  avait  bien  plus  de  ressources  dans  le  concile  pour 
traiter  un  si  important  objet  qu'on ,  n'en  pourrait  avoir  à 
Rome,  où  l'on  n'avait  point  une  connaissance  aussi  exacte 
des  usages  des  différents  pays.  Cette  prétention  ne  fut  pas 
écoutée  et  ne  devait  pas  l'être,  pour  peu  que  l'on  voulût 
arriver  à  une  conclusion  quelconque.  En  effet  il  ne  s'agis- 
sait pas  de  donner  une  nouvelle  Liturgie,  mais  simplement 
d'épurer,  de  ramener  à  la  forme  antique  celle  de  l'Église 
d'Occident.  Or  cette  Liturgie  était  celle  de  Rome  ;  ses 
sources  étaient  à  Rome  ;  cette  capitale  de  l'Eglise  catho- 
lique était  donc  le  seul  endroit  où  la  correction  liturgique 
En  remettant    pût   s'accomplir.   Si  le  concile  de  Trente,  pour  rétablir 

au  Pontife       ^        ^    ^  ^  ^  ^    ^ 

romain        l'unité,  eût  voulu  faire  un  ensemble  de  tous  les  usages 

la  réforme        ,  it  tv  /-\      >  -ia/' 

liturgique,  le    epars  dans  les  divers  diocèses  de  l'Occident,  il  n  eut  réussi 
proclame  une   qu'à  produire  un  ensemble  monstrueux  et  incohérent  qui 

fois   de   plus   la     ,    ^^       '^   i  r     i?       v  5         r     •  ^    ^       i    •   •      ^      ^        1 

nécessite  pour  ^  eut  rétabli   1  unitc  qu  en  froissant  a  plaisir  toutes  les 
^^d'Occidim^    prétentions  locales,  allumant  ainsi   une  guerre  entre  les 
de  suivre  la     églises  dont  les  usages  eussent  été  préférés,  et  celles  qui 
de  Rome.      auraient  cru  voir  leurs  coutumes  tombées  dans  le  mépris. 
Pie  IV  mande       Le  concile,  en  remettant  au  Pontife  romain  la  réforme 
la  commission  du  bréviaire  et  du  missel,  ne  fit  donc  autre  chose  que  de 
du^co^iîci^e.     proclamer  une  fois  de  plus  la  nécessité  pour  toute  l'Eglise 
d'Occident,  de  suivre  la  Liturgie  de  l'Église  mère  et  maî- 
tresse. On  rapporta  à  Rome  les  manuscrits  de  Paul  IV, 
et  toutes  les  pièces  du  travail  qu'avaient  exécuté,  dans  la 
même  ligne,  les  commissaires  du  concile.  Pie  IV  manda 
en  même  temps  auprès  de  lui  ces  derniers,  et  leur  adjoi- 
Saint  Pie  V     gnit  plusieurs  doctes  personnages  de  Rome;  mais  ce  Pape 

augmente  ,    ,         ,  ,  •         -n»-      tr 

le  nombre  des   ayant  ete  prevenu  par  la  mort,   saint  Pie  V,  son  succès- 
commissaires  .  •  1  •  •  1 
et  presse       seur,  prit  en  main  ce  grand  œuvre  et  ajouta  aussi  de  nou- 

feur^travaii.^  veaux  commissaires  pour  en  hâter  la  consommation  (i)* 

(i)  Benedict.  XI V.  Ibidem. 


BRÉVIAIRE    ROMxVIN    DE    SAINT    PIE   V  4l5 

Nous  n'avons  pu  découvrir  jusqu'ici,  malgré  toutes   nos        i  partie 

.  CHAPITRE   XV 

recherches,  les  noms  de  tous  les  membres  de  cette  impor- 

tante  commission.  Merati  se  borne  à  nous  faire  connaître       Noms  de 
le  cardinal  Bernardin  Scotti,  et  Thomas  Golduelli,  évêque    ^^^  ï^s^'^^^^ 
d'Asaf,  tous  deux  de  Tordre  des  théatins,  auquel  appar-   commissaires. 
tient  la  plus  grande  part  de   l'honneur    de  la  correction 
liturgique    du     xvi^     siècle   (i).     Zaccaria    pense,    avec 
Lagomarsini,  qu'il  faut  attribuer  aussi  une  action  impor- 
tante sur  cette  oeuvre  au  cardinal  Guillaume  Sirlet  et  au 
docte  Jules  Poggio  (2). 

Nous  exposerons  ici,  en  peu  de  mots,  les  principes  qui    Principes  qui 
présidèrent  à  la  correction  du  bréviaire    de  saint  Pie  V.  ^^^correSon 
D'abord,  l'idée  fondamentale  de  Paul  IV  et  de  ses  con-  de'^sai^'t^'^Pie  v. 
frères  les  théatins,  idée  adoptée  par  le  concile  de  Trente 
et  par  Pie  IV,  mais  diamétralement  opposée  à  celle  de 
Oui^nonez,   était  qu'il  n'y  avait   d'autre   réforme  de  la     Rapprocher 

,  ,  .  la  Liturgie 

Liturgie  à  accomplir,   que  de  la  rapprocher  des  sources     des  sources 

.  .  ,        ,.      .         .  ,  ^  ,    .    ,  antiques 

antiques,  en  rejetant  la  distinction   d'un    office   récite  en     et  rejeter  la 

,.  ,,  pr  1  1-         Ti    r   11    •        1  1  distinction  d'un 

particulier  et  d  un  omce  public.  11  lallait  donc  consulter    office  public 
les  plus  anciens  manuscrits  et  rétablir  Tordre  et  la  dis-    ^partkuHer! 
position  qu'ils  offraient,  tant  dans  le  psautier  que  dans 
le  partage  des  livres  de  TEcriture^  dans  les   répons,  les 
antiennes  et  les  hymnes.  Par  ce  moyen,  l'Église  demeu- 
rait semblable  à  elle-même. 

Quant  aux  fêtes  des  nouveaux   saints,   les  correcteurs       sobriété 
jugèrent  devoir  se  montrer  très-sobres  à  les  admettre,  non  padmissUm  des 
par  un  amour  systématique  de  V Office  féi^ial^  mais  pour      nouveaux 
ne  pas  usurper  la  place  des  âges  suivants.  Ils  conservèrent 
donc  un  certain  nombre  d'offices  en  Thonneur  des  saints 
admis  au  calendrier  depuis  saint  Grégoire  ;  mais  on  eut 
soin  que  ces  offices,   ordinairement  réduits  aux  leçons  du 
second  nocturne,  n'eussent  plus  ni  hymnes,  ni  antiennes 


(1)  Merati,  tom.  III,  édit.  Venet.,  pag.  i5. 

(2)  Zaccaria,  Bibliotheca  Ritualis,  tom.  I,  pag.  116, 


saints. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Le  canon  de 

saint 

Grégoire  VII 

sur  le  partage 

,   des  saintes 

Ecritures  remis 

en  vigueur  et 

les  leçons 

choisies 

de  manière  à 

donner    l'aspect 

complet  des 

livres  sacrés. 


Discernement 

dans  le  choix 

des  homélies  et 

autres 

passages  des 

saints  Pères. 


Révision  de  la 

teneur 

et  du  style  des 

légendes 

des  saints. 


416  BRÉVIAIRE    ROMAIN    DE    SAINT    PIE  V 

propres ,  pour  prévenir  un  encombrement  qu'un  zèle 
mal  réglé  n'eût  pas  manqué  de  produire  dans  un  temps 
plus  ou  moins  long.  Les  Propices  des  diverses  Églises 
devaient  suppléer  à  ce  que  le  bréviaire  général  ne  renfer- 
merait pas. 

Le  nombre  des  fêtes  des  saints  se  trouvant  réduit  de 
beaucoup,  les  correcteurs  se  virent  en  mesure  d'assigner  à 
l'office  férial  deux  cents  jours  environ  sur  l'année,  et  par 
là  tomba  le  reproche  que  faisait  Quignonez  au  bréviaire 
de  son  temps,  de  priver  les  clercs  de  la  récitation  hebdo- 
madaire du  psautier. 

On  remit  en  vigueur  le  canon  de  S.  Grégoire  Vïl,  sur  le 
partage  des  saintes  Ecritures  dans  les  leçons  de  Matines. 
Il  n'y  eut  que  les  Paralipomènes,  Esdras  et  Baruch,  pour 
lesquels  il  ne  se  trouva  pas  de  place  :  mais  le  choix  des 
passages  fut  fait  avec  tant  de  goût  et  de  précision,  que  l'on 
peut  dire  que  leur  ensemble  donne  un  aspect  aussi  com- 
plet  des  saintes  Ecritures  que  celui  même  que  peut  four- 
nir le  bréviaire  de  Quignonez,  dans  la  préface  duquel  on 
promet,  il  est  vrai,  la  lecture  annuelle  de  la  Bible  :  pro- 
messe qui  n'est  cependant  pas  remplie. 

Les  homélies  et  autres  passages  des  saints  Pères  sont 
choisis,  pour  l'ordinaire,  avec  un  discernement  supé- 
rieur. S'il  en  est  quelques-uns  empruntés  à  des  livres 
que  la  critique  moderne  a  reconnus  apocryphes,  il  faut 
se  rappeler  que  cette  science  ne  faisait  alors  que  de  naître,  J 
et  que  les  grandes  et  correctes  éditions  dont  nous  jouis- 
sons aujourd'hui  n'existaient  pas.  Un  homme  impar- 
tial n'oserait  reprocher  à  Baronius  et  à  Bellarmin  les 
taches  de  ce  genre  qu'on  remarque  dans  leurs  immortels 
écrits. 

Les  légendes  des  saints  se  montrent  purgées  de  tous  lesj 
faits  apocryphes  qu'on  y  voyait  avec  peine  ;  et  si,  aujour- 
d'hui, de  sévères  censeurs  ont  encore  des  reproches  à  faire 
au  bréviaire  romain,  sous  le  rapport  de  la  critique  histo-l 


BRÉVIAIRE    ROMAIN   DE   SAINT   PIE   V  417 

;rique,  nous  les  renvoyons  à  Benoît  XIV,  qui  a  traité  la  i  partie 
matière  (i),  en  attendant  que  la  marche  suivie  dans  cet  '^"^^^^^"'^^  ■ 
ouvrage  nous  amène  à  discuter  la  valeur  de  cette  censure. 
Quant  au  style  de  ces  légendes,  on  doit  reconnaître  que  s'il 
offre  des  variations,  parce  qu'on  jugea  à  propos  d'en  rete- 
nir quelques-unes  d'anciennes,  le  plus  grand  nombre  est 
d'une  rédaction  à  la  fois  élégante  et  conforme  au  style 
liturgique.  Nous  citerons  surtout,  dans  cette  dernière 
classe,  celles  des  saints  docteurs  qui  appartiennent  d'ordi- 
naire à  Sirlet  et  à  Poggio. 

Pour   ce  qui  regarde  les  rubriques  du  bréviaire,  on   Les  rubriques 
put   y  faire  quelques   corrections  ;  mais   elles    restèrent  à  p'^u  ~ans 
en  somme  ce  qu'elles   étaient.    Nous    avons    exposé  au    "^^^^^^^^^o^- 
chapitre    xiii    les  principes  de  l'Église  sur  cette  matière, 
et  fait  voir  combien  ils  diffèrent  des  maximes  de  Qui- 
gnonez. 

Tel  était  le  bréviaire  réformé,  conforme  du  reste,  pour  Rien  de  plus 
les  répons,  les  antiennes  et  autres  formules  dont  nous  ài?andq?i!é 
n'avons  pas  parlé  en  détail,  aux  anciens  livres  grégoriens   ^^^  le  bréviaire 

...  rn*.,  ofc>  ^^?         réforme, 

etprincipalement  a  1  Antiphonaire  ou  Responsorial  publié  ^^  ^^^^  i^ême 
par  le  B.  Tommasi.  On  ne  pouvait  donc  rien  voir  de  plus  Grancoias. 
pur,  de  plus  conforme  à  l'antiquité;  c'est  ce  qui  fait  dire  au 
docteur  Grancolas,  malgré  ses  préjugés  :  «  Si,  auix^  siècle, 
le  bréviaire  romain  mérita  tant  d'applaudissements, 
et  d'être  préféré  à  tous  ceux  des  autres  églises,  il  parut 
avec  plus  de  lustre,  après  que  le  pape  Pie  Y  l'eut  fait 
revoir  ;  aussi,  peut-on  dire  que,depuis  ce  temps-là,  toutes 
les  églises  particulières  l'ont  tellement  adopté,  que 
celles  qui  ne  l'ont  pas  pris  sous  le  nom  de  Bréviaire 
romain,  l'ont  presque  tout  inséré  dans  le  leur,  en  l'ac- 
commodant à  leur  rite  (2).  »  Il  est  vrai  que,  sous  ce 
dernier  rapport,  les  choses  ont  quelque  peu  changé  en 

(i)  De  Canoni^atione  SS,,  lib.  IV,  part.  II,  cap.  xiii. 

(2)  Commentaire  historique  sur  le  Bréviaire  romain.,  tom.   I,  p.  u» 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Saint  Pie  V 

publie  la  bulle 

Quod  a  nobis 

pour  la 
promulgation 
du  bréviaire. 


Raisons  qui 

rendaient 

là  réforme  du 

bréviaire 

nécessaire. 


418  BRÉVIAIRE    ROMAIN    DE   SAINT    PIE   V 

France,  depuis  1727,  époque  à  laquelle  Grancolas  écrivait 

son  livre. 

Quand  tout  fut  terminé,  saint  Pie  V  donna  la  Bulle  pour 

lapromulgationdu  bréviaire.  Elle  commence  par  ces  mots  : 

Quod  a  nobis.  En  voici  la  traduction. 

«  Pie,  évêque,  serviteur  des  serviteurs  de  Dieu  : 
«  Obligé  par  Tofïice  de  Notre  charge  pastorale  à  mettre 
tous  Nos  soins  à  procurer,  autant  que  Nousle  pourrons, 
par  le  secours  de  Dieu,  l'exécution  des  décrets  du  concile 
de  Trente,  Nous  Nous  y  sentons  d'autant  plus  tenus  dans 
les  choses  qui  intéressent  directement  la  gloire  de  Dieu 
et  les  obligations  spéciales  des  personnes  ecclésiastiques. 
Nous  plaçons  au  premier  rang,  parmi  ces  choses,  les 
prières  sacrées,  louanges  et  actions  de  grâces  qui  sont 
comprises  au  bréviaire  romain.  Cette  forme  de  l'office 
divin,  établie  autrefois  avec^piété  et  sagesse  par  les  sou- 
verains Pontifes  Gélase  I  et  Grégoire  I^  réformée  ensuite 
par  Grégoire  VII ,  s'étant,  par  le  laps  du  temps,  écar- 
tée de  Fancienne  institution,  il  est  devenu  nécessaire  de 
la  rendre  de  nouveau  conforme  à  Tantique  règle  de  la 
prière.  Les  uns,  en  effet,  ont  déformé  Tensemble  si 
harmonieux  de  l'ancien  bréviaire,  le  mutilant  en  beau- 
coup d'endroits,  et  l'altérant  par  Taddition  de  beaucoup 
de  choses  incertaines  et  nouvelles.  Les  autres,  en  grand 
nombre^  attirés  par  la  commodité  plus  grande,  ont 
adopté  avec  empressement  le  bréviaire  nouveau  et 
abrégé  qui  a  été  composé  par  François  Quignonez, 
cardinal-prêtre  du  titre  de  Sainte-Croix  en  Jérusalem* 
En  outre,  cette  détestable  coutume  s'était  glissée  dans 
les  provinces,  savoir,  que  dans  les  églises  qui,  dès  l'ori- 
gine, avaient  l'usage  de  dire  et  psalmodier  les  Heures 
canoniales,  suivant  l'ancienne  coutume  romaine,  aussi 
bien  que  les  autres,  chaque  évêque  se  faisait  un  bré- 
viaire particulier ,  déchirant  ainsi ,  au  moyen  de  ces 
nouveaux  offices  dissemblables  entre  eux  et  propres, 


BREVIAIRE    ROMAIN    DE    SAINT    PIE    V  419 

«  pour  ainsi  dire,  à  chaque  évêché,  cette  communion  qui        ^  partie 

CHAPITRE  XV 

«  consiste  à  offrir   au   même    Dieu    des   prières    et  des 

«  louanges  en  une  seule  et  même  forme.  De  là,  dans  un 
«  si  grand  nombre  de  lieux,  le  bouleversement  du  culte 
«  divin  ;  de  là,  dans  le  clergé,  l'ignorance  des  cérémonies 
«  et  des  rites  ecclésiastiques,  en  sorte  que  d'innombra- 
«  blés  ministres  des  églises  s'acquittaient  de  leurs  fonc- 
«  tions  avec  indécence,  et  au  grand  scandale  des  gens 
«  pieux. 

«  Paul  IV,  d'heureuse  mémoire,  voyant  avec  une  très-     La  révision 

j  .  •'    '    j  1  rc  j-    •  -^      du  bréviaire 

«  grande  peme  cette  variété  dans  les  omces  divms,  avait  commencée  par 
«  résolu  d'y  remédier,  et  pour  cela,  après  avoir  pris  des  et  confiée  ensuite 
«  mesures  pour  qu'on  ne  permît  plus  à  l'avenir    l'usage    ^Trente ^a^été^ 
«  du  nouveau  bréviaire,  il  entreprit  de  ramener  la  forme    ^f,^^°^îl,Ç,^L 

■*-  cette  assemoiee 

«  des  Heures  canoniales  à  l'ancienne  forme  et  institution.    ^^  souverain 

pontife. 

«  Mais  étant  sorti  de  cette  vie  sans  avoir  encore  achevé  ce 
«  qu^il  avait  excellemment  commencé,  et  le  concile  de 
«  Trente,  plusieurs  fois  interrompu,  ayant  été  repris  par 
«  Pie  IV,  de  pieuse  mémoire,  les  Pères,  réunis  en  assem- 
«  blée  pour  une  salutaire  réforme,  pensèrent  'que  le  bré- 
«  viaire  devait  être  restitué  d'après  le  plan  du  même 
«  Paul  IV.  C'est  pourquoi  tout  ce  qui  avait  été  recueilli 
«  et  élaboré  par  ce  Pontife  dans  cette  intention,  fut  envoyé 
«  par  le  susdit  pape  Pie  aux  Pères  du  concile  réunis  à 
«  Trente.  Le  concile  ayant  donné  à  plusieurs  hommes 
«  doctes  et  pieux  la  charge  de  la  révision  du  bréviaire  en 
«  sus  de  leurs  autres  occupations,  et  la  conclusion  dudit 
«  concile  étant  proche,  l'assemblée,  par  un  décret,  remit 
«  Paffaire  à  terminer  à  l'autorité  et  au  jugement  du  Pon- 
«  tife  romain  qui,  ayant  fait  venir  à  Rome  ceux  des 
«  Pères  qui  avaient  été  désignés  pour  cette  charge,  et 
«  leur   ayant  adjoint  plusieurs  personnes   idoines  de  la 

même  ville,  entreprit  de  consommer  définitivement  cette 
«  œuvre. 

<(   Mais  ce  Pape  étant  lui-même  entré  dans  la  voie  de 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 

Saint  Pie  V 

a  surveillé 

lui-même 

rexécution  de 

cette   grande 

entreprise. 


Abolition  du 

bréviaire 

de  Quignonez 

et  de  tous  les 

autres  bréviaires 

qui  n'ont  pas 

une  possession 

légitime  de 
deux  cents  ans. 


420  BREVIAIRE   ROMAIN   DE   SAINT   PIE   V 

«  toute  chair,  et  Nous,  par  la  disposition  de  la  clémence 
■  «  divine,  ayant  été  élevé,   quoique  indigne,  au  sommet 
«  de  TApostolat,  Nous  avons  poussé  avec  un  très-grand 
«  zèle  l'achèvement  de  cette  œuvre  sacrée,  appelant  même 
«  le  secours   d'autres  personnes  habiles,   et   Nous  avons 
«  aujourd'hui  le  bonheur,  par  la   grande  miséricorde  de 
«  Dieu  (car  Nous  le  comprenons  ainsi),  de  voir  enfin  ter- 
ce  miner  ce    bréviaire    romain.    Nous   étant   fait  rendre 
«  compte  plusieurs  fois  de  la  méthode  suivie  par  ceux  que 
«  nous  avions  préposés  à  cette  affaire;  ayant  vu  que,  dans 
c(  l'accomplissement  de  leur  œuvre,  ils  ne  s'étaient  point 
«  écartés  des  anciens  bréviaires  des  plus  illustres  églises 
«  de    Rome    et   de  Notre   bibliothèque  Vaticane;   qu'ils 
«  avaient,  en  outre,  suivi  les  auteurs  les  plus  graves  en 
«  cette  matière  ;  et  que,  tout   en  retranchant  les  choses 
«  étrangères  et  incertaines,  ils  n'avaient  rien  omis  de  ce 
«  qui  fait  l'ensemble  propre  de  l'ancien  office  divin;  Nous 
«  avons  approuvé  leur  œuvre  et  donné  ordre  qu'on  l'im- 
«  primât  à  Rome,  et  qu'elle  fût  divulguée  en  tous  lieux. 
«  Afin  donc  que  cette  mesure  obtienne  son  effet,  par  Tau- 
«  torité  des  présentes.  Nous  ôtons  tout  d'abord  et  abolis- 
c(  sons  le  nouveau  bréviaire  composé  par  ledit  cardinal 
«  François,  en  quelque  église,  monastère,  couvent,  ordre, 
c.  milice  et  lieu,  soit  d'hommes,  soit  de  femmes,  même 
«  exempt,  qu'il  ait  été  permis  par  le  Siège  apostolique, 
«  même  dès  la  première  institution  ou  autrement. 

«  Et  aussi,  Nous  abolissons  tous  autres  bréviaires,  ou 
«  plus  anciens  que  le  susdit,  ou  munis  de  quelque  privi-i 
«  lége  que  ce  soit,  ou  promulgués  par  les  évêques  dansj 
«  leurs  diocèses,  et  en  interdisons  l'usage  dans  toutes  les; 
«  églises  du  monde,  monastères,  couvents,  milices,  ordres 
c(  et  lieux,  tant  d'hommes  que  de  femmes,  même  exempts,] 
«  dans  lesquels,  de  coutume  ou  d'obligation,  l'office  divin 
«  se  célèbre  suivant  le  rite  de  FEglise  romaine;  exceptant 
c(  cependant  les  Églises  qui,  en  vertu  d'une  première  ins- 


BREVIAIRE   ROMAIN   DE   SAINT   PIE   V  421 

«  titution,  approuvée  par  le  Siège  apostolique,  ou  de  la     chap^tre^xv 

«  coutume,  antérieures, l'une  et  l'autre,  à  deux  cents  ans,  ""^ 

«  sont  dans  l'usage  évident  d'un  bréviaire  certain.  A  celles-        Toutes 

•  •  •  les  éslises 

«  ci  nous  n'entendons  pas  enlever  le  droit  ancien  de  dire  autorisées  sans 

c(  et  psalmodier  leur  office,  mais  nous  leur  permettons,  à  se'sTrvir^clu 

«  s'il  leur  plaît  davantage,  de  dire  et  de  psalmodier  au      bréviah-e 

«  chœur  le  bréviaire  que  nous  promulguons,  pourvu  que     ^^pé7ê^uT^ 

«  l'évêque  et  tout  le  chapitre  y  consentent.  ^^  ^^  chapitre 

■^  .  y  consentent. 

«  Nous  révoquons  entièrement  toutes  et  chacune  per-  ^,       .     ^ 

^  ^  Revocation  des 

«  missions   apostoliques  et   autres,   coutumes  ,    statuts,    permissions, 

coutumes  et 

«  même  munis  de  serment,  confirmation  apostolique  ou        statuts 
.    ., ,  ,.  -Il         1  .  contraires, 

«  toute  autre  ;  privilèges,  licences  et  induits  de  prier  et 
c(  psalmodier,  tant  au  chœur  que  dehors,  suivant  l'usage 
«  et  rites  des  bréviaires  ainsi  supprimés,  accordés  aux 
«  susdites  églises,  monastères,  couvents,  milices,  ordres 
«  et  lieux,  ou  aux  cardinaux  de  ^a  sainte  Eglise  romaine, 
«  patriarches,  archevêques,  évêques,  abbés  et  autres  pré- 
ce  lats  des  églises  ;  enfin  à  toutes  autres  et  chacune  per- 
ce sonnes  ecclésiastiques,  séculières  et  régulières,  de  l'un 
ce  et  l'autre  sexe,  pour  quelque  cause  que  ce  soit;  même 
ce  approuvés  et  renouvelés,  en  toutes  formules  qu'ils  soient 
ce  conçus  et  de  quelques  décrets  et  clauses  qu'ils  soient 
ce  corroborés  ;  et  voulons  qu'à  l'avenir  toutes  ces  choses 
ce  aient  perdu  leur  force  et  effet. 

ce  Ayant  ainsi  interdit  à  quiconque  l'usage  de  tout  autre,       La  forme 
ce  nous  ordonnons  que  Notre  bréviaire  et  forme  de  prier  contenue  dans 

le   bréviaire 

a  et  psalmodier  soit  gardé  dans  toutes  les  églises  du  monde        romain, 

prescrite  en 

ce  entier,  monastères,  ordres  et  lieux,  même  exempts,  dans   tout  lieu,  tant 

ce  lesquels  l'office  doit,  ou  a  coutume  d'être  dit,  suivant   Xhors^'so^us^ 

ce  l'usage  et  rite  de  ladite  Église  romaine,  sauf  la  susdite  étaWieFp^r^  les 

ce  institution  ou  coutume  dépassant  deux  cents  ans  :  sta-  ^^^^  canoniques, 

ce  tuant  que  ce  bréviaire,  dans  aucun  temps,  ne  pourra 

ce  être  changé  en  tout  ou  en  partie,  qu'on  n'y  pourra  ajou- 

cc  ter,  ni  en  enlever  quoi  que  ce  soit,  et  que  tous  ceux  qui 

«  sont  tenus   par  droit  ou  par  coutume  à  réciter  ou  psal- 


m 


422  BREVIAIRE   ROMAIN   DE   SAINT   PIE   V 

INSTITUTIONS    «  modier  les  Heures  canoniales,  suivant  l'usage  et  rite  de 

LITURGIQUES  ,         _  ^  ^  ^  ^ 

«  l'Église  romaine  (les  lois  canoniques  ayant  statué  des 
«  peines  contre  ceux  qui  ne  disent  pas  chaque  jour  Poffice 
«  divin),  sont  expressément  obligés  désormais,  à  perpé- 
«  tuité,  de  réciter  et  psalmodier  les  Heures,  tant  du  jour 
«  que  de  la  nuit,  conformément  à  la  prescription  et  forme 
«  de  ce  bréviaire  romain,  et  qu'aucun  de  ceux  auxquels 
ce  ce  devoir  est  formellement  imposé,  ne  peut  satisfaire  que 
«  sous  cette  seule  forme. 

«  Nous  ordonnons  donc  à  tous  et  à  chacun  des  patriarches, 

c(  archevêques  ,    évêques  ,    abbés   et   autres   prélats    des 

«  Églises,    d'introduire  ce  bréviaire  chacun    d^ns  leurs 

•        «  églises,  monastères,  couvents,  ordres,  milices,  diocèses 

a  et  lieux  susdits,  [faisant  disparaître  les  autres  bréviaires^ 

«  même  établis  de  leur  autorité  privée,  que  nous  venons 

a  de  supprimer  et  abo.lir;  et  il  est  enjoint,  tant  à  eux 

«  qu'aux  autres  prêtres,  clercs,  séculiers  et  réguliers,  de 

«  l'un  et  l'autre  sexe,  fussent-ils  d'ordres  militaires  ou 

«  exempts,  auxquels  est  imposée  l'obligation  de  dire  ou 

c(  psalmodier  l'office,  d'avoir  soin  de  le   dire  ou  psalmo- 

«  dier,  tant  au  chœur  que  dehors,^suivant  la  forme  de  ce 

«  bréviaire  (i).  » 

Saint  Pie  V        Le  saint  Pontife  déclare  ensuite  éteindre  l'obligation  de 

Pobifgatîon  de  réciter  à  certains  jours  l'office    de  la  sainte  Vierge  et  des 

^deTa'saift?   Morts,  les  Psaumes  de    la    pénitence    et    les     Psaumes 

^^^jvP^  r  ^^^   graduels,   afin    de  donner  plus  de  zèle  au  clergé  pour  la 

les  Psaumes  de  récitation  du  bréviaire  réformé,  et  publie  des  indulgences 

la  pénitence  .        ,  .  ,        .  ^ 

et  graduels,     pour  ceux  qui,  désormais,  auront  la  dévotion  de  continuer 

et  accorde  des  .  15    1  i«        •         1  r 

indulgences     ces  pratiques.  11  annonce  que  1  obligation  de  se  conformer 

à  ceux  qui  les  ,,..  ,^  ,v  j^\.  «jj 

diront        au  breviaire  reforme  pèsera   de  tout  son  poids  dans  un 
par    evotion.   j^^jg^  g^j,  ^^^g  ^^^^^  q^j  g^j^^  présents  à  la  cour  de  Rome  ; 

pour ^^'adoptfon  dans  trois  mois  sur  ceux  qui,  sans  être  à  Rome,  habitent 
brévi^Ire.^     en-deçà  des  monts;  dans  six  mois,  pour  ceux  qui  sont   au 

(i)  Fîif.  la  Note  A. 


MISSEL    ROMAIN   DE   SAINT    PIE   V  423 

delà,  aussitôt  du  moins  qu'ils  auront  la  facilité  de  s'en 
procurer  un  exemplaire.  Enfin,  pour  maintenir  ce  bré- 
viaire dans  toute  sa  pureté,  il  est  dit  qu'on  ne  pourra 
l'imprimer  dans  aucun  lieu  sans  la  permission  du  Siège 
apostolique,  ou  d'un  commissaire  par  icelui  délégué.  Le 
reste  de  la  bulle  est  rempli  par  les  clauses  ordinaires  de  la 
Chancellerie,  et  se  termine  par  ces  paroles  :  «  Donné  à 
«  Rome,  à  Saint- Pierre,  l'an  de  l'Incarnation  du  Seigneur 
«  i568,  le  7  des  ides  de  juillet,  la  troisième  année  de 
«  notre  Pontificat.  » 

Tel  fut  le  premier  acte  de  la  réforme  liturgique  à  Rome; 
nous  aurons  bientôt  à  raconter  l'application  des  mesures 
de  saint  Pie  V,  dans  les  diverses  églises  de  l'Occident.  On 
a  sans  doute  observé  les  clauses  de  la  bulle.  Elle  porte 
l'abolition  générale  du  bréviaire  de  Quignonez  ;  elle  éta- 
blit en  tous  lieux  la  forme  d'ofiice  contenue  au  Bréviaire 
romain,  sans  y  astreindre  cependant  les  églises  qui  sont 
depuis  deux  cents  ans  en  possession  d'un  bréviaire  parti- 
culier, leur  laissant  toutefois  la  faculté  de  passer  au  nou- 
veau bréviaire  moyennant  certaines  formalités.  Rome  ne 
pouvait  pas  appliquer  au  grand  mal  de  l'anarchie  litur- 
gique un  remède  à  la  fois  plus  efficace  et  plus  discret. 
Nous  allons  montrer  comment  toutes  les  églises  de  l'Oc- 
cident le  comprirent  et  se  firent  un  devoir  d'entrer  dans 
les  vues  du  Pontife  romain  et  du  concile  de  Trente. 

Il  restait  encore  à  publier  une  portion  non  moins  im- 
portante de  la  Liturgie  réformée  ;  le  bréviaire  ne  pouvait 
être  utile  sans  un  missel  pareillement  corrigé  qui  lui  fût 
conforme.  La  Commission  romaine  y  avait  simultané- 
ment donné  ses  soins,  et  deux  ans  après  la  publication 
du  bréviaire,  en  lôyo,  saint  Pie  V  fut  en  mesure  de  pro- 
mulguer le  nouveau  missel.  Il  était  accompagné  de  la 
Constitution  suivante  qui  commence  par  ces  mots  :  Quo 
primum  tempore, 

«  Pie,  évêque,  serviteur  des  serviteurs  de  Dieu  : 


I  PARTIE 
CHAPITRE  XV 


Discrétion 

et  efficacité  de 
cette  réforme 
du  bréviaire. 


Promulgation 

du  missel 

par  la  bulle 

Quo  primum 

tempore  tn  iSyo. 


INSTITUTIONS 

LITURGIQUES 


Après  avoir 

corrigé 

le  bréviaire, 

selon  le  vœu  du 

concile 

de  Trente,  _ 

le  Pape  devait 

s'appliquer  à  la 

correction 

du  missel,  afin 

qu'il  n'y  eût 

plus  qu'un  seul 

rite  pour  la 

célébration  de 

la  messe 
comme  un  seul 

mode 
de  psalmodie. 


Méthode  selon 
laquelle 

ce  travail  a  été 
exécuté. 


424  MISSEL   ROMAIN   DE   SAINT    PIE   V 

«  Du  moment  que  Nous  avons  été  élevé  au  sommet  de 
«  TApostolat,  Nous  avons  appliqué  de  grand  cœur  toutes 
Nos  forces  et  dirigé  toutes  Nos  pensées  aux  choses  qui 
concernent  la  pureté  du  culte  ecclésiastique,  travaillant 
avec  toute  notre  application  à  préparer  et  obtenir  ce 
but.  Comme,  entre  les  autres  décrets  du  saint  concile  de 
Trente^  il  en  est  un  qui  Nous  donne  le  soin  de  statuer 
sur  la  publication  et  correction  des  saintes  Écritures, 
du  catéchisme,  du  missel  et  du  bréviaire;  ayant  déjà, 
avec  le  secours  de  Dieu,  fait  paraître  le  catéchisme  pour 
l'instruction  du  peuple  et  corrigé  le  bréviaire ,  qui  con- 
tient la  manière  de  rendre  à  Dieu  les  louanges  qui  lui 
sont  dues  ;  comme  il  était  indispensable  que  le  missel 
répondît  au  bréviaire  (puisqu'il  convenait  et  semblait 
même  tout  à  fait  nécessaire  que,  dans  l'Eglise  de  Dieu, 
il  n'y  eût  plus  qu'un  seul  mode  de  psalmodie  et  un  seul 
rite  pour  la  célébration  de  la  messe),  il  Nous  restait  à 
Nous  occuper,  au  plus  tôt,  de  la  publication  du  missel 
qui  manquait  encore. 

«  Ayant,  à  cet  effet,  choisi  plusieurs  hommes  doctes, 
nous  leur  avons  confié  ce  travail;  et  ceux-ci,  ayant  con- 
féré avec  grand  soin  tous  les  plus  anciens  manuscrits 
de  notre  bibliothèque  Vaticane,  et  d'autres  encore  appor- 
tés d'ailleurs,  les  plus  purs  et  les  mieux  corrigés;  ayant 
aussi  consulté  les  ouvrages  des  auteurs  anciens  et 
approuvés,  qui  ont  laissé  des  écrits  contenant  la 
science  des  rites  sacrés,  ils  ont  restitué  le  missel  lui- 
même,  suivant  Tantique  règle  et  rite  des  saints  Pères. 
Ce  missel  ayant  donc  été  reconnu  et  corrigé  avec  un 
grand  soin,  afin  de  mettre  tout  le  monde  à  même  de 
recueillir  les  fruits  de  ce  travail.  Nous  avons  donné 
ordre  qu'on  l'imprimât  et  qu'on  le  publiât  au  plus  tôt, 
à  Rome,  pour  que  les  prêtres  connussent  quelles  prières, 
quels  rites  et  quelles  cérémonies  ils  doivent  désormais 
retenir  dans  la  célébration  des  messes.   Afin  donc  que 


MISSEL    ROMAIN   DE    SAINT   PIE   V  425 

;«  tous  embrassent  et  observent  en  tous  lieux  les  traditions       i  partie 

^  CHAPITRE  XV 

«  de  la  sainte   Eglise   romaine,    mère  et   maîtresse  des ~" 

«  ajLitres  Eglises,  Nous  défendons,  pour  Pavenir,  et  à  per-    ^   Ordre  de 

,      .    ,  1,  1  ,   .       .  célébrer  la  messe 

«  petuite,  que  Ion  chante  ou  récite  la  messe  autrement  que      suivant  la 
'■  «  suivant  la  forme  du  missel  par  Nous  publié,  dans  toutes     m[^ei  dlns 
^'  a  les  édises  ou  chapelles  du  monde  chrétien,   patriarcales,      }^^^^^  les 

s-  ^  ^  ^      ^  .  églises    qui 

p((  cathédrales,  collégiales,  paroissiales,  tant  séculières  que  ^'^^\  p^s  gardé 

^  '  c>  '  L  ^  X        depuis  au  moins 

■   «  régulières,  de  quelque  ordre  que  ce  soit,  tant  d'hommes   deux  cents  ans 

j    r  ^  j         .,.,,..         ^  ,  un  usage 

;  «  que  deiemmes,  même  de  milice  régulière  et  sans  charge  particulier  dans 

1  fi    r*f*  I  f* h  T'A  t*  1  o  n 

[,  «  d'âmes,  dans  lesquelles  la  messe  conventuelle  doit  être     des  messes 
«  suivant  le  droit  ou  la   coutume  célébrée  à  voix  haute  ou  ^^  première"^ 
«  basse,  au  chœur,  diaprés  le  rite  de  PEfflise  romaine  ;   J^^stitution  ou 

T  T         r  t>  ')  d'une  possession 

«  quand  bien  même  lesdites  églises,  même  exemptes,  se-  légitime. 
«  raient  munies  d'induit  apostolique,  coutumes,  privi- 
a  léges,  ou  toutes  facultés,  confirmés  par  serment  ou  sanc- 
«  tion  apostolique;  à  moins  qu'en  vertu  d^une  première 
«  institution  ou  d'une  coutume,  antérieures,  l'une  et  l'autre 
«  à  deux  cents  ans,  on  ait  gardé  assidûment  dans  les 
c(  mêmes  églises  un  usage  particulier  dans  la  célébration 
((  des  messes  ;  en  sorte  que,  de  même  que  nous  n^enten- 
«  dons  pas  leur  enlever  le  droit  ou  la  coutume  de  célébrer 
«  ainsi,  de  même  nous  permettons  que,  s'il  leur  plaît 
«  davantage,  ils  puissent^  du  consentement  toutefois  de 
«  révêque  ou  prélat  et  du  chapitre  entier,  célébrer  les 
«  messes  selon  le  missel  que  nous  publions  par  les  pré- 
ce  sentes  :  quant  à  toutes  les  autres  églises  susdites,  nous 
«  ôtons  et  rejetons  entièrement  et  absolument  Tusage  des 
«  missels  dont  elles  se  servent. 

c(  Statuons  et  ordonnons,  sous  la  peine  de  Notre  indi-  Défense  de  rien 

1  .        .  .    j    .  ,    .      V  changer 

«  gnation,  en  vertu  de  cette  constitution  qui  doit  valoir  a      au  missel, 

a  perpétuité,  qu'on  ne  pourra  rien  ajouter,  retrancher  ou 

«  changer  au  missel  que  Nous  publions;  mandant  etcom- 

«  mandant  en  vertu  de  la   sainte  obéissance,  à  tous  et  à     • 

«  chacun    des    patriarches  et   administrateurs     desdites 

«  églises,  et  autres  personnes  honorées  d'une  dignité  ecclé- 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Liberté  entière 
de  se  servir 
de  ce  missel 
dans  quelque 
église  que  ce 
soit. 


Joie  causée   par 
l'apparition 

du  bréviaire  et 
du  missel 
réformés. 


426      INTRODUCTION   DE   LA   LITURGIE   RÉFORMÉE   EN   ITALIE 

siastique  quelconque,  même  cardinaux  de  la  sainte 
Eglise  romaine,  ou  de  quelque  autre  degré  et  préémi- 
nence qu'ils  soient^  de  chanter  et  lire  désormais  la  moese, 
selon  les  rite,  mode  et  règle  que  Nous  publions  dans  ce 
missel,  en  ayant  soin  d'omettre  et  rejeter  entièrement, 
à  Tavenir,  toutes  autres  manières  et  rites  observés  jus- 
qu'ici d'après  d'autres  missels  même  anciens,  en  sorte 
qu'ils  n'aient  pas  la  hardiesse  d'ajouter  d'autres  céré- 
monies ni  de  réciter  d'autres  prières  dans  la  célébration 
de  la  messe  que  celles  contenues  dans  ce  missel.  De 
plus.  Nous  concédons  et  accordons  d'autorité  aposto- 
lique, par  la  teneur  des  présentes ,  que  Ton  puisse  se 
servir  librement  et  licitement  de  ce  missel  pour  les 
messes  tant  chantées  que  récitées,  dans  quelques  églises 
que  ce  soit^  sans  aucun  scrupule  de  conscience  et  sans 
pouvoir  encourir  aucunes  peines,  sentences  ou  cen- 
sures ;  déclarant  aussi  que  nuls  prélats,  administrateurs, 
chanoines,  chapelains  et  autres  prêtres  de  quelque  nom 
que  ce  soit,  séculiers  ou  réguliers,  ne  pourront  être 
tenus  à  célébrer  la  messe  autrement  qu'en  la  forme  par 
Nous  statuée,  ni  contraints  et  forcés  à  changer  l'ordre 
de  ce  missel  (i).  » 
Le  reste  de  la  bulle  a  rapport  au  mode  de  promulga- 
tion, qui  est  le  même  que  pour  le  bréviaire,  et  aux  pré- 
cautions à  garder  dans  l'impression.  Après  les  formules 
ordinaires  de  chancellerie,  on  lit  ces  paroles  :  «  Donné  à 
«  Rome,  à  Saint-Pierre,  l'an  de  l'Incarnation  du  Seigneur, 
«  iSyo,  la  veille  des  ides  de  juillet^  la  cinquième  année 
«  de  Notre  pontificat.  ^\m^ 

L'apparition  d'un  bréviaire  et  d'un  missel  réformés, 
causa  une  grande  joie  dans  toute  l'Église.  Des  réclama- 
tions universelles  sur  le  désordre  qui  avait  régné  dans  la 
Liturgie,  s'étaient  fait  entendre,  et  on  y  voyait  un  remède 


(i)   Vid.  la  Note  B. 


EN  ESPAGNE,  EN  FRANCE  ET  DANS  LE  RESTE  DE  L  OCCIDENT     427 

efficace.    Le  missel  de  saint  Pie  V  était  puisé  exclusive-        i  partie 

CHAPITRE  XV 


ment  aux  sources  les  plus  pures  de  Tantiquité  :  son  bré- 
viaire, dégagé  de  toutes  superfétations  inutiles,  n'avait  plus  Nature  de  la 
,'rien,  il  est  vrai,  qui  flattât  l'orgueil  diocésain  ou  national,  par  fe  saint^ 
mais  aussi  on  retrouvait  à  peu  près  tout  ce  qu'il  contenait  ^p|^^  ?app^of tT 
dans  les  bréviaires  locaux.  Les  diocèses  qui  se  trouvaient  l'adoption  de 
dans  le  cas  de  l'exception  prévue  par  la  bulle,  avaient 
encore  le  choix  entre  l'adoption  pure  et  simple  du  bré- 
viaire réformé,  ou  la  correction  si  facile  des  leurs,  d'après 
ce  modèle  excellent.  Saint  Pie  V  ayant  supprimé  à  per- 
pétuité le  bréviaire  de  Quignonez,  et  détruit  par  là  l'in- 
fluence qu'il  pouvait  avoir  à  raison  de  sa  plus  grande 
brièveté,  la  question  se  réduisait  à  savoir  quel  parti  on 
devait  prendre  dans  les  églises  qui  étaient  dans  le  cas  de 
l'exception,  savoir  d'adopter  le  bréviaire  réformé  pure- 
ment et  simplement,  en  faisant  imprimer  à  part  un  Propre 
supplémentaire  qui  contiendrait  ces  précieuses  traditions 
locales  dont  Rome  ne  fut  jamais  l'ennemie,  ou  de  faire 
imprimer  de  nouveau  le  bréviaire  sous  le  titre  diocésain, 
en  unissant,  dans  une  même  rédaction,  les  particularités 
du  rite  local  avec  tout  l'ensemble  du  bréviaire  réformé. 
Toute  la  question  se  réduisait  donc  à  peu  près  à  savoir 
quelle  dépense  on  pouvait  supporter  pour  les  frais  de 
l'impression.  La  seule  raison  d'une  plus  grande  économie 
détermina  beaucoup  de  diocèses  à  prendre  les  livres  ro- 
mains purement  et  simplement. 

Rome    tout   entière    adopta  immédiatement    les    nou-  Seule  parmi  les 

éslises 

veaux  livres.  La  basilique  de  Latran  elle-même  s'empressa      de  Rome, 

IV  j  .  ,      ,    .    .  .       , ,      .        1  la  basilique 

a  inaugurer  dans  son  sem   un   bréviaire  qui  n  était  plus        vaticane 
simplement  celui  de  la  chapelle  papale,  ou  encore  celui  nouveaux^  livr 
des  frères  mineurs ,  mais  le   bréviaire   de  TÉglise  catho-    j^^JJi'ffic^'tioï 
lique.   La  basilique  Vaticane,  elle  qui,  suivant  Abailard, 
avait  moins    souci    des  anciens  usages,    au   xii®    siècle, 
que  l'église  de  Latran,  fut  la  seule  qui  n'adopta  le  nou- 
veau bréviaire  qu'avec  modification.  Elle  fut  maintenue 


ivres 


INSTITUTIONS 

LITURGIQUES 


Situation  des 

différents  ordres 

religieux 

relativement 

à  la  réforme 

de  saint  Pie  V. 


Saint  Charles 

Borromée 

sauvegarde  à 

Milan   les 

prérogatives    de 

son  Eglise 

et  les  droits  du 

Saint-Siège. 


428     INTRODUCTION   DE   LA   LITURGIE  REFORMEE   EN   ITALIE 

dans  le  droit  de  conserver  l'usage  de  l'ancien  psautier  Ita^ 
lique  ;  mais,  pour  le  reste^  son  bréviaire  n'est  que  le  ro- 
main actuel  avec  l'office  des  saints  papes  et  autres  dont  les 
corps  reposent  dans  la  basilique  ou  dans  son  trésor. 

A  propos  de  la  ville  de  Rome,  il  est  naturel  de  parler 
des  ordres  religieux  dont  elle  est  la  patrie  commune.  Les 
ordres  de  moines  se  trouvant  dans  le  cas  de  l'exception, 
non  depuis  deux  siècles  seulement,  mais  depuis  près  de 
mille  ans,  conservèrent  l'ancienne  forme  de  leur  office.  Les 
ordres  mendiants,  hors  les  dominicains  et  les  carmes,  qui 
gardèrent  leur  bréviaire  romain-parisien^  réformèrent 
leurs  livres  suivant  l'office  de  saint  Pie  Y,  qui  n'était 
que  le  bréviaire  des  frères  mineurs  épuré;  mais  ces 
derniers  continuèrent  d'y  fondre  leur  propre.  Les  ordres 
de  clercs  réguliers  suivirent  sans  exception  les  nouveaux 
livres;  les  théatins  avaient  puissamment  influé  sur  cette 
réforme  ;  les  jésuites  devaient,  suivant  la  volonté  de  leur 
grand  patriarche,  garder  toujours  la  forme  d'office  obser- 
vée par  l'Eglise  romaine  ;  les  autres  familles  religieuses 
du  même  genre  étaient  amenées  à  les  imiter  par  la  nature 
même  de  leur  constitution  de  corps  cosmopolites.  Enfin, 
les  ordres  de  chanoines  réguliers,  si  l'on  excepte  les  pré- 
montrés, dont  l'office  était,  comme  nous  avons  dit,  un 
mélange  de  romain  et  de  parisien,  ne  tardèrent  pas  à 
embrasser,  en  tous  lieux,  la  liturgie  réformée.  Quant  aux 
religieuses,  elles  suivirent,  pour  l'ordinaire,  les  livres 
propres  aux  différents  ordres  de  moines  ou  autres  aux- 
quels elles  se  rattachaient  ;  celles  dont  l'institut  était  isolé 
adoptèrent,  sans  plus  varier  jamais,  le  bréviaire  de  saint 
Pie  V. 

L'Église  de  Milan  était  alors  gouvernée  par  saint  Charles 
Borromée.  Nous  avons  vu  plus  haut  le  grand  zèle  de  cet 
illustre  cardinal  pour  le  maintien  de  la  vénérable  Liturgie 
ambrosienne.  Il  ne  se  montra  pas  moins  exact  observa- 
teur des  volontés  du  souverain  Pontife,  en  procurant  Fin- 


EN  ESPAGNE,  EN  FRANCE  ET  DANS  LE  RESTE  DE  l'oCCIDENT     429 

troduction  des  livres  de  saint  Pie  V  dans  toutes  les  églises 
de  sa  ville,  de  son  diocèse  et  de  sa  métropole,  qui  étaient 
obligées,  par  le  droit  ou  la  coutume,  à  suivre  l'office 
romain.  On  peut  voir,  dans  sa  vie,  avec  quelle  intégrité 
il  sut  ménager  à  la  fois  les  prérogatives  de  son  église  et 
les  droits  du  Siège  apostolique.  Les  évêques  de  sa  pro- 
vince se  montrèrent  jaloux  de  Timiter,  et  dans  le  second 
concile  de  Milan,  tenu  en  lôôg,  nous  trouvons  un  décret 

.  par  lequel  les  prélats  des  seize  églises  de  la  province  de 
Milan  déclarent  expressément  que  les  clercs,  sous  peine 
de  ne  pas  satisfaire  au  précepte  de  Poffice  divin,  sont  tenus 
de  réciter  les  Heures  canoniales,  suivant  la  forme  du  Bré- 
viaire romain  publié  par  saint  Pie  V_,  à  moins  qu'ils  ne 
soient  attachés  à  des  églises  qu'une  ancienne  coutume  ait 
placées  dans  le  cas  de  l'exception  prévue  par  la  bulle  (i). 

'  Le  saint  archevêque  donna  lui-même  une  édition  du  missel 
ambrosien,  en  iSyo,  et  une  du  bréviaire  en  i588.  Elles 
ont  été  fidèlement  reproduites  jusqu'à  nos  jours  ,  sans 
autres  changements  que  la  correction  de  quelques  hymnes 
et  Paddition  d'un  certain  nombre  de  fêtes  de  saints. 

Nous  ferons,  au  sujet  de  la  province  de  Milan,  une 
observation  dont  l'occasion  se  présentera  encore  plus  d'une 
fois,  et  dont  le  but  est  de  montrer,  par  les  faits  matériels 
eux-mêmes,  que  la  liturgie  publiée  par  saint  Pie  Y  n'était 

(i)  Episcopi  curent,  in  sua  quisque  diœcesi,  ut  officia  divina,  quœ 
singulis  canonicis  horis  praestari  debent,  et  publiée  in  ecclesia,  et  privatim 
a  singulis  sacerdotibus  clericisve  inferioris  ordinis,  qui  illa  obire  debent, 
celebrentur  et  peragantur  ad  praescriptam  breviarii  Romani  nuper  editi 
rationem':  nisi  tamen  ecclesias  hujusmodi  sint  in  quibus ,  ex  veteri  con- 
suetudine,  ut  summi  Pontificis  PU  Quinti  litteris,  eo  nomine  confectis, 
cautum  est,  alius  ritus  aliaque  ratio  adhibeatur.  Si  vero  secus  a  quibus- 
dam  factum  erit,  cum  isti,  ut  eisdem  summi  Pontificis  litteris  nominatim 
sancitum.  est,  horarum  canonicarum  officio,quod  debent,  non  satisfacient* 
eos  ipsos  episcopi  pœnis  iis  mulctent,  quœ  Lateranensi  concilio  a 
Leone  X,  et  provincial!  synodo  superiori  contra  clericos  constitutae  sunt, 
qui  canonicarum  horarum  officium  intermittunt.  (Labb.,  tom.  XV, 
pag.  35i.) 


I   PARTIE 
CHAPITRE   XV 


L'œuvre 

de  saint  Pie  V 

consiste  dans  de 

simples 

corrections 

et  non  dans 

l'introduction 

d'une  Liturgie 

inconnue 

et  nouvelle. 


43 O     INTRODUCTION    DE   LA   LITURGIE    REFORMEE    EN    ITALIE 


INSTITUTIONS    poiiii  uuQ  Llturgic  nouvelle,  mais  simplement  la  restitu- 

LITURGIQUES  .  .  ,         ,,  . 

■ tion  et  correction  de  lantique  Liturgie  romaine   établie 

déjà  par  tout  l'Occident.  Un  canon  du  sixième  concile  de 
Milan,  parlant  des  livres  de  chœur,  recommande  aux  évê- 
ques  de  veiller  à  ce  qu'on  les  corrige,  conformément  au 
bréviaire  nouvellement  publié  (i).  C'étaient  donc  de  sim- 
ples changements^  de  pures  modifications  qu'avait  faites 
saint  Pie  V,  et  non  une  Liturgie  inconnue  qu'il  avait 
introduite.  L'unité  du  culte  avait  donc  toujours  existé  mal- 
gré les  incorrections  qui  s'étaient  glissées  dans  les  livres 
ecclésiastiques. 
L'Église  L'Église  de  Milan  était  la  seule  non-seulement  de  l'Italie, 

"^^euie^unT^^  mais  de  l'Occident,  qui  eût  une  Liturgie  propre,  si  l'on 
Liturgie  propre,  excepte  les  quelques  églises  d'Espagne,  dans  lesquelles  la 
liturgie  mozarabe  se  maintenait  par  privilège.  Toutes  les 
églises  qui  se  trouvaient  dans  le  cas  de  l'exception  prévue 
par  la  bulle  de  saint  Pie  V,  avaient  simplement  mêlé  la 
liturgie  romaine  avec  quelques  usages  locaux,  et  donné  à 
cet  ensemble  un  titre  d'Eglise  particulière.  Cette  observa- 
tion s'applique  même  au  rite  de  l'Eglise  d'Aquilée,  le  plus 
vénérable  de  ces  rites  mélangés  qu'il  y  eût  en  Italie,  au 
xvi^  siècle.  Il  était  connu  sous  le  nom  de  Rite  patriarchin^ 
et  ce  nom  lui  était  venu  delà  dignité  de  l'Église  d'Aquilée 
qui  s'en  servait  dans  les  offices  divins. 
Comment  le        Peu  après  la  publication  de  la  bulle  de  saint  Pie  V, 

rite   patriarchin  .  i      /    •    •  j 

propre        l'église  patriarcale  se  trouvant  dépourvue  de  bréviaires  de 
d'Aquilée      SOU  rite,  et  hésitant^quelque  peu  à  faire  la  dépense  d'une 
^  ^suTte^d?^^    réimpression ,  demanda  au    Saint-Siège  la  permission  de 
^'^des^îivres^^   ^^  servir,  hors  du  chœur  seulement,  du  bréviaire  romain, 
de  saint  Pie  V.  jusqu'à  Ce  qu'on  pût  commodément   réimprimer  le  bré- 
viaire  patriarchin.    La  Congrégation    romaine,   qui    fut 

(i)  Libri  qui  certis  Antiphonarum  modulationibus  olim  notati,  ex 
breviarii  nuper  editi  praescripto  nondum  emendati  sunt,  in  sua  quisque 
diœcesi  episcopus  curet ,  ut  quam  primum  et  accurate  emendentur, 
atque  accommodentur  ad  breviarii  novi  editionem.  (Labb.,  t.  XV,  p.  ySo.) 


EN  ESPAGNE,  EN  FRANCE  ET  DANS  LE  RESTE  DE  l'oCCIDENT    4*3  I 

consultée  à  ce  sujet,  accorda  la  dispense  nécessaire,  dans 
les  termes  les  plus  honorables.  «  Cest,  dit-elle,  dans  une 
«  lettre  adressée  le  lo  septembre  1589  à  Paul  Bisanti, 
«  suffragant  du  patriarche,  c'est  une  chose  sainte  et  con- 
«  venable  que  de  conserver  le  rite  si  antique  et  approuvé 
«  de  cette  Église,  et  que  tous  s'y  conforment  dans  l'office. 
«  Le  chapitre  aura  donc  à  se  pourvoir  de  bréviaires  de  ce 
«  rite,  ce  qui  est  facile,  puisqu'il  doit  être  bientôt  imprimé 
«  à  Gomo.  Comme  il  ne  peut  se  faire  autrement,  c'est  à 
«  monseigneur  le  Patriarche  d'en  procurer  l'impression  à 
«  ses  frais,  dans  l'espace  de  deux  ans,  et  jusque-là,  il  sera 
«  permis  de  dire  l'office  romain,  mais  seulement  hors  du 
«  chœur  (i).  «  Toutefois,  cette  impression  du  bréviaire 
patriarchin  n'eut  point  lieu  ;  les  livres  de  saint  Pie  V,  une 
fois  introduits  dans  Aquilée,  y  prirent  tellement  racine, 
que,  dix  ans  après,  il  n'existait  plus  vestige  de  l'ancien 
rite,  même  dans  l'église  patriarcale  ;  enfin,  en  1596,  cette 
révolution  liturgique  étant  consommée,  le  patriarche 
François  Barbaro,  dans  un  concile  provincial,  tenu  à 
Udine,  prit  des  mesurées  expresses  pour  consolider  à  per- 
pétuité la  Liturgie  romaine  pure  dans  toutes  les  églises 
du  patriarcat  (2). 

L'Église  de  Gomo,  qui  était  du  ressort  patriarcal d' Aqui- 
lée, quoique  située  dans  le  duché  de  Milan,  garda  le  rite 
d' Aquilée  jusqu'au  pontificat  de  Glément  VIII,  qui  l'obH- 
gea  au  romain,  ne  jugeant  pas  convenable  qu'une  Eglise 
enclavée  dans  le  Milanais  suivît  un  office  étranger  et  aboli 


I  PARTIE 
CHAPITRE    XV 


Ce  rite  suivi 

dans  l'Église 

de  Como 

jusqu'au 

pontificat  de 

Glément  VIII. 


(i)  E  cosa  santa  e  conveniente,  che  si  serva  il  rito  di  quella  chiesa 
tanto  antico,  et  approvato,  e  tutti  si  confrontino  nell'  officio  stesso.  Pero 
il  capitolo  si  provvederà  di  breviarii  di  quel  rito  :  il  che  potrà  fare 
commodamente,  sendo  poco  fa  stampato  in  Como.  Et  quando  non  si 
possi  far  altrimenti,  monsignor  Patriarca  procuri,  che  à  sue  spese  tra 
due  anni  sia  stampato  :  e  intanto  sia  lecito  extra  choriim  solamente  dir 
rOfficio  Romano.  (Madrisius,  in  Appendice  II  ad  Opéra  S.  Paulini 
Patriarch.  Aquil.) 

(2)  Zaccaria,  Biblioth.  ritual.  tom.  I,  pag.  liij. 


INSTITbflONS 
LITURGIQUES 


Douceur  des 
mesures  prises 

f)ar  Rome  dans 
'application  des 
ordonnances 
pour  la  réforme 
de  la  Liturgie. 


4*32       INTRODUCTION    DE   LA   LITURGIE   REFORMEE   EN    ITALIE 

même  aux  lieux  d'où  il  était  parti  (i).  Déjà  dès  1679,  ^^ 
synode  diocésain  de  Gomo  avait  déclaré  que  les  clercs  qui 
ne  pourraient  se  procurer  les  livres  du  diocèse,  pourraient 
user  du  bréviaire  et  du  missel  de  saint  Pie  V.  On  a  encore 
les  actes  d'une  visite  apostolique  faite  la  même  année  dans 
ce  diocèse  par  Jean-François  Bonomo,  évêque  de  Verceil, 
en  vertu  d'une  commission  de  Grégoire  XIII  :  le  prélat  y 
reconnaît  expressément  le  droit  de  TEglise  de  Gomo  à  con- 
server son  rite  particulier,  bien  qu'il  exhorte  les  chanoines 
à  abandonner  leur  ancien  rite  pour  le  romain.  Il  dit,  au 
sujet  des  missels  du  rite  patriarchin,  qu'ils  ne  sont  qu'en 
petit  nombre,  manuscrits,  qu.Hls  ne  diffèrent  presque  en 
rien  du  missel  romain  (2),  et  en  conclut  la  grande  facilité 
qu'on  aura  de  passer  à  l'usage  exclusif  des  livres  de  saint 
Pie  V.  Le  Père  Lebrun^  à  qui  nous  empruntons  ces  dé- 
tails, dit  que  l'on  conserve  dans  les  archives  de  la  cathé- 
drale de  Gomo  un  manuscrit  du  bréviaire  d'Aquilée  qui 
porte  ce  titre  :  Breviarium  Patriarchinum  nuncupatum 
secundiim  iisiim  Ecclesiœ  Comensis  correctum,  et  aucto- 
ritate  Apostolica  probatum.  A  la  îîn  du  volume,  est  une 
attestation  du  cardinal  Sirlet,  sous  la  date  du  2 1  octobre 
i583,  faisant  foi  de  l'approbation  de  ce  bréviaire  par 
Grégoire  XIII.  Nous  venons  de  dire  pour  quels  motifs 
Glément  VIII  jugea  à  propos  de  l'abolir. 

Gette  histoire  de  la  destruction  de  l'ancien  rite  d'Aqui- 
lée nous  donne  lieu  de  remarquer  avec  quelle  douceur, 
quelle  faveur  même,  Rome  a  su  ménager  les  usages  an- 

(i)  Ughelli,  Italia  sacra,  tom.  V,  pag.  235. 

(2)  Cum  autem  missalia  Patriarchino  Ritu  quam  paucissima  inventa 
sint ,  eaque  manuscripta,  quae  praeterea  a  missali  Romano  nulla  ferme 
alla  re  differunt,  nisi  dierum  aliquorum  Dominicorum  ordine,  et  sanc- 
tissimœ  Trinitatis  festo  die,  qui  in  aliud  tempus  translatus  est;  ideo 
Ritu  Romano  missas  passim  celebrari,  et  a  plerisque  etiam  sacerdotibus 
pro  libito  fieri  animadvertimus,  ex  antiqui  mi&salis  instituto,  in  quo  plu- 
rima  correctione  digna  fuisse,  novissima  ostendit  editio.  (Lebrun,  Expli' 
cation  de  la  Messe,  tom.  II,  pag.  227.) 


EN  ESPAGNE,  EN  FRANCE,  ET  DANS  LE  RESTE  DE  l'oCCIDENT  433 

ciens,  dans  l'application  des  ordonnances  pour  la  réforme       ^  partie 

'^  ^^  ^  ^  CHAPITRE    XV 

liturgique.  Ce  serait  en  vain  que,  considérant  la  chose  ' 
d'un  autre  point  de  vue,  on  voudrait  mettre  en  contradic- 
tion cette  indulgence  des  Papes  du  xvi^  siècle  avec  les 
ordonnances  vigoureuses  de  saint  Adrien  P^  et  de  saint 
Grégoire  VII,  pour  rétablissement  du  rite  romain  dans 
tous  les  lieux  de  TOccident.  Tout  s'explique  du  moment  Cette  conduite 

n'était  pas 

que  1  on  veut  bien  remarquer  que  1  œuvre  accomplie  par  en  contradiction 

1  I  ,        ■•  ,     ,,      .  avec   rénereie 

ces  deux  grands  papes  n  avait  pas  cesse  d  exister,  et  que,    déployée  par 
sauf  les  variantes  introduites  par  certains  usages  locaux,  ^^^^et  saInT 
et  les  incorrections  que  le  progrès   de  la  critique  devait    ^^^^q^I  ^^^ 
faire  tôt  ou  tard  disparaître,  l'Occident  tout  entier  louait  l'établissement 

r  ^  du    rite  romain 

Dieu  dans  une  seule  et  même  liturgie.  Rome,  sans  doute,    en  France  et 

,   .      .         .  .  .  ,  en  Espagne. 

désirait  vivement  voir  toutes  les  nations  complètement 
unanimes  avec  elle  dans  la  prière  publique  ;  mais  déjà  les 
bulles  de  saint  Pie  V  avaient  conquis  la  presque  univer- 
salité des  Églises,  et  chaque  année  en  voyait  d'autres 
encore  venir  se  fondre  avec  les  premières  dans  l'unité  d'un 
même  bréviaire  et  d'un  même  missel. 

Toute  l'Italie,  en  effet,  se  conforma  successivement  aux  L'Italie  entière, 

.  .  ,  ,     .  .    .  sauf  le 

intentions  du  Saint-Siège.  Les  églises  de  Sicile,  par  exemple,       territoire 

,      /    .    .  .       !•  T  1  ambrosien, 

qui   avaient  un   bréviaire  particulier,    se     rendirent    de  adopte  avant  la 
bonne  heure,  et  le  xvi^  siècle,  en  finissant,  ne  vit  plus  dans    ^les^h^res^de^  ^ 
toute  la  Péninsule,  hors  le  territoire  ambrosien,  que  des     ^^^^^    '^ 
églises   réunies    sous  la  plus   ponctuelle  observance  des 
usages  liturgiques  promulgués  par   saint  Pie  V.   Cepen- 
dant, on  avait  donné  la  plus  grande  liberté  à  toutes  celles 
dont  les  bréviaires  et  les  missels  avaient  plus  de  deux  cents 
ans,  à  l'époque  de  la  bulle  ;  on  avait  reconnu   non-seule- 
ment le  droit  des  cathédrales,  mais  celui  même  des  collé- 
giales et  autres  églises  qui  se   seraient  trouvées  dans  une 
possession  analogue  (i).  Tout  cela  n'empêcha  pas  le  prin- 

(i)  Nous  avons  vu  à  Rome,  dans  la  bibliothèque  de  la  maison  professe 
des  jésuites,  un  exemplaire  du  bréviaire  particulier  de  la  collégiale- 
abbatiale  de  Sainte-Barbe,  à  Mantoue,  imprimé  aux.  frais  de  cette  église, 

T.  I  28 


484  INTRODUCTION  DE  LA  LITURGIE  REFORMEE 

INSTITUTIONS    c'ipQ  d^uiiité  dc  s'étendre  dans  ses  applications,  et  après 

LITURGIQUES  .,     ,        .       .  ,,T       1"  '^  J1     U  '  J  • 

tout,  il  était  juste  que  lltalie  entière^  pays  d  obédience,  y 

compris   les  îles    adjacentes,  donnât  la  première  et  plus 
complètement  l'exemple   d'une  entière  conformité   non- 
seulement  aux  lois,  mais  aux  simples  désirs  du  Siège  apos- 
tolique. C'est  là  la  force  dePItalie,  son  unique  vie  :  puisse- 
t-elle  le  comprendre  toujours! 
L'Espagne   et       La  péninsule  espagnole  se  rangea  de  bonne  heure  aussi 
contrées  d^u     SOUS  l'obéissance    absolue  aux  bulles  de  saint  Pie  V.  Ce 
TJ'umises^Tsa^  n'est  pas  que  les  prélats  du  royaume  catholique  n'eussent, 
sac°rmem:^ieurs  à xette  époque,  retenu   encore  quelque  chose  de  cet  esprit 
usages        frondeur  dont  nous  avons  vu  quelques  traits  dans  Thisto- 

particulierspour  ^         ^ 

accepter  la      pjen  Rodrigue  de  Tolède.  On  avait  été  frappé,  au  concile 

rétorme  *-'  ,     .  "^  '         •    r' 

romaine,  sous  de  Trente,  d'une  hardiesse   qui  n'était,  certes,  pas  inte- 

l'inspiration    de     .  »         ,,       ,  ,  /       i  n  iv/r    •     n 

Philippe  IL  rieure  a  celle  des  plus  oses  de  nos  prélats.  Mais  1  amour 
de  l'unité,  le  zèle  pour  la  foi,  passaient  encore  à  leurs 
yeux  avant  les  susceptibilités  nationales.  La  motion  de 
l'évêque  de  Lérida  au  concile,  n'avait  pas  empêché  les 
Pères  de  remettre  absolument  au  pontife  romain  le  soin 
de  la  correction  .  liturgique  ;  les  oppositions  de  quelques 
cathédrales  d'Espagne  n'arrêtèrent  pas  non  plus  l'établis- 
sement uniforme  du  bréviaire  et  du  missel  de  saint  Pie  V. 
On  doit  regretter  peut-être  que  quelques  bréviaires  par- 
ticuliers, ceux  de  Tolède  et  de  Séville,  par  exemple,  aient 
entièrement  péri  :  il  aurait  été  intéressant  de  voir  com- 
ment les  réminiscences  de  l'ancien  rite  gothique  se  ma- 
riaient parfois  encore  aux  formes  romaines  imposées  par 
saint  Grégoire  VIL  La  grande  volonté  de  Philippe  II, 
prince  sévèrement  jugé,  mais  auquel,  du  moins,  tout 
homme  impartial  ne  saurait  refuser  un  zèle  ardent  et 
consciencieux  pour  la  foi  catholique,  pesa  de  tout  son 
poids  dans  l'affaire  de  l'adoption  des  usages  romains  réfor- 
més :  par  lui,  les  livres  nouveaux  non-seulement  furent 

et  approuvé  par  Grégoire  XIII,  quoique  s'écartant  en  beaucoup  d'endroits 
du  bréviaire  de  saint  Pie  V. 


EN  ESPAGNE  ET  EN  PORTUGAL  435 

introduits  en  Espagne,  mais  pénétrèrent  dans  les  vastes       ^  partie 

i^     c)        '  r  ^  CHAPITRE    XV 

colonies   qui    se    rattachaient  à  cette   puissante    métro- 
pôle. 

Conformément  aux   maximes  du   droit  public   catho-       Donnant 

I'gxcitidIc  du 

lique,  saint  Pie  V  n'avait  pas  jugé  à  propos  de  placer  la  respect  pour  la 
prière  pour  le  roi  dans  le  canon  de  la  messe  :  c^était  au       ^'ÉgUse^ 
Siège  apostolique  à  déterminer  quels  étaient  les  princes,     ^^^oui^tte^^ 
en  communion  avec  lui,  qu'il   fallait  considérer  comme    humblement 

^   ^  de  saint  Pie  V 

véritablement  investis  du  droit  de  commander  à  des  chré-     le  privilège  ^ 

d'être   nomme 

tiens.  Le  roi  d'Espagne,  malgré  son  titre  de  roi  catholique^  au  canon  de  la 

,         -  /,/  ,.     -r>,  .,.  TT  •    ^  messeaprèsle 

n  avait  pas  ete  excepte.  Philippe  II,  ce  monarque  si  ner,  pape  et  l'évêque 

1  /  ,    .  ,  .  VI".       dans    toutes 

ne  dédaigna  pas  de  se  mettre  en  instances  auprès  de  saint    les  églises  de 
Pie  V,  pour  obtenir  que  cette  parole  Pro  rege  nostro  fût       ^^^  Etats, 
insérée  à  la  suite  de  la  prière  pour  le  pape  et  Tévêque  dans 
les  missels  destinés  à  l'usage  des  églises  d'Espagne,  et  le 
pontife  octroya  sa  demande  (i).  Quand  on  se  remet  en 
mémoire  la  puissance  colossale  de  Philippe  II,  on  est  bien 
obligé  de  convenir  qu'il  donna  dans  cette  occasion  l'un 
des  plus  grands  exemples  de  respect  pour  la  liberté  reli- 
gieuse qui  aient  jamais  été  offerts  par  un  souverain.   Si 
nous  ajoutions  que,    tout  tyran    absolu  qu'il  était^  Phi- 
lippe II  laissait  volontiers  enseigner  et  prêcher  à  ses  théo- 
logiens la  doctrine  de  l'amissibilité  du  pouvoir,  le  droit  du 
souverain  Pontife  et  de  l'Eglise  de  corriger  et  même  de 
déposer  les  princes  qui  abusent  de  leur  autorité,  peut-être 
que  cette  seule  remarque  suffirait  auprès  de  quelques  gens 
sensés  pour  leur  faire  comprendre  que,  bien  qu'il  ait  été 
en  butte  aux  malédictions  des  écrivains  de  la  Réforme,  et 
des  historiens  beaux  esprits  du  xviii^  siècle,  le  Démon  du 
midi  n'a  pas  été  tout  à  fait  dépourvu  de  cette  moralité  et 
de   ce  désintéressement  que  les  peuples   désirent,    mais 
n'espèrent  pas  toujours  rencontrer  dans  leurs  souverains. 
Nous  verrons,  d'ici  à  quelques  pages,  un  autre  gouverne- 

(i)  Gavanti,  Thésaurus  sacrorum  Rituum,  tom.  I,  40,  pag.  286. 


436  INTRODUCTION  DE    LA    LITURGIE  REFORMEE 

INSTITUTIONS     mcnt   pkcé  dans  une  situation   analogue,  et   on    jugera 

LITURGIQUES  ■*■  O         7  ;      o 


lequel,  du  Français  ou  de  l'Espagnol,  s'entendait  le  mieux, 
au  XVI®  siècle,  en  fait  de  liberté  religieuse. 
Le  Saint-Siège       Philippe  obtint  aussi  du  Saint-Siège  la  permission,  pour 

permet  en  i  a  -,  i         •         .  ,,    . 

même  temps    tous  les  pretres  de  sa  dommation,  d  ajouter  aux  oraisons 

d'ajouter    aux      ,      ,  a  j  ,  ,  i  i  •    / 

oraisons  de  la  de  la  lîiesse,  même  dans  les  plus  grandes  solennités^  une 

"^de^demandes^^  suite  de  demandes  que  l'on  trouve  dans  les  missels  espa- 

toLilYe^esoins  g^^^^  ^^  ^^'^  expriment  avec  énergie  et  simplicité  tous  les 

^.^  f^Y?^^^^     besoins  du  royaume  catholique,  en  même  temps  que  cette 

concession,  unique  dans  les  fastes  de  la   Liturgie,  est  une 

preuve  du  grand  amour  de  Rome  pour  une  église  qui  lui 

a  gardé  longtemps  une  si  forte  fidélité  (i). 

Concession  de       Enfin,  on  trouve  en  tête  du  Propre  des  saints^  publié  en 

nombreux  --j  t  ^  t>'--  •  d 

offices  propres  à  manière  de  supplément  au  Bréviaire  romain,  pour  lusage 
.spagne.  j^^  églises  d' Espagne,  un  bref  de  Grégoire  XIII,  qui 
accorde  à  ces  églises  la  faculté  de  célébrer  la  fête  d'un 
grand  nombre  de  saints  chers  à  TEspagne,  par  manière 
de  compensation  à  l'extinction  générale  de  tous  les  bré- 
viaires diocésains  de  ce  pays.  Ce  bref,  qui  est  du  3o  dé- 
cembre iSyS,  fut  rendu  à  la  demande  de  Philippe  II.  Le 
recueil  auquel  il  sert  comme  de  préface,  renferme  le  noble 
et  patriotique  office  de  saint  Jacques,  patron  du  royaume 
catholique,  et  celui  non  moins  intéressant  du  Triomphe 
de  la  sainte  Croix ^  au  i6  juillet,  anniversaire  de  la  fameuse 
victoire  de  Las  navas  de  Tolosa. 
Le  Portugal,        Le  Portugal  inaugura   avec  la  même  fidélité  que  l'Es- 

soumis    alors    a  '^ 

Philippe  II, 
admet  la  liturgie 
réformée  et  la       (i)  Voici  cette  prière  qui  s'ajoute,  sub  eadem  concîusione ,  non-seule- 

lait  pénétrer      ment  à  la  collecte,  mais  même  à  la  secrète  et  à  la  postcommunion  : 
dans  ses 
colonies.  <<  Et  famulos  tuos  Papam  nostrum  N.,  Antistitem  nostrum  N.,  Regem 

nostrum  N.,  Reginam  et  Principem  cum  proie  regia,  populo  sibi  com- 

misso ,   et  exercitu  suo  ab  omni  adversitate  custodi  :  pacem  et  salutem 

'  nostris  concède  temporibus;  et  ab  Ecclesia  tua  cunctam  repelle  nequi- 

tiam,    et  gentes  paganorum  et  haereticorum  dexterae  tuse  potentia   con- 

terantur;  et   captivos  Christianos,   qui   in    Saracenorum  potestate  deti- 

nentur,  tua  misericordia  liberare,    et  fructus  terrae   dare  et  conservare 

di2;neris...  » 


I   PARTIE 
CHAPITRE    XV 


EN  ESPAGNE  ET  EN  PORTUGAL  487 

pagne  les  livres  de  la  liturgie  réformée,  et  les  fit  pénétrer 
tout  aussitôt  dans  ses  colonies  des  Indes  orientales  et 
occidentales.  Les  volontés  de  Philippe  II  retentissaient 
alors  dans  la  Péninsule  tout  entière  ;  cependant  nous 
sommes  en  mesure  de  signaler  au  moins  une  exception 
à  l'admission  du  bréviaire  purement  romain.  C'est  dans 
cette   Église   de  Brague,   dont  le  siése  était    occupé,   à     L'Eglise  de 

.1  .      r  T^    T-.       1   '     Brague  conserve 

répoque  du  concile  de  Trente,  par  le  fameux  D.  Barthe-      ses  usages 

,       ,_.  „  ...  ,      ,    .    .  diocésains. 

lemy  des  Martyrs,  que  Zaccaria  signale  un  bréviaire  sous 
le  titre  diocésain  de  l'an  1634.  Nous  ignorons  si,  depuis 
cette  époque,  les  livres  de  saint  Pie  V  ont  été  introduits 
dans  cette  Eglise  ;  nous  avons  même  lieu  d'en  douter,  con- 
naissant de  science  certaine  que,  dans  plusieurs  lieux  du 
Portugal,  on  garde  encore,  même  à  la  messe,  certains 
usages  totalement  distincts  de  ceux  du  missel  romain.  Au 
reste,  ce  bréviaire  de  Brague,  s'il  existe  encore,  ne  sau- 
rait être  autre  que  le  romain,  avec  quelques  particulari- 
tés, et  un  Propre  fondu  sous  le  même  titre. 

Si  maintenant  nous  passons  en  France,  le  pays  de  tout      L'anarchie 

,,^      -1  XI  1-  •  11/1-  1     liturgique   delà 

1  Occident  ou  les  usages  liturgiques  actuels  s  éloignent   le  France  est  de 

plus  de  ceux  de  Rome,  il  nous  faut  examiner  si  cette  diffé-  ^fa  tfuUe  de 

rence  est  ancienne  et  remonte  au-delà  de  la  bulle  de  saint  ^^é"é  misel^ 

Pie  V.  Malheureusement,   ce  que   nous    avons  à  dire  de  exécution  dans 

'  ^  notre    pays, 

cette  Édise  contraste  avec  ce   que   nous   avons  jusqu'ici     souvent  en 

'^  .  sacrmant  des 

rapporté  de  toutes  les  autres.    Les  églises  de  France,  à        usages 

vénérables    et 

l'époque  de  la  publication  de  la  bulle,  avaient  une  Litur-       légitimes. 

gie  formée  de  la  romaine  introduite  par  Charlemagne,  et 

de    ces    usages  particuliers  qu'elles  y    avaient   ajoutés, 

ensemble    qui    leur  faisait  honneur  aux   yeux    de   toute 

l'Europe,  et  qu'elles  pouvaient  conserver   légitimement, 

aux  termes  de  la  bulle  ;   or,  voilà    qu'aujourd'hui,   dans 

ces  mêmes  églises,  on   ne   trouve  plus  rien  qui   rappelle 

cette  ancienne  gloire  de  la  patrie  ;  d'un  autre  côté,  on  est 

plus  éloigné  encore  d'y  rencontrer  les  livres  romains  de 

la  réforme  de  saint  Pie  V.  L'Église  de  France  remontant 


438  INTRODUCTION  DE  LA  LITURGIE  REFORMEE 

INSTITUTIONS    ycrs  soii  berccau,  aurait-elle  osé,  malgré    la   défense   de 

LITURGIQUES  ,  '     . 

Charlemagne  et  des  pontifes  Etienne  et  Adrien,  inau- 
gurer de  nouveau  l'antique  Liturgie  gallicane  des  Hilaire 
et  des  Grégoire  de  Tours  ?  Hélas  !  non.  Ce  que  l'on 
chante  aujourd'hui  dans  nos  églises,  a  moins  de  rapport 
encore  avec  le  rite  gallican  dont  nous  avons  parlé  ailleurs 
honorablement,  que  ce  rite  n'en  aurait  avec  la  Liturgie 
romaine  elle-même.  Tout  est  sorti  du  cerveau  de  certains 
hommes  dont  quelques-uns  vivent  encore.  Mais  avant  de 
raconter  cette  lamentable  histoire,  dans  laquelle  nous 
verrons  foulés  aux  pieds  tous  les  principes  admis  par 
l'Église,  en  matière  liturgique,  dans  tous  les  siècles  pré- 
cédents, nous  avons  un  tableau  bien  différent  à  offrir  à 
nos  lecteurs  :  celui  de  l'Eglise  de  France  travaillant,  de 
concert  avec  le  Siège  apostolique,  à  consolider  l'unité 
liturgique  dans  son  sein.  Nous  avons  à  répondre  par  des 
faits  imposants  et  incontestables  à  ceux  qui  ont  osé  sou- 
tenir que  la  huile  de  saint  Pie  V  n  avait  pas  été  reçue 
en  France. 

L'Université  de       Nous  rappellerons  d'abord  à  nos  lecteurs  la  vigoureuse 

Pans    persévère  -i^  • 

dans  sa       orthodoxie  que  déploya,  sur  la  doctrme  liturgique,  l'Uni- 

viffoureuse 

orthodoxie  en  versité  de  Paris,  dans  la  censure  du  bréviaire  de  Quigno- 
liturgique,     nez.  Elle  avait  déjà  fait  paraître  un  zèle    semblable   en 
ssert^ons  ^des  flétrissant  les  assertions  audacieuses  de  Lefèvre  d'Étaples 


asser 
no"' 
sur  sainte 


novateurs       g^j.  sainte  Marie-Madeleine,  et  d'Érasme  sur  saint  Denys 


Madeleine  et     l'Aréopagite,  questions  qui  intéressent  à  un  si  haut  point 
l'Aréopagite,     les  traditions  de  la  Liturgie.  Elle  veillait  en  même  temps 

et  dénonce  les  ,    .  ,    .  .  ^  ..,,,.    . 

nouveautés     sur  les  ^diverses  éditions  qu'on  faisait  des  bréviaires  dio- 

introduites  dans      ,      .       '  ,  ,  .      ,  .  .... 

le  bréviaire  cesains,  et  deuonçait  energiquement  toutes  tentatives  d  in- 
en  1329.  novation  par  lesquelles  des  esprits  inquiets  auraient  cher- 
che à  altérer  le  dépôt  de  Tantique  Liturgie.  C'est  ainsi 
qu'en  1629,  elle  dénonça  au  chapitre  de  la  cathédrale  de 
Soissons  les  nouveautés  qu'on  avait  glissées  dans  une 
nouvelle  édition  du  bréviaire  de  cette  égUse.  «  On  a,  dit 
«  la  Sorbonne,  introduit  dans  ce  bréviaire  beaucoup  de 


EN  FRANCE  489 

((  choses  étrangères  et   éloignées  du  commun  usage   de       i  partie 

,  ^  f  ^  ^^  ^  CHAPITRE  XV 

u  l'Eglise.  Si  Ton  n^  portait  remède,  il  en  pourrait  faci- 

«  lement  résulter  un  schisme  odieux  et  funeste  dans 
«  rÉglise  gallicane.  Si  cela  arrivait,  votre  nom  mainte- 
ce  nant  glorieux  serait  souillé  d'une  tache  que  de  longs 
«siècles  pourraient  à  peine  effacer;  c'est  donc  à  vous 
«  de  vous  opposer  à  un  si  grand  mal,  avant  qu'il  ne 
«  s'étende  davantage  (i).  » 
Les  docteurs  expriment  avec  plus  de  précision  leurs  Censure  d'une 

•      •  IV       •    1    L-T    '    j     1      T  •  •       ^  jj  édition  du 

prmcipes  sur  1  mviolabilite  de  la  Liturgie,  a  propos  a  une       bréviaire 

,j.  .         j      1      /    .    •        j,^   1'  j  -    1        d'Orléans  en 

édition  du  bréviaire  d  Orléans,  dans  une  censure  en  règle         1548. 

qui  est  de  1548.  Entre  autres  reproches  caractéristiques 

qu'ils  font  à  ce  livre,  on  remarque  les  suivants  :  «  On  a 

«  retranché  dans  ce   bréviaire  beaucoup  de  leçons    des 

«  matines  en  tout  ou  en  partie,  en  sorte  que  des  fêtes 

«  de  neuf  leçons  sont   réduites  à   trois,  et  des  fêtes  de 

«  trois  leçons  n'ont  plus  qu'une  simple  mémoire.  Quand 

«  ces  changements  n'ont  pas  eu  lieu,  [les  leçons  ont  été 

«  tronquées,   les    unes     au    commencement,     les    autres 

«  au  milieu,   d'autres  à  la  fin.  La  plupart  du   temps,  on 

«  a    retranché    les  miracles  des   saints,    leurs    mérites, 

«  leurs  invocations.  On 'a  fait  disparaître  plusieurs  choses 

«  qui  étaient  propres  à  confirmer  le  dogme  de  l'Eucha- 

«  ristie,  savoir,  dans  les  histoires  de  saint  Grégoire,   de 

«  saint  Benoît,    de  saint   Ambroise  et  de  sainte  Marie 

«  Egyptienne.  Plusieurs  traits  importants  pour  Tédifica- 

«  tion  ont  été   élagués,  comme  le  récit  des  jeûnes,   des 

«  macérations    des    saints,    les    fondations    et    dotations 

«  d'églises  faites  par  eux,  par  exemple,  dans  les  fêtes  de 

«  saint  Antoine,  saint  Siméon  Stylite,  saint  Louis,  sainte 

«  Geneviève  et  autres.  On  a  supprimé  les  hymnes  propres 

«  des  saints,  leurs  antiennes  et  suffrages,  pour  renvoyer 

«  le  tout  au  commun,  ce  qui  a  eu  lieu   même  dans  les 

(i)  Vid.  la  Note  C. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


440  INTRODUCTION  DE   LA  LITURGIE    REFORMEE 

«  fêtes  particulières  à  l'église  d'Orléans.  Il  est  à  craindre 

«  que  toutes  ces  choses  ne  produisent  dans  les  fidèles  la 

«  diminution,  peut-être  même  l'extinction  de  la  piété  envers 

«  les  saints.  Les  choses  que  Ton  a  retranchées  pouvaient 

«  servir  à  édifier  les  fidèles  dans  la  foi  et  les  mœurs,  et  à 

«  combattre  Thérésie  ;  ce  changement  est  donc  une  chose 

«  imprudente,  téméraire  et  scandaleuse,  et  donne  même 

«  quelque  lieu    de   soupçonner  l'envie   de   favoriser  les 

«  hérétiques  (1).   » 

L'Église  de  Telle  était  l'opinion  de  l'Université  de  Paris,  au  xvi«  siê- 

France  1  i        •  •  ' 

reconnaît  dans  cle,  sur  les  innovations  en  matière  de  Liturgie.  L'Eglise 

ses    conciles      j      t-.  .^  ,         .  . 

l'obiigationdese  de  France  tout  entière   n  avait  pas    d'autres  principes, 

soumettre        i  j      u  •  •  t      ,      ,    .    .  -  .        ,       ,^ 

à  la  bulle  de    lo^s  de  1  apparition  du  bréviaire  et  du  missel  réformés. 

^procfam7k^  Elle  reconnut  tout  d'abord  la   supériorité   de  ces  livres 

Hvr^es"''réformés  ^^^  ^^^^  ^^^  étaient  en  usage  dans  le  royaume,  et  comme, 

sur  ceux  du     à  Cette  époque,  elle  avait  encore  le  droit  de  se  réunir  en 

roy  au  me . 

conciles  provinciaux,  on  entendit  ces  saintes  assemblées, 
en  même  temps  qu'elles  réclamaient  avec  fermeté  l'exécu- 
tion des  décrets  du  saint  concile  de  Trente,  proclamer  la 
nécessité  de  se  soumettre  à  la  bulle  de  saint  Pie  V. 
Le  concile  de       Le  premier  de    ces  conciles  est  celui  qui   fut   tenu  à 

Rouen  de  i58i    -do 

ordonne  à  tous  Rouen,  en  i58i,  par  Tarchevêque  Charles  de  Bourbon, 

les    évêques  ,  .        .  ,  ,    ^ 

de  la  province  et  auquel  assistaient   les    eveques  de    Bayeux,  de  Séez, 

leurs^  ^[^es     d'Evreux,  de   Lisieux,    et  les   procureurs  des   chapitres 

conformément  ^'Avranches  et  de  Coutances,  etc.  Au  chapitre  deuxième, 

constituions  de  ^^  ^^^^^^  divino  in  génère,  le   concile  recommande  aux 

t'ie  V.         évêques  d'examiner  avec  le  plus  grand  soin  les  bréviaires, 

missels,  manuels  et  autres  livres  ecclésiastiques,  dans  la 

crainte  qu'ils  ne  contiennent  quelque  chose  de  contraire  à 

la  doctrine  catholique  ou  aux  vraies  histoires  des  saints, 

ou  quelque  chose  encore  qui  tienne  du  sortilège  ou  s'écarte 

de  la  discipline  ecclésiastique  et  de  la  sainteté  des  mœurs. 

Les  évêques  devront  procurer  l'impression  et  la  correction 

(i)  Vid,  la  Note  D. 


i 


I  PARTIE 

CHAPITRE   XV 


EN  FRANCE  441 

des  livres  liturgiques,  suivant  Tusage  des  diocèses,  confor- 
mément toutefois  aux  constitutions  de  Pie  V,  de  sainte  ' 
mémoire,  sur  le  bréviaire  et  le  missel  romains,  publiés  et 
restitués  suivant  le  décret  du  saint  concile  de  Trente.  Le 
concile  ensuite  rappelle  la  défense  faite  par  le  Saint-Siège 
de  se  servir  à  l'avenir  du  bréviaire  de  Quignonez,  etc.  (i). 

On  voit  ici  que  les  évêques,  quoiqu'ils  n'adoptent  pas     L'étude  des 

,  1       T  •  r  bréviaires 

purement  et  simplement  les  livres  romains,  ne  confirment    normands  de 

,  /  n    1  T        •  1  cette  époque, 

que  plus  expressément  1  obligation  de  se  soumettre  aux      montre  la 
bulles  qui  les    ont   promulgués,  puisqu'ils   exigent   que,  évêques^  cette 
dans  la  réimpression  des  usages  diocésains,  on  applique     injonction, 
la  forme  d'office  publiée  par  ces  bulles.  C'est  ce  que  l'on 
peut  voir  mis  à  exécution  dans  les  rares  exemplaires  des 
bréviaires  de  Normandie,  imprimés  à  la  fin  du  xvi®  et 
pendant  le  xvii®  siècle.  Nous  avons  eu  entre  les  mains 
ceux  de  Bayeux,  de  Lisieux,  d'Evreux   et  d'Avranches  : 
ils    portent    le    titre    :   Breviarium    Bajocense^    Lexo- 
viense,  etc.;  ad  Romani  formam  ou  ex  décret o  concilii 
T  rident  ini  ;  et,  sauf  les  saints  particuliers  à  chaque  dio- 
cèse, le  répons  des  premières  vêpres,  le  neuvième  répons 
à  matines,  le  verset  sacerdotal,  et  autres  particularités 
dont  nous  avons  énuméré  la  plupart  au   chapitre  x,  ils 


(i)  Quocirca  hortamur  nostrae  provinciae  episcopos,  ut  diligenter 
inspiciant  et  examinent  suarum  diœcesum  preculas  horarias,  breviaria, 
missalia,  agenda  seu  manualia  curatorum,  atque  alios  libros  ecclesias- 
ticos  ac  ceremonias,  ne  quid  contineant  contrariu^  doctrinas  catholicae, 
aut  vefis  historiis  Sanctorum,  aut  sortilegiis  affine,  aut  aliquid  quod  ad 
œdificationem  ecclesiasticae  disciplinae,  et  morum  pietatem  non  pertineat: 
sed  libros  emendatos  quoad  fieri  potest,  servato  usu  diœcesum,  juxta 
tamen  constitutiones  sanctae  memoriae  Pii  V  super  breviario  Romano  et 
Missali,  ex  decreto  sacrosancti  concilii  Tridentini  restituto  et  edito,  pro- 
curent imprimi,  et  provideant  ut  in  omnibus  monasteriis,  parochiis  et 
aliis  ecclesiis,  atque  ab  omnibus  ad  sacros  ordines  promovendis,  libri  ad 
divinum  officium  necessarii  habeantur.  Promoti  vero  sciant  se  ad  bre- 
viarium obligari,  ac  Romanum  trium  quotidie  lectionum  a  cardinale 
Sanctae  Grucis  compositum,  a  sacrosancta  Sede  apostolica  sublatura  sibi 
omnino  prohiberi.  (Labb.,  tom.  XV,  pag.  824.) 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


442  INTRODUCTION  DE   LA  LITURGIE  REFORMEE 

sont  entièrement  conformes  au  romain  actuel.  On  peut 
donc  dire  que  Tunité  liturgique  fut  rétablie  au  xvi^  siècle 
dans  la  province  ecclésiastique  de  Rouen.  Passons  à  celle 
de  Reims. 
L'obligation  de      Le  concile   de  cette   métropole  fut   tenu  en    i583,  à 

corriger    les  .  ^  . 

livres         Reims  même,  par  Tarchevêque  Louis,  cardinal  de  Guise. 

liturgioues 

selon  l'usage  de  Les  évêques  de  Soissons,  de  Laon,  de  Beauvais,  de  Châ- 

romain^e       lons-sur-Marne,  de  Noyon,  d'Amiens,  et  les  procureurs 

^T co^iî^fie  de^  ^^^  évêques  et  chapitres  de  Boulogne  et  de  Senlis,  firent 

Reims  en  i583.  partie  de  rassemblée.  Voici  ce  que  décrètent  les  Pères  au 

chapitre  de  breviario^  missali  et  agendis  :  «  Attendu  que 

«  tous  les  rites  et  formules  de  prières  sont  contenus  au 

«  bréviaire,  missel,  agenda^  ou  manuel,  nous  exhortons 

«  les  évêques  de  notre  province  à  examiner  avec  soin  ces 

«  sortes  de  livres,  au  moyen  d'une  commission  de  deux 

«  chanoines,  dont  Fun  sera  choisi  par  Tévêque  et  l'autre 

«  par  le  chapitre,  et  quand  ils  trouveront  les  bréviaires  et 

«  les  missels  mal  digérés,  ou  moins  conformes  à  la  piété, 

«  ils  auront  soin  de  les  faire,   au  plus   tôt,  réformer  et 

«  réimprimer,    aux   frais   du    diocèse,    conformément  à 

«  Vusage  de  l'Eglise  romaine,  suivant  la  constitution  de 

«  Pie    V  [i).  «  L'obligation  de  garder  cette  constitution 

est  encore  rappelée  dans  un  règlement  exprès,   sous  le 

titre  De  Cidtu  divino. 

Fidèle  Les   Hvres   de  la  province   de    Reims,    antérieurs   au 

obéissance  des 
iiglises  de  la 
province,  ^i)  Porro  quoniam  omnes  ritus,  formulaeque  precandi  breviario,  mis- 

sali, et  agendis  seu  manuali  continentur,  hortamur  episcopos  nostrae 
provinciae,  ut  adhibitis  saltem  duobus  canonicis,  quorum  unus  ab  Epi- 
scopo,  alter  a  capitule  eligatur,  diligenter  inspiciant  et  examinent  hujus- 
modi  libros,  illisque  similes,  sicut  preculas  horarias,  ne  quid  contineant 
contrarium  doctrinae  catholicae,  et  veris  historiis  sanctorum,  aut  super- 
stitionibus  affine,  aut  quod  aliqua  ratione  disciplinam  ecclesiasticam, 
morumque  probitatem  labefactet  :  atque  ubi  indigesta  minusque  pietati 
consona  breviaria  vel  missalia  repererint,  curent  quamprimum,  et  quam 
proxime  fieri  poterit,  ad  usum  Ecclesiae  Romanae,  juxta  constitutionem 
Pii  V,  reformari,  et  in  lucem  emitti,  impensis  diœcesis.  (Labb.,  tom.  XV, 
pag.  888.) 


I  PARTIE 
CHAPITRE  XV 


des   livres 
romains. 


EN  FRANCE  443 

xviii^  siècle,  font  foi  de  la  fidélité  avec  laquelle  ce  règle- 
ment fut  observé.  Nous  citerons,  en  exemple,  ceux 
d^Amiens  et  de  Noyon,  qui  portent  en  tête  la  clause 
que  nous  avons  signalée  dans  ceux  de  Normandie,  et 
la  justifient  par  leur  accord  avec  les  livres  de  saint 
Pie  V. 

En  la  même  année   i583,  nous  trouvons  le  concile  de  Le  concile  de 

Il        1        A  t  .  T-k    '  j         Bordeaux  en 

Bordeaux,  tenu  par  larcheveque  Antoine,     Prévost  de     1 583  décrète 

r-  1  •      ^  1         '    >^  ji  A  j-)  A         l'adoption    pure 

bansac,  et  auquel  assistèrent  les  eveques  d  Agen,  a  An-  et  simple 
goulême,  de  Poitiers,  de  Saintes,  de  Sarlat,  et  celui  de 
Bazas,  quoique  de  la  province  d'Auch.  On  y  décréta 
l'adoption  pure  et  simple  du  bréviaire  et  du  missel  de  saint 
Pie  V,  attendu  la  grande  pénurie  des  livres  diocésains, 
qu'il  serait  trop  long  et  difficile  de  corriger  et  de  réim- 
primer. Le  concile  en  ordonne  l'usage  exclusif,  en  public 
et  en  particulier,  lequel  devra  être  établi,  en  tous  lieux, 
avant  le  premier  dimanche  de  l'Avent  de  la  même  année 
i583(i). 


(i)  Quoniam  vero  inter  divina  officia,  eorumque  ritus  et  caeremonias  in 
singulis  pêne  hujus  provinciae  diœcesibus,  magna  et  tota  diversitas,  nec 
minor  eorum  librorum  penuria  existit,  quae  breviaria,  missalia,  ma- 
nualia,  seu  baptismalia  nominamus  :  ut  jam  nécessitas  efflagitet  ma- 
gnum ejus  generis  librorum  numerum.  excudi  :  ad  hase,  quia  vetustate 
vel  optima  quaeque  consenescunt,  vel  quadam  illuvie,  situque  obsoles- 
cunt,  ut  propterea  non  pauca  in  hujusmodi  libros  irrepserint,  quae  reco- 
gnitione  et  forsitan  emendatione  opus  habeant,  quod  tamen  longum 
nimis  esset  atque  difficile.  Idcirco  his,  aliisque  de  causis  nobis  visum  est 
unum,  idque  perfacile,  his  tôt  incommodis  remedium  adhiberi  posse,  si» 
quod  jam  facimus,  Breviario  cardinalis  a  Quignonio,  quod  trium  lec- 
tionum  vocant,  ceterisque  omnibus  suppressis,  decerneremus,  sicuti 
tenore  praesentium  decernimus,  ut  in  posterum  Breviaria,  Missalia  et 
Manualia  ex  decreto  concilii  Tridentini  ad  usum  Romanae  Ecclesiae  res- 
tituta,  atque  instaurata,  et  Pii  V  Pont.  Max.  jussu  édita,  ab  iis  omnibus, 
qui  in  hac  provincia  sacramentorum  administrationi  incumbere  et 
divino  cultui ,  ac  precibus,  missarumque  celebrationi  ex  officio  vacare 
debent,  ad  summum  ante  Adventum  proximi  anni  i583,  tam  privatim, 
quam  publice  recipiantur;  eaque  sola  ubique,  et  apud  omnes  in  usu  sint. 
Labb.,  tom.  XV,  pag.  948.) 


444  INTRODUCTION  DE  LA  LITURGIE  REFORMEE 

INSTITUTIONS        C^étalt  allcr,  comme  on.  voit,  plus  loin  que  les  conciles 

LITURGIQUES  ^  ^ 


de  Rouen  et  de    Reims,    qui  avaient    du  moins  sauvé  le 

La  raison      titre  diocésain   des  bréviaires  et  des  missels  ;  mais  dans 

décide  souvent  beaucoup  de  Heux^  la  seule  raison  de  l'embarras  et  de  la 

liv^res^  romains,  dépense  devait  amener  l'introduction  pure  et  simple  des 

livres   romains,    ainsi   que  nous    l'avons    déjà    vu  pour 

l'Église  d'Aquilée. 

Les  évêques  de      Le  concile  provincial  de  Tours  fut  tenu  aussi  en  i583. 

Toursass^mbiés  H  f^t  présidé  par  Simon  de  Maillé,  archevêque  de  Tours, 

pr^dameAt      ^^  on  y  vit  les  évêques  d'Angers,  de  Nantes,   de  Saint-Pol 

l'obligation      ^q  Léon,   de  Saint-Brieuc,  de  Rennes,  de  Ouimper,  de 

d  obéir  en  ^  ^  7  ><_  r      ? 

France  aux     DqL  de  Vannes,  et  les  procureurs  des  évêques  du  Mans, 

constitutions  de  -^     .  ,       .  -^  ,  ' 

saint  Pie  V  sur  de  Saint-Malo,  et  du  chapitre  de  Tréguier,  le  siège  vacant. 
Les  Pères  s'occupèrent  aussi  de  la  réforme  liturgique,  et 
l'on  voit  qu'à  leurs  yeux  Tunité  en  cette  matière  était 
aussi  précieuse  qu'elle  pouvait  l'être  à  ceux  des  évêques 
de  ce  concile  de  Vannes,  de  461,  dont  nous  avons  parlé 
au  chapitre  vi  ;  seulement^  il  ne  s'agissait  plus  de  l'unité 
restreinte  aux  limites  d'une  province  ecclésiastique,  mais 
de  cette  vaste  et  catholique  unité  que  les  pontifes  romains, 
depuis  lors,  avaient  établie,  au  prix  de  tant  de  soins,  dans 
la  Liturgie  de  l'Occident  tout  entier.  Les  évêques  du  con- 
cile de  Tours  ne  font  aucun  doute  de  l'obligation  où  l'on 
est  en  tous  lieux  d'observer  la  constitution  de  saint  Pie  V, 
bien  qu'on  ne  trouve  nulle  part,  jusque-là,  la  plus  légère 
trace  d'une  promulgation,  et  encore  moins  d'une  accepta- 
tion qu'on  aurait  faite  de  cette  bulle  en  France,  soit  en 
concile,  soit  autrement.  Nous  verrons  même  bientôt  les 
gens  du  roi  attaquer  en  plusieurs  lieux  l'autorité  de  cette 
constitution,  et  s'opposer  aux  mesures  prises  pour  son 
application. 

Les  évêques  du  concile  de  Tours  déclarent  donc  l'obli- 
gation, pour  les  ordinaires,  de  faire  imprimer  les  inissels, 
les  bréviaires^  les  graduels,  et  autres  livres  nécessaires 
au  culte  divin^  et  de  les  corriger  exactement,  suivant  la 


EN  FRANCE  445 

forme  prescrite  par  le  Siéffe  apostolique  et  la  constitution       ^  partie 

'  ^  \  .  CHAPITRE  XV 

de  Pie  F,  de  sainte  mémoire  (i). 

Dans  l'exécution  de  ce  décret,  les  divers  diocèses  de  la     La  Bretagne 

,        rT^  •     •  ^      '  ^^rr'  t  adopte   tOUt 

province  de  Tours  suivirent  une  conduite  dinerente.  La      entière  les 

T^  ,,,,,.  ,  ^^^--1       usages  romains. 

Bretagne,  pays  d  obédience,  embrassa  tout  entière  les 
livres  romains,  sans  rien  réserver  de  ses  anciens  usages 
qu'un  Propre  des  saints  par  chaque  diocèse.  Les  Églises 
de  Tours,    du   Mans  et   d'Angers    réimprimèrent  leurs  Tours,  Le  Mans, 

t  u    '    •    •  1        •  j-       '      •  n    jj-  •  Angers, 

missels  et  bréviaires  sous  le  titre  diocésain,  avec  1  addition  corrigent  leurs 

,  •    i-  11  •      -i  1        I  /    •       livres  diocésains 

ad  romani  jormam,  et  1  on  peut  voir  dans  les  lettres  epis-  ad  romani 
copales  placées  en  tête  des  diverses  éditions  qui  en  ont  jormam. 
été  publiées  jusqu'au  changement  de  la  Liturgie,  que  Ton 
se  croyait,  dans  ces  trois  diocèses,  obligé  à  suivre  les 
offices  de  Rome,  tant  à  cause  du  décret  du  concile  de  Trente 
et  de  la  bulle  de  saint  Pie  V,  que  par  le  canon  du  concile 
de  Tours  de  i583.  L'espace  nous  manque  pour  insérer  ici 
ces  importantes  lettres  pastorales,  que  chacun  peut  con- 
sulter en  tête  des  divers  exemplaires  des  bréviaires  de  ces 
trois  diocèses  que  Ton  trouve  encore  dans  les  bibUothèques 
publiques,  et  même  entre  les  mains  de  plusieurs  parti- 
culiers. 

La  province  de  Bourges  tint  son  concile  en  i584,  sous    Le  concile  de 

Bourses 

la  présidence  de  l'archevêque  Renauld  de  Beaulne.  On  y  ordonne  en  1584 
vit  les  évêques  de  Saint-Flour,  de  Cahors,  de  Limoges  ; 'liturgique  pour 
les  procureurs  des  évêques  de  Rodez,  de  Tulle,  d'Albi,  de     égh^se^sVe^ia 
Mende,  de  Vabres,  et  ceux  des  chapitres  de  Glermont  et       province. 
de    Castres,  le    siège   vacant.    Au  titre  premier,    canon 
dixième,  il  est  enjoint  aux  évêques  de  faire  réimprimer  les 
missels,  bréviaires  et  autres  livres  liturgiques,  et  de  les 

(i)  Monemus  episcopos  missalia,  breviaria,  gradualia,  aliosque  libros 
ad  divinum  cultum  necessarios,  quibus  fere  omnes  Ecclesiœ  sunt  desti- 
tutœ,  ut  exacte  emendentur,  ad  normam  a  Sede  apostolica  et  constitu- 
tione  sanctEe  memoriae  Pii  quinti  praescriptam,  et  intra  annum  eorum  qui 
ex  consuetudine  provinciœ  ad  id  tenentur  impensis,  imprimantur,  pro- 
curare. (Labb.,  tom.  XV,  pag.  102 1.) 


44^  INTRODUCTION  DE  LA  LITURGIE  REFORMEE 

INSTITUTIONS    corrigcr,  suivant  le  besoin.  Les  Pères  ajoutent  les  paroles 

LITURGIQUES  .  .  ... 

suivantes,  qui   montrent  clairement  la  conviction  ou  ils 

étaient   que   la    réforme   liturgique    accomplie  à    Rome 

intéressait  tout  l'Occident:   «  S'il  est  des  Églises  qui  se 

«  soient  servies  jusqu'ici  de  l'ancien  office  romain,  qu'on 

«  les  oblige  à  recevoir    celui    qui  vient   d'être  réformé 

«  d'après  le   décret  du  concile  de  Trente  (i).  »  Il  ne  se 

peut,  certes^  désirer,  rien  de  plus  exprès.  Dans  la  province 

de  Bourges,  comme  dans  celle  de  Tours,  les  Églises  se 

divisèrent  dans  la  manière  d'appliquer  la  réforme  litur- 

Bourges  et      gique.   L'Eglise  primatiale,   et  celle  de  Limoges,    entre 

corrigent  leurs  autres,  firent  imprimer,  presque  aussitôt  après  le  concile, 

diocésains;  les  leurs   bréviaires    sous  le  titre  diocésain,  avec  la  clause 

^adoptefue^    dont  nous   avons  parlé.   Saint- Flour,    Cahors,    Rodez, 

romain  pur.     Castres,  etc.,  adoptèrent  le  romain  pur,  et  firent  imprimer 

séparément  Impropre  diocésain. 

Décretduconcile      L'année  suivante  i585,  l'archevêque  d'Aix,  Alexandre 

d'Aix,  qui        ^       .    .       .       .  ,  -i       i  •  i 

prescrit  en      Lanigiani,  tint  le  concile  de  sa  province,  auquel  se  trou- 

les  Égitses  de^k  aèrent  les  évêques  d'Apt,  de  Gap,  de  Riez,  de  Sisteron,  et 

province  de    le  procureur  de  l'évêque  de  Fréius.  On  v  fit  le  décret  sui- 

prendre  les  *^^  n.  )  j 

livres  romains,  yant  :   «  Le  saint  sjmode  désirant  que  tous  les  clercs  de 
c(  cette  province  soient  unanimes  dans  la  louange  de  Dieu, 
«  tant  publique  que  privée,  et  considérant  que,  d'après 
'«  la  constitution  du  pape  Pie  V,   il  est  défendu,   si  l'on  .< 
«  quitte  un  office  particulier,,  d'en  prendre  un  autre  que 
«  leroniain;  comme,   d'ailleurs,  les  autres  églises  cathé- 
«  drales  ne  sont  pas  en  mesure  de  se  conformer  à  l'office  ^ 
«  de  la  métropole;  statue,  prescrit  et  commande  à  tous 
tt  ceux  à  qui  il  appartient,  sous  peine  d'excommunication, 
«  et  autres  à   la  volonté   de  l'évêque,  d'introduire  dans,,: 
«  toutes  les  Églises  de  cette  province  l'usage  du  bréviaire 
«  et  du  missel  réformés  d'après  le  décret  du  saint  concile 

(i)  Si  quae  Ecclesiae  hactenus  usae  sunt  veteri  officio  Romano,  nuper 
reformatum   ex  concilii  Tridentini   decreto  recipere     cogantur.  (Labb. 
lom.  XV,  pag.  1071.) 


I  PARTIE 
CHAPITRE  XV 


EN   FRANCE  447 

«  de  Trente,  d^ici  au  premier  janvier  de  l'année  prochaine 
«   i586.  »  Les  Pères  ajoutent  que  cette  mesure  leur  semble 
préférable  à  la  réimpression  des  bréviaires  particuliers, 
qui  nécessiterait  de  trop  grands  frais,  et  ils  terminent  leur 
décret  par  ces  paroles  qui  mettent  dans  une  nouvelle  évi- 
dence (si  déjà  nous  n'avions  pas  rendu  cette  observation 
banale  à  force  de  la  répéter),  la  conformité  presque  maté-  Preuve  nouvelle 
rielle    de     ces   liturgies    diocésaines  de    France   avec   la      conformité 
romaine,  tant  ancienne  que  réformée:   «   Et  afin  que  les    matéHeUe  des 
livres  tant  de  l'Église  métropolitaine  que  des  autres        liturgies 

c»  r  n  diocésaines    et 

cathédrales,  ne  demeurent  pas  inutiles,  au  grand  préju-  ^^  i^  romaine. 

dice  de  ces  mêmes  Églises,  on  les  adaptera  et  corrigera 

suivant  l'usage  romain,  aux  dépens  du  clergé  de  chaque 

diocèse  (i).  » 

Le  concile  de  Toulouse,  en  1 690,  présidé  par  l'arche-  Le  concile  de 
vêque  François,  cardinal  de  Joyeuse,  ne  fut  pas  moins  1590  prescrit 
absolu  que  celui  d'Aix,  dans  son  décret  sur  Toffice  divin,  livret  romains 
On  y  vit  les  évêques  de  Saint-Papoul,de  Rieux,de  Lavaur,    '^''provînce.  ^"^ 

(i)  Cupiens  haec  sancta  Synodus,  ut  omnes  ecclesiastici  hujus  pro- 
vinciae,  unanimes,  uno  ore  tam  in  ecclesiis,  quam  privatim  honorificent 
Deum  ac  Patrem  Domini  nostri  Jesu  Christi;  et  attendens  quod  ex  cons- 
titutione  felicis  recordationis  Pii  Papae  quinti  prohibitum  est  proprio 
officio  relicto,  aliud  quam  Romanum  assumere  :  ideo  cum  alise  Cathé- 
drales Ecclesiae  officio  metropolitanae  conforinari  non  possint  :  statuit 
haec  Synodus,  et  omnibus  ad  quos  spectat  praecipit  et  mandat,  sub 
pœna  excommunicationis,  ac  alia  arbitratu  Episcopi,  ut  usum  breviarii 
Romani  et  missalis  ex  decreto  sacro  sancti  concilii  Tridentini  restituti  et 
editi  in  omnibus  hujus  provinciae  ecclesiis  intra  illud  tempus,  quod  hinc 
t'  ad  principium.  mensis  januarii  anni  proximi  i586,  interjectum  est,  om- 
nino  introducant.  Visum  est  enim  id  magis  decere,  quam  quod  unaquœ- 
que  diœcesis  proprium  officium  retineret,  praesertim  cum  jam  missalia, 
breviaria,  diurnalia,  gradualia,  antiphonaria,  et  alii  hujusmodi  libri  ad 
uniuscujusque  diœcesis  hujus  provinciae  usum  omnes  pêne  laceri,  imo  et 
omnino  consumpti  sint,  et  vix  reperiantur,  nec  de  novo  imprimi  possint 
absque  magna  impensa  ;  et  ne  iibri,  quos  tam  metropolitana,  quam  aliae 
cathédrales  Ecclesiae  habent,  illis  inutiles  remaneant,  magno  earumdem 
ecclesiarum  praejudicio,  placuit  illos  ad  usum  Romanum  aptari  et  recon- 
cinnari,  impensis  totius  cleri  uniuscujusque  diœcesis.  (Labb.,  tom.  XV, 
pag.  Il 34.) 


448  INTRODUCTION  DE  LA  LITURGIE  REFORMEE 

INSTITUTIONS     et  ks  procurcuFs  des  évêques  de  Lombez,  de  Pamiers,  de 

LITURGIQiJES 

Mirepoix  et  de  Montauban.  Le  canon  est  conçu  en  peu  de 

mots  :  «  Afin  d^établir  un  accord  plus  parfait  entre  les 
«  chrétiens,  les  heures  canoniales  seront  récitées^  tant  en 
«  particulier  qu'en  public,  suivant  la  prescription  du  bré- 
c(  viairejomain  (i).  » 

L'archevêque  de      Le  dernier  de  nos  conciles  de  France  que  nous  trouvons 

Narbonne    tient  .  11    ^    ^    ,     1         'r  r.         •  j  •    ^  -r»-      tt 

en  1609  le      avoir  adhère  a  la  reforme  liturgique  de  saint  Pie  V,  est 

dernier  concile         1     •    1     xt      i_  ^  r  n        1        ^  t        • 

provincial      celui  de  Narboune,  tenu  en  1609,  par  1  archevêque  Louis 
ré'for^me  ^      ^^  Vervins,  et  dans  lequel  siégèrent  les  évêques  de  Carcas- 
liturgique.      sonne,  d'Agde,  de  Saint-Pons,  de  Nîmes,  d'Uzès,  d'Aleth, 
de  Montpellier,  et  les  procureurs  des  évêques  de  Béziers  et 
de  Lodève.   Le  décret,   que  nous  ne  traduisons  pas,  afin 
de   ne   pas  fatiguer   le  lecteur^  qui  peut  le  voir  dans  la 
note  (2),  a  cela  de  particulier  que  les  évêques  y  disent 
expressément  recevoir  la  bulle  de  saint  Pie  V,  et  la  décla- 
rer promulguée^  indiquant  et  signifiant  les  peines  qui  y 
Cette  assemblée  sont  déclarées  contre  les  infracteurs.  Ce  langage  est  fort 
décret  ^souï*  une  différent,  comme  Ton  voit,  de  celui  des   sept  conciles   du 
nouveuTe^  a  la  ^^^^  siècle  que  nous    avons  cités.   Au  reste,  la  prétention 
recevoir  °e^  ^Aq  ^^^  Pères  du  concile  ne  fait  que  rendre  plus  grave  pour 
promulguer  les  les  diverses  églises    de  la  province  Tobligation  de  recon- 
saint  Pie  V.     naître    l'autorité    d'une  constitution  reçue  et  approuvée 
d'une  manière  authentique. 

Les  huit  conciles  provinciaux  dont  nous  venons  de  rap- 

(i)  Sed  ut  major  Christianorum  sit  inter  se  consensio,  horae  canon icae, 
tum  privatim,  tum  publice,  ex  breviarii  Romani  praescripto  recitentur. 
(Labb.,  tom.  XV,  pag.  i388.) 

(1)  Ideo  ut  in  omnibus  unitas  sit  in  Ecclesia  quae  una  est  :  a  quibus- 
cumque  ecclesiasticis,  tam  metropolitanas,  cathedralium,  collegiatarum, 
aliarumque  ecclesiarum  officium  recitari  in  choris,  et  in  ecclesiis  decan- 
tari  praecipimus,  et  mandamus,  juxta  ritum,  ordinem,  modum,  et  formam 
a  felicis  memoriae  Pio  Papa  hujus  nominis  quinto  praescriptam  per 
buUam,  super  reformatione  breviarii  editam  :  quam  nos  recipimus,  et  in 
tota  provincia  recipi  volumus,  et  pressentis  nostri  decreti  publicatione 
sufficienter  promulgatam  declaramus  :  contra  eamdem  agentes,  pœnas  per 
ipsam  latas  eis  indicimus  et  significamus.  (Labb.,  tom.  XV,  pag.  1616.) 


EN    FRANCE 


449 


corrigent  leurs 

anciens 

bréviaires. 


porter   les   ordonnances    sur  la  Liturgie,  nous  ont  fait       i  partie 

,  CHAPITRE    XV 

passer  en  revue  presque  toute  l'Eglise  de  France.  Les ■ 

autres  provinces,  sans  se  réunir  en  concile^  adoptèrent  des 

mesures  analogues  pour  la  réforme  liturgique.  Lyon  main-     Lyon,  Sens, 

^  ^  ^   ^  C5  -1  j  Vienne  et  la 

tint  le  fonds  de  son  office  mêlé  de  romain  et  de  gallican,  plupart  de  leurs 

éfflises 

Plusieurs  des  églises  de  cette  métropole  renouvelèrent,  en  suffragantes 
les  corrigeant,  leurs  anciens  livres;  nous  ne  saurions  in- 
diquer aujourd'hui  leurs  noms  avec  précision.  Langres, 
du  moins,  adopta  le  romain  pur.  Sens  ne  fit  qu'épurer  ses 
anciens  livres  à  Taide  de  ceux  de  saint  Pie  V.  Paris, 
Meaux,  Chartres,  suivirent  son  exemple.  Nous  ne  pouvons 
rien  affirmer  sur  les  autres  églises  de  la  province  de  Sens. 
Auch  adopta  purement  et  simplement  la  Liturgie  romaine    Les  provinces 

,r  /  1  ,      ,  .  .    .  ,  d'Auch, 

retormee,  et  le  reste  de  la  province  suivit  son  exemple.  d'Avignon 

Avignon  et  Embrun,  avec  leurs  églises,  firent  la   même  ^  adop?ent^^^ 

chose.  Il  faut  en  dire  autant  de  la  plupart  des  diocèses  de  ^^  romain, 
la  province  de  Vienne.  Quant  à  la  métropole  elle-même, 
elle  garda  Tancien   bréviaire^,  et   n'en  donna   même  pas 
d'édition  corrigée. 

Si  nous  passons  maintenant  aux  diocèses  qui,  depuis,  ^y^.'^^^^ï^^ ^^ 

^  ^  ^      ^  T.      7        r        '  Malines  de  1007 

ont  été  réunis  au  territoire  français,  nous  trouvons  Cam-    prescrit  pour 

■*  .  la  réforme 

brai  qui  adopta  le  romain   pur;  Arras  qui  corrigea  ses  liturgique,  les 

mêmes  resles 

livres;  Saint-Omer,  dont  la  Liturgie  ne  fut  plus  autre  que     que  ceux  de 
la  romaine.  Dans  la  même  province  ecclésiastique,  Tour- 
nai et  Namur  adoptèrent  également  le  romain. 

Pour  dire  un  mot,  en  passant,  sur  la  Belgique,  nous 
mentionnerons  le  concile  de  Malines,  en  1607,  dans  lequel 
les  prélats  établissent  pour  la  réforme  liturgique  les 
mêmes  règles  que  les  évêques  de  France  dans  les  conciles 
cités  plus  haut.  Les  évêques  qui  prirent  part  à  cette 
Assemblée,  sous  la  présidence  de  l'archevêque,  furent 
ceux  de  Gand,  Bois-le-Duc,  Ruremonde,  Bruges,  Anvers 
et  Ypres. 

Ainsi  fut  rétablie  en  France  l'unité  liturgique,  et  cet 
événement  eut  lieu  d'une  manière  si  éclatante,  qu'il  n'est 
T.  I  29 


France. 


4.b0  INTRODUCTION    DE    LA   LITURGIE   REFORMEE 

INSTITUTIONS    p^g  d'cxemplc  aucune  constitution    pontificale   v  ait  été 

LITURGIQUES        ir  r  X  r  J 

reconnue  obligatoire  dans  un  aussi  grand  nombre  de  con- 
ciles, que  Ta  été  celle  de  saint  Pie  V,  sur  le  Bréviaire 
Non -seulement  romain.  On  voit  aussi  que  ces  conciles  dépassèrent  même 

les  conciles  .  o    •        o- / 

de  France      daus  leur  obcissauce  au  Saint-Siege  les  limites  qu'il  avait 

reconnaissent  /         t-»i  n  •  i  /    ,.  ,     . 

comme        tracees.  Plus  d  un  tiers  de  nos  églises  était  en  possession 

tmik  de   ^  ^'uu  bréviaire,  romain  sans  doute  pour  le  fond,  mais  depuis 

^^Ta^  réforme^^^  pl^^  ^^  deux  ceuts  ans  Corrigé,  réformé  par   Tautorité 

hturg^i^que^  mais  diocésaine.  Néanmoins  les  évêques  jugèrent  que  Tunité 

dépassent  les    ne  pouvait  être  trop  parfaite,  et  reconnaissant  d'ailleurs  la 

limites  dans  ■*•     ^      ^  ^  ^  ^ 

leur  obéissance,  supériorité  de  rédaction  du  nouveau  bréviaire,  ils  ne  firent 
aucune  difficulté,  la  plupart,  de  Tadopter  purement  et  sim- 
plement, les  autres  de  le  faire  imprimer  presque  en  entier 
sous  le  titre  diocésain.  Nous  ne  connaissons  guère  que 
Lyon  dans  toute  la  France  qui  retint  son  ancien  bréviaire, 
et  encore  ce  ne  fut  pas  sans  emprunter  quelques  améliora- 
tions au  nouveau  romain. 
Introduction  Un  autre  événement,  important  pour  l'unité  liturgique 
romains       en  France,  est  l'introduction  des  livres  romains  réformés 

réformés  dans  la 

chapelle       dans  la  chapelle  du  roi,  à  Paris,  et  dans  celles  des  autres 

du  roi  en  i583.      ,  ^  ^  .  '   .  .  ,. 

châteaux  ro3'^aux.  Cette  pieuse  innovation  eut  heu,  par 
ordre  de  Henri  III,  en  i583  (i).  Ce  prince,  à  la  sollicita- 
tion des  jésuites,  auxquels  l'Église  catholique  fut  si  rede- 
vable dès  le  XVI®  siècle,  avait  permis,  en  i58o,  l'impres- 
sion du  Bréviaire  romain,  qui  souffrait  des  difficultés  de 
la  part  du  parlement  de  Paris  (2). 
La  haine  gn  effet,  la  haine  de  ce  corps  contre  tout  ce  qui  venait 

du  parlement  de  ^  ^  ^ 

Paris  contre     de  Rome,  s'était  déjà  éveillée  à  l'apparition  d'un  ensemble 

le  Saint-Siége  ...  / 

éveillée  par    de  Liturgie  imposé  aux  églises  par  le   Saint-Siése.  L'ac- 

cette  réforme  .  .  ,        . 

liturgique,  cord  des  divers  conciles  à  mettre  en  exécution  la  bulle  de 
saint  Pie  V,  n'avait  pas  été  sans  être  remarqué,  et  peut- 
être  une  formelle  intimation  faite  par  les  gens  du  roi  est- 

(i)  On  ne  quitta  toutefois  le  parisien  à  la  Sainte-Chapelle  de  Paris,  que 
le  mercredi  des  Cendres  1610. 
(2)  Grancolas,  Commentaire  historique  du  Bréviaire  romain,  pag.  28. 


EN   FRANCE  45 I 

elle  la  meilleure  explication  de  la  clause  par  laquelle  le       i  partie 

^  ^  ^  CHAPITRE    XV 


concile  de  Narbonne,  tenu  déjà  dans  le  xvii®  siècle,  a  cru 
devoir  déclarer  qu'il  recevait  en  forme  cette  consti- 
tution. Quoi  qu'il  en  soit,  le  parlement  de  Paris  donna, 
vers  i58o,  un  insigne  exemple  de  cette  oppression  reli- 
gieuse que  nul  autre  pays  n'a  mieux  connue  que  le  nôtre. 

On  se  rappelle  que  le  Missel  de  saint  Pie  V  ne  portait    Le  parlement 
point  au  canon  ces  paroles  Pro  rege  nostro.  Nous  avons       ordonne 

r  ,,        •         j     T-»i  •!•  TT         •     j  l'insertion  de  la 

rapporte  i  action  de  Philippe  11  qui,  dans  son  respect  pour  prière  pour 
l'autorité  religieuse,  ne  voulut  pas  employer  son  pouvoir  ^j^ns  îe^*Missei 
royal  pour  arracher  des  prières  au  clergé  espagnol.  Voici  ^^^  canoï^de  la 
maintenant  ce  qui  se  passa  en  France.  Le  parlement,  messe. 
toujours  jaloux  des  droits  du  roi,  quand  il  s'agissait  d'op- 
primer  l'Eglise,  vit  avec  indignation  l'absence  du  nom  du 
roi  dans  le  Missel  romain;  mais  fidèle  à  son  plan  de  natio- 
naliser  l'Eglise,  il  se  garda  bien  de  conseiller  au  souverain 
de  se  pourvoir  auprès  du  Saint-Siège  pour  obtenir  la  même 
faveur  que  Philippe  II  n'avait  pas  dédaigné  de  solliciter. 
De  son  autorité  laïque,  matérielle,  incompétente,  il  fit 
défense,  en  i58o,  à  tous  imprimeurs  du  royaume  de 
publier  le  Missel  romain,  sans  y  ajouter  le  Pro  rege  nostro 
N.;  et  depuis  lors,  on  n'a  jamais  osé  enfreindre  ce  règle- 
ment (i).  Le  temps,  et  plus  encore,  la  condescendance  du 
Siège  apostolique,  a  pu  légitimer  l'emploi  de  ces  paroles 
au  canon  de  la  messe  ;  mais  l'origine  de  cet  usage  n'en 
remonte  pas  moins  à  une  entreprise  du  pouvoir  séculier  qui 
prouve,  d'ailleurs,  assez  clairement  que,  dans  cette  Espagne 
si  méprisée,  ou  plutôt  si  mal  connue,  la  couronne  s'enten- 
dait mieux  en  fait  de  liberté  de  conscience  qu'en  France, 
où  cette  liberté  ne  s'est  jamais  développée  qu'en  faveur  des 
hérétiques. 

Cette  mauvaise  humeur  des  parlements  contre  les  livres 
romains    semble  déjà  présager  dans  l'histoire  la  réaction 

(i)  Grancolas,  ibid.^  pag.  3o. 


452 


INTRODUCTION    DE   LA   LITURGIE  REFORMEE 


INSTITUTIONS    Qi^[  dcvalt  âvoiT  lieu  un  jour  en  France  contre  les  antiques 

LITURGIQUES  ^  '  ^ 


principes  de  la  Liturgie.  Car,  il  faut  bien  l'avouer,  les  ma- 

Un  parti  prêt    gistrats  ne  se  sentaient  pas  seuls  dans  cette  opposition  ; 

^  Imte  du  ^^  ^^  parti  se  formait  sourdement  dans  le  clergé,  et  la  haine 

contre^Rome  se  ^^  Rome  fermentait  déjà  dans  plus  d'un  cœur.  On  en  vit 

forme  au  ^    ^ne  démonstration  bien  significative  de  la  part  de  la  Sor- 

sem  du  cierge.  ^  ^ 

bonne,  en   i583.    L'évêque  de  Paris,  Pierre  de  Gondy, 

ayant  songé  à  introduire  les  livres  romains  dans  sa  cathé- 

Le  chapitre  de  drale^  comme  ils  venaient  d^être  introduits  par  le  roi  lui- 
Notre-Dame  ^  111/-,1'  1TI.T  T^ 

de  Paris  refuse  même  dans  sa  chapelle,  le  Chapitre  de  Notre-Dame  forma 

de  recevoir  .  •  .  .  ,  ,,  ,         . 

la  Liturgie  opposition  contre  cette  intention  du  prélat,  prétendant, 
romaine.  ^^^^  fondement,  que  le  Bréviaire  et  le  Missel  de  Paris  se 
trouvaient  dans  le  cas  de  l'exception  prévue  par  la  bulle; 
qu'on  ne  devait  point  abolir  un  rite  dont  la  renommée 
s'était  répandue  non-seulement  par  toute  la  France,  mais 
dans  presque  toutes  les  autres  églises  de  Tunivers  ;  et 
conclut  à  la  simple  correction  des  livres  parisiens  par  les 
Arrêté  par  cette  Commissaires  déjà  députés  à  cet  effet  (i).  La  commission 

opposition,  .  ,  .,.,,, 

l'évêque  Pierre  Continua  Qonc  son  travail,  mais  elle  s  en  acquitta  avec  tant 
fait^rev°i se/le    ^e  zèle  pour  les  usages  romains  réformés,  qu'elle  y  fit 

'"'^^^Tisï  '''''  ^^^^^^  ^^  presque  totalité  du  Bréviaire  de  saint  Pie  V  (2). 
Nous  venons  de  voir,  d'ailleurs,  que  le  Chapitre,  par  le 
fait  même  qu'il  croyait  l'Église  de  Paris  dans  le  cas  de 
l'exception  prévue  par  la  bulle,  reconnaissait  la  valeur  de 
cette  constitution.  Paris  doit  donc  être  mis  au  rang  des 
Eglises  qui  prirent  part  à  la  réforme  liturgique  de  saint 
Pie  y.  Quant  au  refus  que  firent  les  chanoines  de  prendre 
le  romain  pur,  nous  sommes  loin  de  le  blâmer.  Il  était  i 
trop  juste  que  cette  Liturgie  romaine- française^  enrichie 
par  Robert  le  Pieux,  Fulbert,  Maurice  de  Sully  ;  que 
plusieurs  ordres  religieux  avaient  adoptée  ;  qui  avait 
pénétré  jusque  dans  les  églises  de  Jérusalem,  de  Rhodes, 
de  Sicile,  demeurât  debout  comme  une  de  nos  gloires  natio- 

(i)  Vid.  la  NotcE. 

(2)  Grancolas,  ibidem^  pag.  65. 


par  une 
commission 
qui  le  rend 

presque 

entièrement 

conforme 

au   romain. 


ï 


I   PARTIE 
CHAPITRE  XV 


EN    FRANCE  453 

nales.  Abolie  déjà,  dans  la  plupart  des  cathédrales  fran- 
çaises par  l'introduction  des  livres  romains,  Paris,  du 
moins,  ne  devait  pas  la  laisser  périr;  Rome  elle-même 
avait  préparé  les  voies  à  cette  conservation  par  les  clauses 
de  sa  bulle.  Si  donc  aujourd'hui^  cette  belle  et  poétique 
forme  du  culte  catholique  n'est  plus,  demandons-en 
compte,  non  au  Siège  apostolique,  mais  aux  Parisiens 
modernes  qui,  cent  ans  plus  tard,  se  plurent  à  renverser 
l'antique  et  noble  édifice  que  leurs  pères  avaient  défendu 
avec  tant  d'amour. 
C'est  que  malheureusement,  comme  nous  le  disions  tout  Le  Chapitre  de 

^1,,  .         ^  .  .   ,         .  ,      Paris  consulte 

a  1  heure,  un  parti  se  formait  qui  devait,  au  temps  marque,  laSorbonne  sur 
poursuivre  l'œuvre  romaine  de  la  Liturgie,  jusque  dans    ^rojetee^Tes 
les  livres  diocésains.  La  Sorbonne  recelait  des  hommes  ^^^^^^  romains, 
de  ce  caractère,  et  l'histoire  nous  a  conservé  le  scandaleux 
avis  que   cette    Faculté,  ou  plutôt  quelques-uns   de  ses 
membres,  consultés  par  le  Chapitre  de  Paris,  donnèrent 
contre  l'adoption  projetée  des  livres  romains.  Le  lecteur 
trouvera  cette  étrange  pièce  ci-après  (i):  nous  en  choisis- 
sons seulement  ici  les  principaux  traits. 
Après  quelques   banalités  sur  le  grand  bien  qu'il  y   a       Réponse 

,  .  ,   ,  .,,.,,,.  .  scandaleuse  de 

dans  la  variété,  comme  si  1  unité  n  était  pas  aussi  une  c^ueiques 
chose  désirable,  les  docteurs  disent  leur  véritable  pensée  : 
«  L'adoption  du  Bréviaire  romain  diminuerait  beaucoup 
«  l'autorité  des  évêques  et  des  diocèses.  Les  promoteurs 
«  de  cette  mesure  sont  gens  qui  veulent  faire  leur  cour. 
'f  Les  évêques  ont  puissance  de  police  et  de  règlement 
«  dans  leurs  diocèses,  comme  l'évêque  de  Rome  dans  le 
«  sien;  ce  grand  bien  serait  ébranlé  par  le  changement 
*  en  question.  Cette  entreprise  serait  contre  la  liberté 
«  de  l'Eglise  gallicane  qui,  si  elle  se  soumettait  à  celle 
«  de  Rome  dans  une  chose  aussi  capitale,  lui  demeure- 
ce  rait  assujétie  en  tout  le  reste  :   car  l'accessoire  suit  le 


docteurs. 


I 


(i)   Vid.  la  Note  F. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


La  Sorbonne 

proteste 

elle-même 

en  i6o3 

contre  cet    avis 

dicté  par 

la    haine    de 

Rome. 


Réforme 

liturgique  en 

Franche-Comté 

et  en  Suisse. 


454  INTRODUCTION   DE   LA    LITURGIE   REFORMEE 

principal.  Il  n'y  a  pas  plus  de  raison  à  ce  que  tous  les 
prêtres  disent  en  tous  lieux  un  même  bréviaire,  quMl 
n'y  en  a  à  ce  que  tous  les  laïques  adressent  à  Dieu  la 
même  prière.  Après  tout,  que  résulte-t-il  autre  chose  de 
ceci,  si  ce  n'est  l'accroissement  non  de  la  religion,  mais 
de  la  superbe  et  ambition  romaines  ?  Que  la  crête  du 
coq  gaulois  ne  le  cède  pas  ainsi 'au  sourcil  romain! 
Il  ne  s'agit  pas  ici  de  religion,  mais  d'orgueilleuse  four- 
berie. Si  les  évêques  connaissent  ce  qu'ils  sont,  ils 
doivent  savoir  qu'ils  ont  pouvoir  de  régler  la  forme  de 
la  prière,  aussi  bien  que  le  pape  dans  son  diocèse  de 
Rome;  autrement,  ils  ne  seraient  que  les  chapelains  du 
pape.  » 

Voilà,  certes,  de  la  franchise  :  toute  la  pièce  est  dans 
le  même  goût.  Les  docteurs  se  prévalent  surtout  de  l'in- 
convenance qu'il  y  aurait  de  renoncer  au  culte  des  saints 
du  diocèse,  en  adoptant  le  calendrier  romain.  Cette  diffi- 
culté n'est  pas  sérieuse,  puisque  tout  le  monde  sait  que, 
dans  tous  les  diocèses  où  l'on  suit  le  romain  pur,  on  est 
autorisé  à  joindre  au  bréviaire  un  Propre  des  saints  locaux 
qui  peut  être  aussi  complet  qu'on  le  désire.  Au  reste, 
dans  une  cause  qui  fut  plaidée  en  parlement,  en  i6o3,  et 
dont  nous  parlerons  ailleurs, Tavocat  du  roi,  Servin,  ayant 
inséré  cet  acte  de  la  Sorbonne  en  son  plaidoyer,  la  Faculté 
réclama  contre  l'insertion  et  contre  l'acte  lui-même  qui 
doit  donc  être  considéré,  non  comme  l'avis  de  tous  les 
membres  de  cette  Compagnie,  mais  simplement,  ainsi  que 
nous  avons  dit^  comme  la  manifestation  d'un  esprit  de  ré- 
volte dans  quelques  particuliers.  Nous  verrons  bientôt  le 
terrible  incendie  qu'alluma  cette  étincelle  cachée  un  moment 
sous  la  cendre.  Achevons  le  tableau  de  la  réforme  litur- 
gique  dans  l'Eglise  latine,  au  xvf  siècle. 

Les  diocèses  qui  avoisinent  la  France  du  côté  de  TAlle- 
magne,  ceux  de  la  Franche-Comté  et  de  la  Suisse,  par 
exemple,   réformèrent  leur  Liturgie,  d'après  la  romaine. 


I   PARTIE 
CHAPITRE  XV 


EN   FRANCE    ET    DANS   LE   RESTE    DE    l'oCCIDENT  455 

suivant  leur  génie  particulier.  Besançon  garda  le  titre  dio- 
césain àla  tête  de  ses  livres  qui  retinrent  beaucoup  d'usages  ' 
particuliers.  Zaccaria  indique  un  missel  de  Coire,  sous  la 
date  1589.  Aujourd'hui,  toute  la  Suisse,  à  l'exception  de 
Lausanne,  suit  les  livres  romains  purs. 

On  trouve,   dans  les  bibliothèques,  des  bréviaires  de      Plusieurs 

^  ^  églises 

Cologne  (i),   de    Trêves,  de  Mayence,  de  Constance,  de    d'Allemagne 

.  .  .       ,      *    1      corrigent  leurs 

Wurtzbourg,  de  Worms,  de  Spire,  etc.,  imprimes  a  la         Ryres 

.       ,  -v    1  /r  /       n         ^  1*1  •        -r»'     17"         diocésains; 

fin  du  XVI®  siècle  et  reformes  d  après  celui  de  saint  rie  V.  les  autres,  ainsi 
Aujourd'hui,  plusieurs    de  ces  églises   suivent  le  romain  ^'Autridie,  de 
pur,  ainsi  que  toute  PAutriche,  la  Hongrie,  la  Pologne,  ^""""^l'il^^l^  "^^ 
le  Tyrol,    etc.,  qui    embrassèrent     de   suite    les    livres     P^^'iîf^^^l^^^ 

j        ~  7    1  romain   pur. 

réformés. 

L'Angleterre  était  déjà  séparée  de  la  communion  ro-    L'Angleterre 

,   /     ^.,  ,.  ,  j         ^11-  ne  prend  aucune 

maine,  quand  le  biege  apostolique  s  occupa  du  rétablisse-       part  à  la 
sèment  de  l'unité  de  Liturgie  :   elle  ne  put  donc  y  prendre    ordonnée  par 
part.  Nous  apprenons  de  Burnet  et  de  Larrey,  historiens       g^g  ^jj^q  ' 
de  la  réforme  anglicane,  cités  par  le  P.  Lebrun  {2),  qu'a-      ^ation^afe^s 
vant  la   défection  de  l'Angleterre,  on  comptait   dans   ce  ^y^^^  ^^jf  F^^ 

c>  ^  r  par  suite  de 

royaume  cinq  Liturgies  principales  qui   étaient  autant  de  la  persécution. 

formes  de  la  romaine;  savoir,  celle  de  Salisbury,  qui  avait 

cours  dans  les  provinces  méridionales,  sous  le  nom  de 

Sarum^  dont  on  trouve  une  édition,  ainsi  que  du  bréviaire, 

imprimée  à  Paris  en   i556;  celle  d'York,    qui    était   en 

usage  dans  les  provinces  septentrionales;  celle d'Héréford, 

dont  l'usage  était  reçu  dans  la  partie  méridionale  du  pays 

de  Galles;  celle  de  Bancor,  pour  la  partie  septentrionale 

du  même  pays;  enfin,  celle  de  Lincoln,  pour  le  diocèse  de 

ce  nom. 

Il  est  temps  de  revenir  à  Rome,  centre  de  la  réforme 
liturgique,  et  de   considérer  encore  les  grandes  œuvres 

(i)  Le  diocèse  de  Liège,  qui  était  de  la  province  de  Cologne,  a  gardé 
longtemps  un  bréviaire  particulier.  Aujourd'hui  il  est  soumis  au  romain, 
sauf  certains  rites  qui  lui  sont  propres. 

{2)  Explication  de  la  Messe,  tom.  IV,  pag.  5o. 


4^6  RÉFORME   DE    LA   MUSIQUE   d'ÉGLISE 

INSTITUTIONS    accomplics  dans  ce  but  par  les  pontifes  romains.   L'état 

LITURGIQUES  "^  ,  ^i^-^-      ^^  wtcii. 

du  chant  et  de  la  musique  ecclésiastiques  appelait   tous 
Décadence      leurs  soins.  Nous  avons    vu    combien  cette    partie    de 

de  plus  en  plus  i       t  v         •  •  ^  rc  a  «v    , 

accentuée      1^   Liturgie   avait  souffert,  aux  xiv'  et  xv«    siècles,    de 
ecciésfas'^tique   l'^sprit  d'iunovation.  Le  lecteur  n'a  pas  oublié  la  célèbre 

'''idfgiTuse?''''^"!^^  ^^  J^^"  XX"^  ^^^^^  Sanctoriim.  Nonobstant 
ces  efforts  si  louables,  le  mal  allait  croissant  en  pro- 
portion du  relâchement  de  la  discipline.  Dans  la  plupart 
des  églises,  le  chant  grégorien  avait  disparu  presque 
complètement;  une  musique  toute  profane,  bruyante,  entor- 
tillée, farcie  de  réminiscences  mondaines,  et  sous  laquelle 
il  n'était  nullement  question  du  sens  des  paroles,  avait 
envahi  les  plus  augustes  basiliques.  La  voix  humaine  n'y 
paraissait  plus  que  comme  un  instrument  à  produire  des 
sons  plus  ou  moins  habiles. 
Le  concile  De  tels  abus  ne  pouvaient  échapper  à  la  sollicitude  du 

de  Trente  -r      j      t^  t-. 

prohibe  toute  concile  de  Trente.  En   i562,  dans  les  congrégations  qui 

musique  lascive         ,         ^  i      j/  i  •/-         i     i 

dans  les  églises  préparèrent  le  décret  sur  le  sacrifice  de  la  messe,  on  pro- 
rétuded\fchant  P^^sa  d'interdire  absolument  la  musique  durant  lacélébra- 
^'^'^^^da^iï'^^^^    tion  des  saints  mystères  ;  mais  le  plus  grand  nombre  des 
les  séminaires,  pères,  spécialement  les  espagnols,  la  défendirent  comme 
favorisant  la  piété,   lorsque  la  teneur  du   chant  et    les 
paroles  étaient  propres  à  inspirer  la  dévotion  et  que  l'on 
pouvait  comprendre  le  sens  de  celles-ci.  Le  concile  se  con- 
tenta donc  de  prohiber  dans  sa  vingt-deuxième  session,  tant 
sur  Torgue  que  dans  le  chant  proprement  dit,  toute  musique 
qui  offrirait  quelque  chose  de  lascif  et  d'impur  (i).  Quel- 
ques mois  plus  tard,  dans  sa  session  vingt-troisième,  la 
sainte  assemblée  voulant  pourvoir  à  la  réforme  du  clergé, 
décrétait  la  fondation  des  séminaires  et  plaçait  l'étude  du 
chant  ecclésiastique  parmi  les  exercices  auxquels  on  devait 
appliquer  les  jeunes  clercs. 

(i)  Ab  ecclesiis  vero  musicas  eas,  ubi  sive  organo,  sive  cantu  lascivum 
aut  impurum  quid  miscetur,  arceant  episcopi.  {Conc.  Trid.  sess.  XXII. 
Decretum  de  observandis  et  evitandis  in  celebratione  missae.) 


PALESTRINA   ET    LA    ME?SE    DU    PAPE   MARCEL  467 

L'année  suivante,  i563,  les  cardinaux  Morone  et 
Navagero,  récemment  envoyés  par  Pie  IV  pour  présider 
le  concile,  résolurent  de  porter  de  nouveau  l'attention  des 
Pères  sur  des  abus  toujours  subsistants;  et  dans  les  articles 
de  réforme  préparés  pour  la  vingt-quatrième  session,  ils 
firent  insérer  la  défense  de  faire  entendre  dans  les  églises 
une  musique  trop  molle.  L^empereur  Ferdinand,  auquel 
ces  articles  furent  communiqués,  exprima  la  crainte  que 
Ton  n^entendît  ces  paroles  comme  une  interdiction  formelle 
du  chant  figuré,  qui  souvent  excitait  à  la  dévotion.  Par 
déférence  pour  Tempereur,  les  légats  renoncèrent  à  la 
rédaction  qu'ils  avaient  proposée;  et  dans  la  session  célé- 
brée le  1 1  novembre  1 563,1e  décret  publié  pour  la  réforme 
des  chapitres  cathédraux,  renvoya  aux  conciles  provin- 
ciaux le  soin  de  déterminer  tout  ce  qui  touchait  à  la  célé- 
bration de  Toffice  divin,  en  particulier  à  la  manière  de 
chanter  ou  de  moduler  convenablement,  et  chargea  ces 
assemblées  de  tracer  des  règles  sur  cet  objet  selon  l'utilité 
et  les  usages  de  chaque  contrée.  En  attendant  la  réunion 
des  conciles,  chaque  évêque  était  invité  à  pourvoir  à  ces 
nécessités  avec  l'assistance  de  deux  chanoines,  dont  l'un 
serait  de  son  choix  et  Tautre  désigné  par  le  chapitre  (i). 

Après  avoir  donné  par  son  approbation  force  de  loi 
aux  décrets  de  réforme  du  concile  de  Trente,  Pie  IV 
établit  le  2  août  i564,  une  congrégation  de  huit  car- 
dinaux, chargés  de  veiller  à  leur  exacte  observation. 
Dès    la    première    année    de    son    institution ,    elle    se 


(i)  Caetera  quae  ad  debitum  in  divinis  officiis  regimen  spectant,  deque 
congrua  in  his  canendi  seu  modulandi  ratione,  de  certa  lege  in  choro 
conveniendi  et  permanendi,simulque  de  omnibus  Ecclesiae  ministris,  quae 
necessaria  erunt,  et  si  qua  hujusmodi,  synodus  provincialis,  pro  cujus- 
que  provinciae  utilitate  et  moribus,  certam  cuique  formulam  prœscribet 
Interea  vero  episcopus  non  minus  quam  cum  duobus  canonicis,  quorum 
unusab  episcopo,  alter  a  capitulo  cligatur,  in  iis  quae  expedire  videbun- 
tur,  poterit  providere.  {Co7îC.  Trid.,  sess.  XXIV,  c.  xii.) 


I   PARTIE 
CHAPITRE     XV 


Les  conciles 
provinciaux  et 

les  évêques 
chargés  de  la 

réforme   du 

chant  et  de  la 

musicjue 

d'église. 


La  congrégation 

de  cardinaux, 

instituée 

par  Pie  IV  pour 

veiller  a 

l'exécution  des 

décrets  de 

Trente, 

s'occupe  de  la 

réforme 

de  la  musique 

d'église 

dans  Rome. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Les  cardinaux 

Vitellozzi 

et  Borromée 


458  RÉFORME   DE    LA    MUSIQUE   d'ÉGLISE 

préoccupa  de  la  correction  du  chant  et  de  la  musique 
dans  la  ville  de  Rome  et  surtout  dans  la  chapelle  ponti- 
ficale, qui  devait  donner  l'exemple  de  la  régularité  à  toutes 
les  églises  de  la  ville  et  du  monde.  Cette  réforme  était 
d'autant  plus  importante,  que  la  musique  tendait  à  usur- 
per de  plus  en  plus  la  place  du  chant  grégorien  dans  la 
capitale  du  monde  chrétien.  La  congrégation  chargea 
spécialement  de  cette  affaire  les  deux  cardinaux  Vitellozzo 
Vitellozzi  et  Charles  Borromée,  et  les  invita  non-seule- 
ment à  faire  observer  les  décrets  du  concile  en  bannissant 
les  airs  lascifs,  mais  à  exiger  plus  de  clarté  dans  les  paroles 
des  messes,  que  l'on  n'entendait  pas,  quand  on  chantait 
en  musique. 

Sur  la  demande  des  deux    cardinaux,  le  collège  des 
,     chantres  de  la  chapelle  papale  désigna  huit  de  ses  mem- 

traitent  avec  les  i  r    r  o 

chantres  de  la  bres  pour  conférer  avec  eux.  Vitellozzi  et  Charles  Borro- 

chapelle  papale        , 

au  nom  de  la    mee  demandaient  que  l'on   bannît  désormais  les  messes 

congrégation.  m  /       j  1        v  ^  ^  1     t  •.         •         ' 

mélangées  de  paroles  étrangères  a  la  Liturgie  ou  composées 
sur  des  airs  profanes,  ainsi  que  les  motets  dont  les  paroles 
avaient  été  inventées  par  le  caprice  de  personnes  privées. 
Les  chantres  ne  firent  aucune  difficulté  à  ce  sujet  ;  mais, 
lorsque  les  cardinaux  leur  demandèrent  si  les  paroles 
chantées  en  musique  par  le  chœur  pouvaient  être  toujours 
entendues  facilement,  ils  répondirent  que  ce  n'était  pas 
toujours  possible.  Les  cardinaux  insistèrent  et  citèrent 
comme  modèles  certains  morceaux  qui  s'exécutaient  à  la  j 
chapelle  pontificale,  en  particulier  les  Impropères  du 
vendredi  saint  composés  par  le  maître  Jean-Pierre-Louis 
de  Palestrina,  autrefois  membre  du  collège  des  chantres 
pontificaux,  exclu  sous  Paul  IV  parce  qu'il  était  marié 
et  alors  maître  de  chapelle  de  la  basilique  libérienne. 
Après  plusieurs  conférences,  il  fut  convenu  que  cet  illus- 
tre compositeur  serait  chargé  d'écrire  une  messe  dont  ni 
le  thème,  ni  la  mesure,  ni  les  mélodies,  n'offriraient  rien 
de  lascif  et  de  mondain,  et  dans  laquelle,   malgré  l'har- 


I   PARTIE 
CHAPITRE     XV 


PALESTRINA   ET   LA   MESSE   DU    PAPE   MARCEL  469 

monie  et  les  fugues,  on  entendrait  facilement  chacune  des 
paroles  et  le  sens  de  toutes  les  phrases.  Les  cardinaux  ' 

promirent  que  si  Palestrina  satisfaisait  à  ces  exigences,  la 
musique  continuerait  à  être  permise  dans  les  églises  ;  mais 
ils  ne  dissimulèrent  point  qu'en  cas  d'échec  de  sa  part, 
ils  seraient  obligés  de  prendre  les  mesures  qui  leur  sem- 
bleraient opportunes  d'après  Tavis  de  leurs  collègues. 

Le  cardinal  Borromée,  archiprêtre  de  la  basilique  libé-     ^^aTéi^d'êu-e 
rienne,  se  chargea  de  donner  lui-même  les  ordres  à  Pales-      bannie  du 

,  ^  sanctuaire,  est 

trina,  qui  était  sous  sa  dépendance  comme  maître  de  sauvée  par  une 

^  ,  .  ,  messe  que 

chapelle  de  son  église.  Pour  sauver  la  musique  sacrée  et      Palestrina 

.,  ,,.  ,    y  .A  '     '     ^     compose  et   fait 

empêcher  une  resolution  trop  severe  qui  eut  prive  la  exécuter 
Liturgie  d'un  de  ses  plus  puissants  moyens  d'action,  la  cardînaux  de  la 
Providence  avait  préparé  dans  Rome  même  cet  homme  XÇo^fdie^.^ 
d'un  génie  profondément  liturgique,  dont  les  ressources 
étaient  à  la  hauteur  de  sa  mission.  Palestrina  se  mit  à 
l'œuvre  avec  l'ardeur  la  plus  vive  et  la  plus  fervente.  Il 
sentait  qu'il  s'agissait,  pour  la  musique  religieuse,  de  la 
vie  ou  de  la  mort.  L'usage  du  temps  était  de  placer  en 
tête  de  chaque  nouvelle  composition  musicale  un  titre, 
auquel  on  donnait  autant  que  possible  une  forme  piquante 
et  parfois  même  bizarre.  Dans  la  simplicité  de  sa  foi, 
Palestrina  écrivit  en  tête  de  son  manuscrit  ces  mots  : 
Illumina  oculos  meos ,  «  Seigneur,  illuminez  mes 
yeux  »_,  voulant  que  cette  humble  prière  servît  seule  à 
désigner  son  ouvrage.  Aidé  par  l'Esprit-Saint,  dont  il 
avait  appelé  le  secours,  l'illustre  maître  composa  en  peu 
de  jours  trois  messes  dans  les  conditions  qui  lui  avaient 
été  prescrites  ;  et  le  28  avril  i563,  jour  à  jamais  mémo- 
rable dans  les  fastes  de  la  musique  sacrée,  les  chantres  de 
la  chapelle  pontificale  les  exécutèrent  devant  les  huit  car- 
dinaux, interprètes  du  concile  de  Trente,  réunis  chez 
Vitellozzi.  Tous  les  membres  de  ce  tribunal,  qui  allait 
prononcer  sur  le  sort  de  la  musique  religieuse,  étaient  des 
princes  de  l'Église,  célèbres  par  leur  savoir,  leur  expé- 


I 


4^0  RÉFORME    DE    LA    MUSIQUE    d'ÉGLISE 

INSTITUTIONS    ncnce.  la  gravité  de  leurs  mœurs  :  et  parmi  eux  se  trou- 

LITURGIQUES  ^  ^  ■"• 

valent  deux  austères  réformateurs,  autour  du  front  des- 
quels brillait  déjà  l'auréole  de  la  sainteté,  Michel  Ghisleri, 
depuis  saint  Pie  V,  et  Charles  Borromée.  Ils  furent  una- 
nimes dans  le  jugement  qu'ils  portèrent  des  trois  messes 
de  Palestrina  :  elles  répondaient  toutes  les  trois  aux 
conditions  du  programme  tracé  à  l'illustre  compositeur  ; 
mais  la  troisième  surtout  leur  parut  admirable  par  la 
simplicité,  l'onction  et  la  richesse  que  Fauteur  y  avait 
déployées.  Le  sens  du  texte  était  exprimé  avec  une  préci- 
sion et  une  clarté  que  rien  ne  pouvait  surpasser.  La  cause 
était  gagnée.  Les  cardinaux  conclurent  que  la  musique  ne 
serait  pas  bannie  des  églises,  à  condition  que  de  leur  côté 
les  musiciens  ne  chanteraient  plus  que  des  compositions 
dignes  du  sanctuaire. 
Après  avoir         gu^  \q  rapport  qui  lui  fut  fait  par  les  cardinaux,  le  pape 

le  chef-d'œuvre  Pie  IV  voulut  entendre    lui-même   le    chef-d^œuvre   de 

de  Palestrina,  .  ri/  '  i  •    • 

Pie  IV  déclare  Palestrma.  Il  fut  chante  en  sa  présence  le  19  juin  i563, 
impossible  de  dans  la  chapelle  Sixtine,  où  le  Sacré  Collège  était  réuni 
^"mus^ue  ^  autour  du  souverain  Pontife  pour  remercier  Dieu  de 
religieuse.  Palliance  heureusement  conclue  entre  le  Saint-Siège  et  les 
cantons  catholiques  de  Suisse.  Le  saint  cardinal  Borromée 
célébrait  la  messe  ;  les  chants  de  Palestrina,  exécutés  par 
les  voix  incomparables  du  collège  des  chantres  pontificaux, 
ravirent  tous  les  assistants  et  le  pape  dit  à  la  fin  de  la 
cérémonie,  qu^après  cette  messe  de  Palestrina  la  musique 
ne  pouvait  plus  être  attaquée,  qu'il  ne  fallait  pas  la  sup- 
primer, mais  en  modérer  l'usage.  En  témoignage  de  sa 
gratitude,  le  souverain  Pontife  créa  pour  l'illustre  maître  la 
charge  de  compositeur  de  la  chapelle  papale.  La  jalousie 
voulut  la  lui  ôter  après  la  mort  de  Pie  IV  ;  mais  saint 
Pie  V,  et  plus  tard,  Grégoire  XIII,  Sixte  V  et  Clé- 
ment VIII  lui  conservèrent  une  récompense  si  bien  méri- 
tée, et  il  en  jouit  jusqu'à  sa  mort  arrivée  en  1594.  Déjà  de 
son  vivant,  l'enthousiasme  de  ses  admirateurs  Pavait  salué 


PALESTRINA   ET    LA   MESSE   DU    PAPE    MARCEL  46 1 

du  titre  de  Prince  de  la  îmisïque  sacrée,  que  personne       i  partie 

.  CHAPITRE   XV 

encore  n  a  pu  lui  disputer.  

Deux  ans  après  son  triomphe,  dédiant  à  Philippe  II,      Paiestrina 
roi  d'Espagne,  un  recueil  de  ses  compositions,  l'illustre    chef-d'œuvre 
maître  y  inséra  la  messe  qui  avait  gagné  la  cause  de  la  du^p^^Ma'nïi^ 
musique  religieuse  ;  et  par  reconnaissance  pour  le  pape 
Marcel  II,  qui,  étant  simple  cardinal,  s'était  fait  autrefois 
son  bienfaiteur,  Palestrina  mit  le  nom  de  ce  pontife  en 
tête  de  son  chef-d'œuvre,  désirant  qu'il  fût  désigné  désor- 
mais sous  le  nom  de  Messe  du  pape  Marcel.  Non-seule-     Erreur  qui 

1  ,./  ,,.  ^  '   -       ^  j  •  résulte  de  cette 

ment  la  postérité  a  obei  au  desir  du  grand  compositeur,  appellation, 
mais  trompée  par  un  titre  dont  elle  oublia  promptement 
l'origine,  elle  crut  bientôt  que  Marcel  II  était  le  pontife 
qui  avait  songé  à  bannir  la  musique  de  TÉglise  et  que 
Palestrina  l'avait  désarmé  en  lui  faisant  entendre  cette 
,  messe  d'une  harmonie  toute  divine  (i). 

Les  conciles  provinciaux,  tenus  pour  l'exécution   des 
décrets  de  l'assemblée  oecuménique  de  Trente,  ne  négli- 
gèrent pas  le  devoir  de  surveiller  la  musique  d'église.  Ils 
parlèrent  énergiquement  contre  les  abus  qui  s'étaient  intro- 
duits à  cet  égard  ;  réclamèrent  expressément  contre  les     prov'incîaux 
mélodies  mondaines  qui  n'étaient  que   trop  en  usage,  et  ^  ^'^'i^éForme  ^  ^^ 
firent  des  règlements   contre  ceux  qui  ensevelissaient  le  ^^^^  ia^tî^^e 
sens  des  paroles  sous  le  fracas  des  voix.  Caveant  episcopi 
ne  strepiiu  incondito  sensus  sepeliatur.  Ce  sont  les  paroles 
du  concile  de  Tolède  de  i566. 

Après  avoir  assuré  la  pureté  du  missel  et  du  bréviaire,     ^c^^f^endri^r^ 
et  sauvé  les  traditions  de  l'Église  sur  la  musique  sacrée,    ^  ,  P.^^  ^„, 

^  ^  '     Grégoire  XIII 

en  i582. 

(i)  Cette    fausse    tradition,  rapportée  par  Benoît  XIV  lui-même  {BuU 

larium ,  t.    III,  Constit.  de  Ecclesiarum  cultii,  §  3),    par  Adami    [Osser- 

va^ioni  per  ben  regolare  il  coro  dei  cantori  délia  capella  pontificia.  Pre- 

fazione  istorica,  p.  11),  et  par  cent  auteurs,  a  été  discutée  avec  grand  soin 

par  l'abbé  Baïni,  directeur  de  la  chapelle  pontificale,  dans  son  intéressant 

et  savant  ouvrage  sur  Palestrina.  Memorie  storico-critiche  délia  vita  et 

délie  opère  di  Giovanni  Pier-Luigi  da  Palestrina,  detto  il  Principe  délia 

miisica.  Roma,  1828,  t.   I,  p.  74-294. 


462  RÉFORME   DU    CALENDRIER 

INSTITUTIONS  ^j^q  grande  œuvre,  à  la  fois  liturgique  et  sociale,  appelait 
la  sollicitude  des  pontifes  romains.  Le  calendrier,  fonde- 
ment de  la  Liturgie,  comme  il  l'est  des  relations  des 
hommes  entre  eux,  était  tombé  dans  un  désordre  complet. 
Le  soin  de  le  réformer  appartenait  aux  pontifes  romains, 
puisque,  dès  l'origine  de  l'Église,  nous  les  voyons  chargés 
de  faire  parvenir  aux  églises  la  date  pascale,  centre  de 
l'année  chrétienne,  et  que  cette  date  devenait  de  plus  en 
plus  incertaine.  Le  concile  de  Trente  s'était  préoccupé  de  ce 
grave  objet,  mais  il  avait  fini  par  en  renvoyer  Fexamen  et 
le  jugement  au  pape.  C'était,  du  reste,  un  grand  spectacle 
de  voir  encore  au  xvi^  siècle,  l'Europe^  ou  plutôt  le 
monde  civilisé  tout  entier,  redemandant  à  Rome  >  la  clef 
perdue  de  la  science  des  temps.  Grégoire  XIII  eut  la 
gloire  de  rendre  ce  service  à  Thumanité.  Il  s'entoura  de 

Principaux     toutes  les  lumières,  forma  une   commission    des    hom- 

savants 

consultés  par  le  mes  les  plus  célèbres  dans   les  études  astronomiques,  et 

souverain  j    •      j-  11  •  1 

Pontife.  parmi  lesquels  on  doit  distinguer  les  deux  qui  eurent  le 
plus  d'influence  sur  les  résultats,  le  cardinal  Sirlet  et  le 
jésuite  allemand  Christophe  Clavius.  Un  médecin  italien, 
Louis  Lilio,  bien  qu'il  fût  déjà  mort  à  l'époque  même 
de  la  conclusion  de  cette  grande  affaire,  y  eut,  peut-être, 
la  part  principale^  au  moyen  d'un  mémoire  spécial  qu'il 
laissa  après  lui,  et  dans  lequel  il  indiquait  la  méthode  la 
plus  facile  et  la  plus  sûre  pour  la  correction  tant  désirée. 
Grégoire  XIII  voulut  aussi  consulter  plusieurs  savants 
astronomes  étrangers,  entre  autres,  François  de  Foix  de 
Candale,  seigneur  français  ;  et  quand  il  eut  recueilli 
toutes  les  notions  nécessaires  pour  une  réforme  éclairée 
et  légitime,  il  la  déclara  à  l'Eglise  et  l'établit  formellement, 
par  une  bulle  qui  commence  par  ces  paroles  :  Inter  gra- 
vissimas^  et  qui  est  datée  du  VI  des  calendes  de  mars 
i582  (i).  La  marche  de  cet  ouvrage  nous  amènera  ailleurs 

(i)  Bullar.  Rom,  Edit.  Luxemb.,  tom.  II,  pag.  448. 


XII  r 


PUBLICATION    DU    MARTYROLOGE    ROMAIN  403 

à  parler  au  Ions:  du  calendrier  et  de  la  nature  des  réformes        ^  partie 

^  ,  ,  CHAPITRE   XV 

qui  ont  été  faites.  Il  suffit  de  rappeler  ici  que  tous  les  Etats  " 
catholiques  adoptèrent  immédiatement  le  calendrier  grégo-     Les  nations 

,  .  T/v    V  1  •        V       protestantes 

rien  ;  les  nations  protestantes  dmererent  plus  ou  moins  a       refusent 
accepter  ce  service  rendu  à  la  société,  parce   qu'il  venait    d'adopter^ie 
d'un  pape;  néanmoins,  elles  finirent  par  se  rendre;  mais      ?r|gorYe^n 
TAngleterre,  seulement  au  siècle  dernier.  Il  ne  reste  plus  ^^^   ^^   Russie 
aujourd'hui,  en  Europe,  que  la  Russie  qui  tienne  encore     autres  États 

...  -  -y       r  11  -1  schismatiques 

pour  1  ancien  style^  et  cela  afin  que  les  hommes  voient  dans     repoussent 

/   .    /    ,  .  •  1  ,  .  encore 

tout  son  jour  cette  vente  historique,  que  le  schisme  est    aujourd'hui. 
encore  plus  haineux   et  plus  aveugle  que   Thérésie  elle- 
même.  Mieux  valurent  à  l'Afrique  chrétienne  les  ariens 
eux-mêmes  que  les  donatistes. 

Grégoire  XIII  eut  bientôt  à  accomplir  une  œuvre  intime-  publication 
ment  liée  à  la  réforme  du  calendrier,  savoir  la  publication  ^^romaYn  pa?^ 
du  Martyrologe  romain.  Il  avait  déjà  étéjmprimé  plusieurs  ^^^^^^H^  '^ 
fois  en  Italie  et  notamment  à  Rome  ;  mais  il  appelait  une 
correction. Le  pape  nomma,  pour  préparer  ce  travail,  une 
commission  composée  de  César  Baronius,  Silvio  Anto- 
niano,  Robert  Bellarmin,  Louis  de  Torrès,  archevêque 
de  Mont-Réal,  Jean-Baptiste  Bandini,  chanoine  de 
Saint-Pierre,  Michel  Ghisleri,  théatin,  et  Barthélemi 
Gavanti.  La  commission  donna  successivement  trois  édi- 
tions du  martyrologe  ;  les  deux  premières  ayant  paru 
fautives,  ainsi  que  l'atteste  Baronius  lui-même  (i),  ce  ne 
fut  que  la  troisième  qui  fut  présentée  à  toute  l'Église  par 
Grégoire  XIII.  Le  bref  de  promulgation  est  du  14  janvier 
1584,  et  porte  obligation  pour  tous  les  patriarches,  arche- 
vêques, évêques,  abbés  et  autres  supérieurs  des  églises, 
monastères,  couvents,  ou  ordres,  tant  séculiers  que 
réguliers,  de  s'y  conformer  dans  l'office  du  chœur. 
Quant  aux  saints  dont  on  a  coutume  de  célébrer  la 
fête   dans    certaines  églises  ou  localités,  on  ne  les  insè- 

(i)  Prœfat,  ad  martyrolog.  Rom.,  cap.  viii. 


464         ÉTABLISSEMENT   DE    LA   CONGREGATION    DES    RITES 

INSTITUTIONS    rcFa  DES  au  corps  du  Martyrologe  romain,  mais  on  écrira 

LITURGIQUES  ,. 

leurs    noms  sur  un    livre  à  part,  pour  les  placer  ensuite 

aux  lieu  et  ordre  prescrits  dans  les  règles  dudit  marty- 
rologe (i). 
Sixte-Quint         La  publication  du  bréviaire,  du  missel,  du  calendrier, 

instituela  sacrée    ,  ^1  ^-   r  •      -^  -i  •     > 

congrégation  du  martyrologe,  ne  satisiaisait  pas  encore,  il  est  vrai,  a 
^e^n  1^88^  ^^^^  ^^^  besoins  de  la  Liturgie  :  restait  à  réformer  le 
pontifical,  le  cérémonial  et  le  rituel.  Toutefois  il  n'im- 
portait pas  moins  que  des  mesures  fussent  prises  pour 
maintenir  la  pureté  des  règles  que  Rome  venait  d'établir. 
L'idée  d^un  tribunal  spécial  pour  dirimer  toutes  les  diffi- 
cultés, pour  répondre  à  toutes  les  consultations  sur  la 
matière  des  rites  sacrés,  appartient  à  Sixte-Quinî.  Dans 
sa  fameuse  bulle  du  XI  des  calendes  de  février  i588,  qui 
commence  par  le  mot  Immensa^  et  par  laquelle  il  établit 
quinze  congrégations  de  cardinaux  pour  l'expédition  des 
affaires  ecclésiastiques  et  le  gouvernement  particulier  de 
l'Etat  romain,  le  pontife  en  érige  une  spéciale  sous  le 
titre  de  Congrégation  des  sacrés  rîtes.  Voici  les  paroles 
remarquables  par  lesquelles  Sixte-Quint  déclare  cette 
érection  : 

Attributions         «  Attendu  que  les  sacrés  rites  et  cérémonies  dont  l'Église 

de    ce    tribunal        ,  ^  ^  _  ,  .  ^ 

fixées  par      «  instruite  par  la  tradition  et  règle  apostolique,  use  dans 

la  bulle   de  son        ,,     ,      .    .  .  ,  ,  ,  ^  ... 

érection.  «  1  administration  des  sacrements,  dans  les  omces  divins 
«  et  dans  tout  ce  qui  tient  au  culte  de  Dieu  et  des  saints^ 
«  renferment  une  grande  instruction  pour  le  peuple  chré- 
«  tien  et  une  protestation  de  la  vraie  foi,;  qu'ils  sont 
«  propres  à  élever  les  âmes  des  fidèles  à  la  méditation  des 

(i)  Mandamus  igitur  omnibus  patriarchis,  archiepiscopis,  episcopis, 
abbatibus^  cœterisque  ecclesiis,  monasteriis,  conventibus,  ordinibus, 
sive  secularibus^  sive  regularibus  quibuscumque  praefectis,  ut  in  pera- 
gendo  divino  in  choro  officio,  omni  uUo  Martyrologio  amoto,  hoc  tantum 
nostro  utantur,  nulla  re  addita,  mutata,  adempta.  Si  quos  alios  habuerint  j 
sanctos  in  suis  ecclesiis,  aut  locis  celebrari  solitos^  eos  in  hune  librum  * 
ne  insérant^  sed  separatim  descriptos  habeant  eumque  illis  locum  atque 
ordinem  tribuant,  qui  regulis  hic  descriptis  traditur. 


ÉTABLISSEMENT   DE   LA   CONGREGATION    DES   RITES        466 

«  choses  les  plus  sublimes,  et  à  enflammer  leurs  cœurs       ^  partie 

•"•  '        ^  CHAPITRE  XV 

«  du  feu  de  la  dévotion;  désirant  augmenter  de  plus  en 
«  plus  la  piété  des  enfants  de  TÉglise  et  le  culte  divin, 
«  par  la  conservation  et  restauration  de  ces  sacrés  rites  et 
«  cérémonies;  Nous  choisissons  cinq  cardinaux  dont  la 
ft  charge  principale  sera  de  veiller  à  ce  que  les  anciens 
«  rites  sacrés  soient  observés  avec  soin  par  toutes  sortes 
«  de  personnes,  en  quelques  lieux  que  ce  soit,  dans  toutes 
«  les  églises  de  la  ville  et  du  monde  entier,  même  dans 
«  notre  chapelle  papale,  tant  aux  messes  et  divins  offices 
«  que  dans  l'administration  des  sacrements  et  autres  choses 
«  appartenant  au  culte  divin.  Si  ces  cérémonies  tombent 
«  en  désuétude,  il  leur  appartiendra  de  les  rétablir  ;  si 
«  elles  s'altèrent,  de  les  réformer.  Ils  corrigeront  et  resti- 
«  tueront,  suivant  le  besoin,  les  livres  qui  traitent  des 
«  rites  sacrés  et  des  cérémonies,  principalement  le  ponti- 
«  fical,  le  rituel  et  le  cérémonial  ;  ils  examineront  les 
«  offices  divins  des  saints  patrons,  et  en  concéderont 
«  l'usage,  après  Nous  avoir  consulté.  Ils  porteront  aussi 
«  leurs  soins,  avec  diligence,  sur  la  canonisation  des 
«  saints  et  la  célébration  des  jours  de  fête,  afin  que  toutes 
«  choses  se  fassent  convenablement  et  suivant  la  règle, 
«  d'après  la  tradition  des  Pères.  Ils  pourvoiront  soigneu- 
«  sèment  à  ce  que  les  rois  et  princes,  leurs  ambassa- 
«  deurs  et  toutes  autres  personnes  qui  viennent  à  la  ville 
«  et  cour  de  Rome,  soient  reçus  honorablement,  sui- 
te vant  la  coutume  des  anciens,  d'une  manière  conforme 
«  à  la  dignité  et  munificence  du  siège  apostolique.  Ils 
«  connaîtront  de  toutes  les  controverses  sur  la  préséance 
«  dans  les  processions  et  ailleurs,  ainsi  que  de  toutes  les 
«  autres  difficultés  qui  se  présenteront  sur  les  sacrés  rites 
«  et  cérémonies,  et  les  termineront  et  régleront  d'une 
«  manière  définitive  (i).  » 

(i)  r/^.  la  Note  G. 

T.   I  3o 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 

Le  nombre 
des  cardinauxde 
.    cette 
congrégation 

porté 
à  vingt-quatre. 

Clément  VIII 

publie 

en  1596 
le  Pontifical 

romain. 


466  PUBLICATION   DU    PONTIFICAL    ROMAIN 

Depuis  Sixte-Quint,  le  nombre  des  cardinaux  membres 
de  la  congrégation  des  rites  a  été  porté  à  vingt-quatre. 
Nous  ferons  connaître  ailleurs  plus  en  détail  la  nature  des 
attributions  de  ce  tribunal,  et  sa  manière  de  procéder  dans 
ks  causes  des  rites  sacrés. 

Clément  VIII^  qui  monta  sur  le  Saint-Siège  en  1692,  et 
dont  le  glorieux  pontificat  se  prolongea  jusqu'à  Tan  i6o5, 
continua  avec  un  zèle  infatigable  l'œuvre  de  la  réforme 
liturgique.  Ses  premiers  soins  se  portèrent  sur  le  Pontifia 
cal.  Ce  livre,  si  indispensable  pour  l'exercice  des  fonc- 
tions épiscopales,  avait  été  imprimé  plusieurs  fois,  tant 
en  Italie  qu'en  France,  mais  il  renfermait  plusieurs  incor- 
rections, et  le  soin  de  les  faire  disparaître  et  de  ramener 
l'unité  dans  des  rites  si  importants,  ne  pouvait  appartenir 
qu'au  pontife  romain.  Clément  VIII,  par  un  bref  du 
10  février  1596,  qui  commence  par  ces  mots:  Ex  quo  in 
Ecclesia  Dei,  annonce  à  l'Église  la  correction  qu'il  a  fait 
faire  du  Pontifical  romain,  à  Tinstar  de  celle  qu'avait 
entreprise,  sur  les  Bréviaire  et  Missel  romains,  son  glo- 
rieux prédécesseur  saint  Pie  V.  Il  dit  qu'il  a  réuni  une 
commission  des  hommes  les  plus  versés  dans  la  science 
des  rites  pontificaux^  lesquels  ont  procédé  dans  leur  réforme 
d'après  les  plus  anciens  manuscrits,  tant  des  églises  de 
Rome  que  des  bibliothèques  Vaticane  et  autres.  En  con-  ; 
séquence,  le  pape  supprime  tous  les  autres  pontificaux 
qui  seraient  en  usage  en  quelques  lieux  que  ce  soit,  et 
enjoint  à  tous  patriarches,  archevêques,  évêques,  abbés 
et  autres  prélats,  de  recevoir  ce  pontifical  réformé  et  d'en 
faire  usage;  «  statuant  que,  dans  aucun  temps,  on  ne 
«  pourra  faire  à  ce  livre  aucun  changement,  addition,  ou 
«  retranchement,  et  déclarant  que  tous  ceux  qui  doivent 
«  exercer  les  fonctions  pontificales,  ou  faire  et  exécuter  \ 
«  quelques-unes  des  choses  qui  sont  contenues  audit  Pon- 
ce tifical,  seront  tenus  de  faire  et  observer  toutes  les| 
«  choses  qui  y  sont  prescrites,  en  sorte  qu'aucun  d'eux  n( 


CORRECTION   DU   CEREMONIAL   DES   ÉVÊQUES  467 

«  pourra  satisfaire  à  la  charge  qui  lui  a  été  imposée,       i  partie 

*■  A  ^  CHAPITRE  XV 

c(  qu'en  se  servant  des  formules  contenues  dans  ce  même 

«  livre  (i).  » 
Quatre  ans  après,  en  1600,  le  même  pontife  publia,  par      En  1600 

,       rj  .    .11  ■  ^         lemêmepontite 

un  bref  du  14  juillet,  qui  commence  par  ces  mots  :   Lum  publie  l'édition 

nopissîjne,  l'édition  réformée  du  Cérémonial  des  évêques.  du  Cérémonial 

«  Après  avoir,  dit-il,  corrigé  et  restitué,  par   le  minis-      eseveques. 

«  tère  d'hommes  pieux  et  érudits,  le  Pontifical  romain, 

«  qui    s'était    trouvé    corrompu    et   altéré  en   plusieurs 

«  endroits,  et  l'avoir  publié  pour  l'usage  et  commodité 

«  des  évêques  et  autres  prélats  des  églises,  il  Nous   a 

«  semblé  nécessaire  de  donner  nos  soins  à  la  réforme  du 

«  Cérémonial   des  évêques,    qui  est  indispensable  pour 

«  toutes  les   églises,  particulièrement  pour  les  métropo- 

«  litaines,  cathédrales  et  collégiales,  et  dans  lequel  sont 

«  contenus  les  rites  et  cérémonies  pour  la  célébration  des 

«  messes,  des  vêpres  et  autres  divins  offices,  et  pour  les 

«  diverses  fonctions  et  actes,  tels  que  les  doivent  observer 

«  les  évêques  et  les  autres  prélats  inférieurs,  etc.  (2).  » 

Clément  VIII  dit  ensuite  que  les  commissaires  chargés 

(i)  Statuantes  Pontificale  praedictum  nullo  unquam  tempore_,  in  toto, 
vel  in  parte  mutandum^  vel  ei  aliquid  addendum ,  aut  omnino  detra- 
hendum  esse,  ac  quoscumque_,  qui  pontificalia  munera  exercere_,  vel  alias 
quae  in  dicto  Pontificali  continentur  facere,  aut  exequi  debent,  ad  ea  per- 
agenda,  et  praestanda,  ex  hujus  Pontificalis  praescripto,  et  ratione  teneri, 
neminemque  ex  iis,  quibus  ea  exercendi,  et  faciendi  munus  impositum 
est,  nisi  formulis,  quae  hoc  ipso  Pontificali  continentur,  servatis  satisfa- 
cere  posse.  [Bullar.  Rom.,  tom.  III,  pag.  5g.) 

(2)  Cum  novissime  Pontificale  antea  mendosum  et  corruptum,  a  piis 
et  eruditis  viris  emendari  et  restitui,  et  demum  ad  episcoporum,  et 
aliorum  ecclesiarum  praelatorum  communem  usum  et  commoditatem 
divulgari,  et  in  universali  Ecclesia  ab  omnibus  observari  mandaverimus, 
operae  pretium  visum  fuit,  Geremoniale  episcoporum  omnibus  ecclesiis 
praecipue  autem  metropolitanis,  cathedralibus,  et  collegiatis,  perutile  ac 
necessarium,  in  quo  ritus  et  caeremoniae  celebrandi  missas,  vesperas  et 
alia  divina  officia,  ac  in  aliis  Ecclesiae  functionibus  et  actibus  ab  eisdem 
episcopis  ac  aliis  praelatis  inferioribus  in  eisdem  observand8e,  etc. 
{Id.,  ibid.,  pag.  iio.) 


4^8  PUBLICATÎON    DÛ    CEREMONIAL   DES   ÉVEQUES 

,  INSTITUTIONS    (^Q  la  réformc  du  cérémonial  se  sont  appliqués  à  le  mettre 

LITURGIQUES  .  ,  i.  i.         i 

en  harmonie  avec  le  Pontifical.   En  effet,  dans  son  bref 

sur  le  Pontifical,  le  pontife  avait  remarqué  que  les  correc- 
teurs de  ce  dernier  livre  en  avaient  retranché  toutes  les 
choses  qui  auraient  été  mieux  à  leur  place  dans  le  Cérémo- 
nial :  ces  deux  sources  de  la  science  liturgique  se  trouvent 
donc  dans  un  rapport  parfait.  Après  avoir  sanctionné 
l'obligation,  pour  toutes  les  personnes  que  ce  Cérémonial 
concerne,  de  s'y  conformer  en  toutes  choses,  et  déclaré 
abrogés  tous  les  anciens  cérémoniaux,  dans  les  points  qui 
ne  seraient  pas  conformes  au  nouveau.  Clément  VIII 
statue  pour  Tobligation  absolue  de  se  servir  de  ce 
livre^  le  terme  de  deux  mois  pour  tous  ceux  qui  sont 
présents  à  la  cour  de  Rome,  de  huit  mois  pour  ceux  qui 
sont  en-deçà  des  monts,  et  de  douze  pour  ceux  qui  sont 
au  delà. 
Le  Pontifical        Si  nous   venons  maintenant  à  rechercher  la  manière 

et  le  Cérémonial  ,/i  t-  it-»-/'i  i/-i// 

réformés,  dont  S  Opéra  la  promulgation  du  Pontifical  et  du  Ceremo- 
toutes  les  églises  niai  de  Clément  VIII,  nous  trouvons  qu'ils  furent  l'un  et 
sauf  une^  pTrtie  l'autre  reçus  dans  toutes  les  églises  de  l'Occident,  à 
de  France,  l'exception  de  quelques  églises  de  France  qui  ont  jugé  à 
propos  de  se  donner  un  pontifical,  et  d'un  beaucoup  plus 
grand  nombre  qui  n'ont  pas  cru  devoir  accepter  le  céré- 
monial. Dieu  sait  aussi  quel  désordre  existe  dans  un  grand 
nombre  de  nos  cathédrales,  où  les  fonctions  pontificales 
s'accomplissent  d'après  des  règles  que  personne  n'a  jamais 
vues  écrites,  et  qui,  dans  tous  les  cas,  sont  en  contradic- 
tion flagrante  avec  les  rubriques  si  sages,  si  précises,  si 
harmonieuses  du  Cérémonial  promulgué  par  Clément  VIII 
et  ses  successeurs.  Quoi  qu'il  en  soit,  on  peut  toujours 
dire  que  le  décorum  de  la  dignité  épiscopale  n'a  rienj 
gagné  à  ce  refus  d'admettre  le  Cérémonial  romain  ;  car  il  ' 
n'est  aucun  cérémonial  diocésain  dans  lequel  cette  dignité 
si  sacrée  et  si  éminente  soit  traitée  avec  plus  d'égards  que 
dans    le  romain,  et  il  en  est  beaucoup  dans  lesquels  on  • 


I  PARTIE 

CHAPITRE  XV 


RÉVISION   DU    BRÉVIAIRE   ROMAIN  469 

est  en  droit  de  se  plaindre  du  contraire.  Le  lecteur  en  ju- 
gera dans  la  suite  de  cet  ouvrage. 

Clément  VIII  entreprit  encore  un  grand  travail  dans  le    Clément  viii 

revise 

but  de  la  réforme  liturgique.  Il  fit  faire  la  révision  du  bré-     le  Bréviaire 
viaire.  Des  fautes  et  des  altérations  nombreuses  s^étaient       en  1602 
glissées  dans  un  grand  nombre  d^exemplaires,par  la  négli-  ^    ^Tegies 
gence  des  imprimeurs  ou  l'indiscrétion  de  quelques  par-  ^^^afiiTaue^^^^ 
ticuliers.  Le  pape  forma  une  commission  pour  rétablir  le  le  texte  corrige 

'-  ïr    ir  r  ne  soit  pas 

texte  dans  sa  pureté,  et  après  avoir  publié  un  exemplaire  altéré  dans  les 
corrigé  sortant  des  presses  vaticanes^  il  statua  par  lettres  subséquentes. 
apostoliques,  en  date  du  io^;mai  1602,  et  [commençant 
par  ces  mots:  Cum  in  Ecclesia^  des  peines  pécuniaires 
très-sévères  contre  les  imprimeurs  de  FEtat  ecclésiastique, 
et  l'excommunication  contre  ceux  des  autres  pays,  s'ils 
osaient  imprimer  le  Bréviaire  romain  sans  une  licence 
expresse  des  inquisiteurs,  ou  des  ordinaires  pour  les  pays 
dans  lesquels  le  tribunal  du  Saint-Office  n'existe  pas.  Le 
bref  expose  ensuite  les  formalités  que  doivent  garder  les 
inquisiteurs  et  les  ordinaires  avant  d^accorder  cette  licence. 
Ils  collationneront  avec  le  plus  grand  soin  et  le  bréviaire 
qui  doit  être  reproduit,  et  celui  qui  sortira  de  la  presse, 
avec  un  exemplaire  de  celui  que  publie  Clément  VIII;  ils 
ne  permettront  aucune  addition^  ni  retranchement  ;  men- 
tion sera  faite  de  cette  collation  et  de  la  parfaite  concor- 
dance, sur  la  licence  même  donnée  à  l'imprimeur,  et  copie 
de  cette  licence  sera  imprimée  au  commencement,  ou  à  la 
fin  de  chaque  exemplaire.  Les  peines  encourues  ipso  facto 
en  cas  d'infraction  de  quelqu'une  de  ces  injonctions,  sont, 
pour  les  inquisiteurs,  la  privation  de  leurs  offices,  et  Tinha- 
bilité  perpétuelle  à  y  rentrer;  pour  les  ordinaires,  la 
suspense  a  divinis  et  l'interdiction  de  l'entrée  de  Téglise  ; 
et,  pour  leurs  vicaires,  outre  l'excommunication,  la  pri- 
vation perpétuelle  de  leurs  offices  et  bénéfices  (0. 

(i)  Vid.  la  Note  H. 


470  REVISION   DU   MISSEL   ROMAIN 

INSTITUTIONS        Dcux  EHs  après,  le  même  pontife  publiait,  sous  la  date 

LITURGIQUES.  r  ^  JT  r  ' 


du  7  juillet  1604,  un  nouveau  bref  qui  commence  par  ces 
Clément  VIII    mots  :   Cum   sanctissimum.   pour  la  révision  du  missel. 

publie  .  .         ,.v  ,        . 

le  7  juillet  1604  Ce  livre  avait  déjà  souffert  des  altérations,  en  plus  grand 
corrigée  du    nombre  même  que  le  bréviaire.  Clément  VIII  se  plaint, 

Missel  romain         _,  ^  i  ,  '*.    '    a'        ^^  ^  •     ' 

qui  avait  subi  entre  autres  choses^  qu  on  avait  indiscrètement  corrige, 
altéfatlon^s  d^après  la  version  de  la  Bible  de  saint  Jérôme,  un  grand 
^^^Pp-'^  Y^^^^^  nombre  à^introït^  de  graduels  et  d'offertoires  ,qui  étaient 
de  la  plus  haute  antiquité  dans  l'Église,  puisqu'ils  étaient 
tirés  de  l'ancienne  Vulgate  ;  qu'on  avait  bouleversé  plusieurs 
épîtres  et  évangiles;  en  un  mot,  qu'on  avait  introduit 
plusieurs  modifications,  sans  autorité  comme^sans  discer- 
nement. Il  dit  ensuite  qu'il  a  donné  le  soin  de  revoir  et  de 
corriger  ledit  missel,  à  une  commission  formée  des  cardi- 
naux les  plus  érudits  et  d'autres  gens  habiles,  lesquels  ont 
non-seulement  rétabli,  dans  les  endroits  oùil  en  était  besoin, 
l'ancienne  leçon  sur  la  foi  des  plus  graves  exemplaires, - 
mais  ont  fait  plusieurs  améliorations,  particulièrement  à 
l'article  des  rubriques,  qu'ils  ont  développées  et  éclaircies 
en  plusieurs  endroits.  Le  pontife  charge  ensuite  les  inqui- 
siteurs et  les  évêques  de  veiller  à  la  pureté  des  exemplaires 
qui  seront  imprimés  dans  les  lieux  de  leur  juridiction, 
statuant  les  mêmes  peines,  au  cas  de  contravention,  tant 
pour  lesdits  inquisiteurs  et  évêques,  que  pour  les  impri- 
meurs eux-mêmes,  qui  sont  dénoncées  dans  le  bref  cité 
plus  haut  pour  la  nouvelle  édition  du  bréviaire  (i).  Nous 
examinerons,  dans  une  partie  spéciale  de  cet  ouvrage,  la 
manière  dont  on  se  conforme  en  France  aux  volontés  de 
Clément  VIII.  Ses  deux  constitutions  ne  sauraient  y  être 
inconnues,  puisqu'on  les  trouve  imprimées  en  entier,  ou 
en  abrégé,  en  tête  de  tous  les  missels  et  bréviaires  romains 
publiés  depuis  deux  siècles,  tant  à  Paris  que  dans  les  autres 
villes  du  royaume. 

(i)  Bullarium  Romanum.  Edit.  Luxemb.,  tom.  III^  pag.  174. 


AUTEURS   LITURGISTES   DU    XVF   SIECLE  47 1 

Tels  furent  les  travaux  de  Clément  VIII  pour  la  réforme 
de  la  Liturgie;  ils  furent  dignes  de  ce  grand  pontife  et  de 
ses  prédécesseurs.  La  commission  dont  il  est  question 
dans  les  lettres  apostoliques  que  nous  venons  de  citer,  se 
composait,  au  rapport  de  Merati  (i):  des  cardinaux  César 
Baronius,  Sylvius  Antonianus  et  Robert  Bellarmin, 
auxquels  furent  adjoints  Louis  de  Torrès,  archevêque  de 
Montréal  et  depuis  cardinal  ;  Jean-Baptiste  Bandini,  cha- 
noine de  Saint-Pierre;  Michel  Ghisleri,  théatin,  et  l'il- 
lustre Barthélemi  Gavanti,  Milanais,  des  clercs  réguliers 
de  Saint-Paul.  On  ne  pouvait  sans  doute  réunir  des  noms 
plus  imposants,  et  mettre  les  rites  sacrés  sous  la  sauve- 
garde d'hommes  plus  recommandables  par  leur  science  et 
leur  piété. 

Nous  allons  maintenant  donner  la  liste  des  auteurs  du 
XVI®  siècle  qui  se  sont  occupés  de  la  Liturgie. 

{i5oi).  Jacques  Wimpheling,  prêtre  du  diocèse  de  Spire, 
composa,  à  la  demande  de  son  évêque,  un  office  de  la 
Compassion  de  la  sainte  Vierge,  et  dédia  à  ce  prélat  un 
poëme  de  Laudibus  et  Cœremoniis  Ecclesiœ.  Il  a  laissé 
aussi  un  traité  sur  les  auteurs  des  hymnes  et  des  séquences. 

(i5i6).  Josse  Clichtoûe,  docteur  de  Paris,  est  auteur  de 
l'excellent  commentaire  liturgique  si  connu  sous  le  titre  de 
Elucidatorium  ecclesiasticum^  dans  lequel  il  explique  les 
hymmes,  les  cantiques,  le  canon  de  la  messe  et  autres 
prières  ecclésiastiques,  et  enfin  les  proses.  On  rencontre 
encore  assez  facilement  aujourd'hui  ce  précieux  ouvrage, 
qui  n'a  pas  été  réimprimé  depuis  plus  de  deux  siècles. 
Beaucoup  de  points  de  la  Liturgie  sont  traités,  dans  un 
autre  ouvrage  de  Clichtoûe,  intitulé  :  Anti- Luther  us,  et 
dans  ses  autres  écrits  contre  la  réforme,  qui  sont  tous  fort 
remarquables  pour  le  temps. 

(i52o).  Albert  Castellani,  Vénitien,  de  l'ordre  des  frères 

(i)  Thésaurus  s acrorum  Rituum,  tom.  III,  40J  pag.  22. 


I    PARTIE 

CHAPITRE   XV 


Commissaires 

employés 

à  cette  révision. 


Auteurs 

liturgistes   du 

xvie  siècle. 

Jacques 

Wimpneling, 

prêtre  de  Spire. 


Josse  Clichtoûe, 

docteur 

de  Paris. 


Albert 

Castellani, 

dominicain. 


1^ 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES. 


Erasme 
de  Rotterdam. 


Pierre    Ciruelo, 

chanoine 
de  Salamanque, 


Gabriel 

d'Ancône, 

sacriste    de     la 

chapelle 

pontificale. 


George 
Wicelius. 


François 

Titelman, 

frère  mineur. 


Jean  Cochlée, 

chanoine 
de   Breslau. 


472  AUTEURS   LITURGISTES    DU   XVI®   SIECLE 

prêcheurs,  prépara  et  dédia  à  Léon  X  le  livre  intitulé  Sa- 
cerdotale; il  dirigea,  en  outre,  l'édition  du  Pontifical 
romain  qui  parut  à  Venise  en  i52o. 

(i526).  Erasme,  de  Rotterdam,  si  connu  pour  la  triste 
influence  qu'ont  eue  ses  idées  demi-protestantes  sur  une 
portion  de  l'Europe  catholique,  doit  cependant  entrer  dans 
la  liste  des  liturgistes  du  xvi®  siècle.  Il  a  laissé  des 
hymnes  en  l'honneur  de  la  sainte  Vierge,  dont  quelques- 
unes  furent  insérées,  de  son  vivant,  au  Bréviaire  de 
Besancon. 

(i528).  Pierre  Ciruelo,  chanoine  de  la  cathédrale  de 
Salamanque,  a  laissé  un  ouvrage  intitulé  .*  Expositio  libri 
Missalis  peregregia. 

(1529).  Gabriel  d'Ancône,  augustin,  sacristain  de  la  cha- 
pelle du  pape,  composa  trois  traités  qui  sont  restés  manus- 
crits, savoir:  1°  De  Ritu  et  Cœremoniis  in  Capella  Pon- 
tijicia;  2°  Acta  in  adventu  et  coronatione  Caroli  V  in 
civitate  Bononiœ;  3°  Acta  quœdam  cœremonialia  ab 
anno  i5o8,  cum  supplemento  usque  ad  annum  i55o. 

(i532).  George  Wicelius,  d'abord  luthérien,  puis  réuni 
à  l'Église  catholique,  laissa  deux  écrits  sur  l'objet  que 
nous^^traitons  :  1°  Defensio  Liturgiœ  ecclesiasticœ ;  2°  Li- 
turgica  Exercitamenta  christ ianœ  pietatis.  Dans  ce 
dernier  ouvrage,  il  donne  la  traduction  de  plusieurs  des 
Liturgies  de  l'Orient. 

(i  540).  François  Titelman,  de  Tordre  des  frères  mineurs, 
composa,  entre  autres  ouvrages,  les  suivants  :  1°  Expositio 
mysteriorum  Missœ  et  sacri  Canonis  ;  2°  Expositio  officii 
de  sacrosancta  Trinitate. 

(1640).  Jean  Cochlée,  illustre  docteur  catholique,  cha- 
noine de  Breslau,  et  infatigable  défenseur  de  la  foi  catho- 
lique contre  les  réformateurs  du  xvi®  siècle,  opposa  au 
traité  de  Luther  contre  la  messe,  une  édition  des  livres 
d'Innocent  III,  de  Mysteriis  Missœ ^  et  de  ceux  de  saint 
Isidore,  de  Officiis  ecclesiasticis.  Il  est  aussi  le  compilateur 


AUTEURS   LITURGISTES   DU   XVI®   SIECLE  473 

de  la  première  collection  des  auteurs  liturgistes  que  l'on 
connaisse.  Elle  parut  à  Mayence,  en  1649,  sous  ce  titre  : 
Spéculum  antiquœ  devotionis  circa  Missam  et  omnem 
alium  cultum  Dei,ex  antiquis^et  antea  nunquam  evulgatis 
per  typographes  auctoribus,  a  Joanne  Cochlœo  labo- 
riose  collectum.  Cette  collection  comprend  neuf  auteurs, 
savoir  : 

1°  Amalaire  de  Trêves,  de  Offîcio  missœ  ; 

2°  Walafrid  Strabon,  de  Exordiis  et  Incrementis  rerum 
ecclesiasticarum  ; 

3°  Saint  Basile,  de  Missa  Grœcorum  ; 

4°  Expositio  missœ  brevis^  d'après  d'anciens  manuscrits  ; 

5''  Saint  Pierre  Damien,  Liber  qui  dicitur  Dominus 
pobiscum  ; 

6°  Honorius  d'Autun,  Gemma  animœ; 

7°  Le  Micrologue; 

8°  Pierre  le  Vénérable,  Nucleus  de  sacrijîcio  missœ; 

9°  Liber  de  vita  S.  Bonifacii,  Martyris. 

(1547).  LaurentMassorilli,  de  Tordre  des  frères  mineurs, 
publia  un  recueil  d'hymnes  sacrées,  divisé  en  quatre  livres, 
qu'Arevalo  juge  n'être  pas  indignes  du  siècle  qui  les  a 
produites. 

(i55o).  Gentien  Hervet,  savant  littérateur  français  qui 
assista  au  concile  de  Trente  et  mourut  chanoine  de 
Reims,  traduisit  en  latin,  outre  beaucoup  d'ouvrages  des 
saints  Pères,  les  Liturgies  de  saint  Jean  Chrysostome  et 
de  saint  Basile,  la  Mystagogie  de  saint  Maxime,  et  l'Expo- 
sition de  la  Liturgie,  par  Nicolas  Cabasilas. 

(1557).  Matthias  Francowitz,  plus  connu  sous  son  nom 
littéraire  de  Flaccus  Illyricus,  l'un  des  centuriateurs  de 
Magdebourg,  fit  imprimer,  à  Strasbourg,  la  fameuse  Messe 
latine  qui  a  retenu  le  nom  de  ce  savant,  et  qui  a  tant 
occupé  les  critiques  catholiques  et  protestants.  Nous  en 
traiterons  ailleurs. 

(i558).  Georges  Cassandre,  docteur  flamand,  combattit 


I    PARTIE 
CHAPITRE  XV 


Première 

collection 

d'auteurs 

liturgistes. 


Laurent 

Massorilli, 

frère  mineur. 


Gentien  Hervet. 


Mathias 
Illyricus. 


Georges 
Cassandre, 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES. 

docteur 
flamand. 


Marc-Antoine 

Muret, 

humaniste. 


Le  président 
Duranti. 


Claude 

de  Sainctes, 

évêque 

d'Évreux. 

Wolfgang 

Lasius, 
philologue 
allemand, 

publie 

la   seconde 

collection 

d'auteurs 

liturgistes. 


474  AUTEURS   LITURGISTES   DU    XV!*"    SIECLE 

avec  zèle  les  nouveautés  de  la  Réforme,  quoiqu'on  soit  en 
"droit  de  lui  reprocher  quelques  propositions  trop  hardies.  Il 
publia  un  ouvrage  savant  ayant  pour  titre:  Liturgica  de 
Ritu  et  Ordine  Dominicœ  Cœnœ celebrandœ  e  partis  scrip- 
toribiis.  C'est  un  recueil  de  passages  des  auteurs  ecclésias- 
tiques sur  toutes  les  parties  de  la  messe.  Il  est  suivi  de 
rOrdre  romain^  le  seul  que  l'on  connût  alors.  Cassandre 
publia,  en  outre,  un  recueil  d^hymnes  dans  le  genre  de 
celui  de  Clichtolie,  et  un  autre  recueil  des  oraisons  que 
Ton  appelle  collectes. 

(i56o).  Marc- Antoine  Muret,  célèbre  humaniste,  appar- 
tient à  la  classe  des  liturgistes  par  ses  hymnes,  dont 
plusieurs  ont  été  admises  dans  les  bréviaires  modernes  des 
diocèses  de  France. 

(i56o).  Jean-Etienne  Duranti,  président  du  parlement  de 
Toulouse,  et  dont  tout  le  monde  connaît  la  fin  tragique,  a 
publié  sous  son  propre  nom  un  ouvrage  célèbre  intitulé  : 
De  Ritibus  Ecclesiœ  catholïcœ,  dont  la  dernière  édition  est 
de  1675,  à  Lyon.  Plusieurs  auteurs  contestent  cet  ouvrage 
à  Duranti,  et  l'attribuent  à  Pierre  d'Anes,  évêque  de 
Lavaur. 

(i56o).  Claude  de  Sainctes,  évêque  d'Evreux,  a  traduit 
en  latin  les  Liturgies  de  saint  Jacques  et  de  saint  Basile. 

(i56o).  Wolfgang  Lasius,  savant  philologue  allemand, 
publia  une  collection  liturgique  qui  doit  être  comptée  pour 
la  seconde  et  qui  parut  à  Anvers  en  i56o,  sous  ce  titre  : 
De  Veteris  Ecclesiœ  ritibus  ac  cœremoniis.  Elle  est  moins 
ample  que  celle  de  Cochlée,  et  se  compose  des  pièces  qui 
suivent  : 

1°  Une  lettre  de  Charlemagne  à  Alcuin,  de  Cœremoniis 
ecclesiasticis  ; 

2°  La  réponse  d'Alcuin  à  cette  lettre  ; 

3"  Le  poëme  d'Hildebert,  de  Mysterio  missœ. 

4°  Un  fragment  anonyme,  de  Ritibus  et  Cœremoniis 
Ecclesiœ  Romanœ  a  Nativitate  Domini  per  hjemem  ; 


AUTEURS   LITURGISTES    DU   XVI®   SIECLE  476 

5^  Rhaban  Maur,  de  Virtutibus  et  vitiis.  i  partie 

.     ,       ,  CHAPITRE   XV 

(i562).  Antoine  de  Mouchy,  recteur  de  l'Université  de • 

Paris,  connu  sous  le  nom  de  Democharès^  publia  un  gros    Democharès. 
traité  sur  le  sacrifice  de  la  messe,  ouvrage  assez  indigeste, 
dirigé  contre  les  sacramentaires. 

(  1 568).  Melchior  Hittorp,  doyen  de  la  collégiale  de  Saint-       Mekhior 
Cunibert  de  Cologne,  a  publié  la  troisième  collection  litur-      doyen  de 
gique  et  la  plus  célèbre  de  toutes.  Elle  se  compose  de  douze    de  Cologne, 
auteurs  et  porte  ce  titre:  De  Catholicœ  Ecdesiœ  dipinis^^   célèbre^  ^^ 
officiis  ac  ministeriis,  varii  vetustiorum  aliquot  Ecdesiœ      d'auteurs 
Patrum  ac  scriptorum  libri.  Coloniœ^  i568.  hturgistes. 

Les  livres  qu'elle  contient  sont  les  suivants  : 

1°  L'Ordre  romain; 

2°  Saint  Isidore  de  Séville,  de  Ecdesiasticis  Officiis; 

3**  Le  faux  Alcuin,  de  Officiis  divinis; 

4"*  Amalaire  Fortunat,  de  Divinis  Officiis,  et  de  Ordine 
Antiphonarii  ; 

5"*  Rhaban  Maur,  de  histitutione  dericorum  ; 

6*"  Walafrid  Strabon,  de  Exordiiset  Incrementis  rerum 
ecdesiasticarum  ; 

"]"  Bernon  de  Richenau,  de  Quibusdam  Rébus  ad  missœ 
officium  pertinent  i  bus; 

S""  Le  Micrologue,  de  Ecdesiasticis  Observationibus ; 

(f  Saint  Yves  de  Chartres,  vingt  et  un  sermons  de 
Ecdesiasticis  Sacramentis^  ac  Officiis,  et  Prœcipuis  per 
annum  Festis  ; 

10*^  Hildebert,  de  Mjsterio  missœ; 

1 1^  Raoul  de  Tongres,  de  Observantia  canonum'^ 

1 2^  Un  anonyme,  Missœ  Expositio  brevis. 

La  collection  d'Hittorp  a  eu  plusieurs  éditions,  et  chaque 
fois  elle  a  été  reproduite  avec  des  augmentations,  ainsi 
qu'on  le  verra  bientôt. 

(i568).  Jean  Molanus,  docteur  de  Louvain,  publia  une  jean  Moianus, 
édition  du  Martyrologe  d'Usuard,  avec  des  additions  tirées    de  Louvain. 
du  Martyrologe  romain  et  de  ceux  des  églises  de  la  basse 


47^  AUTEURS    LITURGISTES   DU    XVI®   SIECLE 

INSTITUTIONS    Allemagne.   Il  y  joignit  aussi  le  Martyrologe  de  Wan- 

LITURGIQUES.  ^  ,r  ,  /r 

delberg,  et  compléta  le  tout  par  une  excellente  préface  en 

vingt-trois  chapitres.  Il  est  pareillement  auteur  d'un  livre 
de   Picturis  et  Imaginibus  sacris^  et  d'un  opuscule  sur 
les  Agnus  Dei. 
Jean  Maidonat,      (lôôg).  Jean  Maldonat,  illustre  professeur  delà  compa- 
Compagnie     gnie  de  Jésus,  joint  à  ses  autres  titres  de  gloire  celui  de  li- 
de  Jésus.       turgiste  distingué.  On  en  peut  juger  par  son  excellent  traité 
de  Cœremoniis^  tant  estimé  de  Richard  Simon,  et  qui  a 
été  enfin  publié  par  Zaccaria  en  1781,  dans  le  troisième 
volume  de  la  Bibliotheca  ritiialis. 
Jean  du  Tiiiet,       (iSyo).  Jean  du  Tillet,  évêque  de  Saint-Brieuc,  puis  de 
de^  Meaux.      Meaux,  a  laissé  un  traité  en  français,  de  V Antiquité  et  de 
la  Solennité  de  la  messe. 
Jacques  [ibii),  Jacques  Pamélius,  évêque  de  Saint-Omer^  est  un 

Pamélius,  ,       ,  .  ,  .  ,.,.,.  ,. 

évêque        des  hommes  qui  ont  le  mieux  mente  de  la  science  litur- 
mer.  gjq^g^  ^j^  donnant  au   public  son  importante  collection 
intitulée  :  Liturgica  latinorum.  Il  y  comprit  les  anciens 
livres  des  églises  romaine,   ambrosienne,  gothique,    etc. 
Jérôme  Maggi,       (i  67 1).  Jérôme  Maggi,  Milanais^  d'abord  magistrat,  puis 
mfianals.^      ingénieur  militaire,  ayant  été  pris  par  les  Turcs  au  siège  de 
Famagouste,  composa,   pendant  sa  captivité,  un  curieux 
traité  sur  les  cloches. 
Onuphre  [ib^2).  Onuphre  Panvini,  augustin,  Fun  des   hommes 

augustin.  du  xvi^  siècle  les  plus  versés  dans  la  connaissance  des  anti- 
quités ecclésiastiques,  a  laissé  plusieurs  travaux  litur- 
giques. Nous  citerons:  i"  L'intéressant  opuscule  de  Urbis 
Romœ  stationibus,  imprimé  ordinairement  à  la  suite  des 
vies  des  papes  de  Platine  ;  2"  de  Ritu  sepeliendi  mortuos 
apud  veteres  christianos,  et  de  eorum  cœmeteriis ;  3*^  de 
Baptismate  Paschali,  origine  et  ritu  consecrandi  Agnos 
Dei  ;  4**  de  prœcipuis  urbis  Romœ  sanctioribusque  Basi- 
licis^  quas  Septem  Ecclesiasvulgo  vocant;  b""  de  Episcopa- 
libus  Titulis  et  Diaconiis  Cardinalium.  Panvini  avait,  en 
outre,  préparé  une  collection  d'anciens  rituels,  qui  n'a 


AUTEURS   LITURGISTES   DU   XVI®   SIECLE.  477 

pas  paru,  et  dont  la  préface  a  été  publiée  par  D.  Mabil- 
lon,  dans  le  deuxième  tome  du  Musœum  Italicum. 

(1572).  Nicolas  Aurificus,  carme,  donna  en  cette  année, 
à  Venise,  une  nouvelle  édition  du  Spéculum  de  Cochlée, 
dont  il  retrancha  la  Messe  de  saint  Basile  et  le  Livre  de  la 
vie  de  saint  Boniface;  il  les  remplaça  par  les  opuscules 
de  Bernon  et  de  Hildebert,  qu'il  emprunta  à  la  collection 
d'Hittorp.  Il  ajouta  ensuite  VOrdo  missœ  de  Burchard, 
et  un  opuscule  qu^il  avait  lui-même  composé  sous  ce  titre: 
De  Antiquitate^  Veritate  et  Cœremoniis  missœ. 

(1577).  Pierre  Galesini,  protonotaire  apostolique,  qui 
fleurit  à  Rome  sous  les  pontificats  de  Grégoire  XIII  et 
de  Sixte-Quint,  travailla  à  illustrer  et  à  corriger  le  Mar- 
tyrologe romain,  en  le  mettant  dans  un  style  plus 
châtié,  et  ajoutant  une  notice  historique  à  chaque  nom  de 
saint. 

(1578).  Gabriel  Sévère.^  archevêque  de  Philadelphie, 
prélat  auquel  le  Sénat  de  Venise  avait  donné  le  soin  des 
Grecs  établis  sur  le  territoire  de  cette  république,  à  com- 
posé un  livre  de  Septem  Ecclesiœ  Sacramentis^  dont  le  père 
Morin  a  tiré  Topuscule  intitulé  :  de  Sancto  sacerdotii 
Sacramento. 

(i58o).  Joseph-Valentin  Stevano^  évêque  italien,  a  laissé 
deux  opuscules  liturgiques:  i""  De  Adorât ione  et  Oscula- 
tione  pedum  Romani  pont  ijîcis,  et  Levatione  seu  Portatione 
ejusdem  ; 

2°  DeRitu  tenendi frœnum  et  staphades  summis pontijî- 
cibus  ah  imper at or ihus. 

(1584).  Maxime  Margunius,  évêque  de  Cythère,  est 
connu  pour  avoir  traduit  et  publié,  en  grec  vulgaire,  les 
Synaxaires  et  le  Ménologe. 

(i586).  Marc-Antoine-Marsile  Colonne,  archevêque  de 
Salerne,  est  auteur  de  l'excellent  traité  intitulé  :  Hydra- 
giologia,  sive  de  Aqua  benedicta. 

(i586).  Vincent  Bonardi,  dominicain,  évêque  de  Sainte- 


I  PARTIE 
CHAPITRE   XV 


Nicolas 

Aurificus, 

carme. 


Pierre  Galesini, 
protonotaire 
apostolique. 


Gabriel   Sévère, 

archevêque 
de  Philadelphie. 


Joseph  Stevano, 
évêque  italien. 


Maxime 
Margunius, 

évêque 
de  Cythère. 

Marc-Antoine 
Colonne, 

archevêque  de 
Salerne. 

Vincent 
Bonardi, 


478  AUTEURS   LITURGISTES   DU    XVI®    SIECLE 

INSTITUTIONS    Gvriaque,  a  écrit  un  volume  sur  les  Aû-nus  Dei.  intitulé  : 

LITURGIQUES  .  „  .     ,    .     ^  .       . 

■ Discorso   intorno  l  antichita,  e  origine,   modo  ai  fare, 

dominicain  et     ,  ,.         ,     .  j-  ^    'l  •  •    k  ta   • 

évêque.        benedire,  batenare^  e  distribuere  i  sacri  Agnus  Dei. 

(1587).  François  Panigarola,  évêque  de  Chrysopolis^  a 
Panigaroia,     laissé  un  volume  intéressant  sous  ce  titre  :  De  Stationum 

évêque  .     .  .  rr     t\      h  yr 

de  Chrysopolis,  veteri  uistituto  a  Xisto  V.  P.  M.  revocato. 

Rodolphe  (1^87).  Rodolphe  Hospinien,  savant  protestant,  a  com- 

ïavTnt"'     posé,  sur  les  matières  liturgiques,  deux  grands  ouvrages 

protestant,     ^gj^piis  d'une  érudition  qui  fait  regretter  que  l'auteur  ne 

Fait  pas  consacrée  à  une  meilleure  cause.  Le  premier  est 

intitulé  :  De  Templis^  hoc  est  de  Origme,  Progressu^  Usii 

et  Abusu  templorum,  ac  omnino  rerum  omnium  ad  templa 

pertinent ium,  libri  quinqne.  Le  second  a  pour  titre  :  Festa 

christianorum,  hoc   est  de   Origine,  Progressu,    Cœre- 

moniis  et  Ritibus  festorum  dierum  christ iafiorum  libri 

très. 

Marc-Antoine       (i588).  Marc-Autoine  Mazzaroni  est  auteur  d'un  livre, 

I^rî  7 7 Ci  VC\X\  1 

de  Tribus  Coronis  pontifias  Romani,  nec  non  de  Osculo 
sanctissimornm  pedum  ejus. 
Gilbert  (iSoo).  Gilbert  Génébrard,  moine   de  Cluny,  archevê- 

Génébrard,  n  *  '•  1  1  j 

moine        que  d  Aix,  un  des  plus  savants  personnages  de  son  temps, 

et  a^rchevêque  a  donné,  entre   autres    traductions  de  livres   et  auteurs 

^^'         grecs^  celles  de  la  Liturgie  des  présanctifiés,  du  Ménologe 

et  du  traité   de   Siméon  de  Thessalonique  sur   les  Sept 

Mystères  de  l'Église.  Il  a  composé  en  outre  un  opuscule, 

en  français,  intitulé  :  Liturgie  apostolique. 

Augustin  (i5q2).  Ausustin  Fivizzani,  sacristain  du  palais  aposto- 

Fivizzani,  .  ^       ,    .      ,  .   •    1      7      r.  •  •      • 

sacristain  du    lique,  a  laisse  un  ouvrage  spécial  de  Ritu  sanctissimœ 
apostolique.    Crucis  Romano  pontifici prœferendœ. 
George  Ferrari,      (i5q2).  Geor^e  Ferrari,  donna  en  cette  année,  à  Rome, 

nouvel  éditeur         ^      ^J.         ^  1,        •  1        tt-  ti  •  1 

de  la  collection  une  édition  de  la  collection  de  Hittorp.  Il  y  ajouta  les 
livres  de  saint  Pierre  Damien,  de  Pierre  le  Vénérable  et 
d^Honorius  d'Autun,  que  déjà  Gochlée  avait  insérés  dans 
son  Spéculum  et  de  plus,  ceux  de  Rupert  de  Tuyt,  de 
Divinis  Ofiîciis,    ainsi    que   le  Spéculum   de   Mysteriis 


I    PARTIE 

CHAPITRE   XV 


AUTEURS   LITURGISTES   DU   XVI^   SIECLE  479 

Ecclesîce,  et  les  autres  opuscules  attribués  à  Hugues  de 
Saint- Victor. 

(1593).  Ange  Rocca,  évêque  de  Tagaste,  sacristain  de  la    Ange  Rocca, 
chapelle  papale,   a  traité  un  grand  nombre  de  questions  IhlpTie^îpJl 
liturgiques  par  des  ouvrages  spéciaux  qui  ont  été  réunis 
dans  les  deux  précieux  tomes  intitulés:  Thésaurus ponti- 
ficiarum  sacrarumque   antiquitatiim ,    nec   non   rituum, 
praxîum  et  cœremomarum.  On  y  remarque,  entre  autres, 
les  suivants:   De  Sacrosancto  Christi  Corpore  Romanis 
pontificihus  iter  conjicientibus  prœferendo  ;  —  De  sacra 
summt  pontijicis   Communione,  missam  solemniter  celé- 
brantis; —   Commentarius  de  campanis  ; —  de  Tiarœ 
pontificiœ  quant  regnum  mundi  vulgo  appellaîit,  Origine, 
Signijicatu  et  Usu  ;  —  de  Salutatione  sacerdotis  in  missa 
et  in  divinis  officiis,  nec  non  de  ministri  vel  chori  Respon- 
sione;  —  de  Precatione  qua  lectiones  in  matutino  prœve- 
nimusy  nec  non  de  fine  quo  eas  claudimus  ;  —  Feria  quid- 
nam  sit,  et  cur  dies  ah  ecclesiasticis  viris  feriarum  nomi- 
nibus  in  Ecclesia  nuncupentur  ;  —  de  Origine  et  Institu- 
tione  benedictionis  candelarum,  velcereorum  in  festivitate 
Purijicatioms  B.  M.   V,;  —  Unde  cineres  super  caput 
spargendi  usus  originem  habeat  et  quœ  sibi  velint  ?  — 
Aurea  rosa,  ensis  et  pileus,  quœ  regibus  ac  magnatibus  a 
summo  Pontifice  benedicta  in  donum  mittuntur,  quid  sibi 
velint  ?  etc.  Rocca  avait  en  outre  donné  ses  soins  à  la 
correction  du  sacramentaire  grégorien,  qui  fait  partie  de 
rédition    des  Œuvres  de    saint   Grégoire,    imprimée    à 
Rome  en  1593,  et  qui  a  été  aussi  publiée  à  part,  avec  des 
notes,  dans  la  même  ville,  en  1596.  On  lui  doit  aussi  une 
édition  du  Sacerdotal  de  Samarini,  qui  est  une  sorte  de 
rituel  dont  nous  parlerons  ailleurs. 

(1594).  François  Ferrario  est  donné  par  Zaccaria, 
comme  auteur  d'un  livre  imprimé  à  Crémone,  sur  la  Con- 
sécration des  églises. 

(1599).  Corneille  Schulting,  doyen  de  la  Faculté  de  Co- 


François 
Ferrario. 


Corneille 
Schulting, 


4^0  RÉFORME   DE   l'ÉGLISE   AU    XVI®    SIECLE 

INSTITUTIONS    loffiie,  ct  chaiioine  de  Saint- André  de  cette  ville,  a  laissé 

LITURGIQUES  .  ,  .    . 

plusieurs  ouvrages  d^une  érudition  remarquable  pour  le 

doyen   de  la  temps.  L'un  d'eux  est  intitulé  :  Bibliotheca  ecclesiastica^ 
de  théoîogîe  de  "^^^^  Comment  aria  sacra   de  expositione  et  illustratione 
auteur^de'ia     Missalis  et  Breviarii .  Coloniœ,  1599,  4  vol.  in-folio.  Ce 
biblfothè^ue    travail,   malgré  ses  nombreuses  imperfections,  doit  être 
liturgique,      considéré    comme   la   première   bibliothèque    liturgique 
qui  ait  été  tentée.  Zaccaria  y  a  puisé  pour  la  sienne  beau- 
coup de  renseignements  qu'il  n'aurait  pas  trouvés  ailleurs. 
Les  cardinaux       (1602).  En  Cette  année,  qui  est  celle  de  l'édition  du  Bré- 

Robert  .  \  '         .  , 

Beiiarmin  viaire  romain  par  Clément  VIII,  nous  plaçons  au  rang 
Antoniani.  des  liturgistes  les  deux  cardinaux  Robert  Beiiarmin  et 
Silvio  Antoniani,  tous  deux,  ainsi  que  nous  avons  rap- 
porté, membres  de  la  commission  nommée  par  le  pape 
pour  la  révision  du  bréviaire.  Ils  suppléèrent  de  leurs 
fonds  Pun  et  l'autre,  à  une  omission  qui  déparait  le  bré- 
viaire de  saint  Pie  V.  Ce  pontife  n'avait  point  assigné 
d'hymne  spéciale  pour  le  Commun  des  saintes  Femmes. 
Antoniani  composa  celle  que  nous  chantons  aujourd'hui  : 
Fortem  virili pectore ;  et  comme  il  en  manquait  pareille- 
ment une  pour  l'office  de  sainte  Marie-Magdeleine,  Bei- 
iarmin donna  celle  qui  commence  par  ce  vers  :  Pater  su- 
per ni  luminis. 

Ici  s'arrête  l'histoire  de  la  Liturgie  durant  ce  xvf  siècle 
qui,  malgré  ses  tempêtes  et  ses  scandales,  doit  être  consi- 
déré comme  un  de  ceux  que  l'Église  de   Jésus-Christ  a 
Magnifique     traversés  avec  le  plus  de  doire.   On  peut  dire,  au  reste, 

spectacle    que  .        .  .  ^       . 

donnePÉgiisese  que  l'histoire  de  ce  siècle  est  encore  à  faire  ;  car  pour  ceux 
elle-même^  dans  ^^i  Seraient  tant  soit  peu  versés  dans  la  science  religieuse, 
du  xvfe^siïcle.  l'ouvrage  si  vanté  de  Ranke,  avec  ses  omissions,  ses  pré- 
jugés et  ses  erreurs  positives,  ne  peut  être  qu'un  livre 
de  renseignements  sur  quelques  points,  utile  seulement  à 
ceux  qui  dominent  déjà  l'ensemble  des  faits  ecclésias- 
tiques de  cette  époque,  très-dangereux  pour  les  autres. 
Ce  qu'il  importe   surtout  de  voir,  c'est   la  réforme   de 


I    PARTIE 
CHAPITRE   XV 


RÉFORME    DE   l'ÉGLISE   AU    XVI®    SIECLE  48  c 

l'Église,  renouvelant  Q]\Q.'ïntn\Q,  sa  jeunesse  comme  celle  de 
r aigle  (i).  Que  d'œuvres  merveilleuses  et  fortes  accom- 
plissent  les  pontifes  romains,  de  Pie  V  à  Clément  VIII  ! 
Quel  gouvernement  énergique  et  intelligent  que  celui  qui 
créa  ces  institutions  sur  lesquelles  repose  aujourd'hui  toute 
la  forme  extérieure  du  catholicisme  !  Pie  IV  publie  les 
règles  de  V Index  des  livres  prohibés^  et  la  célèbre  jc'rq/'^^- 
sion  de  foi  qui  maintient  l'orthodoxie  au  sein  de  rEghse. 
Saint  Pie  V  promulgue  le  bréviaire,  le  missel^  et  cette 
admirable  synthèse  du  dogme  catholique,  sous  le  nom  de 
catéchisme  romain.  Grégoire  XIII  réforme  le  calendrier^ 
publie  le  martj^rolog-e,  revoit  le  décret  de  Gratien.  Sixte- 
Quint  donne  l'édition  corrigée  de  la  Vulgate,  et  érige  les 
congrégations  romaines.  Clément  VIII  publie  lo, pontifi- 
cal et  le  cérémonial.)  et  assure  pour  les'siècles  suivants  la 
pureté  du  bréviaire  et  du  missel. 

Voilà  quelques-uns  des  efforts  tentés  par,  les  papes  du      J^^^^  ^^^. 
XVI®  siècle  pour  opérer  la  réforme  de  TEfflise.  On  voit  que  par  les  papes  à 

^  ^  .  " ^       ^  cette  époque 

toutes  ces  grandes  mesures  reviennent  à  V unité  comme  au  ont  pour  but  de 
seul  but  désiré  :  en  effet,  l'unité  sauva  la  catholicité,  au 
XVI®  siècle,  comme  toujours  ;  mais  cette  unité  avait  besoin, 
à  cette  époque,  d'être  développée  dans  ses  dernières 
conséquences.  Une  forme  aussi  importante  que  la  Litur- 
gie ne  pouvait  donc  rester  plus  longtemps  sans  être  rame- 
née au  grand  principe  de  Grégoire  VII,  de  Charlemagne, 
de  saint  Innocent  P^  Toute  TÉdise  le  sentit,  et  la  France,      i:f:!!?I^:!!f,« 

o  7  7        liturgiaue 

en  tête   des  autres  provinces  de  la  catholicité,  s'empressa       réalisée 

^  7  r  spécialement 

de  seconder  les  vues   du  siège  apostolique.    Comme  aux     ^n  France. 
premiers  jours  du  monde,  la  terre  se  trouva  n'avoir  plus 
qu'un  seul  et  même  langage  (2).   Aujourd'hui,   cette  unité 
est  rompue;   cette   harmonie   est  brisée;   si  le  reste  du 
monde  prie  encore  avec  Rome,  la  France  a  déchiré  cette 

(i)  Psalm.  cil,  5. 

(2)  Erat  terra  labii  unius  et  sermonum  eorumdem.  (Gen.  xi,  i .) 

T.    I  3l         . 


482  RÉFORME    DE    l'ÉGLISE   AU    XVI®    SIECLE 

INSTITUTIONS    commuiiion  si  touchante,  si  sacrée  (i).   Quand  renaîtra- 

LITURGEQUES  .     ,      .  •  ,  / 

t-elle,  cette  unité  liturgique  préparée  avec  tant  de  soins  par 

Rupture       les  souverains  pontifes,  pour  être  la  sauvegarde  du  dogme 

de  ^cette  ^unké  ^t  ^^  ^^  liberté  ecclésiastique  ?  Quand  dirons-nous,  comme 

^^"sli/vants*^^^^^  ^^^   pères    du    concile    de   Vannes,    de    461    :    Puisque 

combien  il     jiqus  navous  quuue  même  foi^  n'ayons  aussi  qu'une  même 

serait  important  ^  j      ^       j  :z 

de  la  rétablir,   règle  pouv   les   divins   offices  (2)  ?    Il   ne    s^agit    plus , 
comme  au  temps  de  Pépin  et  de  Charlemagne,  d'abjurer 
des    rites  établis   chez   nous  par  les  fondateurs  de   nos 
Eglises.  Il  n^y  a  guère  plus  d'un  siècle  que  nous  n'avions 
qu'une  prière  avec  l'Église  romaine  :  pourquoi  n'y  revien- 
drions-nous pas  ?    Nous  en  appelons  à  ceux  qui  nous  ont 
suivi  à  travers  ces  faibles  pages  :  le  vœu  de  l'Eglise  n'est- 
il  pas  Vunité  dans  la  Liturgie  comme  dans  tout  le  reste  ? 
Nous  est-il  possible  d'avoir  sur  ce  point  une   autre  doc- 
trine   que  celle  du  Siège  apostolique,  exprimée  par  Clé- 
ment VIII    dans    ces   belles   paroles  :    «    Puisque  dans 
«  l'Église  catholiaue^  laquelle  a  été  établie  par  Notre  Sei- 
«  gneur  Jésus-Christ  sous  un  seul  chef,  son  Vicaire  sur  la 
«  terre,  on  doit   toujours  garder  l'union  et  la  conformité 
«  dans   tout   ce  qui    a   rapport  à    la  gloire  de  Dieu  et  à 
«  l'accomplissement  des  fonctions    ecclésiastiques  ;  c'est 
«  surtout  dans  l'unique  forme  des  prières   contenues  au 
«  bréviaire  romain^  que  cette  communion  avec  Dieu  qui 
«  est  un,  doit  être  perpétuellement  conservée^  afin  que, 
«  dans  l'Église  répandue  par  tout  Tunivers,  les  fidèles  de 
«  Jésus-Christ  invoquent  et  louent  Dieu  par  les  seuls  et 
«  mêmes  rites  de  chants  et  de  prières  (3).  » 

Tel  est  le  vœu  de  l'Eglise;  ce  qui  y  serait  contraire  n'est 
donc  pas  le  vœu  de  l'Eglise.  Prions,  afin  que  le  Dieu  de 

(i)  Communionem  discerperent.  Vid.  ci-après  la  Bulle  :  Quod  a  nobis. 

(2)  Ci-dessus,  pag.  iib. 

(3)  Gum  in  ecclesia  catholica_,  a  Christo  D.  N._,  sub  uno  capite,  ejus 
in  terris  Vicario,instituta_,  unio  et  earum  rerum  quae  ad  Dei  gloriam  et 
debitum   ecclesiastîcarum    personarum    officium   spectant,   conformatio 


RÉFORME   DE    l'ÉGLISE   AU   XVI®   SIECLE  488 

la  paix  et  de  l'unité  dispose  toutes  choses  dans  sa  force  et       i  partie 

^  ^      ^  ^  ,  CHAPITRE  XV 

sa  douceur;  afin  que  Tunité  de  prière  se  rétablisse  au  sein 
de  notre  patrie,  et  que  la  prière  du  Pasteur  suprême  soit 
la  prière  des  brebis,  comme  déjà  sa  foi  et  sa  doctrine  sont 
leur  foi  et  leur  doctrine. 

semper  conservanda  sit;  tum  praecipue  illa  communio  uni  Deo,  una  et 
eadem  formula,  preces  adhibendi,  quae  Romano  breviario  continetur, 
perpétue  retinenda  est,  ut  Deus,  in  Ecclesia  per  universum  orbem  diffusa_, 
uno  et  eodem  orandi  et  psallendi  ordine,  a  Ghristi  fidelibus  semper  lau- 
detur  et  invocetur.  (Glemens  VIII,  Bulla  Cum  in  Ecclesia,  §  i.) 


484  BULLES    DE    SAINT   PIE    V 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


NOTES  DU  CHAPITRE  XV 

NOTE  A 
Plus  EPISCOPUS,  SERVUS  SERVORUM  DEI, 

AD   PERPETUAM  REI  MEMORIAM. 

Quod  a  nobis  postulat  ratio  pastoralis  Officii,  in  eam  curam  incumbi- 
mus,  ut  omnes,  quantum  Deo  adjutore  fieri  poterit,  sacri  Tridentini 
concilii  décréta  exequantur,  ac  multo  id  etiam  impensius  faciendum  in- 
telligimus,  cum  ea  quae  in  mores  inducenda  sunt,  maxime  Dei  gloriam, 
ac  debitum  ecclesiasticarum  personarum  officium  complectuntur.  Quo 
in  génère  existimamus  in  primis  numerandas  esse  sacras  preces,  lau- 
des, et  gratias  Deo  persolvendas,  quae  Romano  breviario  continentur. 
Quae  divini  Officii  formula,  pie  olim,  ac  sapienter  a  summis  Pontifi- 
cibus,  prœsertim  Gelasio ,  ac  Gregorio  primis  constituta,  a  Gregorio 
autem  septimo  reformata,  cum  diuturnitate  temporis  ab  antiqua  ins- 
titutione  deflexisset,  necessaria  visa  res  est,  quas  ad  pristinam  orandi 
regulam  conformata  revocaretur.  Alii  enim  prœclaram  veteris  Bre- 
viarii  constitutionem,  multis  locis  mutilatam,  alii  incertis  et  advenis 
quibusdam  commutatam  deformarunt.  Plurimi,  specie  Officii  commo- 
dioris  allecti_,  ad  brevitatem  novi  Breviarii  a  Francisco  Quignonio  tit. 
S.  Crucis  in  Hierusalem  presbytero  card.  compositi  confugerunt.  Quin 
etiam  in  provincias  paulatim  irrepserat  prava  illa  consuetudo,  ut  Epis- 
copi  in  Ecclesiis,  quae  ab  initio  communiter  cum  cœteris  veteri  Romano 
more  Horas  canonicas  dicere  ac  psallere  consuevissent,  privatum  sibi 
quisque  breviarium  conficerent,  et  illam  communionem.  uni  Deo,  una 
et  eadem  formula  ,  preces  et  laudes  adhibendi,  dissimillimo  inter  se, 
ac  pêne  cujusque  episcopatus  proprio  Officio  discerperent.  Hinc  illa  tam 
multis  in  locis  divini  cultus  perturbatio  ;  hinc  summa  in  Clero  igno- 
ratio  caeremoniarum ,  ac  rituum  ecclesiasticorum,  ut  innumerabiles 
Ecclesiarum  ministri  in  suo  munere  indecore,  non  sine  magna  piorum 
offensione,  versarentur. 

Hanc  nimirum  orandi  varietatem  gravissime  ferens  fel.  rec.  Paulus 
Papa  IV,  emendare  constituerat  ;  itaque  provisione  adhibita,  ne  ulla  in 
posterum  novi  Breviarii  licentia  permitteretur,  totam  rationem  dicendi, 
ac  psallendi  Horas  canonicas,  ad  pristinum  morem  et  institutum  redi- 
gendam  suscepit. 

Sed  eo,  postea  nondum  iis  quae  egregie  inchoaverat  perfectis,  de  vita 
decedente,  cum  a  piae  memoriae  Pio  Papa  IV  Tridentinum  concilium, 
antea  varie  intermissum,  revocatum  esset.  Patres  in  illa  salutarii  refor- 


CHAPITRE  XV 


POUR  LA  RÉFORME  LITURGIQUE  486 

matione   ab    eodem    Goncilio    constituta,    Breviarium    ex    ipsius    Pauli  ^  partie 

Papae  ratione  restituere  cogitarunt.  Itaque  quidquid  ab  eo  in  sacro  opère 
coUectum,    elaboratumque   fuerat,  Concilii    Patribus  Tridentum   a  prse- 
.  dicto  Pio  Papa  missum  est  ;  ubi  cum  doctis  quibusdam,  et  piis  viris  a 
Concilie  datum  esset   negotium,  ut  ad  reliquam  cogitationem,   Breviarii 
quoque  curam  adjungerent,    instante  jam   conclusione  Concilii,  tota  res 
ad  auctoritatem  judiciumque  Romani  pontificis  ex  decreto  ejusdem  Con- 
cilii relata  est  ;  qui   illis  ipsis  Patribus   ad    id  munus  delectis,    Romam 
vocatis,  nonnullisque  in    Urbe  idoneis  viris  ad  eum  numerum  adjunctis, 
rem   perfîciendam    voluit.    Verum    eo   etiam   in   viam    universse   carnis 
ingresso,  Nos,  itadivina  disponente  clementia,  licet  immerito,  ad  Apos- 
tolatus    apicem   assumpti,  cum  sacrum   opus,    adhibitis   etiam  ad   illud 
aliis    peritis  viris,  maxime   urgeremus,   magna  in  nos   Dei    benignitate 
(sic   enim   accipimus),  Romanum    hoc  breviarium  vidimus    absolutum. 
Cujus  ratione  dispositionis  ab  illis   ipsis,  qui  negotio  preepositi    fuerant, 
non  semel  cognita,  cum  intelligeremus,  eos  in  rei  confectione  ab  antiquis 
Breviarii  nobilium  Urbis  Ecclesiarum,  ac   nostrae   Vaticanae  bibliothecee 
non  decessisse,  gravesque  praeterea  aliquot  eo  in  génère  scriptores  secutos 
esse,   ac    denique    remotis  iis,    quae   aliéna  et  incerta   essent,  de  propria 
summa  veteris  divini  Officii  nihil  omisisse  ;  opus  probavimus,  et  Romse 
imprimi,   impressumque    divulgari    jussimus.    Itaque,    ut  divini  hujus 
operis  effectus  re  ipsa  consequatur,    auctoritate  prassentium   tollimus  in 
primis,  et  abolemus  Breviarium   novum  a  Francisco  cardinale  pr^dicto 
editum,  et  in  quacumque  ecclesia,  monasterio,  conventu,  ordine,  militia, 
et  loco  virorum  et  mulierum,   etiam  exempto,  tam  a  primaeva   institu- 
tione,  quam  aliter  ab  hac  Sede  permissum. 

Ac  etiam  abolemus  quaecumque  alla  breviaria  vel  antiquiora,  vel 
quovis  privilegio  munita,  vel  ab  episcopis  in  suis  djœcesibus  pervul- 
gata,  omnemque  illorum  usum  de  omnibus  orbis  ecclesiis,  monasteriis, 
conventibus,  militiis,  ordinibus,  et  locis  virorum  ac  mulierum  etiam 
exemptis,  in  quibus  alias  OfEcium  divinum  Romanae  ecclesiae  ritu  dici 
consuevit,  aut  débet;  illis  tamen  exceptis,  quae  ab  ipsa  prima  institu- 
tione  a  Sede  apostolica  approbata,  vel  consuetudine,  quae  vel  ipsa  insti- 
tutio  ducentos  annos  antecedebat,  aliis  certis  breviariis  usa  fuisse  consti- 
terit  :  quibus,  ut  inveteratum  illud  jus  dicendi,  et  psallendi  suum  Offi- 
cium  non  adimimus,  sic  eisdem  si  forte  hoc  nostrum,  quod  modo  per- 
vulgatum  est,  magis  placeat ,  dummodo  episcopus,  et  universum 
Capitulum  in  eo  consentiant,  ut  id-  in  choro  dicere,  et  psallere  possint, 
permittimus. 

Omnes  vero,  et  quascumque  apostolicas,  et  alias  permissiones,  ac 
consuetudines  et  statuta,  etiam  juramento,  confirmatione  apostolica,  vel 
alla  firmitate  munita,  nec  non  privilégia,  licentias  et  indulta  precandi  et 
psallendi,  tam  in  choro  quam  extra  illum,  more  et  ritu  breviariorum  sic 
suppressorum,  prœdictis  ecclesiis,  monasteriis,  conventibus,  militiis, 
ordinibus  et  locis,  nec  non  S.  R.  E.  cardinalibus,   patriarchis,   archie- 


486  BULLES   DE    SAINT    PIE   V 

INSTITUTIONS      piscopis,   cpiscopis,   abbatibus,   et  aliis  ecclesiarum    prœlatis,    caeteris- 


LITURGIQUES 


que  omnibus  et  singulis  personis  ecclesiasticis,  sœcularibus  et  regula- 
ribus  utriusque  sexus ,  quacumque  causa  concessa ,  approbata ,  et 
innovata  ,  quibuscumque  concepta  formulis,  ac  decretis  et  clausulis 
roborata,  omnino  revocamus  ;  volumusque  illa  omnia  vim  et  efFectum  de 
caetero  non  habere. 

Omni  itaque  alio  usu,  quibuslibet,  ut  dictum  est,  interdicto,  hoc 
nostrum  Breviarium,  ac  precandi,  psallendique  formulam,  in  omnibus 
universi  orbis  ecclesiis,  monasteriis,  ordinibus,  et  locis  etiam  exemptis, 
in  quibus  Officium  ex  more,  et  ritu  dictae  Romanae  ecclesiœ  dici  débet, 
aut  consuevit,  salva  praedicta  institutione,  vel  consuetudine  praedictos 
ducentos  annos  superante,  praecipimus  observari.  Statuentes  Breviarium 
ipsum  nullo  unquam  tempore,  vel  in  totum,  vel  ex  parte  mutandum,  vel 
ei  aliquid  addendum,  vel  omnino  detrahendum  esse  ;  ac  quoscumque, 
qui  Horas  canonicas  ex  more  et  ritu  ipsius  Romanae  ecclesiae,  jure  vel 
consuetudine  dicere,  vel  psallere  debent,  propositis  pœnis  per  canonicas 
sanctiones  constitutis,  in  eos  qui  divinum  Officium  quotidie  non  dixerint, 
ad  dicendum  et  psallendum  [posthac  in  perpetuum  Horas  ipsas  diurnas 
et  nocturnas  ex  hujus  Romani  breviarii  praescripto  et  ratione  omnino 
teneri,  neminemque  ex  iis,  quibus  hoc  dicendi  psallendique  munus 
necessario  impositum  est,  nisi  hac  sola  formula  satisfacere  posse. 

Jubemus  igitur  omnes ,  et  singulos  patriarchas  ,  archiepiscopos, 
episcopos,  abbates,  et  caeteros  ecclesiarum  praelatos,  ut  omissis  quae 
sic  suppressimus,  et  abolevimus,  caeteris  omnibus  etiam  privatim  per 
eos  constitutis,  Breviarium  hoc  in  suis  quisque  ecclesiis,  monasteriis, 
conventibus,  ordinibus,  militiis,  diœcesibus,  et  locis  praedictis  intro- 
ducant  ;  et  tam  ipsi,  quam  caeteri  omnes  presbyteri,  et  clerici,  sœculares 
et  regulares  utriusque  sexus,  nec  non  milites,  et  exempti,  quibus  Officium 
dicendi,  et  psallendi  quomodocumque,  sicut  praedicitur,  injunctum  est, 
ut  ex  hujus  nostri  Breviarii  formula,  tam  in  choro  quam  extra  illum, 
dicere  et  psallere  procurent. 

Quod  vero  in  Rubricis  nostri  hujus  Officii  praescribitur,  quibus  die- 
bus  Officium  B.  Marine  semper  virginis,  et  Defunctorum,  item  septem 
Psalmos  pœnitentiales,  et  Graduales  dici,  ac  psalli  oporteat  ;  Nos  prop- 
ter  varia  hujus  vitae  negotia,  multorum  occupationibus  indulgentes, 
peccati  quidem 'periculum  ab  ea  praescriptione  removendum  duximus  ; 
verum  debito  providentiae  pastoralis  admoniti,  omnes  vehementer  in 
Domino  cohortamur,  ut  remissionem  nostram,  quantum  fieri  poterit, 
sua  devotione  ac  diligentia  praecurrentes,  illis  etiam  precibus,  sufïragiis 
et  laudibus,  suae,  et  aliorum  saluti  consulere  studeant.  Atque  ut  fide- 
lium  voluntas,  ac  studium  magis  etiam  ad  salutarem  hanc  consue- 
tudinem  incitetur ,  de  omnipotentis  Dei  misericordia ,  beatorumque 
Pétri  et  Pauli  Apostolorum  ejus  auctoritate  confisi,  omnibus,  qui  illis 
ipsis  diebus  in  Rubricis  praefinitis,  beatae  Mariae,  vel  Defunctorum 
Officium  dixerint,   toties  centum   dies  ;    qui  vero  septem   Psalmos,   vel 


POUR  LA  RÉFORME  LITURGIQUE  487 

Graduales,  quinquaginta,  de   injuncta  ipsis  pœnitentia  relaxamus.  Hoc  i  partie 

autem  concedimus  sine  praejudicio    sanctae  consuetudinis  illarum  eccle-  

siarum,  in  quibus  Officium  parvum  beatae  Mariae  semper  Virginis  in 
choro  dici  consueverat ,  ita  ut  in  praedictis  ecclesiis  servetur  ipsa 
laudabilis  et  sancta  consuetudo  celebrandi  more  solito  praedictum 
Officium. 

Ceeterum,  ut  présentes  litterœ  omnibus  plenius  innotescant,  man- 
damus  illas  ad  valvas  Basilicae  Principis  apostolorum  de  Urbe,  et  Can- 
cellariae  apostolicae,  et  in  acie  Campi  Floras  publicari,  earumque  exem- 
plar  de  more  affigi.  Volumusque,  et  apostolica  auctoritate  decer- 
nimus,  quod  post  hujusmodi  publicationem,  qui  in  Romana  curia  sunt 
prsesentes,  statim  lapso  mense,  reliqui  vero,  qui  intra  montes_,  tribus, 
et  qui  ultra  ubique  locorum  degunt,  sex  mensibus  excursis,  vel  cum 
primum  venalium  hujus  Breviarii  voluminum  facultatem  habuerint 
ad  precandum  et  psallendum  juxta  illius  ritum,  tam  in  choro,  quam 
extra  illum,  maneant  obligati.  Ipsarum  autem  litterarum  exempla  manu 
notarii  publici  ,  et  sigillo  alicujus  praelati  ecclesiastici,  aut  illius 
Curise  obsignata,  vel  etiam  ipsis  voluminibus  absque  praedicto,  vel 
alio  quopiam  adminiculo  Romœ  impressa ,  eamdem  illam  ubique 
locorum  fidem  faciant,  quam  ipsae  praesentes,  si  essent  exhibitae,  vel 
ostensae. 

Sed  ut  Breviarium  ipsum  ubique  inviolatum,  et  incorruptum  habea- 
tur,  prohibemus  ne  alibi  usquam,  in  toto  orbe,  sine  nostra,  vel  spe- 
cialis  ad  id  commissarii  apostolici,  in  singulis  christiani  orbis  regnis 
et  provinciis  deputandi,  expressa  licentia,  imprimatur ,  proponatur, 
vel  recipiatur.  Quoscumque  vero,  qui  illud  secus  impresserint,  pro- 
posuerint,  vel  receperint,  excommunicationis  sententia  eo  ipso  inno- 
damus. 

NuUi  ergo  omnino  hominum  liceat  hanc  paginam  nostras  ablatio- 
nis,  abolitionis,  permissionis,  revocationis,  jussionis,  praecepti,  statuti, 
indulti,  mandati  ,  decreti,  relaxationis,  cohortationis,  prohibitionis, 
innodationis    et   voluntatis  infringere,  vel  ei    ausu   temerario  contraire. 

Si  quis,  etc. 

Dat.  Romae,  apud  S.  Petrum,  anno  Incarnationis  Dominicae  i568,  sep- 
timo  Id.  Julii,  Pontificatus  nostri  anno  tertio. 

NOTE  B 
Plus  EPISGOPUS,   SERVUS  SERVORUM  DEI, 

AD    PERPETUAM    REI    MEMORIAM. 

Quo  primum  tempore  ad  Apostolatus  apicem  assumpti  fuimus,  ad  ea 
libenter  animum,  viresque  nostras  intendimus,  et  cogitationes  omnes 
direximus,  jquae  ad  ecclesiasticum   purum  retinendum    cultum   pertine- 


488 


BULLES   DE   SAINT    PIE   V 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


rent_,  eaque  parare,  et  Deo  ipso  adjuvante,  omni  adhibito  studio,  efficere 
contendimus. 

Cumque  inter  alia  sacri  Tridentini  concilii  décréta,  nobis  statuendum 
esset  de  sacris  libris,  catechismo,  missali  et  breviario,  edendis  atque 
emendandis,  edito  jam,  Deo  ipso  annuente,  ad  populi  erL-ditionem,  cate- 
chismo, et  ad  débitas  Deo  persolvendas  laudes  breviario,  castigato, 
omnino  ut  breviario  missale  responderet,  ut  congruum  est,  et  con- 
veniens  (cum  unum  in  Ecclesia  Dei  psallendi  modum,  unum  Missae 
celebrandae  ritum  esse  maxime  deceat),  necesse  jam  videbatur,  ut  quod 
reliquum  in  hac  parte  esset,  de  ipso  nempe  missali  edendo,  quam  pri- 
mum  cogitaremus. 

Quare  eruditis  delectis  viris  onus  hoc  demandandum  duximus,  qui 
quidem  diligenter  collatis  omnibus  cum  vetustissimis  nostrae  Vaticanae 
bibliothecae,  aliisque  undique  conquisitis,  emendatis,  atque  incorruptis 
codicibus,  nec  non  veterum  consultis  ac  probatorum  auctorum  scriptis, 
qui  de  sacro  eorumdem  Rituum  instituto  monumenta  nobis  reliquerunt, 
ad  pristinam  missale  ipsum  Sanctorum  Patrum  normam  ac  ritum  resti- 
tuerunt.  Quod  recognitum  jam,  et  castigatum  mature  adhibita  conside- 
ratione,  ut  ex  hoc  instituto,  cœptoque  labore  fructus  omnes  percipiant, 
Romae  quam  primum  imprimi,  atque  impressum  edi  mandavimus, 
nempe  ut  sacerdotes  intelligant,  quibus  precibus  uti,  quos  ritus,  quasve 
caeremonias  in  missarum  celebratione  retinere  posthac  debeant.  Ut  autem 
a  sacrosancta  Romana  ecclesia,  casterarum  ecclesiarum  matre  et  magistra 
tradita  ubique  amplectantur  omnes,  et  observent,  ne  in  posterum  perpe- 
tuis  futuris  temporibus  in  omnibus  christiani  orbis  provinciarum 
patriarchalibus,  cathedralibus,  collegiatis,  et  parochialibus,  saeculari- 
bus  et  quorumvis  ordinum  et  monasteriorum,  tam  virorum  quam  mulie- 
rum,  etiam  militiarum  regularibus,  ac  sine  cura  ecclesiis,  vel  capellis, 
in  quibus  missa  conventualis  alta  voce  cum  choro,  aut  demissa  celebrari 
juxta  Romanae  ecclesiae  ritum  consuevit,  vel  débet,  alias  quam  juxta 
Missalis  a  nobis  editi  formulam,  decantetur  aut  recitetur,  etiamsi  eaedem 
Ecclesiae  quovis  modo  exemptae  apostolicae  Sedis  indulto,  consuetudine, 
privilégie,  etiam  juramento,  confirmatione  apostolica,  vel  aliis  quibusvis 
facultatibus  munitae  sint,  nisi  ab  ipsa  prima  institutione  aSede  apostolica 
approbata,  vel  consuetudine  quas  vel  ipsa  institutio  super  ducentos 
annos  missarum  celebrandarum  in  eisdem  ecclesiis  assidue  observata 
sit,  a  quibus,  ut  prœfatam  celebrandi  constitutionem  vel  consuetudinem 
nequaquam  auferimus,  sic  si  Missale  hoc,  quod  nunc  in  lucem  edi 
curavimus,  iisdem  magis  placeret,  de  episcopi  vel  praelati ,  capitulique 
universi  consensu,  ut  quibusvis  non  obstantibus,  juxta  illud  missas 
celebrare  possint  permitlimus,  ex  aliis  vero  omnibus  ecclesiis  praefatis 
eorumdem  m.issalium  usum  tollendo  ,  illaque  penitus  et  omnino  reji- 
ciendo. 

Ac  huic  Missali  nostro  nuper  edito,  nihil  unquam  addendum,  detrahen- 
dum,  aut  immutandum  esse  decernendo,  sub  indignationis  nostrae  pœna, 


POUR   LA    RÉFORME    LITURGIQUE  489 

hac    nostra    perpétue    valitura    constitutione    statuimus   et    ordinamus.  i  partie 

CHAPITRE  XV 

Mandantes,  ac   districte  omnibus  et   singulis   ecclesiarum    praedictarum  

patriarchis,  administratoribus,  aliisque  personis  quacumque  ecclesias- 
tica  dignitate  fulgentibus,  etiamsi  sanctae  Romanae  ecclesiae  cardinales, 
aut  cujusvis  alterius  gradus  et  pra^eminentiae  fuerint,  illis  in  virtute  sanc- 
tae obedientiae  praecipientes,  ut  caeteris  omnibus  rationibus  et  ritibus  ex 
aliis  missalibus  quantumvis  vetustis  hactenus  observari  consuetis,  in 
posterum  penitus  omissis,  ac  plane  rejectis,  missam  juxta  ritum,modum, 
ac  normam,  quae  per  Missale  hoc  a  nobis  nunc  traditur,  décantent  ac 
legant,  neque  in  missae  celebratione  alias  caeremonias  vel  preces,  quam 
quae  hoc  Missali  continentur,  addere  vel  recitare  praesumant.  Atque  ut 
hoc  ipsum  Missale  in  m.issa  decantanda  aut  recitanda  in  quibusvis  eccle- 
siis  absque  ullo  conscientiae  scrupulo,  aut  aliquarum  pœnarum,  senten- 
tiarum  et  censurarum  incursu  posthac  omnino  sequantur^  eoque  libère 
et  licite  uti  possint  et  valeant,  auctoritate  apostolica,  tenore  praesentium, 
etiam  perpetuo  concedimus  et  indulgemus.  Neve  praesules,  adminstrato- 
res,  canonici,  capellani,  et  alii  quocumque  nomine  nuncupati  presbyteri, 
saeculares,  aut  cujusvis  ordinis  regulares,  ad  missam  aliter  quam  a  Nobis 
statutum  est,  celebrandam  teneantur;  neque  ad  missale  hoc  immutandum 
a  quolibet  cogi  et  compelli. 

Praesentesve  litterae  ullo  unquam  tempore  revocari  aut  moderari  pos- 
sint, sed  firmae  semper  et  validae  in  suo  existant  robore,  similiter  statui- 
mus et  declaramus. 

Non  obstantibus  praemissis,  ac  constitutionibus  et  ordinationibus  apos- 
tolicis,  ac  in  provincialibus  et  synodalibus  conciliis  editis,  generalibus 
vel  specialibus,  constitutionibus  et  ordinationibus,  nec  non  ecclesiarum 
praedictarum  usu  longissima  et  immemorabili  praescriptione,  non  tamen 
supra  ducentos  annos  roborato,  statutis  et  consuetudinibus  contrariis 
quibuscumque. 

Volumus  autem,  et  eadem  auctoritate  decernimus,  ut  post  hujus 
nostrae  constitutionis,  ac  Missalis  editionem,  qui  in  Romana  adsunt 
Curia  presbyteri,  post  mensem  ;  qui  vero  intra  montes ,  post  très  ; 
et  qui  ultra  montes  incolunt,  post  sex  menses,  aut  cum  priinum  illis 
Missale  hoc  propositum  fuerit,  juxta  illud  missam  decantare  vel  légère 
teneantur. 

Quod  ut  ubique  terrarum  incorruptum  ,  ac  mendis  et  erroribus  pur- 
gatum  praeservetur,  omnibus  in  nostro  et  S.  R.  E.  dominio,  médiate  vel 
immédiate  subjecto  commorantibus  impressoribus  ,  sub  amissionis 
librorum  ac  centum  ducatorum  auri  Camerae  apostolicae  ipso  facto  appli- 
candorum,  aliis  vero  in  quacumque  orbis  parte  consistentibus,  sub 
excommunicationis  latae  sententias,  et  aliis  arbitrii  nostri  pœnis,  ne  sine 
nostra,  vel  specialis  ad  id  apostolici  commissarii  in  eisdem  partibus  a 
Nobis  constituendi,  ac  nisi  per  eumdem  commissarium  eidem  impres- 
sori  Missalis  exemplum  ,  ex  quo  aliorum  imprimendorum  ab  ipso 
impressore    erit    accipienda    norma,  cum    Missali    in    Urbe    secundum 


490  INTRODUCTION   DE   LA   LITURGIE   REFORMEE 

INSTITUTIONS      magnam   impressionem    impresso   collatum    fuisse,    et    concordare    nec 

LITURGIQUES  ' 


in  ullo  penitus  discrepare,  prius  plena  fides  facta  fuerit,  imprimere  vel 
proponere  vel  recipere  ullo  modo  audeant  vel  praesumant,  auctoritate 
apostolica  et  tenore  praesentium  similibus  inhibemus. 

Verum  quia  difficile  esset  prassentes  litteras  ad  quœque  christiani 
orbis  loca  deferri,  ac  primo  quoque  tempore  in  omnium  notitiam  per- 
ferri,  illas  ad  Basilicae  Principis  Apostolorum,  ac  Cancellariae  aposto- 
licae,  et  in  acie  Gampi  Floral,  de  more  publicari  et  affigi,  ac  earumdem 
litterarum  exemplis,  etiam  impressis,  manu  alicujus  publici  tabellionis 
subscriptis,  nec  non  sigillo  personae  in  dignitate  ecclesiastica  constitutae 
munitis,  eamdem  prorsus  indubitatam  iidem  ubique  gentium  et  loco- 
rum  haberi  praecipimus,  quae  praesentibus  haberetur,  si  ostenderentur 
vel  exhiberentur. 

Nulli  ergo,  etc. 

Datum  Romae,  apud  Sanctum  Petrum,  anno  Iiicarnationis  Dominicae 
millesimo  quingentesimo  septuagesimo,  pridie  Idus  Julii,  Pont,  nostri 
anno  quinto. 

NOTE  G 

Decanus  et  Facultas  theologiae  scholae  Parisiensis,  venerabilibus  viris 
ac  dominis  Decano  et  Ganonicis  ecclesiae  Suessionensis,  salutem  : 

Honorandi  viri,  his  diebus  intelleximus  Breviaria  quaedam  nuper 
cura  Reginaldi  Ghaudiere  excusa  clericis  diœcesis  vestrae  tradita  esse 
in  quibus  pleraque  extranea  et  a  communi  Ecclesiae.  usu  aliéna  conti- 
neri  nobis  ex  eorum  inspectione  certo  constitit.  Quod  profecto  odiosum 
schisma  et  perniciosum  in  ecclesiam  Gallicanam  (ni  celerius  occur- 
ratur),  facile  potest  inducere.  Quod  si  contingeret  vestro  nomini  alias 
glorioso  nota  inureretur  quae  vix  saeculis  multis  posset  aboleri  ;  ves- 
trum  itaque  erit  tanto  malo  priusquam  latius  serpat,  obsistere..Venerabi- 
lem  Gœtum  vestrum  Ecclesiae  commodis  insudantem  Dominus  conservet. 
Datum  in  nostra  Gongregatione  apud  Gollegium  Sorbonae  ad  hoc  spe- 
cialiter  convocata,  die  Sabbati,  24  Julii,  anno  Domini  1529.  (D'Argentré, 
Collectio  judiciorunij  tom.  II,  p.  77.) 

NOTED 

Anno  Domini  1648,  die  prima  mensis  Martii....  Titulus  novi  brevia- 
rii  Aurelianensis,  suspectus  est  et  erroneus,  et  quae  fuerunt  expuncta  ex 
veteri,  neque  vana  sunt,  neque  inutilia,  neque  piarum  aurium  et  docta- 
rum  offensiva.  Quod  christianus  lector  sequentibus  facile  cognoscet.  In 
primis  ex  dicto  veteri  Breviario  subtrahuntur  a  certis  feriis,  in  quibus 
dicitur  dieta,  preces  in  illis  post  laudes  et  vesperas  et  alias  Horas  dici 
consuetae.  In  aliis  feriis,  in  quibus  dicitur  dieta,  dicuntur  quidem  hujus- 
modi  preces    post  laudes  et   vesperas,  sed  a   reliquis   locis  adimuntur, 


EN   FRANCE  49 1 

fol.  52.  A  precibus  vero  per  Quadragesimam  dicendis  auferuntur  Psalmi         i  partie 

_,  -,.  j-u.T  CHAPITRE  XV 

pœnitentiales,    qui  antea   post  Psalmum   Miserere,   dicebantur.  Insuper  

subtrahuntur  a  Sanctorum  festis  multae  lectiones  matutinarum,  vel 
omnino,  vel  ex  parte.  Ita  ut  e  festis  novem  lectionum  aliquando  festa 
trium  lectionum  fiant,  et  e  festis  trium  lectionum  fiant  festa  simplicis 
memoriae.  Ubi  autem  praedicta  festorum  mutatio  non  fit,  nihilominus 
tolluntur  plerumque  lectiones  aliquot  matutinarum,  vel  ex  ipsis  festis, 
vel  ex  octavis  eorumdem.  Tolluntur,  inquam,  modo  integrae,  modo  in 
parte  concisae,  fitque  concisio  nunc  in  principio  lectionis.  Unde  voca- 
bulum  istud,Beatus,  vel  Beatissimus  praeciditur.  Quod  tamen  in  exordio 
Legendae  Sanctorum,  ad  Dei  laudem  et  ipsorum  laudem  propriis  nomi- 
nibus  anteponi  consueverat.  Aliquando  concisio  fit  in  medio,  aliquando 
in  fine;  in  quibus  et  aliis  plerisque  locis  nonnulla  auferuntur  Sanctorum 
miracula,  quandoque  operum  mérita,  nonnumquam  Sanctorum  invoca- 
tiones,  ut  videre  est  a  secundo  folio  partis  hyemalis  usque]ad  secundum, 
et  in  plerisque  aliis  locis.  Ad  haec  nonnulla  expunguntur  quas  maxime 
facere  videbantur  ad  Sacramentum  Eucharistiae,  Confirmationem,  ut 
perspicuum  est  ex  historiis  BB.  Gregorii,  Benedicti,  Ambrosii,  et  Mariae 
^gyptiacae.  Multa  sunt  et  alia  subtracta,  quae  ad  veram  Christi  religio- 
nem  plurimum  conducebant,  ut  sunt  jejunia,  carnis  maceratio,  sancto- 
rum Templorum  fundationes  et' dotationes  eorum.  Haec  patent  in  festis 
SS.  Antonii,  Ludovici,  Genovefae,  et  aliorum  multorum.  Item  si  qui 
Sancti  in  Ofïiciis  suarum  festivitatum  habebant  proprios  hymnos, 
proprias  antiphonas,  aliave  suflfragia,  illis  plerumque  resecatis,  ad  Com- 
mune recurrendum  esse  annotatur.  Quod  similiter  nonnunquam  fit  in 
lectionibus.  Id  autem  fieri  deprehendere  licet  non  tantum  in  aliis, 
verum  etiam  in  eis  festivitatibus,  quae  Aurelianensis  ecclesiae  peculiares 
sunt.  Quare  timendum  est,  ne  christianorum  devotio  erga  Sanctos,  qui- 
bus magis  afïiciebatur,  quando  peculiaria  eorum  mérita  et  virtutes  seu 
legebat,  seu  recenseri  audiebat,  tandem  imminuatur,  vel  prorsus  depereat. 
Quapropter  tôt  et  tantae  mutationes,  ac  subtractiones  factae  sunt,  et  prae- 
sertim  earum  rerum,  quae  ad  fidei  et  morum  asdificationem  et  ad  haere- 
sium  destructionem,  hac  nostra  tempestate  certo  deploranda  vigentium, 
conducebant.  Videtur  dicti  Breviarii  nova  ista  mutatio  imprudens,  teme- 
raria,  et  scandalosa,  neque  carens  suspicione  favendi  haereticis.  Quod  si 
sint  aliqua  vana  et  inutilia  in  veteri,  ut  dicunt  novi  concinnatores 
Breviarii,  illa  ostendant  et  proférant,  et  de  his  censebit  Facultas. 

Datum  in  nostra  Congregatione  generali  per  juramentum  celebrata 
apud  sanctum  Mathurinum,  prima  die  mensis  Martii,  1548.  (D'Argentré, 
ibidem,  pag.  160.) 

NOTE  E 

Die  Mercurii,  II  mensis  Maii,   i583. 

Cum  ob  raritatem  exemplarium  breviarii  et  missalis  Parisiensis,  antea 
saepius  extitisset  tractatum  de  utroque   novae  impressioni    committendo, 


49^  INTRODUCTION   DE    LA    LITURGIE    REFORMEE 

INSTITUTIONS  în  necessita,te  ecclesiarum  diœcesis  Parisiensis  magis  urgente  a  biennio, 
LITURGIQUES  g^  parte  reverendi  domini  episcopi  Parisiensis  in  hoc  Capîtulo  relata  : 
nonnulli  viri  scientia  ac  pietate  eminentissimi  rite  delecti  essent,  qui  res- 
titutioni  et  reformationi  in  hoc  non  immerito  desiderata  providerent  : 
cui  rei  tanta  fuerit  per  ipsos  adhibita  diligentia,  ut  prior  pars  Breviarii 
ferme  absoluta  sit,  ulteriusque  reliqua  progressa  fuisset,  nisi  opus  remo- 
ratum  esset,  a  pluribusque  optatus  usus  Romanus  ex  sacrosancti  con- 
cilii  Tridentini  decreto  restitutus,  cum  certis  aliis  causis  accedentibus. 
Quibus  omnibus  per  dictum  reverendum  dominum  Parisiensem  epis- 
copum  pro  suae  diligentiae  pastoralis  provida,  et  sapienti  functione  in 
hoc  Capitulo  propositis,  ipsorumque  Dominorum  Decani  et  Capituli 
consilio  super  hoc  exquisito  :  certa  tandem  die  specialis  convocationis 
ob  id  de  more  indictae;  in  primis  attenta  antiquitate  breviarii  et  missalis 
Parisiensis  ex  decretali  novissimi  usus  Romani  permissa,  deinde  caere- 
moniis  ac  ritu,  in  quibus  ecclesia  Parisiensi  prae  caeteris  Galliae,  atque 
adeo  totius  fere  orbis  christiani  ecclesiis  hune  usque  claruit,  et  ab 
omnibus  videntibus  et  audientibus  in  summa  admiratione,  non' sine 
gloria  Dei  habetur,  multis  denique  aliis  considerationibus  ;  ex  parte 
dominorum  decani  et  Capituli  deputati  essent  ex  ipsis,  qui  deliberatio- 
nem  referrent  ad  dictum  reverendum  dominum,  ipsumque  rogarent 
veterem  usum  istis  de  causis  in  sua  ecclesia  continuari.  In  cujus  absentia, 
hujusmodi  deliberatione  domino  generali  vicario  ipsius  communicata, 
ac  perpensis  omnibus  aliis  quae  in  hac  parte  perpendanda  et  consideranda 
erant  :  ex  parte  dominorum  decani  et  Capituli  existimatum  est  brevia- 
rium  et  missale  Parisiense  convenientius  retineri  in  ipsa  ecclesia  Pari- 
siensi, ac  typis  demandari,  utroque  prius  rite  purgato  ac  restituto  per 
dominos  ad  hoc  jam  deputatos,  ipsosque  ut  id  maturius  et  absque  ullo 
obstaculo  fiât,  cum  omni  honesta  instantia  rogari  a  dominis  cantore,  et 
Le  Prévost,  delegatis,  restitutionem  per  illos  nuper  incœptam  ab  omni- 
bus magnopere  laudandam  ad  similem  exitum  etiam  atque  etiam  desidera- 
tum perducere.  {Preuves  des  Libertés  de  V Église  gallicane,  tom.  II,  p.  1 140.) 

NOTE  F 

Deus  optimus  maximus  semper  gavisus  et  usus  est  varietate,  ut  patet 
in  ipsa  creatione  in  qua  diversitate  delectatus  est.  Hic  enim  ejus  potens 
et  sapiens  providentia  patet  ex  concentu  et  harmonia  rerum  diversarum 
atque  contrariarum. 

Hoc  pugnat  cum  ratione  et  cum  fide  per  charitatem  opérante.  Nam 
ratio  inferior  débet  consentire  cum  ratione  aeterna,  quae  diversitatem  in 
conditione  universi  posuit  a  principio,  ut  sit  concordia  discors  :  ut  etiam 
magis  excitemur  ad  virtutem,  cum  ejus  plura  exempla  proponuntur  :  ut 
Deus  magis  laudetur  in  multitudine  et  varietate  mirabilium  ipsius.  Hoc 
minueret  Dei  optimi  max.  gloriam,  Sanctorum  cultum,  et  christianorum 
aedificationem  exemplariam. 

Hoc  valde  minuit  episcoporum  et  diœceseon  auctoritatem. 


EN   FRANCE  498 


Qui  hoc  promovent  non  sunt  viri    simplices,  et  devoti,  seu  spiritales,         i  partie 
sed  astuti,  politici,  qui  ex  re  qualibet,  quolibet  modo    rem   suam  mun-      chapitre  xv 
danam    conantur  facere.  Astitit  Regina  a   dextris    sponsi    circumamicta 
varietate. 

Ut  omnis  novitas  est  suspecta,  ita  talis  mutatio  magna  non  potest  esse 
sine  detrimento  magno. 

Hoc  foveret  cantorum  et  Ecclesiae  servitorum  inobedientiam  atque 
dissolutionem,  quum  omnium  Ecclesiarum  unum  esset  et  idem  Offi- 
cium. 

Quot  sumptus  necessarii  essent  ?  Rustici  non  possent  juvare  suos 
curatos  in  Officio  agendo  :  hoc  autem  maxime  est  necessarium  in 
pagis. 

Spiritus  Sanctus  fecit  loqui  magnalia  Dei  omnibus  linguis  (ylcif.  11). 
Quod  est  argumentum  diversitatis  in  Officio  in  Ecclesia,  ut  in  universo 
et  in  membris  corporis  humani  cernitur. 

Nobis  sapientia,  prudentia,  virtute,  et  donis  Sancti  Spiritus  excei- 
lentiores  fuerunt  antiqui  sancti  Patres ,  qui  justis  de  causis  sin- 
gulis  diœcesibus  singula  concesserunt  et  ordinaverunt  breviaria. 
Miretur  ergo  Gallia  suum  Marcellum,  dum  miratur  suum  Sylvestrum 
Roma. 

Talis  immutatio  haereticos  juvaret  atque  delectaret,  quasi  in  errore 
aut  inscitia  fuissent  Patres  catholici  in  re  tanta.  Hoc  esset  scandalum  piis 
catholicis  qui  hoc  pacto  possent  dubitare  de  ipsa  fide  et  religione,  cujus 
consuetam  professionem  ita  immutatam  cernèrent.  Quid  hoc  affert  uti- 
litatis  ? 

Reliqui  episcopi  habent  potestatem  politiae  et  ordinationis  in  suis 
diœcesibus,  ut  Romanus  in  sua  :  hoc  autem  bona  ex  parte  convel- 
leretur. 

Ad  quid  amplexaretur  breviarium  Romanum,  quod  a  paucis  annis  ter 
immutatum  et  derelictum  vidimus  ?  Succedente  alio  papa,  novum  erit 
forsan  breviarium  expectandum. 

Hoc  est  contra  libertatem  ecclesiae  Gallicanae,  quae  si  Romanae  in  hac 
professione  generali  et  maxima  se  submittat,  quid  restât  nisi  quod  etiam 
ex  consequenti  saepe  submittet  in  reliqua  omni  politia  ?  Nam  accessorium 
sequitur  principale. 

Semper  unaquaeque  ecclesia  et  provincia  gavisa  est  suis  ritibus,  juxta 
illud  : 

SifuerisRomœ,  Romano  vivito  more; 
Sifueris  alibi,  vivito  sicut  ibi. 

Ecclesiae  pagorum  saepe  non  sequuntur  ordinationem  suae  cathedralis, 
et  cathédrales  sequerentur  Breviarium  Romanae  ecclesiae. 

Avari  et  semper  ambitiosi  Romani  sic  rem  suam  facere  provident  ex 
impressione,  sicut  videmus  jam  factum  ex  privilegiis  multis  ad  hanc  rem 
spectantibus. 

Corrigantur,  et  tamen    valde  prudenter,  et  non  curiose  aut  scrupulose 


494      INTRODUCTION   DE    LA    LITURGIE    REFORMEE    EN   FRANCE 

INSTITUTIONS      nimis,  si  quae  indigent  correctione   in   breviariis    diœceseon,  non  autem 
LITURGIQUES       deserantuF. 

Hinc  prasdicatores  et  curati  non  tam  facile  populum  docerent,  ignoran- 
tes Legendas  multorum  Sanctorum  particularium,  particularibus  locis 
magis  celebrium  et  cognitorum. 

Ubi  Deus  Opt.  Max.  dédit  Sanctos,  ibi  quoque  vult  per  illos  invocari 
a  fidelibus  populis  :  sicut  voluit  rogare  a  filiis  Israël  per  patres  illorum 
Abraham,  Isaac  et  Jacob.  Retineantur  ergo  breviaria  singularum  diœ- 
ceseon. 

Si  abjiceretur  cultus  particularium  Sanctorum,  qui  sunt  in  tanto  et 
prope  infinito  numéro,  non  ita  juvaretur  per  illos  Ecclesia.  Nam  rogati 
et  laudati  rogant  atque  juvant  :  ideo  ordinavit  Ecclesia  per  Spiritum 
Sanctum  illos  in  locis  suis  particularibus  celebrari. 

Quum  adhuc  Ecclesia  nascens  et  spiritus  doctrinae  fervens  in  unum 
congregabatur ,  unusquisque  suam  particularem  devotionem  afïerebat 
(I  Cor.  14)  ;  quanto  magis  ergo  ipsis  per  universum  orbem  dispersis, 
unaquaeque  parochia,  vel  saltem  diœcesis,  suam  et  devotionem  et  pre- 
candi  formam  retinebat,  semper  tamen  ordinate  ?  Hic  terra  diversorum 
fructuum  arbores  et  semina  nutrit. 

Non  major  est  ratio  quod  omnes  sacerdotes  ubique  dicant  unum  bre- 
viarium,  quam  quod  omnes  laïci  unam  tantum  orationem  Deo  .Opt. 
Max.  offerant. 

Deus  Opt.  Max.  qui  decimis  et  primitiis  vult  recognosci,  non  magis 
vult  talia  sibi  oiFerri  ex  lis  quae  nascuntur  in  singulis  provinciis  (non 
enim  omnis  omnia  fert  tellus),  quam  desiderat  coli  et  laudari  ex  mirabi- 
libus  quae  contulit  et  operatus  est  per  singulos  et  particulares  Sanctos 
singularum  et  particularium  provinciarum. 

Quid  inde  provenit,  nisi  Romanae,  non  dico  religionis,  sed  superbiae 
et  ambitionis  auctio  ?  Non  cedat  crista  Gallica  Romano  supercilio,  non 
enim  hic  de  religione,  sed  de  superbia  astuta  agitur.  Ubi  enim  minus 
quam  Romae  conciliorum  œcumenicorum  décréta  observantur  ?  An  non 
est  hoc  in  Cleris  dominari  magis,  quam  Ecclesiam  aedificare  ?  Dixit  Anti- 
quitas  quod  major  est  Orbis  Urbe  :  hic  vero  Urbs  Orbem  tentât  com- 
plecti  et  sibi  subjicere. 

Hic  latet  anguis  in  herba  hoc  suspecto  maxime,  astuto  et  malo  tem- 
pore.  Videntur  ergo  qui  mutant  tempora  et  leges  {Daniel,  viii).  Monet 
Christus  (Matt.  xxiv)  eum  solum  qui  usque  ad  finem  perseveraverit  sal- 
vum  fore.  Perseverantia  autem  non  est  obstinatio  novitatis  prophanae, 
sed  antiquitatis  religiosa  continuatio. 

Non  propter  vitandos  sumptus  temporales,  admittatur  ignominiosa  et 
detrimentosa  plaga  spiritualis. 

In  Ecclesia triumphante  in  cœlo  (ad  cujus  exemplar  et  similitudinem  in 
terra  cuncta  debent  fieri),  ut  cordium,  ordinum  et  graduum  variae,  ita  et 
diversae  sunt  laudum  et  coronarum  formae. 
Non  putamus  abesse  ab  impietate,  illorum  memoriam  in  terris  sepelire, 


INSTITUTION    DE    LA    CONGREGATION    DES    RITES  496 

quorum  nomina  scripta   sunt    in   libro   vitae   et    in   cœlis  gloriosa.  Hoc  i  partie 

autem  fieret,  si  particularium   diœceseon  particularia  breviaria  tolleren-      C'apitre  xv 
tur.  Non  enim  satis  est  eos  in  scriptis  retineri,  nisi  et  honorifice  in  eccle- 
siis  recitentur. 

Hoc  non  vult  Concilium,  nec  intendit  Papa,  sed  Papœ  adulatores 
suis  propriis  utilitatibus,  cum  religionis  amplitudinis  detrimento,  inser- 
vientes. 

Si  recipiatur  Romanum  breviarium,  aut  bona  pars  ejus  amittetur, 
aut  infinitae  devotionum  particularium  ad  celebritatem  singulorum  Sanc- 
torum  in  illo  Breviario  omissorum  :  deserentur  fundatores,  et  Officia  in 
quibus  obligantur,  cum  summa  injustitia,  ecclesiae  particulares.  Monachi 
suum  retineant  breviarium  :  et  suo  utantur  cum  decoro  hiérarchie! 
pastores. 

Qui  hoc  persequuntur  ,  alii  sumptum  timent  ,  alii  adulantur  et 
lucrum  sperant ,  alii  vero  occulte  et  astute  cultum  et  splendorem 
catholicae  professionis  imminuere,  et  Ecclesiam  catholicam  turbare 
intendunt. 

Hoc  propositum  convellit,  non  sine  magno  religionis  detrimento, 
consuetudines  et  traditiones  ecclesiasticas,  quod  non  potest  fieri  sine 
catholicorum  scandalo,  atque  haereticorum  elatione,  qui  gloriabuntur 
nostram  talem  immutationem  esse  argumentum  praecedentis  erroris  atque 
inscitiae  in  religionis  catholicae  professione,  idem  concludendo  de  ejus 
persuasione  et  doctrina  :  talis  ergo  immutatio  hoc  m.axime  fieret  tempore 
imprudenter,  atque  periculosissime. 

Hic  episcopi  in  suis  diœcesibus,  si  intelligunt  quod  sunt,  habent  potes- 
tatem  orationis  modum  constituendi,  sicut  Papa  in  Romana  diœcesi  et 
ecclesia  (hoc  enim  sonat  et  significat  vocabulum  Pontifex,  Hebr.  cap.  v, 
et  ix)  ;  alioqui  fièrent  Papas  capellani.  {Preuves  des  Libertés  de  l'Église 
gallicane.  Ibidem.) 

NOTE  G 

Jam  vero,  cum  sacri  ritus  et  cœremoniae,  quibus  Ecclesia  a  Spiritu 
Sancto  edocta  ex  apostolica  traditione,  et  disciplina  utitur,  in  sacramen- 
torum  administratione,  divinis  officiis ,  omnique  Dei,  et  Sanctorum 
veneratione,  magnam  christiani  populi  eruditionem,  veraeque  fidei  pro- 
testationem  contineant,  rerum  sacrarum  majestatem  commendant,  fide- 
lium  mentes  ad  rerum  altissimarum  meditationem  sustollant,  et  devo- 
tionis  etiam  igné  inflamment,cupientes  filiorum  Ecclesiae  pietatem  et  divi- 
num  cultum  sacris  ritibus,  et  caeremoniis  conservandis,  instaurandisque 
magis  augere;  quinque  itidem  cardinales  delegimus,  quibus  heec  prae- 
cipue  cura  incumbere  debeat,  ut  veteres  ritus  sacri  ubivis  locorum,  in 
omnibus  Urbis,  orbisque  ecclesiis,  etiam  in  capella  nostra  pontificia,  in 
missis,  divinis  officiis,  sacramentorum  administratione,  caeterisque  ad 
divinum   cultum  pertinentibus,    a  quibusvis   personis  diligenter  obser- 


49^  RÉVISION   DU    BRÉVIAIRE    PAR   CLEMENT   VIII 

INSTITUTIONS  ventuF,  caeremoniae  si  exoleverint,  restituantur,  si  depravatae  fuerint, 
LITURGIQUES  ^  reformcntur,  libros  de  sacris  ritibus,  et  caeremoniis,  imprimis  Pontifi- 
cale, Rituale,  Caeremoniale,  prout  opus  fuerit,  reforment  et  emendent, 
officia  divina  de  sanctis  Patronis  examinent  et  nobis  prius  consultis, 
concédant.  Diligentem  quoque  curam  adhibeant  circa  Sanctorum  cano- 
nizationem,  festorumque  dierum  celebritatem,  ut  omnia  rite,  et  recte,  et 
ex  Patrum  traditione  fiant,  et  ut  reges  et  principes,  eorumque  oratores, 
aliaeque  personœ,  etiam  ecclesiasticae,  ad  Urbem,  curiamque  Romanam 
venientes,  pro  Sedis  apostolicae  dignitate  ac  benignitate  honorifice  more 
majorum  excipiantur,  cogitationem  suscipiant,  seduloque  provideant  : 
controversias  de  praecedentia  in  processionibus,  aut  alibi,  cœterasque  in 
hujusmodi  sacris  ritibus  et  caeremoniis  incidentes  difficultates  cognos- 
cant,  summarie  terminent  et  componant.  [Bullarium  Romanum,  tom.  II. 
Edit.  Luxemb.,  pag.  669.) 


NOTE  H 

Ut  autem  illius  usus  in  omnibus  christiani  orbis  partibus  perpetuis. 
futuris  temporibus  conservetur,  id  ipsum  Breviarium  in  aima  Urbe  nos- 
tra  in  eadem  typographia  tantum,  et  non  alibi  imprimi  posse  decerni- 
m.us,  extra  Urbem  vero  juxta  exemplar  in  dicta  typographia  nunceditur, 
et  non  aliter,  hac  lege  imprimi  posse  permittimus,  ut  nimirum  typo- 
graphis  quibuscumque  illud  imprimere  volentibus,  id  facere  liceat, 
requisita  tamen  prius,  et  in  scriptis  obtenta,  dilectorum  filiorum  Inqui- 
sitorum  haereticae  pravitatis  in  iis  locis  in  quibus  fuerint,  ubi  vero  non 
fuerint,  Ordinariorum  locorum  licentia.  Alioquin  si  absque  hujusmodi 
licentia  dictum  Breviarium  sub  quacumque  forma  de  caetero  ipsi  impri- 
mere, aut  bibliopolae  vendere  praesumpserint,  typographi  et  bibliopolae 
extra  Statum  nostrum  ecclesiasticum  existentes  excommunicationis  latae 
sententiae,  a  qua  nisi  a  Romano  pontifice,  praeterquam  in  mortis  articulo 
constituti,  absolvi  nequeant,  in  aima  vero  Urbe  ac  reliquo  Statu  eccle- 
siastico  commorantes,  quingentorum  ducatorum  auri  de  Caméra,  ac 
amissionis  librorum,  et  typorum  omnium  Camerae  praedictae  applican- 
dorum  pœnas  absque  alla  declaratione  irremissibiliter  incurrant  eo  ipso. 
Et  nihilominuseorumdem  Breviariorum  per  eos  de  caetero  absque  hujus- 
modi licentia  imprimendorum  aut  vendendorum  usum,  ubique  locorum 
et  gentium  sub  eisdem  pœnis  perpetuo  interdicimus  et  prohibemus.  Ipsi 
autem  Inquisitores  seu  Ordinarii  locorum,  antequam  hujusmodi  licen- 
tiam  concédant,  Breviaria  ab  ipsis  typographis  imprimenda,  et  postquam 
impressa  fuerint,  cum  hoc  Breviario  auctoritate  nostra  recognito,  et  nunc 
impresso,  diligentissime  conférant,  nec  in  illis  aliquid  addi  vel  detrahi 
permittant,  et  in  ipsa  licentia  originali  de  collatione  facta,  et  quod  omnino 
concordent,  manu  propria  attestentur  ;  eu  jus  licentiae  copia  initio,  vel  in 
cake   cujusque   Breviarii  semper   imprimatur  :  quod    si    secus    fuerint, 


REVISION    DU    BREVIAIRE    PAR    CLEMENT   Vlîl  497 

Inquisitores   videlicet  privationis  officiorum,  ac  inhabilitatis    ad    illa    et  i  partie 

alla  in  posterum  obtinenda,  antistites  vero  et  Ordinaru  locorum  suspen-  ' 

sionis  a  divinis,  ac  interdicti  ab  ingressu  ecclesiae,  eorum  vero  vicarii, 
privationis  similiter  officiorum  et  beneficiorum  suorum,  et  inhabilitatis 
ad  illa  et  alla  in  posterum  obtinenda,  ac  prœterea  excommunicationis, 
absque  alla  declaratione,  ut  prsefertur,  pœnas  incurrant  eo  ipso.  [Bulla- 
rium  Romanum^tom.  lU,  pag.  149.) 


T.    l  02 


INSTITT'XIONS 
LITURGIQUES 


CHAPITRE  XVI 


DE  LA  LITURGIE  DURANT  LA  PREMIERE  MOITIE  DU  XVII®  SIECLE. 
ZÈLE  DE  L^ÉPISCOPAT  FRANÇAIS  POUR  LA  LITURGIE  RO- 
MAINE. RÉACTION  DE  LA  PUISSANCE  SECULIERE. —  TRAVAUX 
DES  PONTIFES  ROMAINS  SUR  LA  LITURGIE.  PAUL  V.  RITUEL 
ROMAIN.     BRÉVIAIRE     ROMAIN.      BRÉVIAIRE      MONASTIQUE.    — 

URBAIN    VIII.    CORRECTION   DES    HYMNES.   AUTEURS    LITUR- 

GISTES    DE    CETTE    ÉPOQUE. 


L'Église  de  L'unité  liturgique  régnait  donc  désormais  en  Occident. 

heur?use%u  Un  demi-siècle  devait  s'écouler  avant  qu'on  osât  y  porter 

^^Rmité'^^  atteinte.  Non  moins  fidèle  que  les  autres  églises   à  cette 

liturgique,  unité,   TEsUse  de  France,   qui  avait  si  vigoureusement 

s  applique  a  en  ^  *=*  ^      ^  ^ 

perpétuer  la     exécuté,  dans  ses  divers  conciles  provinciaux,  les  disposi- 

duree. 

tions  de  la  bulle  de  saint   Pie  V,  jouissait  en  paix  d'un  si 

grand  bienfait  et   travaillait  avec  zèle   à  en  perpétuer  la 

durée. 

L'assemblée  du      Ce  fut  pour  ce  iTiotif  que,  dans  l'assemblée  du  clergé  de 

'en^iôïôX"'  i6o5  à  1606,  l'archevêque  d'Embrun,  bien  qu'il  n'ignorât 

subside  pour    p^^  qu'uii  nombre  assez  considérable   d'éslises  n'avaient 

limpression  des  r         t.  o 

livres  de  la     ^tcu  le  Bréviaire   réformé  que    pour    le   fondre   avec  les 

Liturgie  '  _  ^  ^  ^ 

romaine.  usages  diocésains,  remoiitj^a  qu'il  serait  à  propos  que 
toutes  les  églises  fussent  unifornnes  en  la  célébration  du 
service  divin,  et  que  l'office  romain  Jût  reçu  partout  [i) .  Il 
ajouta  qu'on  avait  trouvé  un  imprimeur  qui  offrait  d'im- 
primer tous  les  livres  nécessaires, à  la  seule  condition  qu'il 
plût  à  l'assemblée  de  lui  avancer  une  somme  de  milleécus(2). 

(1)  Procès-verbaux  des  Assemblées  générales  du  clergé,  tom.  I,  pag.  767. 

(2)  Ibidem. 


DE  LA  LITURGIE  DURANT  LA  PREMIERE  MOITIE  DU  XYII*"  SIECLE    499 

Cette  proposition  fut  agréée  par  les  prélats,  et  un  con-       i  partie 

,  1  1  '  1    •  •  CHAPITRE   XVI 

trat  fut  passe  entre  le  cierge  et  rimprimeur  en  question,  

sous  la  date  du  8  mai  1606,  ainsi  qu'on  le  peut  voir  dans 
les  actes  de  rassemblée  de  1612  (i).  On  y  lit  pareillement 
que  révêque  de  Chartres  et  les  agents  du  clergé  furent 
priés  et  chargés  défaire  distribuer  aux  provinces  et  dio- 
cèses qui  en  auraient  besoin,  tous  les  livres  de  Vusage 
romain  imprimés  ci-devant  (2). 

Le  résultat  de  cette  mesure  fut  de  déterminer  un  certain   Heureux  effets 

de  cette  iTiesure 

nombre  de  diocèses  qui  n'avaient  pas  encore  quitté  leurs     au  point  de 

1      /    .    .  •       1-  ,1  1  •  11  vue  de  l'unité 

bréviaires  particuliers,  a  embrasser  le  romain  pur;  elle  ne  liturgique. 
fut  pas  non  plus  sans  utilité  pour  les  églises  qui  voulaient 
absolument  retenir  le  rite  diocésain,  puisque  ce  rite  n'était 
lui-même  que  le  romain  réformé,  auquel  on  avait  associé 
l'office  des  saints  locaux  et  quelques  anciens  usages  parti- 
culiers. Par  cette  mesure  de  rassemblée  de  i6o5,  la  Li- 
turgie romaine  était  donc,  pour  ainsi  dire,  proclamée  la 
Liturgie  de  TEglise  de  France  en  général  ;  vérité  qui 
résultait  déjà  de  l'ensemble  des  canons  portés  dans  les  di- 
vers conciles  du  xvi^  siècle  que  nous  avons  cités  au  cha- 
pitre précédent. 

Un    événement,  d'abord    imperceptible,   piais    bientôt       L'évêque 
devenu    célèbre,     sembla,    dès     le    commencement    du  Charles  Miron, 
xvii^  siècle,  fournir  un  présage  des  atteintes  qui  devaient  ^^^^  Liturgie^ '^^ 
un  jour  être  portées,   en  France,  à  la  Liturgie  romaine.    ^i°^fise^de  la^ 
Charles  Miron,  évêque  d'Angers,  sur  la  demande  déplu-    .'T^rinité de  sa 

^  ^  .  .    .  Ville  episcopale. 

sieurs  membres  du  clergé  de  l'église  de  la  Trinité  d'An- 
gers, qui  formait  un  chapitre  uni  à  l'insigne  abbaye  du 
Ronceray^  avait  rendu  deux  ordonnances,  en  date  du 
26  octobre  1699  et  du  26  mars  1600,  portant  suppression 
du  Bréviaire  angevin  dans  ladite  église  de  la  Trinité,  et 
injonction  d'y  user  à  l'avenir  du  seul  Bréviaire  romain 
réformé  par  saint  Pie  V.    Les  oppositions  formées  par  la 

(i)  Procès-verbaux  des  Assemblées  générales  duclergé,  tom.  II,  pag.  43. 
(2)  Ibidem, 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


L'abbesse  du 

Ronceray  et  les 

chanoines 

de  la  Trinité 

appellent  au  ' 

parlement 

de  Paris. 


j\rrêt  du 
parlement  qui 

casse  les 

ordonnances  de 

l'évêque  et  lui 

interdit 
l'exercice  de  sa 

juridiction 
ecclésiastique. 


5 00  ZÈLE    DE    L^ÉPISCOPAT   FRANÇAIS. 

majorité  du  chapitre  avaient  été  fortement  repoussées  par 
l'official;  des  sentences  de  prise  de  corps,  et  même  Tincar- 
cération  s'étaient  ensuivies  contre  plusieurs  des  récalci- 
trants; on  prétend  même  que  les  livres  angevins  à  l'usage 
de  l'église  de  la  Trinité  avaient  été  brûlés  par  ordre  de 
l'évêque. 

Les  choses  étant  poussées  à  cette  extrémité,  Fabbesse  et 
les  religieuses  du  Ronceray  interjetèrent,  avec  les  cha- 
noines et  chapelains  de  leur  église  de  la  Trinité,  appel 
comme  d'abus  au  parlement  de  Paris.  L'avocat  général 
Servin,  homme  audacieux  et  bien  connu  par  son  aversion 
pour  la  liberté  de  TÉglise,  embrassa  avec  chaleur  la  cause 
du  Bréviaire  angevin  contre  celui  de  Rome,  et  procura  un 
arrêt  devenu  fameux,  par  lequel  la  cour  «  ordonne  que  le 
«  service  divin  ordinaire  en  Téglise  de  la  Trinité  sera 
«  continué;  et  a  fait  et  fait  inhibitions  et  défenses  audit 
«  évêque  d'innover  aucune  chose  en  l'exercice  et  célébra- 
«  tion  du  service  divin  aux  églises  de  son  diocèse,  sans 
«  Vautorité  du  Roi;  et  à  son  promoteur  et  officiai  d'entre- 
c(  prendre  cour,  juridiction  et  connaissance  que  celle  qui 
«  leur  est  attribuée  par  les  ordonnances.  Et  pour  se  voir 
«  faire  plus  amples  défenses  et  répondre  aux  conclusions 
c(  que  ledit  procureur  général  voudra  prendre  et  élire 
«  contre  eux,  seront  ajournés  à  comparoir  en  personne  au 
«  mois  ;  et  jusques  à  ce  qu'ils  aient  comparu,  leur  inier- 
«  dit  l'exercice  de  la  juridiction  ecclésiastique.  Con- 
«  damne  les  intimés  es  dépens  des  causes  d'appel,  dom- 
«  mages  et  intérêts  des  emprisonnements,  et  de  ce  qui 
«  s'est  ensuivi  :  ordonne,  si  aucuns  des  appelants  sont 
«  détenus  prisonniers,  que  les  prisons  leur  seront 
ce  ouvertes  :  aura  le  procureur  général  du  Roi  commis-  ^ 
c(  sion  pour  informer  des  faits  concernant  les  livres  de 
«  ladite  église  de  la  Trinité  brûlés,  et  paroles  scandaleuses 
«  proférées  aux  prédications  publiques,  pour  ce  fait  et 
ce  rapporté,  ordonner  ce  que  de  raison  :  et  sur  le  surplus 


POUR    LA    LITURGIE    ROMAINE  5oi 

«  par  lui  requis,  ladite   cour   en  délibérera    au  conseil.        ^  partie 

^  CHAPITRE    XVI 


«  Fait  en  Parlement,  le  27*'jour  de  février,  l'an  i6o3  (i).  » 

Maintenant,  si  l'on  examine  quels  étaient  les  motifs  sur    La  haine  de 
lesquels  les    magistrats  avaient  pu  baser  un    arrêt  aussi     commune  à 
scandaleux^  on  trouvera  que  la  haine  de  Rome,  sentiment  francaL,  perce 
inné  dans  Fàme  des  légistes  français,  depuis  et  avant  Phi-  ^^"^  ^^^  ^^^^^' 
lippe  le  Bel,  l'avait,  du  moins  en    grande  partie,  inspiré. 
C'est   cette  haine  de  Rome  qui  dicta  les  fameuses  conclu- 
sions de  la  Sorbonne  contre  la  réception  du  Bréviaire  ro- 
main, au  temps  de  Pierre  de  Gondy,  en  i583;  monument 
étrange,  mais  bien  précieux  (2),  dont  nous  devons  la  con- 
servation au  même  avocat  général  Servin,  qui  trouva  bon, 
pour  accroître  encore  le  scandale,  de   l'insérer   dans   son 
plaidoyer  contre  Tévêque  d'Angers.    Nous  avons  dit  que 
la  Sorbonne  réclama  sur  la  publicité  donnée  à  cette  pièce 
qui  ne  devait,   disait-elle,  être  considérée  que  comme  le 
fait  de  quelques  particuliers.  Mais  le  temps  était  venu  où 
la  mauvaise  semence  allait  germer,  et  où  Tivraie  étouffe-        , 
rait  le  bon  grain  dans  le  champ  du  père  de  famille. 

Outre  cette  haine  pour  tout  ce  qui  vient  de  Rome^  carac-    Le  parlement 

j...^j,,  .,  ,  ,.  veut  en  outre 

tere  distinctir  de  1  esprit  des  parlements,  on  doit  noter  en-     conférer  au 

^       ^       j  1  1,        A  ,      prince  séculier 

core  une  autre  tendance  dans  1  arrêt  que  nous  venons  de  ^  le  pouvoir 
citer,  savoir  l'envie  de  conférer  au  prince  séculier  le  pou-  ^^^ITturgie!^  ^^ 
voir  souverain  sur  la  Liturgie.  C^est  le  douzième  carac- 
tère de  l'hérésie  antiliturgiste.  Nous  le  verrons  se  déve- 
lopper en  France  et  passer  enfin  dans  les  livres  de  droit  à 
l'usage  du  clergé.  Si  on  y  réfléchit  bien,  on  verra  que  les 
deux  maximes  de  Tavocat  Servin  s^enchaînent  merveilleu- 
sement. D'abord,  arrêter  les  influences  directes  de  Rome 
sur  la  Liturgie  :  car  la  Liturgie  est  un  enseignement  haut 
et  populaire  qu'on  ne  doit  point  laisser  au  pape,  dans  un 
pays  de  liberté  comme  est  la  France  ;  ensuite,  surveiller, 

(i)  Preuves  des  libertés  de  V Église  gallicane,  tom.  II,  pag.  1144.    * 
(2)  Vid.    ci-dessus,    au    chap.    xv^    pag.    4.53,   et    pièces   justificatives, 
Note  F,  pag.  492-495. 


5 02  RÉACTION    DE    LA    PUISSANCE    SÉCULIÈRE 


INSTITUTIOiNS 
LITURGIQUES 


par  autorité  souveraine,  le  clergé  dans  une  chose  aussi 
importante  que  la  prière  publique,  de  manière  qu'il  ne 
puisse  faire  un  pas  sans  ressentir  sa  dépendance  sur  cet 
article. 

La  persécution  Nous  n'iguorous  pas  que^  sur  ce  point  comme  sur  tout 
^^  s^fe  ^^'     autre,  la  puissance  séculière   prétendait  n'intervenir  que 

nécessaire  de    comme  gardienne  des  anciens  usases  :   mais   rien  ne  nous 

semblables  o  n      •>  ^ 

prétentions,     empêcheplus  aujourd'hui  d'appeler  persécution  de  l'Éslise 

vainement  *-  ^  ^  ,  .  .  . 

colorées  par  un  toute  politique  séculière  qui  la  veut  contraindre,  soit  de 

zèle  apparent  •  n      r  nu*  v 

pour  la  défense  retenir  telle  forme  à  laquelle  elle  juge  a  propos  de  renon- 

des  anciens  -ni  n  in 

usages.        cer,  soit  d  embrasser  telle  autre  vers  laquelle  son  propre 
mouvement  ne  la  porte  pas. 
L'assemblée        Rassemblée  du  clergé  de   i6o5    vit  avec    indignation 

de  i6o5  cherche 

vainement  à  Tattentat  du  parlement  contre  le  droit  sacré  de  la  Litur- 
l'arrét  de  i6o3,  gî^-  Elle  résolut  de  suppUer  le  roi  de  casser  l'arrêt  et 
3es  fon^dements  ^^^^  ^^  ^^î  s'était  fait  en  exécutiou  ;  demandant  aussi  que 

des  libertés     {q^'h  arrêt  fût  ravé  des  registres,  et   que  défense  fût  faite 

gallicanes.  -^  o  7  t. 

au  sieur  Servin  de  plaider  à  l'avenir  en  aucune  cause 
d'Église.  L'assemblée  nomma  même  des  députés  pour 
poursuivre  la  cassation  (i);  mais  nous  ne  voyons  pas  que 
l'arrêt  ait  jamais  été  rapporté.  Bien  plus,  il  est  devenu 
célèbre  dans  tous  les  livres  qui  traitent  du  droit  ecclésias- 
tique français,  comme  l'un  des  premiers  fondements  de 
cette  maxime  de  nos  libertés,  qui  porte  que  les  évêques  de 
France  ne  peuvent  rien  sur  la  Liturgie,  dans  leurs  propres 
diocèses,  sans  la  permission  du  roi. 
L'assemblée         Au  reste,  Tassemblée   de    i6o5,   tout  en  réclamant  les 

prête  elle-même   .  ,      .,      *  .  '       . 

le  flanc  aux     imprescriptibles  droits    de  l'Eglise,   prêtait  elle-même  le 

envahissements  ^  ,  .  1     1  •  1  r-^ 

de  la  puissance  nanc  aux  euvahisseurs  de  la  puissance  laïque.    On  se  rap- 

ordonnant     psH^  ^ue  lors  de  la  publication  du  Missel  de  saint  Pie  Y, 

^M^ss^eT  romain^  ^^  parlement  fit  défense  d'imprimer  ce  livre  en  France,  à 

au  canon  de  la  nioins  qu'on  n'y  ajoutât  au  canon  de  la  messe  ces   mots  : 

messe  ^  •/      ■' 

la  mention     Etrege  nostro  N.  Cette  entreprise  irrégulière  n'aurait  pas 

(i)  Procès-verbaux  du  clergé,  tom.  I^  pag.  ySS  et  suiv. 


I  PARTIE 
CHAPITRE     XVr 


CONTRE   Lx\    LIBERTÉ    DE    LA    LITURGIE  5o3 

du,  au  moins^  être  sanctionnée  par  l'autorité  ecclésias- 
tique. Le  devoir  du  clergé,  dans  ce  cas,  était  de  recourir  à 
Rome  qui  eût  facilement  accordé  à  la  France  ce  que  déjà 
l'Espagne  avait  obtenu.  Loin  de  là,  les  prélats  de  l'as- 
semblée, avant  de  clore  leurs  opérations,  ordonnèrent,  en 
date  du  24  avril  1606,  que  la  première  feuille  du  Missel 
romain  qu'on  avait  imprimé  à  Bordeaux,  Tannée  précé- 
dente, serait  réformée^  et  qu'on  insérerait  dans  la  nouvelle 
impression,  la  mention  du  roi  à  la  suite  de  celle  du  pape 
et  de  l'évêque  (i).  Ainsi  la  même  assemblée  qui  refusait 
aux  gens  du  roi  le  droit  d'intervenir  contre  les  changements 
introduits  par  un  évêque  dans  la  Liturgie  générale  de 
son  diocèse,  acceptait  l'initiative  donnée  par  une  cour  sé- 
culière dans  une  question  qui  intéressait  la  lettre  même  du 
monument  principal  de  la  Liturgie,  le  canon  de  la  messe. 
Il  est  vrai  que  le  clergé  comptait  bien,  dans  cette  affaire, 
n'agir  qu'en  son  nom  et  indépendamment  des  antécédents 
posés  par  les  magistrats;  mais  du  moment  qu'il  n'allait 
pas  chercher  son  point  d'appui  hors  des  limites  du 
royaume,  à  Rome^  en  un  mot,  il  était  censé  vaincu,  et  on 
pouvait  désormais  ajouter  une  nouvelle  page  à  l'histoire  de 
ces  honteuses  servitudes  que  ceux  mêmes  qui  les  impo- 
saient ont  appelées,  d'une  manière  dérisoire,  les  libertés 
DE  l'église  gallicane.  Les  parlements^  en  effet,  ne  s'en 
firent  pas  faute,  et  l'on  rencontre  depuis  lors  de  nom- 
breuses applications  de  leur  fameux  principe  :  Qiie  le  roi 
a  un  droit  spécial  sur  les  choses  du  culte  divin. 

Nous  trouvons,  en  effet,  sous  la  date  du  27  juillet  de  la   L'évêque  et  le 
même  année  1606,  les  lettres  patentes  de  Henri  IV,  qui,        plJitiers  ^ 
vingt  ans  après  la  tenue  du  concile  de  Bordeaux  dont  nous   la'^dTdaraïon 
avons  parlé  au  chapitre  précédent,   daigne  approuver   le   ^^  ^^J^^^'^^^ 
canon  fait  dans  ce  concile    pour  l'adoption  des  livres  ro-   ,. d'adopter  les 

^  ^  livres  romains 

mains  dans  toute  la  province,   sans  tirer  en  conséquence       en  1606. 

(i)  Procès-verbaux  du  clergé,  tom.  I^  pag.  767. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


5 04  RÉACTION    DE   LA    PUISSANCE   SECULIERE 

pour  les  autres  résolutions  qui  pourraient  avoir  étéprises 
dans  ladite  assemblée   et  concile  provincial  dudit  Bor- 
deaux. L^occasion  de  ces  lettres  patentes  fut  la  demande 
que  firent  à  Sa  Majesté  Pévêque  et  le  Chapitre  de  Poitiers, 
qui,  ayant  été   jusqu^alors   empêchés  par  le  malheur  des 
temps,  de  mettre  à  exécution  le  canon  du  concile  de  Bor- 
deaux, se  trouvaient   enfin  en   mesure  de  satisfaire  à  ce 
devoir.    Ils  avaient   trouvé   expédient.^  avant   de  passer 
outre,  d'avoir  sur  ce  déclaration  du  vouloir  et  intention 
de  Sa  Majesté,   afin  qiiil  n'y  eût  aucun  sujet  ni  occasion 
de  plainte  à  l'avenir  en  général,  ni  en  particulier^  sur 
r exécution  d'icelle[i).  Quel  chemin  on  avait  fait  déj.à  en  si 
Cette  démarche  peu  d^années  !    A  peine  le  xvii®  siècle  était  ouvert,    et  le 
reconnaissance  pouvoir  ecclésiastique,  le  même  qui,  dans  les  conciles  de 
la  compétence   Roueu,  de  Reims,  de  Bordeaux,    d^Aix,   de   Bourges,   de 
laïque^dans^^ies  Tours,  de  Toulouse,  de  Narbonne,  avait  procédé  si  frau- 
de la  Liturgie,  cliement,  si  largement  à  la  réforme  de  la  Liturgie,  iVosait 
déjà  plus  mettre  en  pratique  ses  propres  résolutions  sans 
s'assurer  de  l'agrément  du  roi  !    On  avait  bien   réclamé, 
dans  l'assemblée,  contre  l'outrage  fait   à  l'évêque   d'An- 
gers :  mais  à  peine  quelques  mois  étaient   écoulés,   qu'on 
reconnaissait,  par  des   actes  positifs,   la  compétence  du 
pouvoir  laïque  dans  les  choses  de  la  Liturgie  ! 
Arrêt  du  On  lit  encore  dans  Timportant  recueil  intitulé  :  Preuves 

parlement  de       7        7-»         ^       1     t^t^    i-  n-  ai  , 

Paris  qui      dcs  libertés  de  t  hgtise  gallicane.^  un  arrêt  du  parlement 

l'introduction   de   Paris,  rendu  sur  les  conclusions  de  l'avocat  général 

romain^^dàns^^ia  Serviu,  en  date  du  9  août  161 1,  au  sujet  de  Tintroduction 

s?int?Ma?xme   ^^  Bréviaire  romain    réformé  dans  Téglise  collégiale   de 

de  Chinon,  en  Saiut-Maixme  de  Chinon  (2).  Il  est  dit   en  cet  arrêt  que, 

amrmant  ^   '  t.      ^ 

de  nouveau  le    dans  les  choses  qui  concernent  la  Liturgie,  «  l'autorité  du 

droit  royal  sur  ,  .  o     ' 

la  Liturgie.     «  Roi  j  doit  passcr  pour  donner  règle,  sans  laquelle  on 
«  ne  peut  faire  aucune   innovation  en  la  police  ecclésias- 


(i)  Preuves  des  Ubertés  de  V Eglise  gaUicane,  tom.  II,  pag.  11 44, 
(2)  Ibidem,  pag.  1146. 


CONTRE    LA    LIBERTE    DE    LA    LITURGIE 


5o5 


«  tique.  En  conséquence,  vu  le  désir  des  parties  de  ter- 
«  miner  l'affaire  d'une  manière  légale,  la  cour  permet  que 
«  l'on  suive,  dans  la  collégiale  de  Saint-Maixme  de  Chi- 
«  non,  le  Bréviaire  romain  qui  (on  en  convient),  est  le 
c(  plus  repiirgé  de  tous^  à  la  condition  d'y  joindre  les 
«  offices  des  saints  qui  sont  particulièrement  en  vénéra- 
«  tion  dans  cette  église.  «  Après  quoi,  on  lit  ces  curieuses 
paroles  :  Et  c'est  la  voie  qu'il  faut  tenir  en  telle  occur- 
rence, laquelle  si  l'évêque  d'Angers  eût  voidu  prendre 
lorsqu'il  voulut  introduire  le  Bréviaire  romain  en  une 
église  de  son  diocèse,  la  grande  controverse  qui  fut  plai- 
dée  sur  ce  sujet,  eût  été  abrégée  promptement ;  au  lieu 
qu'icelui  évêque  n'ayant  voulu  recourir  au  roi  en  ce  re- 
gard, la  cour  a  improuvé  ce  qu'il  aurait  fait  de  son  mou- 
vement^ et  à  lui  fait  défenses,  par  [son  arrêt  du  27  fé- 
vrier i6o3^  d.' innover  aucune  chose  en  V exercice  et  célé- 
bration du  service  divin,  sans  l'autorité  royale.  Le  recueil- 
que  nous  citons  produit  ensuite  des  lettres  patentes  de 
Louis  XïII,  en  date  du  9  juillet  161 1,  par  lesquelles  la 
permission  ci-dessus  mentionnée  est  octroyée  au  chapitre 
de  Saint-Maixme  de  Ghinon,  dans  des  termes  analogues 
à  ceux  de  Tarrêt  que  nous  venons  de  rapporter. 

Ces  détails  suffiront  pour  faire  voir  combien  les  vrais 
principes  sur  la  Liturgie  s'altéraient  déjà  en  France,  et 
comment  la  dépendance  à  Tégard  du  pouvoir  séculier,  sur 
cet  article,  commençait  à  s'établir.  Nous  avons  indiqué,  au 
chapitre  xiv^  ce  caractère  comme  un  de  ceux  qui  consti- 
tuent le  système  destructif  de  la  Liturgie.  Nul  catholique, 
nous  le  pensons,  ne  contestera  ni  le  fait  ni  l'application. 
Ce  n'est  pourtant  encore  ici  que  le  commencement  des 
douleurs  de  l'Église  de  France.  Hœc  autein  initia  sunt 
dolorum. 

Avant  de  dérouler  le  triste  tableau  de  la  révolution  li- 
turgique qui  s'ensuivit  bientôt,  nous  dirons  du  moins  que 
cette  première  moitié  du  xvii^  siècle,  malgré  les  fautes  trop 


I  PARTIE 
CHAPITRE  XVI 


Caractère  de 

la  première 

moitié 

du  xvii<^  siècle 

en  France. 


5o6        TRAVAUX    DES    PONTIFES    ROMAINS    SUR    LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS     fécondes   que  nous  venons   de  raconter,  fut  pour  l'Efflise 

LITURGIQUES  ^  T  T  D 


de  France  une  dernière  période  de  liberté.  Ce  fut  dans  ces 
Cette  époque    années  trop  promptement  écoulées,  en    1614,  que  le  car- 

cierniere 

période  de     dinal  Du  Perroii^  organe  du  clergé,  vengeaavec  tantd'élo- 
fidélité  aux     quence  et  de  dignité  l'ancien  droit  public  de  la  chrétienté, 

doctrines  i  i  ^  •  j      ^*  '^    ^  •       ^  ji 

romaines  pour  ^^^  ^^s  aveugles  entreprises  du  tiers  état  menaçaient  d  une 

rEgiise        destruction  complète.  Plus  tard,  en    1626,  l'assemblée  du 
de  France.  ^  '  ^ 

clergé  professait  encore  la  doctrine  de  l'infaillibilité  du 
souverain  Pontife  (i).  Bien  plus,  en  i653,  on  entendait 
une  assemblée  du  clergé  déclarer  expressément  que  les 
jugements  portés  par  les  papes,  en  réponse  aux  consulta- 
tions des  érêques  en  matière  de  foi,  ont  UNE  AUTO- 
RITÉ SOUVERAINE  ET  mYmE par  toute  V Église, 
soit  que  les  évêques  aient  cru  devoir  exprimer  leur  sen- 
timent dans  la  consultation,  soit  qu'ils  aient  omis  de  le 
faire  [2).  Nous  aimons  à  nous  arrêter  sur  ces  pures  tra- 
ditions de  rÉglise  de  France;  assez  tôt,  la  marche  des 
événements  nous  entraînera  dans  des  récits  lamentables  : 
qu'il  nous  soit  donc  permis  de  les  retarder  encore,  et  aussi 
de  faire  voir   que,  pour   se   montrer  de  nouveau   fidèle 

[\)  A  vis  de  VA  ssemblée  générale  du  clergé  de  France,  de  16  25,  à  Messei- 
gneiirs  les  archevêques  et  évêques  de  ce  royaume. 

(2)  PerspectuiTL  enim  habebat  Ecclesia  catholica  non  solum  ex  Christi 
Domini  nostri  pollicitatione  Petro  facta,  sed  etiam  ex  actis  priorum 
pontificum,  et  ex  anathematismis  adversus  ApoUinarium  et  Macedoniuni 
nondum  ab  ullo  synodo  œcumenico  damnatos,  a  Damaso  paulo  antea 
jactis,  judicia  pro  sancienda  régula  fidei  a  summis  Pontificibus  lata, 
super  episcoporum  consultatione  (sive  suam  in  actis  relationis  senten- 
tiam  ponant,  sive  omittant,  prout  illis  collibuerit)  divina  œque  ac  summa 
per  universain  Ecclesiam  authoritate  niti  :  cui  christiani  omnes  ex  officio, 
ipsius  quoque  mentis  obsequium  praestare  teneantur.  Ea  nos  quoque 
sententia  ac  fide  imbuti,  Romanae  ecclesiae  praesentem  quae  in  summo 
pontitice  Innocentio  X  viget  authoritatem  débita  observantia  colentes, 
Gonstitutionem  divini  Numinis  inst'nctu  a  Beatitudine  vestra  conditam, 
nobisque  traditam  ab  illustrissimo  Athenarum  episcopo,  nuncio  apos- 
tolico,  et  promulgandam  curabimus  in  ecclesiis  ac  diœcesibus  nostris, 
atque  illius  executionem  apud  fidèles  populos  urgebinius.  (D'Argentré, 
Collect.  Judiciorum,  tom.  III,  pag.  276.) 


RITUEL    ROMxMN    DE    PAUL    V  Soy 

aux  doctrines  de  l'Édise  romaine,  TÉglise  gallicane  au-       ^  partie 

O  7  0  0  CHAPITRE    XVI 

jourd'hui  n'a   qu'à  remonter  de  quelques  années  dans  ses 
souvenirs. 

Pendant  que  la  Liturgie  était  exposée,  en  France,  à  des  Rome  achève  la 

1  •  1  réforme  du 

attaques  plus  menaçantes  encore  pour  l'avenir  que  dures      culte  divin 
dans  le  présent,  Rome  achevait  le  grand  œuvre  de  la  ré-  publication  du 
forme  du  culte  divin.    Le  bréviaire,  le  missel,  le  martyro- 
loge^ le  pontifical,  le  cérémonial  avaient  déjà  paru.  Restait 
encore  à  publier  un  livre   non  moins  important,  le  rituel. 
Paul  y,  dont  le  pontificat  fut,  sous    plusieurs  points,   la 
continuation  de  celui  de  l'admirable  Clément  VIII,  entre- 
prit de  mener  à  fin  cette  œuvre  importante.  Déjà,  en  lôSy, 
avait  paru  à  Rome,  par  les  soins  d'Albert  Gastellani,  do- 
minicain, le  livre  intitulé  :  Sacerdotale^  seu  liber  sacer-  premiers  essais 
dotalis  collectîis^  Leonis  X  auctoritate  approbatiis.   Ce     casteîîani^^^ 
recueil,  qui  renfermait  principalement  les  détails  néces-    ^sa'iîiarinr^ 
saires    pour  l'administration    des  sacrements,    avait    été  ^^ ^^  cardmai 

^  ^  Sanctorio. 

approuvé,  au  moins  comme  essai,  par  Léon  X,  mais  ne 
fut  mis  au  jour  que  sous  le  pontificat  de  Pie  IV,  qui  s'abs- 
tint d'en  faire  l'objet  d'un  jugement  quelconque.  Il  ne 
laissa  pas  de  se  répandre,  et  Ton  en  fit  plusieurs  éditions, 
plus  ou  moins  fidèles,  hors  de  Rome.  Au  même  siècle, 
Samarini,  chanoine  de  Saint-Jean  de  Latran,  entreprit 
une  compilation  du  même  genre,  dans  laquelle  il  s'aida 
beaucoup  du  travail  de  Gastellani.  Elle  parut  à  Venise,  en 
1679,  sous  ce  titre  :  Sacerdotale,  sive  sacerdotum  Thésau- 
rus ad  consiietiidinem  sanctœ  Romanœ  ecclesice^aliarum- 
que  ecclesiarum  collectus^  juxta  Tridentini  concilii 
sanctiones,  etc.  Le  célèbre  prélat  Rocca  donna  une  édi- 
tion augmentée  de  ce  recueil.  Enfin,  un  troisième  rituel 
fut  rédigé  par  le  cardinal  Sanctorio,  dans  les  dernières 
années  du  xvi*"  siècle.  Ce  rituel,  qui  a  mérité  des  élogesde 
Paul  V,  dans  le  bref  même  où  il  le  déclare  supprimé,  est 
assez  volumineux,  et  porte  ce  titre  que  Benoît  XIV prouve 
avoir  été  mis  après  coup  :  Rituale  sacramentorum  Roma- 


5o8        .TRAVAUX   DES    PONTIFES    ROMAINS    SUR    LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS    jium,  Gre^orH  XIII  Pont.  Max.  jussît   ecUiiun,  Romœ^ 

LITURGIQUES  ^  ^ 

■ 1584.  Il  paraît  en  effet  prouvé  que  ce  fut  seulement  sous 

le  pontificat  de  Paul  V,  qu^on  songea  à  imprimer   le  ri- 
tuel de  Sanctorio,  plusieurs  années  après  la   mort    de  ce 
cardinal  (i). 
Jusqu'à  cette        Ges    dlvers  essais  tentés  par  des  particuliers  montrent 

époque  le  rituel     1    •  ^  •  i    1         .1^15         v         •    ^r  ' 

ne  formait  pas  Clairement  que  jusqu  alors  le  rituel  n  avait  point  forme  un 
un  livre  à  part,  ijyre  liturgique  à  part.  Les  formules  qui  le  composent  au- 
jourd'hui se  trouvaient  soit  dans  les  missels,  soit  dans  les 
bréviaires.  Mais  le  Bréviaire  et  le  Missel  de  saint  Pie  Vne 
se  trouvant  plus  renfermer  ces  sortes  de  détails,  si  Ton 
en  excepte  les  bénédictions,  et  d'ailleurs  le  pontifical  ne 
comprenant  que  les  rites  à  Fusage  des  évêques,  il  devenait 
nécessaire  de  publier  un  livre  spécial  qui  satisfît  aux  be- 
soins du  clergé. 
Paul  V  Paul  V  entreprit  et  consomma  cette  opération.  Le  bref 

R^?u^i\Snain  pour  lapublication  du  Rituel  romain  parut  le  17  juin  1614, 
par  le  bref  ^^  Commence  par  ces  mots  Apostolicœ  Sedi.  Le  pape  rap- 
ApostolicœSedi.  p^jj^  d'abord  les  travaux  de  saint  Pie  V  et  de  Clé- 
ment VIII  pour  la  réforme  liturgique,  après  quoi  il  ajoute  : 
c(  Tout  étant  donc  ainsi  réglé,  il  ne  restait  plus  qu'à  ren- 
te fermer  dans  un  seul  volume  muni  de  l'autorité  du  Siège 
«  apostolique,  les  rites  sacrés  et  purs  de  TEglise  catho- 
«  lique  qui  doivent  être  observés  dans  l'administration 
«  des  sacrements  et  autres  fonctions  ecclésiastiques,  par 
ce  ceux  qui  ont  la  charge  des  âmes;  afin  que  ceux-ci  se 
«  conformant  uniquement  à  la  teneur  de  ce  volume, 
«  eussent  à  accomplir  leur  ministère,  d'après  une  règle 
c(  fixe  et  unique,  et  à  marcher  d'accord  et  sans  scandale, 
«  sous  une  même  direction,  sans  être  plus  jamais  détour- 
ce  nés  par  la  multitude  des  rituels  déjà  existants.  Cette 
«  affaire  avait  déjà  été  agitée  précédemment  ;  mais  elle 
«  avait  été  retardée  par  les  soins  donnés  à  Timpression  de 
ce  l'édition  grecque  et  latine  des  conciles  généraux.  Nous 

(i)  Bened.  XIV.  Epist.  ad  Cardinal.  Guadagnium,  §  18. 


RITUEL    ROMAIN   DE    PAUL    V  SoQ 

«  l'avons  reprise  avec  vigueur,  pour  obéir  à  ce  que  nous       ^  partie 
«  jugeons  de  notre   devoir,  du  moment  que  l'entreprise  ' 

«  dont  nous  parlons  a  cessé  de  Nous  occuper.  Afin  donc  que 
«  Taffaire  se  traitât  convenablement  et  avec  ordre.  Nous 
c(  l'avons  confiée  à  plusieurs  de  nos  vénérables  frères  car- 
■  dinaux  de  la  sainte  Église  romaine,  remarquables  par 
«  leur  piété,  leur  doctrine  et  leur  prudence;  lesquels  ayant 
«  pris  le  conseil  d'hommes  érudits,  et  consulté  les  divers 
ce  rituels  anciens,  mais  principalement  celui  que  le  car- 
ce  dinal  Jules-Antoine  (Sanctorio)  du  titre  de  Sainte-Séve- 
cc  rine,  homme  d'une  piété  singulière  et  d'une  excellente 
ce  doctrine,  avait  composé  et  rendu  très-complet  par  une 
ce  longue  étude  et  un  travail  éclairé;  ayant  donc  considéré 
ce  mûrement  toutes  choses,  ils  ont  enfin,  par  la  clémence 
ce  divine,  rédigé  ce  rituel  avec  une  brièveté  convenable. 
ce  C'est  pourquoi,  Nous-même  ayant  vu  que  les  rites 
ce  reçus  et  approuvés  de  l'Église  catholique  se  trouvent 
ce  compris  en  leur  ordre  dans  ce  rituel.  Nous  avons  jugé  à 
ce  propos,  pour  le  bien  public  de  l'Église  de  Dieu,  de  le 
ce  publier  sous  le  nom   àt  Rituel  7^ ornai n,   A  ces   causes,  ^^^^  ^^f^J^^^^^ 

^  '      les  prélats  a 

ce  Nous  exhortons  dans  le  Seigneur  nos  vénérables  frères      adopter  le 

^  nouveau   rituel, 

ce  les  patriarches,  archevêques  et  évêques,  et  nos  chers  fils  mais  il  ne  leur 

1  •      •  111/  ,  ,     ,      1  en  fait  pas 

ce  leurs  vicaires,  les  abbes,  les  cures,  et  généralement  tous  rinjonction. 
ce  ceux  auxquels  il  appartient,  en  quelque  lieu  qu'ils  se  trou- 
ce  vent,  de  se  servir  à  l'avenir,  dans  les  fonctions  sacrées, 
ce  comme  enfants  de  l'Eglise  romaine,  du  Rituel  publié 
ce  par  l'autorité  de  cette  Église  mère  et  maîtresse  de  toutes 
ec  les  autres,  et  d'observer  inviolablement,  dans  une  chose 
ce  de  si  grande  conséquence,  les  rites  que  l'Église  catholi- 
ce  que  et  l'usage  de  l'antiquité  approuvé  par  elle  ont  statué. 
ec  Donné  à  Rome,  à  Sainte-Marie-Majeure,  sous 
ce  l'anneau  du  pêcheur,  le  17  juin  16 14,  l'an  dixième  de 
ce  de  notre  pontificat  (i).  » 

(i)  Vid.  la  Note  A. 


5  10        TRAVAUX    DES    PONTIFES    ROMAINS    SUR    LA    LITURGIE 

T^Tur^QUEs  O^^  ^^^^'  P^^  ^^  teneur  de  ce  bref,  que  la  publication  du 
Rituel  romain  ne  fut  pas  accomplie  avec  moins  de  solen- 
nité que  celle  du  bréviaire,  du  missel,  du  cérémonial  et  du 
pontifical:  toutefois,  on  doit  remarquer  qu'à  la  différence 
des  bulles  de  saint  Pie  V  et  des  brefs  de  Clément  VI 11^  le 
bref  de  Paul  V  ne  renferme  point  Tinjonction  expresse 
d'user  du  Rituel  romain,  à  Fexclusion  de  tout  autre.  Le 
Pontife  se  borne  à  une  simple,   mais  pressante  exhorta- 

Le  Saint-Siège  tion.  La  raison  de  cette  différence  provient  de  Textrême 

ne  voulait  pas  .,.,,.  .  .  ,,^^ 

détruire        diversite  qui  S  était  maintenue  jusque-là,  dans  lOccident, 

violemment   les  .         i  ,    /  .  .  ,,     ,      .     . 

nombreuses     au  sujet  des  ceremonies  qui  accompagnent   1  admimstra- 
io?aks,"\ui     tion  des  sacrements.  La  destruction  violente  des  coutumes 
radmTnlstrat^on  locales,  en  cette  matière,  eût  occasionné  à  la  fois  du  scan- 
des sacrements  j  j^  dans  le  peuple  et  des  murmures  dans  le  clergé.  Il  est 

et  que  le  concile  r      r  n 

de  Trente^     remarquable   que  le  concile    de   Trente  avait    lui-même 

avait  constatées  ^  ^ 

sans  les  blâmer,  reconnu  en  principe  cette  variété  comme  un  fait  et  comme 
un    droit  :    ainsi,   dans    sa    session    vingt-quatrième,   au 
chapitre  premier  de  Reformatione^  les  Pères  disent  que  le 
curé,  ayant  interrogé  les  époux  et  reçu  leur  mutuel  consen- 
tement, prononcera  ces  mots  :   Ego  vos  in  matrimonium 
conjiingo,  etc.  ;    on  se  servira  d'antres  paroles  suivant  le 
rite    reçu    de    chaque   province  (i).    On    pourrait    citer 
Le  Rituel       plusieurs  passages    analogues    du    même    concile.    C'est 
ad^opté^da^s     ^i^^si  que,    dans  tous   les  temps,   FÉglise  romaine    a  su 
presque  tout    prendre    les  tempéraments  convenables   pour  réffir  avec 

rOccident,  sert    ^  ^  ^  r  o 

en  outre  de     force  et  douceur  rhéritaffe  du   Seigneur.   Néanmoins,  ce 

modèle  pour  la  ^  .        "  , 

correction  des  qui  devait  arriver  arriva  en  effet  :  le  Rituel  de  Paul  V  fut 

particuliers  bientôt  adopté  dans  le  plus  grand  nombre  des  Églises  de 

'^^  qlîei^ques  ^  TOccident.  Les  diocèses  qui  conservèrent  le  fond  de  leurs 

Eglises.  usages,  adoptèrent  du  moins  les  formules  concernant  Tad- 

(i)  Parochus,  viro  et  muliere  interrogatis,  et  eorum  mutuo  consensu 
intellecto,  vel  dicat  :  Ego  vos  inmatrimonium  conjungo,  innomine  Patris, 
et  FiVii,  et  Spiritûs  Sancti  ;\q\  aliis  utatur  verbis,  juxta  receptum  unius- 
cujusque  provinciae  ritum.  (Gonc.  Trid.,  sess.  XXIV.  De  Reformatione, 
cap.  I.) 


BRÉVLVIRE   MONASTIQUE   DE    PAUL    V  5  I  I 

ministration   des   sacrements,    les    bénédictions,   etc.  La       ^  partie 

'  CHAPITRE    XVI 


publication  de  ce  livre  fut  le  complément  de  la  réformi 
liturgique.  Toutefois,  les  souverains  Pontifes  des  âges 
suivants  jugèrent  à  propos  de  faire  quelques  améliorations 
ou  additions  aux  livres  approuvés  par  leurs  prédécesseurs: 
nous  enregistrerons  ces  faits  à  mesure  que  le  cours  des 
années  les  amènera  sous  notre  plume. 

Paul  V  attacha  encore  son  nom  à  une  oeuvre  liturgique  Paul  v  réforme 

1,  .  ,.,,,.,  .  .      ,         1    .  la  Liturgie 

d  une  nnportance  secondaire,  a  la  vente,  mais  qui  n  en  doit  monastique, 
pas  moins  trouver  place  dans  cet  ouvrage.  Il  s^agit  de  la 
publication  du  bi^éviaire  monastique.  Nous  avons  montré, 
au  chapitre  viii,  que  les  ordres  et  congrégations  monas- 
tiques de  rOccident,  sont  en  possession  d'une  forme  par- 
ticulière d^office  divin  fondée  sur  la  règle  de  Saint- 
Benoît.  La  bulle  de  saint  Pie  V  qui  supprimait  tous  les 
bréviaires  postérieurs  aux  deux  cents  dernières  années, 
ne  pouvait  atteindre  un  ordre  d'office  qui  datait  de 
mille  ans.  Les  moines  continuèrent  donc  à  suivre  leurs 
usages;  mais  ces  usages  étaient  différents  sous  plusieurs 
points,  suivant  les  pays^  ou  encore  suivant  les  ordres  ou 
congrégations  dans  un  même  pays.  Ainsi  Cluny  avait  ses     Variété  des 

o      o  r    j  j  usages 

coutumes  différentes  de  celles  du  Mont-Gassin:  les  cister-  liturgiques  dans 

l'ordre  de 

ciens  avaient  leurs  its  fort  dissemblables  de  ceux  des  saint  Benoît, 
camaldules;  les  abbayes  des  bords  du  Rhin  ou  du  Danube, 
s^écartaient  en  plusieurs  points  des  formes  usitées  dans 
celles  de  PEspagneet  du  Portugal.  Il  n'y  avait  en  cela  rien 
qui  dût  surprendre  ni  scandaliser  personne  :  un  corps 
vaste  comme  F  Église  d'Occident^  privé  d'un  centre  et  divisé 
en  de  nombreux  rameaux,  puisant  une  vie  propre  non- 
seulement  dans  les  diverses  réformes  qui  l'avaient  modifié, 
mais  encore  dans  les  mœurs  des  contrées  où  il  était 
répandu,  ne  pouvait, .pas  plus  que  PÉglise  elle-même,  avoir 
gardé  une  discipline  uniforme  dans  toutes  ses  coutumes 
liturgiques.  Il  y  avait  donc  plusieurs  bréviaires  monas- 
tiques au  moment  de  la  publication  de  la  bulle  de  saint 


5  I  2        TRAVAUX   DES    PONTIFES    ROMAINS    SUR    LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS    p[q  Y  qi  [{^  ii^avaient  rien  à  redouter  de  cette  constitution, 

LITURGIQUES  ' 


pas  plus  que  les  bréviaires  ambrosien,  lyonnais,  parisien. 
Publication         D^autre  part,  on  ne  peut  nier  que  le  Bréviaire  réformé 

d  un  bréviaire  _  ,  ^  ^ 

monastique     de  saint  Pic  V  ne  fût  de  beaucoup  supérieur  à  tous  ceux 

rédigé  d'après  ...  ,,/■.    i-  i 

•  le  Bréviaire     qui  existaient    aiors   dans  1  hgiise;  du   moment  que  les 

reroriTié  de 

saint  Pie  V,  moiues  songeaient,  à  leur  tour,  à  réformer  leurs  propres 
bréviaires,  ils  ne  pouvaient  recourir  à  une  source  plus 
pure.  En  outre,  à  ne  considérer  que  les  moyens  d'exécu- 
tion les  plus  faciles  pour  la  réforme  d'un  bréviaire  monas- 
tique, il  est  clair  qu'on  épargnait  une  grande  partie  des 
frais,  et  qu^on  facilitait  grandement  l'opération,  en  rame- 
nant à  Tunité  la  Liturgie  bénédictine,  en  effaçant  les 
usages  particuliers  de  chaque  ordre  ou  congrégation.  Ce 
plan,  dont  les  avantages  balancent  les  inconvénients,  fut 
conçu  et  exécuté  par  les  procureurs  généraux  des  diverses 
congrégations  bénédictines,  résidant  à  Rome.  Tout  en 
maintenant  la  forme  générale  de  l'Office  monastique,  ils 
s'attachèrent  à  faire  entrer  dans  leur  cadre  la  presque 
totalité  du  Bréviaire  de  saint  Pie  V,  et  soumirent  à  Pap- 
pro.bation  du  souverain  Pontife  ce  nouveau  travail.  Un 
grand  nombre  de  traditions  antiques  et  vénérables  dans 
Tordre  avait  été  sacrifié  ;  le  psautier,  dont  la  règle  de  Saint- 
Benoît  exige  si  strictement  la  récitation  chaque  semaine, 
se  trouvait  interrompu  dans  toutes  les  fêtes  des  saints  ;  mais 
alors  ces  fêtes,  beaucoup  moins  multipliées  qu'aujourd'hui, 
laissaient  encore  la  liberté  de  satisfaire  le  plus  souvent  à 
Paul  V  exhorte  cette  inviolable  loi.  Paul  V  accorda  son  approbation  par 

tous  les  ordres  i       r    i  r  i  /-  j  -i  i 

qui  militent     uu  bref  du  i^^  octobre  1012  :  cependant  il  ne  voulut  pas 

sous  la  règle  de     ,  ,.  ,  ,  .,.  ,         ^     i     i   '     ^  j-    ^• 

Saint-Benoît     obliger  tous  les  Ordres  militants  sous  la  régie  bénédictine. 


ce  bréviaire.  ^  rejeter  les  autres  bréviaires  pour  suivre  exclusivement 
celui  que  venaient  de  rédiger  les  procureurs  généraux;  il 
se  contenta  de  les  exhorter  en  général  à  recevoir  le  bré- 
viaire et  les  livres  de  chœur  nouvellement  réformés  (i), 

(i)  Nos  laudabile   consilium  hujusmodi    plurimum  commendantes  et 
omnes  ejusdem  Ordinis  religiosos  ad  breviarium  et  libros  chorales,  ut 


I  PARTIE 
CHAPITRE     XVI 


BRÉVIAIRE    MONASTIQUE    DE    PAUL   V  5  I  3 

et  afin  de  porter  plus -efficacement  les  bénédictins  à  les 
adopter,  il  attribua  à  la  récitation  du  nouveau  Bréviaire 
monastique  les  mêmes  indulgences  dont  saint  Pie  V  avait 
encouragé  Tusage  du  Bréviaire  romain  (i). 

En  Italie  et  généralement  dans  les  pays   étrangers,  les  Presque  toutes 
ordres  et  congrégations  qui  vivaient  sous  la  règle  de  Saint-   congrégations 
Benoît  embrassèrent  le  Bréviaire  de  Paul  V.  Outre  Pavan-    de  l'Occident 

^1  1  t  Ji  1      ^1    m       obtempèrent  au 

tage  de  se  rapprocher  en  beaucoup  de  choses  de  lomce  désir 
réformé,  on  trouvait  celui  de  se  procurer  aisément  les  ^^  p^ontïfe.^^^ 
livres,  et  d'éviter  les  grands  frais  qu^occasionnait  toujours, 
dans  chaque  congrégation,  la  réimpression  des  usages  par- 
ticuliers. Néanmoins  l'ordre  de  Gîteaux  tout  entier  refusa 
de  changer  ses  livres,  dans  lesquels,  ainsi  que  nous  l'avons 
dit,  l'élément  grégorien  était  mélangé  de  parisien.  En 
France,  les  congrégations  de  Saint-Vannes  et  de  Saint- 
Maur  acceptèrent  le  nouveau  bréviaire,  mais  plutôt  de  fait 
que  de  droit,  en  déclarant  expressément,  dans  leurs  cons- 
titutions, qu^elles  n^entendaientpas  recevoir  les  nouveaux 
offices  de  saints  qu^on  ajoutait  sans  cesse  à  ce  bréviaire  (2). 
En  Espagne,  la  congrégation  tarragonaise  se  tint  aussi  à 
ses  anciens  livres;  celle  de  Valladolid  attendit  jusqu'en 
1621  pour  adopter  les  nouveaux;  mais  elle  se  maintint, 
comme  celle  de  Saint- Vannes  et  de  Saint-Maur,  dans 
Tusage  de  fixer  son  calendrier.  Nous  parlerons  de  Gluny 
au  chapitre  suivant. 
Quatre  ans  après  la  publication  du  Bréviaire  monastique 

praefertur  reformatos  unanimiter  recipiendos  in  Domino  hortantes,  et  opus 
hujusmodi  quantum  cum  Domino  possum.us,  promovere  cupientes,  etc. 

(i)  Vid.  la  Note  B. 

(2)  Prœter  Sanctorum  festivitates  quas  Sanctissimus  Dominus  Noster 
Urbanus  Papa  VIII  calendario  breviarii  Romani  addidit,  nullus  inducat 
alla  festa,  inconsulto  Capitulo  generali.  {Declar.  Cong.  S.  Mauri,  in 
cap.  XIV  Regulce  S.  P.  Benedicti.) 

Nemo,  inconsulto  generali  Capitulo,  inducat  festa  ab  iis  quae  fuerint 
in  calendario  impressa,  vel  in  diœcesi  praecepta.  {Declar.  Cong, SS.  Vitoni 
et  Hydulphi,  in  idem  caput.) 

T.  I  33 


5 14        TRAVAUX   DES    PONTIFES    ROMAINS    SUR    LA    LITURGIE 

INSTITUTIONS     jg  Paul  V,  il  éiTiana  un  avis  et  déclaration  de  la  congréffa- 

LITURGIQUES  '  ^        ^ 


au  sujet 
du  Bréviaire 
monastique 


tion  des  Rites,  portant  que  Topinion  de  ce  tribunal  était 

Déclaration  de  ^  ,  .  ^  .    ,  •        -i*^      ^  1^1 

la  congrégation  que  tous  les  moines  et  moniales  qui  militent  sous  la  règle 
des    ites       dc  Sâ'mt-BQnoît^  peupent  et  doîpent  se  sei^vî F  dti  Bréviaire 
de  Paul  Vy   nonobstant  que  plusieurs  exempts  se  fussent 
de  Pauiv.      servis,  par  le  passé,  du  romain  ou  de  tout  autre  (i). 

Uautorité  de  cette  déclaration  ne  prévalut  pas  néan- 
Queiques      moins  de  telle  sorte,  qu^elle  détruisit  les  bréviaires  monas- 

congrégations       .  .  .  '  r\       '  y    u         ■>  '      • 

monastiques    tiques  qui  avaient    survécu.  On  jugea  qu  elle  n  était  pas 

conservent  leurs         ,  .  .  ,  ha//  t 

anciens        preceptive,  puisque,  dans  ce  cas,  elle  eut  ete  en  contradic- 
émanirtous'du  ^ion  avcc  le  bref  de  Paul  V,  antérieur  seulement  de  quatre 
des  ^sources     ^^^'  ^^  daus  lequel  ce  pontife  se  contente  d'exhorter   les 
grégoriennes,    moiues  à  adopter   le  Bréviaire  rédigé  par  les  procureurs 
généraux.  Dans  Rome  même.  Tordre  de  Cîteaux,  en  par- 
ticulier, continua,  longtemps  encore,  d'employer  dans  les 
offices   divins  le  seul  Bréviaire  cistercien;  et,  vers  la  fin 
du  même  siècle,  le  cardinal  Bona,  dans  son  beau  traité  de 
Divina  Psalmodia^  imprimé  à  Rome,  consacrait  un  cha- 
pitre entier  à  détailler  avec  complaisance  les  avantages  du 
Bréviaire  cistercien  sur  le  monastique  de  Paul  V. 

Au  reste^  tous  ces  bréviaires  monastiques  ne  différaient 
les  uns  des  autres  que  dans  des  particularités  d'un  intérêt 
secondaire.  La  disposition  des  offices  était,  dans  tous,  celle 
de  la  règle  de  Saint-Benoît;  dans  tous,  la  plupart  des  an- 
tiennes, répons,  hymnes,  étaient  conformes  aux  anciens 
responsoriaux  de  saint  Grégoire,  par  conséquent  au  Bré- 
viaire de  saint  Pie  V.  Le  reste,  ainsi  que  dans  les  bré- 
viaires des  diocèses,  était  emprunté  aux  coutumes  locales, 
mais  surtout  au  romain-français^  dont  Tinfluence  s^était 

(i)  Sacra  Rituum  congregatio  censuit  et  declaravit  omnes  monachos  et 
moniales  qui  et  quae  militant  sub  régula  S.  Benedicti,  posse  et  debereuti 
breviario  Benedictino  nuper  de  mandato  SS.  D.  N.  Pauli  V  papse  edito 
pro  omnibus  religiosis  qui  militant  sub  régula  S.  Patris  Benedicti  : 
nonobstante  quod  aliqui  exempti  in  praeteritum  usi  fuerint  Romano,  vel 
alio  breviario.  Et  ita  declaravit  die  24  januarii,  anno  Domini  1616. 


REVISION    DU   BREVIAIRE    PAR    URBAIN    VIII 


5l5 


étendue  si  loin.  Pour  le  missel,  nous  avons  déjà  remarqué 
que  les  moines  n'en  connaissaient  point  d'autre  que  celui 
de  rÉglise  romaine,  auquel  ils  joignaient  quelques  usages 
particuliers.  Le  Missel  monastique  que  publia  aussi 
Paul  V  se  répandit  dans  la  même  proportion  que  son 
bréviaire. 

Urbain  VIII,  qui  succéda  à  PaulV,  après  le  trop  court 
pontificat  de  Grégoire  XV,  entreprit  la  révision  du  bré- 
viaire; on  ne  l'avait  pas  faite  depuis  Clément  VIII.  Les 
commissaires  qu'il  nomma  pour  ce  travail  furent  :  le  cardi- 
nal Louis  Gaétan  ;  Tégrime  Tegrimi^  évêque  d'Assise  et 
secrétaire  de  la  congrégation  des  Rites;  Fortuné  Scacchi, 
sacristain  de  la  chapelle  papale  ;  Nicolas  Riccardi,  maître 
du  sacré  palais;  Jérôme  Lanni,  référendaire  de  l'une  et 
Tautre  signature;  Hilarion  Rancati,  abbé  de  Sainte-Croix 
en  Jérusalem  ;  Jacques  Vulponi,  de  l'Oratoire  de  Saint- 
Philippe  de  Néri  ;  Barthélemi  Gavanti^des  clercs  réguliers 
de  Saint-Paul;  Térence  Alciati,  Milanais,  consulteur  de 
la  congrégation  des  Rites,  ainsi  que  plusieurs  des  précé- 
dents ;  enfin  le  célèbre  annaliste  des  frères  mineurs,  Luc 
Wading  (i). 

Le  travail  de  la  commission  consista  principalement  à 
revoir  les  homélies  des  saints  Pères  sur  les  originaux,  à 
substituer  aux  anciennes  quelques-unes  qui  paraissaient 
mieux  adaptées.  On  s'occupa  aussi  d'éclaircir  les  rubri- 
ques, et  de  fixer  la  ponctuation  des  Psaumes  pour  le  chant. 
Cette  correction^  publiée  par  un  bref  du  2  5  janvier  i63i, 
qui  commence  par  ces  mots  :  Divinam  psalmodiam  (2), 
est  la  dernière  qui  ait  été  faite;  les  successeurs  d'Ur- 
bain VIII  ont  pu  ajouter  des  ofiices  au  bréviaire;  mais  il 
ne  porte  en  tête  que  les  seuls  noms  de  saint  Pie  V,  de 
Clément  VIII  et  d'Urbain  VIII. 


I    PARTIE 
CHAPITRE    XVI 

Publication 

du  missel 

monastique  par 

Paul  V. 


Urbain  VIII 

nomme  des 

commissaires 

pour 

la  révision  du 

bréviaire. 


Promulgation 
en  i63i  et 

nature  de  cette 

révision, 

la  dernière 

qu'ait  subie  le 
bréviaire. 


(i)  Merati  in  Gavantum.  Thesaur.  Sacr.  Rituum,  tom.  Ill,  4»,  pag.  22. 
(2)  Vid.  la  Note  G. 


5rG         TRAVAUX    DES    PONTIFES    ROMAINS    SUR    LA    LITURGIE 

NSTiTUTioNs        La  corrcction  d'Urbain  VIII  n'attirait   pas  seulement 

LITURGIQUES  .  ^  ■*■ 

■ l'attention  par  les  reformes  dont  nous  venons  de  parler  : 

choqué  par'  ^^^  particularité  plus  importante  encore  la  rendait  remar- 
dTs'^hymnes'^  quable.  La  plupart  des  hymnes  avaient  été  retouchées  et 
du  bréviaire,    ramenées  aux  rèdes  du  vers,  par  ordre  d'Urbain  VIII.  Ce 

charge  quatre  ^  ^  ^ 

jésuites  de  les   pape,  qui  aimait  les  lettres  et  cultivait  avec  succès  la  poé- 

corriger  d'après     ,  .  .  ^ 

les  règles  de    sie  latine,  ne  pouvait  supporter  les  nombreuses  incorrec- 

la  poésie  .  ,  •  ,         i  ,       ,  ,     ,      ,    .    . 

classique.  tions  que  présentaient  la  plupart  des  hymnes  du  bréviaire. 
Il  regrettait,  comme  il  le  dit  dans  son  bref,  que  les  saints 
Pères  eussent  plutôt  ébauché  que  perfectionné  leurs 
hymnes;  et  la  décence  du  service  divin  lui  semblait  récla- 
mer impérieusement  une  réforme  sur  cet  article.  Le  talent 
dont  il  avait  fait  preuve  dans  la  composition  des  hymnes 
qu'il  a  mises  au  bréviaire,  et  dont  nous  parlerons  plus 
loin,  le  rendait  fort  capable  de  réaliser  cette  entreprise 
difficile  :  néanmoins  il  ne  jugea  pas  à  propos  de  s^en 
charger.  Il  la  confia  à  quatre  jésuites  :  Matthias  Sar- 
biewski,  Fabien  Strada,  Tarquin  Galluzzi  et  Jérôme  Pe- 
trucci,  qui  corrigèrent  au-delà  de  neuf  cent  cinquante 
fautes  contre  la  prosodie. 

Jugements         Comme  il  ne  pouvait  manquer  d^arriver,  l'oeuvre  de  ces 

divers  sur   leur 

travail.  quatre  commissaires  a  été  jugée  fort  diversement.  Les 
uns,  comme  les  pères  Théophile  Raynaud  (i),  Charles 
Guyet  (2),  Faustin  Arevalo  (3),  etc.,  ontpris  la  défense  de 
l'œuvre  de  leurs  confrères, et,  il  nous  semble,  avec  raison. 
D'autres,  comme  le  P.  Louis  Cavalli,  franciscain,  péni- 
tencier de  Saint-Jean  de  Latran,  dans  un  livre  d'observa- 
tions qu^il  a  composé  exprès;  Jean-Baptiste  Thiers,  dans 
sa  satire  du  Bréviaire  de  Cluny  ;  Henri  Valois,  cité  par 
Mérati,  ont  fort  maltraité  les  correcteurs  des  hymnes  ro- 
maines. Si,  après  tous  ces  auteurs,  il  nous  est  permis  de 
faire  connaître  notre  avis,  nous  dirons  d^abord  que  c'était 

(i)  Theoph.  Raynaudi  Opéra,  tom.  XL  Alinutalia  sacra,  pag.  12. 

{2)  Hortologia  sacra,  lib.  III,  cap.  v,  quœst.  2. 

(3)  Hymnodia  Hispanica.  De  Hymnis  ecclesiast.  §  28. 


CORRECTION    DES    HYMNES    PAR    URBAIN    VIII  5  I  7 

une   œuvre    grandement   difficile    de  corriger    les    vers        ^  partie 

^  ^  ^  CHAPITRE  XVI 

d'autrui,  et  des  vers  dont  le  sens  et  les  paroles  étaient  dans 
la  mémoire  de  tout  le  monde.  On  demandait  aux  correc- 
teurs de  conserver  la  mesure  et  le  sens  de  chaque  vers, 
de  maintenir  le  fonds  des  expressions,  en  un  mot  la  cou- 
leur particulière.  Ils  ont  rempli  cette  tâche,  suivant  nous.  Les  correcteurs 

•      A  ,.  ont  rempli 

autant  qu  elle  pouvait  être  remplie.  Il  y  a    sans  doute  de      leur  tâche  _ 

,       .  ^      .,  .^/    V  /       ,  difficile  aussi 

rares  endroits  ou    ils  ont  trop  sacrifie  a  une   pureté   clas-   bien  qu'elle  le 

11  ^   j      ^  1)         -.•  •      V  ^      pouvait  être. 

sique  :  mais  la  plupart  du  temps,  1  onction  primitive  est  ^ 
restée,  en  même  temps  que  l'expression  devenait  à  la  fois 
plus  nette  et  plus  claire.  Nous  leur  reprocherons  seule- 
ment d'avoir  changé  le  mètre  de  Thymne  de  saint  Michel  : 
Tihi,  Christe,  splendoj^  Patris,  et  de  celles  de  la  dédicace 
d'une  église,  Urbs  Jérusalem  beata  et  Angularis  funda- 
mentum. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  notre  sentiment  particulier,  on  ne  Opposition  que 

,,     ,         .  ,        .  .       .  .     ,  ,    .         rencontrent 

peut  mer  que  1  adoption  des  hymnes  ainsi  corrigées  n  ait     les  hymnes 
fourni  matière  à    de    grandes    oppositions.  Leurs  causes      ^°  rigees. 
principales  étaient  la  difficulté,  en  tout  temps  si  grande,  de 
déraciner  la  routine,  Pimpossibilité  de  corriger,  sans  les 
gâter^  les  anciens  livres    de  chœur,   enfin  la   facture  peu 
musicale  d'un  certain  nombre  de  vers.  Cavalli  rapporte  à 
ce  sujet  un  mot  qui,  pour  être  devenu    célèbre,  n^en  est 
pas  pour  cela   plus   juste.    Un  Belge,  d'ailleurs  homme 
pieux  et  docte,  disait,  en  parlant  des  hymnes  réformées  : 
accessit  latinitas  et  recessit  pietas.  Les  chantres  romains 
prétendaient    aussi     que    les    correcteurs    étaient    plus 
familiers  avec    les    muses  qu'avec    la    uiusique.    Il    fut 
impossible   d^établir    l'usage   des   hymnes  corrigées  dans 
la  basilique  de  Saint-Pierre  ;  mais  elles  s'étendirent  rapi-      ya\q^  sont 
dément  dans  les  autres  églises  de  Rome,  de  Fltalie,    et       adoptées 

^  ^  '  ?     ^^    cependant  par 

même  de  la  chrétienté,  hors  en  France.  Ceux  de  nos  dio-      toutes  les 

Eslises 

cèses  qui  suivaient  le  romain  pur,  préférèrent,  en  gêné-   de  l'Occident, 

1  1         1  •  .TN  ,,,,..  excepté  celles  de 

rai,  garder  les  anciennes.  On   rencontre  peu  d  éditions     France  et  la 
françaises   du   bréviaire  avant   1789,   dans  lesquelles   les    Safnt-Pierre. 


5i8 


REVISION   DU    MISSEL    PAR    URBAIN   VIII 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


Tous  les  ordres 

religieux 

astreints 

au  Bréviaire 

romain 
reçoivent  les 

nouvelles 

hymnes;  les 

moines  et  les 

dominicains 

conservent  les 

anciennes. 


Dernière 

révision   du 

missel 

accomplie  par 

Urbain  VIII 

en  1634. 


nouvelles  se  trouvent  :  encore,  le  plus  souvent,  sont- 
elles  renvoyées  à  la  fin,  en  matière  d^appendice.  Au  con- 
traire, les  éditions  publiées  depuis  douze  ou  quinze  ans, 
ont,  presque  toutes,  reproduit  uniquement  les  hymnes 
corrigées. 

Quant  aux  ordres  religieux,  ceux  qui  sont  astreints  au 
Bréviaire  romain  embrassèrent  les  nouvelles  hymnes,  ex- 
cepté toutefois  les  franciscains  des  provinces  de  France. 
Les  ordres  et  congrégations  monastiques  gardèrent  les 
anciennes.  La  congrégation  de  Saint-Maur  est  la  seule 
qui,  après  diverses  variations,  ait  enfin  adopté  définitive- 
ment la  correction  d'Urbain  VIIL  Aujourd'hui  encore, 
dans  Rome  même,  les  bénédictins  du  Mont-Cassin,  les 
cisterciens,  les  chartreux,  etc.,  chantent  les  anciennes 
hymnes  :  elles  sont  également  restées  en  usage  dans  le 
Bréviaire  dominicain. 

Urbain  VIII,  après  avoir  opéré  la  révision  du  bré- 
viaire, entreprit  celle  du  missel,  considérant  ces  deux 
livres^  fondement  de  la  Liturgie,  comme  les  deux  ailes  que 
le  prêtre  de  la  loi  nouvelle,  à  l'exemple  des  chérubins  du 
tabernacle  antique,  étend  chaque  jour  vers  le  vr^ai  propi- 
tiatoire du  monde  (i).  La  même  commission  qui  avait  été 
établie  pour  la  révision  du  bréviaire,  donna  ses  soins  à 
celle  du  missel.  On  fît  aux  rubriques  plusieurs  correc- 
tions et  éclaircissements,  et  on  rétablit  dans  sa  pureté  le 
texte  de  l'Ecriture,  altéré  en  quelques  endroits.  Cette  cor- 
rection du  missel  est  aussi  la  dernière  :  c'est  pour  cette 
raison  que  ce  livre,  comme  le  bréviaire,  a  porté  depuis  sur 
son  titre  le  nom  d'Urbain  VIII  avec  ceux  de  saint  Pie  V 


(i)  Quamobrem  sicuti  nuper  ad  divini  officii  nitorem  reformari  bre- 
viarium,  ita  demum  hujus  exemplo  ad  divini  sacrificii  ornamentum 
corrigi  missale  mandavimus;  et  quoniam  hasce  quasi  alas  quas  sacer- 
dos,  instar  cherubim  prise!  mystici  tabernaculi,  quotidie  pandit  ad 
verum  mundi  propitiatorium,  decet  esse  plane  geminas,  atque  unifor- 
mes, etc.  [Bref  du  2  septembre  1634.) 


I    PARTIE 
CHAPITRE   XVI 


RÉVISION    DU    MISSEL    PAR    URBAIN    VIII  big 

et  de  Clément  VIII.  Le  bref  de  publication  est  du  2  sep- 
tembre 1 634,  et  commence  par  ces  mots:  Si  quid  est  in  ' 
rébus  hiimanis.  Nous  ne  le  donnons  pas  dans  les  notes  de 
ce  chapitre,  parce  qu^il  présente  moins  d'intérêt  que  celui 
qui  a  rapport  à  la  révision  du  bréviaire  et  à  la  correction 
des  hymnes.  Enfin  Urbain  VIII  publia  une  nouvelle  édi- 
tion du  pontifical,  avec  quelques  changements  et  amélio- 
rations, et  la  promulgua,  comme  désormais  obligatoire,  par 
un  bref  du  17  juin  1644,  qui  commence  par  ces  mots  : 
Quampis  alias. 

Nous  ne  terminerons  pas  cette  histoire  liturgique  de  la  Accroissements 

^  c>  ^  du  Bréviaire 

première  moitié  du  xvii^  siècle,  sans  parler  des  accroisse-     romain  par 

^  ....  l'addition 

ments  que  reçut,  durant  cette  période,  le  Bréviaire  romain    des  offices  de 

n      1   1-    •        '     1  nr  i  i         •  •  -      r  plusieurs 

par  1  addition  des  omces  de  plusieurs  saints  qui  lurent  saints, 
proposés  par  les  souverains  Pontifes  au  culte  de  TEglise. 
Il  est  juste,  en  effet,  que  cette  épouse  du  Christ  célèbre  les 
triomphes  de  ses  enfants,  à  quelque  siècle  qu'ils  aient 
appartenu  ;  car  elle  ne  doit  point  rougir  de  placer  dans  ses 
fastes  les  fils  qu'elle  a  nourris  dans  la  vieillesse  de  ses 
mamelles  (i),  à  côté  de  ceux  qui  furent  les  prémices  de  sa 
maternité.  Au  xvii^  siècle,  la  France  ne  s'était  pas  rendue 
sourde  encore  à  cette  voix  du  Pasteur  suprême  qui  reten- 
tit à  chaque  pontificat,  dans  les  églises  de  Dieu,. portant       Chacune 

^    ^    ^  .  .  ^  ^  ^  ^  de  ces  additions 

Tordre  qu'à  l'avenir  tel  jour  de  l'année  demeure  consacré     est  un  signe 

ri  '         •         11  •  1       TA-  o  11  1       nouveau  de  la 

a  la  mémoire  d  un  serviteur  de    Dieu.   Sous   la  hutte   de  vie  de  l'Église  et 

roseaux,  au  fond  des  antres  qui   le   cachent,  le  mission-  ^pou?^|f  fiîs?^ 

naire  qui  n^a  pour  consolation  que  son  bréviaire,  apprend 

cette  grande  nouvelle,  et  se  sent  fortifié  par  ce  nouveau 

signe  de  vie  que  lui  envoie  la  Mère  des  chrétiens;  il  s'unit 

à  toutes  les   églises  :   celle  de  France  est  la  seule  qui  ne 

répétera  point  avec  lui  le  cantique  nouveau. 

Clément  VIII,  dans  sa  révision  du  bréviaire,   avait,  à 
l'exemple  de  Grégoire  XIII  et  de  Sixte-Quint,  ajouté  au 

(i)  Adhuc  multiplicabuntur  in  senecta  uberi.  {Psaluu  XCI,  i5.) 


520         TRAVAUX    DES    PONTIFES    ROMAINS    SUR   LA   LITURGIE 

INSTITUTIONS    Calendrier  de  saint  Pie  V  plusieurs  nouveaux  saints.  Par 

différents  décrets,  il  avait  établi,   pour  la  première  fois, 

in^dme  ks^êtes  l'office  de  saint  Romuald,  abbé  de  Camaldoli,  et  celui  de 
Romuaki^et  de  saint  Stanislas,  évêque  de  Cracovie  et  martyr,  l'un  et 
saint  Stanislas  l'autre  du  rite   semi-double.    Il  avait  élevé  au  rang  des 

de  Cracovie  ... 

et  change      doubles-majeurs  la  Visitation    de   la   sainte  Vierge,    les 

le  degré  de  ^  ^  .  .  .  ^    ' 

plusieurs  deux  fêtes  de  la  Chaire  de  saint  Pierre,  à  Rome  et  à  An- 
tioche,  et  celle  de  saint  Pierre-aux-Liens.  La  fête  de  saint 
Jean  Gualbert,  abbé  de  Vallombreuse,  avait  été  établie  du 
rite  simple^  et  celle  de  saint  Polycarpe,  évêque  de  Smyrne 
et  martyr,  élevée,  de  simple  qu'elle  était,  au  degré  de 
semi-double.  Clément  VIII,  après  avoir  uni  le  culte  de 
rillustre  martyre  Flavia  Domitilla  à  celui  des  saints  Nérée 
et  Achillée^  avait  aussi  rehaussé  d'un  degré  cette  fête 
simple  jusqu'alors.  Mais  en  retour,  sans  doute  pour  mé- 
nager davantage  les  droits  du  dimanche,  il  avait  abaissé 
du  rang  des  doubles  à  celui  des  semi-doubles^  les  fêtes  de 
saint  François  de  Paule,  de  saint  Pierre,  martyr,  de 
saint  Antoine  de  Padoue  et  de  saint  Nicolas  de  Tolentin. 

Paul  V  institue  ^^mI  V  établit  Toffice  de  saint  Casimir,  prince  polo- 
saTnt^Caïimlr    i^^î^i  ^^  celui  de  Saint  Norbert,  instituteur  des  prémontrés, 

de  saint  Norbert,  J^  j-j^^  semi-double.  Il  approuva  du  même  degré,  mais  ad 

de  saint  Charles  /-^  ^ 

Borromée,  des   Ubitum,  la    fête    de   saint    Charles   Borromée,   celle    des 

Stigmates  de  .  .,.,,. 

saint  François,  Stigmates  de  saint   François;  et  du  rite  double,  pareille- 

des  saints  Anges  tt-t-.  i^/y-j  •  *  j-  t 

gardiens  et  de  ment  ad  libitum^  lomce  des  saints  Anges  gardiens.   La 

a   e.   ^^^^  ^^  saint  Ubalde,  évêque  de  Gubbio,  fut  aussi  instituée 

par  le  même  pontife,  mais  du  rite  simple.  Enfin  Paul  V 

rendit  à  saint  François  de  Paule  le  degré  de  double  que 

Le  zèle        lui    avait   enlevé   Clément  VIII.   Mais  aucun    pape    de 

d'Urbain  VIII    ,   ,  .  ^_   ,     .      ^.t.^^ 

à  cet  égard     l'epoque  qui   nous  occupe  ne  surpassa  Urbain  VIII  pour 
^deTous^^    le   zèle  à  instituer   de  nouveaux  offices.   Il  étabUt  la  fête 
œtt'^e^époque.^  double  de  saint  Hyacinthe,  dominicain  polonais,  et  insti- 
tua semi-doubles  de  précepte  les  fêtes  de  sainte   Bibiane, 
vierge  et  martyre;   de  saint  Hermégénilde,  martyr;    de 
sainte  Catherine   de  Sienne,  vierge  ;  de  saint  Eustache  et 


INSTITUTION   DE   FÊTES    NOUVELLES  52  [ 

ses  compagnons,  martyrs:  enfin,  de  sainte  Martine,  vierge       ^  partie 

ir      n  T  J  T  ^  1  O  CHAPITRE   XVI 

et   martyre.    Urbain  VIII  approuva,    en   outre,    comme  "~ 

semi-doubles  ad  libitum^  les  fêtes    de  saint  Philippe  de 

Néri,  instituteur  de  l'Oratoire  de  Rome;  de  saint  Alexis, 

confesseur;  de  saint  Henri  II,  empereur  ;  de  sainte  Thé- 

rèse,  vierge,  réformatrice  du  Garmel,  et  de  sainte  Elisabeth, 

reine  de  Portugal,  dont  il  composa  lui-même  les  hymnes 

et  l'office  entier.  Innocent  X,  qui  succéda  à  Urbain  VIII,  ^  innocent  x 

établit  du  rite    double  la  fête  de  sainte   Françoise,  veuve       de  sainte 

romaine,  et  du  rite  semi-double  et  de  précepte,  celles  de  romain^e^^et  de 

saint  Ignace    de  Loyola,   de  sainte  Thérèse    et    de  saint    ^^^^^^  Claire. 

Charles  Borromée.  L^office  de  sainteClaire 'fut  aussi  établi 

par  ce  pontife,  mais  seulement  semi-double  ad  libitum.  ' 

Tels  furent  les  accroissements  du  Bréviaire  romain,  et  en      l^  plupart 
même  temps  du  missel,  jusqu'à  la  moitié  du  xvii^  siècle.  ^^  ^^d/^rfte^°^^ 
On  doit  remarquer  que  la  plupart  de  ces  fêtes  sont  du    semi-double, 

i^  y  i-       ^  les  souverains 

rite   semi-double^   pour  conserver  l'office   du  dimanche.    Pontifes  étant 

,  .  ,  encore 

Nous  verrons  une  révolution  en  sens  contraire  s^accom-      préoccupés 

de  conserver 

plir  successsivement,   et  la  récitation  hebdomadaire  du         l'office 

1  •       1  •  N  du  dimanche. 

psautier  perdre  une  partie  de  son  importance  a  mesure 
que  nous  avancerons  dans  l'histoire  liturgique  des  deux 
derniers  siècles.  Nous  aurons  ailleurs  Toccasion  de  dire 
notre  avis  sur  cette  grave  modification  liturgique. 

Donnons    maintenant    la    bibliothèque    des    écrivains       Auteurs 

!•  •    .  •  ^    n         •      j  1  -v  .  .  ,      ,      liturgistes  de  la 

iiturgistes    qui    ont  tleuri    dans   la   première   moitié  du       première 

YvrT^  sierjp  moitié 

XVII   siecie.  ^^^  ^^^^e  siècle. 

En  tête,  nous  placerons  Victorius  Scialak,  moine  maro-       victorius 
nite,  né  au  Mont-Liban,  qui  vivait  à  Rome  au  commence-  ^'^  maronhe!^^ 
ment  du  xvii^  siècle^  et  y  enseignait  les  langues  orientales. 
Il  traduisit  d'arabe  en  latin  les  Liturgies  attribuées  à  saint 
Basile,  à  saint  Grégoire  de  Nysse  et  à  saint  Cyrille  d'Alex- 
andrie.Cette  collection  fut  impriméeàAugsbourg,en  1604. 

(1604).    Jean    de    Angelis,   frère    mineur  observantin,  Jeande  Angeiis, 

j^ 1  .  •       r  V   Ti/r     1    •  1  observantin. 

donna  en  espagnol  un  ouvrage  imprime  a  Madrid,  sous  ce 
titre  :  Tratadode  los  sacratissimos  mysterios  de  la  Misa. 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 

André  Hove, 

professeur 

à  Douai. 


eveque 
de  Cedonia. 


Jean    Gretser, 
jésuite. 


52  2  AUTEURS    LITURGISTES 

(i6o5).  André  Hoius  ou  Hove,  professeur  de  langue 
grecque  à  Douai,  est  auteur  d'un  livre  intitulé  :  Anti- 
quîtatum  litin^gicarum  arcana  concionatoribiis  et  pasto- 
ribiis  uberrïmwn  promptuarhim^  sacerdotibus  serhim 
exercitiiim^  religiosis  meditationum  spéculum^  nobilibus 
spiritiialis  venatio^  laids  litteratis  sancta  devotio^  omnia 
ex  diversis  auctoribus  tribus  tomis  comprehensa.  A 
Douai,  in-8''.  Pour  être  juste,  nous  devons  dire  que  Texé- 
cution  du  livre  ne  répond  pas  tout  à  fait  à  de  si  magnifi- 
ques promesses. 
Jean  Palantieri,  (i6o6j.  Jean-Paul  Palantieri,  franciscain,  évêque  de 
Cedonia^  a  laissé  une  explication  des  hymnes  ecclésias- 
tiques imprimées  à  Bologne,  en  1606. 

(r6o6).  Le  célèbre  jésuite  Jean  Gretser,  un  des  plus 
vaillants  antagonistes  de  la  réforme,  et  dont  les  œuvres 
volumineuses  forment  l'un  des  plus  vastes  répertoires  de 
l'érudition  catholique,  a  laissé  plusieurs  traités  intéressants 
sur  les  matières  liturgiques.  Nous  citerons  en  particulier  : 
/"  De  Sacris  Peregrinationibus,  libri  IV;  2^  De  Ec- 
clesiasticis  ProcessionibiiSy  libri  II ;  J°  Podoniptron  seu 
Pedilavium,  hoc  est,  de  more  lavandi  pedes  peregrino- 
rum  et  hospitum^  avec  une  addition  au  livre  des  pèleri- 
nages; 4^  De  Fiinere  christiano,  libri  III  ;  5°  De  Festis, 
libri  II.  Il  donna  plus  tard  un  supplément  à  ce  dernier 
ouvrage,  dans  lequel  il  traite  d'une  manière  spéciale  du 
culte  et  de  la  fête  du  Saint  Sacrement.  6"  De  Benedictio- 
nibus^  libri  duo,  et  ter  tins  de  maledictionibus  ;  7°  De 
sancta  Cruce,  ouvrage  non  moins  fécond  pour  la  science 
liturgique  que  pour^  celle  de  l'antiquité  chrétienne  en  gé- 
néral. Nous  omettons  un  grand  nombre  d'autres  opus- 
cules qui  figurent  avec  les  livres  que  nous  venons  de  citer 
dans  la  belle  édition  des  œuvres  de  Gretser,  donnée  en 
dix-sept  volumes  in-folio,[à  Ingolstadt,  en  1734. 
Nicolas  (1607).    Nicolas   Serrarius,  jésuite  lorrain,    est  auteur 

"jésuite.  '      de  deux  livres  intitulés  :  le  Litaneutique  ou  des  Litanies, 


I   PARTIE 
CHAPITRE  XVI 


DE    LxV    PREMIÈRE    MOITIE    DU    XVII^    SIECLE  523 

dans  le  premier  desquels  il  traite  de  l'antiquité  et  de  Futi- 
lité des  litanies,  et  dans  le  second  de  l'invocation  des 
saints.  Il  a  composé  aussi  un  traité  des  Processions  divisé 
pareillement  en  deux  livres.  Ces  deux  ouvrages,  remplis  de 
science  et  d'intérêt,  se  trouvent  dans  la  collection  des  opus- 
cules de  Serrarius,  imprimée  à  Mayence  en  i6i  i,  in-folio. 

(1608).  Jean-Baptiste  de  Rubeis  publia  à  Plaisance  un    jean-Baptiste 
livre  intitulé  :  Rationale  dipinorinn  qfficiorum.  Quelques       ^    ^  ^^^* 
recherches  que  nous  ayons  faites  d'ailleurs^  l'auteur  et  son 
livre  ne  nous  sont  connus  que  par  la  simple  mention  qu'en 
fait  Zaccaria. 

(16 10).   Ce  fut  en  cette  année  que  les  éditeurs  parisiens     ^  Nouvelle 
de  la   Bibliotheca   peter um  Patrum,  de  Margarin  de   la      collection 
Bigne,  donnèrent   en  manière  de  supplément  un  dixième      d'Hiuo^rp. 
tome  qui  contient  une  nouvelle  et  meilleure  édition  de  la 
collection  liturgique  d'Hittorp.  Cette  édition,  qui  est  pos- 
térieure de  dix-neuf  ans  à  celle  que  Ferrari  avait  publiée  à 
Rome,  à  la  fin  du  xvi^  siècle, est  la  dernière  de  toutes.  Elle 
est  aussi  la  plus  correcte,  principalement  pour  l'ouvrage 
d'Honorius  d'Autun,  intitulé  :  Gemma  animœ. 

(16 10).   André  Duval,   docteur   et  professeur  de  Sor-   André  Duval, 
bonne,  si  connu  par  sa  franche  orthodoxie,  a  publié,  en  1 6 1  o,    de  Sorbonne. 
un  ouvrage  mentionné  par   EUies  Dupin,  sous  ce  titre  : 
Observations  sur  quelques  livres  de  l'Eglise  de  Lyon. 

(1611).    Claude  Villette,   chanoine   de  Saint-Marcel  de  Claude  Viiiette, 
Paris,  a  laissé  un  ouvrage  intitulé  :  Les  raisojisde  l'office,  sa^inf-Marcef^de 
et  cérémonies  qui  se  font  en  V Église  catholique,  aposto-         ^^^'^' 
lique  et  romaine.  Ensemble  les  liaisons  des  cérémonies  du 
sacre  de  nos  rois  de  Errance,  et  des  dou:{e  marques  uniques 
de   leur   royauté    céleste^  par-dessus   tous   les   rois  du 
7nonde.  Ce  livre,  dont  la  doctrine  est  puisée  dans  les  litur- 
gistes  du  moyen  âge^  présente  un  grand  intérêt,  et  a  eu  plu- 
sieurs éditions,  tant  du  format  in-4°que  du  format  in- 12. 

(1612).  Jean  Chapeauville,  docteur  de  Louvain,  est  au-    chapea\wiiie, 
teur  de  Touvrage  suivant  qni  a  été  réimprimé  plusieurs     ,  do'^teur 

•^  ^  ^  ao.  Louvain. 


524  AUTEURS   LITURGISTES 

INSTITUTIONS    fois  :  Tvactatus  de  necessitate  et  modo  ministrandi  sacra- 

LITURGIQUES 

• '  menta  tempore pestis  {MaycncQ^  1612,  in-8").  On  trouve, 

à  la  fin  du    second  volume    de  Thistoire  des  évêques  de 
Liège,  par  le  même,  un  traité  historique  de  prima  et  vera 
Origine festivitatis  SS.  Cojporis  et  Sangiiinis  Christi. 
Augustin  (161 3}.  Augustin  de  Herrera,  jésuite  espagnol,   a  laissé 

de  Herrera,        i  «  .,•  '       '      ^     c<  '    •^^         ^  ^ 

jésuite.        deux   ouvrages   nnportants,  imprunes  a  Seville,  dans  la 

langue  nationale,  le  premier  sous  ce  titre  :  Del  Origen,  y 

progreso  en  la  Iglesia  catholica  de  los  ritos,  y  ceremo- 

nias,  que  se  iisan  en  el  santo  sacrijîcio  de  la  Misa  (161 3, 

in-4°)  ;  et  le  second  intitulé  :  Origen,j  progreso  del  oficio 

divin,  y  de  sus  observancias  calholicas,   desde  el  siglo 

primero  de  la  Iglesia  al  présente  (1644,  in-4°). 

Jean-Baptiste        (i6i3).    Jean-Baptiste    de    Glano,  religieux   augustin, 

augus^tîn.'      docteur  de  Paris,  a  composé,  au  rapport  d'Ellies  Dupin, 

un  livre  intitulé  :  Des  Cérémonies  des  principales  Eglises 

de  r Europe. 

Joseph visconti       (i6i5).  Joseph  Visconti,  connu  dans  la  république  des 

conservateur    i^^^jp^s  ^qus  SOU  nom  latinisé  de  Vicecomes.,  fut  un  des  con- 

bibhothèque    servateurs    de    la   bibliothèque-  Ambrosienne,   fondée    à 

Ambrosienne.  ^  ^  ^ 

Milan,  par  Tillustre  cardinal  Frédéric  Borromée.  Il  a 
composé  sous  le  titre  d'Obserpationes  ecclesiasticœ^  quatre 
volumes  devenus  rares,  mais  honorés  d'une  juste  célébrité 
(Milan,  i6i5,  1618^  1620^  1626^  in-4°).  Le  premier  traite 
des  rites  du  baptême  ;  le  second,  de  ceux  de  la  confirma- 
tion; le  troisième,  des  cérémonies  de  la  messe,  et  le  qua- 
trième, des  choses  à  préparer  pour  célébrer  convenable- 
ment ce  sacrifice. 
Jean-Baptiste       (1616).   Jean-Baptiste  Scortia,  jésuite  génois,  a  publié 

Scortia,  jésuite,  qu^^j^g  livres,  de  Sacrosancto  missœ  sacrijicioy  qui  ont 
été  imprimés  à  Lyon,  en  1616,  in-4%  et  qui  attestent  une 
science  remarquable  dans  leur  auteur. 

Pierre   Hailoix,      (1617).    Pierre  Halloix,   savant  jésuite  flamand,  parmi 

jésuite.  ,  ,      .  ,    .       ,  .V         ,.  • 

ses  nombreux  écrits,   a  laisse   sur  une  matière  liturgique 
l'ouvrage  intitulé  :    Triumphus  sacer  sanctorum^  sive  de 


DE    LA    PREMIÈRE    MOfTlÉ    DU    XVII®    SIECLE  525 

cœremoniis  in   reliquiarnm    sanctoriim    translationibus       i  partie 

.  .  /TON  CHAPITRE  XVI 

iisiirpatîs.  «  AntverpiîB  »  (In-8°).  • 

(1618).  Martin  de  Alcazar,  hiéronymite,  est   auteur  de        Martin 

,,  ....  de    Alcazar, 

louvrage  suivant:  Katendamim  romaniim  perpetuum  ex    hiéronymite. 

Bî^epiario  et  Missali  Clemejitis  VIII  authoritate  recogni- 

tisj  cumfestis  quœ  generaliter  in  Hispaniani  celebrantur, 

in  quo  ordo  recitandi  officium  diviniim  et  missas   celé- 

brandi  dilucide  exponitiir  (Madrid,  in-4°).   Cet  ouvrage 

paraît  être  le  premier  dans    son    genre,   et    précéda  de 

plusieurs  années  VOrdo  perpetuus  de  Gavanti. 

(16 19).  Gaspard  Loartes  est  auteur  d^un  livre  imprimé       Gaspard 
à  Cologne,  sous  ce  titre  :  De  Sacris  Peregrinationibus^ 
Reliquiis  et  Divitiis  (1619,  in-4°).  Nous  ne  connaissons 
cet  auteur  et  son  livre  que  par  Ellies  Dupin  et  Zaccaria. 

(1619).  Le  cardinal  Frédéric   Borromée,  archevêque  de     Le  cardinal 
Milan  et  neveu  de  saint  Charles,  outre  le  Cœremoniale      Borromée, 
Ambrosiamim^  par  lequel  il  compléta  la  Liturgie  de  son   ^^^  Miîan.^   ^' 
Église,  est  auteur  d'un  livre  imprimé  à  Milan, en  i632,  du 
format  in-folio,  sous  ce  titre  :  De  Concionante  Episcopo, 
dans  lequel  il  traite  savamment   de  Tappareil  liturgique 
qui   doit  accompagner  Tévêque  annonçant  la  parole  de 
Dieu  à  son  peuple. 

(1621).  François-Bernardin  Ferrari,  préfet  delà  biblio-       François 

Ferrari   préfet 

thèque  Ambrosienne,  a  laissé  un  ouvrage  en  trois  livres  de'ià 

sur  un  sujet  analogue  à  celui  du  cardinal  Frédéric  Borro-  Ambrosienne. 
mée,  sous  ce  titre  :  De  Ritu  sacrariim  ecclesiœ  veteris 
concionum^  in-4°.  Ce  livre  remarquable  a  été  réimprimé 
plusieurs  fois.  Nous  avons  encore  du  même  Ferrari,  sur 
une  matière  liturgique,  sept  livres  de  veterum  Acclamatio- 
nibus  et  Plaiisu.  1627,  in-4'^.  Il  y  traite  en  effet  des  accla- 
mations, tant  dans  les  assemblées  ecclésiastiques,  que  dans 
les  réunions  profanes. 

(1623).  Michel  Lonigo,  personnage  dont  nous  ignorons  MichelLonigo. 
les  qualités,  mais  qui  paraît  avoir  exercé  les   fonctions  de 
cérémoniaire,  a  composé  un  livre  curieux  intitulé  :  DelVuso 


526  AUTF.URS    LTTURGISTBS 

INSTITUTIONS    dclh  pcsti  dc  sisTuori  cardinali,  tanto  nelle  chiese  di  Roma, 

LITURGIQUES  ^  ,  .  ' 

' quanto  fiiori.  A  Venise,  in-8°,  i623. 

Gabriel  de  (i623).    Gabriel    de    TAubespine,    évêque    d'Orléans, 

évlque"^'    liomme  d'une  grande  érudition,  a  bien  mérité  de  la  Liturgie 
Orléans.      ^^^  ^^^  \\^\:q,  de  Veteribus  Ecclesiœ  Ritihus,  imprimé  à 
Paris,  in-4%  en  1 62  3  ;  et  par  un  autre,  en  français,  intitulé: 
Ancienne  police  deVEglisesur  l'administration  de  reucha- 
ristieet  sur  les  circonstances  de  la  messe.  Paris,  in-8°,  1629. 
Fortunat  (i625).  Fortuuat  Scacchi,  religieux  augustin,  fut  évêque 

sacristain  de  la  ^^  Porphyre  et  sacristain  de  la  chapelle  papale.  Il  est  Pau- 
'^^Tt^évêque^^^  t^ur  d'un  bel  ouvrage  sur  les  huiles  et  les  onctions  sacrées, 
de  Porphyre,    ^^j  p^rut  à  Rome  en  1625,  in-4°,  et  a  été  réimprimé,  au  . 
XVII®  siècle,  à  Amsterdam,  du  format  in-folio.  Il  porté  ce 
X\\.\:q.\  Sacrornm  Elœochrismatiim  7iîyrothecia  tria.  Nous 
ne  parlerons  point  de  l'ouvrage  inachevé  du   même  Scac- 
chi,  sur  la  canonisation  des  saints,  non  plus  que  d'un  cer- 
tain nombre  de  traités  de  divers   auteurs  sur   le  même 
sujet,  parce  qu'ils  sont  presque  exclusivement  consacrés  au 
détail  et  à  la  discussion  des  procédures,  et  que  la  partie 
liturgique  n'y  tient  qu'une  place  fort  restreinte.  Il  en  est 
tout  autrement  de  l'ouvrage  de  Benoît  XIV. 
Mutio,  capucin.      (1626).  Mutio,  capucin  italien,  publia  à  Rome,  en  161 2, 
un  ouvrage  intitulé  :  Tractatus  de  signijîcatis  sacrosancti 
sacrifiai  missœ^  et  un  autre,   en  1626,  sous  ce  titre  :  De- 
claratio  de  divinis  offîciis  et  de  cœremoniis  quœfiiint  in 
exeqniis  defunctorn7n. 
Barthéiemi         (1628).  Barthélemi  Gavanti,  Milanais,    de  la  congréga- 
barnabite.      tion  des  clercs  réguliers  de  saint  Paul,  appelés  aussi  barna- 
bit  es  ^  a  laissé  un  nom  à  jamais  célèbre  dans  les  fastes  de 
la  Liturgie.    Nous   avons  vu  qu'il  fut   appelé,  par  Clé- 
ment VIII  et  Urbain  VIII,  à  faire  partie  des  commissions 
que  ces  deux  pontifes  formèrent,  à  trente  années  d'inter- 
valle, pour  la  révision  du  bréviaire  et  du  missel.  En  i632, 
il  fut  désigné  par  l'archevêque  de  Milan  pour  faire  à  lui 
seul  les  changements,  additions  et  corrections  nécessaires 


I   PARTIE 
CHAPITRE  XVI 


DE    LA    PREMIERE    MOITIE    DU    XVII^    SIECLE  627 

dans  le  cérémonial  de  cette  grande  Eglise.  Sa  réputation  de 
liturgiste  s'étendit  jusqu'en  Allemagne  et  en  France.  Le 
cardinal  d'Arach,  archevêque  de  Prague,  l'accabla  de  solli- 
citations pour  le  déterminer  à  venir  régler  les  cérémonies  de 
son  diocèse  :  Urbain  VIII  refusa  à  Gavanti  la  permission 
de  sortir  de  Rome.  Le  pape  donnait  en  ces  termes  le 
motif  de  son  refus,  dans  un  bref  qu'il  adressa  au  célèbre 
liturgiste  :  Rescribo  te,  aiictoritate  nosira^  unipersœ 
Ecdesiœ  heneficio,  in  hreviarii  Romani  emendatione  occic- 
patum.  Le  P.  Boudier,  savant  liturgiste  bénédictin,  vint 
jusqu'à  six  fois  à  Rome  pour  conférer  avec  Gavanti.  Enfin 
plusieurs  évêques  de  France  le  sollicitèrent  à  leur  tour  de 
passer  les  Alpes,  et  de  venir  travailler  à  une  édition  du 
pontifical  à  l'usage  des  Églises  de  ce  royaume.  Il  mourut 
en  i638.  Ses  principaux  ouvrages  sur  la  Liturgie  sont: 

1°  Thésaurus  sacrorum  rituum,  sive  Commentaria  in 
f^ubricas  Missalis  et  Breviarii.  Ce  livre  est  trop  populaire 
pour  que  nous  ayons  besoin  de  nous  étendre  sur  son 
mérite.  Nous  parlerons  plus  loin  de  l'édition  qu'en  a 
donnée  Merati. 

2^  Octavarium  romanum.  Nous  aurons  bientôt  Tocca- 
sion  de  parler  de  ce  livre.  -  , 

3°  Ordo  perpetuus  r^ecitandi  officium  divinwn. 

(1620).  Louis  Gressol,  jésuite  français,  a  laissé,  sous  le  Louis  Cressoi, 

.   ^         ^^  '    '  ^        '   .  :      .      .  jésuite. 

titre  de  Mjstagogus^  de  Sacrorum  hominum  disciplina 
(Paris,  in-folio),  un  livre  rempli  d'érudition  liturgique. 

(i63o).  Jean   Filesac,  docteur  de  Sorbonne,   doyen  de    Jean  Filesac, 

docteur 

cette  Faculté,  curé  de  Saint-Jean-en-Grève,  fut  un  homme  de  Sorbonne. 
remarquable  par  sa  profonde  érudition  sacrée  et  profane. 
On  trouve  sur  certaines  questions  de  la  science  liturgique, 
un  grand  nombre  de  détails  curieux  dans  ses  divers  écrits, 
qui  ont  été  recueillis  en  deux  collections,  l'une  intitulée  : 
Opéra  varia  (Paris,  1614,  2  vol.  in-8°);  l'autre  0/?^r^ 
selecta  (Paris,  1621,  3  vol.  in-4'').  Cette  dernière  ren- 
ferme, entre  autres,  les  dissertations  suivantes  :  De  Cœre- 


528  AUTEURS    LITURGISTES 

INSTITUTIONS    monUs ;  de  Sanctojnim  festis  diebiis;  Sanctorum   imagi- 
num  radiatum  capiit  ;  Baptismi  lux  et  candor  ;  Funus 


pespertinum  ;  de  Cantu  Ecclesiœ,  etc, 
Anaciet  Secchi,      (i634).  Anaclet  Secchi,  barnabite,  est  auteur  d'un  ou- 
barnabite.      y^r^g^  précieux  et  souvent  réimprimé,  sur  le  chant  ecclé- 
siastique; il   porte  ce  titre:  Hymnodia  ecclesiastica^  et  a 
été  imprimé,  entre  autres  éditions,  à   Anvers,  en    i634, 
in-8°.  Il  a  été  depuis  traduit  en  langue  italienne. 
Pierre Arcudius,      (i634).  Pierre  Arcudius,  savant  prêtre  grec,  a  laissé  un 
prêtre  grec,     ^^y^^ge  très-célèbre  sur  la  Liturgie  des  Grecs  comparée 
avec  celle  des  Latins,  dans  l'administration  des  sacrements. 
Il  est   intitulé  :  De   Concordia  Ecclesiœ  occidentalis  et 
orientalis  in  septem  Sacramentorum  administratione.  Les 
premières  éditions  de  Paris  sont  de  lôiget  i625,  in-4^ 
Simon  Barbosa,      (i635).    Simon    Vaz   Barbosa,    Portugais,  docteur   de 
portugais.      Coïmbre,  frère  du  célèbre  canoniste  du  même  nom,  est 
auteur  d'un  livre  imprimé  à  Lyon,  in-8%  en  i635,  sous  ce 
titre  :    Tractatus    de    dignitate,   origine,  et  significatis 
mysteriosis    ecclesiasticorum    gradimm,    officii    divini, 
vestium  sacerdotalium  et  pont iji cal iiim,  atque  verborum, 
cœremoniarum  et  aliarum  7-erum  pertinentium  adsanctis- 
simum  Missœ  sacrijîcium. 
MarcDiaz,         (i637).  Marc  Diaz,   Portugais,  franciscain  de  Tobser- 
observantin.    y^nce,  fit  paraître  à  Rome,  en   1637,  un  Ordo  perpetiius 
recitandi  officii  divini. 
Joseph  (1637).  Joseph  de  Sainte-Marie,  chartreux  espagnol,  a 

d^  SamjJ-Marie,  p^bii£  ^  SéviUe,  en  i637,  un  ouvrage  in-4%  sous  ce  titre  : 
Sacros  ritos  y  ceremonias  baptismales  ;  et  un  autre  du 
même  format,  en  1642,  intitulé  :  Triunfo  del  agiia  bendita. 
Il  paraît  qu'il  avait  travaillé  aussi  sur  les  exorcismes. 
Dominique  (i638).  Dominique  Giacobazzi,  dit  en  latin  Jacobatius,a 
Giacobazzi.  ^Q^iposé  le  fameux  traité  de  Conciliis^  qui  est  joint  à  Tédi- 
tion  des  Conciles  de  Labbe.  On  trouve  dans  cet  important 
ouvrage,  tous  les  détails  nécessaires  sur  les  formes  litur- 
giques qui  doivent  être  employées  dans  les  conciles. 


DE   LA    PREMIERE    MOITIE    DU    XVII®    SIECLE  629 

(164 [).  Jacques  Éveillon,  chanoine  de  Saint-Maurice 
d'Angers,  fut  charge,  vers  1620,  par  Guillaume  Fouquet, 
son  évêque,  de  la  révision  du  bréviaire  et  du  rituel  de  ce 
diocèse.  Il  a  publié,  sur  les  matières  liturgiques,  deux  ou- 
vrages estimés.  Le  premier  est  intitulé  :  De  Processionibus 
ecclesiastîcis  liber.  (Paris,  in-8%  1641.)  Le  second  a  pour 
titre  :  De  Recta  psallendi  ratîone.{L8i  Flèche,  in-4%  1646.) 

(1641).  Jean  Garcia,  franciscain  espagnol,  publia,  à 
Lima,  en  1641,  un  ouvrage  sous  ce  titre  :  Explicacion  de 
los  mïsierios  de  la  misa,  y  de  sus  cereinonias. 

(1641).  Jacques  Lobbetius,  de  Liège,  est  auteur  d'un 
volume  in-4°,  imprimé  en  cette  ville,  sous  ce  titre  :  De  Re- 
ligioso  templorum  cuit  11. 

(1642).  Dom  Hugues  Ménard,  qui  ouvre  avec  tant  de 
gloire  rimposante  liste  des  savants  de  la  congrégation  de 
Saint-Maur,  fut  un  liturgiste  du  premier  ordre.  Il  suffira 
de  mentionner  ici  son  édition  du  Sacramentaire  de  saint 
Grégoire,  donnée  à  Paris  en  1642,  in-4%  avec  les  excel- 
lentes notes  dont  il  l'accompagna.  On  sait  que  Dom 
Denys  de  Sainte-Marthe  n'a  pas  cru  pouvoir  mieux 
faire  que  d'admettre  tout  ce  travail  de  son  ancien  confrère 
dans  sa  belle  édition  des  œuvres  de  saint  Grégoire  le  Grand. 

(1643).  Isaac  Habert,  docteur  de  Sorbonne,  chanoine 
de  Paris,  puis  évêque  de  Yabres,  donna  en  cette  année 
une  édition  de  VArchieraticon,  ou  Pontifical  de  l'Église 
grecque.  Il  appartient  en  outre  à  la  bibliothèque  des  litur- 
gistes  du  xvii^  siècle,  par  plusieurs  hymnes  remarquables 
par  Ponction  et  la  facilité,  et  qui  ont  été  admises  dans  la 
plupart  des  modernes  bréviaires  de  France. 

(1646).  André  du  Saussay,  évêque  de  Toul,  a  laissé  trois 
ouvrages  curieux  sur  les  habits  sacrés.  Le  premier,  sur 
les  ornements  épiscopaux,  est  intitulé  :  Panoplia  episco- 
palisy  seu  de  sacro  episcoporum  ornatu.  Libri  VIL  (Paris, 
1646,  in-folio.)  Le  second,  qui  traite  de  l'habit  clérical,  a 
pour  titre  :  Panoplia  clericalis,  seu  de  clcricoruni  tonsura 
T.  I  34 


I  PARTIE 
CHAPITRE  XVI 

Jacques 
Éveillon, 
chanoine 
d'Angers. 


Jean  Garcia, 

franciscain. 


Jacques 
Lobbetius. 


Dom  Hugues 

Ménard, 
bénédictin  de 
Saint-Maur. 


Isaac  Habert, 

évêaue 

de  Vaores. 


André  du 

Saussay,  évêque 

de  Toul. 


53o  AUTEURS    LIÏURGISTES 

INSTITUTIONS    et  habitu.   Libri  XV.    (Paris.    1640,  in-folio.)  Le  troi- 

LITURGIQUES  .^  .  ^ 

sième,  enfin,  a  pour  objet  les  vêtements  sacrés  du  prêtre, 

sous  ce  titre  :  Panoplia  sacerdotalis,  seii  de  venerando 
sacerdotum  habitu,  Libri  XIV.  (Paris,  i653,  in-folio.) 
Du  Saussay  est  encore  auteur  d'un  livre  sur  le  chant 
ecclésiastique,  publié  à  Toul,  in-8%  en  1657,  et  intitulé: 
Divina  doxologia,  seu  sacra  glojHJî candi  Deum  in  Iiymnis 
et  canticis  methodiis,  et  d'un  autre  qui  a  pour  titre  :  De 
sacro  ritu  prœferendi  crucem  majoribiis  prœlatis  ecclesiœ 
libellus.  1628,  in-8". 
Jacques  Goar,  (1647).  J^^ques  Goar,  dominicain,  s'est  rendu  à  jamais 
célèbre  dans  les  fastes  de  la  Liturgie,  par  son  édition  de 
VEucologion  des  Grecs,  avec  une  traduction  latine  et  des 
notes  savantes.  L'ouvrage  fut  imprimé  à  Paris,  en  1647, 
in-folio. 

Léon  Aiiatius.  (1648).  Léon  Allacci,  en  latin  Allatius^  Tun  des  plus 
savants  littérateurs  italiens  du  xvii^  siècle,  était  né  de  parents 
grecs.  Il  eut  la  charge  de  bibliothécaire  du  Vatican,  et  a 
laissé  beaucoup  de  travaux  destinés  à  faire  connaître  la 
Liturgie  des  Grecs  modernes.  Nous  citerons,  entre  autres, 
les  dissertations  de  Dominicis  et  hebdomadibus  recentiorum 
Grœcorum;  de  Missa  prœsanctijîcatoriini,  et  de  commu- 
nione  orientalium  sub  specie  unica,  que  Ton  trouve  à  la 
suite  de  l'excellent  traité  de  Ecclesiœ  occidentalis  et  orienta- 
lis  perpétua  consensione.  (Paris,  1648,  in-4".)  Allacci  a 
laissé  aussi  un  traité  de  Libris  ecclesiasticis  Grœcorum 
(Cologne,  1645,  in-8°);  un  autre,  de  Templis  Grœcorum 
recentioribus,  de  Narthece  Ecclesiœ  veteris  et  de  Grœco^ 
rum  quorumdam  ordinationibus  (Cologne,  1 646,  in-8°),  etc. 

Michel  Bauidry,      (1646).  Michel  Bauldrv,  bénédictin  de  l'ancienne  obser- 

bénédictin.  '         ^        .  ,,«-.,,• 

vance,  grand  prieur  de  Maillezais,  a  acquis  une  juste  célé- 
brité tant  en  France  qu'à  l'étranger,  par  son  excellent 
Manuale  sacrarum  cœremoniarum  juxta  ritum  sanctœ  Ro- 
jnanœ  ecclesiœ,  in  quo  omnia  quœ  ad  usum  omnium  cathe- 
draliiim,   collegiatarum,  parochialium,    sœcularium   et 


DE    LA   PREMIERE   MOITIÉ    DU    XVII®   SIECLE  53 1 

7^es:îilarium  ecclesiariim  pertinent,   accuratissime  trac--       ^  partie 

C"  r  ">  CHAPITRE  XVI 

tantnr.  (Paris,  1646,  iii-4°.)  Cet  ouvrage,  fruit  des 
travaux  d'un  simple  particulier,  a  obtenu  six  éditions,  et 
la  pratique  qui  y  est  exposée  avec  une  clarté  admirable  a 
été  adoptée  par  tous  les  auteurs  qui,  depuis,  ont  écrit  sur 
les  cérémonies  romaines.  Bauldry  rédigea  aussi  le  Cérémo- 
nial de  la  congrégation  de  Saint-Maur,  à  la  prière  des  su- 
périeurs de  ce  corps  illustre  :  il  y  fit  entrer  une  grande 
partie  de  son  Manuel^  qu'il  adapta  aux  usageà  claustraux, 
et  porta  cet  ouvrage  à  une  grande  perfection. 

(1649).  Marc-Paul  Léo  ne  nous  est  connu  que  par  Zac-  Marc-Paul  Léo, 
caria,  qui  mentionne  avec  un  grand  éloge  un  livre  publié 
par  cet  auteur,  à  Rome,  en  1649,  ^^^^  ^^  ^i^re  :  De  aucto- 
ritate  et  iisu  pallii  pontifiai . 

Nous  terminerons  ce  chapitre  par  les  remarques  sui-    Conclusions. 
vantes  : 

1°  Durant  la  première  moitié  du  xvii^  siècle,  TEglise 
universelle  se  reposa  dans  Tunité  liturgique. 

2°  L'Eglise  de  France  commença  de  ressentir  les  pre- 
mières atteintes  d'une  réaction  contre  la  liberté  de  la  Li- 
turgie. Cette  réaction  provenait  des  influences  de  la  magis- 
trature séculière. 

3°  En  même  temps  qu'elle  protestait,  mais  en  vain, 
contre  les  entreprises  de  la  magistrature,  l'Assemblée 
de  i6o5  donna  le  premier  exemple  d'une  entreprise  contre 
le  Missel  de  saint  Pie  V. 

4°  Rome  continua  de  déterminer,  avec  une  imposante 
solennité,  les  formes  générales  de  la  Liturgie,  et  l'Occi- 
dent tout  entier  se  montrait  attentif  et  docile  à  ses  pres- 
criptions. 


532  RITUEL    ROMAIN    DE    PAUL   V 


INSTITUTIONS 
LITURGIQUES 


NOTES  DU  CHAPITRE  XVI 

NOTE  A 
PAULUS   PAPA   V, 

AD    PERPETUAM   REI   MEMORIAM. 

Apostolicae  Sedï  per  abundantiam  divinae  gratiae,  nullis  sufFragantibus 
meritis,  praepositi,  Nostrœ  sollicitudinis  esse  intelligimus,  super  univer- 
sam  Domum  Dei  ita  invigilando  intendere,  ut  opportunis  in  dies  magis 
rationibus  provideatur,  quo,  sicut  admonet  Apostolus,  omnia  in  ea 
honeste,  et  secundum  ordinem  fiant,  praecipue  vero  quae  pertin^t  ad 
Ecclesiae  Dei  sacramentorum  administrationem,  in  qua  religiose  obser- 
vari  apostolicis  traditionibus,  et  SS.  Patrum  Decretis  constitutos  ritus 
et  cœremonias  pro  nostri  officii  debito  curare  omnino  tenemur.  Quam- 
obrem  feL  rec.  Pius  Papa  V,  Praedecessor  noster,  hujus  nostri  tune 
sui  officii  memor,  ad  restituendam  sacroruni  rituum  observationem  in 
sacrosancto  missae  sacrificio,  divinoque  officio,  et  simul  ut  catholica 
Ecclesia  in  Fidei'nnitate,  ac  sub  uno  visibili  capite  B.  Pétri  successore 
Romano  pontifice  congregata,  unum  psallendi  et  orandi  ordinem,  quan- 
tum cum  Domino  poterit,  teneret,  breviarium  primum,  et  deinde  missale 
Romanum,  multo  studio  et  diligentia  elaborata  pastorali  providentia 
edenda  censuit.  Cujus  vestigia  eodem  sapientiae  spiritu  secutus  similis 
memorias  Clemens  Papa  VIII,  etiam  Praedecessor  noster,  non  solum 
episcopis,  et  inferioribus  Ecclesiae  praelatis  accurate  restitutum  Pontifi- 
cale dédit,  sed  etiam  complures  alias  in  cathedralibus  et  inferioribus 
ecclesiis  caeremonias  promulgato  Caeremoniali  ordinavit.  His  ita  consti- 
tutis,  restabat,  ut  uno  etiam  volumine  comprehensi,  sacri  et  sincerl 
catholicae  Ecclesiae  ritus,  qui  in  sacramentorum  administratione,  aliis- 
que  ecclesiasticis  functionibus  servari  debent,  ab  iis  qui  curam  anima- 
rum  gerunt  apostolicae  Sedis  auctoritate  prodirent,  ad  cujus  voluminis 
praescriptum,  in  tanta  ritualium  muJtitudine,  sua  illi  ministeria  tan- 
quam  ad  publicam  et  obsignatam  normam  peragerent,  unoque  ac  fideli 
ductu  inofFenso  pede  ambularent  cum  consensu.  Quod  quidem  jampri- 
dem  agitatum  negotium,  postquam  generalium  Conciliorum  graece  lati- 
neque  divina  gratia  editorum  opus  morari  desivit,  sollicite  urgere  nostri 
muneris  esse  existimavimus.  Ut  autem  recte  et  ordine,  ut  par  erat,  res 
ageretur,  nonnuUis  ex  Venerabilibus  Fratribus  nostris  S,  R.  E.  Cardina- 
libus/ pietate,  [doctrina  et  prudentia  prîEstantibus,  eam  demandavimus, 
qui  cum  consilio  eruditorum  virorum,  variisque  praesertim  antiquis  et 
quœ    circumferuntur,    Ritualibus   consultis,  eoque   in  primis,  quod   vir 


BRÉVIAIRE   MONASTIQUE   DE    PAUL  V  533 

singulari  pietatis  zelo,  et  doctrinae  bonce  memoriae  Julius  Antonius  S.  R.         i  partie 

E.    Gard.  S.  Severinas  nuncupatus,  longo  studio,   multaque  industria  et     chapitre   xvi 

labore  plenissimum  composuerat,  rebusque  omnibus  mature  consideratis, 

demum  divina   aspirante   clementia,  quanta   oportuit  brevitate,  Rituale 

confecerunt.  In  quo  cum  receptos  et  approbatos  catholicae  Ecclesias  ritus 

suo  ordine    digestos   conspexerimus,  illud  sub  nomine  ritualis  Romani 

merito  edendum    publico    Ecclesiae   Dei  bono  judicavimus.  Quapropter 

hortamur  in  Domino  Venerabiles  Fratres  Patriarchas,  Archiepiscopos,  et 

Episcopos,  et  dilectos  Filios  eorum  Vicarios,  necnon  Abbates,  Parochos 

universos,  ubique    locorum   existentes,  et  alios,  ad    quos   spectat,   ut  in 

posterum   tanquam   ecclesiae  Romanae   filii,    ejusdem    Ecclesiae  omnium 

matris   et  magistrae  auctoritate  constituto  rituali  in  sacris   functionibus 

utantur,  et  in  re  tanti  momenti,  quae  catholica  Ecclesia,    et  ab  ea   pro- 

batus  usus  antiquitatis  statuit,  inviolate  observent. 

Datum  Romae  apud  S.  Mariam   Majorem,  sub  Annulo  Piscatoris,  die 
17  Junii  M  DG  XIV.  Pontificatus  Nostri  anno  X. 

NOTE    B 
PAULUS   PAPA    V, 

AD    FUTURAM   REI    MEMORIAM. 

Ex  injuncto  nobis  desuper  apostolicae  servitutis  officio  ad  ea  libenter 
intendimus,  per  quae  piis  monachorum  ordinis  sancti  Benedicti,  qui 
in  Ecclesia  Dei  singulari  quodam  splendore  refulgent  votis  consulitur, 
prout  in  Domino  conspicimus  salubriter  expedire.  Cum  itaque,  sicut 
accepimus,  dilecti  filii  procuratores  générales  monachorum  militantium 
sub  régula  sancti  Benedicti  ad  reformationem  sui  ordinis  Breviarii,  et 
aliorum  librorum  ecclesiasticorum  choralium  deputati,  post  diuturnos 
et  multos  labores,  Breviarium,  et  libros  hujusmodi  reformaverint,  eaque 
reforrnatione  praestiterint,  ut  ordinis  praedicti  religiosi  in  posterum 
uniformi  ritu  Horas  canonicas  recitaturi,  et  sacrificium  laudis  cum  con- 
sensu  Altissimo  immolaturi  sint,  cum  antehac  diversa  officia  peragerent; 
Nos  laudabile  consilium  hujusmodi  plurimum  commendantes,  et  omnes 
ejusdem  ordinis  religiosos  ad  Breviarium,  et  libros  chorales,  ut  prae- 
fertur,  reformatos,  unanimiter  recipiendos,  in  Domino  hortantes,  et  opus 
hujusmodi  quantum  cum  Domino  possumus,  promovere  cupientes,  ut 
Breviarii,  et  librorum  praedictorum  editio  emendatior,  et  fidelior  pera- 
gatur,  etc.  Gaeterum  ut  praedicti  religiosi  ad  Breviarium,  et  libros  cho- 
rales, ut  praefertur,  reformatos,  unanimiter  recipiendos  eo  alacrius  indu- 
cantur,  quo  spiritualibus  etiam  donis  se  magis  refectos  esse  compererint, 
etiam  providere  volentes  :  omnibus  et  singulis  praedictis  religiosis,  ut 
Breviarium  hujusmodi  sic  reformatum  recitando,  eadem  privilégia, 
gratias,  et  indulgentias,  ac   peccatorum   remissiones  consequantur,  quae 


534  RÉVISION    DU    BRÉVIAIRE   ROMAIN 

INSTITUTIONS  fcl.  rcc.  Pius  Papa  V,  prsedecessor  noster  recitantibus  breviarium  Roma- 
LiTURGiQUEs  j^^j^  conccssit,  auctoritate  et  tenore  praedictis  indulgemus.  Non  obstante 
nostra  de  non  concedendis  indulgentiis  ad  instar,  et  aliis  constitutio- 
nibus^  et  ordinationibus  apostolicis,  ac  quibusvis  statutis,  et  consuetu- 
dinibus,  etiam  juramento,  confirmatione  apostolica,  vel  quavis  firmitate 
alia  roboratis,  privilegiis  quoque,  indultis,  et  litteris  apostolicis  in 
contrarium  praemissorum,  quomodolibet  concessis,  confirmatis,  et  inno- 
vatis,  ceterisque  contrariis  quibuscumque.  Volumus  autem  ut  praesentium 
transsumptis,  etiam  in  ipsis  libris  impressis,  manu  alicujus  Notarii 
publici  subscriptis,  et  sigillo  personae  in  dignitate  Ecclesiastica  consti- 
tutœ  munitis,  eadem  prorsus  fides  adhibeatur,  quœ  praesentibus  adhibe- 
retur,  si  forent  exhibitae  vel  ostensae. 

Datum  Romae  apud  S.  Marcum,  sub  Annulo  Piscatoris,  die  1  Octobris 
M  DG  XII.  Pontificatus  nostri  anno  VIII. 


NOTE  G 
URBANUS    PAPA    VIII 


AD    PERPETUA  M    REI    MEMORIAM. 

Divinam  Psalmodiam  sponsae  consolantis  in  hoc  exilio  absentiam  suam 
a  sponso   cœlesti,  decet   esse  non   habentem   rugain,    neque   maculam  ; 
quippe  cum  sit  ejus  Hymnodiae  fîlia,    quas   caaitur    assidue  ante  Sedem 
Dei  et  Agni,  ut  illi  similior  prodeat,  nihil,  quantum  fieri  potest,  praeferre 
débet,  quod    psallentium    animos,  Deo   ac   divinis  rébus,    ut    convenit, 
attentos,  avocare  alio  ac  distrahere  possit  :  qualia  sunt,  si  quae  interdum 
in  sententiis  aut  verbis  occurrant  non  tam   apte   concinneque  disposita, 
ut  tantum  tantique   obsequii   ac    ministerii    opus   exigeret.  Quae   causac 
quondam    impulere    summos    Pontifices    prosdecessores    nostros    felicis 
memoriae  Pium    hujusce    nominis   quintum,   ut    breviarium    Romanum 
incertis  per  eam  œtatem  legibus  vagum,  certa,  stataque  orandi  methodo 
inligaret,  et  Glementem  VIII,  ut  illud  ipsum  lapsu  temporis,   ac  typo- 
graphorum  incuria  depravatum,  decori  pristino  restitueret.  Nos  quoque 
in   eamdem  cogitationem   traxere   et   sollicitudo  nostra  erga  res  sacras, 
quas  primam  et  optimam  partem   muneris  nostri   censemus,  et  piorum 
doctorumque  virorum  judicia  et  vota,  conquerentium    in    eo    contineri 
non  pauca,  quae  sive  a  primo  nitore  institutionis  excidissent,  sive  incho- 
ata  potius  quam  perfecta  forent  ab  aliis,  certe  a  Nobis  supremam  imponi 
manum  desiderarent.  Nos  itaque  huic  rei   sedulam  operam    navavimus, 
et  jussu  nostro  aliquot  eruditi  et  sapientes  viri  suam  serio  curam  contu- 
lerant,  quorum  diligentia  studioque  perfectum  opus   est,   quod  gratum 
omnibus,  Deoque  et  sanctae  Ecclesiae  honorificum  fore  speramus  :  siqui- 
dem  in  eo  Hymni  (paucis  exceptisj  qui  non  métro,  sed    soluta  oratione^ 
aut   etiam   rhythmo   constant,  vel  emendatioribus   codicibus   adhibitis, 


PAR   LE    PAPE   URBAIN   VJII  535 

vel    aliqua    facta   mutatione   ad   carminis  et  Latinitatis   leges,  ubi   fieri  i  partie 

CHAPITRE     XVI 

potuit,  revocati;  ubi   vero    non    potuit,  de  integro  conditi   sunt  ;  eadem 

tamen,  quoad  licuit,  servata  sententia.  Restituta  in  Psalmis  et  Canticis 
interpunctio  editionis  Vulgatae,  et  canentium  commoditati,  ob  quam 
eadem  interpunctio  mutata  interdum  fuerat,  additis  asteriscis  consul- 
tum.  Patrum  Sermones  et  Homiiiae  coUatae  cum  pluribus  impressis  edi- 
tionibus  et  veteribus  manuscriptiS;  ita  multa  suppleta,  multa  emendata, 
atque  correcta.  Sanctorum  Historiae  ex  priscis  et  probatis  auctoribus 
recognitae.  Rubricae  detractis  nonnullis,  quibusdam  adjectis,  clarius  et 
commodius  explicatae.  Denique  omnia  magno  et  longo  labore  diligenter 
accurateque  ita  disposita  et  expolita^  ut  quod  erat  in  votis,  ad  optatum 
exitum  perductum  sit.  Cum  igitur  tanta  tamque  exacta  doctorum  homi- 
num  industria,  ne  plani  in  irritum  recidat,  requirat  typographorum 
fidem,  mandavimus  dilecto  filio  Andreae  Brogiotto,  Typographiae  nostrae 
apostolicae  Praefecto,  procurationem  hujus  Breviarii,  in  lucem  primo 
edendi;  quod  exemplar,  qui  posthac  Romanum  breviarium  impresserint, 
sequi  omnes  teneantur.  Extra  Urbem  vero  nemini  licere  volumus  idem 
Breviarium  in  posterum  typis  excudere,  aut  evulgare,  nisi  facultate  in 
scriptis  accepta  ab  Inquisitoribus  haereticae  pravitatis,  siquidem  inibi 
fuerint,  sin  minus,  ab  locorum  Ordinariis.  Quod  si  quis  quacumque 
forma  contra  praescriptam,  breviarium  Romanum  aut  typographus  im- 
presserit,  aut  impressum  bibliopola  vendiderit,  extra  ditionem  nostram 
ecclesiasticam  excommunicationis  latas  sententiae  pœnae  subjaceat,  a  qua 
nisi  a  Romano  pontifice  (praeterquam  in  mortis  articulo  constitutus) 
absolvi  nequeat;  in  aima  vero  Urbe,  ac  reliquo  Statu  ecclesiastico  com- 
morantes  quingentorum  auri  de  Caméra,  ac  amissionis  librorum,  et  typo- 
rum  omnium  eidem  Camerae  applicandorum  pœnas,  absque  alia  declara- 
tione  irremissibiliter  incurrant;  et  nihilominus  Breviaria  sine  praedicta 
facultate  impressa,  aut  evulgata,  eo  ipso  prohibita  censeantur.  Inquisitores 
vero,  locorumque  Ordinarii  facultatem  hujusmodi  non  prius  concédant, 
quam  Breviarium  tam  ante,  quam  post  impressionem  cum  hoc  ipso  exem- 
plari,  auctoritate  nostra  vulgato,  diligenter  contulerint,  et  nihil  in  iis 
additum  detractumque  cognoverint.  In  ipsa  autem  facultate,  cujus  exem- 
plum  in  fine  aut  initio  cujusque  Breviarii  impressum  semper  addatur, 
mentionem  manu  propria  faciant  absolutae  hujusmodi  collationis,  reper- 
taeque  inter  utrumque  Breviarium  conformitatis,  sub  pœna  Inquisitoribus 
privationis  suorum  officiorum,  ac  inhabilitatis  ad  illa,  et  alia  in  posterum 
obtinenda  ;  Ordinariis  vero  locorum  suspensionis  a  divinis,  ac  interdicti 
ab  ingressu  Ecclesiae;  eorum  vero  Vicariis  privationis  officiorum  et  bene- 
ficiorum  suorum,  et  inhabilitatis  ad  illa,  et  alia  in  posterum  obtinenda, 
necnon  excommunicationis  absque  alia  declaratione  incurrendae.  Sub 
iisdem  etiam  prohibitionibus  et  pœnis  comprehendi  intendimus  et  volu- 
mus ea  omnia,  quse  a  breviario  Romano  ortum  habent,  sive  ex  parte,  sive 
in  totum;  cujusmodi  sunt  Missalia,  Diurna,  Officia  parva  beatce  Virginis, 
Officia  majoris  Hebdoniadae,  et  id  genus  alia,   quas  deinceps  non  impri- 


536  RÉVISION    DU    BRÉVIAIRE    PAR    URBAIN    VIU 

INSTITUTIONS  mantur,  nisi  pi^aevia  illorum,  et  cujuslibet  ipsorum  in  dicta  typographia 
LITURGIQUES  per  eumdem  Andream  impressionem,  ut  omnino  cum  Breviario  de  man- 
dato  nostro  edito  concordent.  Injungimus  autem  Nuntiis  nostris  ubique 
locorum  degentibus,  ut  huic  negotio  diligenter  invigilent,  cunctaque  ad 
praescriptum  hujus  voluntatis  nostra^  confici  curent.  Nolumus  tamen  his 
litteris  Breviaria,  et  alia  praedicta,  quae .impressa  sunt  hactenus,  prohiberi, 
sed  indemnitati  omnium  consulentes  tam  typographis  et  bibliopolis  ven- 
dere,  quam  ecclesiis,  clericis,  aliisque  retinere^  atque  lis  uti  apostolica 
benignitate  permittimus  et  indulgemus.  Non  obstantibus  licentiis,  indultis 
et  privilegiis  Breviaria  imprimendi  quibuscumque  typographis  per  Nos, 
seu  Romanos  pontifices  praedecessores  nostros  hue  usque  concessis,  quae 
per  praesentes  expresse  revocamus,  et  revocata  esse  volumus  ;  necnon 
constitutionibus,  et  ordinationibus  generalibus,  et  specialibus  in  contra- 
rium  praemissorum  quomodocumque  editis,  confirmatis  et  approbatis, 
Quibus  omnibus,  etiamsi  de  illis,  eorumque  totis  tenoribus  specialis, 
specifica,  et  expressa  mentio  habenda  esset,  tenores  hujusmodi  praesen- 
tibus  pro  expressis  habentes,  hac  vice  dumtaxat  specialiter,  et  expresse 
derogamus_,  caeterisque  contrariis  quibuscumque.  Volumus  autem,  ut 
praesentium  litterarum  nostrarum  exemplaribus,  etiam  in  ipsis  Breviariis 
impressis,  vel  manu  alicujus  Notarii  publici  subscriptis,  et  sigillo  ali- 
cujus  personae  in  dignitate  ecclesiastica  constitutae  munitis,  eadem 
prorsus  fides  adhibeatur,  quae  ipsis  praesentibus  adhiberetur,  si  essent 
exhibitae  vel  ostensae. 

Datum  Romae  apud  S.  Petrum,  sub  Annulo  Piscatoris,    die  vigesima 
quinta  Januarii,  M  DC  XXXI.  Pontificatus  nostri  Anno  VIII. 


FIN    DES   NOTES   DU    SEIZIEME   CHAPITRE. 


TABLE   DU   PREMIER  VOLUME 


Pag. 
Brefs  de  Notre  Saint-Père  le  Pape Vii 

Préface  de  cette  nouvelle  édition xxv 

Épître  dédicatoire LXVII 

Préface  de  l'auteur I^xix 


Chapitre  Premier 
Notions  préliminaires 1 

Chapitre  II 
Importance  de  l'étude  de  la  Liturgie 6 

Chapitre  III 
État  de  la  Liturgie  au  temps  des  Apôtres 16 

Notes   du   Chapitre   III 

A.  Passage  de  Tertullien,  de  Corona   militis,  c.  m,  énumérant  un 
grand  nombre  de  rites  d'institution  apostolique 40 

B,  Témoignage   semblable   de    saint   Basile,    de  Spiritu  Sancto, 

c.  XXVII 40 

c.  Les  rites  communs  à  toutes  les  Liturgies  et  qui  ne  sont  pas  de 
l'essence    du     sacrifice,    sont    d'institution    apostolique.    Bona 
Rerum  liturgicar.,  1.  I,  c.  vi 4 j 

D.  Les  Apôtres  ont  dû  se  servir  de  Liturgies  différentes,  selon  les 
lieux  où  ils   se   trouvaient.  Lesleus,  in  Missale  Moi^ar.  prcef. 

n.  161,  not Al 

E.  Description    d'une    assemblée    des    fidèles    par    saint    Luc. 

Act.  XX,  7-11 .  j 


538  TABLE   DES    MATIERES 

F.  Le  sacrifice   de  la  messe  aux   temps  apostoliques,  d'après  saint 
Proclus  de  Constantinople,  de  Traditione  divinœ  liturgice . . .....         42 

G.  Formes  diverses  de  la  prière  liturgique,  d'après  saint  Augustin, 
Epist.  CXLIX,  ad  Paulinum 42 


Chapitre  IV 

De  la  Liturgie  durant  les  trois  premiers  siècles  de 
TÉglise , 43 

Notes  du  Chapitre  IV 

A  et  B^  Raisons  qui  ont  déterminé  le  choix  des  heures  canoniques 
de  la  prière,  exposées  par  les  Constitutions  apostoliques,  1.  VIII, 
c.  XXXIV,  et  saint  Cyprien,  de  Oratione  dominica.. , 76 

C  et  D.  Description  des  assemblées  chrétiennes,  par  saint  Justin,    * 
Apologia,  n°*  67  et  65 77 

E.  Prières  des  martyrs  extraites  de  leurs  Actes 78 

F.  Hymne  de  Clément  d'Alexandrie  au  Sauveur 79 

G.  Tertullien  détourne  les  chrétiennes  d'épouser  des  païens,  à 
cause  de  la  difficulté  qu'elles  auraient  par  suite  de  semblables 
unions  à  pratiquer  les  observances  liturgiques  et  extérieures  de 

leur  religion.  Ad  Uxorem,  1.  II,  c.  m,  iv,  v,  vi 80 

H.  Passage  de  saint  Cyprien,  de  Oratione  dominica,  dont  les  nova- 
teurs du  xvii^  et  du  xviii^  siècle  ont  abusé  pour  établir  leur 
théorie  de  l'usage  exclusif  de  l'Écriture  sainte  dans  la  Liturgie.         80 


Chapitre  V 

De   la  Liturgie,    dans   l'Église  en   général,  au   IV^  siè- 
cle        82 

Notes   du    Chapitre  V 

A.  Description  de  la  basilique  de  Tyr,  par  Eusèbe,  Hist.  eccles., 

1.  X,  c.  IV • ii3 

B.  Description  de   la  basilique    du    Saint-Sépulcre,  par  le  même, 

Vita  Constantini,  1.  III,  c.   xxxiv-xxxix 1 1 5 

C.  Dons  offerts  par  Constantin  à  la  basilique  de  Latran,  d'après  le  * 
Liber  pontificalis 116 

D.  Ornements  donnés  par  saint  Sylvestre  au  Titre  d'Equitius  qu'il 
avait  bâti.  Liber  pontificalis 117 

E.  Le  chant  alternatif  introduit  dans  l'Église  de  Constantinople, 
par  saint  Jean  Chrysostomc,  pour  détourner  les  fidèles  des  assem- 
blées des  ariens,  Sozomène,  Hist.  eccles.,  1.  VIII,  c.  viii 117 


TABLE    DES   MATIERES  539 

F.  Saint  Augustin  décrit  l'émotion  produite  sur  son  âme  par  ce 
chant  alternatif,  lorsque  saint  Ambroise  l'institue  à  Milan, 
Confession,  1.  IX,  c.  vi  et  vu 1 18 

G.  Hymne  de  Prudence  décrivant  la  fête  des  saints  apôtres  Pierre 

et  Paul  à  Rome 1 1 8 


Chapitre  VI 

De  la  Liturgie  durant  les  V®  et  VP  siècles.    Premières 
tentatives  poLir  établir  l'unité 121 

Notes    du    Chapitre    VI 

A.  Les  formules  de  la  prière  liturgique  témoignent  d'une  manière 
irréfragable  de    la   foi   de    l'Église,   saint  Célestin,  Epist.  XXI, 

et  saint  Augustin,  Epist.  CCXVII,  ad  Vitalem 1 52 

B.  Canon  du  quatrième  Concile  de  Tolède  décrétant  l'unité 
liturgique  pour  toute  l'Espagne  et  la  partie  de  la  Gaule  sou- 
mise à  la  domination  des  Visigoths i52 

C.  Lettre  du  pape  saint  Innocent  I^r  à  Décentius,  évéque  d'Eu- 
gubium,  réclamant  la  conformité  aux  usages  liturgiques  de 
Roine,  en  vertu  du  droit  patriarcal  du  siège  de  Pierre,  sur  tous 

ceux  de  l'Occident 1 52 

D.  Décret  du  pape  saint  Gélase  sur  la  lecture  des  Actes  des 
martyrs  durant  l'office  divin 1 53 


Chapitre  VII 

Travaux  de  saint  Grégoire  le  Grand  sur  la  Liturgie 
romaine,  154.  —  Progrès  de  cette  Liturgie  dans  l'Occi- 
dent, 166.  —  Auteurs  liturgistes  du  VIP  et  du  VHP 
siècle,  174. 

Note  du  Chapitre  VII 

Lettre  de  saint  Grégoire  à  Jean,  évêque  de  Syracuse,  en  réponse 
à  ceux  qui  accusent  le  saint  Pape  de  sacrifier  les  anciennes  cou- 
tumes de  l'Eglise  romaine  à  celles  de  l'Eglise  de  Constantinople.       182 


Chapitre  VIII 

Digression  sur  l'histoire  des  autres  Liturgies  d'Occident  : 
Ambrosienne,  184,  —  Africaine,  19i2,  —  Gallicane,  193, 

—  Gothique   et  Mozarabe,    195,  —  Britannique,  205, 

—  et  Monastique,  206. 


540  TABLE    DES    MATIERES 

Notes  du  Chapitre  VIII 

A.  Lettre  de  saint  Charles  Borromée,  réclamant  contre  la  per- 
mission accordée  par  le  Pape  au  gouverneur  de  Milan  de  faire 
célébrer  devant  lui  la  messe  selon  le  rite  romain 210 

B.  Poëme  de  saint  Venance  Fortunat,  évêque  de  Poitiers,  décrivant 
une  fête  dans  l'église  de  Paris  au  temps  de  l'évêque  saint 
Germain 211 

C.  Canon  du   quatrième  Concile  de   Tolède,    décrétant   que    l'on 

doit  conserver  les  hymnes  dans  l'office  divin 212 


Chapitre  IX 

Autre  digression  :  sur  l'histoire  des  Liturgies  orientales  ; 

—  G-recque  melchite,  214;  —  Copte,  Éthiopienne, 
Syrienne,  Arménienne,  pour  la  secte  monophysite,  219; 

—  Copte,  Syrienne,  Arménienne  unies,  221  ;  —  Maro- 
nite, 221  ;  —  et  Chaldéenne,  pour  la  secte  nesto- 
rienne,  222. 


Chapitre  X 

Abolition  de  la  Liturgie  gallicane.  Introduction  de   la 
Liturgie  et  du  chant  de  l'Église  romaine  en  France,  232, 

—  Première    origine  de    la    Liturgie    romaine-fran- 
çaise, 244. — Modifications  introduites  dans  le  chant,  248. 

—  Auteurs  liturgistes  des  IX^  et  X^  siècles,  2o5. 

Notes  du  Chapitre  X 

A  et  B.  Passage  des  Livres  caroîins  attestant  que  Pépin  a  substitué 
la  Liturgie  romaine  à  la  Liturgie  gallicane  dans  ses  États,  et  que 
Charlemagne  a  achevé  son  œuvre 264 

C.  Invectives  de  Jean  Diacre  contre  les  chantres  francs  et  germains, 

Vita  S.  Gregor.,  1.  Il,  c.  vu 264 

D.  Récit  du  moine  d'Angoulême  sur  les  efforts  de  Charlemagne 
pour  rendre  au  chant  ecclésiastique  la  pureté  grégorienne 265 

E.  Le  pape  Adrien  II  inventeur  des  Tropes,  au  dire  d'un  con- 
tinuateur du  Liber  pontificalis 266 

F.  Lettre  de  Charles  le  Chauve  au  clergé  de  Ravenne,  déclarant 
qu'il  faut  suivre  la  Liturgie  romaine  de  préférence  à  toute  autre.      266 


TABLE    DES    MATIERES  641 

Chapitre  XI 

Abolition  du  rite  gothique  ou  mozarabe  en  Espagne, 
268.  —  Travaux  de  saint  G-régoire  VU  sur  la  Litur- 
gie, 281.  —  Formation  du  rite  romain-français,  284. 
—  Progrès  du  chant  ecclésiastique,  291 .  —  Auteurs 
liturgistes  des  XI^  et  Xir  siècles,  294. 

Notes  du  Chapitre  XI 

A.  Lettre  de  saint  Grégoire  VII  à  Alphonse  VI,  roi  de  Castille,  et 
à  Sanche  IV,  roi  de  Navarre,  demandant  la  substitution  de  la 
Liturgie  romaine  à  celle  de  Tolède 3 1 5 

B.  Lettre  de  saint  Grégoire  VII  à  l'évêque  Siméon,  sur  le  même 
sujet 3i5 

G.  Récit  de  l'historien  Rodrigue   sur  les  épreuves  du  duel    et  du 
feu,  auxquelles  furent  soumises  les   deux   Liturgies  romaine  et 
mozarabe 3 1 6 

D.  Décret  de  saint  Grégoire  VII,  sur  la  lecture  des  saintes  Ecritures.       3 1 7 

E.  Lettre  de  saint  Bernard  à  Guy,  abbé  de  Montier-Ramey,  sur  la 
composition  liturgique 3 18 


Chapitre  XII 

Révision    de  l'Office   romain  par  les   franciscains,  320. 

—  Bréviaire  des  dominicains,   des  carmes,  etc.,    325. 

—  Propagation  de  la  Liturgie  romaine-française, 
327.  —  Office  du  Saint-Sacrement,  332.  —  Carac- 
tère  du    chant   ecclésiastique,  au    XIII^   siècle,   335. 

—  Auteurs  liturgistes  de  cette  époque,  338. 


Chapitre  XIII 

Altération  de  la  Liturgie  et  du  chant,  durant  les  XIV^  et 
XV^  siècles.  Nécessité  d'une  réforme,  345.  —  Léon  X. 
Clément  VII.  Paul  III.  Hymnaire  de  Ferreri  et  Bré- 
viaire de  Quignonez,  353.  —  Burchard  et  Paris  de 
Grassi,  370.  —  Auteurs  liturgistes  des  XIV®  et 
XV'   siècles,  374. 

Notes  du  Chapitre  XIII 

A.  Bulle  Docta  sanctorum  de  Jean  XXII,  contre  les  innovations  en 
matière  de  chant  ecclésiastique 38o 


542  TABLE    DES   MATIERES 

B.  Epître  dédicatoire  au  pape  Paul  IIIj  placée  par  Quignonez  comme 
préface  en  tête  de  son  Bréviaire 38 1 

C.  Censure  du  Bréviaire  de  Quignonez  par  la  Faculté  de  théologie 

de  Paris 385 

D.  Nouvelle   épître  au  pape   Paul   III,    servant  de    préface   à    la 
seconde  édition  du  Bréviaire  de  Quignonez 386 


Chapitre  XIV 

De  l'hérésie  antiliturgique  et  de  la  réforme  protestante 
du  XVF  siècle,  considérée  dans  ses  rapports  avec  la 
Liturgie,  388. 


Chapitre  XV 

Réforme  catholique  de  la  Liturgie,  408.  —  Travaux  de 
Paul  IV,  de  Pie  IV  et  du  Concile  de  Trente,  409.  — 
Saint  Pie  V.   Bréviaire  romain.    Missel  romain,    414. 

—  Introduction  de  la  Liturgie  réformée  en  Italie,  en 
Espagne,  en  France  et  dans  le  reste  de  l'Occident,  426. 

—  Réforme  de  la  musique  d'église.  Palestrina  et  la 
messe  du  pape  Marcel  II,  455. —  Grégoire  XIII.  Réforme 
du  calendrier.  Martyrologe  romain,  461.  — ■  Sixte- 
Quint.  Institution  de  la  congrégation  des  Rites,  464. — 
Clément  VIII.  Pontifical  romain.  Cérémonial  des  évo- 
ques, 466.  —  Auteurs  liturgistes  du  XVr  siècle,  471. 

Notes  du  Chapitre  XV 

A.  Bulle   Quod   a  nobis    de    saint   Pie    V    publiant    le   Bréviaire 
romain 484 

B.  Bulle  Quo  primum  tempore  de  saint  Pie  V  publiant  le  Missel 
romain 487 

C.  Lettre  de  la  Faculté  de  théologie  de  Paris  au  Chapitre  de 
Soissons,  censurant  le  Bréviaire  nouvellement  imprimé  pour 
cette  église,  24  juillet  1 529 490 

D.  Censure    du    Bréviaire    d'Orléans,    par    la    même     Faculté, 

I  er  mars  1 548 490 

E.  Délibération  du  Chapitre  de  Paris  pour  le  maintien  de  la 
Liturgie  particulière  de  cette  église,  2  mai  1 583 491 

F.  Consultation  de  quelques  docteurs  de  la  Faculté  de  théologie 
de  Paris  sur  le  projet  de  substituer  la  Liturgie  romaine 
réformée   au  rite  parisien 492 

G.  Extrait  de  la  bulle  Immensa  de  Sixte-Quint,  contenant  l'insti- 
tution de  la  congrégation  des  Rites.  ..>.♦..*.* 495 


TABLE   DES   MATIERES  548 

H.  Extrait  du  bref  Cum  in  Eccîesia  de  Clément  VIII,  statuant  les 
précautions  qui  doivent  être  employées  à  l'avenir  pour  assurer 
la  correction   des  nouvelles  éditions  du  Bréviaire  romain 496 


Chapitre  XVI 

De  la  Liturgie  durant  la  première  moitié  du  XVir  siè- 
cle. —  Zèle  de  l'épiscopat  français  pour  la  Liturgie 
romaine,  498.  —  Réaction  de  la  puissance  séculière,  499. 
—  Travaux  des  Pontifes  romains  sur  la  Liturgie. 
Paul  V  publie  le  Rituel  romain,  507,  et  le  Bréviaire  ' 
monastique,  SU.  —  Urbain  VIII.  Correction  des  hym- 
nes. Révision  du  bréviaire  et  du  missel,  M 5.  —  Insti- 
tution de  fêtes  nouvelles,  519.-- Auteurs  liturgistes  de 
cette  époque,  521. 

Notes  du  Chapitre  XVI 

A.  Bv^i  Apostolicœ  sedi  de   Paul  V  publiant  le  Rituel  romain 532 

B.  Bref   Ex  injuncto    nobis    de    Paul    V    publiant    le    Bréviaire 
monastique , coo 

C.  Bref  Divinam  psalmodiant  d'Urbain  VIII  publiant  l'édition  du 
Bréviaire  romain  corrigé  par  ses  soins 534 


FIN   DE   LA    TABLE    DU    PREMIER    VOLUME. 


Le  Mans.  —  Typographie  Edmond  Mouuoyer 


BRIGHAM  YOUNG  UNIVERSITY 


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